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■©mn'rtjjrô î>u mcmc 2httsiu\ CONSIDÉRATIONS SUR LE PRINCIPE DÉMOCRATIQUE QUI RÉGIT L'UNION AMÉRICAINE, et de la possibilité de son application à d'autres États, ouvrage formant le complément de la Démocratie en Amérique dç M. de Tocqueville, avec une Carte des É*ats-Unis d'Amérique. I vol. in-8°. tS-il. TRAVAUX D'AMÉLIORATIONS INTÉRIEURES, projetés ou exécutés par le gouvernement général des États-Unis d'Amérique. -I vol. in— i°, et allas in-folio. 1834. CHEMINS DE FER AMÉRICAINS; Historique de leur construction; prix de revient et produits; mode d'administration adopté; résumé de la législation qui les régit, faisant suite aux travaux d'améliorations intérieures. in-4° ; planches. 1836. EXAMEN COMPARATIF DE LA QUESTION DES CHEMINS DE FER EN 1840, en France et à l'étranger, et de l'intervention du gouvernement dans la direction et l'exécution des travaux.
I vol. in-8°. 18-íO. NOTICE SUR LES CHEMINS DE FER ANGLAIS, ou Résumé analytique des principaux renseignements contenus dans les publications officielles du parlement en 1839, et traitant de forganisation financière des compagnies ; de la construction des railways; de leur prix d'établissement; de leur administration; du mouvement et des revenus; des voyageurs; du montant de la taxe prélevée par l'Etat. 4 vol. in-S". 1840. Imprimerie de Gustave GRAT10T, II, rue de la Monnaie. ORIGINE, — INSTITUTIONS, — ESPRIT POLITIQUE, RESSOURCES MILITAIRES, AGRICOLES, COMMERCIALES ET INDUSTRIELLES DES ÉTATS-UNIS PAR GUILLAUME TELL POUSSIN MINISTRE PLENIPOTENTIAIRE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AUX ÉTATS-UNIS TOME PREMIER. PARIS GUILLAUMIN ET O, LIBRAIRES Éditeurs du Dictionnaire du Commerce et des Marchandises, du Journal des Économistes, de la Collection des principaux Économistes, etc. '4, RUE RICHELIEU.
Introduction
. Les progrès des sciences appliquées aux arts et à l'industrie ont profondément modifié les condi tions de tous les pays; partout on voit se manifester des idées et des tendances nouvelles, dont l'influence envahit tous lesTarigs, agit sur nos habitudes, transforme nos mœurs, change nos goûts, et va même jusqu'à s'insinuer dans tous les détails de la vie intime. En présence de cet état de choses, comment s'expliquer la divergence que les gouvernements s'obstinent à entretenir entre eux et les peuples? Ceux-là veulent-Us donc toujours oublier qu'ils ne sont que des modérateurs et des guides? Ceux-ci, en provoquant l'expansion des forces sociales, ne 3* édition. — I.
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. s'avancent-ils pas avec trop de précipitation vers l'accomplissement imminent d'une grande révolution désormais nécessaire? Au demeurant, l'opiniàtreté dans la résistance sera toujours plus dangereuse que la précipitation dans la poursuite; en allant trop vite, on court bien le risque de se tromper de chemin, mais les idées ne périssent pas; au lieu que, quand un tor rent grossit devant vous, c'est folie de vouloir lui résister avec des digues vermoulues et de ne pas lui ouvrir une large voie en cherchant à transfor mer ses débordements passagers en inondations fertiles. Les peuples ne peuvent plus rester étrangers les uns aux autres. Un nouvel et puissant élément de civilisation est venu les mettre en contact permanent; la vapeur franchit les distances avec la même facilité que les idées traversent les lignes de douane et volent par-dessus les murs de circonvallation.
En quelques jours, on passe d'un continent, d'un hémisphère à l'autre; et quand toutes les mers seront régulièrement sillonnées, que TEurope sera couverte de chemins de fer, les rapports de peuple à peuple deviendront d'autant plus fréquents, que les voyages, par leur prix et leur durée, ne seront plus à la portée seulement des privilégiés de la
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. 3 fortune; toutes les classes en profiteront, et alors le trop plein d'une population pourra se déverser facilement dans une autre. Tout concourt donc à entraîner les peuples dans un mouvement uniforme, et les époques d'isole ment sont passées sans retour. Les indépendances nationales ne tiennent nullement à des systèmes de prohibition. Ces systèmes ne consacrent plus à l'avenir que la lutte des inté rêts individuels contre les intérêts généraux. L'expérience a démontré que la prohibition avait eu pour conséquence de faire méconnaître et de transgresser les lois les plus simples de l'économie politique; car, d'un côté, l'on a encouragé des industries éphémères qui ne possédaient pas leurs éléments naturels; et de l'autre, remploi abusif des forces artificielles dont elle dispose maintenant a donné à la production un tel développement, que toutes les proportions entre elle et la consommation ont été dépassées et anéanties.
Il en résulte que les populations sont tenues de se renfermer chez elles; et celles qui sont privées, sur leur propre sol, des moyens de communication nécessaires à l'écoulement de leurs produits, sont amenées forcément à restreindre jusqu'à un degré infini le chiffre de leurs exportations. En somme, i.
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. 4 la prospérité de toutes est gravement compromise, et c'est ici surtout que la détresse et la pauvreté naissent réellement de l'abondance. Tel est l 'inévitable effet de toute loi d'exception; de telles lois ne sont favorables en définitive qu'aux plus riches, aux plus habiles ou aux plus heureux. Cet état de misère inhérent au système des lois prohibitives pousse évidemment la société vers de nouvelles destinées, et peut-être les peuples, exci tés par un antagonisme de plus en plus irritant, seront-ils entraînés vers une lutte terrible, im mense, mais décisive ; car alors il s'agira de leur existence même, et non plus d'un principe d'honneur à soutenir ou d'une ambition nationale à satisfaire. Telles sont les appréhensions qui viennent pré occuper l'esprit, lorsqu'on voit ce qui se passe dans l'organisation sociale de tous les peuples.
Sans doute un pareil avenir est effrayant, car il menace cette paix générale au maintien de la quelle on a déjà sacrifié de si nobles, de si grands intérêts; mais, pour être grave, le péril n'est point inévitable, surtout si les gouvernants, mieux éclairés sur leurs propres intérêts, cherchent enfin à s'associer à ce grand mouvement que la propa gation des lumières imprime à tous les peuples !
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. Ce serait faire acte de sagesse et de véritable conservation que de transiger avec les idées et les besoins nouveaux; il faudrait apprendre aux peuples à concilier leurs intérêts lors même qu'ils paraîtraient opposés, plutôt que de persévérer dans des voies restrictives, qui ne peuvent que hâter le moment de la lutte entre les nations et leurs chefs. Mais la question des rapports internationaux est trop intimement liée à celle de la démocratie, pour qu'elle ne se trouve pas tôt ou tard résolue naturellement par le triomphe même de cette grande cause, qui gagne tous les jours de nouveaux adhérents. Lorsque les peuples seront enfin arrivés à se gouverner par eux-mêmes, le système d'isolement devra cesser, car alors ils sauront se considérer comme membres de la grande famille humaine, que les mêmes besoins de liberté individuelle et de bien-être doivent réunir; ils sauront que si la Providence a attribué à chaque partie du globe des ressources naturelles , des aptitudes, des pro duits différents, leur intérêt commun exige que ces avantages combinés soient vivifiés par des échanges réciproques mieux entendus et d'autant plus actifs qu'ils seront libres et faciles.
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. Dans l'état actuel des choses, les nations s'épui sent en de vains efforts, qui ne profitent qu'à un petit nombre; quant aux masses, elles s'appau vrissent; partout le commerce est en souffrance, nulle part il n'est basé sur les principes d'une large réciprocité; il suffit qu'une nation ait l'em pire des mers pour que la prépondérance lui soit acquise et qu'il lui soit loisible d'imposer sa volonté aux autres nations. Ainsi, tandis que la plé thore engorge tous les canaux de la vie industrielle, la nation britannique, pour échapper à ses terri bles effets, condamne les autres à ne consommer que ses produits. Mais si ce monopole qu'elle veut exercer par la force et à tout prix est devenu la suprême condition de son existence, c'est une témérité inouïe autant que coupable que de pré tendre l'imposer à tout le genre humain.
Cependant de l'autre côté de l'Atlantique s'élève une nation de même origine, de même race, mue aussi peut-être par la même ambition, mais plus apte, sous tous les rapports, à devenir une des plus grandes puissances commerciales et industrielles du monde. Chaque jour, elle s'avance de plus en plus dans la lice et menace déjà d'une concurrence désastreuse l'ancienne reine des mers, sa seule rivale. Hier encore l'Union américaine
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. ■ 7 était une nation de consommateurs, aujourd'hui elle révèle sa puissance et ses justes prétentions à déverser sur les autres ses immenses richesses na turelles et les produits merveilleux de son indus trie. Pourquoi ne convoiterait-elle pas la riche succession de la Grande-Bretagne, qu'elle peut un jour déposséder? Pour amener le succès de ses vues ambitieuses, elle suit une marche entièrement opposée à celle qui a si bien servi les intérêts de l'Angleterre. Le mouvement ascensionnel de celle-ci a été provo qué par l'énergie de son aristocratie compacte ; l'Amérique obtiendra la suprématie des mers par la force du principe démocratique ; l'une a inscrit sur sa bannière Dieu et mon droit, l'autre inscrira sur ses couleurs liberté des mers, et fera reconnaître enfin ce grand et salutaire principe, que le pavillon couvre la marchandise.
C'est ce principe sacré qui viendra puissamment en aide, qui contribuera surtout à la réédifi cation sociale. La nation américaine emploiera à sa défense, avec sa marine, et son intérêt commercial et son ambition. La souveraineté du peuple constitue aujourd'hui sa force et sa puissance; elle lui doit son origine et sa prospérité sans exemple. Fondée
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. principalement sur l'amour de la liberté, sur le patriotisme, sur rattachement des citoyens à la constitution de leur choix, l'Union présente, elle aussi, l'imposant spectacle d'une nation compacte pourvue de tous les éléments de force et de durée. Ses citoyens, heureux sous l'empire de leurs insti tutions, perdraient à les modifier, et ils n'en ris queront pas l'épreuve ; car ils compromettraient leur avenir, dont leur prospérité actuelle ' est la plus solide garantie. Un tableau fidèle de l'état social des Américains sera toujours un vaste sujet d'étude; les grands enseignements qu'il contient me semblent tirer un nouveau prix de l'état actuel des choses, aujour d'hui surtout que les peuples dirigent leurs efforts vers un seul et même but, et tendent tous vers la conquête du principe de l'égalité politique.
La démocratie américaine est certainement appelée à soutenir un jour une lutte dans laquelle seront nécessairement entraînées les autres puissances maritimes. De là naîtront des intérêts spéciaux et une situation nouvelle difficile à appré- 1. La crise financière et commerciale actuelle (janvier 1843) n'est qu'un fait passager, tenant a des circonstances purement transitoires, et qui n'est nullement susceptible d'intéresser les déductions du philosophe et du statisticien.
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. 9 cier, mais digne d'exercer les méditations de tous ceux qui s'occupent des progrès de la civilisation ; j'ai l'espoir que mon ouvrage, par la nature posi tive de ses éléments, fournira une base solide aux déductions de l'homme d'État. Je ne me dissimule point la difficulté d'une pa reille tâche. Dans cette histoire industrielle du peuple américain, j'ai eu besoin, pour soutenir mes efforts, d'associer mes souvenirs au sentiment d'un pieux devoir, et j'ai saisi avec empressement cette occasion de mieux faire connaître des-tra vaux aujourd'hui renommés, conçus et exécutés par des mains françaises ». Je divise mon travail en deux parties : dans la première, je retrace l'origine, les institutions, et surtout l'esprit politique des Américains; dans la seconde, leurs ressources militaires, et le développement de leur industrie agricole, commerciale et manufacturière.
On n'y trouvera que des renseignements positifs mêlés d'une foule d'observations personnelles, sur une nation au milieu de laquelle j'ai vécu, dont j'ai suivi les progrès, et à la fortune de laquelle je m'intéresse comme un de ses enfants. J'ai mis tous 1. La nation américaine a dépensé plus d'un milliard dans l'exécution des travaux consacrés à la défense nationale.
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10 mes soins à me garantir du prestige des idées spé culatives, et ce n'était pas une petite difficulté, en présence d'un sujet si vaste et si fécond. J'ai pensé qu'il serait difficile pour le lecteur d'apprécier le caractère national sans remonter à son origine. Le caractère politique ou industriel d'un peuple dépend autant de son origine que des circonstances au milieu desquelles la Providence l'a placé; il m'a donc semblé indispensable de reproduire les traits principaux de la première époque de l'histoire des Américains. En remontant aux premiers établissements qu'ils ont formés, j'ai été conduit à examiner l'importante question des divers systèmes de colonisation suivis par les Européens à leur arrivée dans le nouveau monde. Mes recherches se sont étendues sur les découvertes d'établissements antérieurs dont l'histoire a conservé des traces authentiques.
Un sentiment tout français m'a vivement inté ressé dans ce travail , qui avait pour but de mon trer combien ma patrie avait pris de part dans ces luttes qu'elle soutenait alors avec tant de dignité et de courage pour l'honneurdunom français, sur les mers et dans les terres du nouveau monde. Je me suis aidé de tous les ouvrages des au teurs contemporains de ces époques, et dont nos
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. 11 bibliothèques de Paris sont si richement pourvues. J'ai dû compulser également les archives de la marine et des colonies, dont les cartons, les ma nuscrits et les cartes ont été gracieusement mis à ma disposition par l'honorable chef de ce département. J'ai consulté avec profit diverses publications périodiques américaines', dans lesquelles j'ai sou vent pu confronter d'excellents documents statistiques avec ceux qui m'ont été fournis soit par l'obligeance du ministre des États-Unis à Paris, soit par mon ancien ami M. R. Walsh, un des publi cistes américains les plus distingués. Qu'il me soit permis d'offrir à tous ceux qui ont bien voulu prendre intérêt à mes travaux , mes re mercîments bien sincères. 1 . Norlh A merican Review ; — Hunt' s merchants Magazine. PREMIÈRE PARTIE. ORIGINE, — INSTITUTIONS, — ESPRIT POLITIQUE DES ÉTATS-UNIS.
Investigation» historiques sur les découvertes, premiers établissements et divers systèmes de colonisation suivis en Amérique. CHAPITRE PREMIER. 1000-1529. DÉCOUVERTES ET PREMIERS ÉTABLISSEMENTS DES SCANDINAVES, DES ESPAGNOLS, DES FRANÇAIS, DES ANGLAIS. Colonie scandinave. — Christophe Colomb. — Jean Cabot. — Les Normands, les Rochelois, les Dieppois. — Americo Vespuci. —Gaspard Cortereal. — Pierre de Gui. — Jean Davis de Harfleur. — Thomas Auberl de Dieppe. — Jean Ponce de Léon. — Le baron de Léry. — Vasquez de Ayllon. — Verazani. — Pamphile de Narvaez. Le nom de Christophe Colomb est à jamais identifié avec la découverte de l'Amérique. Les titres de cet illustre voyageur à la gloire attachée à un des événements les plus remarquables de l'histoire du monde, sont aussi sacrés que fondés. En effet, rien de fabuleux, d'équivoque, de douteux dans le récit de ces faits qui révèlent dans ce célèbre navigateur une hardiesse de pensée, une puissance de génie, une opiniâtreté de persévérance surhumaines.
Pour résoudre la haute question de la construction du globe, qui agitait alors les esprits, il ne fallait pas moins que la réunion, dans un seul homme, de ces éminentes qualités, activées par une foi religieuse extrême : Christophe Colomb les possédait toutes! 0 Honneur donc, en notre nom et en celui des géné rations à venir, à la mémoire de Colomb, l'immortel bienfaiteur de Thumanité! S'il a droit à notre vénéra tion comme un puissant génie, il a plus de droits en core à notre reconnaissance, pour avoir, par le fait de sa découverte et l'influence morale qu'elle devait exercer sur les destinées du monde, avancé l'émancipation de la société! Cependant, mon but étant d'enregistrer, par ordre chronologique, tous les faits qui ont rapport à la dé couverte et à la colonisation de l'Amérique du Nord, il est de mon devoir de signaler les documents' récemment publiés par des savants du Nord, sur cette époque du moyen âge restée si longtemps ignorée.
Ces renseignements, dus à un savant aussi distingué qu'érudit, prouvent, sinon d'une manière absolue, du moins très plausible, que la découverte de l'Amé- 1. Mémoires sur la découverte de l'Amérique au dixième siècle, par Charles Christian Rafn, ou A ntiquitates américaine, sive scriptores septentrionales rerum ante columbianarum in Americâ. — (1000-1529). 15 rique a été faite dès le dixième ou le onzième siècle par des navigateurs scandinaves, et qu'à cette époque, des relations suivies existèrent entre la partie orientale des côtes de l'Amérique et la Scandinavie. Toutefois, il est juste d'ajouter que le passage de ces colonies, sur cette partie du nouveau monde, a laissé de si faibles traces, qu'on a pu à peine les retrouver ou les constater, et certaines preuves présentées à l'appui de la visite des côtes de Massachusetts et du Rhode-Island par les navigateurs scandinaves, paraissent au moins très vagues.
Quelques écrivains anglais ont également soutenu qu'un prince du pays de Galles, nommé Madoc, fut poussé sur la côte de la Floride dès Tannée 1171 et y établit une colonie. Cette assertion est restée sans preuves. Christophe Colomb avait longtemps médité sur la forme de la terre, souvent consulté les récits de Marco Polo et de Jean Mandeville qui, dans le treizième siècle, avaient visité TAsie beaucoup au-delà de la limite donnée par Ptolémée, et il en avait conclu qu'en traversant les mers dans une direction occidentale, il devait arriver, par un voyage de courte durée, sur Textrémité orientale du continent de TAsie qu'il appe lait Indes. II éprouva les plus grandes difficultés à faire adopter ses vues, son projet; heureusement il trouva dans la vigueur de son esprit et Tenthousiasme de sa conviction les moyens de résister aux contrariétés qu'il eut à essuyer : il avait conçu la pensée de délivrer le saint-sépulcre des mains des infidèles, et il voua à cette œuvre pieuse les richesses éventuelles de ses découvertes.
Cette idée le soutint jusqu'à la fin de ses jours ! Après avoir arrêté le plan de sa navigation, tracé à Tavance la route qu'il devait tenir, fait les calculs sur lesquels reposait sa théorie, il mit enfin à la mer un vendredi 5 août 1492 », avec trois petits bâtiments, la Santa-Maria, montée par lui-même, la Pinta, par Mar tin Alonzo Pinzon, la Nina, par Vincent Vanez Pinzon ; un seul était ponté, el d'environ 100 tonneaux, les deux autres étaient des barques propres à la naviga tion des côtes. L'expédition se composait de cent vingt personnes. Colomb gagna les Canaries, et cingla en suite directement vers l'ouest, sans dévier de la ligne qu'il s'était tracée, et, après soixante et dix jours d'une navigation hasardeuse, un vendredi 12 octobre, le grand cri de terre ! se fit entendre sur le vaisseau qu'il montait.
Colomb mit pied à terre sur une des îles des Bahamas, appelée par les indigènes Guenahaud, par lui San-Salvador, nom conservé jusqu'à ce jour, et par les Anglais Cat-Island. Colomb, suivant sa pensée dominante, se croyait sur une des îles qui bordent le continent asiatique; il donna donc aux indigènes de cette île le nom d'Indiens, par lequel on a désigné depuis toutes les nations abo rigènes du nouveau continent. Ainsi fut heureusement résolue comme par miracle la théorie de Colomb sur la construction du globe, théorie due à son génie supérieur, qui seul avait pu en 1. Washington Irving, Fie de Christophe Colomb. — (1000-1529). 17 comprendre les calculs et la développer à ses yeux comme une vérité. Ainsi fut à jamais établie depuis ce jour, entre Tancien et le nouveau monde, cette com munication qui devait avoir une si grande influence sur les hommes, et qui devait être réduite, de notre temps, aux proportions d'un voyage ordinaire de dix jours, par la découverte des Fulton et des Watt, génies de notre époque!
Immense résultat, incalculable dans ses conséquen ces, que Christophe Colomb lui-même était loin de prévoir : car dans Tidée fixe qu'il s'était formée sur Tétendue de TAsie, il regardait toutes ses découvertes comme étant la continuation de la longue chaîne des Indes et ne croyait pas avoir découvert un Monde Nouveau. Ce fut donc par une très grande erreur en géographie que Colomb fut conduit à ses magnifiques découvertes. Cette opinion était, du reste, partagée par tous les savants, tous les navigateurs les plus célèbres de ces temps; elle influença longtemps toutes les expéditions entreprises postérieurement. De San-Salvador, Colomb reconnut Tarchipel des Lucayos, arriva, le 28 octobre, dans l'île de Cuba, et le 6 décembre, dans celle d'Haïti, d'où il mit à la voile le 4 janvier 1493, pour retourner en Espagne.
La nouvelle de la découverte de Christophe Colomb produisit un effet miraculeux sur les esprits ; toutes les puissances rivales en Europe fuient saisies d'une espèce de vertige qui les poussait à de nouvelles aventures : chacune désirait agrandir le cercle de ses États, con- 3" édition. — i. courir à répandre la Foi, mais surtout enrichir ses trésors. Partout on prépara des expéditions. L'Angleterre, toujours prête à se saisir de nouveaux domaines et à étendre son influence, entra avec ardeur dans ces projets de découvertes. Colomb s'était adressé à Henri VII, mais n'en avait pas été accueilli favorable ment; néanmoins la communication dé ses plans avait appelé Tattention de quelques hommes de mérite de ce pays sur cette hardie conception et avait ainsi provoqué le désir d'entreprendre aussi quelques voyages de re cherches.
Mais l'Angleterre était loin alors d'être re nommée pour sa navigation et les connaissances de ses marins, elle était restée plus d'un siècle en arrière de toutes les autres nations qui déployaient au contraire une très grande activité et une très grande ardeur pour le commerce et les entreprises maritimes. Les vaisseaux et les marins de l'Angleterre ne s'é taient pas encore aventurés loin de ses propres côtes. Dans ces circonstances, elle fut donc obligée d'avoir recours aux marins des nations étrangères pour accomplir ses desseins. C'est dans ces circonstances que Jean Cabot, un aventurier vénitien, alors établi à Bristol, obtint de Henri VII, en 1496, le droit, pour lui et ses trois fils, de naviguer sous pavillon anglais, dans toutes directions, pour découvrir des terres inconnues ou in habitées par aucune nation chrétienne, et d'en prendre possession au nom du roi d'Angleterre.
Cette concession fut accordée le 5 mars de cette année, deux ans après le retour de Christophe Colomb, mais Cabot ne mit en mer que deux ans plus tard. II s'embarqua le
CHAPITRE L
— (1000-1529). 19 4 mai 1497, à Bristol, avec son fils Sébastien, sur un bâtiment de TÉtat et ayant sous ses ordres une petite flottille fournie par le commerce de Bristol. Cabot avait adopté les vues de Colomb sur la con formation du globe, et il entreprit son voyage dans le but de trouver un passage aux Indes par le nord-ouest, et , à son grand regret ' , découvrit les atterrages le 28 juillet 1497, mais n'alla à terre sur aucun point; il navigua en vue de l'île de Terre-Neuve qu'il nomma Prima- Visla; son équipage y ayant pris un grand nombre de poissons, entre autres des phoques, des saumons, des soles et des boccalaos (espèce de morue, cod fish) ou cabelien, donna le nom de Labrador à ce pays, qui plus tard reçut celui de Cabelien. II s'éleva ensuite jusqu'au 56e degré, et se dirigea alors vers le sud-ouest, jusque dans le voisinage des Florides, par le 56e degré, dans T espoir de trouver le passage tant désiré; mais désespérant d'y réussir, il se décida à retourner en Angleterre où, à sa grande mortification, son voyage produisit si peu d'effet, qu'il prit la résolu tion d'aller offrir ses services aux souverains catholiques Ferdinand et Isabelle 2. 1.
Hakluyt, t. III, p. 7. 2. S. Cabot « faisant voile, dit-il, en longeant Ta côte, afin de voir si « je lrou\erais quelque golfe qui la coupât, je vis que la terre se pro ie longeait toujours jusqu'au 5(5° de latitude, el, ni'apercevant que vers a cet endroit la côte faisait un coude vers l'orienl, et désespérant de « trouver un passage, je revins sur mes pas, et lis route en côtoyant « cetle terre, cinglant vers l'équaleur. J'arrivai a la partie du conti « nent qu'on nomme aujourd'hui Floride, lorsque, venant à manquer « de vivres, je mis à la voile pour retourner en Angleterre. » 1. Du reste , il n'existe sur ce voyage que des renseignements vagues et très incomplets. Mais si on ajoute foi aux récits de TEscarbot ', qui visita lui-même les côtes de l'Amérique du Nord, en 1606, les côtes orientales de ce continent auraient été déjà connues, longtemps auparavant, des Normands et des Basques qui étaient dans Thabitude de se rendre à Terre-Neuve, au golfe Saint-Laurent, aux côtes de Labrador et au nord de l'île de Terre-Neuve pour la pêche.
Il dit, en effet, «que les Dieppois, les Ma ts louins, les Rochelois et autres mariniers français « fréquentaient, la plupart du moins, déjà depuis plu « sieurs siècles, le grand banc et les côtes de Terre « Neuve. ** II prétend même que les noms connus et la langue parlée sur cette partie du continent étaient moitié basque, preuve, selon lui, que les Basques de vaient avoir visité ces côtes depuis longtemps. Quelques navigateurs anglais et danois tentèrent, vers cette même époque, de trouver un passage aux grandes Indes par le nord-ouest, et furent conduits ainsi à reconnaître quelques-uns des points des côtes orientales de l'Amérique du Nord, mais sans aucun autre résullat. Du reste, dans ces temps de suprématie papale, de puis les dernières découvertes de Colomb au nom de la couronne d'Espagne, on considérait que les droits de celle-ci s'étendaient sur toutes les terres et mers qui en relevaient, puisque le pape Alexandre VI en l' L'Es-carbot, 207-209. — (1000-1529). avait concédé la propriété à Ferdinand et Isabelle par sa fameuse bulle, rendue le 2 mai 1495, sous la seule condition d'y introduire et y propager la foi catho lique.
De même que le pape Nicolas V, par sa bulle de 1454, avait accordé aux rois du Portugal Tentière souveraineté sur toutes les terres découvertes par les Por tugais à Test de TAtlantique. Aussi le roi d'Angleterre, après le voyage infruc tueux de Cabot, renonça-t-il entièrement à envoyer de nouvelles expéditions de découvertes vers les côtes de l'Amérique. Americo Vespuci, par une usurpation inexplicable, mais dont on retrouve néanmoins de fréquents exem ples, donna son nom à la découverte de Colomb, avec laquelle cependant il n'avait eu rien de commun. Ce navigateur, célèbre d'ailleurs, paraît avoir fait d'im portants voyages au Brésil en 1501 , et rédigea des mémoires qui restèrent longtemps manuscrits, et sur la réputation desquels il obtint la gloire de la décou verte des deux Amériques.
Dès 1498 et 1499, C. Co lomb ' et Pinzon avaient découvert ces terres et en avaient pris possession au nom de la couronne d'Espa gne, et, en 1500, don Pedro Alvarez Cabrai au nom de la couronne du Portugal. Juan Vaz Costa Cortereal, gentilhomme de la mai son de Tinfant don Fernando, accompagné d'Alvaro Martens Hornera, entreprit, en 1465 et 1464, un 1. Washington Irving. voyage, et reconnut les mers du Nord par ordre du roi Alphonse V de Portugal; il découvrit la terre de Boc calaos (pays des morues), nommée depuis Terre- Neuve. Gaspard Cortereal, son fils, entreprit de trouver un passage aux Indes par le nord-ouest; il visita en 1500 les côtes de Terre-Neuve, les reconnut et les décrivit avec soin. Une de ces îles, près du cap Breton, porta son nom, et fut ainsi désignée longtemps sur les cartes publiées en 1559; il découvrit le golfe et le fleuve Saint-Laurent.
Sous Louis XII, les Français s'occupèrent également de chercher la solution du problème du passage aux Indes par le nord -ouest, but de tous les voyages et expéditions maritimes d'alors ; ils découvrirent le Ca nada, fréquentèrent l'île de Terre-Neuve en 1504, et y fondèrent Tindustrie de la pêche de la morue, dont les autres nations partagèrent plus tard les bénéfices et les avantages. Pierre de Gui, seigneur de Montz, dans un de ces voyages, entrepris en 1506, touche à Cadie ou TAcadie, appelée depuis Nouvelle-Écosse, en reconnaît les côtes, et prend possession de ce pays au nom du roi de France. Dans la même année, Davis de Harfleur publie une carte de ces côtes et des environs de Terre-Neuve. Sur cette carte, tout ce qui se trouvait au sud du fleuve Saint-Laurent est appelé Nouvelle-France ; le côté nord est marqué terra inco gnita et terres françaises.
Sur la carte, on remarque les noms suivants : Angoulême, nom donné par un Angoumoisin; Flora, le Paradis, Port-Real, Port-de- — (1000-1529). 23 Refuge, cap de Breton, et une île nommée cap Breton. Un nommé Thomas Aubert ou Hubert, pilote de Dieppe et engagé dans la pêche de la morue près des atterrages de Terre-Neuve, touche aux terres du Ca nada en 1508, et en ramène en France un indigène dont la vue excite une très grande curiosité. Depuis le premier voyage de Colomb, plusieurs de ses compagnons se livrèrent séparément à des voyages d'aventure, et cherchèrent avec une avidité insatiable des trésors, des richesses que Tastucieux Indien pro mettait à son intolérable visiteur pour s'en débar rasser. Ponce de Léon, homme d'une grande ambition, et qui avait déjà accompagné Colomb dans son second voyage en 1495, recueillit avec avidité et crédulité un de ces fabuleux récits des indigènes sur Texistence d'immenses richesses, et surtout d'une certaine fon taine dont les eaux avaient la puissance de rajeunir, dans une des îles de Tarchipel des Bermudes, à la quelle ils donnaient le nom de Bimini.
II possédait une très grande fortune; il équipa à ses frais trois bâ timents, et mit à la voile, le 5 mars 1512, de Porto-Rico dont il était gouverneur *-, et le samedi 27 mars il se trouva en vue des terres de la Floride par le 503 degré 8 minutes. II ne put néanmoins débarquer, à cause du mauvais temps, que le 2 avril, et donna à ces terres le nom de Floride , tant à cause du brillant aspect qu'elles offraient par la quantité de fleurs qui les cou- 1 Herrera. vraient, qu'en Thonneur du jour des Rameaux, Pascua florida, où il les avait d'abord aperçues. Le nom de ces terres, dans le dialecte indien, était Caulio. II visita les parages de cette contrée, débarqua sur différents points, eut plusieurs engagements avec les in digènes, doubla la pointe méridionale de la Floride et reconnut T archipel des Tortugas; fatigué enfin de ses inutiles recherches après les mines d'or et surtout cette nouvelle fontaine de Jouvence promise, il se détermina à revenir à Porto-Rico, laissant derrière lui, pour con tinuer sa croisière aventureuse, Juan Perez de Ortu bia, qui du reste ne fut pas plus heureux que lui.
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