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Histoire de l'insurrection royaliste de l'an VII. D'après les documents officiels, etc

Bertrand Lavigne · 1887 · Scanned text

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Author
Bertrand Lavigne
Language
French
Published
1887
Length
101,552 words · about 7 h 7 min
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Public Domain Mark 1.0

 

Contents (4)
  1. Front matter about 1 h 16 min
  2. Chapitre II about 1 h 2 min
  3. Chapitre III about 3 h 41 min
  4. Chapitre IV about 1 h 8 min

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Front matter

-EÏX ST O HELE DE L'INSURRECTION ROYALISTE DE L'AN VII D'après les Documents officiels existant dans les Archives des Départements insurgés et dans celles du Ministère de la Guerre Par B," LAYIGNE ANCII.N SOUS-PRÉFET .1 f 11 l : i D I PLI'SIKORS S d C I t'r ES SAVANTE* PA"álS E. DENTU, ÉDITEUR LIBRAIRE DE .LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES PALAIS-ROYAL. 15-17-19, GALERIE D'o liLI.ANS Es L'INSURRECTION ROYALISTE DE L'AN Tou^0K<^t^7p4g ercés. TOULOUSE. — IM.P. .1. FOURNIE!., RUE DU SALÉ, 5. lEÏI ST O IRE DE L'INSURRECTION ROYALISTE DE L'AN VII D'après les Documente officiels existant dans les Al iiíves des Départements insurgés et dans celles du Ministère de la Guerre Par B. L.AVIGNE — : U^ ANCIEN SOUS-PREFET M R M H R K I> R PLUSIEURS SOCIk'tÉS S A V A W T S S PARIS E. DENTU, ÉDITEUR LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES PALAIS-ROYAL, 15-17-10, GALERIE D'ORLÉANS 188 L'histoire de l'insurrection royaliste de l'an vu n'a pas encore été écrite.

Quelques auteurs lui ont incidemment consacré quelques pages plus ou moins véridiques ; mais aucun d'eux n'a fait une étude spé ciale, sérieuse, approfondie, de ce soulèvement qui, sans avoir l'éclat et la grandeur de celui de la Vendée, aurait infaillible ment amené ..'invasion de la France par les armées étrangères, s'il n'avait été étouffé dans son berceau par le zèle, le dévouement et le patriotisme des gardes nationales et des volontaires républicains de la Haute-Garonne et des départements limitrophes. De pareils faits ne doivent pas rester enfouis dans la poussière des archives. II l vj faut que les générations futures appren nent, comme nous, ce qu'ont coûté les libertés conquises, afin qu'elles ne les laissent pas péricliter dans leurs mains ; car on oublie si vite, dans notre beau pays, qu'à l'exception de quelques rares vieil lards, nul n'a conservé le souvenir d'un évènement qui couvrit nos bourgs et nos campagnes de sang et de ruines et qui contient pour tous de graves enseigne ments.

C'est pourquoi j'ai entrepris d'écrire cette page, à peu près ignorée, de notre histoire locale, et conséquemment de l'histoire de la France, qui n'est pas encore faite, et ne peut et ne doit être que la synthèse de toutes les histoires partielles. Aurai-je réussi? Jel'ignore, mais je l'espère. Je l'espère, car je n'ai rien négligé pour arriver à la vérité. J'ai visité toutes les archives et compulsé tous les livres pouvant me fournir des renseignements ou des maté riaux. J'ai lu, étudié avec soin tous les dovij cuments relatifs à cette insurrection et conservés dans les archives. J'en ai reproduit textuellement les plus intéressants et les plus topiques, afin que mes lecteurs puissent se faire une idée exacte des évè nements dont je me suis efforcé de retracer la marche et la physionomie, en dehors de toute idée préconçue, de tout parti-pris.

Chapitre II

Le Soulèvement. A la suite des désastres de nos armées d'Alle magne et d'Italie, le gouvernement avait dirigé sur nos frontières menacées toutes les troupes dis ponibles, de telle sorte que les grandes villes se trouvaient sans défense et que Toulouse, par exemple , ne comptait pour toute garnison que trente-quatre chasseurs à cheval du 14e régiment et quelques canonniers attachés au service de l'arsenal lorsque Finsurrection de l'an vu éclata. Ce fut dans la nuit du 18 au 19 thermidor (4 et 5 août 1799). Les rêquisitionnaires, les conscrits, les déserteurs, des paysans travaillés de longue main par les royalistes et les prêtres réfractaires, se soulevèrent aux cris répétés de : Vive la religion! vive le roi! dans les communes des cantons de Lanta, Caraman, Saint-Félix, Montgiscard, Mon tesquieu-sur-le-Canal, Nailloux, Auterive, Muret, Saint-Lys dans la Haute-Garonne, Lombez et Samatan dans le Gers, et dans quelques commu nes de l'Ariège, de l'Aude et du Tarn.

Cette insurrection s'étendait de l'est à Fouest, LE SOULÈVEMENT 89 depuis Mouzens dans le Tarn jusqu'à Lombez dans le Gers , sur une longueur de près de cent kilomètres. Elle formait, au sud de Toulouse, un arc de cercle qui coupait les communications de cette ville avec les Pyrénées comme avec les dé partements du sud-ouest et du Midi de la France, les insurgés ayant, la même nuit, arrêté tous les courriers et toutes les diligences. D'après ce que nous avons rapporté dans le chapitre précédent, on serait autorisé à croire que l'administration centrale du département de la Haute-Garonne s'attendait à cette levée de bou cliers. U n'en était rien. Sa quiétude et sa confiance étaient si grandes, au contraire, qu'elle se trouvait sans aucun moyen de résistance. La garde natio nale n'avait encore reçu aucune organisation en dehors de la colonne mobile réglementaire, dont une partie se trouvait en ce moment â Auterive.

Le service de la place était si mal fait qu'il avait suffi de vingt-cinq royalistes s'étant procuré le mot d'ordre pour surprendre et désarmer le poste de la place du Salin, dans la nuit du 19 thermidor, au moment où l'on venait d'apprendre le soulèvement des campagnes. Cette attaque prouve une fois de plus que la conspiration était parfaitement combinée entre les royalistes de la ville et ceux du dehors et que si, comme le disent Du Mège et d'Aldéguier, les conspirateurs de Toulouse avaient eu du cœur, ils pouvaient en ce moment s'emparer aisément de l'arsenaí, défendu par une vingtaine d'hommes seulement, donner le signal convenu aux insurgés rassemblés sur le plateau de Pech-David et leur ouvrir les portes de la ville. Mais ils n'osèrent pas ou ne surent pas, et leur tentative échoua piteu sement.

L'incurie ou l'imprévoyance des administrateurs de la Haute-Garonne a d'autant plus lieu de sur prendre qu'aucun d'eux ne pouvait être suspecté et qu'ils déployèrent tous, à partir de la première nouvelle du soulèvement insurrectionnel, une vi gilance et une activité remarquables. Le premier qui leur annonça cet évènement fut un Toulousain, le citoyen Vaïsse. Vaïsse avait une propriété dans le canton de Lanta et il s'y trouvait en villégiature lorsque, le 19 thermidor, vers deux heures du matin, ses fermiers vinrent lui dire que, depuis la tombée de la nuit, des bandes armées de cinquante à cent hommes par couraient le canton, emmenant de gré ou de force toutes les personnes qu'elles trouvaient dans les maisons, afin de grossir leur nombre et de s'empa rer de Lanta. A cette nouvelle inattendue, Vaïsse se lève, s'habille, prend son cheval et part pour Toulouse.

II y arriva vers huit heures du matin et courut prévenir le président de l'administration centrale de ce qui se passait. Quelques heures après, des émissaires et des agents municipaux des commu nes rurales soulevées arrivèrent les uns après les LE SOULÈVF.WENT 91 autres, annonçant que le tocsin sonnait partout,. que les insurgés, en nombre considérable, envahis saient toutes les localités, pillant, brûlant, sac cageant , incarcérant lès patriotes et les autorités et quelquefois les assassinant. L'administration centrale, surprise mais non découragée, se réunit à la hâte et se déclare en permanence. Elle fait ap pel à la garde nationale sédentaire et aux patriotes qui accourent à la maison commune et offrent leurs services avec autant de zèle que de patrio tisme. On forme immédiatement deux colonnes de deux cent cinquante hommes chacune qui partent, l'une pour Montgiscard dont les royalistes se sont emparés, et l'autre pour Lanta.

Le première est commandée par le capitaine Rigaud et la seconde par le capitaine Arbousset. Dans l'après-midi, l'administration centrale reçoit du citoyen Marrast, commissaire du Direc toire exécutif près le canton de Saint-Lys, la lettre suivante : « Plaisance, 19 thermidor (5 août). « Un drapeau noir ! vive le Roi ! mort aux pa ce triotes! tels sont les cris que pousse l'attroupe « ment royaliste qui nous poursuit. II a fait halte « à Fonsorbes et nous à Plaisance, où nous venons « d'arriver à deux heures du soir. J'ignore encore « s'ils ont incendié, violé, pillé. Mais la Vendée « est en activité. Vaincre ou mourir ! La liberté ou « la mortl Envoyez-nous des hommes, des armes « et des munitions.

Le citoyen Picard, de Tou- « louse, porteur de ce billet vous fera des rapports « de visu. ■ « Marrast, signé (1). » En présence de ces nouvelles alarmantes et de l'absence des courriers qui n'étaient pas arrivés des lignes du Midi et du sud-ouest; en présence des dangers imminents que courait la ville de Toulouse, l'administration centrale prit, séance tenante, l'arrèté dont la teneur suit : « Séance extraordinaire du 19 thermidor an VII « de la République française une et indivi- « sible. « L'administration centrale du département de « la Haute-Garonne, « Demeurant les rapports officiels qui lui sont « parvenus sur les mouvements contre-révolu « tionnaires qui ont á la fois, et dans la nuit <( dernière, éclaté dans les cantons de Muret, u. Montgiscard, Lanta, Saint-Lys et Caraman, « où l'on a arboré l'ótendard de la révolte et de la « royauté, coupé ou arraché les arbres de la liberté, « emprisonné ou massacré des républicains, « notamment des fonctionnaires publics, où enfin « des bandes royales, armées et accompagnées de « tous les signes caractéristiques de la cause à « laquelle elles sont dévouées, parcourent les « diverses communes en beuglant des cris de mort (1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de Van VII, liasse 11. contre les patriotes et des acclamations en faveur de Louis xvm, se livrant au pillage et à mille sortes d'excès ou d'attentats contre les personnes et les propriétés de tous ceux qui, par leurs principes ou leurs actions, ont donné des gages de leur dévouement â la République et â la Constitution de l'an m ; « Considérant que la faible garnison en troupes de ligne et la colonne mobile de la commune de Toulouse, non plus que la gendarmerie nationale, ne présentent pas une masse assez forte pour en imposer aux contre-révolutionnaires et arrêter le cours de leurs débordements ; qu'il convient, en conséquence, et qu'il est même instant de recourir à des mesures extraor dinaires impérieusement commandées par les circonstances actuelles ; « Ouï le commissaire du Directoire exécutif, « Arrête : « Article premier. — L'administration cen trale se constitue en permanence. « Art. ii. — Le jour elle travaillera dans le lieu de ses séances, la nuit elle tiendra sa per manence â la maison commune , le motif de cette réunion nocturne étant pris de la nécessité de concentrer les forces et d'être plus sûre ment en mesure contre les atteintes que les malveillants pourraient porter à la sûreté publi que.

VU 94 « Art. m. — II sera fait un appel aux répu « blicains. u Art. iv. — La masse de forces que présente <i chaque canton étant insuffisante pour la défense « de chacun d'eux en particulier, il sera pris, k dans ceux où la révolte n'a pas encore éclaté « et où les symptômes ne s'annoncent pas d'une « manière aussi alarmante, un nombre d'hommes « choisis pour former un noyau salutaire destiné «( à se porter partout où le besoin l'exigera. « Art. v. — En conséquence de l'article précé k dent, il sera fourni dix hommes par chacun des •« cantons suivants : « Villefranche , Castanet , Carbonne, Rieux , « Montesquieu-Volvestre , Fousseret, Cazères , « Grenade, Grisolles, Castelsarrasin, Lévignac, « Aurignac, Montech, Martres, Saint-Porquier, << Saint-Gaudens, Asp^et, Villebrumier, Fronton, « Villemur, Bruguières, Castelnau-d'Estrete « fonds, Beaumont, Blagnac, Boulogne, Montas « truc et Verfeil. « Art. vi. ■ — Ces hommes feront le service « pendant quinze jours ; ils recevront la solde u et les subsistances à l'instar des troupes de v ligne en activité, et en sus l'indemnitó de huit « centimes et demi par jour, pour leur tenir lieu « d'habillement et d'équipement, conformément « à l'arrêté du Directoire exécutif du 23 floréal « dernier. « Art. vu. — Ils seront choisis parmi les repu- « blicains les plus forts, les plus ingambes, les « plus fermes et les mieux disposés à servir la « chose publique, dans la colonne mobile de leurs « cantons respectifs. « Art. vm. — U leur sera délivré par leurs « administrations respectives, autant que possi « ble, des fusils de munition avec bayonnettes, « qui seront soigneusement réintégrés â leur h municipalité à l'expiration du service, ou bien « dans les mains de leurs successeurs au renou ée vellement périodique de quinze jours. c< Art. ix. — Dès la réception du présent les « administrations municipales des cantons men te tionnés à l'article v assembleront les colonnes « mobiles ; elles mettront de suite en activité ceux cí des citoyens les composant qui s'offriront volon té tairement pour la première quinzaine, et à « défaut de cette levée spontanée, elles y sup « plóeront par la voie de la désignation ou défi ci nitivement par celle de la réquisition.

« Art. x. — La désignation et réquisition ne ce priveront pas celui qui en sera l'objet de ce la faculté de se faire remplacer par un de ses ce frères d'armes faisant par.ie de la colonne (i mobile, pourvu d'ailleurs que ce dernier réu ce nisse les qualités exigées par l'article vu. ec Art. xi. — Le cinquième jour après la dési « gnation ou la formation de la liste des hommes ce ci-dessus désignés, ces derniers partiront pour « se rendre au chef-lieu du département ; l'étape l'ìN VII 96 « leur sera fournie en route et la solde payée à <i leur arrivée. cc Art. xii. — Les membres de ces colonnes « auxiliaires ne seront point casernes, mais bien « logés chez les particuliers de la commune de cc Toulouse, comme les militaires marchant isolé « ment. « Art. xiii. — Le commandant de la gendar « merie nationale est requis de distraire, de cha « cune des brigades où il le pourra sans inconvé ci nient, deux gendarmes pour augmenter les u ressources et faire le service ordinaire dont les causes sont exprimées dans le présent arrêté. « Art. xiv. — Les administrations municipales « de l'arrondissement se transporteront de suite u chez tous les débitants de poudre à feu et s'en « empareront provisoirement jusqu'à nouvel ordre « après en avoir constaté la quantité et la qualité. u Art. xv. — Le présent arrêté sera imprimé, <i pour être publié et affiché dans toutes les com ci munes du département ; il sera extraordinaire cc ment envoyé par des ordonnances dans tous les te cantons désignés en l'article v. ci Art. xvi. — II en sera adressé des exemplai ci res au général de brigade commandant la « 2rae subdivision de la 10e division militaire, au ci commissaire ordonnateur de la même subdivision à Toulouse, ainsi qu'à chacun des minis- « tres de la police générale, de la guerre et de « l'intèrieur. « Délibéré à Toulouse les jour, mois et an que « dessus. « Caissel, président ; Barrau, Leygue, ec Camparan , Desbarreaux, adminis cc trateurs ; V.Lamagdelaine, commis « saire du Directoire exécutif; Béguil- « let. secrétaire général (1). » Cet arrêté illusoire ne pouvait amener aucun résultat, attendu que plusieurs des cantons désignés étaient en pleine insurrection et qu'il ne fournissait , d'ailleurs, à l'administration centrale qu'une force de deux cent soixante-dix hommes de garde nationale , venant des quatre points cardinaux du département et ayant au moins six jours pour se rendre à Toulouse.

II prouve seulement que cette administration ne se rendait pas un compte bien exact de la situation et persistait dans son aveugle confiance ; car si les insurgés étaient en aussi grand nombre qu'on le disaft cette mesure ne pouvait rendre aucun service immé diat. Ceux qui la prirent le reconnurent implici tement eux-mêmes en écrivant le même jour, ainsi que le commisaaire du Directoire exécutif, à leurs collègues du Tarn, du Lot, du Lot-et- Garonne, de V Ariège, de Y Aude, du Gers, des Hautes et des Basses-Pyrénées, pour leur annon cercetteprise d'armes et leur demander des secours aussi prompts que possible, afin de l'étouffer dans (1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de Van VII, liasse 3. son berceau et de l'empêcher de gagner leurs départements. Mais le mal était plus grand qu'ils ne pensaient, car des soulèvements pareils â ceux de la Haute- Garonne et du Gers s'étaient produits la même nuit et presque à la même heure dans les can tons de Labastided'Anjou et de Saint-Michel-de- Lanez (Aude), de Cuq-Toulza (Tarn) et d'Auvil lars (Lot-et-Garonne).

Pendant ce temps, les insurgés de Caraman, Lanta, Montgiscard , Saint-Félix, Montesquieu sur-le-Canal, Nailloux, Auterive, Muret et Saint- Lys s'emparaient de tous ces chefs-lieux de can ton, y brûlaient les archives et les insignes municipaux, incarcéraient les fonctionnaires et les patriotes dont ils dévalisaient ou incendiaient les maisons ou les propriétés, les maltraitaient quand ils ne les assassinaient pas, abattaient les arbres de la liberté* mettaient à sac les casernes des gendarmes, rétablissaient les institutions munici pales antérieures à la Révolution et marchaient sur Toulouse. La colonne dirigée sur Montgiscard et com mandée par le capitaine Rigaud ne put arrêter les rebelles de cette contrée ; car, arrivée près du village de Deymes, cette colonne aperçut les brigands, au nombre de cinq cents environ, rangés en bataille sur les hauteurs voisines.

Le commandant les fit immédiatement attaquer; mais les insurgés ayant, pendant le combat, reçu un renfort de près de trois cents hommes, il crut prudent, en présence de forces aussi considérables, de se replier sur Castanet où il arriva â huit heures du soir. Cet engagement coûta vingt hommes tués ou blessés aux rebelles, deux blessés aux républi cains, ainsi qu'un cheval tué et deux blessés (1). De son côté, l'adjoint municipal Bornier écrivait de Castanet à l'administration centrale, le 19 thermidor, à neuf heures du soir, que Rigaud venait d'arriver avec sa colonne ; qu'il était seul ; que tout le monde avait fui, y compris le commissaire du Directoire exécutif Rougé ; que la situation est très grave et que Rigaud attend un prompt secours de deux cents hommes au moins pour défendre Castanet.

Bornier ajoute qu'il a donné l'ordre de mettre sur pied toutes les gardes nationales du canton et qu'il s'est adjoint, pour l'aider dans le travail dont il est surchargé, les agents et adjoints municipaux du canton de Mont giscard réfugiés à Castanet. Mais cette commune fut bientôt envahie par les populations rurales fuyant devant les insurgés qui s'étaient emparés de Deymes, de Pompertuzat et d'autres lieux et occupaient les hauteurs jusqu'à Pech-David, à deux mille mètres des portes de Toulouse. Bornier écrit de nouveau pour presser l'envoi de renforts qui n'arrivent point et il se voit lui-même forcé, le surlendemain, de se réfu- (1) Journal de Toulouse, 21 thermidor an gier à Toulouse avec les administrateurs munici paux présents à Castanet, y compris le percepteur, que les insurgés avaient entièrement dévalisé et auquel ils avaient pris 1,050 francs de la caisse publique, 280 francs de ses fonds personnels, tout son linge de table et de corps, son vestiaire et celui de sa femme, plus ses verres, ses bouteil les et son vin (1).

L'administration du canton de Castanet se composait de Richard, président; de Bornier, Cluzet aîné, Triadou , Boy, Bas cou, etc., etc., agents ou adjoints municipaux. Colomyès remplissait les fonctions de secrétaire, et le commissaire du Directoire exécutif Rougé était le frère du général en chef des rebelles. Les appréhensions et les craintes de Bornier étaient parfaitement fondées, car, sans la présence de la colonne de Rigaud, Castanet aurait été pris, comme les autres chefs-lieux de canton, dans la nuit du 19 thermidor, par les bandes qui parcoururent les diverses communes du plateau de Pech- David et arrivèrent jusque dans la banlieue de Toulouse, au village de Pouvourville, où elles en fermèrent dans l'église dix-huit patriotes et mi rent à sac la maison du citoyen Bénaben, de Tou louse.

Ce propriétaire, surpris dans son lit, fut saisi, lié, garrotté et traîné de village en village, de métairie en métairie, subissant toute sorte de menaces, d'insultes et d'outrages jusqu'à ce que, (1) Areh. de la Hte-Gne, Insurr. de Van VII, liasse 8. dans une fausse alerte , il eut la force et l'habileté de s'échapper et d'arriver à Toulouse rompu, brisé, exténué de fatigue et de faim. II résulte d'un procès-verbal du juge de paix Resplandy, qui se rendit sur les lieux, et d'un état détaillé des pertes subies par Bénaben, que sa maison était inhabitable : tout y avait été cassé, brisé, arraché, saccagé, volé, détruit. Les portes, les fenêtres , les meubles n'existaient plus ; ses habits, ses vêtements et ceux de sa femme; le linge de table et de corps, la literie, la batterie de cuisine, l'argenterie, les bagues, les bijoux, y compris une douzaine de cents francs en ar gent monnayé, tout avait disparu.

Le jardin lui même n'avait pas échappé à ces ravages et tous les arbres fruitiers y étaient coupés ou arra chés (1). La colonne d'Arbousset, dirigée sur Lanta, ne fut pas plus heureuse que celle de Rigaud. En arrivant près de cette commune, cette colonne, com posée de deux compagnies de gardes nationaux de Toulouse et d'un détachement de chasseurs à che val, s'était renforcée de cent cinquante hommes venus de Verfeil sous la conduite de Raynal, président de l'administration municipale, et de quelques volontaires à pied et à cheval dudit canton de Lanta. Elle possédait, en outre, une pièce de ca non de quatre et offrait ainsi une certaine soli- (1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de Van VII, liasse 10. ditè. Mais les insurgés occupant Lanta étaient au nombre de plus de douze cents. Le capitaine Àrbousset n'hésita pas à les attaquer, et le combat s'engagea le 20 thermidor (6 août), à sept heures du soir.

II fut d'abord favorable aux républicains; mais les rebelles, recevant sans cesse des renforts deCaraman,la fortune incertaine changea de face et les troupes d'Arbousset, malgré leur contenance ferme, se virent dans l'obligation de reculer de vant des forces triples. Bientôt le désordre se mit dans leurs rangs et elles finirent par se débander laissant leur pièce de canon entre les mains des rebelles. Dans cette débâcle , un petit groupe d'hom mes de Verfeil, guidés par le médecin Antoine Pillore , voulut résister. II fut enveloppé. Une lutte corps à corps s'engagea dans laquelle le brave Pillore fut tué avec quatre de ses com pagnons. Le citoyen Pillore fit une résistance héroïque. Blessé grièvement et ne pouvant plus se défendre, les insurgés l'entourèrent et le som mèrent de crier : Vive le Roi !

Mais, fidèle à sa foi républicaine et à ses serments, Pillore n'hésita pas à répondre : Vive la République ! et il tomba criblé de coups de fusil et de baïonnette. Les brigands s'acharnèrent tellement sur son corps qu'ils le déchirèrent, le hachèrent à tel point que sa femme, Adélaïde Vaugé, venue le lendemain sur le champ de bataille pour recueillir son cadavre, ne l'aurait pas reconnu sans les gémissements. et les caresses que lui prodiguait son chien (1). La résistance héroïque de Pillore permit à huit à dix de ses compatriotes plus ou moins blessés de se sauver. Antoine Pillore avait servi plusieurs années comme chirurgien dans les armées du Nord et s'était vu forcé de quitter son poste á la suite d'une longue et douloureuse maladie qui l'avait ramené à Verfeil, sa ville natale, avant l'âge de trente ans.

D'après un rapport de l'administration municipale de Lanta et du commissaire du Directoire exécutif Lacan , en date du 19 fructidor, ce combat laissa sur le champ de bataille dix huit cadavres de l'un ou de l'autre parti (2). Un grand nombre de membres de la municipalité du can ton de Lanta prirent directement ou indirectement une part active à l'insurrection. Elle se composait, en thermidor, de Molinier, président; Jammes, Francès, Pinel, Siadoux, Lermiterie, Delon, Bel garric, Henry, Grailhe, Pitorre, Baquié, Lasserre, Cazes, Delmas, Blanc etMattou, agents ou adjoints municipaux. Lasserre, Cazes, Pinel et Siadoux furent seuls arrêtés par les insurgés et incarcérés à Lanta. Le domicile du secrétaire Delisle fut entiè rement pillé, dévalisé, et le notaire Jammes, qui était en même temps percepteur et qui avait fui prétendit, lorsqu'il rentra, le 5 fructidor, avoir caché dans son pigeonnier 4,000 francs des deniers (1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de Van VII, liasse 9.

(2) Journal de Toulouse, primidi, 21 thermidor an Vil 104 publics et ne pas les y avoir retrouvés en arrivant chez lui. Les insurgés de Lanta avaient pour chefs un certain Hiroux , ancien huissier, et l'émigré Bladviel. La veille de cet engagement, c'est-à-dire le 19 thermidor (5 août), le citoyen Vidalot, commissaire du Directoire exécutif près l'administration municipale de Caraman, écrivait de Lavaur á l'administration centrale de la Haute -Garonne que, te prévenu le matin de ce jour, vers sept heures, te que les brigands s'étaient emparés de Lanta et y cc avaient arrêté les patriotes, il s'était empressé ee de réunir la garde nationale, de placer des sente tinelles et de se diriger sur Lanta à la tête de sa ce petite troupe ; mais qu'à peine sortis de la ville, cc ils avaient rencontré les brigands, au nombre cc de douze cents environ, qui leur barraient le ce passage.

Un petit engagement avait eu lieu dans ce lequel un brigand avait mordu la poussière et te le sergent de la garde nationale Jacques Fête raud reçu une balle dans le pied. Mais cette ce garde, à peu près sans armes et sans munitions, « très inférieure en nombre, s'était vu bientôt ce forcée de rentrer dans la ville où, ayant réuni la cc municipalité, les fonctionnaires et les patriotes, « il avait été décidé que la lutte étant impossible, « le mieux était de se retirer à Lavaur pour y te chercher des secours. Les rebelles portent la co « carde blanche, ajoute Vidalot. Ils sont armés de « fusils de tout calibre, de sabres, de fourches et de « faux. Ils marchent au cri de : Vive le Roi ! et « rétablissent partout les consuls avec le régime « antérieur à la Révolution (1). » La municipalité, qui fuyait en ce moment devant les insurgés, se composait de Calvet, président ; Soual, Rochas, Simon Viguier, Batut, Gringaud, Sirven, Escande, Durand, Auriol, Fages, Hour léac, Andrieu, Graule, Bermond, Granier, Baudol, Manen, Fournier, Loupiac, Guiraud et Banquet.

Les insurgés entrèrent à Caraman le 19 thermidor, vers midi, et n'y trouvant aucun fonctionnaire ni aucun patriote important, ils mirent à sac la caserne de la gendarmerie et les maisons de quelques patriotes, puis s'amusèrent, par dépit sans doute, à fusiller Marie Cramassel, épouse Hébrat dit Bonnet, qui les regardait passer de la croisée de sa chambre, et la veuve Elisabeth Gau tier née Boudet, qui se trouvait sur le pas de sa porte. Ces deux meurtres, que rien ne motivait, frappèrent de stupeur la population de Caraman et soulevèrent sa juste indignation, comme le meurtre de Salbat, de Loubens, assassiné dans sa maison pour ne pas avoir voulu crier : Vive le Roi ! souleva celle des habitants de cette com mune. Un fait à peu près semblable se passait le même jour et presque à la même heure entre Auterive et Grépiac.

Une dame Lozes, épouse Bergeaud, (1) Arch. de laHte-Gne, Insurr. de Van VII, liasse 9. VU d'Auterive, venait vers "huit heures du soir de faire moudre du blé au moulin de Grépiac, lors qu'elle rencontra sur la route une bande d'insurgés qui l'insultèrent, la menacèrent et finirent par lui tirer un coup de fusil qui la renversa. Ce coup de feu l'avait atteinte profondément à la cuisse droite, mais il avait été entendu des habitants de la ferme de Roquebrune qui arrivèrent à son secours, la transportèrent dans leur maison, et le lendemain à l'hôpital d'Auterive, où elle passa deux mois (1). Cette bande venait de Grépiac. cc Le 19 thermidor, à midi, dit le Journal de cc Toulouse, cinquante conscrits et réquisition ce naires, guidés par l'ancien agent de l'émigré « Polastron, se sont réunis à Grépiac, près Aute ec rive, y ont arrêté l'agent municipal, le patriote cc Baget et un autre républicain et les ont conduits cc dans la maison du royaliste Duprat. ce Le commissaire du canton d'Auterive, Célery, ce requiert le citoyen Grisones, commandant un « détachement de cinquante hommes venus de cc Toulouse, d'aller disperser cet attroupement; cc mais ce commandant et sa troupe y mettent ce tant de mauvaise volonté qu'ils ne sont prêts cc qu'à cinq heures du soir.

Célery se met à cc leur tête , accompagné de deux gendarmes. cc Arrivés à Grépiac, ces trois hommes prennent « le devant et vont droit aux insurgés qui se (1) Areh. de la Hte-Gne, Insurr.de Van VII, liasse 10. « trouvaient à ce moment au nombre de deux ec cents environ. Lamarque, agent de Polastron, ce chef de la bande, porte un coup de faux à un « gendarme et le blesse au visage. Celui-ci riposte ec par un coup de feu qui manque Lamarque et tue « un autre insurgé. Pendant ce temps, Grisones ec et ses hommes restent cachés à l'entrée du vil ce lage, derrière des paillers. Les gendarmes et le « commissaire du Directoire exécutif se replient ce sur cette troupe qui refuse de marcher et se cc hâte de rentrer à Auterive (1). » Mais cette conduite ne tarda pas à porter ses fruits. Le lendemain, à la pointe du jour, la ville d'Auterive fut envahie par deux mille insurgés environ et les lâches de'la veille, pris, arrêtés et désarmés, furent incarcérés et dépouillés entièrement.

On leur enleva leur argent, leurs habits e^ leurs souliers. II y en eut même un, le citoyen Tirebaque, qui fut absolument mis à nu dans sa prison. Des faits semblables se passaient le 19 thermidor à Miremont, près d'Auterive, où une autre bande d'insurgés arrêtait et emprisonnait l'agent mu nicipal Ville, ainsi que Jean-Jacques Peyret et quelques autres patriotes de la localité. Peyret ne fut pas seulement emprisonné, on pilla, on sac cagea, dévalisa sa maison, et son frère, prêtre constitutionnel desservant cette commune , fut (1) Journal de Toulouse du 21 thermidor an INSURRECTION DB l'AN VII 108 poursuivi, traqué par cette bande au point qu'après avoir erré pendant deux jours et deux nuits de bois en bois, de métairie en métairie, il préféra se laisser prendre que de continuer ce genre de vie.

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