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VOYAGE à RIO-GRANDE DO SUL (BRÉSIL) IMP. GEORGES JACOB , — OBLÍ AN8. ti.Najssani P Teyssonnieres srulp A. F. C.de SAINT- HILAIRE, membre de l'Instïtut. professeur de botanique au muséum. 1 m ns 1c í|. Octobre 1779__mort à la Turpimère le 30 Septembre 1855. í. VOYAGE A RIO-GRANDE DO SUL (BRÉSIL) PAR AUGUSTE DE SAINT-HILAIRE MEMBRE DE l'aCADÉMIE DES SCIENCES DE L'iNSTITUT DE PARIS PROFESSEUR A LA FACULTÉ DES SCIENCES DE PARIS CHEVALIER DE LA LÉGION-D'HONNEUR DES ORDRES DU CHRIST ET DE LA CROIX DU SUD, ETC., ETC. ORLÉANS H. HERLUISON, LIBRAIRE-ÉDITEUR 17, RUE jeanne-d'arc, 17 A Son Altesse Royale et Impériale MONSEIGNEUR LE COMTE D'EU Monseigneur, Auguste Prouvansal de Saint-Hilaire fut, je crois, le premier savant français auquel il ait été donné de pénétrer dans l'intérieur du Brésil. Parti de France pour Rio-de-Janeiro, le 1er avril 1816, avec l'ambassade du duc de Luxembourg, il employa six années à des explorations diverses à travers cet immense empire du Brésil.
Il ne fit pas moins de 2,500 lieues à dos de mulet dans l'intérieur du pays, visitant tour à tour le Jequitinhonha, les sources du Rio S. -Francisco, le Rio Claro et l'Uruguay. De retour à Paris en août 1822, il dut s'occuper d'abord des résultats scientifiques de ses voyages, et commença VI DÉDICACE. en 1825 la publication de la Flora Brasiliœ meridionalis, qui lui ouvrit les portes de l'Académie des sciences. En 1830 paraissait sa première relation intitulée: Voyage dans les provinces de Rio-de-Janeiro et Minas Geraes; et en 1833 la deuxième, intitulée : Voyage dans le district des Diamants et sur le littoral du Brésil. Le 1er février 1821, sur les bords du ruisseau Guarapuità, près Belen, non loin des bords de l'Uruguay, il fut empoi sonné par le miel de la guêpe Lecbiguana et fit toujours remonter à cet accident l'origine de la longue et cruelle maladie qui retarda la publication de la troisième et de la quatrième partie de son voyage.
Ces deux ouvrages ne parurent qu'en 1848 et 1851 sous ces titres : Voyage aux sources du Rio S .-Francisco et dans la province de Goyaz et Voyage dans les provinces de S.-Paul et Sainte-Calherine. Il mourut en 1853 à la Turpinière (Loiret), membre de l'Académie des sciences de l'Institut de Paris, professeur à la Faculté des sciences de Paris, Chevalier de la Légion d'Honneur, des ordres du Christ et de la Croix du Sud, etc. Un autre honneur lui était réservé. Sa Majesté l'Empereur du Brésil, dans une audience particulière accordée à un Orléanais attaché à l'ambassade DÉDICACE. VII de France, voulut bien manifester spontanément l'estime qu'Elie avait pour le savant dont le nom et les travaux étaient présents à sa mémoire. Pour obéir aux dernières volontés d'Auguste de Saint- Hilaire, je publie actuellement la dernière partie de ce long voyage.
Chapitre II
Porto-Alègre. — Description de la ville. — Sa saleté. — Habitudes carnassières. — Le comte de Figueira, général. — Sa bonne administration. - — Défaite d'Artigas à Taquarembó. — Prisonniers Guaranis. — Leur analogie avec les Cosaques. — Le Caminho novo. — Artigas. — Deux vaches hermaphrodites. — Grande sécheresse. — Difficulté d'organiser le service des vivres pour les troupes. — Solde arriérée. — Revenus de la capitainerie. — Système des fermes générales. — Leur adjudication faite à Rio-de- Janeiro. — Grands abus. — Junte criminelle. — Fruits. — Vignes. — Pas de cheminées. — Climat sain. — Le général Lecor. — Un bal. — Origines de la guerre. — Les habitants de cette capitainerie sont originaires des Açores. — Comparaison avec ceux de Sainte-Catherine et de Rio-Grande do Sul. — Suite de la description de Porto-Alègre.
Porto-Alègre, 21 juin, 2 1. — Depuis le lieu où j'ai fait halte hier au soir, jusqu'à Porto-Alègre, le pays continue à être un peu ondulé et les maisons deviennent encore plus communes. Elles sont petites, mais bien entretenues, et tou jours bâties sur des éminences. Auprès de chaque maison est un groupe épais d'orangers, chargés dans ce moment d'un nombre prodigieux de fruits, et dans le voisinage on voit ordinairement une plantation de manioc entourée d'un fossé profond, et bordée, du côté de l'intérieur, d'une haie de cactus. A cet effet, l'on emploie deux espèces de ce genre, l'une qu'il faut rapporter à la section des Cereus et l'autre à celle des Opuntia. Les pâturages sont ras, presque entière ment desséchés et parsemés des fleurs d'un Oxalis. Un peu avant Porto - Alègre, le chemin, qui depuis long temps se dirigeait du nord-est au sud-ouest, fait un coude vers l'ouest.
On découvre la ville et on suit le sommet d'une colline qui, s'avançant dans un lac, commence le Lagoa dos Patos, et forme un isthme sur lequel est située la ville de Porto-Alègre. A gauche de la colline, en deça de la ville, est une vallée large et peu profonde, couverte de pâturages très ras, comme ils le sont tous aux environs d'ici. A droite de la colline, entre elle et le lac, s'étendent des terrainsbas, parsemés demaisons,de cam pagnes, et couverts de plantations de manioc et de canne à sucre. Partout au Brésil les champs cultivés sont extrêmement éloignés les uns des autres; dans les terrains dont je parle, ils se touchent comme dans les parties de l'Europe les plus habitées et annoncent le voisinage d'une ville peuplée. Le peu que j'ai dit de la position de Porto-Alègre indique assez combien elle est agréable ; ce n'est plus la zone torride, ses sites majestueux et encore moins la monotonie de ses déserts, c'est le midi de l'Europe et tout ce qu'il a de plus riant.
En entrant dans cette ville, j'ai été frappé du mouvement qui y règne, du grand nombre de maisons à un ou deux étages qui bordent les rues, et de la quantité de blancs que l'on y rencontre. Ici, l'on voit très peu de mulâtres ; la population se compose de nègres esclaves et en nombre beaucoup plus considérable de blancs, qui sont des hommes grands, beaux, bien faits, et dont la plupart ont le teint coloré et les cheveux châtains. II est facile de saisir, dès le premier abord, que Porto-Alègre est une ville nouvelle : toutes les maisons y sont neuves ; on en voit beaucoup qui ne sont pas encore achevées et auxquelles on travaille actuellement ; mais depuis Rio-de- Janeiro je n'avais pas encore vu une ville aussi sale et peut être même la capitale ne l'est-elle pas autant. Jean Rodrigues, qui a la ferme des cuirs de cette capitainerie, m'avait donné une lettre de recommandation pour son associé, le capitaine Jose-Antonio de Asevedo ; j'ai écrit à celui-ci, avant d'arriver, pour le prier de me louer une maison.
Aune lieue d'ici, j'ai laissé la charrette en arrière, et j'ai pris les devants avec le père de mon conducteur. Je me suis présenté chez le capitaine, qui m'a parfaitement reçu, et m'a fait conduire à la maison qu'il m'a louée et qui est très grande et très commode. Le capitaine Joze-Antonio m'avait d'abord paru très froid, mais j'ai bientôt reconnu que ce que j'avais KO SUL. 25 pris pour de la froideur n'était que de la timidité et un manque d'usage. II m'a remis une lettre de MM. Bourdon et Fry, qui en renfermait plusieurs de ma famille, où je n'ai heureusement trouvé que de bonnes nouvelles; mais j'ai été étonné de ne recevoir aucune lettre de Jean Rodrigues. J'ai été voir ce soir le Sargento mùr Joâo Pedro, aide de camp du général qui demeurait à Rio-de-Janeiro, chez Jean Rodrigues; il m'a très bien accueilli et nous devons aller ensemble demain chez le général et chez différentes personnes auxquelles je suis recommandé.
Depuis que je suis dans cette capitainerie, j'ai déjà eu l'occasion de m'apercevoir des habitudes carnassières de ceux qui l'habitent; des ossements de bestiaux sont épars autour des estancias, et quand on y entre on respire souvent une odeur de viande et de graisse. Partout où nous nous arrêtions sur la route, mon conduc teur demandait si on pouvait lui vendre una mania. Cette manta est une large lanière de viande sèche; on lui en faisait toujours présent. Lui et ses gens taillaient des morceaux de bois pour en faire des broches; ils coupaient des morceaux de la manta, les exposaient quelques instants au feu, et bientôt la manta était dévorée. Porto-Alègre, 22 juin. — Accompagné du major Joáo Pedro, je me suis rendu au palais pour présenter mon passe port au général et lui remettre les lettres de recommandation que j'avais pour lui.
Après être montés, nous sommes entrés dans une petite pièce où j'ai été reçu avec dignité par un aide de camp, qui a été faire part au général de l'objet de ma visite; celui-ci, après avoir pris connaissance de mes papiers, m'a parlé avec beaucoup de politesse et m'a offert des chevaux, des domestiques et un logement dans le palais. Je l'ai beau coup remercié et je me suis retiré au bout de quelques instants. Le Comte de Figueira (tel est le nom du général) appartient à l'une des premières maisons du Portugal. Avant sa nomination, il aimait beaucoup le monde; il était dissipé, fort répandu et passait pour être très étourdi. On fut géné ralement étonné de sa nomination et l'on plaignit le sort de la capitainerie qu'il allait gouverner. Arrivé ici, il voulut prouver qu'il méritait une meilleure réputation ; il changea de conduite, vécut fort retiré et se consacra entièrement aux affaires.
Tout le monde s'accorde à faire l'éloge de sa probité et de son amour pour la justice; il n'est point aimé des principaux employés et des gens riches, qui redoutent sa droiture et son intégrité; mais il paraît l'ètre du peuple dont il tâche d'alléger les charges autant que le permettent les circonstances où se trouve cette capitainerie. II a encore un très grand mérite aux yeux de ses administrés, c'est qu'il n'est point étranger à l'art de jeter le lacet, qu'il sait monter à cheval aussi bien qu'eux, qu'il se transporte avec la rapi dité de l'éclair d'un point de la capitainerie à un autre point. Dernièrement, les soldats d'Artigas s'étaient jetés sur la province et avaient déjà enlevé plus de quatre -vingt mille bêtes à cornes. Le comte rassembla à la hâte huit cents hommes de milice et se mit à leur tête.
Les troupes d'Artigas, quoique bien armées et beaucoup plus nombreuses, furent défaites à Taquarembò; on lui tua cinq cents hommes, on en prit quatre cents. Les Portugais ne perdirent qu'un seul homme, et depuis ce moment l'ennemi n'a pas reparu sur les frontières. Cependant, le merveilleux de cette affaire disparaît lorsqu'on connaît l'ennemi que les Portugais avaient à combattre. Ce sont presque tous de misérables Indiens, qui, à la vérité, montent à cheval avec une sûreté dont on n'a point d'exemple en Europe ; ils se transportent et se jettent en peu d'instants à de très grandes distances ; mais peut-être excellents pour, un coup de main, ils n'ont ni valeur ni discipline, et quoique bien armés, fuient quand ils ne sont pas sûrs de l'emporter par le nombre. Les milices qui les ont battus à Taquarembò ne leur sont guère inférieures dans l'art de monter. à cheval et de traverser les rivières à la nage.
Ils ont la même connaissance du pays et des habitudes presque semblables aux leurs; ils l'emportent de plus par leur valeur naturelle et par cette immense supériorité que les blancs ont sur les Indiens, et enfin ils étaient alors animés par le désir de défendre leurs familles et leurs propriétés. A l'exception de ceux que j'ai vus à Torres, les prisonniers qu'on a faits à Taquarembò sont tous ici, oú on les emploie à des travaux publics; il y a parmi eux une douzaine d'Espagnols de Montevideo et quelques nègres qui avaient fui des estancias decette capitainerie; tous les autres appartiennent à la nation des Guaranis. II paraît qu'Artigas avait réuni un grand nombre de ces Indiens leur faisant croire que la capitainerie était entiè rement dégarnie de troupes, qu'ils ne trouveraient aucune résistance et pourraient enlever impunément les bestiaux des estancias portugaises.
Plusieurs prisonniers que j'ai question nés m'ont assuré qu'ils étaient natifs du Paraguay, qu'ils tra vaillaient comme pions dans la province d'Entrerios et qu'ils avaient été forcés par Artigas à prendre les armes. II est fort vraisemblable que ces hommes ne disent pas la vérité, et qu'ils s'étaient réunis à leur chef dans l'espoir du pillage. Quoi qu'il en soit, les prisonniers guaranis sont en général des hommes d'une taille médiocre, mais qui paraissent petits parce que leur corps a une largeur démesurée; ils ont le cou extrêmement court, la tête fort grosse et allongée, le visage très plein, les yeux peu divergents, fort longs et étroits, les sourcils arqués très longs, noirs et fournis, le nez long et gros, la bouche grande, les cheveux noirs et plats, le teint d'un bistre jaunâtre et les fesses très grosses.
Parmi ces traits, ceux qui les distinguent particulièrement des autres nations indiennes que j'ai vues jusqu'ici, sont la forme allongée de leur tête, le peu de divergence de leurs yeux et la longueur de leur nez; ils ont aussi les épaules et la poitrine plus larges, les membresgénéralementpluscharnus. Les Guaranis sont d'une laideur extrême, et leur physionomie porte une expression de bassesse due peut-être uniquement au sentiment de leur infériorité, à la dépendance où ils vivent habituellement, et à l 'état de captivité auquel ils se trouvent actuellement réduits. En les regardant avec attention, on démêle au milieu des traits repoussants qui les caractérisent, un air de douceur qui n'est réellement que l'indice de leur caractère. Quand Artigas était maître de Montevideo, il avait donné à ses soldats une espèce d'uniforme qui consistait en une veste de drap bleu, avec un passepoil rouge; mais depuis qu'il a été obligé de sortir de cette ville, ses troupes s'habillent comme elles peuvent; quelques prisonniers portent encore des restes de leur ancien uniforme, les autres ont de mauvais vêtements de différentes couleurs et des chapeaux sans bords.
Plusieurs entortillent autour de leurs reins une couverture rayée, qui leur fait comme une espèce de jupon (saia, cheripà). La plupart ont les cheveux longs et réunis en tresses; par leur physionomie et l'épaisseur de leurs membres, les Guaranis rappellent les Cosaques, comme ils les rappellent par leurs habitudes. On donne aux prisonniers une ration de farine et deux livres de viande par jour et ils trouvent qu'ils n'en ont pas assez. Porto-Alègre, 24 juin.— J'ai été voir le comte de Figueira à une maison de campagne où il passe les soirées, et qui est située à environ trois quarts de lieue d'ici. Le chemin qui y conduit porte le nom de Caminho novo, parce qu'il a été ouvert récemment. II fait suite à la grande route de Porto- Alègre, et, comme il est très plat, il est plus commode pour les charrettes que celui par lequel je suis arrivé.
II s'étend au nord de la ville, premièrement sur le bord du lac et ensuite sur celui de la rivière de Gravatahy, qui y porte ses eaux; d'un côté il est bordé d'une rangée de saules, il l'est de l'autre par des maisons de campagne et des jardins entourés de mimoses épineuses. Les terrains plats et cultivés que j'avais à ma droite, lorsque je suis arrivé à Porto-Alègre, sont compris entre ce chemin et la colline, à l'extrémité de laquelle la ville est si tuée. II est difficile de voir une promenade plus agréable que celle du Caminho novo; elle rappelle tout ce que l'Europe a de plus riant. Le comte m'a parfaitement reçu, il m'a répété les mêmes offres de service et m'a invité à dîner pour dimanche. Pendant que j'étais chez lui, il a appelé un petit Guarani qui servait comme fifre dans les troupes d'Artigas, et dont il a fait un jockey.
U lui a demandé ce qu'il aimait le mieux, de rester avec lui ou d'aller rejoindre Artigas. « Aller rejoindre Artigas, » a répondu l'enfant avec vivacité. Quelques instants après, il a ajouté que c'était pour avoir le plaisir de revoir sa mère; mais il est évident que cette explication tar dive, exprimée très froidement, ne lui a été inspirée que par la crainte d'avoir offensé le comte. Ce jeune Guarani est bien ha billé; il est parfaitement nourri, mais, élevé dans les campos, accoutumé à la licence d'une guerre de parti, il préfère l'indépendance dont il jouissait dans son pays , aux douceurs de la vie domestique accompagnée de quelque contrainte. 11 est incontestable, d'ailleurs, qu'Artigas a un talent par ticulier pour se faire aimer des Indiens et des habitants des campos, et en même temps il paraît qu'il n'en a pas d'autre.
II n'a aucune connaissance de l'art militaire, et il est même très vraisemblable qu'il est sans valeur, puisqu'on ne le voit dans aucune affaire; mais il a les mêmes habitudes que les Indiens : il sait monter à cheval aussi bien qu'eux, il vit de la même manière, il s'habille avec une extrême simplicité, il répète à ses soldats qu'il ne travaille que pour assurer leur indépendance et celle de leurs enfants. Quand il essuie des revers, il pleure avec eux et leur dit qu'il est malheureux, que ce sont ses péchés et ceux de ses troupes qui attirent sur lui le courroux du ciel. On s'accorde à dire que ceux des soldats d'Artigas qui, dans toutes les occasions, ont montré le plus de valeur, sont des nègres fugitifs; cela est naturel, puisqu'ils combattaient pour leur liberté; mais, en outre, le nègre est plus brave que' l'Indien, parce qu'il est moins étran ger que lui à l'idée de l'avenir et c'est de cette idée que dérive la valeur qui consiste à tout risquer pour des avantages futurs.
Porto-Alègre, 26 juin. — J'ai été aujourd'hui dîner à la maison de campage du comte, et il m'a fait voir deux vaches qui montrent des indices assez singuliers du sexe masculin. Les caractères de la tête participent de ceux du taureau ; la vulve est plus petite et moins rapprochée de l'anus que chez les vaches ordinaires; les quatre mamelles sont fort petites et par dessous existent deux corps gros, ovoïdes, semblables aux testicules du taureau. On avait abattu une de ces vaches en lui jetant le lacet, et j'ai moi-même reconnu l 'existence de ces espèces de testicules, en les palpant et en les faisant mouvoir. On m'a assuré que ces deux animaux montraient plus de goût pour les vaches que pour les taureaux. Depuis le 21, le minuano a cessé; le temps est par faitement calme , le ciel , sans nuage , et le thermomètre indique environ 74" Farenheit au milieu du jour.
A cette époque, les pluies tombent ordinairement en abondance, et les plus anciens du pays ne se rappellent pas avoir vu une sécheresse pareille á celle qu'il fait cette année. Elle force les agriculteurs à différer leurs semailles de froment et les plantations d'orangers qui se font ordinairement dans cette saison. Le froment se récolte en décembre. J'ai oublié de dire que les agriculteurs des environs de Laguna, qui cultivent le chanvre, jouissent de quelques pri vilèges ; c'est là ce qui les engage à continuer quoiqu'ils ne soient pas payés de leurs fournitures. Porto-Alègre, 27 juin. — J'ai pour voisin un commis saire des guerres de l'ancienne armée portugaise, qui vient d'être envoyé ici afin d'organiser d'une manière régulière le service des vivres destinés aux troupes qui défendent cette ca pitainerie.
II trouve des obstacles, non seulement dans la nature du pays et les habitudes des soldats, mais plus encore dans la rapacité des chefs militaires accoutumés à profiter du désordre qui a régné jusqu'à présent dans cette branche du ser vice. 11 paraît, en effet, qu'on ne tient aucune écriture. Les officiers prennent les bestiaux des estanceiros et donnent des bons qui doivent être acquittés par la Junte de la fazenda réal. Pendant quelque temps, les paiements se sont faits avec exactitude, mais actuellement ils sont suspendus parce que les fonds manquent. Les troupes stationnées sur la frontière de la capitainerie sont au nombre de trois mille, composées de miliciens du pays et d'une légion de Paulistes. La solde de ces hommes est arriérée depuis vingt-sept mois, et depuis trois ans ils vivent uniquement de viande rôtie, sans pain, sans farine et sans sel.
La ration de chaque homme est de quatre livres de viande par jour et l'on ne prend que les parties les plus grasses et les plus charnues de l'animal. Les officiers mangent le foie avec la viande en guise de pain; les soldats remplacent cet aliment en faisant torréfier une partie de leurs rations qu'ils mangent avec le reste rôti de la manière ordinaire. Les miliciens du pays se sont facilement accoutumés à ce régime, qui diffère réellement peu de leur manière de vivre ordinaire, mais il paraît qu'il a occasionné des maladies et principalement des dyssenteries parmi les Paulistes habitués à se nourrir de haricots et de farine beaucoup plus que de viande. Porto-Alègre, 28 juin. — Les revenus de cette capitai nerie se composent des droits de douane, de ceux de Santa- Victoria, du cinquième des cuirs qui sortent de la capitainerie, des dîmes et du passage des rivières.
Le cinquième des cuirs est affermé, et c'est à Rio-de- Janeiro que se fait l'adjudication. Une des conditions porte que le fermier fournira aux troupes stationnées sur quatre points, Porto-Alègre, Rio-Grande, Y Aldea dos Anjos et Rio-Pardo, de la viande au prix de 30 reis. 11 est bien évident que si l'on consultait le véritable intérêt de la capitainerie, l'adjudication ne se ferait pas à Rio-de- Janeiro, mais à Porto-Alègre, où l'on connait mieux la valeur du revenu mis en ferme. Mais ce qui doit surprendre bien davantage encore, c'est que les dîmes de cette capitainerie soient également abandonnées à un fermier général et que l'adjudication se fasse aussi à Rio-de-Janeiro. Le système des fermes générales, qui prive l'État d'une partie de ses revenus, n'a point été adopté pour les capitai neries de l'intérieur; et cependant, s'il pouvait l'ètre raison nablement, ce serait dans ces capitaineries où les ressources sont faibles, où l'on ne trouve pas toujours des décimateurs particuliers qui offrent une garantie suffisante et où lafazenda réal se trouve par là embarrassée dans une foule d'affaires difficiles.
Mais comment se fait— il qu'on ait admis ce système dans une capitainerie riche, où ies décimateurs particuliers très solvables se présentent en foule? Comment se fait-il qu'on adjuge la ferme générale à plus de trois cents lieues de la capitainerie, dans une ville où l'on n'en connaît pas les ressources, et où, par conséquent, il ne peut y avoir de concurrence? II est évident qu'un tel système n'a pu être adopté, ou du moins qu'il ne peut être conservé que pour favoriser des intérêts particuliers, et le ministère ne l'a prouvé que trop évidemment, puisque, dans la crainte du peu de concurrence qui pouvait avoir lieu, il a, par un décret, continué la ferme pour six ans au dernier adjudicataire, violant ainsi, en deux points fondamentaux, la loi qui veut qu'il y ait adjudication et qu'elle se fasse pour trois années seulement.
Le fermier général traite à l'amiable avec des sous-fermiers (ramistas disimeiros) , qui perçoivent directement l'impôt et qui ont introduit dans cette perception divers abus dont se plaignent les propriétaires. Toutes les fois que ceux-ci marquent leurs bestiaux, les décimeurs devraient en enlever le dixième, mais il n'en est pas ainsi; ils ne prennent ce qui doit leur revenir que lorsque leurs trois années de ferme sont écoulées, et jusqu'à cette époque, ils ne distinguent par aucune marque leurs bestiaux de ceux des propriétaires. De cette manière, ils se trouvent avoir, au bout de trois ans, des bêtes à cornes qui se sont engraissées, pendant un et deux ans, dans les pâturages d'autrui, sans qu'il leur en ait rien coùté, et ils n'ont couru aucune chance de mortalité, puisque si le propriétaire a perdu des bestiaux, il n'a aucun moyen de prouver que ceux du décimeur étaient du nombre.
Dans la dernière incursion qu'a faite Artigas, il a enlevé tous les bestiaux de quelques estancias, mais il n'a pn prendre qu'une partie de quelques autres. Partout où il en est resté, les décimeurs ont refusé de supporter la perte avec le propriétaire et ont prétendu conserver tous leurs droits sur les années qu'ils avaient laissées arriérées. Porto-Alègre, lLr juillet. — Avant le gouvernement du Marquis d'Alégrete, prédécesseur du Comte de Figueira, on envoyait les criminels de cette capitainerie à Rio-de-Janeiro pour y être jugés. Mais comme à cette distance il était difficile de réunir des preuves suffisantes pour pouvoir les con damner et que personne ne se portait contre eux, on les laissait languir plusieurs années dans les prisons et on finissait par les mettre en liberté sans les juger.
Le marquis d'Alégrete sollicita et obtint du roi la création d'une Junte criminelle, qui doit s'assembler tous les ans* composée du général, de YOuvidoret dujuis de fora de Porto-Alègre, dujuis de fora de Rio-Grande et de Rio-Pardo, et de deux desembar gadores, qui se trouvent résider actuellement á Porto-Alègre. La composition de cette Junte présente un grand inconvénient; c'est qu'elle force les juis de fora de Rio-Grande et de Rio-Pardo à abandonner leurs fonctions ordinaires, et à s'éloigner, l'un de soixante et l'autre de trente lieues, de leur résidence habituelle. Par suite de cette mollesse qui s'attache à tout ce qui tient à l'administration, la Junte est restée pendant plusieurs années sans s'assembler, et quand elle s'est réunie, ce n'a jamais été que pour peu de temps. Cette année, elle s'est séparée après avoir jugé quatre individus, et on compte deux cents accusés dans les prisons de Porto-Alègre.
D'après ce que m'a dit un des membres de la Junte, les crimes sont très fréquents dans cette capitainerie, principalement parmi les nègres, et cela n'est pas étonnant, car on a l'habitude, à Rio-de-Janeiro, de faire vendre ici tous les esclaves dont on veut se débarrasser. Les amandiers, les pêchers, les pruniers, les pommiers, les poiriers et les cerisiers réussissent très bien dans les environs de Porto-Alègre et y donnent de bons fruits; mais il n'y a qu'un petit nombre de personnes qui en aient planté et, en général, les espèces qui enont été apportées ici sontd'une qualité inférieure. On a planté quelques oliviers qui ont produit de très bons fruits, mais en petite quantité. La vigne réussit très bien; quelques personnes ont fait du vin, mais comme il s'est trouvé d'une qualité inférieure, on n'en parle qu'avec mépris.
Les gens tant soit peu aisés sont accoutumés au vin géné reux de Porto, et comme le peu de vin qu'on a fait jusqu'ici au Brésil est bien loin d'être aussi bon, on le dédaigne, on s'en moque, et par là on décourage ceux qui se livrent â des es sais. II est incontestable, cependant, que le vin le moins délicat vaudrait mieux pour les gens qui ne peuvent acheter du vin de Portugal, que l'eau ou l'eau-de-vie de sucre. L'introduction générale d'une espèce quelconque de vin, parmi les Brésiliens, serait donc un véritable bienfait, et par conséquent le gouvernement devrait encourager, par tous les moyens possibles, la plantation de la vigne et la fabrication du vin dans les parties du Brésil où l'on peut avoir quelques espérances de succès, telles que cette capitainerie, ■ celle de Goyaz, le district des Diamans et la Comarca de Sabara, dans la capitainerie des Mines.
Les amandiers et les pêchers fleurissent vers le commen cernent de septembre; la floraison des autres arbres forestiers se suit dans le même ordre qu'en Europe. Porto-Alègre, 4 juillet. — Depuis plusieurs jours, le temps est devenu très froid; aujourd'hui il était sombre comme en France lorsqu'il va tomber de la neige, et il a plu une grande partie de la journée. II gèle presque toutes les nuits, et le comte a pu ramasser assez de glace pour faire faire des sorbets. Accoutumé comme je suis aux chaleurs de la zone torride, je souffre beaucoup du froid ; il mote toute espèce d'activité et me prive presque de la faculté de penser. Ce froid se renouvelle chaque année; tout le monde s'en plaint, et ce qu'il y a d'étonnant, c'est que personne ne prend de moyens efficaces pour s'en garantir; on n'en connaît d'autre que d'entasser des vêtements sur son corps.
Tous les habitants de Porto-Alègre portent, dans l'intérieur de leurs maisons, une épaisse capote qui gêne leurs mouvements et ne les empêche pas de trembler de froid, et aucun ne songe à échauffer ses appartements en les tenant bien clos et en y faisant du feu. II y a ici un grand nombre de jolies maisons bien bâties et bien meublées, et il n'y en a pas une où il y ait un poêle ou une cheminée. Les appartements sont très élevés; les portes et les fenêtres ferment mal; celles-ci ont souvent des carreaux cassés que l'on ne songe point à faire remettre et quelquefois on ne peut se procurer de jour qu'en tenant ouvertes les jalousies ou même les portes. II paraît, au reste, que se sont les Portugais qui ont apporté d'Europe l'habitude de se précautionner aussi peu contre le froid, car on m'assure qu'à Lisbonne les cheminées sont un objet de luxe.
Comme je l'ai déjà dit, la campagne est desséchée, on n'y trouve pas une seule fleur, on n'y voit pas voler un seul insecte; les pâturages ont une teinte grisâtre, les arbres et les arbrisseaux conservent leurs feuilles, mais elles sont d'un vert triste. Je ne trouve absolument rien à faire, mais je crains d'autant plus de me mettre en route par le froid qu'il fait, que d'ici à Rio-Pardo, où je me rendrais par eau, il parait que je serais obligé de coucher dehors. D'un autre côté, quoique j'aie écrit deux fois à Boa-Vista, je n'entends plus parler de José Mariano, et ne sais ce qu'il devient. Je passe mon temps d'une manière fort triste. Ici, les femmes ne se cachent pas ; mais il n'y a pas plus de société à Porto-Alègre que dans les autres villes du Brésil; chacun vit chez soi ou visite sonvoisin sans cérémonie, en veste ou en capote.
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