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L'EAU SUR LE PLATEAU CENTRAL DE LA FRANCE L'EAU SIR LE PLATEAU CENTRAL DE LA FRANCE IUR HENRI LE COQ PROFESSE! II D'aiSTOIRE \A~. ( ntLIJÎ A 1. i IMr.ll.Tlí Dr? SCIENCES Dr. CLERBIONT-FERRAND CORRESPONDANT DK I.'lNSTITtT DP. FRANCE, etc. AVEC PLANCHES A. PARIS CHEZ J.-B. BAILLIÈRE & FILS LIBRAIRES UT L' ACADÉMIE IMPERIALE DK MÉDECINE, 19, RUE HAUTEFEUII.I.E A LONDRES, chez H. BAILLIÈRE, 219, regent-street A NEW-YORK, chez BAILLIÊRE-BROTHERS , 440, brodwat A MADRID, CHEZ BÀILLY-BAILLIF.RE, 16, PLAZA DEL PRIXCIPE U.FCN30 ?87 f L'EAU SUR LE PLATEAU CENTRAL DE LA FRANCE II n'existe, sur la terre, aucun corps qui se modifie et se métamorphose aussi souvent que l'eau. La propriété qu'elle possède de pouvoir changer d'état à chaque instant, de se maintenir sous chacun de ces états aussi longtemps que les mêmes conditions persistent pour elle, font de l'eau le véritable Protée de la nature.
Toujours liquide entre 0 et 100 degrés, elle devient vapeur au-dessus de ce terme ; elle devient glace au-dessous. La terre a ses montagnes d'eau congelée, ses fleuves de glace qui descendent des vallées , ses cristaux de neige qui tombent de l'atmosphère , ses grêles destructives , ses givres élégants; elle a ses pluies, ses brouillards, ses rosées, et l'inextricable réseau de ses ruisseaux et de ses rivières; elle a ses vapeurs invisibles et ses vapeurs condensées; elle a ses nuages variés, poussés doucement par là brise ou déchirés par la tempête. L'eau est le principe de la fraîcheur dans la nature: sans elle pas de gracieux coloris, pas de souplesse chez les êtres vivants; les tissus desséchés ont perdu ces nuances si douces et si pures J- ■> qui les faisaient admirer. Quelle différence entre la jeune feuille gonflée par la sève du printemps et la feuille morte que la dessication détache de la branche !
Les minéraux eux-mêmes se décolorent si l'eau de combinaison ou de cristallisation les abandonne. La couleur de l'air , les nuances si vives que reçoivent les nuages de l'aurore et du crépuscule, rien de ces magnificences n'existerait sur la terre si elle était privée d'eau. Aussi l'eau a été le berceau de tous les êtres vivants ; les plantes et les animaux aquatiques ont précédé les êtres qui se traînent ou courent sur le sol , ceux que des ailes soutiennent dans les airs. La vie a commencé dans l'immensité cle FOcéan qui recouvrait la terre aux premiers âges du monde. Qui sait si, dans la suite des siècles, l'eau absorbée par la croûte du globe, plus profondément refroidi, ne disparaîtra, pas de notre planète. C'est à peine si notre pensée peut s'arrêter un instant sur le spectacle désolant qui apparaîtrait alors.
Chapitre I
De r Hydrographie du massif central de la France. II y aurait pour le Géologue un grand intérêt à connaître l'hydrographie d'une contrée, telle qu'elle était aux époques géologiques qui ont précédé la nôtre. Cet intérêt serait bien plus grand s'il s'agissait d'un pays élevé de tout temps au-dessus des eaux marines et dominant encore la majeure partie de la France. Tel est le massif central dont nous avons essayé, dans un autre ouvrage, de déterminer l'àge et de reconstituer les terrains. Le changement complet du relief de cette contrée ne nous permet pas de reconnaître la direction de ses plus anciens cours d'eau ; c'est à peine si nous retrouvons leurs traces à des épo ques plus rapprochées de la nôtre, et si l'étude des dépôts nep tuniens peut nous guider sur leur étendue et leur puissance.
C'est donc l' hydrographie, telle qu'elle est maintenant, que nous devons étudier avec quelques détails, sauf à comparer, chaque fois que nous le pourrons , l'état actuel de nos lacs et de nos cours d'eau avec les caractères de la période géologique précédente. L'étude générale des cours d'eau sur le plateau central de la France et les détails que chacun d'eux nous a offerts , nous conduisent à admettre une époque où de nombreux barrages existaient sur leur cours et occasionnaient des lacs étages. Les vallées se trouvaient barrées transversalement, soit par des filons de porphyre, soit par des épanchements de trachyte et de phonolite, soit par des nappes de basalte ou des coulées modernes. L'eau a eu raison de tous ces obstacles, et à la place de ces petites pièces d'eau, qui égayaient les anciens paysages, nous avons maintenant des pelouses d'un beau vert, des prairies émaillées, la végétation des sources et des fontaines abritée sous de ténébreux ombrages.
On entend le bruit des moulins, là où l'écho répétait le choc des rochers et le bruissement des cascades. Les siècles ont usé toutes les digues. L'eau serait-elle encore capable de si grands travaux? Sans doute ; mais il est facile de remarquer qu'à Tépoque où de si vastes érosions s'accomplissaient, les cours d'eau avaient plus de volume et de puissance, et, tout en admettant les causes actuelles, il faut les agrandir par la pensée et accepter toutes les conséquences d'eaux marchant plus vite et entraînant une plus grande qnantité cle débris dans les bassins paisibles. La surface du plateau central de la France est très-grande ; elle a dû recueillir autrefois d'immenses quantités d'eau et nous apprécierons plus loin la proportion qu'elle reçoit encore. L'eau qui tombe en pluie, celle qui descend des nues sous forme de grésil ou de flocons cle neige, peut se diviser en trois parties dont les proportions relatives varient singulièrement par une foule cle circonstances, qui tiennent à la nature du sol, à la température de l'air et k l'état particulier de l'eau qui se précipite sur la terre.
Une partie de cette eau s'évapore sur le champ ; une autre portion glisse sur le terrain, ruisselle en suivant la pente et prend le nom d'eaux sauvages; ce sont celles que l'on voit, couler après une pluie abondante. La troisième partie s'infiltre clans les terres et dans les fentes des rochers qui composent l'extérieur de notre planète. Cette eau suit les fissures du sol, pénètre à des profondeurs variables et filtre à travers des matériaux divers ; ces filets se réunissent, se rassemblent entre des couches cle terrain, et viennent ensuite jaillir dans des lieux dont le niveau est inférieur à ceux d'où ces eaux sont parties ; telle est l'origine des sources, lesquelles, dans aucune contrée, ne repré sentent même la moitié de l'eau pluviale. Le liquide qui s'en épanche, recevant au besoin les eaux sauvages, donne naissance aux ruisseaux, lesquels, réunis, forment les rivières et les fleuves.
Ces trois dénominations, qu'il est impossible de définir nettement, se confondent sous le nom général de cours d'eau. Le point de jonction de l'eau et du sol se nomme rive (rivage sur le bord de la mer), jamais côte, et l'on distingue toujours dans un cours d'eau la rive droite et la rive gauche que l'on détermine facilement en supposant que l'on est à la source et que l'on regarde couler l'eau. Ces rives peuvent être escarpées comme les falaises, ce sont des berges, ou bien adoucies lente ment comme des plages, et si, dans ce cas, on leur donne un nom particulier, c'est celui de talus. Le lit d'une rivière ou d'un fleuve est l'espace que cachent ordinairement ses eaux. Le cours des rivières ou des ruisseaux et des fleuves est souvent sinueux ; leur vitesse est plus ou moins grande, selon la pente du sol; et parfois on les voit couler dans des ravins où ils for ment, des torrents dont le lit est à sec pendant une partie de la saison, et où les eaux abondent après les pluies ou la fonte des neiges.
Les cours d'eau peuvent franchir des différences de niveau plus ou moins marquées ; de là les rapides, les sauts, les cataractes, les cascades, termes qui ne sont que des modi fications de notre langue pour exprimer quelques différences peu importantes en géographie physique. Ainsi, on appelle cascade la chute d'un ruisseau ou d'une rivière ; saut, celle d'un fleuve ou d'une masse d'eau considérable ; cataractes, une série de chutes peu élevées et rapprochées; et rapides, un abaisse ment successif dans le lit d'une rivière ou d'un fleuve, qui déter mine un cours rapide et saccadé, sans pourtant que l'eau aban donne le rocher sur lequel elle s'épanche en glissant. Les cours d'eaux , en arrivant dans des lieux qui sont hori zontaux, peuvent s'y étendre et donner naissance à des marais, quoique ceux-ci résultent plus souvent des suintements qui s'é chappent du sol , de la fonte des neiges dans les montagnes, ou de la stagnation de l'eau des sources.
Si le sol, au lieu de pré senter une surface horizontale , offre une dépression , l'eau s'y rassemble, s'y accumule et y produit un lac, réservoir plus ou moins étendu, rempli par des eaux douces ou par des eaux salées. Les cours d'eaux sont très-nombreux sur tout le massif cen tral de la France. Ils occupent ordinairement le fond des bassins particuliers qui s'ouvrent les uns dans les autres. Ainsi toute l'eau qui tombe sur un certain espace, se rend dans un ruisseau qui coule dans la partie la plus basse de cet espace ; près de là, celle qui tombe sur le sol peut s'écouler dans un autre ruisseau, et la ligne nommée arrête, qui sert de partage à ces eaux est la limite de deux petits bassins hydrographiques. Un nombre plus ou moins grand de ces petits bassins , vient s'ouvrir dans celui d'une rivière qui les réunit tous; et enfin, plusieurs rivières Se confondent encore pour se verser dans des lacs ou pour aller couvrir, sous le nom de fleuves, de vastes espaces qui sont les mers ou l'Océan.
Le point de départ de l'eau est la source ; son arrivée dans la mer Y embouchure du fleuve; cha que jonction de cours d'eau est un confluent. Les cours d'eau actuels du plateau central de la France des cendent sur les plaines et sont loin cle la mer; autrefois, à Tépoque jurassique, ils se rendaient directement dans la mer qui a déposé les causses oolitiques , les marnes du lias et les grès infraliasiques , à la formation desquels les débris du plateau central ont certainement contribué. La plupart des cours d'eau de la France naissent sur les groupes de montagnes et de là divergent dans toutes les direc tions. II suffit de jeter un coup d'œil sur une carte un peu dé taillée pour reconnaître que les ruisseaux naissants sont appli qués comme les divisions des racines d'un arbre sur les pentes des massifs montagneux.
Ce sont ces sources et les ruisseaux qu'elles produisent qui ont commencé le creusement des vallées, lesquelles s'élargissent ensuite et sont plus ou moins profondément creusées, jusqu'à ce qu'elles s'ouvrent dans les plaines. Le Mont-Dore, le Cantal, le Mezenc, la Lozère, laMargeride, la chaîne des puys de Dôme, donnent naissance à une multitude de ruisseaux qui descendent dans des bassins hydrographiques distincts, séparés eux-mêmes par les sommets et les lignes de faîte de ces montagnes. Le plateau central a donc une très grande importance au point de vue de l'hydrographie. C'est un immense condensateur sur lequel viennent se liquéfier les vapeurs et les nuages que les vents apportent sur ses pentes. Un travail e< msidórable s'accomplit sur les soinincts et les plateaux. L'eau s'y condense en nuées, en brouillards, en pluies, en neige, sous toutes les formes; elle s'infiltre dans les fissures du sol, s'échappe au sommet des vallées, sur le bord des plateaux , glisse plus ou moins rapidement selon la pente du terrain, s'y étend en marais, s'y accumule dans des lacs profonds, mugit et dégrade sous la forme de torrents, s'élance en cascades, dépens sant ainsi une force énorme dont la majeure partie n'est pas utilisée.
Mais un jour viendra, sans doute, où ces innombrables moteurs qui descendent de nos montagnes, et dont la nature tait tous les frais, appelleront l'industrie daus leurs vallées et lui offriront gratuitement leurs chutes et leur impulsion. Au sud de la montagne de la Lozère, le cap de terrain primitif qui s'avance au milieu des terrains jurassiques, donne nais sance à une multitude de sources et de ruisseaux. Autour de Valleraugue et entre cette ville et Genolhac , naissent le Ga leizou et les divers Gardons cle Mialet, d'Auduze, d'Alais, lesquels après avoir reçu un grand nombre de ruisseaux et les rivières d' Allias, d'Avene, de Jérusalem, de Salendre, de Droude, etc., coulent dans les plaines riantes du midi de la France, et portent leurs eaux sur la rive droite du Rhône au-dessus de Beaucaire.
Au-dessous de Valleraugue se trouve aussi la source de l'Hérault qui n'est encore qu'un ruisseau quand il traverse la ville. II fait de nombreux détours sur le granite, puis il entre sur les terrains de transition où la rivière d'Arre , qui passe au Vigan , devient sa tributaire sur la rive droite. II acquiert alors plus d'importance, coule presque directement nord-sud jusqu'à Ganges. A un kilomètre avant d'y arriver, il reçoit la Vis dont le cours est très-prolongé , très sinueux et important par la multitude des ruisseaux qui viennent s'y réunir. L'Hérault est alors sur des terrains jurassiques qu'il a fortement dégradé ; il s'engage dans les gorges pittoresques de Saint-Bauzile-le-Putois , passe à Saint-Etienne-dTs sensac, à Gignac, près de Pézenas et arrive en face d'Agde dans le canal du Languedoc.
Le plateau primitif des Cévennes, limité au nord par Lango gne, à l'ouest par Châteauneuf, au sud par Villefort, et à l'est par Valgorge est le point de départ et de naissance de plusieurs rivières et de nombreux ruisseaux. Nous citerons l'Allier, le Chassezac, le Lot, l'Ardèche, la Borne, la Cèze, le Fontaulier, la Baume, l'Alignon, la Salendre, le Langoirou, le Langaniole, le Doux, le Lambrèche, etc. Sur les pentes du Mont-Dore se trouvent les sources de la Dordogne, des Sioules, de la Trentaine, de la Burande, de la Mone, etc. Le Cantal donne naissance à la Cère , à l'Alagnon , à la Jor dane, à la Sumène, etc. Le massif du Mezenc et de l'Ardèche possède les sources de la Loire, de la Gagne, du Lignon, etc. Montoncelle donne naissance à l'Aix , au Sichon. On voit naître sur les pentes du Forez, l'Ance, la Ligone, l'Arzon, la Senouire, etc.
La Margeride a ses flancs sillonnés par la Virlange, la Seuge, la Dège, la Cronce, tandis que la Jonte descend de TAigoual. La Diège et la Ramade viennent du département de la Creuse. Le Lot, la Cèze et le Tarn ont pour origine la Grande-Mon tagne primitive de la Lozère. 11 nous serait impossible de suivre et de décrire les innom brables cours d'eaux du plateau Central de la France. Nous si gnalerons les principaux, et nous donnerons de nombreux détails sur ceux qui prennent naissance dans les départements du Puy-de-Dôme et du Cantal, ou qui les traversent sur une certaine étendue. CHAPITRE B Des Sources. La majeure partie de Teau qui s'infiltre dans Tintérieur du sol, traverse les fissures du terrain , abandonne les matières qu'elle tenait en suspension, gagne les lieux les plus bas et s'échappe en formant des sources.
Souvent cette eau rencontre une couche imperméable sur laquelle elle glisse sans pénétrer; elle s'y rassemble, suit sa pente et forme une nappe souter raine qui vient sortir à la base d'un coteau ou sur le flanc d'une montagne. C'est donc dans les pays de plaines entourées de montagnes que les sources doivent se présenter avec le plus de fréquence. On en rencontre quelquefois plusieurs situées sur une même ligne et sortant du sol sur des points de niveau et rapprochés. Ces sources, dans ce cas, indiquent le point de jonction de deux couches superposées. La source est le dernier terme du voyage souterrain accompli par la goutte d'eau ; elle est souvent Torigine d'un village ou d'une cité, car son eau pure est indispensable à la vie. La source vient animer tout un paysage, baigner le pied des vieux arbres qui l'ombragent, arroser les fleurs et embellir la terre.
Combien de jolies solitudes où le murmure de Teau se fait entendre et où de jolies plantes se donnent rendez-vous pendant les jours brûlants de Tété. Un grand nombre de végétaux vivent plongés ou baignés dans ces eaux pures. Les Fontinales y laissent osciller leurs flexibles rameaux ; les Callitriches y développent leurs gazons d'un vert d'émeraude; les Cardammes, les Cressons y plongent leurs racines; les Myosotis se mirent dans leur cristal près des Balsamines impatientes qui lancent leurs graines mûres quand le vent les sollicite. C'est la source qui fait l'oasis, qui interrompt le désert et qui donne à la nature sa vie et sa fraîcheur. Les sources se trouvent dans tous les terrains mais elles pré sentent des caractères quelquefois très-différents selon la nature du sol. Nous partagerons celles du plateau central en quatre groupes : /° celles des terrains primitifs ; 2° celles des terrains houillers et jurassiques; 3° celles des terrains 'tertiaires; 4° celles des terrains volcaniques. 1° Les sources des terrains primitifs sont généralement plus nombreuses que celles des autres terrains et ce fait est surtout frappant pour le massif central de la France.
Ce n'est pas seu lement parce que la surface, ou le terrain primitif à nu, est beaucoup plus étendue que Tensemble des sédiments et des produits volcaniques, c'est, encore, et surtout, parce qu'il n'existe pas dans ce terrain de véritable stratification. L'eau y pénètre par une multitude de fissures ; elle en sort également par des fentes superficielles, situées à des niveaux plus bas, ou, pour mieux dire, elle suinte au milieu des mousses et de la végé tation. Elle peut cependant se réunir dans de petits bassins et constituer des fontaines dont quelques-unes ne tarissent jamais. Néanmoins le débit de ces sources est en rapport direct avec la quantité de pluie qui tombe , et comme bon nombre de ces filets d'eau sont très-faibles la plupart tarissent pendant les chaleurs. La multitude de ces sources a déterminé, avec le temps, sur les terrains primitifs, un grand nombre de ravins et de petites vallées, la plupart verdoyantes à cause de Thumidité qui y règne.
Ces petites vallées, désignées dans le Forez sous le nom expressif de Gouttes, contribuent beaucoup à la fraîcheur et au pittoresque du paysage. Leurs pentes sont arrondies, gazonnées et fleuries; il ne saut pas les confondre avec les cassures plus ou moins abruptes où coulent plusieurs des principales rivières. Le simple aspect du réseau des vallées , sur une carte bien faite , suffit pour indiquer la présence des roches primitives. 2° Les sources des terrains jurassiques ont des caractères tout opposés à ceux que nous venons d'indiquer. Autant celles des terrains primitifs sont fréquentes et restreintes pour le débit, autant celles-ci sont rares, mais abondantes. Les eaux qui tombent sur ces terrains se rassemblent dans des canaux sou terrains, y forment de véritables rivières et sortent tout-à-coup dans une cassure du sol.
Ce sont de belles et magnifiques fon taines, qui ne tarrissent jamais complètement, parce qu'elles servent d'égouts à cle grandes surfaces ; mais leur débit, comme celui de toutes les sources, est aussi proportionnel à la quantité d'eau qui tombe sur le sol. Nous n'avons aucune de ces sources dans le département du Puy-de-Dôme ; il en existe de très belles dans les départements de la Lozère, du Gard et de TAveyron ; 3° Les sources des bassins tertiaires sont bien moins abon dantes, disséminées, souvent situées sur une même ligne de niveau, déterminée par une couche imperméable. Ces sources tarissent pendant la sécheresse , et donnent rarement une eau pure et suffisamment aérée. II en est de même des sources des terrains houillers; 4° Les sources des terrains volcaniques peuvent être divisées en deux séries : celles qui sortent du trachyte, nombreuses, limpides, mais d'un faible débit comme celles qui s'échappent des terrains primitifs et pour la même raison, et celles qui sour dent des terrains basaltiques et des coulées de lave modernes.
Toutes ces dernières sont fraîches et abondantes. Leur limpidité est extrême, surtout à Textrémité des coulées modernes. Elles pénètrent à travers les matières poreuses des volcans, se réunissent sous la lave, suivant les mêmes vallées sous la pro tection des courants et s'échappent abondantes à leur extrémité. Aucune contrée ne présente, clans cette catégorie, de plus belles sources que le département du Puy-de-Dôme. Les plateaux basaltiques -ayant moins de pente que les laves modernes et ne reposant pas toujours sur des cailloux roulés, indiquant l'ancien lit d'un ruisseau, il en résulte que plusieurs sources sortant des basaltes sont moins limpides et moins abondantes que celles de Textrémité des coulées modernes. Nous aurons, du reste, l'occasion fréquente de revenir sur les caractères de ces différentes espèces de sources.
Chapitre III
Revue des Sources du plateau central de la f rance La variété des terrains, tantôt primitifs, tantôt sédimentaires ou fréquemment volcaniques dans le centre de la France, occa sionne de grandes différences dans le débit, la température et même dans la composition des sources. On conçoit qu'ici nous avons soigneusement éliminé les eaux minérales, dont l'étude a été pour nous Tobjet d'un travail spécial. On n'exigera pas de nous de mentionner toutes les issues par lesquelles s'échappent les eaux sur le plateau central ; il faudrait pour cela nous arrêter à chaque pas et remplir un volume, mais nous avons pu observer un assez grand nombre de sources pour tirer de leurs caractères quelques conclusions intéressantes. Nous les classe rons sous les titres déjà indiqués, en commençant toujours par celles du département du Puy-de-Dôme.
Sources sortant da Terrain primitif. Ces sources, comme nous Tavons dit, ont moins d'importance que celles des autres terrains, en ce qu'elles sont ordinairement peu abondantes. Nous pouvons citer : Dans l' arrondissement de Clermont. — Au Petit-Barreix , près Laqueuille, source abondante, sortant du micaschiste et formant un ruisseau, température 8° 3 (25 juillet 1853). A Cevrat, près Clermont, température 10° 5 (le 2 mai 1834:. A Châteauneuf, sous le château même, sortant du granite: temp. 12° 1 (14 août 1852). — Près Châteauneuf, à Genestines, belle source ombragée par des Saules (Salix rufinervis) et par les touffes cle Fougères (A thyrium filix feminea) ; elle occupe un bassin entièrement garni de Fontinales dont les rameaux , d'un vert pur , sont en oscillation continuelle par le débit de la source.
Elle sort du terrain primitif et marque 10° (14 août 1852). A Chignat, domaine, près Montaigut, canton de Champeix, granite, temp. 13° 5 (12 juin 1848). A Clémensat, sur le bord et à droite du chemin qui conduit à Champeix, source sortant du granite, temp. 12° (21 mai 1843). A Durtol, près Clermont, source sortant du granite, tarie en été, temp. 11° (31 décembre 1826). A TEtang, commune de Chanat, source sous une roche de granite, temp. 9° (9 juillet 1842). II est probable que cette source sort d'une coulée de lave cachée. A Pasredon, sortant du granite, temp. 9° 4 (juin 1848). A Sauteyras, près Aydat, terrain granitique, temp. 9° 5 (1er juin 1848). Dans V arrondissement de Riom, canton de Pontaumur, il existe à Giat une source magnifique, d'une extrême abondance, sortant du granite et ne tarissant jamais.
Dans V arrondissement d'Issoire: près cle Besse, en dessous de Combes, terrain de Gneiss, temp. 8° 3 (12 juin 1848). Au village de Chambon, une source descend du versant d'une montagne de granite; sa temp., 7° 2 (23 août 1843). A Flay, canton d'Ardes, dans le gneiss, source, temp. 10° (20 septembre 1855). A Jassy, canton d'Ardes, source sortant du granite, temp. 9° (19 septembre 1855). A Jogeat, à la base du Puy-cle-Sarran, canton d'Ardes, source sortant du terrain primitif, temp. 11° 2 (24 septembre 1855). A Lameirand, canton d'Ardes, source sortant du porphyre. temp. 7° 2 (24 septembre 1855). A Mazoires, canton d'Ardes, source sortant du gneiss, temp. 9" (20 septembre 185.V. A Orbeil, près d'Issoire, source sortant du granite, temp. 13° 1 (14 septembre 1852). A Saint-Anastaise, canton de Besse, source sortant du granite, temp. 12° 1 (27 août 1851).
A Saint-Quentin, près Sauxillanges, sortant du granite, source abondante, temp. 12° 9 (12 octobre 1853). A Servolles, canton d'Ardes, source abondante, s'échappani du terrain primitif, temp. 9° (24 septembre 1855). Dans l' arrondissement de Thiers : à Bourdier, canton de Thiers, source assez abondante, sortant du granite, temp. 11° 6 (30 septembre 1853). A Fetut, canton de Courpière, source assez abondante, sortant des granites blancs assez élevés, temp. 9° 9 (14 juin 1853). A Landrodie , canton de Saint-Remy, source du village , sortant du granite, temp. 9° 8 (22 septembre 18531. Dans l' arrondissement d' Ambert : à La Bourlhonne, en dessous de Pierre-sur-Haute, canton d' Ambert, source à la base des forêts de Sapins, sortant du granite , temp. 9° 8. A la lisière supérieure des Sapins, source très-abondante, temp. 5° 9 (21 juillet 1843).
A Fayet, canton de Saint-Germain-THerm, source sortant du granite, temp. 8° 1 (7 juin 1852). A Lafayette, canton de Saint-Germain-THerm, source peu abondante, amenée au village, sortant du granite, temp. 10° (7 juin 1852). Aux Deux-Frères, près Echandelys, canton de Saint-Germain- THerm, sortant du granite, temp. 8° (8 juin 1852). A Echandelys, canton de Saint-Germain-THerm, source abondante, sortant du granite, temp. 10° 7 (8 juin 1852). A Grandrif, canton d' Ambert, source non minérale, sortant du granite, temp. 12° (14 septembre 1856). Entre Grenier et Tire-Chèvre, canton de St-Germain-THerm, source abondante, sortant du granite, temp. 8°1 (9 juin 1852). Entre Lamarge et Longevie, canton d'Ariane, belle source sortant du granite, temp. 10° 1 (18 octobre 1856V í A Montgeol, canton de Saint- Amant-Roche-Savine, une belle source sort du granite, temp. 6° 8 (6 juillet 1855).
Aux Montilles, canton d'Ariane, près du village, source assez abondante sortant du granite, temp. 9° (15 octobre 1856). A la Pascaille, canton d'Ariane, source assez abondante sor tant du granite, temp. 11° 5 (20 octobre 1856). A Pierre-sur-Haute, sommet de la chaîne du Forez, plusieurs sources sortent du granite sur le versant qui descend à La Bour lhonne. La température de ces sources varie de 4° à 4° 6. A Recolles, canton de St-Germain-THerm, commune de Ste- Catherine, source sortant du granite, temp. 8° 2 (9 juin 1852). Aux Ronchoux, canton de Saint-Amant-Roche-Savine, une belle source sort du granite, temp. 6° 5 (9 juilet 1855). A Sauvessanges, canton de Viverols, une source assez abon dante s'échappe sur la place, sortant du granite, temp. 10° 2 (10 septembre 1856). A Séphos, canton de Saint-Anthême, source abondante sortant du granite, temp. 8° 6 (13 septembre 1856).
A la Viade, canton de Saint-Germain-THerm, commune de Sainte-Catherine, source très-abondante sortant du granite, temp. 8° 8 (9 juin 1852). En dehors du département du Puy-de-Dôme, nous avons aussi observé quelques sources s'échappant du terrain primitif. Dans le département du Cantal : en entrant à Chaudes aigues par la route de la Guiole , source froide , sortant du granite, temp. 13° 2 (30 juillet 1847). Dans le département du Gard: au-dessus du Vigan, source très-élevée, sortant du granite, sur ce cap avancé des Cévennes. temp. 5° (27 avril 1846). Dans le département de la Haute-Loire : A la Chaise-Dieu, au regard qui conduit Teau à la ville, près de la butte du Si gnal, granite, temp. 8° 5 (22 juillet 1843). A Fix, source très-élevée, peu abondante, temp. 12°, probablement influencée par la température de Tair (12 juillet 1846).
Dans le département de la Lozère : on voit sur la montagne même de la Lozère, un grand nombre de filets d'eau dont la température varie, selon la hauteur, entre 7 et 5°. Ces eaux très pures, très-agréables à boire, se sont creusées de petits sillons tortueux et coulent sur le terrain tourbeux qui recouvre la roche primitive. Souvent les deux bords du petit cours d'eau se rejoi gnent, et Teau s'écoule alors dans un conduit souterrain d'où elle se décèle seulement par son murmure. Au-dessous du Born, une source sort du granite, temp. 8° 5 (17 juin 1845). Source à Luc, entre Langogne et la Bastide, temp. 9° (15 juillet 1846). Au Palais-du-Roi, on voit sortir plusieurs sources sous les blocs de granite. Celle de Las-Fadas marque 7°. Une autre plus abondante, quoique située à un niveau inférieur, indique 5" (17 juin 1845).
Près de Langogne, dans un ravin sur le bord cle la route de Pradelle, source sortant du granite, temp. 10°; à Langogne même, les fontaines de ia ville ont une température de 11° 2 (14 juillet 1846Ì. Sources des Terrains jurassiques. Le terrain jurassique forme une large ceinture tout autour du plateau central de la France. Les sources y sont peu nombreuses, mais très-abondantes et semblent n'être que Tissue de cours d'eau souterrains. On voit une de ces magnifiques sources à Florac , dans la Lozère, sa température est de 10° (18 juin 1845.) Une autre source sort aussi, à Nojant du calcaire jurassique et marque 10» 2 (18 juillet 1845). A St-Laurent, entre Florac et THospitalet, nous avons encore trouvé la température presque constante de 10 ° (21 juin 1845). A Bozouls, dans TAveyron, on remarque, dans une grande cassure du terrain jurassique, plusieurs sources qui déposent encore du calcaire et qui eu ont déposé autrefois des masses considérables ; leur température est de 13°.
Le département du Gard, offre encore des sources très-abondantes. Une des plus belles coule près de la route entre Saint- Jean-du-Gard et Anduze, à quatre kilomètres de cette dernière ville. II en existe une autre à Visses; elle s'échappe de la base d'un grand escarpement calcaire. L'eau est si abon dante qu'elle constitue immédiatement une petite rivière qui va se jeter dans l'Hérault. Cette source a été Tobjet d'une no tice insérée par Monnet, dans les mémoires de TAcadémie des sciences (année 1777, p. 660). Cet auteur fait mention d'inter mittences très-éloignées dans le débit considérable de cette source, et même d'un arrêt complet pendant près de huit jours au mois d'avril 1776. Un phénomène plus curieux arriva en 1768, dans la ville de TArgentière. Nous le trouvons rapporté en ces termes dans les mémoires de TAcadémie des sciences de 1769, p. 17 : s> La ville de TArgentière, en Vivarais, est bâtie en amphithéâtre sur le bord d'un ruisseau qui coule toujours, mais qui n'a que très-peu d'eau hors le temps des inondations ; il y en eut une vers la fin de décembre 1768, qui le fit enfler prodigieusement ; mais les pluies qui la causaient ayant cessé, il commença à baisser la nuit du 2 au 3 janvier par un temps très-serein.
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