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Histoire de la ville de Laon et de ses institutions ... Gravures, etc

Maximilien Melleville · 1846 · Scanned text

321,306 words · about 22 h 30 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

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About this book

Author
Maximilien Melleville
Language
French
Published
1846
Length
321,306 words · about 22 h 30 min
Sections
37 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (37)
  1. Front matter about 6 min
  2. Preface about 22 min
  3. Chapitre I about 1 min
  4. Livre I about 34 min
  5. Chapitre III. Origine De Laon about 14 min
  6. Chapitre IV about 38 min
  7. Chapitre V. Les Faubourgs about 5 min
  8. Chapitre I about 13 min
  9. Chapitre II. Monuments Militaires about 1 min
  10. Livre II about 23 min
  11. Chapitre IV. La about 1 h 6 min
  12. Chapitre V. Autres about 20 min
  13. Chapitre VI. Habitations Religieuses about 17 min
  14. Chapitre I about 14 min
  15. Chapitre II. Rites Et Coutumes De about 17 min
  16. Chapitre III. Usages about 3 min
  17. Chapitre IV. Moeurs Et Usages Populaires about 15 min
  18. Chapitre I about 48 min
  19. Chapitre III. Industrie Et Commerce about 26 min
  20. Chapitre IV. Foires Et about 5 min
  21. Chapitre V. Population about 11 min
  22. Chapitre I about 23 min
  23. Chapitre II. Administration about 5 min
  24. Chapitre III. Etablissements De Bienfaisance about 1 h 10 min
  25. Chapitre V about 13 min
  26. Livre VI. Institutions Judiciaires about 1 h 23 min
  27. Livre VII about 23 min
  28. Livre VIII. Institutions Religieuses about 2 h 26 min
  29. Chapitre VI. Les Abbayes about 18 min
  30. Chapitre VII. Les about 1 h 2 min
  31. Livre IX about 2 h 15 min
  32. Chapitre VIII about 33 min
  33. Chapitre IX about 39 min
  34. Chapitre X about 20 min
  35. Chapitre XI about 1 h 11 min
  36. Chapitre XII about 1 h 4 min
  37. Livre X Biographie about 2 h 25 min

Continue:

Front matter

LA VILLE DE LAON ET DE SES INSTITUTIONS CIVILES, JUDICIAIRES, FÉODALES, MILITAIRES, FINANCIÈRES ET RELIGIEUSES J MONUMENTS , ANTIQUITÉS , MOEURS , USAGES , IMPÔTS, FINANCES, COMMERCE, POPULATION, ETC.; PAR M" MELLEVILLE, Membre de plosieurs Sociétés savantes ; OUVRAGE ILLUSTRÉ DE GRAVURES SUR ROIS REPRÉSENTANT Us $louwtwnÀs cJvmYs , nVi^mx «.t auVf «,s , cousmte ou àéVnvíte , òx, Va \i\VVi, ixs Laou. íTomc I.' A LAON, A Flmprimerie du Journal de F Aisne, rue Sérurier, 22, et chez tous les libraires du département. A PARIS, Chez DUMOULIN, libraire, quai des Augustins, 13. — — aog- LAON L\UX. — IMÏ DE KO, iLEfïl 61 L. HlHIWi HISTOIRE DE LA VILLE DE LAON ET DE SES INSTITUTIONS CIVILES, JUDICIAIRES, FÉODALES, MILITAIRES, FINANCIÈRES ET RELIGIEUSES; MONUMENTS, ANTIQUITÉS, MOEURS, USAGES, IMPÔTS, FINANCES, COMMERCE, POPULATION, ETC.; PAR M" MELLEVILLE, Membre dc plusieurs Sociétés savantes OUVRAGE ILLUSTRÉ DE GRAVURES SUR ROIS REPRÉSENTANT Us lJLouu'twivta ewds, tcVujwux d aulns, comotviìs o\i rUVnùVî., 4i Va \s\VU A.e, l>aou.

A LAON, A Flmprimerie du Journal de l'Aisne, rue Sérurier, 22, et chez tous les libraires du département. A PARIS, Chez DUMOULIN, libraire, quai des Augustins . 13. PRÉFACE. En tête des sciences devenues véritablement populaires dans ces derniers temps, il convient surtout de placer les études historiques. Un seul fait pourrait suffire, ce nous semble, pour démontrer la vérité de cette assertion : c'est la ioule d'histoires générales ou particulières que chaque jour voit éclore, la bienveillance et l'encouragement avec lesquels chacune d'elles est accueillie du public, quels que soient d'ailleurs sa portée et le talent de l'écrivain à qui elle est due. Si la faveur qui s'attache en ce moment aux travaux historiques est honorable pour notre époque et peut être regardée comme un progrès réel et considérable de l'esprit public ; si l'on doit espérer d'en voir découler parla suite les résultats les plus avantageux , on peut aussi s'en rendre facilement compte et la considérer comme le signe certain du perfectionnement de la civilisation et du bien-être des masses.

En effet, les populations n'ont plus aujourd'hui à réunir leurs efforts pour sortir des ténèbres de l'ignorance et se dégager des langes de la superstition du moyen âge ; elles n'ont plus à défendre leurs croyances, comme du temps de Charles IX et de Henri III , ou à combattre les privilèges et le pouvoir absolu des règnes suivants ; il ne leur faut plus conquérir la liberté civile et religieuse , comme en 1789 ; repousser l'Europe coalisée , comme du temps de l'empire ; veiller avec vigilance sur leurs libertés , comme après la restauration ; non : elles ont enfin conquis les garanties et les libertés qu'elles réclamaient ; et après ces longues époques d'agitations , de luttes et d'orages , elles jouissent du calme si nécessaire au perfectionnement des institutions politiques et au développement du bien-être social.

Preface

. VIII historique ; mais, par suite de circonstances particulières et souvent malheureuses, aucun, jusqu'à ces derniers temps, n'a pu livrer au public le résultat de ses longues recherches, et trouver dans la reconnaissance de ses concitoyens la récompense due à ses laborieux travaux. Le nom même de plusieurs est resté ignoré , et des étrangers ont pu, sans crainte , s'approprier le fruit de leurs labeursi et en jouir paisiblement. Nous allons en peu de mots faire connaître ces essais, chercher à en apprécier la valeur, et rendre à chacun ce qui lui appartient. Nous commencerons par les histoires générales et terminerons par les mémoires particuliers. Dès le commencement du 17me siècle, Etienne Delalain, avocat au bailliage du Vermandois, entreprit une histoire de sa ville natale ; car il avait reçu le jour à Laon.

Cet ouvrage, qui n'a jamais été publié, était divisé en huit chapitres : 1. Antiquité de la ville de Laon; 2. Ordre el succession visible des évêques; 3. Dignités, offices el Fiefs dépendant de l' évêché, duché-pairie ; 4. Fondation des églises et monastères ; 5. Gouvernement de la ville ; 6. Coutumes anciennes, écrites et non écrites ; 7 '. Les deux anciens comtés de l'église ou diocèse ; 8. Les choses les plus mémorables arrivées en ladite ville. C'est là tout ce que nous en savons : quelles qu'aient été nos re cherches, nous n'avons jamais pu en retrouver le manuscrit , et nous ignorons même s'il existe encore. M. Devisme en parle cependant de manière à faire supposer qu'il en avait eu connaissance. Quoi qu'il en soit, nous n'avons à regretter de cet ouvrage que le chapitre relatif aux anciennes coutumes non écrites.

Un petit volume in-folio manuscrit , qui se voyait autrefois dans l'abbaye de Saint-Vincent sous ce titre : Recherches et antiquités de l'église de Laon , de la ville et de quelques endroits circonvoisins , était également attribué à Etienne Delalain. Nous ne possédons sur ce dernier ouvrage aucune espèce de renseignement. Peu d'années après, Jérémie Laurent, aussi natif de Laon et avocat, se mettait à l'œuvre à son tour. II rassembla un grand nombre de chartres, et composa avec elles son ouvrage en deux volumes in-f°; ils n'ont jamais vu le jour, et ils étaient déjà perdus il y a plus d'un siècle. L'auteur en publia seulement, en 1645, un court abrégé sous le titre d'Epitome de l'histoire de Laon. , lequel était destiné à servir de prospectus. Nos recherches nous ont fait découvrir un extrait de l'ouvrasre de PRÉFACE.

IX J. Laurent sous le titre de : Extraits de quelques chapitres du dessein de F Histoire de Laon. C'est un manuscrit grand in-4" de 1-41 pages, écriture assez lâche. Malheureusement il ne contient guère que l'intitulé des chapitres. On voit par lui que le travail de J. Laurent, moins méthodique que celui d'E. Delalain, se divisait en huit livres lesquels se subdivisaient à leur tour en un grand nombre de chapitres. Nous donnerons une idée du plan de l'auteur, en transcrivant ici le titre des chapitres de l'un des livres de son ouvrage. Livre 4, chapitre 6. De la trahison de Laon par Adalger ; 7. De la prise de Charles de Lorrainne dans Laon; 12. De saint Girard, abbé de Saint-Vincent ; 21. De la fondation de F abbaye de Nogent et de Ribemonl ; 22. Comme le roy Philippe fut couronné à Laon ; 23.

Du miracle d'une femme je ttêe dans un feu à Laon sans hrusler ; 29. Comme le chastelain de Laon fut tué dans la cathédrale; 36. Du massacre de l'évêque Valdric et de F incendie de F église ; 42. Comme l'église de Laon fut rebastie et aumosnée ; 44. Comme Thomas de Marie prit Laon, 46. De la fondation de l'abbaye de Cuissy ; 49. Du docteur Anselme , d' Abaylard, maîtres el écoliers de Fescole de Laon ; 51 Comme les papes Calixte II et Innocent II vinrent à Laon; 52. De la fondation de l'abbaye de Prémontrê, par saint Nor bert ; 54. De la fondation de F abbaye de Foigny ; 58. De la fonda tion de F abbaye de Saint- Martin ; 61. Connue les religieuses de Notre-Dame furent chassées ; 65. Du siège de Coucy ; 67. De saint Anselme , abbé de Saint-Vincent ; 68. De la fondation de l'abbaye de Thenailles ; 70, 71 el 72.

De la fondation des abbayes de Vauclerc, Clair fontaine, Boheries et Montreuil. Dans le même temps, un religieux de l'abbaye de Saint- Vincent , frère Emilien Delavigne , écrivait en latin l'histoire de cette maison dont il était prieur. Peu d'années après , un autre moine de la même abbaye, nommé Claude Vialart et non Wiard, reprit le travail d'Emi lien Delavigne, le traduisit, l'augmenta considérablement et en fit un ouvrage nouveau. Ce dernier manuscrit , le seul que nous connaissions, forme un gros volume in-folio. Sous le simple titre d'Histoire de Fabbaye de Saint-Vincent , l'auteur parle si souvent de Laon, il rapporte tant d'évènements qui s'y sont passés que son histoire est plutôt celle de cette ville que celle de Saint-Vincent. Mais sous ce rapport , elle laisse beaucoup à s'ísirer; elle est fort diffuse, et, à l'exemple des

PREFACE.

. X écrivains ecclésiastiques de son temps, Vialard y enregistre longuement et avec grande complaisance tous les privilèges accordés, toutes les donations faites à son abbaye , détails aujourd'hui dénués d'intérêt. Au commencement du siècle suivant, un chanoine de la cathédrale, Claude Leleu, après s'être longtemps distingué dans l'éloquence de la chaire, songeait à entreprendre à son tour une histoire de sa ville natale. 11 se mit à l'œuvre dès 1711 et écrivit deux gros volumes in-folio; le premier composé de six livres comprend 1154 pages ; le second, en huit livres, a 964 pages. Non content de profiter des travaux de ses devanciers, Claude Leleu fit par lui-même d'immenses recherches dans les chartriers des communautés religieuses du diocèse, et notamment dans celui du chapitre ; il lui fut d'autant plus facile d'y pénétrer, que sa qualité d'archidiacre lui donnait sur elles une certaine autorité.

II a donc pu puiser aux meilleures sources ; néanmoins, on reproche à son travail d'être diffus, de renfermer des longueurs et une foule de dissertations étrangères à son sujet. Ill'avait terminé en 17231orsqueM. deLaFare vint occuper le siège épiscopal de Laon. Enveloppé dans les persécutions auxquelles furent en butte les personnes accusées ou simplement soupçonnées de jansénisme , Claude Leleu se vit traîner en exil , et il y mourut en 1726 sans avoir pu livrer au public le fruit de ses travaux. Plus tard, en 1768, une souscription fut proposée pour l'impression de cet ouvrage sous le titre de Mémoire pour servir à F Histoire de la ville de Laon et du pays Laonnois , depuis Fan 304 jusqu'en 1722 , par Claude Leleu , 2 vol. in-folio; mais comme on ne put réunir un nom bre suffisant de souscripteurs pour couvrir les frais de l'impression , le projet en fut abandonné.

Claude Leleu avait à peine terminé son ouvrage qu'un autre Laon nois entreprenait la même tâche sur un plan différent et plus en raccourci. Nicolas-Claude Bugniatre, conseiller au bailliage du Ver mandois, était un savant extrêmement laborieux qui a laissé plu sieurs travaux de longue haleine, indépendamment de sesrecherches sur la ville de Laon. Celles-ci qui doivent seules nous occuper en ce moment, forment un petit volume in-4° sous le titre de : Petit recueil de F Histoire de la ville de Laon, tiré de plusieurs mémoires. Ce volume est divisé en deux parties : la première traite de l'état politi que de la ville de Laon ; la seconde , de son état ecclésiastique. PRÉFACE. XI Gédéon Bugniatre, neveu de l'auteur et dont nous parlerons bientôt, nous apprend que cet ouvrage fut composé en fort peu de temps.

II se ressent en effet de la précipitation avec laquelle il a été écrit , et l'on y remarque des erreurs assez graves et de plusieurs sortes; la partie historique y est tout à fait nulle. Le cadre en est d'ailleurs si resserré , qu'il a forcé l'auteur à en rejeter beaucoup de faits et de détails intéressants. Néanmoins , ce travail compte de nombreuses copies : nous en connaissons sept à huit. A la même époque, c'est-à-dire vers 1725, un autre écrivain conçut le projet de refaire les travaux d'E. Delalain, J. Laurent et C. Leleu. Non content de prendre connaissance, comme il en convient du reste, des matériaux qu'ils avaient amassés , il alla faire des recherches par lui-même dans les archives de toutes les communautés religieuses du diocèse. II écrivit ensuite son histoire qu'il poussa jusqu'en 1740.

L'auteur nous apprend qu'il était sur le point de la publier, lorsqu'une personne haut placée, l'évêque de La Fare, qui en avait accueilli d'abord la dédicace, se refroidit tout-à-coup et fit des difficultés pour la rendre. C'est que l'auteur s'était permis des plaintes sur la conduite tracassière de ce prélat à l'égard des ecclésiastiques soupçonnés de jansénisme. Pour ravoir son manuscrit, il fut obligé de s'engager envers M. de La Fare à garder le silence sur ce qui s'était passé dans le diocèse. Cet ouvrage intitulé : Essais historiques ou mémoires pour servir à F Histoire ecclésiastique et civile de Laon et du pays laonnois , forme trois gros volumes grand in-4°, non compris un demi volume de table; l'écriture en est grosse et lâche, il est divisé en douze livres. Le premier va de l'an 304 environ à l'an 620 et contient une des cription abrégée du pays ; le second, de 620 à 895 , le troisième jus qu'en 1099: le quatrième, à 1113; le cinquième, à 1130 ; le sixième, à 1175 ; le septième, à 1216; le huitième, à 1261 ; le neuvième, à 1444; le dixième, à 1580; le onzième, à 1652 et le douzième jus qu'à 1741.

Ce manuscrit n'est plus aujourd'hui tout-à-fait complet: il lui manque quatre cahiers de chacun 24 pages. Ce travail est entièrement dépourvu de méthode et par conséquent de clarté ; l'auteur s'est contentéd'y suivre à peu près l'ordre chrono logique ; il passe constamment d'une chose à une autre, et le récit des évènements y est sans cesse interrompu pour faire place à l'his toire particulière d'une abbaye ou d'un couvent. Laon d'ailleurs n'y PRÉFACE. figure qu'accidentellement: cet ouvrage estdonc à vrai dire l'histoire du diocèse , et seulement encore son histoire ecclésiastique , bien plutôt que celle de la ville de Laon. Nousignoronsles causes qui en empêchèrent la publication. II paraît néanmoins que l'une des principales est celle-ci. Le manuscrit avait été communiqué: on en connaissaitles matières.

Les Laonnois crurent avoir àseplaindre du portrait que l'auteur faisait de leur caractère;ce portrait est en effet peu flatteur: il prétend que les jeunes gens se laissent emporter à la fougue de leurs passions ; que les vieillards aiment la domination , sont entêtés, et d'une curiosité importune ; que la so briété n'est pas la vertu dominante du pays. Enfin, il va jusqu'à accuser les dames de coquetterie , de dissipation et de légèreté. A-t-on pensé qu'il ne fallait pas donner son argent pour entendre de pareilles choses, bien que l'auteur paraisse les dire avec la plus grande bonho mie du monde ? II nous semble permis de le supposer. Mais quel est l'auteur de cet ouvrage qui , malgré ses nombreux défauts, n'en est pas moins une source précieuse d'excellents rensei gnements historiques? Par une eneur évidente , on l'attribue généra lement à dom Gédéon Bugniatre ; cependant le manuscrit s'arrête à l'époque même où ce dernier commençait ses recherches; l'auteur anonyme se plaint du mauvais vouloir de l'évêque LaFare qui n'existait plus du temps où Bugniatre travaillait à sonhistoire deLaon ; enfin,l'ou vrage de ce dernier existe indépendamment du manuscrit qui nous occupe , il est écrit sur un plan différent et nous en parlerons tout à-l'heure.

L'histoire du diocèse de Laon, de dom Lelong, va nous mettre sur la voie. Cet écrivain dit, page 585, que dom Bugniatre fit son ou vrage sur celui de dom Varoqueaux. Dom Varoqueaux était religieux de l'abbaye de St-Jean de Laon comme dom Bugniatre ; c'est tout ce que nous en savons; mais on doit le regarder comme l'auteur du manuscrit qui nous occupe , car plusieurs notes écrites de la main même de ce dernier sur les marges de ce manuscrit ne laissent au cun doute à cet égard. Ainsi , à la page 994 , sous une citation mar ginale de l'histoire de Saint-Vincent dont nous avons parlé, on lit : « Apparemment que cette histoire manuscrite de Saint-Vincent, que cite souvent D. Varoqueaux , esûii latine : si c'était la française. » ces citations ne seraient pas justes. •• Quelqu'un a surchargé le mot Varoqueaux et l'a remplacé par celui de Bugniatre ; mais le PRÉFACE.

XIII premier est encore très-lisible. A la page 1150, on lit: •• Erreur grossière du père Varoqueaux. » Ce nom est encore biffé, mais non remplacé par un autre , et on peut facilement le lire ; enfin, dans une troisième note, dom Bugniatre renvoie à son propre travail pour quelques éclaircissements. Toutes ces indications établissent suffisam ment , ce nous semble , que le manuscrit dont nous nous occupons appartient réellement à D. Varoqueaux. Dom Gédéon Bugniatre, comme nous l'avons dit, était aussi bénédictin de l'abbaye de St-Jean de Laon. La lecture du manuscrit du Père Varoqueaux , déposé dans le cartulaire de cette maison , lui inspira, à ce qu'il paraît, le dessein d'entreprendre à son tour une histoire de Laon. Après quelques années passées dans des recherches préliminaires , il pensa à assurer la publication de son travail en s'as sociant le corps de ville.

A cet effet, il mit la dernière main à une partie de son ouvrage et la présenta au conseil de ville en 1755. Ce dernier l' accueillit favorablement, l'adopta et pour encourager l'auteur, passa avec lui un traité par lequel il lui était accordé une pension annuelle de 300 liv. pendant trois ans, et de 600 liv. pendant les deux années suivantes, sous la condition que l'ouvrage serait entièrement terminé dans ce déLi et remis au corps de ville, qui s'engageait à le faire imprimer à ses frais, après l'avoir toutefois soumis à un examen préalable. Pendant quatre ans, la ville remplit exactement ses engagements, et Dom Bugniatre avait déjà touché 1,500 liv., lorsqu'en 1760, ayant demandé les 600 liv. qui lui restaient dues, le conseil fit des difficultés pour les lui remettre. On lui objecta que le manuscrit n'ayant pas été communiqué depuis 1755, on ignorait à quel point pouvait être arrivé ce travail ; d'ailleurs, avant de faire un dernier paiement, on voulait s'assurer du mérite de l'ouvrage, et l'on engageait D. Bugniatre à le déposei à la ville pour qu'il pût être examiné en assemblée générale.

Après quelqu'hésitation , D. Bugniatre communiqua tous ses ma nuscrits ; mais le corps de ville ne se pressa pas d'en prendre con naissance. Alors il le somma de remplir ses engagements; il lui fut répondu que son travail étant purement ecclésiastique, il ne remplissait pas l'attente des membres du conseil (1). D. Bugniatre proposa (1) On reprochait á cet ouvrage d'être un recueil de fondations religieuses et de rites d'église, un récit dc faits coulrouvés et de contes populaires et fabuleux, ht PRÉFACE. aussitôt d'en soumettre l'examen à une commission composée de bénédictins, religieux dontl'érudition était alors généralement reconnue. Le corps de ville mit en doute l'impartialité déjuges ecclésiastiques et proposa des laïcs pour examinateurs ; mais, à son tour, D. Bugniatre s'y refusa. Les parties ne pouvant s'entendre aimablement , il fallut recourir à d'autres moyens.

D. Bugniatre s'adressa donc à l'intendant de lagéné ralité de Soissons. Celui-ci notifia au corps de ville d'avoir à remplir ses engagements en payant au religieux bénédictin le restant de la somme qui lui avait été promise, sauf à ne point imprimer son ouvrage s'il ne méritait pas de l'être. Nouveau refus de la ville. D. Bugniatre adressa alors une supplique au roi, qui évoqua l'affaire devant lui, en 1763 ; il ordonna au corps de ville d'exposer les raisons qui lui faisaient manquer au traité, faute de quoi il serait statué. Nous ne savons quelle décision intervint. II paraît néanmoins que la ville fut obligée de payer ce qui restait dû à D. Bugniatre, mais qu'elle obtint de ne pas être obligée à l'impression de son ouvrage, en renonçant toutefois à son droit de publication en faveur de l'auteur.

En effet, quatre ans après, D. Bugniatre voulut tenter cette publication à ses frais, et il lança dans le public un prospectus où son travail était annoncé sous le titre de : Mémoires pour servir à Fhistoire du Laonnois ou des villes , comté et diocèse de Laon ; il devait former quatre volumes in-4° au prix de 36 liv. les quatre. Cet appel n'eut point de succès : D. Bugniatre ne put réunir que soixante souscripteurs. Se trouvant ainsi hors d'état d'entreprendre une aussi grande publication , il se vit une seconde fois contraint d'y renoncer. H n'était point au bout de ses déboires. Cinq ans après, un libraire de la ville lui offrit d'entrer pour un tiers dans les frais d'impression, et D. Bugniatre se vit encore une fois dans l'impossibilité d'accepter ces offres avantageuses. II avait prêté son manuscrit à un ami qui ne demeurait pas dans le pays : il se hâta aussitôt de le lui redemander.

Mais cet ami venait de mourir, et dans les embarras qui suivirent son décès, le manuscrit disparut, de sorte que toutes les démarches de D. Bugniatre pour le ravoir furent infructueuses et qu'il le crut perdu. un ouvrage nullement intéressant et rien moins qu'une histoire de Laon. Cette critique est évidemment fort exagérée.

PREFACE.

. XV Cet écrivain se trouvait ainsi cruellement puni de son ingratitude. car il avait largement puisé dans l'ouvrage de son confrère D. Varo queaux, et non seulement il ne lavait pas cité, mais il avait encore substitué son nom à celui de ce dernier et sur son propre ouvrage , de manière à s'en faire passer lui-même pour l'auteur. Quoiqu'il en soit, le travail de D. Bugniatre s'est retrouvé : il forme trois gros volumes in-folio , écriture fine , serrée et un peu tremblée : c'est celle de cet écrivain. Le premier est divisé en dix paragraphes ou chapitres, précédés d'une description générale du Laonnois, étendue, forêts, vignobles, rivières, etc.; le tout tient 25 pages. Le chapitre 1er est intitulé : De l'évêque de Laon, ses droits et préro gatives, 15 pages. Chapitre 2 : Du chapitre, 56 pages ; 3.

Des membres dépendant dudit chapitre , 26 pages; 4. Des dix-neuf abbayes du diocèse, 368 pages ; 5. Du gouvernement de la ville, prévôté, bailliage , présidial, etc. , 30 pages ; 6. Histoire particulière des villes du Laonnois, 42 pages;. 7. Maisons royales, bibliothèques, manufactures , 38 pages ; 8. Nobiliaire du Laonnois, 201 pages; 9. Grands homines du Laonnois , 71 pages ; 10. Pouillé du diocèse , listes des évêques, doyens, baillis, etc., 31 pages. Le second volume contient l'histoire générale du pays, dans l'ordre chronologique. Celle-ci est divisée en plusieurs livres et commence au martyre de Preuve, Benoîte et Grimonie. Le troisième volume a 900 pages. C'est un recueil de chartres et autres pièces justificatives recueillies dans les chartriers des anciennes communautés religieuses du diocèse , et dans ceux des hôtels-de-ville du pays et des contrées voisines.

C'est sans doute celui dont parle M. Devisme, à la page 5L de sa préface. S'il en est ainsi, cet écrivain n'en a pas exagéré l'importance : elle est d'autant plus grande que les originaux de la majeure partie de ces pièces sont aujourd'hui perdus. L'ouvrage de D. Bugniatre est le plus étendu qui ait été fait sur l'histoire du pays. Quoique le classement des matières y laisse beau coup à désirer, il est cependant plus méthodique qu'aucun de ceux entrepris avant lui. II y a pourtant encore beaucoup d'omissions et quelques erreurs. II présente d'ailleurs des longueurs et des redites ; le style en est peu châtié Mais , en résultat, c'est un travail précieux. II en existe plusieurs copies, dont une seule est complète. On voit, par l'énoncé ci-dessus des matières du premier volume de

PREFACE.

. XVI cet ouvrage , qne le reproche formulé contre lui par le corps de ville n'était pas sans fondement. L'histoire des communautés religieuses en forme plus de la moitié, tandis que les renseignements historiques sur Laon n'y tiennent guère que 200 pages, c'est-à-dire, à peine le quart du premier volume. Dans le suivant, l'histoire de Laon ne se rencontre qu'accidentellement, et mêlée à celle du pays tout entier. Nous ne [parlons pas du troisième volume , puisque c'est un simple recueil de pièces justificatives. Vers 1775, un autre écrivain composait, avec les matériaux dont nous venons de parler, une nouvelle histoire de Laon dans des proportions beaucoup moins vastes et sur un plan différent. Ce travail est extrêmement diffus, ne préente ni ordre, ni division dans les matières , et est hérissé de citations qui en rendent la lecture fati gante.

L'auteur parle d'abord du pays Laonnois, des comtes de Laon, du diocèse, des différents noms, surnoms et épithètes de cette ville , de quelques évêques et de leurs officiers, du chapitre, des trois abbayes de St-Vincent, St-Jean et St-Martin , etc. Ce manuscrit a 125 pages grand in-folio , écrit à demi-page. II est attribué à D. Grenier et devait, à ce qu'on croit, faire partie d'une histoire générale de Picardie. On y trouve quelques bons renseignements. Un autre ouvrage intitulé : Epitome abrégé des choses les plus remarquables qui se sont passées sous les évêques qui ont gouverné l'église de Laon, paraît avoir été composé vers 1783. 11 forme un volume in-4°; l'auteur nous en est inconnu. Cet ouvrage est tout bonnement une liste des évêques avec le récit de quelques uns des évènements qui se sont passés de leur temps.

Elle est suivie du catalogue des doyens de la cathédrale et des abbés de St-Vincent, St-Jean et St-Martin. Viennent ensuite quelque détails sur l'ancien gouvernement de la ville et sur la commune , lesquels paraissent avoir élé tirés de l'ouvrage de Nicolas-Claude Bugniatre , dont nous avons parlé II se termine par un extrait du pouillé de l'ancien diocèse. Ce manuscrit, dont nous connaissons plusieurs copies, doit être lu avec circonspection, à cause des nombreuses erreursqu'il renferme. M. Devisme parle encore de deux histoires de Laon également restées manuscrites, la première, par J.-F. Flamant; la seconde, par Nicolas Duchange. Nous ne connaissons pas ces ouvrages, n'ayant pu les retrouver nulle part. PRÉFACE. XVII Enfin, un sieur Cromelin, de Guise, fit hommage au conseil général du département de l'Aisne, en 1790, d'un travail manuscrit ren fermant des mémoires historiques sur la ville de Laon.

Nous ignorons également ce que cet ouvrage est devenu (1). Nous voici arrivé à la seule histoire de Laon qui ait été imprimée , celle de M. Devisme, en deux volumes in -8°. Si cet ouvrage donne prise à de justes critiques, particulièrement sous le triple rapport de la méthode, du style et de l' exactitude , il ne faut pas moins, ce nous semble , savoir gré à cet écrivain d'avoir consacré vingt -cinq années de son existence à l'accomplissement d'une œuvre utile au pays; ses défauts, d'ailleurs, sont en partie ceux de l'époque où il écrivait. Quant à nous, nous nous abstiendrons d'entrer dans l'ap préciation de son travail : on comprendra notre réserve Notre qualité d'historien nous fait seulement un devoir d'adresser à M. Devisme le reproche de n'avoir pas indiqué les larges et fréquents emprunts qu'il a cru devoir faire au manuscrit de Dom Leleu.

Les mémoires sur Laon ne sont pas en moins grand nombre que les histoires générales : nous allons passer rapidement en revue les principaux d'entre eux. Le moine Herman qui vivait au 12me siècle, dans son ouvrage intitulé de Miraculis beatœ Maries laudunensis , et Guibert de Nogent, contemporain d'Herman, dans son livre de Vitâ suâ, nous ont laissé de précieux détails sur l'établissement de la commune de Laon et les troubles qui le suivirent. Plus de deux siècles après, un autre moine, Jean de Guise, abbé de St-Vincent , écrivait son Miroir historial en quatre gros volumes in-4°. Le dernier volume , le seul parvenu jusqu'à nous, contient une quantité de faits qui se sont passés de son temps dans le Laonnois et surtout à Laon en particulier. Nous sommes surpris qu'un ouvrage comme celui-ci, plein de renseignements historiques importants, n'ait jamais été imprimé.

Denis Hangard, chanoine de la cathédrale de Laon au milisu du (DA tous ces manuscrits sur Laon il convient d'en ajouter encore un intitulé: Chronicœ laudunenses à Brulo usquead annum Chrisli 1338. Cet ouvrage dont nous n'avons pu davantage retrouver les traces , est indiqué par Mont faucon comme appartenant à la bibliothèque de Jean Cotton. Peut-ètre le litre en est-il inexact, 'et faut-il lire Chronicœ lugduncnsen (Chroniques lyon naises), au lieu de Chronica laudunenses (Chroniques laonnoises). PRÉFACE. XVIII 16me siècle, avait écrit sous le titre de Mémoires du pays Laonnois, un ouvrage rempli d'anecdotes qui pouvait servir à l'histoire de la contrée, depuis 1550 jusqu'à la tin de ce même siècle. A la même époque, un autre ecclésiastique nommé Antoine Ma quelin tenait aussi, de son côté, un journal des évènements qui se passaient de son temps.

Ce journal, perdu depuis plus d'un siècle , commençait à 1560 et finissait à 1668 (1). La vie et les aventures de Nicole Aubry, cette fameuse démoniaque de Vervins, ont exercé la plume de plusieurs écrivains, parmi lesquels nous citerons seulement Jean Boulœse. II a donné au public, en 1578, l'histoire de cette femme en un gros volume in-12, devenu très-rare. Antoine Richard, contrôleur de sélection de Laon, nous a laissé des mémoires non moins curieux sur les intrigues des ligueurs à Laon et sur le siège de cette ville par Henri IV. Le manuscrit original forme un gros volume in-f° ; il en existe plusieurs copies. Nous connaissons encore une autre relation de ce même siège par un anonyme. C'est un manuscrit de 16 pages in-f°, écriture très fine et très serrée. Les persécutions de MM. de Saint-Albin et de La Fare, évêques de Laon, contre les jansénistes, ont aussi donné naissance à d'assez longs mémoires qui s'étendent de 1718 à 1742.

L'auteur, dont le nom nous est inconnu , y raconte jour par jour ce qui se passait alors dans le diocèse, et se plaint avec une grande amertume de l'into lérance de ces prélats. Un conseiller au présidial, aussi resté anonyme, nous a laissé le récit des intrigues qui eurent lieu au commencement du 18me siècle , à l'occasion de l'achat des charges municipales. Tels sont les principaux traités qui ont été faits sur l'histoire de Laon. A cette liste déjà bien longue, nous n'ajouterons pas celle plus longue encore d'une foule d'anciens ouvrages imprimés, dans lesquels on rencontre des documents relatifs à cette même histoire : l'énumé ration en serait sans utilité. C'est particulièrement dans ces manuscrits qu'a été recueillie la majeure partie des matériaux avec lesquels nous avons composé une (1) II est un autre manuscrit dont nous devons davantage déplorer la perte : c'est la Chronique de l'église de Laon.

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