Read here

Description et histoire de Maroc, comprenant la géographie et la statistique de ce pays d'après les reseignements les plus récents, etc

Léon Godard · 1860 · Scanned text

194,468 words · about 13 h 37 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Scanned text — may contain errors · original scans are not available here · view the original source

Licence: PDM · British Library Digitised Books dataset db14 (doi 10.21250/db14) marks the OCR texts CC Public Domain Mark 1.0 (c. 1510-c. 1900 publications); text+metadata JSONL release doi 10.23636/r7w6-zy15 is CC0 1.0. Public Domain Mark is a status label, not a new copyright licence. · Digitised by the British Library (with Microsoft). Text: British Library Digitised Books, CC Public Domain Mark 1.0.

Text from British Library, read from page scans by OCR and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Léon Godard
Language
French
Published
1860
Length
194,468 words · about 13 h 37 min
Sections
15 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (15)

Continue:

Front matter

DESCRIPTION ET HISTOIRE DU MAROC COMPRENAN'I LA GEOGRAPHIE ET LA STATISTIQUE DE CE PAYS DAPHES LES RENSEIGNEMENTS ,LES PLUS RECENTS ET LE TABLEAU DU REGNE DES SOUVERAINS QUI I.'ONT GOUVERNÉ DEPUIS LES TEMPS LES PLUS ANCIENS JUSQU'A LA PAIX DE TÉTOI W en 18 r, d 1- \ H M. L í: o x g o o a « i> Chanoine honoraire d'Alger Professeur d'hiitoire et d'archéolopie au Grand Séminaire de LanKres Membre de la Société historique algérienne AVEC DNE CARTE GÉNÉRALE DI MAROC PARIS CH. TANERA, ÉDITEUR Quai iles «usuatinn, T*J MADRID C. BAILLY-BAILLIÈUE CAUt 1.1*1. PRINCIPE, 11. ALGER BASTIDE, LIBRAIRI PlACr Dtl GOUVt-lWtMKNT. DESCRIPTION ET HISTOIRE DU MAROC PREMIÈRE PARTIE. Paris. — Imprimerie de E. Donnaud, rue Cassette, 9. nu MAROC Paris. — Imprimerie de E. Donnaud, rue Cassette, 9. DU M A R O C COMPRENANT LA GÉOGRAPHIE ET LA STATISTIQUE DE CE PAYS D' APRÈS LES RENSEIGNEMENTS LES PLUS RÉCENTS ET LE TABLEAU DU REGNE DES SOUVERAINS QUI LONT GOUVERM DEPUIS LES TEMPS LES PLUS ANCIENS JUSQU'A LA PAIX DE TÉTOUAK EN 1860 PAR M. L É O Hí GODARD / Chanoine honoraire d'Alger Professeur d'histoire et d'archéologie au Grand Séminaire de Langres.

Membre de la Société historique algérienne. AVEC DNE CARTE GENERALE DU MAROC PARIS CH.TANERA, ÉDITEUR LIBBAIR1E POl'R L'ABT MILITAIRE, LES SCIENCES ET LES ARTS Quais des Augustins, t)

Preface

. Le livre que j'offre au public m'a coûté de longues et difficiles recherches; on me rendra cette justice, si l'on considère à quoi se réduisent les meilleurs ouvrages composés sur le Maroc, en quelque langue que ce soit. Mais je ne me flatte nullement de n'avoir laissé dans mon travail ni lacunes ni erreurs; je le présente, au contraire, comme une simple ébauche, ayant besoin de complément et de rectifications. Mon ambition s'est bornée à dresser un plan, à préparer le ter rain, à réunir et à classer des matériaux pour un édifice que de plus habiles que moi termineront. A travers la forêt vierge de Y Histoire des Ber bères d'Ebn-khaldoun, je n'avais qu'à tracer la voie et à l'aplanirdans la partie qui dépend dn Magreb-el-Acsa : tâche rendue facile par la tra duction de M. de Slane et les documents acces soires qui raccompagnent.

D'autres ouvrages embrassant toute une face du tableau ou de l'histoire du Maroc me sont également venus en aide; j'en ai scrupuleusement TI PRÉFACE. donné le titre et j'ai indiqué les pages consultées. Mais on verra que, dans son ensemble, mon tra vail a exigé le dépouillement d'un grand nombre de livres, souvent rares ou peu connus. La première partie reproduit en substance, et quelquefois littéralement , des articles insérés dans YAkhbar d'Alger, sous ce titre : Le Maroc, Notes d'un voyageur, 1858-1859, et dont le rédac teur en chef du journal íìt un tirage en brochure, à petit nombre d'exemplaires. Si l'on y rencontre des inexactitudes , j'ose espérer qu'elles paraî tront généralement excusables, à raison des barrières qui ferment le Maroc aux investigations des Européens. Ils ne peuvent voir que peu de choses par eux-mêmes dans ce pays, et les informations prises auprès des indigènes et contrôlées les unes par les autres ne mettent pas entièrement à l'abri de Terreur.

Je me suis appliqué ordinairement à dire les choses dans le moins de mots possible, surtout en exposant l'histoire qui correspond au moyen âge les faits ont paru alors trop condensés pour être indiqués par un titre , au commencement des alinéas; la table analytique y supplée. Les événements des temps modernes sont rapportés avec plus de détails, parce qu'ils se mêlent à l'histoire des nations chrétiennes et intéressent davantage la généralité des lecteurs. Les noms propres arabes ou berbères sont né- PRÉFACE VII cessairement reproduits d'après une orthographe plus ou moins arbitraire. On sait qu'ils sont souvent intraduisibles par les lettres et les articula tions usitées dans notre langue et qu'il n'y a pas encore de système de transcription convention nelle généralement adopté. En France, tantôt on se rapproche de la pro nonciation et de l'orthographe arabes, tantôt de celles qui ont prévalu en Algérie par l'usage vul gaire : les écrivains ont chacun leur système ou tombent dans la confusion.

La Commission scientifique d'Algérie adopta autrefois un mode de transcription uniforme pour ses publications; il se complique d'apostrophes et d'accents, et n'a pas prévalu. L'impossibilité de suivre moi-même le tirage des feuilles de mon livre a laissé subsis ter de la différence dans les formes orthogra phiques de quelques mots répétés çà et là; mais cette légère anomalie ne cause aucune obscurité. Le lecteur voudra bien , pour des fautes plus graves, consulter l'errata à la íin du volume. Grand-Séminaire de Langres, 10 juin 1860. PREMIÈRE PARTIE. DESCRIPTION ET STATISTIQUE. PREMIERE PARTIE. DESCRIPTION ET STATISTIQUE. CHAPITRE PREMIER. DÉLIMITATION ET DIVISIONS. § 1". — LIMITES. L'empire du Maroc est situé entre 28° et 36° de latitude nord et entre 2° et 14° de longitude ouesl de Paris.

Toute fois ces limites embrassent dans le sud des pays plus ou moins indépendants : ceux de l'Oued-Noun, du Djezoulat, de l'Oued-Drâa et du Sous. Rorné au nord par la Méditerranée et le détroit de Gibraltar, au nord-est par l'Algérie, au sud-est et au sud par le Sahara, à l'ouest par l'océan Atlantique, le Maroc présente une superficie d'environ 5,775 myriamètres carrés; c'est-à-dire une. étendue un peu plus grande que celle de la France. Les frontières offrent le développement suivant : Sur l'Océan 1265 kilomètres. Sur le détroit 60 Sur la Méditerranée 425 Sur l'Algérie 360 La limite entre le Maroc et l'Algérie a été déterminée, en 1845, par les noms des lieux qu'elle traverse, mais sans indication visible et suivie sur le sol. Elle est flottante dans le Sahara, sur les terres de parcours où campent les tribus nomades qui dépendent les unes de l'Algérie, les autres du Maroc.

Mais elle laisse au Maroc l'oasis de Figuig. Dans le nord, elle passe à 10 kilomètres de la ville marocaine d'Oudjda et aboutit , sur la mer, à environ 25 kilomètres à l'ouest de Nemours ou Djema-Ghazouat. § 2. — DIVISIONS NATURELLES. La plus grande et la plus saillante division naturelle du Maroc est déterminée par la chaîne du grand Atlas, qui va de l'est à l'ouest, en inclinant vers le sud à mesure qu'elle se rapproche de. l'Océan. II en résulte que le Maroc est par tagé en deux versants principaux : l'un méridional , qui en voie ses eaux vers le sud, où elles se perdent en partie dans le désert ; l'autre septentrional , qui se subdivise en deux petits versants , dont l'un porte ses eaux à la Méditerranée et l'autre à l'Océan. Cette subdivision est effectuée par un chaînon qui se détache du grand Atlas aux sources de l'Oum er-Ria et de la Moulouïa, et qui se dirige vers le nord, puis au nord-ouest.

Or, le grand versant méridional offre deux intérêts capi taux : il établit la communication avec le Soudan par le Touat et le Tafilet ; et c'est de lui que partent les insurrections les plus importantes , provoquées par les avantages naturels du sol et du climat de l'autre versant, et facilitées par la faiblesse du pouvoir central, dont le siège est sinon trop éloigné, du moins sans action au delà de barrières difficiles à franchir. La position centrale et dominante est le Tafi let, qui rend maître des routes entre le Maroc et le désert. Les intérêts du grand versant septentrional sont beaucoup plus considérables, non-seulement à raison de ses pro duits, mais à cause des mers qui baignent ses rivages, à cause de l'importance du détroit et du voisinage des nations européennes. C'est d'après cette division en versants que l'on donnera, dans la suite, une description plus détaillée de l'empire. § 3. — ZONES CLlMâTÉRlQUES.

Le climat du Maroc est en général sain , et la température moins élevée sur le versant septentrional de l'Atlas qu'on ne le supposerait d'après sa latitude. On peut distin guer cinq zones climatériques, où se rencontrent, d'ailleurs, des modifications locales et accidentelles. La zone du littoral n'éprouve point de froids rigoureux, et les chaleurs de l'été y sont tempérées par la brise de mer et par la barrière des montagnes qui s'oppose au vent du désert. La première zone montagneuse , moins élevée que les massifs du grand Atlas, doit à son altitude et au voisinage de la mer plus de fraîcheur en été, mais du froid et de la neige en hiver. La zone des plaines intérieures qui sont encaissées entre les cordillères se trouve exposée aux chaleurs étouffantes de l'été, sans le tempérament des brises et de l'altitude, et aux pluies torrentielles de l'hiver.

La zone composée de la grande chaîne atlantique subit toutes les rigueurs de l'hiver et garde la neige sur ses hauts sommets, durant la majeure partie de Tannée; à mesure que ses déclivités s'é tendent vers le sud, elles ressentent, en été, les chaudes bouffées du Sahara. Enfin la zone saharienne, qui comprend une partie de la région parcourue par l'Oued-Dràa, le Ta filet et l'Oued-Rir : pays en général sablonneux, pauvre en eaux et en bois, mais semé d'oasis, inondé en hiver par des pluies que dessèchent bientôt des chaleurs torrides. La température moyenne du littoral au nord de l'empire est de 18°, comme à Oran ; mais on sait que les pluies com mencent à tomber abondantes vers la fin d'octobre et que les chaleurs se font déjà sentir en mars. Puis vient la séche resse. II faut se rappeler aussi que la température s'abaisse d'environ 0°,4 par degré de latitude et de 1° par 180 mètres de hauteur, dans les circonstances normales.

Elle subit, la nuit, un refroidissement d'autant plus sensible qu'il est très rapide ; et le mème phénomène se remarque souvent au moment des orages. § 4. - DIVISIONS POLITIQUES. Dans les temps les plus reculés, toute l'Afrique septentrionale porta le nom de Libye. A l'époque romaine , la partie du Maroc comprise entre la Moulouïa et l'Oum-er- Ria formait à peu près la Mauritanie Tingitane, et l'on considérait le territoire au sud comme appartenant à la Gé tulie. Depuis cette époque, on le verra dans l'histoire, le Ma roc a été tantôt divisé entre plusieurs souverains, et tantôt réuni sous une même puissance. La dynastie actuelle des Chérifs y règne depuis le xvie siècle ; mais elle reconnaît à Fez et à Maroc le titre de capitales , parce qu'elles ont eu tour à tour la prééminence l'une sur l'autre et qu'elles ont été, en effet, à plusieurs reprises, souveraines et indépendantes l'une de l'autre.

Mais la distinction des royaumes de Maroc et de Fez est aujourd'hui sans fondement. La ligne politique qui les séparait a varié selon la fortune de la guerre; on comprend d'ordinaire, dans le Maroc propre ment dit, la région au sud de 10um-er-Ria jusqu'à l'Oued- Sous ou à l'Oued-Noun. Une autre division politique, toujours applicable, se rait la division par tribus : mais l'empire des Chérifs est trop fermé à l'Europe pour qu'on puisse dresser ce tableau. La division en caïdats ou en pachaliks est également réelle ; mais elle est insuffisamment connue. Les renseignements que nous possédons à cet égard au ront leur place dans la description topographique plus détaillée.

Chapitre II. Ethnographie

§ 1". — POPULATION. Le gouvernement marocain ne prend nullement souci d'établir la statistique de ses sujets; de sorte que l'on man que de base certaine pour fixer le chiffre total de la popu lation. En supposant le pays habité dans les mêmes propor tions que l'Algérie, dont nous pouvons mieux juger, il renfermerait environ 8 millions d'habitants, et non pas 15 millions, comme le veulent Jackson et d'autres. Ce se rait donc environ 450 habitants par lieue carrée. On s'é tonne moins que l'évaluation de la population totale du Maroc ait été si exagérée, quand on voit combien le fut celle des villes en particulier. Tandis que les uns donnent à Fez 200,000 et même 300,000 habitants, les autres ne lui en accordent que 30 ou 40,000. § 2. — RACES. Les diverses races répandues au Maroc sont en général nettement dessinées.

Elles représentent les trois grandes familles de Sem, de Cham et de Japhet. En les indiquant, nous y joindrons les chiffres qui, d'après Topinion com mune, donnent le nombre des individus appartenant à chacune d'entre elles. Mais si Ton ne peut dissiper les incerti tudes sur le total de la population, il est plus difficile encore de dire pour quelle part y entrent les races qui la composent : car cela exigerait une étude approfondie de toutes les parties du pays. Nous proposerions donc, mais sous toutes réserves, la distribution suivante : Amazirgs 2,300,000 Chelloks 1,450,000 Maures ou Arabes mêlés. . . . 2,800,000 Arabes bédouins 750,000 Nègres 500,000 Juifs 450,000 Européens 600 Renégats 200 8,250,800 II y a de la différence entre ce tableau et celui qui a été fait par Gràberg de Hemsò, puis adopté par M. Charles Di dier et par d'autres.

Cette différence porte sur le nombre des Nègres principalement. Gràberg en marque 120,000; mais il a pris sans doute une moyenne sur la côte, tandis que les Nègres sont plus nombreux dans le Tafilet et les contrées voisines du Sahara. Nous avons augmenté aussi le nombre des Juifs de 160,000, d'après les renseignements fournis par des rabbins sur les registres des communautés israélites des principales villes. Au contraire, il nous a paru raison nable d'abaisser le chiffre des Maures, en tenant compte de la population des villes au sein desquelles ils sont générale ment renfermés. Un mot maintenant sur Torigine et les traits distinctifs de ces diverses branches de la population. 1. Rerbères Amazirgs et Chelloks. — Les Amazirgs et les Chelloks forment le fond de la population indigène et autochthone du Maroc.

Ce sont les descendants des nombreuses tribus que les Romains ont comprisessouslenomde Mauri et que nous appelons nous-même de ce nom, lors que nous écrivons leur histoire antérieurement à l'invasion arabe. II ne faut donc pas les confondre avec les Maures modernes, dont nous allons rappeler Torigine; mais on doit les comprendre sous la dénomination générale de Rerbères, avec les Kabyles et les Mzabites de l'Algérie, les Zouaouas de la régence de Tunis, les Adems de Tripoli et les Toua regs du Sahara. Toutes ces peuplades ont en effet des traits communs que Tétude de leur langue, de leur écriture et les observations physiologiques rendent de plus en plus con cluants en faveur de Tidentité d'origine. Que les Arabes aient donné aux Maures le nom de Rer bères en leur appliquant le nom des Barbari, fraction des Maures de Tingitane qui leur opposèrent une' forte résis tance, ou que ce nom vienne de quelque mot arabe, on ne Ta point décidé.

Amazirg en berbère signifie noble, et Ton interprète Chellok dans un sens analogue. Les tribus amazirgues peuplent TAtlas, du Ris au Tedla et au Tafilet, tandis que les Chelloks se trouvent plutôt dans les montagnes du sud et de l'ouest, à partir de Mé quinez. On croit communément que la langue des deux peuples est à peu près la mème : la comparaison n'en a pas encore été faite sur une échelle suffisante pour que Ton en juge complètement. L'Amazirg est souvent troglodyte; aux cavernes de la montagne, le Chellok préfère les maisons de briques ou de pierres , groupées en villages. L'Amazirg élève des bestiaux et des abeilles; le Chellok cultive plutôt les céréales. Le premier est de mœurs plus rudes ou plus féroces; celui-ci, moins barbare, a quelque teinture de l'in dustrie; sur sa tunique, il revêt le manteau; T Amazirg s'en tient d'ordinaire à la chemise dépourvue de manches.

Tous deux alertes, robustes, courageux, impatients d'un joug quelconque, ils ne reconnaissent guère l'autorité politique de l'empereur ou s'insurgent facilement contre elle. Ils ai ment la montagne, ses crêtes inaccessibles où ils maintien nent aisément leur indépendance; ils y vivent sous la con duite d'omzargs, à la fois caïds et marabouts, dont la di gnité est communément héréditaire. Le teint blanc, les yeux bleus, les cheveux blonds, Tensemble de la physionomie sont encore des traits qui les distinguent profondément des Arabes et des Maures modernes (I). 2. Maures. — Lorsque les Arabes conquérants de l'Afrique passèrent en Espagne au vinc siècle, ils entraînè rent un certain nombre de Rerbères avec eux et furent appelés Maures par les Wisigoths, parce qu'ils venaient de la Mauritanie.

Ce nom leur a été conservé par les écrivains espagnols, après comme avant leur expulsion de la pénin- (1) Grábcrg de Hemsb donne la répartition suivante des Amazirgs et des Chelloks; répartition incomplète et à laquelle je laisse l'orthographc de l'auteur. Aux Amazirgs appartiennent les populations d'Arhona, Boi- Zeccher, Bni-Telit, Bni-Hascen, Andscera, Bni-Quelid, Bni-Zarnal, Bni-Manzor, Bni-Jusef, Bni-Razin, Bni-Gebara, Bni-Jerso, Bni-Tizivan, Bni-Buzeihet, Bni-Uza, Bni-Alcoi, Bni-Jedir, Bni-Vriaghel ou Veriar g'al, Bni-Zanten, Bni-Mezgilda, Bni-Guamud; puis les gens de Teuzin, Guardan, Cuzt, Matgara, Maghraoua, etc. Aux Chclluks reviennent les tribus des Ait-Zemurc , Ait-Erma, Sciavoia, Ait-Usi , Ait-Sotsman, suie. Refoulés en Afrique, ils s'établirent surtout dans les villes de la côte et se mêlèrent aux populations urbaines qui se composaient des descendants des Carthaginois et des Romains, puis des Rerbères et des Arabes devenus citadins par goût ou par intérêt, durant une série de siècles.

L'élé ment arabe domine dans la race des Maures du Maroc ; mais il á été profondément modifié sous le rapport des mœurs, des habitudes et mème de la langue où Ton remarque des mots espagnols et berbères et une différence de prononciation qui font de Tarabe magrebin ou occidental un dialecte particulier. Les Maures n'ont plus le courage, le vêtement simple, la figure osseuse de TArabe. Rusés , jaloux, cupides, avares, industrieux et commerçants, ils n'ont pas ses instincts de guerre, de chasse, de voyages. Superstitieux et fanatiques, plongés dans les voluptés grossières, ils laissent s'effacer le vernis de civilisation dont ils brillèrent durant les siècles qui suivirent leurs conquêtes en Occident. Toutefois ils se distinguent encore, aussi bien des Rerbères que des Ré douins, par l'industrie à laquelle ils s'adonnent, par le luxe relatif des vêtements aux tissus de fine laine, de soie et d'or, enfin par quelques lueurs d'instruction qui s'éteignent gra duellement sous l'influence d'une religion absurde et d'un despotisme dégradant.

Les femmes mauresques ne sont pas non plus la femme arabe usée avant Tâge par d'excessifs travaux et des fatigues de toutes sortes ; humiliées comme elle au point de vue social, les Mauresques mènent d'ailleurs Ait-Sciagrusce, Ait-Guisi, Ait-Sadugh, Ait-Scedida, Ait-Ziltan, Ait- Atter, Ait-Ebcu, Hascura, Mischboja, Ail-Baraman, ldaultit, Stukha, Kitiva, Ait-Musi, Mseghina, M'tuga, Ela'la, Kesula, etc. Une partie de ces noms, que la différence des prononciations italienne et française dé figure pour nous, seront restitués dans la suite de cet ouvrage. une vie indolente au sein de leur maison, où leur plus grand souci est le soin de leur toilette. Leur teint d'un blanc mat et Tobésité qui est considérée comme le charme par excel lence résultent de leur vie oisive et abritée contre les in fluencesdu soleil.

La femme berbère, flétrie comme la femme arabe par de durs travaux et des couches précoces, ne vit pourtant pas sous une égale oppression et n'est pas écrasée sous autant de mépris. 3. Nègres. — La présence d'une multitude de Nègres au Maroc s'explique aisément par le voisinage du Soudan, par le commerce des esclaves, par les relations politiques entre Tombouctou et le Maroc qui a étendu son empire sur cette partie de la Nigritie centrale, de 1672 à 1727, sans parler de l'influence qu'il y a exercée jusqu'au siècle dernier. Les Marocains épousent volontiers les Négresses ; mais les femmes blanches ont en général pour les noirs une instinc tive horreur, et Tunion contractée entre un Nègre et une blanche est un fait assez rare. Toutefois les mariages de la première espèce ont suffi pour ajouter aux Nègres pur sang, des mulâtres et des quarterons en grand nombre : on passe de la couleur d'ébène à la teinte de suie et aux nuances basanées.

II est à remarquer que le nègre au Maroc est dans une condition meilleure que dans tout autre État gouverné par les blancs. II arrive à tous les emplois; la famille impériale est mulâtresse, la garde impériale est noire. Du reste, la condition de l'homme libre n'a fait qu'ajouter à la férocité native de cette race, qui semble s'adoucir plutôt dans Tes clavage. L'énorme quantité de sang noir qui circule au Ma roc contribue à donner au pays des traits de barbarie plus prononcés et qui le distinguent entre les États musulmans. Malgré Tégalité naturelle et sociale reconnue aux Nègres, ils portent toujours le poids de la malédiction tombée sur Cham : Servus servorum erit fratribus suis, et Ton verra aux articles de commerce, qu'ils fournissent d'esclaves l'empire des Chérifs. On sait leurs principales qualités physiques et morales : superstitieux au delà de toute expression, ils pratiquent volontiers les sortilèges; robustes, laborieux et contents de peu, ils rendent des services à leurs maîtres, auxquels ils s'attachent avec une fidélité canine ; le sens moral est peu développé chez eux ; ils aiment la musique à percer le tym pan et à rompre la tête.

Un trait de physionomie qui les caractérise dans la joie, c'est un sourire de grossière extase et de béatitude stupide. Les Maures se distinguent assez bien dans les villes en Maures d'Espagne et Maures du Levant. Les premiers par lent encore plus ou moins Tespagnol. Ils sont venus, de 1592 à 1613, s'installer à Tétouan, Fez, Rabat, etc., et delà date la grandeur de plusieurs villes. Ceux de Tétouan, Rabat et Salé, surtout, se sont livrés à la piraterie avec une étonnante audace et une activité stimulée par des causes particulières de haine contre les chrétiens. Au Maroc et en Espagne, on connaît un certain nombre de familles nota bles, mauresques ou israélites, qui ont une branche chrétienne en deçà du détroit et une branche juive ou musul mane au delà. 4. Arabes. — Les Arabes bédouins ne forment pas Télément principal de la population marocaine ; mais ils sont nombreux dans les plaines, dans les régions qui se prêtent à la vie nomade et pastorale.

Leur invasion au Ma roc date de la dernière moitié du vnc siècle. Mais leur nom bre s'est accru à la faveur des relations avec Test, dans les guerres et les retours de pèlerinage, et à la suite d'autres invasions musulmanes venues d'Orient. Ce sont bien les mêmes hommes, del'Euphrate à TAtlas ; drapés à Tantique par le haïk et le burnous , passionnés pour le cheval et la fantasia, préférant au confort de la demeure fixe Tair libre de la tente de poil ; mobiles et transportant le douar et toute la smala, au gré des saisons, vers les meilleurs pâtu rages; dominés par l'esprit de superstition, passionnés pour les récits qui frappent Timagination, sobres, peu laborieux, graves, hospitaliers envers Tétranger, mais cruels envers leur ennemi. L'Algérie les a très-bien fait connaître. 5. Juifs. — Parmi les tribus berbères, il en est qui professent le judaïsme.

On en rencontre dans l'Oued-Noun et au milieu des Amazirgs, dont elles ne sont pas mal vues, parce qu'ils reconnaissent, dit-on, descendre comme elles de peuplades venues de Palestine longtemps avant notre ère. II est difficile d'apprécier la valeur des traditions re cueillies sur ce dernier point par plusieurs auteurs arabes, et de dire si ces tribus juives, dont les mœurs participent de celles des Rerbères, ont été formées par des Juifs de la dispersion ou si elles viennent de prosélytes de Tancienne synagogue , dont l'influence sur le monde ancien a été beaucoup plus considérable qu'on ne le soupçonne généralement. A Tépoque de leur première invasion, les Arabes trouvèrent des tribus semblables dans les montagnes au sud de la Tripolitaine. On prétend que celles du Maroc parlent un chaldéen corrompu, intelligible pour ceux qui comprennent le syro-chaldaïque du Talmud.

Mais la majeure partie des Juifs du Maroc descend des Juifs exilés d'Europe au moyen âge, d'Angleterre en 1290, du midi de la France en 1395, et surtout d'Espagne en 1492 et au siècle suivant. Aussi, ils s'appellent les Descendants de la catastrophe de Castille, Guerousde Caslilla, et ils terminent souvent les actes notariés à la synagogue par cette formule : Le tout selon Tusage de Castille : Hachol Kemi nahry Castilla. Us ont encore des fêtes de deuil en mémoire des auto-da-fé dont leurs pères ont été victimes. N'ayant pas de patrie, pas un coin de terre qui fût à eux, errants comme Tauteur du premier meurtre et marqués au front d'un indélébile stigmate, ils se sont réfugiés au Maroc où la malédiction de Dieu les poursuivit. On ne saurait dire ce qu'ils ont souffert jusqu'au règne d'Abd-er-Rhaman, le dernier souverain, qui, lui, du moins, fit épargner leur sang.

Auparavant, on le versait à plaisir et les Chérifs eux-mêmes payaient souvent leurs troupes régulières par le triteul ou pillage des juiveries, quand les rabbins ne réussissaient pas à racheter leurs communautés à prix d'argent. Sous le régime actuel, les Juifs habitent, dans les villes, un quartier séparé, entouré d'une haute enceinte et nommé le mellah, ou la terre salée, aride et maudite. Ils y sont tenus sous clef du coucher au lever du soleil, et les jours de fête toute la journée. Ils payent la garde maure qui les protège en veillant à la porte de ce ghetto rarement nettoyé, où s'accumulent les puantes immondices et où grouille une population étrange. Elle est divisée par synagogues et régie par les rabbins qui jouissent d'une grande autorité.- C'est à eux qu'il appartient de répartir l'impôt de capitation que le gouvernement fixe pour chaque mellah, et de veiller au soulagement des pauvres, secourus à frais communs.

Ils ont huit jours de délai pour le payement de l'impôt; après quoi et sans avertissement, le mellah pourrait être livré au pillage. Ils sont tenus de faire des offrandes à l'empereur aux quatre grandes fêtes musulmanes et lorsqu'un événe ment heureux, comme une naissance ou un mariage , vient réjouir la famille impériale. En vertu des lois, les Juifs ne peuvent cultiver la terre, — ni posséder des terrains ou des maisons en dehors du mellah, — ni avoir des immeubles en gage, — ni monter à cheval en vue d'une ville, ni même à la campagne, autrement que sur la selle à mulet, — ni lever la main sur un Musulman, mème pour se défendre, si ce n'est dans son propre domicile violé, — ni témoigner en justice, ni même parler devant les tribunaux, si ce n'est accroupis, — ni sur enchérir au marché sur un Musulman pour ce qui sert à la nourriture, — ni passer dans certaines rues, devant certaines mosquées ou koubas, sans prendre ses savates à la main, — ni se marier sans la permission du sultan, etc., etc.

II doit se vêtir exclusivement de noir ou de couleur som bre, — se coiffer d'un bonnet noir différent du turban et ne pas lier de plus d'un nœud le foulard noir qui retient sa coiffure, — placer à droite Touverture de son yallah ou manteau noir ou bleu, de telle sorte que le bras gauche soit gêné et que le capuchon retombe du mème côté, — garder toujours visible le bonnet noir, en évitant de rabattre le ca puchon, — porter en courant les morts de sa religion au cimetière et prendre garde de rencontrer un convoi funèbre musulman, etc., etc.. (1). Ainsi traités, les Juifs sont serviles, astucieux, souples, fourbes, parce qu'ils ne peuvent compter ni sur le droit ni sur la force, cupides, usuriers envers ceux qui n appartiennent pas à la synagogue ; circonspects, habiles en aflaires et plus qu'habiles.

Ils servent d'intermédiaires pour le com merce aux négociants de l'Europe et du Levant, et sont en relations avec les juiveries étrangères, ce qui les oblige (1) A Tanger seulement, la condition des Juifs est légèrement adoucie par la suppression de quelques-unes de ces règles. à parler plusieurs langues. Ils le font avec cette facilite que Dieu a donnée à leurs ancêtres, lorsqu'ils étaient pro videntiellement chargés de répandre dans le monde la vérité révélée. Les Juifs qui s'efforcent d'accaparer Tétran ger au moment où il débarque au Maroc, sont généralement prêts à le tromper et à le voler. Tous présentent ce faciès sui generis, cet œil inquiet, ce je ne sais quoi qui excite la répulsion universelle et qui n'est enlevé que par le baptême. Mais les artistes européens qui accordent quelque attention aux Juives marocaines sont tentés de dire, avec les officiers d 'Holopherne : « Comment mépriser le peuple des Hébreux dont les femmes sont si belles : Quis contemnat populum Hebrœorum qui tàm décoras mulieres habent?

L'esthétique sensualiste peut admirer Téclal du teint, la ré gularité des traits, le feu d'un œil noir et tous les avantages du type juif dans sa pureté ; mais l'esthétique plus élevée y chercherait vainement le divin rayonnement d'une âme, Texpression des sentiments nobles et délicats, qui rendent incomparable la beauté chrétienne. Les Juives du Maroc déploient beaucoup de luxe dans leur costume traditionnel, modifié pourtant chez les jeunes filles par les jupes à volants empruntées à l'Europe. Les perles et les diamants de la sfifa ou diadème et des alkhorsas ou larges pendants d'oreil les, les nbàils, les kholkhals, les khoualen, précieux anneaux qui entourent les bras ou les jambes au-dessus des chevilles et qui brillent aux doigts de la main, les broderies d'or du corsage des robes, les tissus de soie mêlée d'or représentent souvent, dans la toilette d'une Juive, une valeur de 5 ou 6,000 fr.

Mais que Tonne s'étonne pas. Les Juifs ont facile ment contracté depuis des siècles Thabitude de concentrer ainsi une partie de leur fortune dans les parures de leurs femmes, parce que ces parures d'un petit volume peuvent être aisément transportées ou cachées, quand une persécution menace de la confiscation ou du pillage. Ils se trouvent à Tabri d'une partie des vexations qu'ils redoutent, lorsqu'ils obtiennent le titre de protégés de quel que consulat européen; mais alors ils fatiguent les consuls d'incessantes réclamations et deviennent d'une morgue in supportable aux Juifs du commun. Je ne dirai rien de l'or gueil avec lequel les agents consulaires juifs endossent Thabit européen dans le mellah et coiffent la casquette ga lonnée d'or. Cet orgueil est bien naturel. 6. EutoPÉENS. — Les Européens , au nombre de 3 ou 400 à Tanger, n'atteignent peut-être pas un chiffre égal dans tout le reste du Maroc.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…