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Le Château de Sourches au Maine et ses seigneurs

François Joseph de Pérusse · 1887 · Scanned text

167,669 words · about 11 h 44 min to read

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About this book

Author
François Joseph de Pérusse
Language
French
Published
1887
Length
167,669 words · about 11 h 44 min
Sections
22 reader sections
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Public Domain Mark 1.0

 

Contents (22)

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LE CHATEAU DE SOURCHES ET SES SEIGNEURS poitiees — :'r'rPíTC»Ar'nir oudik. LE CHATEAU DE SOURCHES AU MAINE l.T SES SEIGNEURS PAR LE DUC DES CARS & L'ABBÉ A. LEDRU PARIS LE MANS H. LECÈNE ôc H. OUDIN R. PELLECHAT ÉDITEURS LIBRAIRE 17, rue Bonaparte, 17. Place St-Nicolas et rue St-Jacques '.887 A MES PETITS-ENFANTS Nous avons pensé vous faire plaisir en vous offrant une histoire résumée de vos aïeux et de cette terre de Sourches dont le souvenir est si intimement lié à celui de notre famille. Les commotions que notre pays a subies il y a bientôt cent ans ont dispersé ceux qui vivaient alors ; les difficultés de la vie empêchaient les expansions, et les traditions se sont perdues. Ayant eu la bonne fortune de con server les documents concernant les membres de la famille du Bouchet de Sourches, nos ancêtres maternels, nous nous sommes mis au travail avec le précieux concours de M. l' Abbé Ledru, qui a bien voulu fouiller les documents poudreux de nos archives.

II ne suffit pas de voir dans l'histoire un enchaînement de faits que l'on pourrait considérer comme fatidiques. En réalité, les choses ne se passent pas ainsi ; les événements de ce monde dépendent des hommes et de leur sagesse à les conduire. Lorsque nous considérons cet espace de temps qui va occuper notre attention, nous voyons les mêmes lieux occu- VI pés par la mème famille, sans que les événements qui sont venus troubler les siècles que nous traversons aient pu renverser l'ordre régulier établi par les lois du pays pour la transmission des biens, ni arrêter le progrès constant de la France, dirigée par ses Rois, vers cet apogée qui l'a mise à la tète des nations. Nous comprenons la confiance que tous les Français conservaient au gouvernement qui les régissait , rattachement qu'ils avaient pour les insti - tutions qui le leur assurait.

Selon les coutumes germaniques, les possesseurs de la terre administraient les familles qui vivaient sur son sol et les protégeaient. Les artisans et les laboureurs prêtaientmain forte au seigneur pour maintenir la paix et subvenir aux besoins de leur vie. Ils l'aidaient à construire de puissantes murailles derrière lesquelles ils venaient chercher un abri contre les incursions d'un ennemi qu'ils n'auraient pu dis perser et dont ils seraient devenus la proie. La plus grande intimité les unissait. II a sans doute existé des discordes et des divergences de vues, il y a eu des faiblesses inhérentes à l'humanité, il a fallu supporter de terribles fléaux, cause de grands mal heurs et de pénibles souffrances, mais alors une mème foi animait les pensées, un même but excitait l' action de nos aïeux.

Introduction

Le château de Sourches í1) en Saint-Symphorien (2), autrefois Chaources V), reconstruit à la fin du xviir5 siècle, à la veille de la tourmente révolutionnaire, par l'architecte Pradrel, tient une des premières places parmi les belles habitations du Maine. Son magnifique parc, d'environ deux cents hectares, entièrement clos de murs, avait été dessiné par Mansard. Modifié par ses différents propriétaires, il est encore, avec ses belles avenues bordées de grands arbres, ses charmilles, sa salle de spectacle et quelques remarquables statues en terre cuite du xvni° siècle, la merveille de la contrée. Malgré les articles plus ou moins étendus concernant Sourches des Dictionnaires historiques de Le Paige (4), de Pesche C5), et les notes éparses au milieu d'autres ouvrages, on peut dire que ce château n'a pas élé jusqu'à présent l'objet d'une étude sérieuse.

Peut-être faut-il attribuer celte lacune à la grande difficulté d'établir la filiation exacte de ses anciens seigneurs au moyen âge et de jeter une (1) Dès maintenant noas adoptons cette forme moderne qui prévalut au commeneementdu XVIIe siècle. Nousne conserverons l'ancien nomde Chaources, ou ses variantes, cjue clans les vieux textes. (2) Canton de Conlie, département de la Sarthe. (3) Cadurcae ou Caiurci ; Cadurcise ; CahourcEe ; Caorsus ; Caurciíe ; Caor chiœ ; C'aortise ; Cadulcae ; Chaortium. — Chaources; Chources; Chourses; aujourd'hui Sourches. Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 90. (1) Dictionnaire topographique, historique, généalogique et bibliographique de la province et du diocèse du Maine, t. II, de la page 502 à la page 506. (5) Dictionnaire topographique, historique et statistique de la Sarthe, t. V, p. 622, et t. VI, pp. 224 à 229.

INTRODUCTION.

. lumière suffisante dans le chaos engendré par la proximité de deux châteaux de Sourches, existant autrefois à un jet de pierre l'un de l'autre. Nous venons de le dire, on vit au moyen âge, dès le xi° siècle, deux châteaux de Sourches absolument contigus, sièges de seigneuries distinctes. Cette particularité, jointe à» l'existence d'une dizaine d'autres terres du mème nom, dis séminées sur les territoires du Maine, de T Anjou et de la Touraine í1), n'a pas peu contribué à augmeuter des ténèbres qui, par ailleurs, entourent naturellement les questions d'origine. Un de nos historiens locaux lesplus érudits, M. de Lestang, écrivait, le 27 juin 1856, à M. Bonneserre de Saint-Denis ces quelques lignes qu'il convient de citer : ee M. de Wismes ee se propose de vous relancer. Je vous plains d'avoir accepté cc Chaources.

Je ne connais rien au monde de plus embrouillé. ec Outre les deux ou trois terres de ce nom dans le Maine, « il eu existe en Touraine et en Anjou, qu'il est difficile de ee bien distinguer (2) ». Ces paroles expriment Texacte vérité. Toutefois, nous nous sommes proposé de combler la regrettable lacune dont nous parlions plus haut. Grâce aux nombreux documents du (1) Sourches ou Chaources, ancien fief vassal de la châtellenie de la Vezou zière, situé dans la commune de Bouère, Mayenne. — Sourches, arrière-fief de la baronnie de Sainte-Suzanne, vassal du Plessis-Buret, commune de Sainte- Gemme-le-Robert, Mayenne. — Sourches, fief vassal de la châtellenie de Vaiges, commune de Vaiges, Mayenne. Lieu et fief de Sourchette, 1440. Arch. nat. P 401. Chorcettes, 1443. — Ibid. P 343. — Sourches, ancien fief situé à Précigné, Sarthe, dont étaient seigneurs au xvie et au XVIIe siècle les de Rabestan. — Sourches en Piacé, Sarthe. — Sourches en Mayet, Sarthe. — Sourches ou Chources, village, commune d'Ambillou, Maine-et-Loire. — Souchs ou Sourches, commune de Clefs, Maine-et-Loire. — Sourches près d'Amboise, paroisse de Nazelles, Indre-et-Loire.

(2) A l'époque où M. de Lestang écrivait ces mots, M. le baron de Wismes cherchait des collaborateurs pour son grand ouvrage illustré : Le Maine et l'Anjou. II pria M. Bonneserre de Saint-Denis de rédiger, à son intention, un article sur le château et les seigneurs de Sourches. Ce dernier recula pro bablement devant les difficultés qui lui étaient signalées par M. de Lestang, car Le Maine et l' Anjou ne contient pas d'article historique sur Sourches.

INTRODUCTION.

. XVII Chartrier de Sourches, aux renseignements fournis par les cartulaires et aux recherches que nous avons failes dans les différents dépôts d'archives, nous avons pu établir précisément la coexistence de deux châteaux de Sourches — ju meaux pour ainsi dire — au moyen âge, et donner la liste exacte de leurs seigneurs depuis une époque reculée. Le château moderne de Sourches est bâti à Touest du Mans, à Textrémité de la paroisse de Saint-Symphorien, si près du territoire de Tennie que le pont de pierre, jeté sur la douve du côté de la butte Chamaillart, semble être un trait d'union destiné à relier les deux communes. Elevé sur le sommet d'un mamelon dont le pied est baigné par les eaux de la Vègre, il présente sa grande façade aux rayons du soleil levant. Le touriste qui se contenterait de considérer de la terrasse le site de la vallée n'emporterait qu'une idée très imparfaite des charmes qu'oíTrent les environs de Sour ches.

II lui importe de monter au belvédère du château. Si, par hasard, la tempête mugit, si les nuages, commandés par le vent, traversent Tespace avec rapidité, si même Téclair trace sur le ciel noir ses lugubres zigzags, ce ne sera pas un contre temps, car son œil suivraalors cn toute liberté, au dessus des grands arbres qui s'agitent, la lutte des éléments déchaînés. II aura la facilité de contempler d'un horizon à l'autre le chaos du ciel et la course folle des monstres de l'air dans une arène d'environ cent kilomètres. Si, au con traire, le soleil inonde la terre de ses bienfaisants effluves, le spectacle, pour être moins grandiose, ne sera pas moins attrayant. Au loin, il apercevra, daus un jour bleuâtre, mol lement vaporeux, la forêt de Perseigne ; la ligne des Coë vrons C1), nos Alpes Mancelles, si riches en légendes et en (1) On appelle Coëvrons une petite chaîne de montagnes dont les deux têtes de ligne sont : au nord, Saint-Céncry-le-Géré, dans l'Orne ; et à l'ouest, Saulges et Sainte Suzanne, dans la Mayenne. Saint-Cénery n'est séparé du Maine que parla Sarthe ; Sainte-Suzanne et Saulges sont à deux pas de l'Anjou. A. du Peyroux: Les Alpes Manoelles, p. 8.

INTRODUCTION.

. souvenirs historiques ; les pentes boisées dela Grande-Char nie ; les flancs déchirés des collines de Voutré, et plus près, à l'ouest, le camp de la Vache-Noire exposant sa croupe aride aux rayons dorés de Tastre du jour et paraissant sur veiller encore, comme aux jours néfastes de la Révolution, les mystérieuses profondeurs de la Pelile-Charnie i1). D'un autre côté, il admirera la grande plaine de la Champagne man celle, émaillée d'arbres, de verdure, de clochers, de mai sons, découpée par les méandres de la petite rivière de Vègre, et enfin à ses pieds, autour du château, les vigoureux cèdres, les pelouses, les bosquets, les futaies percées de belles et larges avenues. Sourches est assis en plein pays de chouannerie. Le territoire environnant a vu se dérouler nombre de sanglants drames.

C'est à Ruillé-en-Champagne, à quelques pas de Sourches, que naquit le fameux Courlilliers, dit Saint-Paul, le commandant du camp de la Vache-Noire, autour duquel se rassemblèrent plus de cinq cents hommes (-). Chaque ferme dans celte région a son histoire : — leLivoas, la Folie, Vau huon, Launay, furent témoins de sanglants combats entre les Blancs et les Bleus. — Chaque champ, chaque haie, chaque buisson a vu le paysan manceau attendant pendant la nuit sombre que l'heure de la justice eût sonné pour le pataud détesté. Comment raconter les scènes qui ont eu pour témoins les seuls arbres des Charnies ! Là, sous la ramée, au milieu d'une clairière perdue, dans un pli de terrain, au bord (1) Le camp de la Vache-Noire est un monticule situé à Textrémité est de la Petite-Charnie, entre les Pâtisseaux et le Porcher.

C'est là que les paysans royalistes établirent leur quartier général pendant la Révolution. Abbé Pau louin, La chouannerie du Maine, t. I, p. 53. (2) Louis Courtilliers, dit Saint-Paul, était bâtard ; son éducation chrétienne et l'exemple de ses vertus avaient fait oublier le vice de sa naissance. En 1792, avant la prise d'armes, il était domestique chez les époux Lambert, à la ferme de la Cruchetière, paroisse d'Epineu-le-Chevreuil. Abbé Paulouin, La chouannerie du Maine, t. I, p. 63.

INTRODUCTION.

. XIX d'un torrent formé par les pluies d'hiver, le royaliste trouva souvent asile et sûreté. Les temps sont bien changés depuis que le paysan man ceau soutenait les armes à la main la cause de son Dieu et de son Roi, depuis que le prêtre fidèle portait au moribond, sous un vêtement d'emprunt, le pain qui rend fort mème contre la mort. Les nombreuses routes qui sillonnent le pays, les lignes ferrées qui s'élancent d'un point de la France à un autre, ont contribué à développer, avec le progrès matériel, les idées d'indépendance, de doute et de scepticisme. Et cependant, le coin du Maine dont nous parlons, a su con server presque intacte la foi religieuse des autres âges. Cer tes, s'il élait permis aux anciens seigneurs de Sourches, aux de Chaources, aux d'Anlhenaise, aux Chamaillart, aux Le Vayer, aux de Vassé, aux duBouchet, de soulever la pierre du tombeau afin de parcourir leurs anciennes possessions, ils manifesteraient quelque étonnement à la vue de nos mœurs modernes ; mais, au moins, ils pourraient se recoucher tran quilles après avoir constaté que les temples où ils ont prié ne sont point déserts et que Tesprit du mal, l'ancien ennemi du genre humain, n'a pas réussi à détruire chez les sils de leurs vassaux la vieille foi catholique qui les avait soutenus au combat et consolés à leur dernier jour.

Puissent les géné rations futures conserver intact le dépôt des traditions chrétiennes et se garder lonj-ours des désolantes doctrines qui ont la prétention de substituer l'homme mortel et misérable au Dieu éternel et rémunérateur O) ! fi) II est utile d'avertir dès maintenant le lecteur que, dans lc courant de ce volume, les dates prises sur les documents originaux sont exactement citées, c'ïst-à-dire en vieux style pour les mois qui précèdent Parues. CHAPITRE PREMIER. ORIGINE DE LA MAISON DE SOURCHES. — LES PREMIERS SEIGNEURS DE SOURCHES AU MAINE. — FONDATION DE DEUX CHATEAUX SUR LA MÊME TERRE. — SOURCHES-LE-BOUCHARD ; CHAPELLE DE SAINT-GUINGALOIS. — SOURCHES-LE-MARIGNÉ ; CHAPELLE DE SAINT-NICOLAS. — FOIRES A SOURCHES. La maison de Sourches, aliàs Chaources, semble avoir pris naissance dans celle de Brizay en Touraine W. Cette origine est consignée dans deux anciens registres d'ar mes conservés autrefois, l'un aux Célestins de Soissons, l'autre dans la bibliothèque du duc de Savelly en Italie.

Ces deux regis tres, au chapitre des Manceaux à bannière, après avoir décrit les armes de Brizay (2), disent que les seigneurs de Sourches, puînés de Rrizay (3), ajoutèrent aux armes de ces derniers un orle de (1) Nous ne parlons ici que pour mémoire d'un « Meliadalus ou Meliardus er de la maison de Caourse, chancellier du règne de Teodoriq, en l'an 726 ». Bibl. nat. M", Fonds Français, 6411, fol. 29 verso. (2) Fascé d'argent et de gueules de huit pièces. (3) La terre de Brizay est située en Touraine sur les confins du Poitou ; elle relevait de la baronnie de l'Isle-Bouchard. La famille de Brizay possédait en outre la Roche-Brizay en Mirebalais. et le Petit-Brizay dans les environs de Châtellerault. dix merlettes pour brisure v1). La même tradition est rappelée dans Y Histoire des chanceliers de France, imprimée à Paris chez Vascozan en 1515, et dans les quartiers généalogiques d'Octave de Brizay de Denonville, reçu chevalier de Malte en 1658.

Lou vet, dans ses Anciennes remarques de la noblesse beauvoisine, dit que la maison de Brizay avait pour cri : Chaources. Quoi qu'il en soit de cette origine, on trouve une famille de Sourches établie dans le Maine dès le XIe siècle. Au rapport d'une généalogie manuscrite, dressée d'après de nombreux cartulaires par notre compatriote M. de Lestang (2), le premier seigneur de Sourches au Maine semble être Ernauld de Brizay, vivant encore en 1045, à qui cette terre serait venue soit par alliance, soit par héritage. Ernauld eut, entre autres>J enfants, Simon de Brizay, présent en 1050 à la fondation du ' prieuré de Saint-André de Mirebeau (3), Bouchard, seigneur dey- Sourches, et Hugues, seigneur de Marigné (*), tige des de Sourches seigneurs de Saint- Aignan, de Brûlon, de Malicorne et de Bernay.

C'est ici le lieu d'aborder Timportante question de l'origine (1) Payen de Sourches portait : Un burelé à l'orle de merlettes el ait franc santon. Sceau appendu à la fixation de la Coutume d'Anjou sur le bail des enfants nobles — Orléans, mai 1246. Doiiet d'Arcq, Collection des sceaux, n° 1724. — Le tombeau d'un de Sourches dans l'église de Neuvillette-en- Charnie (Sarthe) est orné d'écussons : Burelé de cinq pièces ou plus. — « Je cc connais un sceau de Patrice de Chaources, personnage qui, d'après le style « de cette pièce, devait vivre au XIe ou au XIIe siècle. Le nombre des burèles cc du blason figuré sur sa targe est de quinze environ. Au XIIe et même au « XIIIe siècle, le nombre des pièces du blason est loin d'être fixé. » Hucher, Etude sur l'histoire et les monuments du département de la Sarthe, p. 199.

(2) M. de Lestang, né au Mans le 24 juin 1805, mourut à Paris le 10 mai 1879. Outre certains travaux imprimés d'une valeur incontestable, il a laissé de nombreux manuscrits dont la publication serait fort appréciée des ama teurs de l'histoire du Maine. Revue historique du Maine, t. VI, p. 90 et suiv. (3) Cartulaire de Bourgueil. (4) Marigné, ancienne terre sise à Saint-Symphorien. — On peut affirmer qu'au XIe siècle, Saint-Symphorien portait le nom de Saint-Symphorien-le ÌSarigné, ou même simplement Marigné. Un document de 1518 confirme notre assertion. C'est un appointement relatif aux droits d'usage des religieux de Notre-Dame-du-Parc dans la forêt de Charnie, er donné es assises de Saincte « Suzanne par la menée de Thorigné, tenue au bourg de Sainct-Syniphorien-le er Marinier, par... Esmond Clément, licencié es loix, bailly de Saincte-Su « zanne, le xyi» jour de décembre l'an 1518. » Archives de la Sarthe, H. 1131.

Parchemin. II est difficile de ne pas reconnaître dans le Marinier une cor ruption de Marigné. de deux châteaux de Sourches situés, l'un sur Tennie et l'autre sur Saint-Symphorien. M. de Lestang, dans ses notes généalo giques citées plus haut, ne soupçonnant pas un partage de la terre de Sourches entre les deux derniers fils d'Ernauld, s'est préoccupé de la seule descendance de Bouchard. II a négligé celle de son frère Hugues, sans songer que c'est par elle seule ment qu'on peut arriver aux Le Vayer, aux de Vassé et aux de Bouchet, qualifiés, sans conteste aucune, seigneurs de Sourches depuis le XIVe siècle. Au début de nos recherches, nous avons été égarés par l'au torité de M. de Lestang, et longtemps nous avons cru que la terre de Sourches était restée une jusqu'aux premières années du XIIIe siècle, attribuant sa division à cette époque à un arrange ment qu'aurait fait Hamelin, un de ses seigneurs, lors du mariage de sa fille Sibille avec Savary d'Anthenaise.

Nous sommes per suadés maintenant, après examen sérieux, que ce partage eut lieu dès le XIe siècle. D'après nous, Bouchard et Hugues reçurent chacun une portion de la terre de Sourches et y édifièrent deux forteresses, la première sur le territoire de Tennie, et la deuxième sur celui de Saint-Symphorien, dans un lieu appelé Marigné. Les origines de Sourches-le-Bouchard, devenu, aux époques de muta tion de familles, Sourches d'Anthenaise, Sourches-Chamaillart, et celles de Sourches-le-Marigné , plus tard, Sourches-le-Vayer ou simplement Sourches, ne nous semblent pas autres. Quant à un troisième morcellement, appelé, au dire de certaines notes parti culières, Sourches-Gaigné, il ne nous paraît pas acceptable. L'ancien fief de Gaigné, relevant au moyen âge de Sourches- Chamaillart, appartenait au XIVe et au XVe siècle à une famille de son nom.

Guillaume de Gaigné, écuyer, de la paroisse de Ten nie, donna, en 1360, deux journaux de terre aux religieuses d'Etival-en-Charnie i1). (1) Archives de la Sarthe, H. 1371. — 27 décembre 1410. Jean Coisnon, tuteur d'Ambroise de Gaigné, fils de Jean, rend aveu à Sourches-Chamaillart, pour Gaigné. Chartrier de Sourches. — 1456. Appointement entre Jean de Gaigné, seigneur des Vallées en Tennie, et les religieux de l'abbaye de Cham pagne, au sujet des foi et hommage de la partie du lieu des Vallées qui relève desdíts religieux. Archives de la Sarthe, H. 830. Sourches-le-Bouchard n'a laissé aucune trace matérielle en dehors de deux grosses mottes féodales enclavées dans le parc moderne de Sourches et désignées sous les noms de buttes Cha maillart et de THermitage. Ses premiers seigneurs y avaient cependant fait élever de sérieuses constructions entourées d'une double 0) et même, d'après la tradition, d'une triple enceinte de fossés.

Une chapelle dédiée à saint Guingalois (2), remplacée aujourd'hui par une belle croix en granit, avait été bâtie dans la baille (basse-cour) du château (3), afin que tous les officiers, familiers et serviteurs du maître pussent assister facilement aux divins offices W. Nous croyons que cette chapelle fut fondée dès l'époque de Bouchard de Sourches. Dans ce temps, saint Guin galois était en grande vénération dans notre province. Vers 1066, Gervais, neveu de l'évêque du Mans, touché du triste état où se trouvait la collégiale de Saint-Guingalois de Château-du-Loir, vint trouver Barthélemy, abbé ele Marmoutier. II le supplia d'accepter en don l'église du prieuré et d'y établir des moines. L'abbé se rendit à ses prières, et le pape Alexandre II intervint par une bulle du 29 septembre 1067 (5).

Saint-Guingalois de Château du-Loir fut taxé à une contribution de dix sous de monnaie du Maine en faveur du Saint-Siège et le seigneur de Sourches à une somme de douze deniers pour sa chapelle. Ce fait, consigné dans le Livre des cens dus à l'Eglise romaine (6), nous fait supposer une (1) 1164. « In castello de Cadurcis. extra primam et minorem f ossam ejusdem castelli. » Cartulaire de la Couture, p. 75. (2) Saint Guingalois naquit en Bretagne vers l'an 418. (3) « Capella sancti Guingolei, in parrochia de Tennye, in circuitu mothe de c. Chourses-Chamaillart. » Pouillé manuscrit du XVe siècle conservé dans le Char trier de Sourches. — Cette chapelle était à la présentation du seigneur du lieu. (4) c. Item mes buttes et garennes de Sourches-Chamaillart, lesdites buttes « avec leurs vieilles dofves joignant d'un costé la chapelle Saint-Guingalois, « et d'aultre costé mes terres, et aboute d'un bout à mes antiannes buttes (de « Sourches-le-Vayer), un chemin entre deux, d'aultre bout le lieu de la Haus « série. » Aveu rendu en 1612 par Honorât de Bouchet.

Chartrier de Sourches. (5) Abbé Robert Charles, Saint Guingalois, ses reliques, son culte et son prieuré à Château-du-Loir, pp. 13 et suivantes. (6) ci Provincia Turonensis. — ... Pro ecclesia Sancti Guincolei, X sol. ceno manen. monete... — In episcop. cenomanen. Ecclesia Sancti Guincolei XII den. de Castro Cadurciarum. » Patrologie latine de l'abbé Migne, t. XCVIII col. 485. — Le Liber censuum de Cencius Camerarius est le registre officiel des cens dus à l'Eglise romaine dans les différentes provinces de la chrétienté par communauté d'intérêt et même d'origine entre Saint-Guingalois de Château-du-Loir et Saint-Guingalois de Sourches-le-Bouchard. Sourches-le-Marigné, avec « mote, donjon, douves, foussez et ec cloisons C1) », s'élevait sur la paroisse de Saint-Symphorien. Dès les premiers temps, il fut doté d'une chapelle dédiée à saint Nicolas ; en 1125, l'évêque Hildebert comprenait cet oratoire parmi les biens dont il confirmait la jouissance à l'abbaye d'E vron (2).

Le vieux Sourches-le-Marigné et sa motte féodale n'exis tent plus ; depuis quelque cent ans ils ont fait place au monument de l'architecte Pradrel. Par bonheur, l'ancienne physionomie de ce château nous est connue grâce à une curieuse lithographie donnée par M. Hucher dans ses Etudes sur les monuments historiques de la Sarthe (3\ C'est un castel du XVe siècle avec corps de bâtiment flanqué de tourelles, donjon, pont-levis, douves et chapelle au delà des fossés dans la basse-cour W. Les deux forteresses de Sourches avaient probablement été élevées dans un but de défense contre lesNormandset les Angevins qui ravageaient âprement notre province, particulièrement dans les environs du Mans, de Fresnay, de Beaumont, de Sainte-Suzanne et de Sillé-le-Guillaume. Que de fois les paysans, chassés par des soldats sans pitié, ne trouvèrent-ils pas asile derrière les enceintes palissadées des deux Sourches !

Alors les vastes cours se garnis saient de cabanes élevées à la hâte et même devenaient des camps fortifiés où chacun apportait ce qu'il avait de plus précieux, des vivres et tout ce qui était nécessaire pour soutenir un siège. Le danger passé, chacun regagnait sa demeure. Le fort qui avait abrité le paysan et ses biens dans les temps de les monastères et les évêchés qui relevaient directement de la cour de Home ou par les villes et les princes qui en étaient vassaux. Sa rédaction première re monte au temps de Charlemagne. (1) Aveu du 2 décembre 1405. (2) Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 91, d'après les Œuvres d'Hildebert. — La chapelle Saint-Nicolas de Sourches était à la pré sentation de l'abbé d'Evron. (3) Planche entre les pages 200 et 201 avec cette légende : cc Veue du chasteau de Chaources dans le pais du Maine à trois lieues de la ville du Mans, appartenant à M. de Sourches, grand prevost de France, 1690 ».

(4) Nous aurons Toccasion d'entretenir de nouveau le lecteur de l'ancien château de Sourches, notamment à l'époque de Guillaume de Bouchet, au XVe siècle. guerre devait aussi protéger ses réunions et son négoce pendant les périodes de paix. C'était une garantie pour tous que ce don jon féodal qui semblait si menaçant. A la moindre alerte il ouvrait ses portes pour soustraire une proie à l'ennemi. Les habitants de Saint-Symphorien, de Tennie et des paroisses voisines n'avaient garde d'oublier qu'il n'y avait place si sûre qu'à l'ombre d'un château. Un aveu du 2 décembre 1405 nous apprend qu'an ciennement les gens du pays tenaient trois foires à Sourches : à la Saint-Jean-Baptiste, à la Saint-Nicolas d'hiver et à la Saint- Guingalois. Cette dernière « était commune entre les seigneurs « de la mote Chamaillart de Chources et les seigneurs de Chources « le-Marigné », ce qui revient à dire que les droits perçus sur les marchands et sur les marchandises devaient se partager entre les deux seigneurs C1).

Nous serions heureux de posséder quelques détails sur ces anciennes réunions qui se tenaient autour des châteaux sous les règnes de Philippe Ier, de Louis le Gros et de Louis le Jeune. Mais nous devons nous contenter de rester dans les généralités. A la charrue la chainse du laboureur n'atteint pas le genou, et sa tunique écourtée, munie d'un capuchon, lui tient lieu de bliaud. Aux foires de Sourches, il porte fièrement des vêtements taillés avec moins de parcimonie. II est sous l'œil du seigneur, et son amour-propre ne lui permet pas de paraître dans un simple vête ment de travail. Sa femme elle-même est vêtue d'une belle chainse de toile blanche, recouverte d'un bliaud descendant jusqu'aux pieds, taillé de façon à former quelques gros plis sur les côtés, tandis qu'il bride par devant et sur les reins.

Elle ne peut cependant pas rivaliser d'élégance avec la femme de son seigneur : aussi, sous sa guimple, ses cheveux ne sont-ils point ornés de grosses épingles à tête richement travaillée (2). (1) u Duquel lieu de Chources souloit avoir anciennement trois foires en l'an, ee c'est assavoir à la saint Jehan, à la saint Guingalois et àla saintNicolas d'ives, « laquelle foire de la feste saint Guingalois estoit commune entre voz prede « cesseurs, seigneurs de la mote Chamaillart de Chources, et mes prédécesseurs, « seigneurs de Chources. » Aveu rendu le 2 décembre liOôpar Jean Le Vayer, seigneur de Sourches Le Vnyer, à Monseigneur le comte d'Alençon, seigneur de Sourches-Chamaillart. (Chartrier de Sourches.) (2) J. Quicherat, Histoire du costume en i rance. — V. Gay, Glossaire ar chéologique, passim.

Par ailleurs, ces assemblées ne devaient guère différer des foires rurales de notre siècle. Les paysans y amenaient leurs denrées et leurs bestiaux, tandis que les marchands y établis saient des boutiques. Le débitant de boissons surtout y faisait de bonnes affaires ; quand le soir arrivait, il ne lui restait presque rien des provisions du matin. Le seigneur d'Epineu-le-Chevreuil, d'après un aveu de 1509, prélevait chaque année, à sa foire de Saint-Fraimbault, quatre deniers tournois sur tous ceux qui y vendaient ee vin en détail et une pinte de vin sur chacune cí pipe O) ». Les deux seigneurs de Sourches possédaient cer tainement des droits analogues. Les foires de Sourches, qui sont longtemps restées dans le souvenir du peuple, avaient cessé d'exister au commencement du xv' siècle. (1) ee Item, je advoue droict d'avoir, prendre, lever et percevoir la coustume « des denrées et marchandises vendues, achaptées chacun an, le jour et feste « saint Fraimbault en la foire et assemblée qui se faict chacun an celuy jour u en la ville d'Espineu, c'est assavoir, sur ceulx qui vendent vin en détail « quatre deniers tournoys et une pinte de vin sur chacune pipe, ef sur chacun ■■ pannetier deux deniers tournois, et sur tous les autres marchans j'ay cous cc tume ainsi qu'elle est acoustumée levez scelon la coustume et usaige du « pays. » Aveu rendu le 13 mars 1509, par François de Bays, écuyer, seigneur d' Epineu-le- Chevreuil, et maître Julien de Bays, à la dame de Sablé.

Chapitre II. Seigneurs De

S0URCHES-LE-B0UC11ARD, DEPUIS BOUCHARD DE SOURCHES JUSQU'A SAVARY D'ANTHENAISE. — BOUCHARD — HUGUES, HAMELIN I, ET SILVESTRE — GUILLAUME V" — HAMELIN II — HAMELIN III — GUILLAUME II. § I- Bouchard de Sourches. Bouchard de Sourches avait épousé une femme du nom de Bichilde. On peut croire que de ce mariage naquirent Hugues, Hamelin et Silvestre C1). Vers l'année 1045, Bouchard fut témoin, avec le comte d'Anjou, Geoffroy Martel (2), et Eudes, comte de Blois, d'une donation faite au monastère de Tavant dans le diocèse de Tours, par Geoffroy surnommé Foucaud, sei gneur de l'Isle-Bouchard, des droits seigneuriaux qu'il avait à Tavant et sur certaines pièces de terre sises dans différents alleux (3). II est appelé Buchard dans une donation faite au prieuré de Laval vers l'an 1050 par Guy II de Laval, où figurent, à côté du Manceau Foulques de Bouère, d'illustres témoins, tels que Guillaumele Bâtard, duc de Normandie, Rivalon de Donges, Richard, vicomte d'Avranches, Ranulfe, vicomte de Bayeux, et Hamon de Laval, frère du donateur W. Dès l'année 1063, les Manceaux avaient été forcés d'accepter le joug normand.

La noblesse de la province, malgré son attachement sincère à la race de ses comtes, dont l'un des héritiers (1) M. de Lestang, Généalogie manuscrite. (2) Geoffroy Martel, comte d'Anjou de 1040 à 1060. C. Port, Dictionnaire historique de Maine-et-Loire, t. I, p. IX. (3) Cartulaire de Marmoutier. (4) Ibid. venait d'être lâchement empoisonné U), avait dû se ranger autour du Bâtard. Nous ne devons donc pas être surpris de rencontrer Bouchard de Sourches aux côtés de Guillaume dans les assises qu'il tinta Domfront en 1064, assises où fut confirmée à l'abbaye de Marmoutier contre celle de la Couture la possession du prieuré de Saint-Martin de Laval (2). Dans l'expédition qui devait lui donner l'Angleterre, le Con quérant entraîna à sa suite Français, Bretons, Poitevins, Bour guignons. et Manceaux.

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