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■ GENÈVE, ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT DE CETTE RÉPUBLIQUE. TOME PREMIER. GENÈVE, ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT DE CETTE RÉPUBLIQUE, DE SES LOIS. DE SES MŒURS ET DE SON INDUSTRIE, PAR A.-P.-J. PICTET DE SERGY, Au. a Coût «i Etat du C. do Genève, IIe des Sociales d'Histoire Geuovoise, Ruiuaude el Fédérale. TOME PREMIER. GENEVE MONARCHIQUE ET ÉPISCOPALE GENÈVE, CH. GRDAZ, IMPRIMEUR-ÉDITEUR, Rue du Puits-Saint-Pierre. SE TROUVE AUSSI CHEZ LES PRINCIPAUX, LIBRAIRES. Ce volume appelle quelques remarques que l'auteur ue peut laisser faire à personne avant lui. La première est relative aux trop nombreuses imper fections d'un travail dont les difficultés, comme l'intérêt, se sont accrus à chaque pas. Indépendamment des lacu nes que devait y laisser l'insuffisance du citoyen genevois conduit à l'entreprendre, quelques circonstances étrangères à sa volonté en ont considérablement entravé la publication, et ont dû nuire au fond même de l'oeuvre.
La division par livraisons égales, formant chacune un chapi tre distinct et complet, a plus que doublé le travail sans procurer aux lecteurs les avantages que l'on en attendait. Cette dimension inflexible, qui a fait sacrifier quelques documents essentiels et insérer quelques hors-d'œuvre, devra être modifiée. Une seconde remarque, également pressée à faire, est celle de la part importante qu'ont au présent volume les savants archéologues genevois, sur les recherches des quels l'auteur a souvent appuyé les siennes. Cela est sur tout vrai pour M. l' Archiviste Sordet, dont la complai- VI sance a été inépuisable, pour M. le Juge Mallet, déjà pour MM. Galiffe, Grenus, Gaudy, Chaponnière, etc. Le désir de faire profiter le public de richesses scientifi ques jusqu'ici peu à sa portée, a contribué beaucoup à faire entreprendre le présent travail.
II fallait un maçon pour utiliser les marbres précieux extraits de la carrière. La division du travail et l'association de forces de natures diverses sont les plus sûrs moyens d'arriver à faire con naître et comprendre la vieille Genève à la génération actuelle, qui paraît en être désireuse. On pense que les nouvelles destinées de Genève augmentent Futilité, peut être même l'urgence d'un travail de ce genre. L'auteur n'a point prétendu pousser ses travaux jus qu'aux dernières limites de la science ( dont la poursuite l'eût éloigné de son but principal, sans qu'il dût se flatter de les atteindre), ni, moins encore, s'élever à des descrip tions éloquentes ou à des dissertations philosophiques. II n'a cherché qu'à être exact, juste, clair, facile à lire et à retenir dans sa mémoire '. Tracer fidèlement, à partir de sa source lointaine, le cours accidenté du ruisseau que descend le frêle esquif de Genève, a paru devoir être un travail suffisant pour in téresser au miracle perpétuel de cette longue navigation, à la fois si périlleuse et si bénie.
Chapitre I
. PRÉLIMINAIRES. I. DE L'HISTOIRE DE GENÈVE a) Introduction . Celui qui vient tenter, à son tour, de raconter aux Genevois une Histoire nationale trop peu con nue, n'allongera pas son œuvre d'une Préface des tinée à développer ses motifs. U a déjà essayé de les indiquer ailleurs *. II ne pourrait espérer de faire mieux à cet égard que le savant médecin seul honoré, pendant cent 1 Introduction à l'étude de l'Histoire en général et de celle de Ge nève en particulier. Genève, Jullien et fils, 1840. ( NB. Ce travail est le résumé (première et dernière leçons) du Cours donné en 1840 par l'auteur du présent ouvrage, lequel en est le développement. — Introduction à l'Histoire de Suisse, d'après une nouvelle division. Ex trait de la Bibliot. univ. Octobre 1842. lrc livraison. i ans, du titre d'historien genevois.
Les belles pages qui ouvrent l'histoire de Spon méritent d'êlre rap pelées. C'est un juste hommage à rendre à ce jeune écrivain, qui consacra à la patrie de son aïeul les plus belles années de sa courte vie1. Les lignes suivantes contiennent d'ailleurs quelques engagements que tout homme qui se mêle d'écrire lhis toire doit se faire une obligation de renouveler. « Bien que j'entreprenne 2 l'histoire d'un Etat fort » médiocre pour le peu d'étendue de son ressort, » on ne doit pourtant pas blâmer mon dessein , » comme si elle ne méritait pas d'être publiée ; car » si Dieu n'est pas moins admirable dans les petits » ouvrages de la nature que dans les grands, où la » matière suit ses mains, il ne lest pas moins aussi » dans la conduite des petits Etats que dans celle » des grands royaumes; de même qu'un pilote ne » fait pas moins paraître son adresse à résister avec » une petite barque aux flots d'une mer agitée par » la tempête, qu'à préserver du naufrage un grand » vaisseau, contre lequel les vagues ne font souvent » que des efforts inutiles. » On ne trouvera pas dans cette histoire des ha » 'tangues pompeuses de quelques fameux généraux, » ou des batailles rangées d'un nombre infini de » combattants ; mais, en revanche, on y rencon » trera, à chaque pas, quelque merveille de la Pro » vidence et quelque trait historique digne de ré » flexion.
Sur cette scène paraissent des acteurs qui 1 Spon composa son Histoire de Genève à 30 ans , et mourut avant 40. 2 Spon, Histoire de Genève, Iiv. I, p. 8. » ne sont pas si superbement vêtus et qui ne par » lent pas si haut que les rois et les princes de la » terre sur les théâtres spacieux de leurs Etats. Us » ne laissent cependant pas de proposer de belles «instructions, qui sont d'autant plus utiles que » chacun peut y prendre part ; car tout le monde » est soldat ou citoyen de sa patrie. On y verra des » exemples de vices et de vertus de toute sorte qui » pourront n'être pas sans fruit, pourvu que l'on » regarde moins à la dignité de celui qui parle qu'à » l'à-propos de ses paroles. » De mon côté, je ne rechercherai pas tant la » politesse dans mes discours que la fidélité dans » mes narrations, et je tâcherai surtout qu'aucune » passion ne me rende indigne du nom d'historien, n qui doit être inviolablement un secrétaire de la » vérité, et non pas du mensonge ou de la flatterie. » Celui qui écrit pour faire parade de son éloquence, » publie plutôt son histoire que celle des Etats ou » des personnes qu il veut écrire ; et il arrive sou » vent qu'il monte, si je l'ose dire, sur les échasses » de sa vanité pour se faire moquer de plus loin, et » tomber de plus haut. » La vérité, pour se faire aimer, n'a besoin d'au » cun fard1. » 'Noble et speclable Jacq.
Spon, né en 1644 (probablement 1647?), docteur-médecin el membre de plusieurs Académies, lìlsdeCharles Spon ( docteur-médecin à Lyon, médecin du roi de France, savant très-distingué), était pctit-íìls de Matthieu Spon, bourgeois de Genève et de Zurich. Jacques Spon, après avoir étudié les anti quités à Strasbourg, fut agrégé au collège des médecins de Lyon, en 1675; voyagea en Grèce en 1676, publia, à Lyon, son Histoire de Genève en 1680, en 2 vol. iii'-12,etinourut cn 1685 au moinent où b) Division. La seule Préface qu'il puisse être utile d'insérer ici, dans l'intérêt sérieux de l'élude de l'histoire de Genève, est une division préalable de cette histoire qui soit claire, facile à saisir, et en rapport avec les grands traits qui la caractérisent. En s'avançant des temps les plus anciens jusqu'à nos jours, on voit l'histoire de Genève tout natu rellement divisée en trois parties, que distinguent des couleurs tranchées.
Les barrières qui les sé parent sont visibles de très-loin. Genève, en effet, a été successivement : i° Catholique; 20 Protestante; 3° Mixte. il se retirait à Zurich pour s'y fixer. Une circonstance peu remarquée explique jusqu'à un certain point la tentation et la faci lité qu'eut un médecin de Lyon, d'écrire l'histoire de Genève. Matthieu Spon, son grand-père, avait épousé, en premières noces, une fille du respectable premier syndic, Jean-François Bernard. Bien que Judith, fille de Bernard, et femme de Spon, fùt morte sans enfants, avant son mari et son père, les relations étaient restées intimes entre le beau-père et le gendre. A sa mort, Ber nard qui léguait les deux tiers de sa grande fortune à la Répu blique, partagea l'autre entre son gendre Spon et son beau-frère, l'illustre Michel Boset.
Ce lien, d'une parenté intime et d'un hé ritage commun entre la famille Spon et l'homme qui connaissait le mieux les annales de la République de Genève, fut, peut-être la cause de la direction que reçurent les travaux du docteur lyonnais. — Morery assure que ce fut à ses relations avec Gode froy que Spon dut les communications et les matériaux nécessaires à l'exécution de son Histoire de Cenève. Chacun sait que cette Histoire a reçu son principal mérite des notes qu'a ajoutées M. Gautier à l'édition de 1730. Première Partie. — Genève catholique. On peut affirmer que cette longue époque, trop peu connue , renferme à elle seule presque toute la partie héroïque et vraiment nationale de l'his toire de Genève. C'est dans ce laps de temps que commence , se soutient et s'achève la lutte po litique des indigènes pour l'indépendance de la cité.
Cette première partie se divise tout naturelle ment en quatre périodes distinctes. La première, qui présente Genève sous une suite de dominations diverses plus ou moins éphémères, conduit "jusqu'à l'an io32 de Jésus-Christ, époque solennelle où Genève commence à avoir une existence individuelle. (Dans cette première période, Genève se pré sentera à nous successivement allobroge, romaine, bourguignonne, ostrogothe, franque, puis bour guignonne de nouveau, jamais genevoise propre ment dite.) La seconde période s'étend de l'an io32, époque où Genève est devenue une ville impériale (c'est-à dire libre, sous la suzeraineté nominale de l'Em pereur et celle plus réelle de son Evêque), jusqu'à l'an i4oo. Ces 4oo années renferment tout le cours de l'existence de la maison souveraine des comtes de Ge nevois, dont l'histoire se lie intimement à celle de la ville de Genève. — Pendant cette période, Genève est à la fois le sujet et le théâtre d'une lutte acharnée entre son Evêque et les deux maisons qui s'en disputent la possession , la maison de Genevois et celle de Savoie.
La troisième période renferme un siècle ( de 1400 à 1S00). Pendant ces 100 années, Genève, donl la com munauté est devenue chaque jour plus importante, voit se développer à un haut degré sa civilisation et son commerce. Ses périls cependant sont grande ment accrus; car, durant toul cet intervalle, elle se trouve pour ainsi dire en têle-à-lêîe avec la mai son de Savoie , qui a absorbé la maison rivale de Genevois. La quatrième période de cette première partie est encore plus courte que les autres, quiont déjà été en se raccourcissant ; — elle n'est que de 3o ans seulement, soit de i5ooà i53o. Mais l'intérêl pal pitant qu'offrent les événements de cette époque, compense le petit nombre des années. C'est alors qu'a lieu la lutte véritablement héroïque dans la quelle les citoyens genevois fondent et assurent l'indépendance politique de leur patrie.
Deuxième Partie. — Genève protestante. Par le prononcé de Payerne , du 2 1 décembre i53o, la position politique de Genève semblait dé finitivement fixée. Elle était une petite commu nauté libre, présidée par un Evêque plus aimé que craint, et alliée de deux cantons suisses, l'un pro testant, l'autre catholique. Mais il entrait dans les vues de la Providence de changer encore une fois cette position, et de donner à Genève de nouveaux destins à la fois chargés d'orages et de gloire. La Résormation approchait. Elle fut officiellement consommée le 27 août i535. Pendant 263 ans, Genève fut une république exclusivement protestante. Cette seconde partie de l'histoire de Genève , presque la seule dont les historiens se soient occupés jusqu'ici, se divise en trois périodes fort distinctes. La première, de i53o à 1602, comprend réta blissement et la consolidation de la Piéforme, tant par la lutte au dedans que parla guerre à l'étranger.
Elle offre l'arrivée à Genève d'un peuple tout nou veau, qui, venu en fugitif, chasse et remplace le peuple qui lui a fourni un asile. Genève, devenue un des boulevarts du protestantisme européen , fonde son existence de république réformée sur la sévérité des lois et des mœurs. La seconde période, qui comprend le dix-septième siècle, est celle du développement de In dustrie et de ì'instruction, au milieu de dangers toujours renaissants, toujours détournés par la pro tection céleste. Ce n'est plus, comme au seizième siècle, l'époque des grands événements : c'est celle d'une multitude de petits faits incohérents, qui di visent fattention sans la fixer. Seulement la tem pête souffle d'un point inverse de l'horizon. Ri chelieu et Louis XIV ont remplacé Amédée VIII et les Evêques de sa maison.
Enfin la troisième et dernière période de cette seconde partie, comprend le dix-huitième siècle. — Un seul mot suffira malheureusement pour dési gner cette époque. — C'est le siècle des divisions in testines. Cette période est une des plus affligeantes sans doute, mais une des plus utiles à étudier avec soin. Troisième Partie. — Genève mixte Genève a cessé d'être exclusivement un Etat protestant, un sol sévèrement interdit aux catho liques. Des frères, enfants d'un même Dieu et d'un même Sauveur, vont se trouver pour la pre mière fois paisiblement réunis dans une ville où furent révérés de sages Evêques, long-temps avant que Calvin fût venu l'illustrer. Cette troisième partie de l'histoire de Genève se divise en deux périodes, dont la première est aussi sombre et insignifiante que la seconde est brillante et prospère.
La première période s'étend du i5 avril 1798 (jour où Genève fut réunie à la France), jusqu'au 3i décembre t8i3 (jour où cette ville recouvre son indépendance). La seconde période s'étend de la renaissance de la République avec l'année 1814, jusqu'au 6 juin 1842, jour de l'acceptation d'une Constitution nouvelle. On sent que l'histoire de cette dernière période, presqu'en entier peuplée de faits et d'acteurs con temporains de la génération actuelle, ne peut pas être écrite aujourd'hui d'une manière définitive. Le temps ne lui donnerait pas encore l'indispensable contre-seing d'une impartiale maturité. On ne peut aspirer de nos jours qu'à réunir des matériaux destinés à être mis en œuvre par la postérité. Mais aussi, ces travaux préparatoires ne peuvent être faits que par ceux qui ont été témoins, et non acteurs, dans les événements dont il s'agit de conserver le souvenir.
Ce travail est pour ces derniers un devoir sacré. — L'écrivain a cherché à le remplir. Cette division de l'histoire de Genève sera ren due encore plus claire par le résumé suivant. RÉSUMÉ SYNOPTIQUE DE L'HISTOIRE DE GENÈVE DEPUIS SA FONDATION JUSQU'A L'ANNÉE 1842. GESTÈVE 1° Catholique, 2° Protestante, 3° Mixte. Première partie. — Genève catholique. — De sa fondation á 1530. lre période. (Fondation à 1032.) Dominations étrangères. Emancipation. 2e période. (De 1032àl400.) 3e période. (De 1400 à 1500.) 4e période. (De 1500 à 1530.) i^dévelop'íîr3 P°,ilitIues Franchises. r (Commerce etraoger. foires. Héroïsme indigène. Seconde partie. — Genève protestante. — De 1730 à 1798. lre période. (De 1530 à 1600.) Résormation importée. _ ... ,-~ . -«rt . »w/\í\ \ cu j ' i «(Travaux iotellectnelf. Acad* W pénode.
(De 1600 a 1700.) 2° develop^liidustrie,ocaU _Horíogerie_ 5e période. (De 1700 à 1798.) Dissensions. Troisième partie. — Genève mixte. — De 1798 à 1842, lra période. (De 1798 à 1814.) Réunion à la France. 2° période. (De 1814 à 1842) Restauration. c) Sources. Quant à la masse considérable de matériaux que doit réunir l'historien pour comprendre et reconstruire Tancienne Genève, ce n'est point au mo ment de commencer ce travail qu'il peut être op portun de dresser le catalogue de ces documents. Une grande partie d'entre eux sont encore inexplo rés. Ce sont ceux qui, faisant connaître l'intérieur des familles et les détails des mœurs, sont peut-être de tous les plus précieux pour l'étude intime d'un peuple. Chaque jour en fait découvrir de nouveaux. Un des motifs du mode successif de la publication actuelle, est de provoquer des communications de ce genre et de se réserver la faculté de les utiliser. — Ce ne sera donc qu'à la fin de l'ouvrage que pourra être placée une liste complète des sources où l'auteur aura puisé.
Cependant, outre la convenance d'indiquer d'a vance quelques-unes des bases fondamentales sur lesquelles s'appuie tout essai d'histoire de Genève, il est une circonstance spéciale qui fait un devoir de consigner ici, dès à présent, quelques mots relatifs à ce point particulier. (On sait que les principales chroniques, soit his toires manuscrites de Genève, sont celles de Bon nivard, Savion, Roset, Gautier, etc. ; que les his toires imprimées sont celles de Spon, Bérenger, Picot, Thourel ; et qu'enfin des renseignements très-précieux se trouvent dans les recherches que firent au dix-huitième siècle MM. La Corbière, Senebier et autres.) Depuis la Restauration de Genève, en 1814, un certain nombre d'hommes instruits et laborieux ont consacré leurs veilles et leur talent à l'étude des sources de l'histoire d'une patrie qui venait de leur être rendue.
Les résultats de leurs investiga tions sont importants. II est permis de regretter que ces résultats aient été publiés sous des formes qui, malgré tout le mérite de ces recherches, ne les mettent en réalité à la portée que d'un petit nombre de lecteurs. Cette observation s'applique spécialement aux travaux de M. le baron de Grenus, et plus eneore à ceux de M. J.-A. Galiffe. Populariser ces précieux documents, en faire jouir le public en les traduisant pour ainsi dire dans sa langue, tel a été un des principaux motifs du présent ouvrage. L'auteur doit donc, avant tout, appeler l'estime et la reconnaissance publiques sur les travaux qui serviront en grande partie de base à l'édifice qu'il tente d'élever. A la suite des travaux de MM. Grenus et Ga liffe, viennent se placer ceux, plus récents encore, des membres de la Société d'Histoire et d'Archéo logie de Genève ; ceux de MM.
Gaudy-Le Fort, Soret, Mollet, Chaponnière et Coindet, docteurs; les Essais en prose et en vers de M. J. Fazy. M. Dunant a acquis des titres à la gratitude par la publication des Chroniques de Bonnivard. Enfin, l'arsenal le plus complet de matériaux pour l'histoire de Genève est le dépôt des Archives de cette ville, riche d'un nombre très-considérable de pièces (tant officielles que privées) qui ne sont point encore bien connues, et au dépouillement des quelles MM. Sordet, archiviste, et Mallet, juge, travaillent avec un zèle digne des plus grands éloges. II. GENÈVE VIXXE a) Emplacement. U est , au centre de l'Europe , à l'extrémité de l'un de ses plus beaux lacs, une vallée à laquelle la nature a prodigué ses faveurs, et que l'histoire a enrichi d'intéressants souvenirs. Là, dans les temps les plus reculés, s'éleva, sur le sommet d'une colline dédiée au dieu du jour, une petite cité qui paraît avoir été, dès sa fondation, habitée par des hommes libres.
Cette cité, c'est Genève. L'axe, ou le noyau primitif de Genève, est la tour méridionale de l'église de Saint-Pierre, élevée d'abord sur l'emplacement même du temple d'A pollon1. Elle est située au 46e degré, \i! ', iS" de 4 Senebier. Essais sur Tancienne Genève. — Le professeur Alex. Morus a eu le premier cette idée qu'il a énoncée dans un discours prononcé aux Promotions, et publié en 1652. — M. le syndic Ca landrini, principal restaurateur de la façade de Saint-Pierre en latitude, et au 3e degré, ly]r, 4^// de longitude à l'est de l'Observatoire de Paris. La colline sur la quelle repose cette tour est à 91 pieds au-dessus de la surface du lac de Genève. Cette surface du lac est elle-même élevée de 1126 pieds au-dessus du niveau de la mer Méditerranée. Quatre Genève à peu près concentriques se sont successivement étendues autour du point dont nous venons de déterminer la position.
Indiquer d'avance ce développement graduel de la ville dont on veut faire connaître l'histoire , semble le meilleur moyen de faciliter cette étude. La première Genève, la cité des Allobroges et des Romains, n'occupait que le sommet de la colline. Elle y formait un triangle irrégulier. Sous les Romains, Genève s'accrut et s'embellit. Elle ne paraît pas cependant avoir été entourée de murs avant Gondebaud. Ce monarque, en l'an 5oo, la revêtit d'une forte enceinte qui prit le nom d'En ceinte de Gondebaud, — un de ses angles était à Y Arcade du Bourg-de-Four (maison De la Rive, i843); une seconde à l'Evëché, la troisième à la Tartasse. Des constructions nombreuses s'étant successi vement élevées à l'extérieur de la muraille bâtie par le roi bourguignon, tant du côté du Bourg-de- Four que du côté de la Madeleine et de la Cité, l'évêque Guillaume de Marcossay entreprit , en 1 752, l'a de même admise et répandue. — M. Henri Mallet, dans sa description de Genève ancienne, 1807, admet l'existence d'un temple élevé à Bélénus, nom sous lequel les Helvétiens adoraient Apollon. i364, de renfermer ces constructions nouvelles dans une seconde enceinte beaucoup plus vaste que la première.
Cette clôture, qui paraît avoir été for tifiée de vingt-deux tours, est connue sous le nom d'Enceinte de Marcossay. Ses trois principaux an gles étaient à la tour et porte Saint-Christophe (extrémité de Saint- Antoine), à la tour Maîtresse, à la tour et porte de la Monnaie (bas de la Cité). L'enceinte de Marcossay laissait en dehors — le faubourg de Saint-Victor, sur les Tranchées, qui s'était élevé de bonne heure autour de l'église, et du Prieuré, de ce nom ; — tous les crêts, soit les pentes de la Treille actuelle ; et enfin — le faubourg de Saint-Gervais, situé sur la rive droite du Rhône. Trois autres faubourgs s'élevèrent successivement à droite et à gauche des deux premiers que nous venons d'indiquer. Ce furent les faubourgs, i° de Rive (ou du Temple) ; 1° de Saint-Léger ; 3° de la Corraterie.
II est digne de remarque qu'en i5oo, la Genève de Marcossay (rive gauche) était entourée de cinq faubourgs, avec lesquels elle formait une ville beaucoup plus étendue, quoique moins peuplée, que la Genève de 1842. Un événement qui devait avoir une influence grave sur toute la société européenne, et principa lement sur la structure et la défense des villes, vint modifier d'une manière fondamentale la nature de l'enceinte de Genève. Cet événement fut la décou verte de la poudre à canon, en i38o, et l'emploi de l'artillerie p»ur l'attaque des places. On dut sentir promptement l'insuffisance des murailles et des tours contre ces nouveaux instruments de des truction. Dès lors on pensa à fortifier les villes par des boulevarts, appelés aujourd'hui bastions, c'est à-dire par des fortifications rasantes , largement terrassées , munies de parapets à embrasures.
Protégés par de larges fossés, ces ouvrages te naient l'ennemi à distance et permettaient de le repousser sans être exposé à ses coups1. Dès le quatorzième siècle, la rive droite du Rhô ne, soit le pays de Gex, était devenue partie inté grante des Etats de la Maison de Savoie. — Celait une immense aggravation de périls pour Genève. Cette ville se trouvait ainsi cernée par des prin ces qui convoitaient ardemment sa possession. A mesure que la lutte devint plus vive, les Genevois sentirent la nécessité de prendre des mesures de sûreté plus efficaces. — Dès i5i i , il fut arrêté d'en fermer le faubourg de Saint-Gervais dans Tenceinte de la ville, pour ne pas laisser immédiatement à sa porte une place d'armes où l'ennemi pût venir se 1 On peut dire que les terrassements de Saint-Gervais (Terralia) commencés en 1444 et 1475, avec des fossés de sept toises de large, et, d'après la décision du 29 janvier 1511 , garnis de 5 boulevarts (expression employée alors pour la première fois), sont parmi les premières applications dans l'occident de l'Europe du nouveau système de fortifications. — II serait bien étrange que l'idée d'ou vrages de cette nature , devenus dès-lors la base de toutes les grandes citadelles, dùt être attribuée, comme on l'a souvent im primé, à des guerriers à peine civilisés (par exemple à Ziska, cbef des Hussites, dans la défense de sa ville de Thabor, au milieu du quinzième siècle; à Achmet Pacha, au château d'Otrante en 1480), ou comme l'assure M. Menabrea, dans son intéressant ouvrage des Alpes Historiques, à Léonard de Vinci, aussi grand ingénieur que grand peintre.
V. Ch. Promis sur les Fortifications au moyen âge. loger. — En 1527, on décida de construire deux boulevarts sur la rive gauche, l'un à la porte Saint- Antoine, l'autre à la porte Saint-Christophe. — En i534, au moment où la Résormation, prête à être adoptée dans Genève, semblait devoir susciter à cette ville des périls insurmontables, ses citoyens prirent la résolution sublime de raser tous les faubourgs de Ici rive gauche. — En 1 543, le bastion de St. -Léger joignit celui de St. -Christophe, et l'on construisit , sur le sol qu'occupe aujourd'hui la place Neuve, le fameux bastion de l'Oie. Ce dernier, flanqué de deux longues courtines qui se projetaient, l'une sous la Treille jusqu'au mi-rond, l'autre le long de la Corraterie jusqu'à la Tour du Rhône. ferma et compléta la ville de ce côté-là.
Cette troisième enceinte, que nous appellerons V Enceinte des Boulevarts, est restée dès lors, malgré les changements apportés aux fortifications, Tenceinte définitive de Genève du côté de la terre. De nos jours, Genève s'est encore étendue du côté des eaux ; nous nous servirons, pour désigner cet agrandissement par un terme analogue à ceux qui précèdent, de Texpression Enceinte des Quais, bien qu'elle ne soit pas entièrement juste. Pour nous résumer donc en peu de mots, nous répéterons qu'à partir des temps les plus reculés, on voit quatre Genève successives se développer autour et au dessous du point de départ primitif, le temple d'Apollon (l'église de Saint-Pierre) : i° Enceinte de Gondebaud, construite en 5oo ; 2° Enceinte de Marcossay, construite en 1 364 í 3° Enceinte des Boulevarts, construite de i5ii à i543; 4° Enceinte des Quais, construite de i83o à 1840.
Cette dernière Genève, bien qu'au moins qua druple en étendue de la première, reste encore une ville fort petite, à peu près ovale, dont le grand diamètre, pris en dedans des fortifications, n'a pas plus de 600 toises de longueur. La superficie des deux moitiés de la ville et de Tîle, mesurée en de dans de la gorge des bastions (le Rhône non com pris), par M. P.E. Maurice, officier de génie, en i834, est de 4791920 mètres carrés, soit 177 '/, poses ; i3oo maisons, qui ont poussé en hauteur faute de place à côté d'elles. Sa population n'a jamais dépassé un maximum de 28,000 habitants, à peine atteint en 1843 ', et dont chacun n'a qu'un ■ Note importante. II est une circonstance remarquable à mettre, avec soin, en lumière avant d'aborderl'histoire d'un peuple qui, par la place infiniment petite qu'il occupe sur la surface du globe, semble à peine mériter qu'on s'occupe de lui.
On commettrait une grave erreur en calculant le poids ou les forces vives de la population de Genève, d'après la proportion ordinaire qui existe dans les différents groupes humains entre les êtres vivants de différents âges. La ville où les naissances sont arrivées à leur minimum (soit 2 3/4 par mariage), celle où la vie probable est arrivée à 45 ans et la vie moyenne à 41 ans, le maximum connu pour toutes deux, est de tous les points de la terre celui où un chiffre de population totale présente, dans son ensemble, la plus grande proportion d'hommes faits, de membres producteurs (dans le sens le plus vaste de ce mot), d'êtres qui rendent, au lieu d'êtres qui eoûtent. Des enfants au maillot, ou même dans tous les degrés de la minorité, n'augmentent en rien la puissance physique, intellectuelle et morale d'un peuple.
C'est donc au peuple qui aura remplacé dans ses rangs le plus grand nombre de ces êtres à courte vie que les recensements comptent cependant comme d'autres, par des citoyens hommes faits ou par des mères de famille, qu'appartiendra à nombre égal une supériorité évidente. espace de 17 mètres carrés. (A lafin du dix-septième siècle, les habitants avaient chacun 29 mètres car rés; à Paris, chaque habitant en moyenne a 1>B mètres carrés.) Que ce point du globe ait tour à tour pu être ap pelé — une fourmilière1, — ou la cinquième par tie du monde2; — un verre d'eau agité par la tempête3, — ou un grain de musc répandant au loin son parfum *, — peu importe.... Le seul fait Pour nous mieux faire comprendre, disons que Genève a presqu'au tant de citoyens, c'est-à-dire d'électeurs, de soldats, etc., que si, dans les proportions ordinaires des naissances et de la durée de la vie, elle avait une population de 40 à 50,000 âmes. — Les travaux de M. D'Ivernois et de M. Ed. Mallet sur la population de Genève éclairent ce sujet fondamental d'un jour brillant autant que nouveau.
NR. II se fait, au moment même où ces lignes s'impriment (jeudi 26 et vendredi 27 janvier 1845) un recensement très-complet de la population du canton de Genève. — Les résultats divers de ce travail seront donnés d'une manière exacte dans les livraisons suivantes du présent ouvrage, à mesure qu'ils seront connus et certifiés. 1 Expression de Vollaire en parlant de Genève. 3 Idem de Talleyrand. 3 Idem de Mirabeau. a 4 Idem de Capo d'Istrias. On assure que lorsqu'au Congrès de Vienne quelqu'un des diplomates présents, impatienté de la place que tenait au milieu de la tractation des destinées du monde l'im perceptible Genève, eut dit : « Mais voire Genève, ce n'est qu'un grain de sable, » le comte Capo d'Istrias répondit : « Vous vous trompez, Genève n'est pas un grain de sable, elle est un grain de musc qui parfume l'Europe. » Si le propos est exact, il n'est pas permis aux Genevois, au risque d'être accusés d'un peu de fatuité, de ne pas conserver un souvenir reconnaissant de ces paroles.
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