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Essai historique et politique sur la Révolution Belge ... Quatrième édition précédée d'un avant-propos et suivie d'une première continuation par l'auteur et d'une deuxième par T. Juste

Jean Baptiste Nothomb · 1876 · Scanned text

150,717 words · about 10 h 33 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Jean Baptiste Nothomb
Language
French
Published
1876
Length
150,717 words · about 10 h 33 min
Sections
8 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (8)
  1. Front matter about 31 min
  2. Preface about 1 h 31 min
  3. Chapitre II about 4 min
  4. Chapitre III about 12 min
  5. Chapitre IV about 15 min
  6. Chapitre V about 10 min
  7. Chapitre VI about 27 min
  8. Chapitre VIII about 7 h 23 min

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Front matter

ESSAI HISTORIQUE ET POLITIQUE SUR LA RÉVOLUTION BELGE IMPRIMEUR DU ROI •**%*£. C-EMS-S* <£, Ùùp^cou,,5,^^7 ESSAI HISTORIQUE & POLITIQUE SUR LA RÉVOLUTION BELGE PAR £ NOTHOMB ff.JV) ft«£^ Membre da Comité diplomatique sous le Gouvernement provisoire Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères de 1831 à 183 7 Commissaire du Regent de la Belgique près la Conférence de Londres en juin 1831 )éputé d'Arlon au Congré3 national de 1 330 à 1331 à à la Chambre des représentants de 1831 à 1348 Ministre des Travaux Publics de 1837 à 1840, Envoyé à Francfort de 1S40 à 1841 Ministre de l'Intérieur de 1841 a 1845, Envoyé à Berlin depuÌ3 1 845 QUATRIÈME ÉDITION PRÉCÉDÉE D'UN AVANT-PROPOS & SUIVIE D'UNE PREMIÈRE CONTINUATION PAR L'AUTEUR ET D'ONE DEUXIÈME PAR THÉODORE JUSTE Les destinées humaines n'offrent pas de tâche plus noble et plus utile que celle d'être appelé â fonder l'indépendance d'une nation et à consolider ses libertés.

LÉOPOLD. (27 juin 1831.) TOME PREMIER ESSAI HISTORIQUE & DÉPENSE BRUXELLES LIBRAIRIE EUROPÉENNE C. MUQUARDT MERZBACH & FALK, ÉDITEURS LIBRAIRES DE LA COUR S DE S. A. R. LE COMTE DE FLANDRE MÊME MAISON A LEIPZIG í AVANT-PROPOS DE L'AUTEUR La constitution pacifique, comme État indépendant, de la Belgique détachée révolutionnairement en 4830 de la Hollande, a été le triomphe de la diplomatie. On ne peut parler de ces négociations si longues et si compliquées, sans citer Y Essai historique et politique, publié il y a plus de quarante ans, dont l'exactitude a été reconnue par les contempo rains, la plupart disparus, parmi lesquels il faut ranger en première ligne lord Palmerston et les plénipotentiaires à la Conférence de Londres. Bien que des changements plus considérables aient attiré depuis, attirent encore l'attention publique, cette première et profonde atteinte, dont les résultats subsistent, à Tordre de choses créé en 1815, ne peut être perdue de vue.

L'indépendance belge est restée une nécessité, quoique le cadre général ne soit plus le même. Une assise avait été refaite et, après la destruction de l'édifice, elle est demeurée soudée au AVANT-PROPOS DE LAUTEUR VI sol européen. Quelque restreint que fût le champ d'action, le repos du monde s'y rattachait et s'y rattache encore. Ce sera d'ailleurs un constant sujet d'étude que de rechercher comment cette révolution, tentée avec tant de chances contraires et de si faibles moyens, a pu réussir; comment l'intervention diplo matique plus ou moins déguisée d'abord, alternativement déclinée et acceptée, a fini par l'emporter malgré l'une et l'autre des parties en cause. I Après un si long intervalle, nous publions sans changements cette édition qui sera la quatrième; Touvrage a été plus qu'un livre : c'est un acte.

Preface

DE LA DEUXIÈME ÉDITION (10 MAI 1833) L'auteur s'est imposé la loi de Ue rien changer au texte de son ouvrage; il aurait cru manquer à un devoir envers ceux qui ont bien voulu se procurer la première édition, et il n'est jamais entré dans ses vues de faire une spéculation de librairie.1 S'il entreprend ici de répondre à quelques objections, c'est qu'il craint que son silence n'ait quelque chose de dédaigneux : la presse, à quelques exceptions près, a été pour lui loyale et bienveillante, et il lui doit à la fois des remercîments et une réponse. L'auteur n'a peut-être pas été heureux dans le choix du titre de son ouvrage, qui n'est qu'un essai sur l'his toire politique ou diplomatique de la révolution; cependant, le titre qu'il a adopté, et qu'il laisse subsister, n'a pu induire personne en erreur, lui-même ayant annoncé 1 La première édition a été enlevée le jour de la mise en vente.

(Note de la 4e édition.) que son intention n'était pas d'écrire une histoire; son but a été seulement de résumer la marche politique de la révolution belge et de mettre le grand résultat de cette révolution, Tindépendance, en rapport avec le passé de la patrie. Cette indépendance, reconnue par l'Europe, lui apparaît, non comme un accident, mais comme le complément de la civilisation belge. Les événements purement intérieurs occupent peu de place dans son écrit ; il a dû se borner à donner un souvenir aux journées de septembre, à prendre acte de la conspiration de février, du terrorisme du mois de mars ; il n'a pu voir que le côté politique de la campagne du mois d'août; plus de détails auraient détruit l'unité d'intention. Au risque d'être peu dramatique, il a voulu que la pensée qui, selon lui, a présidé aux des tinées du pays, fût écrite à chaque page, qu'une préoc cupation puissante s'emparât du lecteur.

Qu'importent, au reste, les détails intérieurs, si la situation sociale demeure la même, si elle offre dans son ensemble le même tableau, si elle révèle les mêmes nécessités? Et, d'ailleurs, la révolution n'a-t-elle pas perdu de bonne heure de son intérêt dramatique? Le lendemain, en quelque sorte, des journées de septembre 1830, n'a t-elle point passé de la place publique dans le cabinet? Ne s'est-elle point à sa source engouffrée dans la diplo matie? En présence des soixante-dix protocoles, que devient le drame? La révolution n'est restée entre les mains du peuple que le temps qu'il a fallu pour la pro créer; à peine née, elle est tombée dans le domaine des négociations : n'est-ce pas là un des caractères de cette révolution, et l'auteur pouvait-il le méconnaître? Que voulez-vous que fasse Thistorien?

A la révolution de 1790 les bulletins des armées, à la révolution de 1830 les protocoles de la conférence de Londres. Les événements intérieurs ne forment donc que les ombres du tableau ; de cela il ne faut accuser l'auteur comme écrivain. Sans doute, il aurait pu s'arrêter à quelques scènes d'intérieur, saisir Taspect du pays aux premiers jours d'illusion ou de danger, aux jours où la Belgique se leva palpitante de colère et d'enthousiasme, dans ces jours où, tour à tour, Tespérance et le péril, Texaltation et le désespoir donnent à tout un peuple une seule âme, le font tressaillir sous le même battement de cœur ; il aurait pu parcourir les rues et pénétrer dans Tenceinte du Congrès national, peindre les flots popu laires battant le pied du palais législatif, interroger les échos des tribunes alors bruyantes et depuis silencieuses.

II a craint d'entrer dans des détails de ce genre ; il avoue qu'il est un écueil qu'il a voulu éviter : il lui fallait des faits certains et à Tabri des intentions individuelles; or, il est des faits qu'il ignore, il est des intentions qu'il ne veut point scruter. II y a plus : si le but qu'il s'est proposé ne lui avait pas permis de dégager la marche de la révo lution de tous les incidents domestiques, s'il avait été forcé d'anticiper sur des révélations à venir, s'il n'avait pu s'élever à une hauteur d'où il n'a vu que les choses et non les hommes, il se serait abstenu d'écrire ; ce n'est pas lui qui jettera la première pierre à qui que ce soit. L'auteur aurait même voulu pousser Timpartialité jusqu'à laisser ignorer quelle est la nuance de l'union à laquelle il appartient ; en parlant des coups d'État de Joseph II, il a dit qu'en principe « Tordre civil et Tordre religieux doivent coexister sans avoir de prise l'un sur l'autre » ; et il est encore à se demander comment cette phrase a pu le trahir.

La séparation de Tordre civil et de Tordre religieux est pour lui non un fait, mais un principe, non une transaction passagère, mais un progrès social. II ne conçoit à cet égard que trois manières d'être : la suprématie de l'ordre civil sur Tordre religieux, la suprématie de l'ordre religieux sur Tordre civil, la sépa ration et Tindépendance des deux ordres. II ne veut pas de la suprématie religieuse qui, toutefois, a pu être nécessaire à certaines époques de la civilisation; il ne veut pas de la suprématie civile avec Louis XIV, Joseph II ou Napoléon ; il veut la séparation avec la Constitution de 1831. C'est là ce qui caractérise la nouvelle société belge ; c'est la grande idée que le peuple belge apporte à son début sur la scène du monde, c'est là ce qui fait que ce peuple, tant calomnié, a devancé les autres peuples.

Si vous revendiquez la suprématie religieuse, vous rétrogradez; si vous revendiquez la suprématie civile, vous rétrogradez : c'est la séparation des deux principes qui donne à l'État belge une individualité qui lui est propre et qu'il faut se garder de lui ravir. Ce n'est pas là une vaine théorie, c'est une réalité mise en pratique depuis la promulgation de notre pacte social, où vous lisez ces mots que vous chercheriez en vain dans les nombreuses constitutions qui se sont accu mulées depuis un demi-siècle : « Nul ne peut être con traint de concourir d'une manière quelconque aux actes et aux cérémonies d'un culte... L'État n'a le droit d'in tervenir ni dans la nomination, ni dans Installation des ministres d'un culte quelconque, ni de défendre à ceux-ci de correspondre avec leurs supérieurs, ni de publier leurs actes, sauf, en ce dernier cas, la responsa bilité ordinaire en matière de presse et de publication. » (Art. 15 et 16.)

La suprématie religieuse a marqué la période qui s'est écoulée depuis Tavénement du christianisme au pouvoir jusqu'au xvie siècle; à cette époque, la royauté, qui venait d'absorber toutes les souverainetés féodales , entra dans une réaction contre la puissance religieuse ; à la suprématie papale a succédé la suprématie monar chique : dès lors, Texercice du culte catholique a été subordonné à la conclusion d'un traité avec le gouvernement temporel et Tinstallation des chefs ecclésiastiques au consentement royal; les actes mêmes des autorités religieuses ont été soumis, avant leur publication, à la censure civile. On ne concevait point qu'il pût exister un état de choses où la suprématie n'appartînt ni à la puissance religieuse, ni à la puissance civile; TAssemblée constituante elle-même n'osa faire cesser la confusion et elle promulgua Tacte fameux connu sous le nom de constitution civile du clergé.

II était réservé à la révolution belge de dire : Plus de concordat, plus d'investiture royale, plus de placet; liberté pour Tassociation religieuse comme pour toute autre association. Car, qu'on le remarque bien, un culte, aux yeux du gouvernement, n'est qu'une association jouissant de la liberté de penser, d'écrire, d'enseigner. Ainsi tombent ces conflits funestes qui ont rempli tant de siècles; ainsi s'est fondé un ordre de choses que la monarchie de Léopold a accepté et que TEurope finira par comprendre. L'on a reproché à l'auteur d'avoir falsifié le passé au profit du présent, en recherchant la loi de la sociabilité belge, en déclarant les générations solidaires, en s'effor çant de saisir le lien mystérieux qui rattache les temps présents aux temps anciens. L'auteur est convaincu qu'il n'y a rien de fortuit dans la vie des peuples; sous des détails en apparence divers et opposés, il aperçoit l'unité ; évoquant, à côté de la révolution de 1830, les révolutions de 1565 et de 1788, il a présenté ces trois événements comme connexes; il les a rapportés à la même cause : le besoin de nationa lité , principe vague, instinctif d'abord , mais agissant sans cesse et se précisant davantage.

II s'est arrêté aux époques de réaction ; il aurait pu creuser les faits plus profondément, les prendre à leur source. L'Autriche, a-t-il dit, n'est pas parvenue à rendre les Belges autrichiens, la France, français, la Hollande, hollandais; et il a montré la Belgique en hostilité avec Guillaume Ier, aux prises avec Joseph II, indifférente à la chute de Napoléon. C'est que chacune de ces dominations s'était imposée au pays; la réaction sous laquelle chacune d'elles a disparu a-t-elle de quoi surprendre? Deux fois, à la distance d'un siècle, à Utrecht et à Vienne, TEurope disposa des provinces belges ; une fois la France se les appropria malgré TEurope : entre les conventions diplo matiques de 1713 et de 1815 vient se placer la loi révo lutionnaire du 9 vendémiaire an IV. Différents d'origine, ces actes ont eu pour la Belgique le même caractère ; ils ont été accompagnés des mêmes circonstances; ils ont provoqué les mêmes antipathies.

Nous oublions bien vite : Tempire français est déjà loin de nous ; et c'est à peine si, derrière les révolutions qui ont marqué la fin du xvme siècle, nous apercevons les anciens Pays-Bas autrichiens. Qu'on nous permette de faire justice de cette oublieuse politique, de jeter encore un regard sur un passé qui révèle tout notre avenir. Ce n'est pas volontairement que la domination autrichienne a été acceptée en 1713; la maison d'Autriche n'a pris possession de nos provinces qu'à Taide de mesures violentes et après une longue résistance. Cette époque de notre histoire a été récemment éclair cie1. Lisez les lettres où le premier gouverneur autrichien, le marquis de Prié, rend compte de la situation du pays, de la disposition des esprits et des moyens qu'il dut employer pour prévenir une insurrection générale.

Le 25 juillet 1718, il s'exprimait ainsi : « Je puis dire « que je n'ai guère eu de repos ni de satisfaction depuis « que je suis arrivé dans ce pays-ci, tant par rapport « aux affaires de la barrière qu'à l extravagance de ces « peuples et manœuvres qui se font pour causer des troubles. « Louvain commence à remuer, et Ton travaille à Gand « et à Bruges pour exciter la populace. S'il arrive quel « que mouvement à Gand et à Bruges, je ne répondrais 1 Voyez aux archives du royaume, a Bruxelles, la correspondance du marquis de Prié, faisant fonctions de gouverneur général pour le prince Eugène; M. Dewez, 2e édition de Y Histoire générale de la Belgique, t. VU, 8e époque, chap. Ier; M. Verhulst, Précis historique des troubles de Bruxelles en 1718. « pas que cela ne passe à une révolte formée et générale du pays. » Après avoir arrêté les doyens des métiers de Bruxelles, il écrivait : « Après la manière dont on a « ranqé ce peuple de Bruxelles, qui a été de tout temps « le plus turbulent, les autres villes ne songeront plus à « remuer.

L'exemple que Ton donnera réparera entiè « rement le scandale qu'il a causé dans ce pays. »> L'Europe connaît cet Egmont que le duc d'Albe a fait décapiter en 1568 au nom de TEspagne; la bourgeoisie de Bruxelles n'a pas oublié le doyen des métiers Annees sens, que le marquis de Prié a fait décapiter en 1719 au nom de TAutriche ; le grand guerrier et le modeste artisan sont montés sur le même échafaud; le crime a été le même ; la peine a été la même : mais par une des singularités de Thistoire, à l'un une gloire éclatante, à l'autre le pieux souvenir de quelques vieillards. Nous savons maintenant de quelle manière le gouvernement autrichien s'est implanté dans le pays : deux faits sont encore venus attester combien ce gouvernement était peu national ; nous voulons parler de la hon teuse renonciation de Charles VI à Tétablissement de la Compagnie d'Ostende (1731), de la transaction non moins blâmable de Joseph II sur la liberté de TEscaut (1785).

Le règne de Marie-Thérèse n'a été qu'une exception qui aurait légitimé le régime autrichien, si ce qui est anti national dans son principe pouvait jamais devenir légitime. Ce n'est pas volontairement que la domination française a été acceptée en 1795 : ouvrez le Moniteur; relisez les détails des occupations militaires de 1792 à 1795; consultez les débats qui ont précédé la loi du 9 vendémiaire an IV. Dès Tentrée des troupes françaises en Belgique, plusieurs contrées avaient émis le vœu de la réunion, et ces voeux partiels avaient été acceptés ; Dumouriez osait néanmoins écrire à la Convention, le 12 mars 1793, que ces vœux avaient été arrachés à coups de sabre.

La question de la réunion intégrale et définitive ne fut mise à Tordre du jour qu'un mois environ avant la clô ture de cette assemblée fameuse ; elle remplit deux séan ces; Merlin ouvrit la discussion le 30 septembre 1795, par un rapport étendu dont les conclusions furent soute nues le lendemain par Carnot; tous les deux appuyèrent la réunion comme utile à la France sous les rapports tant commerciaux que militaires. « II importe à la Bépublique, disait Merlin, de multi plier ses moyens de défense contre des gouvernements qui, même après avoir posé les armes qu'ils portent aujourd'hui contre elle, resteront toujours ses ennemis secrets et ne seront longtemps occupés qu'à épier le moment favorable pour lui déclarer une nouvelle guerre. « II importe à la Bépublique de faire pencher en sa faveur la balance du commerce, d'enlever aux Anglais plusieurs branches de celui qu'Us font avec tant d'avantage et, par conséquent, de ne pas laisser échapper de ses mains les incalculables profits que lui promet la possession d'un pays dont les productions excèdent con stamment de deux tiers les besoins de son immense population ; de ne pas se priver de ceux que lui assure la libre navigation de fleuves, de rivières et de canaux t. i. qui ont toujours passé pour les plus grandes sources de prospérité publique... « II importe enfin à la Bépublique, et il lui importe par-dessus tout de dissiper les craintes que la malveil lance et Tineptie se sont accordées à répandre sur la suffisance du gage actuel de nos assignats, et, par con séquent, d'ajouter à ce gage les domaines que le clergé et la maison d'Autriche possédaient dans le pays de Liège et la Belgique; domaines si considérables, si riches, si multiples, que les calculs les plus modérés en portent la valeur à plus des deux tiers de la somme totale de nos assignats en circulation. » Voilà, sans doute, des motifs bien puissants pour s'emparer d'un pays ; écoutons Carnot : « En gardant Luxembourg, non seulement vous privez votre ennemi de la place d'armes la plus forte de TEurope après Gibraltar et la plus dangereuse pour vous, mais vous vous appropriez ce boulevard inexpu gnable et vous en couvrez votre frontière, qui était déjà très forte : il vous donne, de plus, la facilité de porter vous-mêmes la guerre en avant, sans être arrêtés par rien, et devient ainsi le gage assuré d'une paix solide et durable : car Tennemi ne vous attaquera plus lors qu'il verra que le résultat immédiat et inévitable de son agression serait Tinvasion de son propre pays, si dépourvu de tout moyen de résistance. « J'examine maintenant ce qui concerne le pays situé à la rive gauche de la Meuse, qui est la Belgique pro prement dite, et je vois qu'en réunissant ce pays à la France, nous avons deux barrières au lieu d'une.

L'une est l'ancienne, qu'il faudrait bien se garder de détruire, puisqu'elle nous couvre non seulement du côté des Pays-Bas, mais encore du côté de la mer ; l'autre est la rivière même de Meuse, qui enveloppe la Belgique, barrière très respectable par la possession de Maestricht et de Venloo, qui nous appartiennent, et par la faculté que vous vous êtes réservée, dans le traité de paix avec la Hollande, de mettre garnison en temps de guerre à Gavre, Bois-le-Duc et Berg-op-Zoom, qui en défendent le passage, en même temps que Luxembourg prend à revers Tarmée ennemie qui voudrait le tenter. » Des orateurs contestèrent la réalité des vœux attribués aux populations belges ; Armand (de la Meuse) et Lesage (d'Eure-et-Loir) se firent remarquer par Ténergie de leurs discours. « On parle des vœux des Belges, disait Armand, mais des délibérations prises au milieu des armes sont elles des délibérations?

Et qui vous dira que ces peuples ne réclameront pas un jour? De quel droit, après les avoir vaincus, les priveriez-vous encore de leurs pré jugés, de leurs richesses, de leur culte, de leur forme de gouvernement?... « On parle d'indemnité des frais de la guerre. Mais vous avez donc oublié que ce n'est ni aux Belges, ni aux Liégeois que vous avez fait la guerre, mais à leur gou vernement, et cependant c'est sur ces mêmes Belges et Liégeois que vous voulez vous indemniser! « La véritable indemnité est dans la justice et dans la paix, que vous devez vous hâter de rendre à TEurope. Sans doute, il est de votre intérêt d'humilier la maison d'Autriche ; mais le moyen qu'on vous propose est impo litique. Sans doute, elle doit une indemnité à TEurope entière, qu'elle a troublée par ses intrigues et par le traité de Pilnitz... « Vous atteindrez ce but en assurant à la Belgique son indépendance.

Qu'il soit libre aux Belges de se former un gouvernement cimenté sur leurs mœurs et sur leur religion. Votre modération dans la victoire vous conciliera tous les esprits; vos prétentions exagérées vous susciteront une foule d'ennemis. » « On prétend, disait Lesage (d'Eure-et-Loir), que les Liégeois et les Belges ont voté leur réunion à la Bépu blique, que la France a accepté leur vœu. On le dit, mais dois-je le croire, quand j'entends répéter de toutes parts la manière révolutionnaire dont ce vœu a été commandé; et qui oserait ouvrir la page du livre où Thistoire a buriné toutes les horreurs qui se sont com mises dans ces malheureux pays? C'est là que Ton a fait les premiers essais du terrorisme et de la morale révolutionnaire ; c'est là que les Danton et tant d'autres ont développé leurs grands talents pour les vols, les assas sinats et les concussions, précurseurs de tous ceux que Ton vit paraître ensuite à Paris et de tous les proconsuls qui ont été envoyés dans les provinces et près des armées; et Ton ose nous rappeler à ces temps qu'on ne saurait trop s'appliquer à faire oublier!

Et Ton veut nous faire croire à la validité des décrets rendus dans les mois de mars, avril et mai 1793, dans les mois où se trouve cette fameuse nuit où Ton voulut égorger une partie des membres de la Convention et quelques ministres, dans ces mois où se trouve Tépoque désas treuse où la représentation nationale fut si cruellement outragée et on pourrait dire détruite, dans ce temps où tout décret proposé, appuyé ou obtenu par le côté droit, était frappé d'anathème par la Montagne, et ses orateurs voués à la mort!... « Je sais que le comité attribue à Tintrigue et à la méchanceté de quelques hommes les dispositions des Belges contre la France. Bien, selon lui, n'a pu ébranler la masse du peuple, et leurs cœurs n'en demeureront pas moins tournés vers la France. Mais comment puis-je croire à une pareille assertion quand les députés belges m'ont dit à moi : Fous nous avez rendus tellement malheureux, l'état d'incertitude, d'anxiété, de peine, où vous nous retenez encore, est tellement insupportable, que nous aimons encore mieux être à la France que de rester comme nous sommes.

Ainsi, pour eux, être à la France est un pis aller. » La réunion de la Belgique à la France a donc été une question d'utilité et non de sentiment, question tranchée par Tomnipotence révolutionnaire, sans Taveu de la Belgique ni de TEurope. Arrivé là, le peuple, que le droit du plus fort condamne, se résigne, heureux s'il s'élève une voix pour protester au nom de Tindépen dance mourante, en faisant aux générations futures un de ces appels qui ne sont jamais perdus. Peu de jours avant Touverture des débats de la Convention, M. Adrien Philippe Raoux, membre du conseil souverain de Hai naut, publia un mémoire contre la réunion. L'auteur ne se dissimule pas certains avantages de cette mesure politique; après les avoir franchement exposés, il con clut par ces paroles touchantes : « Malgré ces avantages, qui sont immenses et à la portée d'être sentis par toutes les classes du peuple, il est certain que la très grande majorité de ce peuple craint la réunion et la regarde rait comme une calamité publique.

A Tinstant où cette nouvelle serait proclamée officiellement, des larmes couleraient dans Tintérieur des familles1. » Ce n'est pas volontairement que la domination hollandaise a été acceptée en 1814; et ici l'auteur n'a rien à rétracter de ce qu'il a dit. II n'y a pas eu de coup d'État en 1830 : il Tavoue; et cependant il a éclaté une révolution. II y avait un coup d'État permanent; il datait de 1814. Depuis quinze ans, le peuple belge était moralement dans une situation violente d'où il a voulu sortir; il n'attendait que l'occasion propice. II y a des coups d'État qui ne survivent point à la nuit qui les voit naître; d'autres ont des années d'impu nité : peu importe Tintervalle qui sépare la cause de Teffet, la violence de la réaction, Tattentat de la ven geance. Et a-t-on révoqué en doute aucun des actes cités par l'auteur?

S'est-il présenté quelqu'un pour soutenir que la i La réunion de la Belgique à la France, prononcée par la loi du 1er oc tobre 1795, n'a été aux yeux de l'Europe qu'un état de fait, jusqu'à la conclusion du traité de Campo-Formio du 17 octobre 1797, par lequel TAutriche céda à la république française les Pays-Bas et reçut en dédom magement Venise et une partie des possessions vénitiennes. Une vieille monarchie et une jeune république s'entendirent pour consommer, par cette espèce d'échange, l'anéantissement de deux peuples. Destinée bizarre! Venise et l'ancienne Belgique se sont rencontrées deux fois dans le monde : la première fois pour conquérir Constantinople (1203), la seconde fois pour mourir. La Belgique est ressuscitée de nos jours; Venise gît morte dans ses lagunes. ( Note de la 3e édition, 1833.)

La France a réparé Tattentat commis contre Venise ; TAutriche Ta expié. (Note de la 4e édition.) Hollande et la Belgique ont été préalablement consul tées sur la réunion; Que la loi fondamentale du 24 août 1815 a obtenu réellement la majorité des suffrages, non de la commis sion chargée de la rédaction, mais des notables ayant mission del'adopter définitivement; Que la Hollande n'a pas été considérée comme constituant Tindividualité nationale, que la Belgique n'a pas été qualifiée d'accroissement de territoire? N'est-il pas constaté, par les appels nominaux, que, pendant quinze ans, les cinquante-cinq députés hollandais, membres des États-Généraux, ont disposé, grâce à la défection de quelques Belges, des provinces méridionales? La nationalité hollandaise étant réputée antérieure et supérieure à la création du royaume-uni des Pays-Bas , a-t-on contesté aucune des nécessités que le chef du gou vernement a fait dériver de ce principe sous le rapport de Tadministration, de la langue, des impôts, dans la répartition des emplois civils et militaires, dans la fixation du siège des grands établissements?

L'auteur a-t-il outragé la dynastie déchue, ou plutôt ne Ta-t-il pas vengée de beaucoup d'outrages, en la montrant placée sous Tempire d'une loi fatale? Et cependant, à la logique impassible des faits, considérés en eux-mêmes, l'auteur aurait pu substituer ou ajouter une accusation plus personnelle; après avoir établi que la loi fondamentale de 1815 a été rejetée par la majorité numérique des notables, que, par.conséquent, il n'a jamais existé de contrat entre la Belgique et la maison d'Orange, il aurait pu admettre Texistence constitutionnelle de la loi fondamentale et, dans cette supposition, rechercher si ce contrat a été franchement mis en pratique. Les conditions essentielles du gouvernement représentatif ont été déniées au pays. Des arrêtés ont dénaturé le pouvoir électoral et, par tant, le principe même de la représentation.

L'inamovibilité judiciaire, promise par la consti tution, a été ajournée. La royauté s'est prétendue inviolable, tout en répu diant la responsabilité ministérielle. Ainsi, tous les pouvoirs sociaux, tels que les veut le gouvernement représentatif, tels que les voulait la con stitution, soit expressément, soit virtuellement, ont été faussés; et la Belgique a vécu quinze années sous ce régime indéfinissable, qui manquait à la fois de la fran chise de Tabsolutisme et des garanties de la liberté. Et que serait-ce si des principes généraux nous des cendions dans les détails de Tapplication, si nous entre prenions d'énumérer ces arrêtés illégaux qui ont empiété sur le domaine législatif, de faire le tableau de ce despotisme administratif et fiscal qui avait tout envahi, de percer les ténèbres de ce régime financier qui a amené Teffrayant déficit de dix millions cent mille florins de rentes annuelles, déficit constaté par la Conférence de Londres?

Faut-il rappeler les menaces d'un coup d'État à Taide desquelles, en 1829, on a obtenu le budget décennal? Faut-il enfin, pour couronner Tœuvre, citer le message du 11 décembre 1829, audacieuse protestation de la dynastie régnante contre le gouvernement représentatif, éclatant manifeste contre l'exécution pleine et entière de la loi fondamentale de 1815? Ne pouvant nier aucun de ces faits, on refusera peut être d'y voir une violation formelle de la constitution ; les adversaires de la révolution de juillet prétendent que l'article 14 de la charte autorisait les ordonnances de Charles X. En 1814, les forces nationales étaient dans un état de prostration ; mais, par Taction même de Tinforme système représentatif qui avait été octroyé au pays, la lutte entre les deux populations n'a pas tardé à se manifester.

La suprématie hollandaise est lentement arrivée à son plus haut point en 1821; la loi financière du 12 juillet de cette année a marqué cette époque. Dès lors, la posi tion de la Hollande est devenue agressive, celle de la Belgique défensive, et la réaction s'est prolongée pendant toute la période décennale. Les auteurs de la révolution de 1830 ne sont pas seulement ceux qui ont concouru à cet événement, ce sont tous ceux qui Tont préparé par leurs actions et leurs discours. Parmi ces derniers, il en est qui n'ont pas participé à la cata strophe ; mais ils n'ont emporté leurs actes ni dans la tombe, ni dans la retraite. Vous dites que la révolution est un crime : avez-vous compté tous les complices? Bévolutionnaire de 1830, nous revendiquons comme un des nôtres, par exemple, le député belge qui, en 1822, signalait en ces termes la scission entre la Belgique et la Hollande : « Ces lois ne sont faites pour nous, et cependant vous allez nous les imposer.

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