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HISTOIRE DE LA VILLE DE NIORT OUVRAGES DU MÈME AUTEUR HISTOIRE DES PRINCIPALES VILLES DE FRANCE, 1 vol. in-8° (Epuisé.) HISTOIRE DE FRANCE, 1 vol. in-8». (Epuisé.) TROIS ÉPOQUES DE L'HISTOIRE DE FRANCE, 1 vol. in-8". (Epuisé.) DUGUE-Cl.IX & JEANNE D'ARC, l vol. in-8». (Epuisé.) HISTOIRE DE LA RUSSIE & DE LA TURQUIE, 1 vol. in-8". (Epuisé.) HISTOIRE D'ANGLETERRE, 1 vol. in-8». (Epuisé.) GLOSSAIRE DU POITOU, DE LA SAINTONGE Sc DE L'AUNIS , précédé d'une introduction sur l'origine, le caractère, les limiles, la grammaire et la bibliographie du patois poitevin et saintongeais. 1 vol. grand in-8°, papier dit de Hollande. Prix : 12 francs. (Sur le point d'èlre épuisé.) DU CANGE. — Glossaire François, avec addition de mots anciens et une notice sur Du Cange. 2 vol. in-8°. Prix : 15 fr. LA CURNE DE SAINTE-PALAYE. - Dictionnaire historiqu.ï de l'Ancienne Langue Françoise, publié par les soins de L. Favre , avec le concours de M. Pojot, archiviste-paléographe. 10 vol. in-i''. l'rix : 3(10 fr.
SOUS PRESSE DU CANGE. - Lexicon-JIanuale Gi.ossarii mkdi.e et infi.m.e LAT1NITATIS. 2 vol. ín-4*. L Favre, éditeur, Niort. Lith. Vue Henri Echillet, Dior Saint-André de Niort, d'après hué Photographie. HISTOIRE DE LA VILLE NIORT DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'EN 1789 Tar L. FAVRE Membre de la Société des Antiquaires de France. NIORT TYPOGRAPHIE DE L. FAVRE iSSO la ABRÉVIATIONS A. H. V. = Archives de THòtel-de-Ville de Niort. A. H. V. — A. T. = Archives de THòtel-de-Ville. - Augier de Terraudière. A. H. V. - D. F. = Archives de THòtel-de-Ville. - Dom Fonteneau. A. T. = Augier de la Terraudière. C. A. R. = Cabinet de M. Abel Rardonnet. D. F. = Dom Fonteneau. S. S. D. S. = Société de Statistique des Deux-Sèvres. T. N. — A. T. = Thrésor de Niort, par Augier de la Terraudière. JUSTIFICATION DU TIRAGE 5î0 sur papier mécanique <l fr 100 sur papier mécanique fort 8 — 50 sur papier à bras 15 14 sur papier chamois 12 —
Introduction
i L'histoire d'une ville, qui n'a pas été capitale d'une pro vince, est d'habitude assez insignifiante et assez monotone. II n'en est pas ainsi pour Niort, qui possède des annales drama tiques d'un haut intérêt. Dans les temps les plus anciens, nous trouvons les premiers habitants des bourgades destinées à devenir la ville de Niort, adonnés à la pêche. Puis vient la culture des vignes, très répandue aux environs de Niort pendant le moyen âge. Enfin, la population se consacre au commerce ; la ville devient le grand entrepôt de l'Ouest; par la Sèvre, elle touche à la mer, et la navigation prend une extension qui lui donne Timpor tance d'un port maritime. Le commerce l'avait enrichie, et Tavait mise en contact avec ces populations libres et indépendantes des Flandres. Elle en avait pris le caractère remuant et énergique, aussi était-elle très attachée à ses privilèges municipaux.
C'est Aliénor qui a donné à notre ville la première charte municipale ; mais longtemps avant cette reine, Niort jouissait de droits précieux qui lui ont laissé ce fier sentiment de liberté que nous voyons subsister à travers les siècles. La charte de commune d'AIiénor ne fut pas obtenue, comme dans certaines localités, par la violence et par l'in surrection, mais par suite des bonnes relations de seigneurs à vassaux. Les comtes de Poitou avaient toujours aimé la ville de Niort et leur dernière héritière avait conservé un profond attachement pour la population niortaise. La charte de Rouen était très libérale. Niort devint une sorte de petite république, administrée par un maire et un corps municipal. Aussi, lorsque les agents de la royauté voulurent restreindre les droits de Téchevinage, que de luttes! luttes pacifiques, il est vrai, mais acharnées, longues et per sistantes.
Pendant plusieurs siècles, Niort combattit pour jouir du privilège de nommer directement son maire. On forçait les échevins à présenter trois candidats, mais ils n'obéissaient que par la force et toujours en réservant leurs droits. Ils ne souffraient aussi aucun empiétement de la part des gens du roi sur leurs privilèges. Nous voyons de fréquents conflits éclater entre Téchevinage et les officiers royaux. La commune sait qu'elle sera écoutée à la cour ; aussi, dès qu'une contestation survient , y envoie-t-elle une députation. Le budget de la ville est chargé de sommes remises à des échevins, qui vont à Paris se mettre en rapport direct avec le conseil du roi. Presque toujours ils obtiennent justice. La royauté met un grand empressement à donner satisfaction aux habitants de ses bonnes villes.
Nous reproduisons, dans notre récit, plusieurs lettres qui montrent les liens d'affection qui, à cette époque, rattachaient les rois aux populations. Ge n'est, certes, pas en pareils termes qu'aujourd'hui le chef de TEtat répond aux citoyens d'un conseil municipal. Tout se passe administrativement. C'est plus légal, nous le reconnaissons, mais ce que nous constatons, c'est que les li bertés municipales sont beaucoup moins grandes qu'autrefois. Pendant les guerres anglo-françaises, la population montra un courageux patriotisme, et ne se résigna jamais à accepter de bonne grâce la domination étrangère. Elle salua avec en thousiasme Tarrivée de Duguesclin, qui la délivra des Anglais, et, pendant plusieurs siècles, une procession célébra Ia date de cette délivrance. Encore de nos jours, le faubourg de la ville par où Duguesclin entra à Niort, porte le nom de Recouvrance.
Les habitants recouvraient leur nationalité et ils fondaient une cérémonie religieuse, pour en remercier Dieu. Les guerres protestantes jetèrent de profondes divisions parmi notre population. Cependant, les deux tiers des ha bitants restèrent attachés au catholicisme. La ville, successivement occupée par les catholiques et les protestants, eut beaucoup à souffrir. La révocation de Tédit de Nantes porta un coup terrible à Tindustrie et au commerce niortais. Plus tard, la perte du Canada fut une nouvelle cause de décadence. Cependant, plusieurs fabriques, surtout celles pour les draps, continuèrent à occuper un certain nombre d'ouvriers. M;tis ce ne fut plus celte ancienne prospérité que notre ville avait connue dans des temps meilleurs. C'est cette histoire que nous avons eu à tracer. Nous avons pris un vif intérêt au passé d'une ville à laquelle tant de sou venirs nous attachent, et nous avons écrit ce récit avec une véritable piété filiale; nous réjouissant des événements heureux et déplorant les catastrophes.
Nous avons été encouragé et soutenu dans notre travail par des hommes dont le concours nous a été très utile. Nous mettons, en première ligne, M. Abel Bardonnet, qui nous a fourni de précieux documents, et qui a mis k notre disposition sa vaste érudition historique. U nous a éclairé sur plusieurs points restés, jusqu'à lui, fort obscurs et sur lesquels il a fait la lumière. Nous avons beaucoup puisé dans les manuscrits de Dom Fonteneau, ce savant bénédictin qui, au milieu du siècle der nier, a pris copie d'un grand nombre de chartes de notre hôtel-de-ville, disparues pendant la Révolution. Nous avons consulté avec fruit les Mémoires de la Société des Antiquaires de TOuest, ceux de la Société de Statistique des Deux-Sèvres et les travaux de la Société des Archives de TOuest. N'oublions pas M. H. Briquet qui, le premier, nous a donné une histoire complète de notre ville, bien écrite et aussi exactement faite qu'il était possible, au moment où il Ta publiée.
Son fils, M. A. Briquet, possède toutes les qualités d'un excellent historien, et les Mémoires qu'il a V rédigés sont très remarquables. Nous avons aussi trouvé d'intéressants renseignements dans les ouvrages de M. Goujet et de M. Duval, qui ont marqué d'une manière si savante leur passage dans notre ville, l'un aux archives de notre département, l'autre k la bibliothèque publique de Niort. Nous exprimons notre profonde reconnans ince aux érudits de notre province, qui ont consacré leurs veilles et leurs études k Téclaircissement des points les plus importants et les plus ignorés de notre histoire locale. C'est à Taide de leurs recherches que nous avons pu exécuter ce travail, dont les plus grandes difficultés avaient été aplanies par nos devanciers. 111 En écrivant l'histoire de Niort, nous avons essayé de re tracer les événements dont cette ville a été le théâtre, et de montrer sa transformation k travers les siècles.
Nous avons aussi cherché k reproduire le caractère de la popula tion, les divers sentiments qui l'ont animée, les passions politiques et religieuses qui Tont si profondément agitée. Nous avons aussi tenu k enregistrer ou k analyser tous les docu ments de THôtel-de-ville qui offraient un certain intérêt, en n'oubliant pas de mentionner les noms des maires et des échevins qui prenaient part k ces délibérations. Nous avons pu ainsi reconstituer, en quelque sorte, la vie communale de notre cité. C'est principalement vers ce but que nos efforts ont tendu. Niort a été, de tout temps, une ville essentiellement muni cipale, Télément féodal n'y a jamais eu une forte action ; VI même sous la domination anglaise, le gouverneur n'exerçait qu'une faible influence sur Tesprit des habitants ; pour eux, tout pouvoir paraissait résider dans leur échevinage : ils aimaient ce corps privilégié ouvert à tous et où le moindre marchand, avec de Tintelligence, de Tordre, de l'économie et de la popularité, pouvait arriver.
Pendant plusieurs siècles, Téchevinage niortais ne s'est recruté que dans le commerce. Les noms que nous voyons figurer parmi les maires et les membres de THôtel-de-Ville appartiennent tous au négoce. Ce ne fut que plus tard, lorsque les échevins enrichis eurent abandonné leurs fabriques et leurs magasins pour recevoir des titres de noblesse et vivre sur leurs domaines plus ou moins vastes, que nous voyons les charges de THôtel-de-Ville occupées par une autre classe sociale. Ce sont alors les mé decins, les avocats, les régisseurs des propriétés de grands seigneurs ou d'abbayes, que nous voyons à Téchevinage. Ce sont eux qui prennent en mains les intérêts de la cité. Le commerce n'arrive plus que rarement k Téchevinage, mais il remplit avec distinction les honorables et difficiles fonctions de juges consulaires.
Le tribunal de commerce de Niort avait un haut renom de capacité et d'équité qu'il a, nous le disons avec une vive satisfaction, conservé jusqu'à nos jours. Nous espérons pouvoir publier prochainement la seconde partie de {'Histoire de Niort, qui comprendra le récit des événements depuis 1789 jusqu'à nos jours. Nous y ajouterons une biographie niortaise, les listes des maires et des juges consulaires, une bibliographie des ouvrages écrits sur Niort, l'histoire des monuments, et enfin une étude sur les mœurs, traditions et usages de nos aïeux. est difficile, nous le savons, d'aborder l'histoire contem poraine, surtout une histoire essentiellement locale, au milieu de questions de personnes qui s'agitent encore au moment où Ton écrit ; mais nous y apporterons une impartialité qui nous fera, espérons-nous, pardonner notre périlleuse ten tative.
HISTOIRE DE LA VILLE DE NIORT NOTICE. HISTORIQUE SUR LA VILLE DE NIORT. Nous avons cru devoir faire précéder Y Histoire de Niort d'un résumé des événements dont cette ville a été le théâtre. On aura ainsi, en quelques lignes, une idée de notre histoire locale. Reportons-nous par la pensée au commencement du vie siècle, et plaçons-nous sur le sommet de cette promenade du jardin public, d'où les regards embrassent un vaste et magnifique horizon. Au lieu de ce vieux donjon qui se dresse fièrement devant nous, de cette église de Notre-Dame qui lance sa flèche dans la nue , de ces quartiers populeux, de ces usines qui indiquent Tactivité et la richesse de notre ville, de ces nombreux jardins qui occupent le quartier de Bessac, nous ne verrons qu'Un spectacle triste et uniforme, partout devant nous la mer.
Oui, cet Océan dont les flots ne se brisent plus que sur les plages lointaines de la Charente-Inférieure, s'est étendu sur toute cette riche vallée de Bessac, s'est avancé jusqu'à notre place de la Brèche et même jusque tíans le vallon de Tartifume. A cette époque, où le promontoire de Saint- André et le plateau de Notre-Dame étaient séparés par un golfe large et profond, deux villages occupaient le sommet de ces coteaux. Vers le milieu du vie siècle, un de ces grands mouvements géologiques qui changent Taspect d'une contrée, eut lieu. Pen dant une nuit, les eaux de la mer se retirèrent subitement. Lorsque les premières lueurs du jour permirent aux habitants des deux villages de connaître la cause du bruit qui les avait arrachés à leurtsommcil, ils remarquèrent, à leur extrême surprise, que la mer avait disparu en laissant derrière elle un fleuve et des marais.
D'après plusieurs chartes, un château fut bâti, en 940, près de la Sèvre, dans le village de Niort. Au xme siècle, la bourgade de Niort, située dans TAunis, et la bourgade de Saint-André, qui dépendait du Poitou, furent réunies par une ceinture de murailles et ne formèrent plus qu'une seule cité. Saint-André , en perdant son nom, conserva son indépendance; cette bourgade s'administra par elle-même, elle ne devint la propriété d'aucune abbaye et ne subit même pas ["influence administrative des ducs d'Aquitaine ; elle dota Niort de ses institutions et de ses franchises, qui surent confirmées par Aliénor. La position de cette ville sur la Sèvre et les développements qu'acquérait son commerce, fixèrent ['attention des comtes de Poitou. Ils laissèrent subsister les anciennes franchises qui faisaient la fortune des habitants, et parvinrent à rendre Niort l'entrepòt des provinces du Poitou, de TAunis et de la Saintonge, où les étrangers vinrent s'approvisionner.
Aussi, les Niortais, pleins de reconnaissance pour les comtes de Poitou, ìThésitèrerit-ils point k passer sous la domination anglaise, lorsque Aliénor, leur duchesse, eut épousé Henri Plantagenet, qui devint roi d'Angleterre en 1154. Par ordre de cette reine, le château qui avait été incendié accidentellement en 1104, fut reconstruit. Aliénor lit plus encore, elle voulut consacrer par une charte la possession des anciennes franchises dont jouissaient les habitants. La charte qui établit la commune de Niort est de Tannée 1203. Après la mort de leur bienfaitrice , les Niortais restèrent fidèles au roi d'Angleterre; ils refusèrent même de reconnaître la confiscation des terres, faite parla couronne de France, sur Jean-Sans-Terre. Philippe-Auguste vint les assiéger à la tête d'une armée ; mais un habile capitaine les commandait, c'était Savary de Mauléon, sénéchal d'Aquitaine, qui força les troupes royales k lever le siège.
Louis VIII, le 15 juillet 1224, répara cet échec, en forçant Savary k capituler. Les rois de France comprirent qu'ils devaient s'attacher leurs conquêtes par des bienfaits. Louis IX, non-seulement confirma les privilèges de Niort, mais, par une charte dalée de Saint-Maixent en 1230, il déclara que Niort ne pourrait jamais sortir de la main des rois de France ou de leurs frères, sans le consentement des habitants. Toute la population n'eut cependant pas k se féliciter de cetle nouvelle domination. Un des plus populeux quartiers de la ville était habité par les juifs ; Alphonse, comle de Poitou, les chassa en 1249. Niort eut un port libre en 1285. Les habitants obtinrent lc privilège de transporter les marchandises sur la Sèvre jusqu'à Marans ; une portion du péage fut consacrée k Tentretien du canal et de la rivière, à la construction du port et aux réparations des murailles d'enceinte.
Ce fut en '1341 que la municipalité niortaise obtint de Jean, duc de Normandie et comte de Poitou, toutes les franchises de la charte concédée à la ville de Rouen. Les guerres anglo-françaises furent la cause de grandes calamités pour Niort. Après la bataille de Crécy, le comte de Derby Tassiégea; repoussé par Guichard d'Angle, ce comte fut obligé de se retirer, mais le traité de Brétigny livra la ville aux Anglais, et Jean Chandos vint s'y fixer. Le prince de Galles y réunit, sous sa présidence, Tassemblée générale des prélats et des seigneurs de sa principauté, pour leur faire voter Timpôt du fouage. Une vive opposition de la part des seigneurs du Midi le força d'ajourner son projet. Les malheurs de la guerre vinrent encore frapper la ville de Niort. Les habitants voulurent revenir sous la domination française, niais une armée anglaise prit la ville d'assaut et la livra au pillage.
Duguesclin les vengea. Après avoir battu les Anglais à Chizé, il fait revêtir ses soldats de casaques anglai ses et se présente devant Niort. La garnison, trompée par ce stratagème, lui ouvre ses portes et se trouve forcée de se rendre sans résistance. Le duc de Berry, frère de Charles V, reçut le comté du Poitou : c'était un prince intelligent, doux et bienfaisant ; il eut pitié de la détresse des Niortais dont la ville avait été ruinée par la dernière guerre, il les affranchit de tous les impôts, tailles et autres subsides ; puis il fit creuser le port dans Templacement où il se trouvait encore il y a quelques années, avant la construction du boulevard Main. L'ancien port s'étendait jusqu'à la rue Brisson. Niort, grâce à cette bienfaisante administration, recouvre promptement son ancienne prospérité, et l'expulsion complète des Anglais de France lui fait espérer toute sécurité pour un long avenir.
Cependant elle est entraînée dans les troubles de la Praguerie. Le Dauphin, plus tard Louis XI, conspire contre son père, et vient, en 1440, se réfugier à Niort auprès de son parrain, le duc d'Alençon. Cette révolte est promptement étouffée. Charles VII s'empare de la ville, livre au supplice plusieurs rebelles, et enlève à la commune ses droits et ses privilèges. Mais, dès Tannée 1442, Charles VII lui rend sa mairie, et lui accorde trois foires franches et royales, fixées au 5 février, au 6 mai et au 30 novembre de chaque année. Ce sont les seules foires importantes qui aient lieu encore dans notre cité. Une charte de 1443 rétablit les droits et privilèges des habitants de Niort. Louis XI, dès son avènement au trône, en 1461, s'empresse de témoigner aux bourgeois de Niort sa gratitude pourTappui qu'il avait trouvé autrefois près d'eux.
II commence par con firmer les privilèges de la commune ; puis il crée dans celte ville un siège royal, pour dispenser les habitants d'aller plai der à Poitiers. Enfin, dans le même mois, en novembre, la commune oblient des lettres patentes du roi Louis XI, contenant ano blissement héréditaire du maire, de douze échevins et de douze conseillers jurés de la maison commune de Niort, avec pouvoir à eux de tenir tous les fiefs, arrière-fiefs et autres droits noblement, sans payer aucune finance. Plus tard, en 1466, ils sont affranchis des tailles et aides. Sous François Ier, Calvin se rend en Poitou et commence à jeter les germes de sa doctrine, dans cette province qui devait subir de si horribles calamités pendant les guerres religieuses. Ce ne fut que sous François II, que le protestantisme fit de rapides progrès en Poitou.
Charles IX, pendant un voyage en Poitou, en 1565, donne des lettres patentes qui établissent à Niort une Cour consulaire, à cause de l'immense commerce qui avait lieu en cette ville, surtout à l'époque des foires royales. Les guerres de religion viennent interrompre la prospérité du commerce de notre ville. En 1568, d'Andelot pénètre en Poitou, à la tête d'une bande de calvinistes, opère sa jonction avec Coligny et menace Niort, qui se rend lorsque les batte ries sont établies pour ouvrir une brèche dans ses murs. La capitulation n'est point respectée, et des vengeances sont exercées par les vainqueurs, qui fusillent Etienne Texereau, curé de Notre-Dame. Les calvinistes fortifient Niort, y déposent des munitions, réparent les fortifications et en font un boulevard du protes tantisme en Poitou.
Les principaux chefs de la révolte s'y réunissent, et la reine de Navarre vient les visiter, afin de conférer avec eux sur les mesures à suivre pour assurer leur succès. II fut décidé qu'on saisirait les propriétés des couvents et qu'on les mettrait en vente. Le comte du Lude, gouverneur du Poitou, cherche à s'em parer de Niort ; il vient, avec 8,000 hommes, faire le siège de cette ville en 1569. Pluviault arrive, avec des renforts, au secours des assiégés , qui se défendent avec un courage héroïque. Le comte du Lude livre plusieurs assauts qui sont tous repoussés, et finit par lever le siège le 2 juillet 1569. Ce dévouement fut mal récompensé ; le 7 octobre, le gou verneur Labrosse évacue la ville avec la garnison, pour se retirer à La Rochelle. Le duc d'Anjou vient à Niort et traite les habitants avec humanité.
En 1575, Lanoue fait une tentative sur cette ville ; mais le comte du Lude, averti à temps, repousse les calvinistes. Niort devint le séjour des protestants, par suite du traité conclu avec ie duc d'Alençon, qui reçut en dépôt cina villes. Le roi de Navarre se réunit aux mécon tents le 4 février 1576. La rupture de Tédit de pacification force le roi de Navarre k se retirer k La Rochelle. La ligue fait alors de rapides progrès k Niort. Les protestants cherchent k s'emparer de cette ville. Saint-Gelais, qui a des intelligences dans la place, essaie d'y entrer pendant la nuit ; mais il échoue et ses partisans sont pendus. Ce chef est plus heureux en 1588 : par une nuit d'hiver, il pénètre dans la ville avec ses soldats, et s'en rend maître. Le roi de Navarre, heureux de ce succès, le nomme gouverneur de sa nouvelle conquête.
La garde du château est confiée k Parabère. L'église de Saint- André avait été en partie détruite pendant la lutte. Le roi de Navarre traite les Niortais avec la plus grande douceur et se concilie tous les esprits. L'éditde Nantes (1598) donne la paix k la France. Sous Louis XIII, les chefs des réformés du Poitou opè rent une prise d'armes ; mais ils sont vivement poursuivis par le roi, qui accourt k Niort, à la tête d'une armée. Apres avoir arrêté ses dispositions stratégiques, il se rend à Saint- Jean-d'Angély, qui est forcé de capituler. Pendant ce siège, un détachement de la milice bourgeoise de Niort se fait remarquer par sa bravoure, ce qui lui vaut le titre de régiment de Royal-Niort. 1603. — La peste éclate k Niort pendant la foire de mai. Le maire et les membres de Téchevinage prennent des mesures hygiéniques pour arrêter Tépidémie qui dure jusqu'au mois de décembre. 1604. — Par suite des guerres et de la peste, la misère est si grande à Niort qu'un arrêt du Conseil d'Etat décharge les habitants des sommes dont ils peuvent être redevables poulies denrées de subventions. 1609. — Des commissaires divers viennent à Niort pour dresser une liste des fiefs possédés par les gens tenans la mai son commune de Nyort, afin de les maintenir dans la continuation des immunités et exemption de paiement des francs-fiefs et nouveaux acquêts. 16io. — Lc 20 mai, lc maire convoque les principaux habitants en assemblée extraordinaire dans la maison com mune, pour les informer de Tassassinat d'Henri IV et de Tavénement de Louis XIII.
La réunion acclame le nouveau roi et la régente. 1612. — Lutte très vive entre le lieutenant du roi et les membres de Téchevinage. 1613. — Au mois de juin, un nuage de grêle dévaste les environs de la ville. Les jardins, les vignes, les champs ont leurs produits anéantis. Plusieurs personnes, surprises dans les champs par la grêle, sont grièvement blessées. M. de Parabère,' gouverneur de la ville, dont Tadministra tion était très aimée, donne sa démission. II est remplacé par son fils, Henri de Beaudéan, vicomte de Parabère. 1615. — Le 30 juillet, Louis XIII envoie ordre aux habi tants de Niort de faire bonne garde aux portes de la ville, afin d'empêcher qu'elle ne soit prise par les partisans du prince de Condé. 1617. — Etablissement des Pères de TOratoire k Niort, par les soins de Jacques Gasteau.
La maison ne fonctionna qu'en 1624. 1620. — Un commerce très considérable s'établit entre le Canada et Niort; notre ville fournissait k cette colonie de grosses draperies et recevait, en échange, des peaux pour ses tanneries et ses mégisseries. Par reconnaissance et pour montrer son union avec le Canada, notre ville ajoute, en sup port k ses armoiries, deux sauvages canadiens. 1621. — Le 23 mai, séjour de Louis XIII k Niort jusqu'au 1er juin. Une compagnie de la milice bourgeoise de Niort se fait remarquer pendant le siège de Saint- Jean d'Angély et oblient, en récompense de sa bravoure, le titre de régiment de Royal- Niort. Ce régiment était composé en nombre égal de catholi ques et de protestants. Le 23 avril 1621, Louis X1U, après avoir défait l'armée de Rohan-Soubise, se rend k Niort et forme un conseil de guerre pour juger les prisonniers.
La reine-mère vient rejoindre son fils. Les Niortais catholiques adressent au roi une liste de leurs griefs contre les protestants, et reçoivent ['assurance qu'il sera fait droit k leurs réclamations. 1623. — Louis XIII envoie k Niort deux commissaires pour faire une enquête sur les griefs réciproques des catholiques et des protestants. Les commissaires recommandent aux deux parties la conciliation. Une émeute a lieu dans les premiers jours de décembre 1623, au sujet de la cherté des grains. Des violences sont commises par des femmes contre des marchands de blé. Le Père Calixte excite la population contre les détenteurs de grains. Des émeutes ont lieu en janvier 1624 ; le maire est insulté. Des mesures énergiques amènent des arrestations el rétablissent Tordre. Les esprits se calment. 1625. — Louis XIII, informé des préparatifs d'un soulève ment de la noblesse du Poitou, écrit au corps de ville de Niort pour le mettre en garde contre les entreprises des pro testants.
Pendant le siège de La Rochelle, six compagnies atteintes de maladies contagieuses, sont envoyées k Niort, malgré les protestations des habitants, qui sont frappés de très dures réquisitions. 1649. — Le corps de ville de Niort se prononce pour les frondeurs, mais se tient prudemment k Técart, sans agir en leur faveur. 1650. — La misère est grande k Niort. Elle est produite par la décadence du commerce qui a deux causes : d'abord, la mauvaise fabrication des draps, ensuite la noblesse accordée aux membres de Téchevinage, k condition qu'ils renonce raient au commerce. L'industrie est abandonnée, et cinq mille habitants de Niort sont inscrits pour recevoir des aumônes. 1663. — Le maire de Niort fait dresser la nomenclature de tous les droits dont jouissaient les membres du corps de ville. 1672. — Un synode protestant est tenu k Niort. 1674. — Cinq compagnies du régiment Royal-Niort sont envoyées sur les côtes des Sables-d'Olonne, pour s'opposer au débarquement des troupes espagnoles.
Ces compagnies se font remarquer par leur bravoure. 1681. — Le nombre des échevins est réduit, afin de diminuer les exemptions d'impôts. Une ordonnance de Louis XIV approuve la création d'un hôpital-hospice k Niort. 1685. — Par suite de la révocation de Tédit de Nantes 4,000 protestants niortais quittent la ville. 1692. — Une ordonnance royale enlève k la ville le droit d'élire son maire. Cette nomination est réservée au roi. Ce droit est rendu à la ville en 1711. 1698. — De grandes fêtes sont célébrées à Niort à l'occasion de la paix de Ryswyk. 1718. — Etablissement d'un tarif d'octroi. 1725. — Suppression de la mendicité. 1730. — Création d'une garde bourgeoise. 1747. — La Sèvre déborde et détruit tous les ponts. 1750. — Le champ-de-foire est transporté sur la place de la Brèche. 1752. — Construction des casernes. 1760. — Perle du Canada ; ruine du commerce d'expor tation de Tindustrie niortaise. (Voir, pour la suite des faits historiques, page 455 >
Chapitre I
Sommaire. — Niort et ses divers quartiers. — Situation de Niort au point de vue géologique. — Aciennes traditions sur les deux bourgades qui ont formé la ville de Niort. — Opinion de M. Ritter sur Templacement des demeures souterraines des premiers habitants du sol niortais. — Rapport de M. A. Monnet et lettre de M. R. Fillon sur les découvertes d'antiquités faites dans les jardins de Ressac. — Examen des divers systèmes sur l'étymologie du nom de Niort. La ville de Niort, chef-lieu du département des Deux- Sèvres, a de tout temps été la seconde ville du Poitou. Elle est à 428 kilomèlres de Paris, 76 de Poitiers, 64 de La Rochelle, 132 de Nantes et 144 de Bordeaux. Cette ville est placée sur la rive gauche de la Sèvre. Un seul de ses fau bourgs, celui de Fontenay, est sur la rive droite. Elle est située sur deux collines, et le vallon qu'elles forment divise la ville en deux parties presqu'égales.
Le quartier de Saint- André s'étend sur la colline nord-est et le quartier de Notre- Dame couvre la colline sud-ouest. Les voies d'accession ouvertes en 1856, afin d'établir des communications avec la gare du chemin de fer, ont permis de créer le quartier de Saint-Hilaire, k Test de la ville. Pour accorder une compensation au faubourg du Port, qui perdait la navigation de la Sèvre et le mouvement commercial dont il était en possession depuis un si grand nombre de siècles, on lui donna la paroisse de Saint-Etienne, avec Tespoir d'une église qui est encore k construire et de nouvelles rues qui restent à Tétat de projet. La partie la plus commerçante de la ville occupe le vallon qui existe entre les deux collines. C'est le point le plus central ; il a possédé les halles couvertes, abattues en 1793, et il était près de THôtel-de-Ville, du Château et de l'ancien port.
Si nous examinons la situation de Niort, au point de vue géologique, nous voyons que cette ville est au centre d'un bassin formé par deux petites chaînes de montagnes. Le sol est calcaire et argilo-calcaire. II appartient aux terrains jurassiques. Dans le quartier de Saint-André, le sol est en général calcaire ; cette partie de la ville est construite sur un rocher. Le quartier de Notre-Dame est argilo-calcaire. Dès Belle-Ile se montrent les terrains d'alluvions qui forment les riches marais de la Sèvre. M. Cacarié, dans son étude géologique sur les Deux-Sèvres, donne cette description du terrain sur lequel est construite la ville de Niort : « Oolilhe inférieure ; carrières importantes « ouvertes dans ce terrain ; alluvions dans le lit de la Sèvre. » M. A. Brun, qui a passé une partie de son existence dans les carr-ières de Niort, a publié un mémoire géologique où il constate que les dernières couches de Toolithe inférieure sont celles qui se montrent à la surface du sol de Niort à Echiré.
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