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Histoire de Suède depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, 1801 [Svenska Folkets Historia.] ... Traduite par J. F. de Lundblad

Erik Gustaf Geijer · 1845 · Scanned text

433,680 words · about 30 h 22 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Erik Gustaf Geijer
Language
French
Published
1845
Length
433,680 words · about 30 h 22 min
Sections
15 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (15)
  1. Introduction about 1 h 10 min
  2. Chapitre II. Du Tecple Et Du Pats about 1 h 35 min
  3. Chapitre III. Le Christianisme about 1 h 2 min
  4. Chapitre IV. Les Folkungar about 51 min
  5. Chapitre V. Rois about 51 min
  6. Chapitre VI. Les Sture about 1 h 48 min
  7. Chapitre VII under 1 min
  8. Chapitre VIII. Gustave Wasa about 7 h 37 min
  9. Chapitre XIII under 1 min
  10. Chapitre XIV. Chaiilf about 59 min
  11. Chapitre XV about 1 h 38 min
  12. Chapitre XVI about 1 h 21 min
  13. Chapitre XVII. Guerre about 2 h 40 min
  14. Chapitre XVIII about 2 h 14 min
  15. Chapitre XIX. Christine about 6 h 35 min

Continue:

Introduction

. La vaste contrée du Nord , que l'on nomme Scandinavie , n'a pris que lard sa place dans l'histoire; elle fut presque inconnue aux nations civilisées de l'antiquité. Environ trois cents ans avant l'ère chrétienne, Pythéas , se trouvant dans la Grande-Bretagne, entendit parler de Thulé comme de la plus reculée des contrées septentrionales, dont les habitants n'étaient pas tout à fait étrangers à la civilisation et à l'agri culture. Cette Thulé , selon toutes les probabilités, n'était autre que la Scandinavie occidentale. II s'agissait d'une île, d'une immense étendue , semblable à un continent , située à peu de distance des bords de la Scythie, et des côtes où l'on recueillait l'ambre jaune, ce qui ne pouvait s'appliquer qu'à la Scandinavie méridionale. Ces traditions obscures furent bientôt ensevelies dans l'oubli ou se transformèrent en fables , et s'il en pénétra quelque chose en Grèce, elles s'éteignirent tout à fait dans les souvenirs laissés par les Romains.

Pline, quoiqu'il n'ignorât pas les récits que nous venons de mentionner (il avait lui même visité les bords de la mer du Nord), rapporté, comme une chose nouvelle, que de vastes îles avaient été découvertes depuis peu, des côtes de la Germanie ; que la plus célèbre , Scandinavia ( la Scan dinavie), dont la grandeur était inconnue, était regardée par les Germains comme un autre monde1. II ne soupçonnait pas que iVe rigon(la Norwége), qu'il dit être une grande île à part, fît partie de la première. Ce n'est qu'un demi-siècle après Jésus-Christ que ces noms sont prononcés. — Bientôt après , il est fait mention dans Tacite des o États desSuéones, situés dansl'Océan et puissants en guerriers, en armes , en vaisseaux. » Le géographe Ptolémée , qui vivait dans le deuxième siècle de notre ère, reconnaît dans les Goths et les Danois, les habitants de la partie septentrionale de la Scandie. Ces noms , qui ont survécu à tant d'autres engloutis dans les ténèbres de 1 Alterum tcrrarum orbem. (L. 1Y, c. 27.) I.

INTRODUCTION.

. l'antiquité, sont parvenus jusqu'à nous, mêlés à d'autres noms dont la signi6cation ne s'est pas conservée. Les relations de Rome païenne ou de Rome chrétienne, des anciens dominateurs du monde ou du souverain pontife avec les autres nations, ont introduit sur la scène historique la plus grande partie des peuples de l'Europe occidentale et septentrionale ; et quand la civilisation leur a permis d'y jouer un rôle , l'influence romaine a déjà obscurci leurs anciens souvenirs , de sorte qu'il ne leur reste qu'une faible lueur de leur existence passée. Cette observation ne s'applique pas seulement aux nations qui avaient adopté la langue des Romains, mais encore, en grande partie, aux peuples germaniques qui avaient conservé leurs idiomes. Tout ce qu'on sait de l'ancienne Germanie vient de Rome.

Point de souvenir national qui lui rappelle son anti quité ; et les efforts qu'on a tentés dans ces derniers temps pour suppléer à celte disette n'ont pas été couronnés de succès. C'est, en quelque sorte, un temple devant lequel ('antiquaire jouit de sa science, mais dont l'ensemble n'a point de voix pour le peuple. C'est du plus jeune membre de cette grande famille scandinave que nous nous proposons de retracer les destinées. II vient le dernier dans l'histoire , mais il est aussi resté le dernier dans la maison paternelle, il en connaît mieux Tintérieur. Moins exposé à l'influence extérieure, il a plus donné à Tétranger qu'il n'en a reçu. II connaissait peut être mieux l'ancienne Rome, quand elle s'écroula, qu'il n'était connu d'elle, et mille ans de Tère chrétienne s'étaient écoulés avant que d'ennemi formidable il devînt un fils soumis de Téglise romaine.

Quant à ce que les Scandinaves ont ajouté aux souvenirs germaniques, nous y découvrons, avec une origine plus récente, Tem preinte plus originelle des traditions nationales les plus complètes , antérieures à l'influence romaine, et continuées jusqu'à Tépoque où commence la certitude historique. Ainsi l'histoire du Nord ressemble à sa nature : ses montagnes et ses roches re\êtent encore leurs formes primitives , tandis qu'elles sont recouvertes , dans les régions méri dionales , par des couches de création moderne. Nous avons présenté les rapports de l'histoire du Nord , en général avec celle des peuples d'origine commune ; nous allons ajouter quelques observations relatives à la liaison qu'ont entre elles toutes les parties de l'histoire ancienne du Nord. Cette marche nous four-

INTRODUCTION.

. nira Toccasion d'indiquer les sources où nous avons puisé les citations nécessaires à notre ouvrage. Cc fut le christianisme qui fit connaître la Scandinavie à l'Europe. Les rapports des missionnaires sur les progrès de TÈvangile chez des peuples dont le nom avait été longtemps la terreur du christianisme, les relations amicales qui s'établirent progressivement par suite de la conversion du Nord , mirent enfin en évidence ces contrées lointaines jusqu'alors peu connues, et que les premiers pères de Téglise chrétienne comparaient à un nouveau monde '. Les communications avec Téglise de Rome ayant fait naître le goût de sa science et de sa langue, les ecclésiastiques employèrent le latin dans la rédaction de leurs chroniques. Dans cette communauté d'efforts entre tous les peuples de l'Europe, le Danemarck se distingua particulièrement, et en général l'histoire de son moyen âge est plus riche que celle du reste du Nord.

Saxo seul vaut plus que presque tous les autres chroniqueurs réunis. Son témoignage est irrécusable pour les faits rapprochés de Tépoque où il vivait; quant aux temps antérieurs, il montre, d'un style savant mais quelquefois trop chargé d'ornements, sous quelle forme les fables et les croyances du paganisme vivaient encore au douzième siècle dans Tesprit du peuple. On voit quelle richesse de traditions nationales Tantiquité nous avait léguée , et les anciens chants du peuple, si abondants au moyen âge du Danemarck, nous font voir comment ces traditions s'étaient propagées. Saxo puise à pleines mains dans la source vivante des sagas populaires. II n'y a rien dans ce genre qu'il n'ait rapporté , rien qu'il ne se soit approprié avec une foi aveugle. Seulement il a éprouvé de Tembarras quand il a voulu donner à ce qu'il a recueilli Tapparence d'une histoire véritable du royaume depuis les temps les plus reculés : ce n'est pas sans peine qu'il y est parvenu.

Ceque le Danemarck est pourl'histoiredu moyen âge chrétien dans le Nord, la Norwége Test pour l'histoire du paganisme surson déclin. Mais les principaux matériaux viennent des Islandais, qu'on pourrait nommer un peuple d'écrivains de sagas. Quelques colons scandinaves, mécontents de leur sort, quittèrent leur patrie : c'étaient pour la plupart des hommes considérés et de haute naissance, qui voulaient 1 « Transeuntibus insulas Danorum alter mundus aperitur in Sueaniam vel Nord manniam, quae sunt duo latissima aquilonis régna et nostro orbi ferè incognita. » (Adam. Brem. De situ Dan., c. 60. Ed. Lindenbrog )

INTRODUCTION.

. se soustraire à la domination d'individus plus puissants qu'eux. De 874 à 934, ils fondèrent dans cette île lointaine un État qui conserva pendant quatre cents ans son indépendance , malgré ses relations fréquentes avec la mère patrie et surtout avec la Norwége, qui avait fourni à Tlslande la plus grande partie de sa population, et qui finit par soumettre cette île à si domination. Les Islandais étaient regardés dans toute la Scandinavie comme possédant les plus anciennes poésies du Nord, et les connaissances les plus étendues sur Tantiquilé : les plus vieilles chroniques sont una nimes à cet égard. Ce fut Tlslande qui fit entendre le plus longtemps ces chants poétiques dont on attribuait l'origine à Odin et aux dieux; ils perdirent de leur simplicité quand les croyances païennes, qui leur servaient de base , eurent disparu.

Longtemps encore après Tétablissement du christianisme , le barde (skald) conserva sa place à la cour des rois. Ce poste fut presque exclusivement occupé par des Islandais. Comme suivant un antique usage le poëte était aussi his torien , on retenait avec soin les vers des bardes , qui ne furent d'abord confiés qu'à la mémoire. Quand les bardes les chantaient pour la première fois , quelques-uns des assistants les apprenaient immédiatement par cœur, et Ton a vu souvent refuser aux bardes le prix ordinaire de leur travail, lorsqu'ils ne faisaient pas à la cour du souverain un séjour assez long pour donner le temps à leurs vers de se graver dans le souvenir1. Des récits historiques faisaient le fond de ces chants , source inépuisable d'un plaisir qui se faisait sentir dans les assemblées du peuple comme dans la cour des rois.

Telle fut l'origine des sagas islandaises les plus anciennes. Elles avaient pour objet de célébrer les premières familles de Tîle et celles des chefs des États du Nord , surtout de la Norwége. Elles s'appuyaient sur le té moignage des bardes ; elles différaient tout à fait par leur caractère de celles qui vinrent plus tard, et qui n'étaient que des œuvres d'imagination. II y avait déjà un peu plus de deux cent quarante ans que Tlslande avait été peuplée quand on commença à composer des sagas. Et comme les plus anciennes ne sont presque toutes que les chants mêmes des bardes , il est à croire qu'elles n'ont été conservées que bien plus tard par des moyens graphiques. Ainsi cette riche et pré cieuse transmission orale des souvenirs de Tantiquité , qui s'était maintenue pour ainsi dire avec art, sur cette terre lointaine, se trans- 1 Voyez Millier, Sagabibliotek, Snege, — Halls Thatter.

INTRODUCTION.

. forma de bonne heure en une littérature qui lui était propre. Elle est déjà remarquable par cela seul qu'elle s'exprime dans la langue maternelle , celle qui se parlait à cette époque dans les trois royaumes du Nord. Le plus célèbre des écrivains de ce genre, est Snorre-Sturleson, né en 1178: il était sénéchal d'Islande et iarl de Norwége ; il florissait à Tépoque des dernières luttes qui eurent lieu pour la liberté islan daise; il y prit part et il en fut victime. II produisit les Sagas des rois de Norwége (Norriges Konunga-Sagor) ou, comme il le dit lui-même (car il est plutôt compilateur qu'auteur), il enregistra dans son livre les anciennes sagas des rois qui ont régné sur les pays du Nord, et il a puisé dans les chants des bardes , dans les généalogies des rois, et dans les récits des hommes instruits.

Aussi la Nouvelle Edda ou YEdda prosaïque porte-t-elle son nom , quoique ce ne soit qu'un recueil formé lentement et par Taddition successive des œuvres de plusieurs auteurs, tant de sagas en Thonneurdes dieux, que de commentaires, images et poésies païennes. Cette Edda, destinée à l'usage des jeunes poètes, sert à démontrer que l'ancienne poésie fut cultivée comme un art par les Islandais. Les chants mythiques, parmi lesquels nous remarquons ceux de la Devineresse du Nord (Vólespd) et le chant d'en haut (Hàvamàl) qu'on attribuait à Odin, se sont presque tous conservés, et se trouvent dans {'Ancienne Edda ou YEdda poétique, Sœmunds-Edda, ainsi nommée du nom du prêtre Sœmund le Sage, qui mourut en 1133 et qui est regardé comme Tauteur de cette collection. La Sœmunds-Edda contient, en outre, plusieurs chansons héroïques ', des fragments d'une saga d'un héros, qui prend sa racine dans les souvenirs de la grande migration des peuples.

C'est pourquoi Ton en trouve des restes dans plusieurs contrées ; mais partout sous une forme chrétienne, à Texception du Nord, où elle a conservé sa forme originaire païenne. Ces chants mythiques et héroïques , qui dérivent du paganisme du Nord , sont antérieurs à toutes les autres poésies islandaises ; c'est pour cela que les noms de leurs auteurs sont ignorés ; car les Islandais possèdent parfaitement ceux des bardes de puis Tépoque où leur île fut peuplée. Ces poésies, dans leur belle et • De Vólund et de Belge, de Sigurd et de Brynhilde, de Volsungar et de Niflun gar. (Voyez tout le second volume du Sœmunds-Edda.) Cette matière est plus dé veloppée dans la Volsunga-Edda , dans la saga de Norna gest, dans la Nouvelle Edda, dans la saga de Yilkina (Yilkina-Saga),

INTRODUCTION.

. sauvage simplicité, Temportent sur toutes les productions des bardes de cour islandais , en étendue et en profondeur , en hardiesse et en originalité. La Suède, quant à son histoire, se trouve, relativement à la Scan dinavie, dans la même situation que celle-ci relativement au reste de l'Europe. Elle est entrée plus tard en communication avec le monde européen. On n'a pas sur son âge païen de documents aussi complets que sur les derniers jours du paganisme en Norwége. L'histoire de son moyen âge est plus obscure que celle du Danemarck et de la Nor wége ; mais dans son histoire moderne elle a éclipsé ces deux pays, et a conquis par Gustave-Adolphe ce qui a manqué à l'un et à l'autre, une haute importance politique; cette grandeur n'a duré qu'un mo ment, il est vrai; mais n'est-ce pas assez pour en rendre le souvenir immortel ?

Cependant c'est précisément à la Suède que se rattachent les plus anciennes traditions, qui nous arrivent plutôt comme un murmure confus que comme une voix historique. Le nom des Suéones, du temps de Tacite, était déjà redoutable. Celui des Goths traversa le monde. Les Sagas des rois de Sturleson commencent avec la Suède. Dans Tancien Suithiod, Odin, avec les dieux, avait régné sur Manhem ou le monde des hommes. Les Ases , venus des bords de la mer Noire, donnèrent ce nom à la Suède : cette dénomi nation n'était peut-être pas inconnue à Pline. Dans la première partie de cette histoire, nous exposerons tout ce qu'on peut savoir de Tantiquité de la Suède jusqu'à la prédication de l'Évangile dans le Nord, vers le milieu du neuvième siècle ; nous tra cerons ensuite un tableau de Tétat du pays et du peuple à la fin du paganisme.

Puis, arrivant à Tintroduction du christianisme, nous dé crirons son influence sur l'ancienne constitution, et la lutte sanglante des Suéones (Svear) et des Goths pour la possession du royaume , jusqu'au treizième siècle. La période des Folkungar vient ensuite et s'arrête au milieu du quatorzième siècle. A cette puissante famille succèdent les rois étrangers, et l'union des trois couronnes nous con duira jusqu'au milieu du quinzième siècle , aux temps des Sture. Nous peindrons les Sture comme régents (riksfòrestandare) et comme tribuns de la liberté jusqu'à la Saint-Barthélemy de Stockholm en 1520 , peu de temps avant Textinction des temps catholiques ; nous y joindrons un tableau de Tétat du peuple et du pays. Dans les parties qui suivront, nous entrerons avec Gustave Wasa dans l'histoire moderne de la Suède.

HISTOIRE DE SUÈDE CHAPITRE PREMIER. LA SAGA DU NORD. Temps anciens. — Sagas des migrations des peuples du Nord (nordisl.a wandrings sagor). — Saga de Dieu. — Sagas des rois. — Les Suéones el les Goths. — Les Waraigues et les Normands. Si Ton veut se contenter des probabilités dans une matière qui n'offre point de certitude, la Scandinavie n'est pas une des contrées qui se sont peuplées les dernières. Sa situation près d'un grand golfe qui reçoit du continent des fleuves puissants, son climat, plus tem péré qu'aucun autre sous la même latitude, confirment Texpérience généralement reconnue, que les côtes sont plutôt cultivées que Tinté rieur des terres, et que les grands fleuves sont, pour ainsi dire, le lait d'une mère pour la première culture. La Méditerranée et la Baltique ont, toutes les deux, chacune à leur manière, élevé les plus an ciennes et les plus importantes nations de l'Europe.

La civilisation du monde classique, sortie de TAsie, fleurit sur les bords de la Méditerranée. Les Alpes lui opposèrent longtemps leurs cimes et bornèrent son horizon. Des tribus sauvages, pour la plupart de race celtique, et qui se sont perdues ou détruites plus tard, descendirent de ces hauteurs dans les plaines de TItalie; elles portaient la dévastation jusque sous les murs de Rome, dans la Grèce et dans TAsie mineure, ou bien elles erraient dans des déserts et d'immenses forêts'. Nous voyons, au contraire, la grande peuplade germanique 1 Déserta Belveliorum, Bojorum, Getarum, plus tard occupés en partie par les peuples germaniques venus du nord. HISTOIRE européenne établir ses premiers foyers sur les bords de la Baltique , dans ses îles et sur ses côtes méridionales '. Ces peuplades gardaient des souvenirs de TOrient, mais elles furent presque inconnues au midi de l'Europe, jusqu'au moment où les Romains approchèrent de la basse Allemagne et de la mer du Nord ; au lieu de hordes errantes jetant à peine quelques mouvements de vie sur les solitudes de Tinté rieur du pays, ils y trouvèrent des nations nombreuses, braves et invincibles par leur forte constitution guerrière ; ce fut alors que le nom de Germains se fit entendre pour la première fois.

Rome, incapable de les soumettre, s'exposa au danger de les prendre à sa solde. Bientôt par différentes causes, etparl'instinct qui dirige les peuples, les Germains se laissèrent entraîner, de plus en plus, vers le midi ; ils franchirent la gigantesque muraille des montagnes , et cette grande migration des peuples, couvrant de ses flots la corruption de Tancien monde, prépara la ci\ ilisation nouvelle, qui trouva dans la forte nature de ces hommes du Nord et dans la religion du Christ un fond riche et un aliment substantiel. 11 est probable que la Thulé dont parle Pythéas, était une partie de la presqu'île scandinave, peuplée et cultivée plusieurs siècles avant Jésus-Christ. Ce qu'il y a de certain, c'est que le tableau qu'en trace Tacite au commencement du premier siècle de l'ère chrétienne fait présumer une culture plus ancienne.

Les états des Suéones, dit-il d'après ce qu'il a appris lui-même, étaient importants par leur population, leurs flottes et leurs armes ; leurs vaisseaux étaient particu lièrement propres à la navigation des côtes et des fleuves ; ils atta chaient du prix à la fortune; la mer, qui les entourait, les garantissait des surprises de leurs ennemis2. Ce qu'il ajoute, qu'ils étaient soumis au pouvoir absolu d'un seul, et qu'il ne leur était pas permis d'être constammeut armés comme les autres Germains, n'est pas con forme à ce que nous connaissons des mœurs de nos ancêtres ; mais il nous semble que ce passage peut aisément s'expliquer. Les gou vernants exercèrent un pouvoir étendu , corroboré par la religion ; mais ce n'était pas le pouvoir absolu, quoiqu'il en eût Tair, vu d'un peu loin. Nous ferons remarquer que le mot de chef absolu (einwalls hœfdingi, envaldshòfding), dénomination appliquée aux plus anciens ■ Les Teutons el les Goths (Gultones) habitaient les bords de la Baltique dès le temps de Pythéas.

(C, Fr., Manneit, Géographie des Grecs el des Romains.) 2 Germania, c. 44. DE SUÈDE. 13 rois de Suède, ne signifiait pas dans le Nord un maître absolu , mais en général celui qui exerçait sur tout un peuple Tautorité suprême, sanctionnée par une origine que Ton croyait divine, et relevée par des fonctions sacerdotales héréditaires. Cette puissance , fille d'une reli gion guerrière , était cependant toute pacifique dans les relations intérieures. Elle pouvait interdire le port des armes dans tous les lieux destinés aux sacrifices. La présence du prince et sa participation aux grandes cérémonies religieuses étaient à la fois un signe de paix, et une obligation pour lui de la maintenir entre les différentes nations de Tancien Suithiod. II en est fréquemment question dans les récits des étrangers et dans ceux de nos ancêtres.

Et le pouvoir que Tacite nomme absolu s'étendait, de son propre aveu, sur plusieurs États. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que, suivant le même auteur, il semble que les Goths, plus que toutes les autres nations germaniques, étaient soumis, comme les Suédois, à un pouvoir de même nature '. Les Germains qui avaient dirigé leurs migrations vers le sud de l'Europe firent connaître Timportance de la Scandinavie, jusqu'alors ignorée, et la désignèrent comme leur berceau. Les Goths et les Lombards revendiquaient la même origine. Nous en trouvons la preuve dans leurs plus anciens historiens , dont l'un rappelle les chants historiques de sa nation -, et l'autre, dans tout le cours de sa narration , prouve qu'il n'a fait que les suivre 3. La mème saga se reproduit, quand les Saxons et les Francs fondent leur puissance dans le nord de TAllemagne, après Témigration des peuples goths.

Les uns et les aulres tirent leur origine des peuples du Nord lí. L'idée que la Scandinavie a élé comme le berceau générateur et Tatelier des na tions, se retrouve partout dans l'histoire des siècles ; cetle idée reçoit de ('expédition des Normands, une nouvelle force, et on la voit toujours subsistante jusque sur les Alpes, où les habitants, dans la vallée de Hassli, se disent encore aujourd'hui d'origine suédoise. Une saga qui retentit sur tant de points différents demande une * « Gothones regnantur, paulo jára adductius, quàm lerrœ Gcrmanorum génies, nondum tamen suprà libertatem. » (Germonia, cap. 43.) 1 Jordanès, De rébus Geticis. 3 Paulus Wamefridi, De gestis I.ongobardorum. Aucun d'eux n'a pu désigner la source où ils ont puisé leur récit. ♦ Witichindus, De rébus gestis Saxonum. Hrabanus Mauru?, chez Goldast.

Rerum nlamann. Script. V. XI, p. 67. Nigellus. De baptismo Haraldi régis, chez Lange fcck. Script, rer. dan., t. I, p. Í00. •• HISTOIRE explication. Rien ne nous autorise à conclure que le Nord ait été plus peuplé autrefois qu'il ne Test aujourd'hui : on pourrait même adop ter, sans crainte d'erreur, Topinion contraire. Ce qui n'est pas moins certain, c'est que la Scandinavie avait une population que le pays ne pouvait pas nourir, que cette population guerrière, dont la haute stature, la force et la fécondité sont attestées par tant de témoignages , fut obligée de vivre aux dépens de ses voisins et qu'elle ne s'en fit faute. Leur seule occupation, pendant Tété, était la piraterie. Dès que les glaces se brisaient, ils offraient à la Victoire le grand sa crifice du printemps, et ils quittaient le pays.

On assure que dans les années malheureuses, marquées par des disettes et des révoltes, ils immolaient jusqu'à leurs rois pour apaiser le courroux des dieux (deux rois de la race d' Ynglinga ont subi ce sort). Ces calamités avaient un autre résultat; elles produisaient des émigrations dont le but était de chercher de nouveaux foyers et une nouvelle patrie. On rapporte qu'à Tépoque des expéditions des Normands , Texcès de population avait donné lieu à une coutume ou à une loi, en vertu de laquelle on faisait tirer au sort tous les jeunes gens, et qu'on dé signait par cette voie ceux qui devaient tenter la fortune dans les pays étrangers. On ajoute que le père avait Thabitude de chasser ses fils en état de porter les armes , à Texception d'un seul qu'il gardait pour hériter de ses pénales '. La saga d'émigration suisse contient le même récit ; celle des Lombards et celle des Goths sont conçues dans le même sens.

Ce qu'il y a de remarquable et ce qui confirme ce que nous venons de dire, c'est qu'aucun récit de ces migrations n'énonce qu'une grande population soit sortie à la fois de la Scandinavie. Les Normands, dans leurs expéditions, étaient toujours plus redoutables par leur audace que par leur nombre. Les Lombards sont représentés comme de jeunes Scandinaves, peu nombreux , chassés par le sort d'une île peu étendue 2 et des basses côtes. Nous croyons qu'ils venaient d'une des îles danoises 5. Ce n'est que sur trois vaisseaux seulement que les Goths sont sortis de la Scandinavie *. Toujours est-il que ce 1 Dudo et Y/ilelmus Gemmeticencis, chez Duchesne. Script, norm., p. 62 207. Saxo, liv. IX, p. 171, éd. Steph. 2 Paul Y>'arnesridi, c. 2, c. 7. » Oa de la Scanie, comme il est dit dans les chants populaires de Gothland, relatifs à l'expédition des Lombards. ♦•Jordanès, c.17.

DE SUÈDE. 15 n'est que de leur réunion avec les peuples qui habitaient jadis les rives de la Baltique, et plus tard avec ceux du Mœotis, que se forma cette nation puissante qui devint la terreur de Rome. Ainsi d'après la saga elle-même, qu'on la prenne à la lettre ou non, cette migration, la plus célèbre de toutes, était peu importante. Mais si nous avons recueilli sur ces mouvements quelque lumière qui nous rapproche de la vérité , il reste toujours à résoudre cette question tout entière , comment les chefs de ces expéditions guerrières , même en les supposant, eux et leurs soldats, pleins de cet esprit aven tureux et téméraire qui suffit aux Normands , sans autres moyens , pour fonder des royaumes, comment ces chefs ont-ils pu être regar dés comme les pères , la souche de ces peuples. Si les peuples et leurs chefs avaient la même origine , si tous remontaient aux dieux dont le siège principal était dans le Nord, la question serait résolue par le caractère de l'ancienne saga.

Dans celle des migrations, la Scandina vie, mère d'un grand nombre de peuples, était la même que la Scan dinavie, centre d'un culte religieux très-étendu, et pépinière des races royales qui avaient les dieux pour ancêtres, et qui dirigeaient les flots des peuples, sortis eux-mêmes du même pays, ou désignés par les sagas comme partis de ce centre de Tancien paganisme. Tout prouve que les traditions de tant de peuples, qui devaient au Nord leur origine, se rattachent à la croyance que les races des rois de ces peuples descendaient d'Odin. A la tradition de la communauté d'origine avec les habitants des contrées septentrionales, dont ils par tageaient le culte , les Saxons joignaient celle qui donnait Odin pour père à leurs rois. Des auteurs anglo-saxons, lorsque le paganisme conservait encore une partie de sa force, Tappellent « Tantique Wo den de qui sont issues toutes les familles royales des peuples barbares, le roi dominateur de la foule des barbares, que les païens du Nord, les Danois, lesNorwégiens et les Suédois adorent encore aujourd'hui comme un dieu1. » D'après les Sagas des rois du Nord et d'après YEdda, le même Woden, que nous appelons Odin , avait donné le pays des Saxons (Saxland) à gouverner à ses fils.

L'Edda ajoute qu'ils régnèrent aussi sur le pays des Francs, et que c'est d'eux qu'est sortie la race de Volsunga, devenue si célèbre. Et quoique les Francs, qui avaient embrassé le christianisme longtemps avant les autres 1 Guillaume de Malmesburg; Ethelwerd. HISTOIRE peuples barbares , n'aient rien conservé qui justifiât cette tradition, on peut supposer que la famille des dieux, dont ils font mention, était de la race d'Odin ' . On a des preuves incontestables que Woden recevait les honneurs divins de tous les peuples de la Germanie2. II ne reste pas de doute non plus à Tégard des Vandales, des Lombards et des Suèves3. Les Goths donnaient le nom de anses, qu'il faut traduire par demi-dieux, à la famille de leurs rois, et ils les célébraient dans les mêmes chants héroïques où était consignée leur origine scandinave*.

Ce mot a exactement la même signification que le mot ases , avec une différence dans la forme, qui tient au dialecte et qui se reproduit régulièrement dans beaucoup d'autres mots5. Les peuples, reconnaissant dans les mêmes dieux, les pères de leurs rois, se trouvaient ainsi liés par le mème culte. Nous ne voulons ce pendant pas avancer que toute la mythologie du Nord, telle qu'elle nous est parvenue, ait toujours été commune à Tuniversalité des Germains; elle a beaucoup de choses qui appartiennent spécialement au Nord, et d'autres qu'elle partage avec différents peuples, surtout avec les Anglo-Saxons ; elle reçut d'ailleurs, de la main des bar des attachés à la cour, et des Islandais, des formes trop maniérées, quoique son caractère propre soit resté presque toujours le mème. Quant à ses traits principaux et à son ensemble , celte doctrine est remarquable par son antiquité , et par Texpression des premières idées qu'un grand et noble peuple dut se faire du monde ; elle est un témoignage de son importance historique et de sa domination.

Odin du Nord est sans contredit le dieu qui parcourt les différentes contrées où, suivant une tradition nouvelle 1 « Nec de deorum génère esse probalur, » répond Clodwigà son épouse lors qu'elle l'exhorte à reconnaître le dieu des chrétiens. (Grégoire de Tours, liv. II, c. 29.) = « Wodan, sane, quem adjeeta littera Givodan dixerunt, ipse est qui apud Komanos Mercurius dicitur et ab universis Gcrmaniœ gentibus ut deus adoratur. » (Paul Warnefridi. c. 9.) * Id. C, S. vila S. Columbani ; chez Duchesnc, Script, franc, I, SbG. 4 Jordanès, c. 13. ' As, dans l'ancienne langue du Nord, dieu, héros ou homme doué de qualités divines, signifie aussi poutre, statue, pilier. Les Saxons adoraient aussi la statue d Irmin (Irminssaule) qui se traduit par universalis columna; c'était lc tronc d'un arbre. Le terme gothique anses, qui, dans Jordanès signifie demi-dieux, a pour nominatif singulier ans qui se transforme en a's, comme gaus en ga's, ansl en a'si, etc.

On remarque dans tous ces mots la même particularité. DE SUÈDE. 17 qu'une vieille stance met dans sa bouche ', il est adoré sous plusieurs noms. II se rencontre chez les bardes sous les dénominations les plus variées , tirées de la lumière, du feu, des ruines, des apparitions des morts, de la victoire, des champs de bataille, des noms go thiques, etc. Mais dans son acception la plus élevée, il est le père de tous (allfader), père des dieux et des hommes, père des temps ; la Terre fille de la nuit est sa mère ; la Terre éclairée par le Soleil est à la fois sa fille et son épouse, depuis qu'il a soumis et régularisé avec Taide de ses frères la matière, qui est le corps du géant Ymer, assassiné dans les abîmes. Les douze ases divins, race blonde et belle, sont les membres de son conseil et, en même temps, les premiers prêtres, les premiers législateurs et juges, les fondateurs des premiers temples et des villes.

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