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\._1 LA FRANGE Sites, Monuments . KicljessíS «t Souu«ttrs PAR C. FALLET ROUEN MÉGARD ET C", LIBRAIRES-ÉDITEURS BIBLIOTHÈQUE MOBALE DE LA JEUNESSE ncLii.i AVEC APPROBATION. Titre !.. Kécolte du fiui Bucpê ito.ni a c» LA FRANCE SITES, HONDMENTS, RICHESSES ET SOUVENIRS PAR C. FALLET ROUEN MÉGAHD ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS Propriété des Ecu leurs. Les Ouvrages composant la Bibliothèque morale île la Jeunesse ont été revus et admis par un Comité d'Ecclésiastiques nommé par Son Éminence Monseigneur le Cardinal-Archevêque de Rouen. L'Ouvrage ayant pour tilre : La France , a été lu el admis. La PrèsîtWHl lin CmnîU AVIS DES ÉDITEURS Les Éditeurs de la Blbll othèque morale de la Jeune»»» ont pris tout à fait au sérieux le titre qu'ils ont choisi pour le don ner à cette collection de bons livres. Ils regardent comme une obligation rigoureuse de ne rien négliger pour le justifier dans toute sa signification et toute son étendue.
Aucun livre ne sortira de leurs presses, pour entrer dans cette collection, qu'il n'ait été au préalable lu et examiné attentivement, non-seulement par les Éditeurs, mais encore par les personnes les plus compétentes et les plus éclairées. Pour cet examen, ils auront recours particulièrement à des Ecclésiastiques. C'est à eux, avant tout, qu'est confié le salut de l'Enfance, et, plus que qui que ce soit, ils sont capables de découvrir ce qui, le moins du monde, pourrait offrir quelque danger dans les publications destinées spécialement à la Jeunesse chrétienne. Aussi tous les Ouvrages composant la Bibliothèque morale île la Jeunesse sont-ils revus et approuvés par un Comité d'Ecclésiastiques nommé à cet effet par Son Eminence Mon seigneur le Cardinal-Archevêque de Rouen. C'est assez dire que les écoles et les familles chrétiennes trouveront dans notre collection toutes les garanties désirables et que nous ferons tout pour justifier et accroître la confiance dont elle est déjà l'objet.
AVANT-PROPOS -^S-SÔ©^ La France.... Voilà, lecteurs aimés, un titre qui nous effraierait , si l'espoir de vous être utile ne nous rendait toute tâche agréable et douce. N'est-ce pas, en effet, entreprendre un grand travail que de vouloir réu nir en un volume ce qui pourrait en former dix , et éviter autant que possible la sécheresse qui est le dé faut ordinaire des résumés? Nous n'osons nous flatter d'y avoir complètement réussi; mais ce dont nous sommes sûr, c'est que si ce livre vous paraît si sérieux, que vous le fermiez après en avoir lu les premières pages, vous le rouvrirez plus d'une fois, et que longtemps après avoir terminé vos études, vous le consulterez encore. On oublie vite même ce qu'on a le mieux su , et l'on est heureux de pouvoir se le remettre en mémoire sans de longs et laborieux efforts.
Chapitre I
<<»î> LES GAULOIS. Les Romains donnaient le nom de Gaule à la partie occiden tale de l'Europe comprise entre les Alpes , la Méditerranée , les Pyrénées, l'Océan et le Rhin. Ce pays, moins la Belgique, une partie des États sardes et de la Suisse, forme aujourd'hui la France. Comme presque tous les peuples, les Gaulois tenaient à honneur de faire remonter bien haut leur origine. Les premiers histo riens de la Gaule prétendent qu'elle a été peuplée deux ou trois siècles seulement après la création du monde ; d'aulres se contentent de dire qu'après le déluge , l'arche s'arrêta non loin de l'embouchure de la Loire, sur les côtes de l'Armorique. D'autres encore font venir les Gaulois des rives du Scamandre et du Simoïs, et leur donnent la même généalogie qu'aux héros d'Homère. Mais l'opinion des auteurs consciencieux est que la Gaule fut peuplée par les Celtes , lors des grandes migrations par lesquelles les descen dants de Noé , devenus trop nombreux pour que la terre où ils étaient nés pût leur suffire , s'avancèrent d'Orient en Occident et envahirent toute l'Europe.
L'histoire parle pour la première fois des Gaulois au vi" siècle avant Jésus-Christ. C'était un peuple vaillant , fier , impétueux , avide de dangers et de gloire, se plaisant à lutter contre les ani maux féroces et contre les éléments aussi bien que contre les hommes, méprisant souverainement la mort et marchant au com bat la poitrine nue et la tête couronnée de fleurs. Toujours armés pour la guerre ou pour la chasse , ils aban donnaient aux esclaves la culture des terres ; et leur pays , si fertile aujourd'hui, n'était couvert que de forêts, de bruyères et de marécages, parmi lesquels se montraient à peine quelques ché tives moissons. Les faînes du hêtre et les glands du chêne, joints au produit de leur chasse , furent longtemps leur principale nourriture. Versl'an 587 avant Père chrétienne, deux jeunes chefs gaulois, Bellovèse et Sigovèse, séduits par l'amour des aventures, entraî nèrent sous leurs enseignes un grand nombre de leurs compa triotes vers de nouveaux climats.
Bellovèse conduisit ses guerriers à travers les Alpes, descendit dans les riches campagnes qui forment à présent la Lombardie , et qui prirent alors le nom de Gaule cisalpine. Deux siècles plus tard , 30,000 de ces Gaulois pénétrèrent en Étrurie (Toscane ), sous les ordres de leur brenn (chef), et assié gèrent Clusium. Cette ville demanda du secours à Rome, qui déjà s'essayait à sa grandeur future. Rome envoya des ambassadeurs vers les Gaulois , pour savoir de quel droit ils envahissaient l'Etrurie. — Le droit des hommes vaillants est dans leur épée, répondit fièrement lebrenn. Les Romains n'en avaient pas d'autres sur les terres qu'ils ont conquises. Les ambassadeurs prirent parti contre les Gaulois, et , dans une sortie, l'un d'eux tua un chef ennemi. Le brenn furieux prit le chemin de Rome, tailla en pièces une armée sur les bords de l'Allia, entra en maître dans la ville et la livra aux flammes.
Une autrefois encore, les Gaulois cisalpins marchèrent contre Rome, entraînant tout sur leur passage ; et telle était la terreur qu'ils inspiraient, que, pour conjurer l'oracle annonçant qu'ils devaient prendre encore possession du sol romain, les pontifes enterrèrent tout vif un Gaulois et une Gauloise. Malgré cette in terprétation des livres sibyllins, la prophétie faillit se réaliser, et il ne fallut pas moins de trois armées bien disciplinées pour triompher de la téméraire valeur des Gaulois. Tandis que Bellovèse se fixait en Italie, son frère Sigovèse conduisait ses compagnons dans les plaines de la Germanie. De là, cette race belliqueuse s'avança vers la Macédoine, se répandit dans la Thessalie, et roula vers la Grèce cornme un torrent dé bordé. Ces géants qui, pour combattre, ne gardaient d'autres vêtements que leurs armes, leurs colliers et leurs bracelets d'or, qui fondaient sur leurs adversaires en jetant des cris et des hur lements, portaient partout la consternation.
Ils forcèrent les Ther mopyles, franchirent le mont Œta et parurent devant Delphes. C'en était fait des trésors amassés dans le temple d'Apollon, si les dieux, disent les Grecs , n'étaient descendus sur les nues en flammées pour disperser eux-mêmes ces rejetons des Titans. Les Gaulois pénètrent dans la Thrace , ravagent la ville de Byzance, s'allient à Nicomède, lui conquièrent la Bithynie et reçoivent en récompense la permission de s'établir dans les pays voisins, auxquels ils donnent, en souvenir de la mère-patrie, le i.om de Galatie Ils se firent une si haute réputation de valeur, qu'on les regarda comme invincibles et qu'il n'y eut pas d'armée complète sans un corps de Gaulois. Ptolémée, Agésilas, Annibal , Mithridate les comptèrent parmi leurs soldats, comme le gage assuré de la victoire.
Alexandre le Grand apprit à les connaître, quand, au milieu des pompes de Babylone, il leur demanda ce qu'ils crai gnaient le plus. — Nous craignons que le ciel ne tombe, répondirent les Gau lois. Excepté cela, nous ne craignons rien. Les Romains, vainqueurs en Macédoine , en Grèce, en Asie, en Afrique, en Espagne, rêvèrent enfin la conquête des Gaules. Après avoir soumis la Gaule cisalpine, qu'ils appelaient aussi Gallia to gata, parce que ses habitants avaient adopté la toge romaine , ils réduisirent en province la partie de la Gaule transalpine qui s'étend depuis le lac de Genève jusqu'à la Méditerranée. Cette partie se nommait Gallia braccata, les Gaulois qui la peuplaient portant des braies ou bragues, sorte de jaquette courte attachée à chaque cuisse par un cordon. II ne restait plus de libre au temps •le César que la Gallia comata, dont les habitants avaient la che velure longue et flottante.
Ceux-ci étaient nombreux et difficiles à vaincre. César entreprit de les dompter et de se servir d'eux ensuite pour s'élever un trône sur les ruines do la république. Asservir des hommes qui se battaient pour le plaisir de se battre, qui se riaient de la souffrance et de la mort, au point de se croiser les bras au milieu de leur cabane dévorée par l'incendie et d'attendre en riant que la flamme les atteignît, au point de vendre leur sai g pour quelques bijoux ou pour un peu de vin qu'ils distribuaient à leur famille ou à leurs amis avant de mourir asservir de tels hommes eût été impossible, même au cénie de ls! César, si les divisions intestines ne lui fussent venues en aide. Les nobles , jaloux de l'immense pouvoir des druides, auxquels* ils devaient obéir comme les derniers du peuple, favorisèrent la conquête.
Les druides étaient les prêtres des Gaulois; ils habitaient les profondeurs inaccessibles des forêts, décidaient de la paix et de la guerre, faisaient les lois et rendaient une justice sans appel. On n'arrivait à la dignité de druide qu'après de longues études et de sévères épreuves. Le chef de ce corps était en réalité le souverain de la Gaule. Les druides défendaient par un secret inviolable les mystères de leur culte au vulgaire, et ces Gaulois, si braves de vant l'ennemi , ne pénétraient qu'en tremblant sous la voûte obscure des forêts où se célébraient les sacrifices. Les nobles formaient la seconde classe; ils bâtissaient leur demeure au bord d'une rivière , au sommet d'un rocher ou au milieu d'un marais. Seuls ils avaient part avec les druides au gouvernement de la nation. Les trois autres ordres se composaient des soldures, qui se mettaient , ainsi que leur nom l'indique, à la solde d'un chef mi litaire; des clients, qui dépendaient des nobles, comme, dans l'an cienne Rome, les plébéiens dépendaient des patriciens; enfin des esclaves.
II y avait chez les Gaulois peu d'esclaves proprement dits, les prisonniers de guerre étant impitoyablement massacrés pour la plupart; mais les débiteurs y devenaient esclaves de leur créanciers et ne recouvraient la liberté qu'après s'être acquittés. Le patron devait protéger ses clients, faire respecter leurs droits, les s co :rir dans leurs besoins, servir de père à leurs enfants orphelins ; les clients payaient la rançon de leur patron , s'il étail fuit prisonnier, fournissaient une dot à ses filles, s'il était pauvre, et contribuaient aux frais nécessités par les fonctions publiques, quand il y élait appe'é. Ces rapports se nommaient pacte d'amiti*'-, et les clauses en étaient strictement observées chez les Gaulois. Le grand nombre des clients faisait la gloire du patron, et le dévouement qu'il leur inspirait était tel , que, s'il venait à périr de mort violente, beaucoup d'entre eux s'empressaient de le suivre dans l'autre monde, afin qu'il n'y fût point privé de leurs services et qu'eux-mêmes y jouissent encore de sa protection.
Ce sacr.fb e était souvent imité par la femme et les enfants du défunt et venait de la ferme croyance à l'immortalité de l'àme. Ce dogme était enseigné par les druides, ainsi que l'unité de Dieu ; mais ils adoraient cet Être infini sous les diverses manifes tations de sa puissance : le soleil, la lune, l'eau et le feu. Les ovates, qui formaient le second ordre des prêtres, étaient chargés des sacrifices. Ils lisaient l'avenir dans les astres , dans le vol des oiseaux , et quelquefois dans les entrailles palpitantes des victimes. Les prisonniers de guerre étaient im molés à Teutatès, sur les autels des forêts. Ces autels , qu'on trouve encore dans plusieurs provinces et principalement en Bre tagne, étaient des tables de pierre, sur lesquelles on couchait la victime ; le druide invoquait le soleil levant, et l'ovate, armé d'un couteau de pierre, lui portait le coup mortel.
II n'était pas rare que des Gaulois demandassent à partager le sort de ces prison niers, afin d'offrir à la terrible divinité un sanj qui lui fût plus agréable. Les bardes, qui occupaient le troisième rang dans la hiérarchie druidique, parcouraient les pays et suivaient les armées, en chan tant les exploits des héros. Les druides étaient habiles dans l'astronomie et, disait-on , dans la médecine. Mais la crédulité superstitieuse des peuples leur attribuait gratuitement cette dernière science. Le gui de chêne était regardé chez les Gaulois comme la panacée univer selle. Le gui croît rarement sur le chêne. On le cherchait quelquefois longtemps à travers les forêts, et quand on l'avait trouvé chacun attendait impatiemment que le jour fixé pour le recueillir fût arrivé. Cette fête , la plus grande du culte druidique, se célébrait au milieu des transports de la joie du peuple.
Le druide, vêtu d'une robe de lin d'une blancheur éclatante, serrée par une ceinture de lames d'or, la tète couronnée de lierre, les bras chargés d'ornements précieux, montait sur l'arbre privi légié et détachait avec une faucille d'or la plante incomparable. On la recueillait dans une nappe blanche, dont quatre druides tenaient les coins, et on l'emportait avec de mystérieuses cérémonies , après avoir immolé, au pied du chêne, deux jeunes taureaux blancs, en signe de réjouissance. Le gui était la propriété des druides ; ils rappelaient le rameau des spectres, l'épouvantail de la mort, et le vendaient chèrement. Le druidisme avait aussi ses prêtresses. Elles faisaient vœu de virginité comme les vestales. Les plus célèbres habitaient l'ile de Sein, sur cette partie des côtes de la Bretagne que battent sans cesse les flots irrités.
Elles étaient au nombre de neuf. Le front armé d'une couronne de verveine, cueillie au sixième jour de la lune, chastement drapées dans de longues tuniques blanches à ceinture d'or, ces prêtresses annonçaient l'avenir, et plusieurs même en demandèrent le secret à l'agonie des victimes. On les révérait à l'égal des druides, on leur attribuait le pouvoir de soulever ou de calmer les tempêtes, de hâter par leurs chants le retour du printemps, et de répandre à leur gré sur une contrée l'abondance ou la stérilité, la santé ou la maladie. Les fées, auxquelles on a cru si longtemps et auxquelles nous n'oserions affirmer que personne ne croit plus dans notre beau pays de France, ne doivent pas avoir eu d'autre origine. Quand César pénétra dans les Gaules, les mœurs s'y étaient beaucoup adoucies : les vainqueurs ne massacraient plus leurs prisonniers, les druides ne les immolaient plus, et, sauf de rares circonstances, les malfaiteurs seuls étaient sacrifiés par les ovates.
Le droit de vie et de mort que les Gaulois s'étaient d'abord attri bué sur leurs femmes et sur leurs enfants n'existait plus; mais leur antique valeur n'avait pas reçu la moindre atteinte. Chacun était libre de s'enrôler pour les expéditions lointaines ; mais la défense du pays était un devoir sacré dont rien ne pouvait dis penser un Gaulois. César dénoua le faisceau qu'il ne pouvait rompre : il souffla l'ambition, la haine, le désir de la vengeance au sein des tribus , excita leurs chefs les uns contre les autres, et alluma la guerre civile sur la noble terre qu'il voulait asservir. Ses armées firent le reste ; mais il ne leur fallut pas moins de dix ans pour réduire la Gaule en province romaine. La conquête achevée, les Gaulois échangèrent la gloire des armes contre celle des sciences et des arts; après avoir cueilli les lauriers de la valeur, ils moissonnèrent les palmes du génie.
Les écoles fondées dans leurs pays devinrent célèbres, et ceux de leurs enfants qui se rendirent à Rome y brillèrent par leur savoir et leur éloquence autant que par leur bravoure. Les forêts abattues, les marécages desséchés, les landes défri chées cédèrent la place aux gerbes dorées et aux pampres fer tiles ; des routes furent tracées, des fleuves rendus navigables, des aqueducs creusés, des cités construites et ornées d'édifices si majestueux , que nous en contemplons encore les ruines avec respect. Les dieux de Rome refoulèrent le druidisme au fond de la sauvage Armorique ; les vaincus prirent les mœurs et la langue des vainqueurs, et pendant quelque temps les merveilles opérées sous leurs yeux par la civilisation les consolèrent de leur asser vissement. La plupart de leurs guerriers enrôlés sous les aigles romaines s'enivraient des triomphes des Césars; mais les empereurs ne surent pas se contenter du tribut de ce sang Généreux que lui payait volontiers la Gaule; ils l'écrasèrent d'impôts et ré duisirent ses habitants à la misère et à l'esclavage.
Les druides, derniers défenseurs de l'indépendance gauloise, soulevèrent à diverses reprises les populations de l'Ouest. A leur voix, chacun redevenait soldat et marchait àl'ennemi, en répétant la vieille devise celtique : Vaincre ou mourir. Sous le règne de Yespasien, la prcpbétesse Velléda ayant annoncé que l'empire des Gaulois succéderait à celui des Romains, le peuple asservi courut aux armes et se donna pour chefs Civilis et Sabinus. Les Romains achetèrent Civilis et Yelléda, et , ne pouvant corrompre Sabinus , ils mirent sa tête à prix , après l'avoir vaincu. Sabinus se réfugia dans un souterrain ; la belle Éponine, qu'il venait d'épouser, s'y enferma avec lui et y mit au monde deux enfants. Pendant dix ans, les proscrits échappèrent à toutes les recherches ; mais au bout de ce temps, ils furent découverts.
Éponine implora la clémence de Vespasien et lui dit, en lui montrant ses enfants : — César, je les ai allaités dans les tombeaux, afin que plus de suppliants vinssent embrasser tes genoux. L'empereur ne fut touché ni du dévouement de la noble Gau loise, ni des prières de ses enfants, et la seule grâce que pût obtenir Éponine fut de partager le supplice de Sabinus. Malgré les persécutions dirigées contre eux, les druides conservèrent une autorité et un prestige qui ne cédèrent qu'à la pure lumière de l'Évangile. Les Gaulois reçurent avec transport les su blimes enseignements de cette religion nouvelle, qui promet une éternité de bonheur en échange des peines d'un jour, qui relève l'homme à ses propres yeux, en faisant du pauvre et du vaincu l'égal du riche et du vainqueur, et en apprenant à tous ce que c'est que la véritable liberté et la véritable grandeur.
Les pieux apôtres du christianisme parcouraient les villes et les campagnes, portant partout la bonne nouvelle; ils mouraient avec joie pour la défense des vérités qu'ils annonçaient, et la parole sainte, arrosée de leur sang, produisait des fruits abon dants. Le culte des dieux de Rome fut abandonné, et les Gaulois retrouvèrent, pour braver les édits des Césars, l'héroïsme avec lequel leurs ancêtres affrontaient les souffrances et la mort. Sousles premiers empereurs chrétiens, la Gaule jouitde quelque repos; mais bientôt la prospérité de ses villes et la fécondité de son sol attirèrent des nuées de barbares qui fondirent sur elle comme des oiseaux de proie. Les Suèves, les Alains, les Bour guignons, les Visigoths , la couvrirent de sang et de ruines; puis vinrent, du fond de la Germanie, les redoutables guerriers qui devaient la subjuguer et en faire, sous le nom de France, la contrée la plus riche, la plus florissante et la plus glorieuse de l'univers.
Chapitre II
<fj<-î=> LES ROIS FRANCS. L'origine des Francs n'est guère plus certaine que celle des Gaulois. Selon les uns, ils appartenaient à la grande race cel tique, venue d'Asie; selon les autres, il .5 descendaient des Troyens; selon d'autres, enfin, ils étaient les fils de ces belli queux Gaulois conduits par Sigovèse dans les vastes pays d'outre- Rhin. Cette dernière opinion parait justifiée par les divers traits de ressemblance qui existaient entre les peuplades franques et les anciens Gaulois. Les Francs avaient la taille élevée, le teint blanc, les yeux étin celants, les cheveux blonds et flottants ou tressés en longues nattes , la barbe épaisse et la voix terrible. Rien n'égalait leur bravoure et leur audace , si ce n'est leur amour pour la gloire et la liberté. Pasteurs, ils chassaient devant eux de grands troupeaux, dont le lait était leur principale nourriture; guerriers, ils se faisaient céder les gras pâturages et les riches plaines dont ils avaient besoin.
Le plus brave d'entre eux était leur chef; ils rele vaient sur un bouclier, le portaient en triomphe autour du camp, et, de ce moment, il les conduisait au combat. Ils allaient à la rencontre de l'ennemi en chantant les exploits des héros, ils l'attaquaient en jetant des cris, maniaient avec autant de force que d'agilité une lourde hache à double tranchant, qu'ils appelaient francisque, et , se faisant un point d'appui de leurs longues framées, ils franchissaient d'un saut d'énormes distances et tombaient comme la foudre au milieu de leurs adversaires. Les guerriers se couvraient de la dépouille des animaux qu'ils avaient tués à la chasse; les femmes en ornaient aussi leurs robes ; mais, comme les hommes, elles avaient la tête et les bras nus et la poitrine découverte. Elles se servaient de la lance avec adresse; souvent elles paraissaient dans la mêlée et animaient les soldats parleurs exemples et leurs discours.
Les Francs traitaient les femmes avec respect ; ils écoutaient leurs conseils et croyaient qu'elles voyaient de loin les choses de l'avenir. Ils reconnaissaient un Dieu créateur; ils ne lui offraient pas de sacrifices humains, comme les Gaulois; mais ils l'ado raient dans le souffle des tempêtes, dans la profondeur des forêts et dans toutes les magnificences du ciel et de la terre. La mort était pour eux le passage à une vie meilleure; ils s'y exposaient sans crainte et la recevaient en riant. On enterrait avec le guerrier son cheval de bataille et ses armes ; ses compagnons remplissaient leurs casques de terre, la jetaient sur son corps et plantaient un étendard au sommet de cette pyramide. On ne pleurait pas longtemps ses parents ou ses amis , mais on ne les oubliait pas, et l'on parlait d'eux comme d'absents qu'on devait bientôt revoir.
La première invasion des Francs dans les Gaules remonte à l'an 238; ils furent repoussés; mais ils revinrent à la charte et plusieurs de leurs tribus s'établirent sur les bords du Rhin. Les traités qu'ils conclurent à diverses reprises avec les Romains, les courses qu'ils firent sur le territoire de la Gaule les civilisèrent peu à peu, et leur donnèrent avec les peuples qu'ils devaient subjuguer une certaine conformité d'habitudes, dont il y a moins à s'étonner, s'ils avaient les uns et les autres la même ori gine. Vers l'an 420, Pharamond, chef des Francs, renouvela les ten tatives de ses prédécesseurs , mais sans les voir couronnées d'un grand succès. Clodion, son fils., franchit le Rhin, traversa la forêt qui couvrait le Hainaut et le Brabant, surprit Cambrai, battit les Romains à Tournai, s'empara de cette ville et continua sa marche vers la Somme.
Mais pendant que les Francs célébraient les fian çailles d'un jeune chef, Aétius fondit sur eux à la tête d'une nom breuse armée. Clodion vit périr son fils aîné et ne put survivre à sa douleur. Mérovée, son second fils, s'unit à ce même Aétius, pour re pousser le farouche Attila, roi des Huns, et les Francs firent preuve dans ce combat de la plus admirable valeur. Childéric, jeune et beau, se laissa séduire par l'amour du plaisir; il quitta la tunique et la cuirasse des guerriers pour des vê tements de pourpre; il parfuma ses longs cheveux et les enve loppa de réseaux de perles. Les Francs s'en irritèrent et voulurent chasser ce prince, indigne de les gouverner. Yiomade, ami de Childéric, lui conseilla de se rendre à la cour du roi de Thuringe , et, rompant en deux une pièce d'or, il lui en remit la moitié, en lui disant que, quand un messager lui porterait l'autre, les Francs attendraient son retour.
Le Romain Égidius remplaça Childéric. Viomade gagna la con fiance de cet étranger ; il lui inspira des actes qui le rendirent odieux et firent regretter aux Francs le fils de Mérovée. Childéric reçut alors des mains d'un inconnu la moitié de la pièce d'or, revint au milieu de ses sujets et sut effacer les fâcheuses impressions qu'avait produites sur eux sa jeunesse efféminée. Mais voici le fondateur de la monarchie française, voici le héros sicambre qui s'avance à la tète de ses vaillants soldats. II n'a que vingt ans; mais la gloire est sa seule passion, et les anciens de la nation admirent sa sagesse autant que sa bravoure. Clovis bat les Romains à Soissons, s'empare de ce diocèse et y établit les Francs. Inspiré par son génie , il envoie Aurélien , son confident, vers une princesse chrétienne, la vertueuse Clotilde, fille de Chilpéric, roi des Bourguignons.
Gondebaud, frère de ce monarque, l'a fait massacrer ainsi que sa famille, pour régner à sa place ; Clotilde seule a été épargnée. Elle passe sa vie dans la prière et dans l'exercice de la charité. Aurélien se couvre de haillons et se mêle à la foule des pauvres qui attendent l'heure où la princesse, se rendant au temple, distribue elle-même ses au mônes. A sa chaussure poudreuse, au bâton sur lequel il s'appuie, Clotilde reconnaît un voyageur ; elle le fait entrer dans la tour qu'elle habite, et veut lui laver les pieds. Aurélien se prosterne, et, lui présentant l'anneau du roi des Francs, il s'acquitte de son message. Au nom de Clovis, la princesse tremble : c'est un guerrier ter rible , et surtout c'est un idolâtre. Mais qui peut connaître les desseins de Dieu? Avant de répondre , Clotilde invoque avec ardeur ce Dieu tout-puissant , qui tient entre ses mains le cœur des rois, et, sans doute, un rayon divin tombe du ciel à cette prière ; car la jeune fille se rassure et consent à ce que le redoutable Franc envoie des ambassadeurs à Gondebaud.
Celui-ci n'ose re fuser sa nièce au guerrier dont la renommée lui a raconté les ex ploits, et Clotilde est conduite à Clovis, qu'elle charme par sa beauté, sa grâce et ses douces vertus. Ce n'est pas assez pour la princesse. Fervente chrétienne, elle gémit de voir son époux rendre hommage à de fausses divinités, elle s'efforce de lui faire connaître la foi de Jésus-Christ ; mais la mort de son premier-né, sur lequel a coulé l'eau du baptême, inspire à Clovis de l'aversion pour le christianisme. Les Allemands , campés au pied du Jura et sur les bords du lac de Genève , lèvent soudain leurs tentes, et, suivis d'une mul titude de chars attelés de taureaux, que la pointe des javelots ai guillonne pendant le combat, ils pénètrent dans les Gaules. Clo vis marche à leur rencontre, les atteint dans les plaines de Tol biac, et lance sur eux ses Francs indomptables.
Mais leur choc , qui toujours a fait plier Tennemi, reste sans effet; les Allemands les attaquent à leur tour, les culbutent et mettent le désordre dans les rangs si souvent victorieux. Clovis combat encore , mais le désespoir seul soutient son bras. — Seigneur, lui dit Aurélien , le Dieu des chrétiens est le Dieu des armées; invoquez-le, et il vous exaucera. Le roi lève les yeux au ciel, d'où on lui fait espérer du se cours. — Dieu de Clotilde, s'écrie-t-il, si tu me donnes la victoire, je n'aurai plus d'autre Dieu que toi. Le combat change de face : les Allemands plient; les Francs, animés d'une nouvelle ardeur, les pressent de toutes parts, les taillent en pièces et remportent une victoire complète. Clovis, fidèle à son serment, se fait baptiser à Reims par saint Rémi, qui lui donne en même temps Fonction royale.
Les Gaulois et les Romains établis dans la Gaule se sou mirent au roi franc , devenu chrétien ; les évêques, dépositaires de l'éloquence et des lumières, contribuèrent à affermir son au torité. II étendit bientôt ses conquêtes, envahit l'Armorique, rendit les Bourguignons tributaires et tourna ses armes contre les Visigoths, qui possédaient la plus belle partie des Gaules. Alaric, leur roi, rassembla, pour se défendre, une puissante armée; mais la victoire suivait partout Clovis. II détruisit cette armée à Vouillé, près de Poitiers, tua Alaric de sa propre main , s'empara de Tou louse et anéantit l'empire des Visigoths. Des ambassadeurs, venus de Byzance, apportèrent alors au Franc victorieux la pourpre romaine, le titre de patrice, de con sul et d'auguste, que lui conférait l'empereur Anastase.
Clovis, couvert de la toge, qui devait se transformer en manteau royal, entouré de ses valeureux compagnons, suivi de ses trésors et des trophées de sa victoire, vint se fixer à Paris, et choisit pour rési dence ce palais des Thermes qu'avaient habité plusieurs empereurs romains. Avant la conquête romaine, Paris n'était qu'une misérable bourgade , renfermée dans la plus grande des cinq îles que forme la Seine, et qu'on appelle aujourd'hui la Cité. Entre les cabanes éparses et couvertes de roseaux qui la composaient , se trouvaient des jardins et des champs; au delà du fleuve, s'étendaient des prairies entrecoupées de marais. César, frappé des avantages de cette position, défendue de tous côtés par la Seine, envoya un de ses lieutenants pour en chasser les Gaulois. Ceux-ci, ne pouvant espérer de défendre leuis pauvres demeures contre les légions du proconsul, y mirent le feu, et, sûrs de ne laisser que des ruines aux vainqueurs, ils marchèrent gaîment au combat.
Presque tous périrent; mais César, resté maître de l'ile, fit reconstruire la bourgade incendiée, la fortifia de deux tours, placées à la tète de deux ponts jetés sur la Seine, et lui donna le nom de Lutèce. Dans les siècles suivants, la nouvelle ville s'étendit sur la rive gauche du fleuve ; elle s'embellit, vit s'élever quelques églises , un cirque, un palais, devint la capitale des Parisii et changea son nom de Lutèce contre celui de Paris. Clovis l'agrandit et l'entoura de murs ; mais qu'il y avait loin de ce Paris à celui dont nous dirons plus tard les merveilles ! La rive droite de la Seine, complètement inhabitée, était couverte de grands bois et de marécages, tandis que sur les coteaux de la rive opposée, la vigne étalait au printemps sa belle verdure, et en au tomne ses riches teintes pourprées.
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