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/1 LA BRETAGNE CATHOLIQUE 0-ESCHIPTION HISTORI-QI r ET PITTORESQUE PRÉCÉDÉE D'UNE EXCHKSION DANS LE BOCAGE VENDÉEN VIES DE SAINTS, PÈLERINAGES, LÉGENDES, TRAITS HISTORIQUES, MOEURS, COUTUMES, ANECDOTES ET PAYSAGES PAR M. L BURON Sous-bibliothécaire à Sainte-Geneviève. IMPRIMÉES EN DEUX COULEURS. LIBRAIRIE D'ÉDUCATION DE PERISSE FRÈRES PABIK NOUVELLE MAISON tt«i* «tiítT-ouvitr, »* ANGLE DE LA PLACE LVOK ANCIENNE MAISON K 11 K KSVCIKBIj 4» ET RUE CENTRALE, CO LA BRETAGNE CATHOLIQUE PROPRIÉTÉ. COBBBIL , TYPOGRAPHIE ET STBMSOTYPIE DE CRETE. COMBOURG.(P,330). Remarcjuable Da: son ancien château flanqué Je quatre tourelles, et Lien conservé LA B RET AG N E CATHOLIQUE DESCRIPTION HISTORIQUE ET PITTORESQUE PRÉCÉDÉE D'UNE EXCURSION DANS LE BOCAGE VENDÉEN VIES DE SAINTS, PÈLERINAGES, LÉGENDES, TRAITS HISTORIQUES, MOEURS, COUTUMES, ANECDOTES ET PAYSAGES PAR M. L, BURON Suus-bibliothécaire à Sainte-Geneviève. a!3a!23T2ï63sO155â.<£i.0£ïiacS>53S B223o £E>£a*3*> £^X^tS2.
IMPRIMEES EN DEUX TEINTES. LIRRAIR1E D'ÉDUCATION DE PERISSE FRÈRES PARIS IV»\ NOUVELLE MAISON ANCIENNE MAISON bue m m ii ni. 49 m i. *ti*r-Mi'i.pi<'i.. 38 ET RUE CENTRALE, 60 ANGLE DE LA PLACE
Prologue
OSCAR. Nous voilà en vacances!... Pour mon compte, je ne m'en réjouis guère... ces six semaines-là seront certainement pour moi les plus tristes de Tannée ! RAOUL. Bien obligé du compliment ! Est-ce parce que nous de vons les passer ensemble? Mais je t'excuse, mon cher, et, à dire vrai, je me sens bien près de penser comme toi. Ce si lence inaccoutumé, cette solitude m'épouvantent... Ta crainte de l'ennui, je la comprends, j'y compatis et je m'y associe : Non ignara mali, miseris succurrere disco, dit quelque part Virgile ; c'est un beau vers ; je sens combien la pensée en est juste. On ne peut, en effet, bien juger du malheur des autres qu'à la condition de réprouver soi-même. GASTOX. Qu'entends-je ? du latin ! C'est donc en vain que j'espéi rais, pendant six bonnes semaines, m'en reposer l'esprit et les oreilles...
C'est en vain aussi que je me consolais de ne point quitter ma prison, parce qu'il devait me rester, du moins je me le figurais, de joyeux compagnons de captivité; mais, ô Dieu ! qu'allons-nous devenir? D'abord, je vous en préviens, n'attendez de moi, ni bonne humeur, ni plaisir, ni gaieté. Je suis trop désolé du contre-temps qui m'empêche, cette année, d'aller reprendre ma place au dîner de famille et me réchauffer le cœur au foyer paternel... Hélas ! ma si tuation va-t-elle être triste ! que je regretterai de n'avoir ni thèmes à faire, ni punitions à subir ! Puisqu'il en est ainsi, j'aime encore mieux le travail que l'ennui... moi qu'on accuse d'être le plus paresseux des élèves de toute la classe ; j'irai trouver M. Parent, lequel, sans calembour, est un vrai père pour nous tous, et je le prierai de m'accabler de beso gne...
Mais chut! le voici... qu'ai-je dit? s'il m'avait entendu et qu'il me prît au mot ! . . . M. PARENT. Eh bien ! qu'avez-vous donc, mes amis? je vous trouve la mine allongée et l'air tout triste!... Les vacances nesont-elles plus un temps de bonheur et de plaisir? La jeunesse est elle à ce point devenue raisonnable et studieuse qu'elle ne voie dans ces jours d'agréables loisirs qu'un regrettable temps d'arrêt sur le chemin du savoir et du progrès?... GASTON, bas à ses camarades. C'est fait de moi, il m'a entendu !
PROLOGUE.
. 3 M. PARENT Vous souriez et Gaston pâlit. — Je devine : ce ne sont pas précisément les vacances qui causent votre ennui , mais l'obligation de les passer avec moi... Non, dites-vous, non ; ma société vous est chère... à la bonne heure !... Je le crois, mais elle ne vous est pas assez chère, avouez-le, pour qu'il vous soit agréable de rester enfermés entre quatre murs ; pour que vous ne regrettiez pas le plaisir de chasser, de pê cher, que sais-je ? le plaisir de courir les champs, de voya ger... Eh bien! qu'à cela ne tienne, écoutez la proposition que je viens vous faire : Vous plaît-il que dans deux heures nous partions tous ensemble, et qu'au lieu de courir aux en virons, nous poussions notre excursion jusque dans la Bre tagne et la Vendée ? TOUS ENSEMBLE. Ah! monsieur, quel bonheur pour nous!
Mais est-ce possible ? M. PARENT. Pourquoi pas ? Ne m'êtes-vous pas confiés ? n'ai-je pas mission de vous former le cœur et l'esprit, et aussi de vous fortifier le corps ? Quiconque a beaucoup vu Doit avoir beaucoup retenu... Croyons-en le bon fabuliste. L'esprit, le cœur, le jugement, la santé elle-même se fortifient dans un beau voyage fait à petites journées et avec un bon guide : or, vous savez que j'ai passé plusieurs années en Bretagne, et que ce pays si intéressant et surtout si catholique m'est bien connu... Apprêtez-vous donc, dans deux heures nous partons. OSCAR, RAOUL et GASTON. Tout de bon ? M. PARENT. Tout de bon. En effet, deux heures après, nos trois délaissés prenaient, avec leur excellent instituteur, le chemin de fer d'Orléans. CHAPITRE PREMIER. Causeries en chemin de fer jusqu'à Saumur. — Aperçu général sur le département de la Vendée. — Sa physionomie et son histoire. — Mœurs des Vendéens; leur costume. — Saint-Florent ; légende de Saint-Florent. — Beaupréau. — Cholet. — Fontenay-le-Comte. — Maillezais. — Luçon. — Épisode des guerres de la Ligue. — La Garnache. — Noirmoutiers. — Challans. — Sables d'Olomie. — Histoire de David Nau, dit l'Olonnais. — Arrivée à Saumur.
Mes chers amis, nous ne sommes plus au temps où les routes étaient intéressantes, même pour le voyageur en diligence ; il pouvait naguère encore, en jetant un coup d'œil, tantôt à droite, tantôt à gauche, par les portières, saisir à peu près la physionomie du pays qu'il traversait -, il le pouvait surtout, si, mortel heureux, il lui était donné de s'établir confortable ment dans un coupé. Mais aujourd'hui, ce n'est plus de même, la locomotive haletante vous entraîne sur les rails avec une vitesse si grande qu'on peut à peine humer au passage la quantité d'air nécessaire à entretenir la respira tion, ou distinguer l'objet qui frappe vos yeux avec la rapi dité de l'étincelle électrique. Nous n'entreprendrons donc pas d'étudier la route et de nous récréer des beautés qu'elle peut offrir, c'est impossible ; resterait maintenant à vous faire l'histoire des stations remarquables qui bordent le chemin, mais les Guides-Chaix se sont adjugé ce privilège et je ne veux point leur faire concurrence ; je vais donc, chose, à ce que je crois, bien plus intéressante et plus utile, vous faire connaître dans un court aperçu l'histoire et la physio nomie du pays que nous allons visiter.
Le but de notre voyage vous est connu, c'est la Bretagne. 11 y a plusieurs manières d'y aller ; on peut y entrer di rectement, y faire une irruption soudaine, ce que j'appel lerais sauter au cou de son ami, et l'étreindre dans ses bras ; mais on peut aussi y entrer par un chemin détourné, et, comme les écoliers, prendre le plus long et s'amuser sur la route ; cette seconde manière est celle que je préfère ; d'ail leurs, il est bien permis à des écoliers en vacances de faire l'école buissonnière ; nous pénétrerons donc en Bretagne par la Vendée. Nous parcourrons cette contrée si pittoresque, si belle, si riche en certains endroits et devenue si tristement célèbre à la fin du siècle dernier par la lutte opiniâtre, gigantesque qu'elle a soutenue contre la Bépublique, et les malheurs qui l'ont accablée; nous nous arrêterons dans les lieux les plus remarquables, toutes les fois que nous le pourrons, et nous étudierons les mœurs simples et pures de ce peuple pour ainsi dire encore nouveau.
Le Bocage ; voilà la partie de la Vendée que nous allons surtout nous attacher à con naître, c'est la partie la plus intéressante et la plus pitto resque. Prêtez-moi donc votre attention, je commence : Le territoire de la Vendée faisait partie de l'ancienne pro vince de Poitou. Les habitants de cette province prétendent tirer leur origine des Pietés, que Publius Crassus, lieutenant de César, soumit à la puissance romaine. Le Poitou, appelé alors Pictavie, dépendait de la Gaule aquitanique. Après la chute de l'empire romain, le Poitou devint la conquête des Visigoths, puis il passa aux mains de Clovis et fut érigé en comté par Charlemagne. Cette province, tombée plus tard au pouvoir des Anglais, fut reconquise sur eux par Philippe-Au guste. En 1790, le Poitou fut partagé en trois départements, la Vienne, les Deux-Sèvres et la Vendée.
Le département de la Vendée reçoit son nom d'une rivière que forment, dans la partie occidentale du département des Deux-Sèvres, trois ruisseaux, et qui arrose le sud-est du département avant de se jeter dans la Sèvre Nïortaise. C'est un département de la région de l'Ouest formé du bas Poitou et d'une partie des Marches de Bretagne. II se divise en trois parties distinctes : le Marais, le Rocage et la Plaine, noms caractéristiques empruntés à la nature du pays et aux divers accidents physiques du terrain. Le Marais s'étend principa lement le long des côtes ; le Bocage occupe le centre et le haut pays en s'éloignant de la mer à la Loire ; la Plaine borde en grande partie le cours inférieur de ce fleuve. La Plaine est une contrée découverte et assez fertile, dont le fonds est un banc de pierre calcaire mêlée de coquillages.
Le principal cours d'eau qui l'arrose est la Vendée. Le Bocage, ainsi nommé des bois qui le couvrent, forme plus de la moitié du département. En général la terre y est forte et compacte -, mais le sol est varié : on le trouve en certaines parties argileux, dans d'autres parties glaiseux ou sa blonneux. Le fonds est de granit. Le Bocage est couvert de quelques villages, d'un grand nombre de hameaux et de quelques petits châteaux jetés çà et là dans des gorges, dans des vallées. Les routes sont en petit nombre ; les habitations et les propriétés, encloses de haies vives fort épaisses, commu niquent entre elles par des chemins étroits, fangeux, profondément encaissés et bordés d'arbres touffus. Ces maisons cachées par les haies, ces chemins semblables et croisés en tous sens, font de ce pays une espèce de labyrinthe dont la défense est facile, et où il est impossible à un étranger de se reconnaître et de se diriger.
Le pays connu sous le nom de Marais renferme quatre espèces de territoires qui diffèrent par leur aspect, leurs propriétés et leur culture : ce sont les marais salants ; les marais mouillés ou recouverts d'eau seulement pendant une partie de Tannée ; les marais constamment inondés, ou étangs, et enfin les marais desséchés. Les marais mouillés sont couverts, pendant les grandes eaux, de bateaux appelés yoles, qui portent les habitants d'un point à un autre. Chaque habitant a sa yole qui porte jusqu'à six personnes. C'est un spectacle assez curieux de voir, les jours de marché, plusieurs milliers d'yoles parcourir en tous LA RRETAGNE CATHOLIQUE. 9 sens les canaux des marais, et se diriger vers la butte centrale où se trouve l'église du village. L'yoleur parcourt plus de quatre kilomètres à l'heure en se plaçant à l'arrière du bateau, et le faisant glisser au moyen d'une tringle ou longue perche qu'il appuie au fond ou sur le bord du canal.
Les marais desséchés l'ont été au moyen d'un canal de ceinture etd'une digue, nommée digue des Hollandais, qui a permis de retenir les eaux supérieures, et de leur assigner un cours, en établissant sept canaux principaux qui, pendant les grandes eaux, servent aux dessèchements, et pendant les sé cheresses, aux irrigations. Les digues qui les bordent servent de chemins -, les tertres sont couverts de beaux villages, et les terres desséchées ont été converties en belles prairies ou en terres labourables : ce pays est riche en bestiaux et en grains. On trouve dans le département quelques ramifications du Cantal, onze forêts et beaucoup de petits bois ou boque teaux. Les essences dominantes sont le chêne, le hêtre et le châtaignier. La Vendée possède deux ports, les Sables d'O lonne et Saint-Gilles, plus, un grand nombre de rivières et de ruisseaux dont six seulement sont navigables : l'Autise, la Vendée, le Lay, le Vie, la Sèvre Niortaise et la Sèvre Nan taise.
La températm-e dans cette partie de la France est très diverse ; chaude et humide dans le Marais, humide et fraîche dans le Bocage, elle n'est complètement saine et sèche que dans la Plaine. Les lieux les plus remarquables sont les Her biers, Mortagne-sur-Sèvre , Tiffauges, le mont des Alouettes, Sables dOlonne, Fontenay, Luçon, Pouzauges, etc. Tels sont les endroits que nous allons visiter et dans lesquels nous nous arrêterons plus ou moins, selon leur importance et l'in térêt qu'ils offrent. Nous devons dire cependant qu'on ne trouve pas tout à fait dans la Vendée, surtout dans la partie des sables, le caractère de gaieté, de franchise et même de finesse que l'on reconnaît généralement aux Poitevins. Les habitants de cette partie du département ont quelque chose de plus rude, de moins ou vert. 11 semble que la riche nature de ce pays ait moins fortement exercé sa douce influence là qu'ailleurs.
La nature en effet a été moins dégradée dans le Poitou que dans la plu part des autres contrées, par l'avidité du commerce et la subtilité de l'industrie. Le pays fournissant en abondance aux besoins de la vie, l'homme, content des douceurs dont il est entouré, n'a point cherché au delà de ce cercle des besoins qui lui étaient étrangers. Le commerce et l'industrie ont donc peu d'activité dans ce département, par cette raison peut-être que la terre y est féconde. Cependant, du côté de Luçon, de la Châtaigne raie, etc., le sol est marécageux et peu susceptible de culture. Mais les territoires de Fontenay, de Napoléon-Vendée, de Challans, des Sables d'Olonne, sont fertiles en grains de toute espèce, etd'autres, tels que Montaigu,'Mouilleron, etc., sont extrêmement riches en pâturages. De là, le commerce le plus ordinaire est celui des bestiaux et des grains.
Quelques fabriques de papier, de grosses étoffes de laine, de bonne terie, se trouvent aussi dans ce département où la pêche de la sardine, celle de la morue verte, et l'éducation de beaux mulets, répandent encore quelques richesses. Les entrailles de la terre, je vous le disais tout à Pheure, y renferment aussi des trésors soit pour le ciseau des arts, soit pour le microscope du naturaliste. II existe assez près de Luçon des carrières d'un très-beau marbre, mou cheté de noir, de blanc et de rouge. Dans le même canton, mais un peu plus loin, vers l'abbaye de Saint-Michel, la mer, qui s'est retirée de la côte, à peu près l'espace d'une lieue, a abandonné des bancs d'huîtres qui ont vingt, vingt cinq et même trente pieds de profondeur sur une étendue considérable. Leur divorce maritime n'est probablement pas fort ancien, car ces bancs ne sont encore recouverts que d'une très-légère croûte de terre mi-partie sablonneuse et végétale.
Les environs de Mouilleron présentent des coquillages de petite espèce, tels que Buccins, Tellines assez curieux. Les coquillages fossiles nommés Faluns s'y trouvent en abondance, et le génie de l'agriculture a su les rendre utiles en les transformant en engrais. Mais je m'aperçois que je vous fais plutôt la description géographique, physique et topographique de la Vendée, que son histoire ; c'est que l'histoire de ce pays est peu animée, et sj des ruisseaux de sang n'eussent abreuvé son sol dans ces derniers temps, je pourrais dire qu'elle n'est guère intéressante. Hélas ! la Vendée l'a obtenu cet intérêt que l'imagination, avide d'émotions, aime à rencontrer dans les annales des peuples, mais c'a été au prix de la dévastation et de la ruine. Mais ne rouvrons pas une blessure aujourd'hui cica trisée, et voyons ce que fut la Vendée à son origine et dans les temps heureux de son obscurité.
Cette contrée, qu'on appelait autrefois les Mauges, n'a point cessé, sous ce nom comme sous celui qu'elle porte aujour d'hui, d'avoir un cachet de profonde et curieuse originalité. César, dit-on, avait désespéré de soumettre et de transformer les Mauges, et les avait délaissés en les circonscrivant comme une race intraitable, mala gens, d'où leur serait venu leur nom de Mauges. La religion chrétienne, cette religion si propre à dompter les cœurs les plus farouches, répandue dans la contrée par saint Florent, soutenue, propagée par Charle magne, eut raison de ce peuple entêté. C'est à ce saint que la ville de ce nom doit son origine, et l'histoire des Mauges ou Vendée n'est que l'histoire de cette ville et des solitaires qui continuèrent l'œuvre civilisatrice et religieuse du saint jusqu'en 1025.
Écoutez la légende : Vers la fin du troisième siècle, un chrétien bavarois, soldat dans les armées romaines, fuyant les persécutions de Dio ctétien, vint se réfugier au Montglonne (1). 11 était à la veille d'être sacrifié comme martyr : pendant le sommeil de ses gardes, un ange brisa ses liens et lui apprit que la volonté de Dieu était qu'il allât dans les Gaules porter sa croyance. 11 traversa le Bhône dans une barque qu'il trouva échouée et vermoulue sur la rive, et il le traversa sans péril. II se rendit à Tours; l'évêque saint Martin, instruit par une révélation d'en haut de son arrivée dans les Gaules, le distingua au mi lieu de la foule, dans une église, et lui donna sa bénédiction. (i) Monticule escarpé. Le pieux missionnaire descendit la Loire jusqu'au Mont glonne, où l'ange qui l'avait délivré et conduit lui apparut de nouveau pour lui dire de s'arrêter dans cette solitude.
II s'y fixa, en effet, dans une grotte qu'habitaient des serpents, après les avoir conjurés par une fervente prière. Ce Bavarois fugitif, ce soldat persécuté, ce chrétien plein de foi, c'était saint Florent. II vécut jusqu'à l'âge de cent vingt-trois ans, en communication fréquente avec saint Martin de Tours, qui le consacra prêtre, et gagnant partout les esprits au christianisme, par la puissance de ses prédications, de ses exemples et de ses nombreux miracles (1). A l'époque à laquelle je vous ai laissés tout à l'heure, c'est-à-dire en 1025, une colonie de moines du couvent de Saint-Florent de Saumur est ramenée dans l'antique abbaye de ce nom que les Normands avaient ravagée lors de leurs incursions en France, mais c'en est fait, cette abbaye ne retrouve plus sa suprématie, ce n'est plus qu'un prieuré con ventuel.
Après Foulques Nerra, ce puissant comte d'Anjou, que vous connaissez sans doute, il ne se passe plus rien de notable à Saint-Florent. L'idée chrétienne a conquis les Ma uges ; elle les possède, suivant leur nature, avec sûreté, mais avec obscurité. Jusqu'à la révolution, la seule circonstance digne de remarque, c'est que le cardinal de Richelieu voulut bâtir à Saint-Florent une nouvelle ville à proximité de la Bretagne, et qu'il projetait d'y ériger un diocèse qui aurait compris le pays de Mauges et de Tiíïauges jusqu'à Chàtillon. I) M. Peauger, Histoire des villes de France. LA RRETAGNE CATHOLIQUE. 14 La féodalité s'établit aussi dans les Mauges avec son appa reil habituel, mais non sans luttes, en étreignant cette récal citrante contrée dans un réseau de châteaux forts et de ma noirs impénétrables.
Beaupréau (Rellum pratum) fut un des points épars qu'elle occupa, le plus central et à peu près le plus important. La plus ancienne mention dont cette ville soit l'objet ne remonte pas au delà du onzième siècle. Une autre ville que, comme les deux précédentes, nous ne visiterons pas, mais que je ne veux point passer sous silence, à cause du rang qu'elle occupe dans le pays que nous parcou rons, c'est Cholet. Cette ville, devenue importante danslTuest, n'étaitrien, avant les temps modernes, qu'une petite bourgade perdue aux extrémités de la Vendée. Elle fut fondée, croit on, vers le douzième siècle, par une famille éteinte depuis, qui lui aurait donné son nom ou qui en aurait reçu le sien. Quoi qu'il en soit, Cholet, grandi tout à coup, s'est transformé dans l'intervalle qui a séparé la féodalité de la révolution, et voilà qu'il apparaît ville industrielle, là où l'industrie ne s'é tait jamais vue.
En résumant, nous trouvons donc que le christianisme est entré dans la Vendée par Saint-Florent, la féodalité par Beaupréau et le commerce par Cholet. Disons un mot maintenam des^ habitants de la Vendée : ils sont en général d'une constitution saine et robuste. Leur nourriture habituelle est le pain de seigle, et la bouillie de mil ou de blé noir ; ils y ajoutent quelquefois un peu de lard, des légumes, des fruits, du beurre, du lait et du fro mage. Ils boivent de l'eau de fontaine, rarement du vin, si ■COSTUMES VENDEENS (PI5) Un mouchoir de Cholet, d'un rouge vif, tjm n'est pour ainsi dire, (jue suspendu à leur cou(leur donne un air de nétflitfence crut n'est pas sans dTace ce n'est au cabaret. Ils sont sobres et économes, laborieux, tenaces, opiniâtres même, et néanmoins amis du plaisir et surtout de la danse.
Leurs mœurs sont douces et patriar cales ; enfin, qualité précieuse, parce qu'elle devient tous les jours plus rare, ils sont fidèles à leur parole et à leurs engagements. Ils pèchent cependant par un point capital, l'instruction, et se plaisent aux histoires de revenants et de loups-garous. Quant au costume vendéen, il est uniforme dans la Plaine et le Bocage, comme vous le verrez bientôt par vous-mêmes, et consiste en une veste ronde, de couleur noire ou bleue, qui fait ressortir parfaitement la blancheur du teint des Ven déens, en général grands et bien faits. Leurs chapeaux ronds, aux larges bords, les préservent des ardeurs du soleil ; leurs cheveux d'un noir d'ébène tombent en boucles sur leurs épaules. Un mouchoir de Cholet d'un rouge vif, et qui n'est pour ainsi dire que suspendu à leur cou, arrêté seulement par un nœud sur la poitrine, leur donne un air de négli gence qui n'est pas sans grâce.
Leurs gilets de laine blanche, boutonnant sur le côté comme la capote militaire, contras tent avec la couleur sombre de leurs vestes ; leurs pantalons sont de drap, à grandes raies de diverses couleurs. Presque tous ont d'énormes sabots dont la forme est toute particu lière : ils couvrent la totalité du pied, sans pour cela cesser d'être d'une légèreté surprenante; on fait, avec cette sin gulière chaussure, plusieurs lieues sans se blesser. Le costume des femmes se compose d'une robe courte, d'une étoffe de laine à raies de diverses couleurs ; un tablier de coton dessine leur taille généralement bien proportion née ; un mouchoir de Cholet à carreaux rouges s'étend sur leur cou, et la mousseline bordée de dentelle tombant en barbes arrondies sur leurs épaules, cache leurs cheveux, dont l'ébène se révèle par deux contours artistement arrangés de chaque côté du front.
Toutes sont enveloppées d'une mante courte, d'étoffé de laine noire, qui, ne fermant pas par de vant, laisse apercevoir l'élégante simplicité de leur parure ; elles sont de plus chaussées de sabots d'une forme légère, dont la couleur fait ressortir la blancheur du coton qu'ils couvrent à demi. 11 existe aussi dans les Marais de la Vendée une race d'hommes à part désignés sous le nom de Colliberts, espèces de parias (1), dont le domicile habituel avec toute leur fa mille est dans des bateaux, où ils vivent, naissent et meu rent. Mais déjà je m'aperçois que nous approchons de Saumur, et j'ai hâte de terminer ce précis de la contrée que nous allons visiter ; cependant, comme le Bocage est l'objet prin cipal de notre voyage dans la Vendée, je veux vous dire quelques mots de plusieurs villes qui n'auront pas Yhonneur de nous recevoir.
Telle est en première ligne Fontenay-le- Comte, l'une des villes les plus importantes des Marais. Cette ville fut insensiblement bâtie autour d'un ancien château qu'habitaient les comtes de Poitou ; une fontaine considérable où l'on venait de fort loin puiser de l'eau lui donna le t) De iibertm, affranchi. — Vrais habitants de l'onde, ils vivent de leur pèche. LA BKETAGNE CATHOLIQUE. 17 nom de F ontenay-le-Comte . C'est là que s'éteignit ce cardinal de Bourbon auquel la Ligue avait donné le nom de Charles X. Fontenay, situé dans un pays charmant pour le site, est re marquable par la flèche de l'église Notre-Dame, digne de l'attention des curieux par son étonnante élévation et la grâce légère de sa construction. Les halles de cette ville sont d'une grandeur peu commune; non-seulement elles servent aux marchés, mais encore aux foires, qui ne manquent pas de cé lébrité.
Fontenay possède aussi une fort belle fontaine, pro bablement celle-là même qui, dans l'origine, lui donna son nom et dont les eaux auraient été réunies pour le monument public que je vous décris. II est tout à la fois riche et d'un bon style. Cette fontaine a sans doute toujours joué un grand rôle dans les annales de Fontenay, car elle se retrouve aussi dans les armes de cette ville, avec cette légende: Fonteniacum, fe licium ingeniorum scaturigo (Fontenay, source des heureux génies). Cet orgueil est permis au pays qui a eu l'honneur de nourrir l'enfance de Bapin, et de donner le jour au grand mathématicien Viette, à Brisson, fameux par son savoir et son éloquence, etque les Seize pendirent au Châtelet, etaussi au célèbre jurisconsulte Tiraqueau. Vers la fin du seizième siècle, dans l'espace de six ans, Fontenay eut deux sièges à soutenir, le premier contre les protestants et le second contre les catholiques.
Malgré la foi jurée, Pluviat, le général des assiégeants, fit massacrer la gar nison, et le commandant de la place fut indignement traîné à la Bochelle, où l'on eut la barbarie de le pendre. Deux ans après, en 1570, Fontenay fut surpris par La Noue, surnommé Bras de fer, parce qu'ayant eu le bras cassé, puis amputé, il s'en fit fabriquer un de fer très-bien fait et dont il se ser vait très-habilement. Le véritable second siège de Fontenay est celui que les catholiques commandés par le duc de Mont pensier lui firent éprouver en 1574, et qui coûta la vie au fameux ministre Dumoulin. A deux lieues de Fontenay est la petite commune de Mail lezais-, cette commune est loin d'être aujourd'hui ce qu'elle fut autrefois. Fermée par des marais et par les rivières de Sèvre et d'Autise, elle forme une sorte d'île qui parut aux comtes d'Anjou une situation heureuse pour y bâtir un château qui pût servir de bride aux incursions des Normands.
Par la suite, cette île ne devint pour eux qu'un lieu de plai sance où ils se livraient aux plaisirs de la chasse, particulièrement sous Guillaume II, comte de Poitou et duc d'Aqui taine, que son courage fit surnommer Fier à bras. On raconte même à ce sujet que ses chiens poursuivant un jour un cerf, celui-ci chercha refuge dans un vieux souterrain inconnu jusqu'alors ; les chiens l'y poursuivirent, et le duc y pénétra avec eux. Trois autels y frappèrent sa vue ; étonné de ce pro dige, il s'arrêta et s'étant plus tard convaincu que saint Hi laire avait autrefois habité ce souterrain, il fit venir des religieux de Saint-Martin de Tours et voulut qu'une abbaye fût établie en ce lieu. En 1317, le pape Jean XXII érigea Maille zais en évêché, mais en 1666, Innocent X transféra cet évêché à la Bochelle ; depuis lors Maillezais perdit beaucoup de son importance. faut aussi que je vous parle de Luçon, ville au bord des marais, à l'extrémité du canal de Fontenelle, et générale ment bien bâtie, avec des maisons vastes et commodes; elle a un port et se trouve exposée aux invasions de la mer con tre laquelle elle est obligée de lutter continuellement.
La cathédrale en est belle et vaste, d'une architecture gothique, élégante et digne de fixer les regards. Ainsi qu'à Fontenay, une flèche d'une hauteur prodigieuse s'élevait sur cette ca thédrale, mais le tonnerre malheureusement l'a renversée. Trois Bichelieu ont été évêques de cette ville ; et c'est en core à Jean XXII qu'est due la fondation de cet évêché. Le fameux cardinal de ce nom est le dernier des trois qui se sont succédé dans l'évêché de Luçon. Comme Fontenay, cette ville fut assiégée et prise en 1566 par les protestants, qui firent un horrible massacre de la garnison et des habitants. Le 28 juin 1793 une victoire remportée sur les Vendéens par les républicains fut suivie, le 13 octobre suivant, d'une autre affaire encore dans la plaine de Luçon, et ce fut une des plus sanglantes que les royalistes eussent essuyées jus qu'alors.
Tout près de Luçon est un bourg nommé la Garnache , fameux par un siège que les protestants commandés par Henri de Navarre y soutinrent contre Henri 111. II s'y passa un de ces faits déplorables qui n'ont malheureusement que trop souvent lieu dans les guerres civiles. Vignoles, qui défendait la place au nom de Henri de Navarre, avait un ami dans l'armée royale nommé Poisson. Ce dernier prévoyant l'issue de ce siège et craignant qu'elle ne fût fatale à Vignoles, résolut GATHOL1QUE. 20 dépérir ou de sauver son ami. Dans un assaut général, il s'adresse à un capitaine qu'il connaissait, et le supplie de trouver bon qu'il porte le drapeau de sa compagnie au moment où il irait attaquer; il espérait ainsi parvenir jusqu'à Vignoles et le sauver. En effet, guidé par ce sentiment su blime, l'amitié, il brave le feudel'artillerie, gravit la brèche, arrive au sommet et trouve Vignoles qui la défendait; il court en criant : Vignoles ! et en ouvrant les bras pour l'em brasser.
Hélas ! l'infortuné avait oublié de lever la visière de son casque. Vignoles ne crut voir en lui qu'un ennemi qui s'avançait pour le combattre, et le couchant en joue, le ren versad'un coup d'arquebuse. Vignoles fut inconsolable quand il reconnut Poisson. Survivre à Fami qu'on a tué, c'est chaque jour survivre à son supplice. Ce fameux siège de Garnache se termina par une capitulation honorable pour les assiégés. La Garnache nous rapproche de Noirmouliers, île peu favorisée de la nature et qui doit son nom, disent les uns, à une abbaye de moines noirs que saint Philibert y fonda, et, disent les autres, à la ruine de cette même abbaye détruite et brûlée par les Normands. Les murailles de cet ancien moutier noircies par la fumée de l'in cendie lui auraient fait changer son nom de Hébrius ou Héro qu'elle avait autrefois contre celui qu'elle porte aujourd'hui.
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