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\IARY-L\KO\ LA I H AN CE ANCIENNE ET MODERNE ll.l.USÎH ATMl.NS MM. ROUARGUE, VALERIO, GODEFROY-DUR AND ET LEPOITEVIN GRAVURE M H. VlLlJIANN PARIS M olt IZUT, LIBRAIRE -ÉDITE U I! ",, BOF SÉGCTEK IWCIEWT RUI l'AVÉE-SAIXT-AXBRKj LA FRANCE AMMENNE ET MODELE s A RIS, — IMP. SlHOtt H V ÇsPÇ— R"!' *CuMT'. , roe u'erfirth, I. — ,-c^ — ■ MARY-LAFON LA FRANCE ANCIENNE ET MODERNE ILLUSTRATIONS MM. ROUARGUE, VALERIO, GODEFROY-DUR AND ET LEPOITEVIN GRAVURE DB M. WIUMANN PARIS M ORIZOT, LIBRAIRE - ÉDITEUR lï, HIT. SÉC.UIEB [ilXCIENHE lU'E ' PAVÉE-SA1NT-ANDBÉ 1 s 6 ò LA FBANCE ANCIENNE ET MODERNE FRANCE ANCIENNE CHAPITRE Ie" rit i ti i i it*. l'tinis Tribus primitives. — Groupes chasseurs. — Leur vie sauvage. — Groupes pécheurs. L'à"e de pierre. — Emigrants orientaux. — Les hommes du Midi et les hommes du Nord. — Arrivée des Phéniciens. — Les comptoirs de Tyr. — L'aube de la civilisation. — Moeurs nouvelles. — Religion des fils de Canaan. — Arrivée des Grecs. — Fondation de Marseille. — Ioniens et Ségohriges. — Le char de feuillage. — Colonies niassaliotes. — La reine de la Méditerranée. — Goths et Kimri. — Les trois confédérations. — Moeurs des Gaulois. — Religion druidique — Dolmens el pierres levées. — Les pyramides du feu. — Poésie des fêtes celtiques. — Luxe barbare. — État général de la Gaule 150 ans avant le Christ. — Marseille auxiliaire de Rome. — Lutte des colons et des indigènes. — Intervention de Rome.
Un voile impénétrable a couvert jusqu'ici le berceau de l'humanité. La science a beau remonter liant en fouillant la croûte du globe, dans les débris des êtres animés elle ne peut retrouver l'homme, quia paru évidemment un des derniers. Tout ce que nous savons, grâce aux récentes découvertes de l'archéologie, c'est qu'il est bien plus ancien sur noire sol i FRANCE ANCIENNE. que ne Pavait pensé Thistoire. Avant ceux que nous regardions comme les premiers peuples autochthones vivaient en effet les hommes de l'àgedit de la pierre, parée que Tusage du bronze et du fer y était inconnu. Cetle race primitive et sauvage habitait les cavernes comme les fauves, et les lacs comme le castor, et se divisait ainsi en deux groupes : les chasseurs et les pécheurs. Les premiers, établis dans les excavations qu'offrent tous les bancs de roche calcaire, passaient leur vie dans les forêts à la poursuite d'animaux aujourd'hui disparus.
Armés de haches en pierre, de tiédies en silex, barbelées, taillées à petits éclats, et de lances dont la pointe était formée par un os aigu ou un morceau de serpentine, ils attaquaient le cert gigantesque d'Irlande, Téléphant et surtout le renne, proie doublement précieuse, car aprés s'être nourris de sa chair ils trouvaient dans ses os la matière de la plupart de leurs outils. Quant à son boisils le sculptaienFavec une adresse qui confond lorsqu'on songe que ces artistes primitifs n'avaienl qu'un couteau en silex pour exécuter des représentations d'animaux, d'oiseaux et de poissons merveilleuses de naturel et de ressemblance. Avec ce sentiment du goût inné chez Thommc, ces troglodytes chasseurs pliaient les os de renne à toutes les formes et en faisaient même des sifflets au son desquels devait accourir le chien, déjà devenu à cette époque le servi teur de Thomme.
Chapitre II
KOII»l\s Rome auxiliaire de Marseille. — Ouintus Opimius. — Rome conquérante. — Fondation d'Aix — Résistance des indigènes. — Le consul a la barbe d'airain. — La première province romaine. — Soumission des sept peuples. — Invasion des Kiinn. — Siège de Toulouse. — Victoire de Marins. — Lutte des tribus celtiques. — Les colonies. — Cicéron contre les Gaulois — Jules César. — Portrait du fils de Vénus. — II ferme la Gaule aux Helvètes. — Prise de Vesonlio. — Les fils de Teut. — Terreur des Romains. — Le proconsul et le clief barbare. — lìataille de Belfort. — Ligue de la Gaule du Nord. — Bibrax et Noviodunum. — Levée en masse des Bretons. — Combat naval. — Cruauté de César. — Insurrection des Aquitains. — Le Rik Dunino. — Victoire des Éburons. — Assemblée générale de Lutèce. — Levée en masse des Gaulois. — Celtill le Vcr-cim-cedo-Rik. — Sa lutte héroïque. — Alise et Uxcllodunum. — Mort de la liberté gallique. — Châtiment de Marseille. — Auguste et les Césars. — Période de civilisation. — Gaule romaine — Travaux publics. — État poliiique. — Sénats locaux. — Municipes. — Curies. — Collèges d'ouvriers. — Colons. — Esclaves ruraux et des villes. — Cohortes do la milice. — Clergé païen. — Religion. — Mœurs. — Luxe des Tatriciens. — Misère des classes serviles.
Parvenus au plus haut degré de puissance après la ruine de leur grande ennemie, les vainqueurs de Carthage avaient une surabondance de force militaire qu'ils précipitèrent avec empressement sur TAquitaine. Quintus Opimius battit les Ligors, prit Egitna et, suivant la coutume de sa nation, envoya tous les habitants au marché des esclaves. Les Oxybes, les Dé ciates, les Analiliens, les Avatiques, peuples établis sur la côte, du Ponl- Saint-Esprit actuel au cap Cépet, ne purent soutenir le choc de Tannée consulaire el perdirent leurs armes et une partie de leurs terres. Opi mius posa des camps au milieu d'eux pour marquer la prise de possession de Rome, el les Massaliotes s'enrichirent des vallées qu'on leur enleva. Après les Oxybes, ce fut le tour des Salyés. L'an tîôO, Fulvius triompha de ces tribus impuissantes à soutenir le choc de Rome, et les trois vic toires qu'il avait facilement remportées étaient à peine gravées sur les marbres du Capitule, que lc consul Sextius, son successeur, en profitait en fondant Aix, et prenant ainsi possession de la rive gauche du Rhône.
Cet établissement inattendu d'un peuple étranger, doni l'ambition ef frayait déjà les nations barbares, et qui était l'ennemi naturel des Gaulois depuis tant de siècles, devait nécessairement soulever de violentes ré sistances. La grande confédération des Arvernes, à laquelle se rattachaient lotîtes les tribus de la Gaule braccate, s'en émut comme un seul homme. Aussi le roi des Salyès, Teutomal, que le consul Domitius avait battu et détrôné, reparut-il bientôt avec une forte armée d'Arvernes et d'Allobro ges. Malheureusement, la vue des éléphants étonna les guerriers du rikBitt; et de même que les Bomains avaient lâché pied autrefois devant ceux de Pyrrhus, ils s'enfuirent sans retourner la tête pour voir les vingt mille cadavres qu'ils laissaient au bord de la Sorgue. La lutte re commença toutefois à la fin de Pété de Tan 633.
Le 8 août, deux cent mille hommes vinrent attaquer le consul Fabius au confluent du Rhône el de Tlsèrc ; mais, entassés entre deux montagnes où leurs masses ne pouvaient ni se déployer ni se dégager, et à demi étouffés par la chaleur de ce jour caniculaire, ils furent rompus. Les chaînes du pont de bateaux à Taide duquel Bilt avait traversé le Bhône s'étaient brisées sous le poids de la foule des fuyards, il en périt, dit-on, cent mille. Bitt avaitd'abord trouvé un refuge chez les Allobroges. Une fatale inspiration le porta plus tard à recourir à la générosité de Fabius ; celui-ci n'eût peut-être pas déshonoré la victoire de Borne par une trahison, comme le fit sans hésiter Domitius à la barbe d'airain (.Enobarbus), en jetant l'infortuné roi dans les fers, d'où il ne sortit que pour aller orner, sur son char d'argent et revêtu des mêmes habits qu'il portait pendant le combat, le triomphe de Fabius.
Or, pendant qu'il portait ainsi au Capitole le deuil de la liberté celtique, le consul qui Taxait trahi et livré parcourait, monté sur un élé phant, les pays ouverts à l'ambition romaine, et prenait solennellement possession, au nom du peuple-roi, de toute la Gaule braccate. Malgré sa victoire et la terreur des armes romaines, il aurait pu y trouver quelques difficultés, sans Tintervcntion des Marseillais ; mais ces alliés fidèles du sénat employèrent, pour lui aplanir la voie et prévenir de nouvelles résistances, lout le crédit que leur avaient donné sur l'esprit des chefs indigènes leurs vieilles relations commerciales. Les Arekomi ques, leurs voisins, furent les premiers persuadés. Aussi, tandis que deux trophées de pierre blanche s'élevaient au bord du Bhône pour perpétuer le souvenir de la victoire de Fabius, son collègue Domitius, le blond, faisait •construire, sur le bord des rochers baignés par les élangs volkes, une stn- ROMAINS. 17 lion militaire appelée de son nom forum Domitii( Front ignan), niais il n'établissait le siège de sa puissance ni à Nimes, ni à Narbonne, ni à Toulouse, d'où il faut conclure que Strabon, Dion Cassius et Plutarque disaient vrai lorsqu'ils affirmaient que, après la réduction en province de la Gaule au brak, Nimes' ïbrmait une république indépendante, composée de vingt quatrë bourgs, etqueTolosa (Toulouse), considérée comme alliée de Rome, obéissait à un roi élu librement par les tribus.
Voici, au rapport d'un géographe qui vivait dans le premier siècle de l'ère chrétienne, l'a&pect général de la nouvelle province à cette époque. Qu'on se figure, dit Strabon, une espèce de parallélogramme appuyé du côté occidental aux Pyrénées, vers le septentrion, à la chaîne de ce moul Cemmenus que nous nommons Cévennes, et qui le traverse en diagonale depuis le bourg de Carcasso (Carcassonne) jusqu'à l'extrémité du pavs des llelvirs : vers le midi, à la mer comprise entre les Pyrénées et Marseille, et eníin au Bhône vers le levant. A partir du cap de Leucate, nommé aussi le Blanc par les Bomains, Candidum, jusqu'aux Bouclies-du-Bhône, s'ouvre en forme de demi-cercle le golfe Gaulois, sinus Gallicus, appelé aussi de Marseille. Au point central de son contour, ce golfe est divisé en deux par ioros Setion ou montagne de Cette, et l'île de Brescou à laquelle les Massaliens ont donné le noin de Blaskon.
La plus grande des deux moi tiés du golfe s'étend depuis Blaskon jusqu'à Marseille, tandis que l'autre va finir aux colonnes du temple de Vénus, qui couronne le cap de Créus. Au-dessus de celui que les Massaliotes ont bâti dans l'île formée à son embouchure par les deux bras du Bhône, on trouve, ajoute Pomponius Mêla, les étangs des Volkes, la rivière du Lez, le château de Lalara (Lattes), Mesua (Meze), colline de sable cernée parla nier presque de tous côtés, puis ce mont Fecyus (loti pié Figuié), qu'Avienus a vu ombragé de pins et dont la base va plongeant dans l'étang de Taur. Cet étang, situé auprès de l'Oranus (Hérault), sépare les Ligors ou Liguriens des Ibères. C'est là qu'on rencontre la petite ville de Polygium et Magalo, l'île du Sel. Quant à l'Oranus, que d'autres appellent Arauris, il coule des Cévennes, descend a Agile, el se jette dans le palus de Taur, en même temps que l'Orbis, qui vient d'arroser Beziers.
L'Atax (Aude), qui sort des Pyrénées, se (raine languissamment sur les cailloux de son large lit, tant qu'il n'a pas été grossi par d'autres sources ; mais lorsqu'il est enflé par les pluies de Phi ver, aucune digue ne peut le contenir. II se jette ensuite dans le lac Bu bressus (étangs de Sigean et de Bages), qui est spacieux, mais qui nc communique avec la mer que par une étroite ouverture. •i Cet étang renferme quatre iles que, de Ioule ancienneté, on a nommées les Piples, P'tplas (celles de Peiriac, de la Planasse, de Laule el de Sainte- Lucie, autrefois Cauquenne). La nation des Bébryces occupe ce pays, el Narbonne est la capitale de cette race féroce. Au delà de Tétang Hélice (celui de Vendre), les rivières de TOrb et du Lez arrosent les' champs fertiles des Baïlarrites (habitants de Beziers).
En remontant IcViturlus (Vidourle) et le Gardon, presque au pied des Cévennes, on trouve autour des bois d'oliviers de Nemet (Nimes), les peupbides arékomikes. Nimes est bâti sur la route d'Espagne en Italie. Le chemin, commode en été, devient impraticable Thiver, et, au commencement du printemps, il est inondé par plusieurs rivières. On en passe quelques-unes en bateau, el quelques autres sur des ponts, les uns de bois, les autres de pierre. Ce qui rend les chemins difficiles et pleins d'eau, ce sont les torrents qui coulent des montagnes par la fonte des neiges, quelquefois jusqu'au milieu mème de Tété. La distance de Nîmes à Narbonne est de sept cent vingt stades, c'està-dire vingt-deux lieues. Les Volkes, surnommés Tectosages, el quelques autres peuples, sont plus près du mont Ceinmenus, et en habitent le côté du midi depuis le plus haut de son sommet.
Voisins des Pyrénées, ils s'étendent un peu sur le versant septentrional du mont Cemmenus. Leur pays est abondant en or (Polucrusson) ; ils ont pour capitale Tolosa, vieille cité bâtie au point où Tisthme qui sépare l'Océan de la mer de Narbonne est le plus resserré. Possidonius dit que cet isthme n'a pas trois mille stades de large, c'esl-à-dire quatre-vingt-treize lieues et demie. Les autres peuples voisins des Tectosages sont les Ilelvirs ou Helvii (ceux du Vivarais), qui commencent au Bhône, et les Uhèles ou Vellauni (ceux du Velay), qui dépendaient autrefois des Arvernes. En redescendant du septentrion vers Tolosa, le long de la rive droite du Tarn, appelé lc fils des montagnes, on trouvait, après les Gabals (ceux du Gévaudan), les Albigenses (ceux de l' Albigeois), el la tribu des Tascoduni, campée sur les collines où s'élève aujourd'hui Montauban.
La nouvelle province romaine, appelée depuis Narbonnaise, embrassait donc dans son vaste circuit loul le pays qui serait compris entre une ligne tirée de Toulouse aux Pyrénées, par Montréjeau, Muret et Saint-Béat; continuée des Pyrénées, eu longeant la Méditerranée et le Bhône, jus qu'à Tlsère el les Cévennes, et de ces montagnes, conduite par la rive droite du Tarn, jusqu'à l'endroit où il se jette dans la Garonne, pour re venir, en suivant la rive gauche de ce fleuve, à Toulouse, point de départ. Après sa conquête, qui fut rapidement complétée par la soumission des ROMAINS. 19 sepl peuples, grands partisans, comme tous les barbares, du droit du plus fort, le sénat se hâta de réduire la Gaule méridionale en province ro maine. Au consul Marcius échus, en Tan tj.ïtí de la République, l'honneur de consolider les faisceaux sur ces terres mouvantes.
Ainsi qu'il arrive, en effet, après Tétablissement de tout pouvoir nouveau, les résistances éclatèrent sur les points les plus éloignés du centre d'action des Bomains. Les Ligors ou Liguricns-stoenes de Test prirent les armes contre Marcius. La discipline el le froid courage des légions vinrent promptemenl à fioul de la valeur désordonnée de ces barbares, et méritèrent au consul la gloire du triomphe. Mais vaincre, ettriompher même, n'était pas subjuguer. avec des tribus nomades qui reparaissaient le lendemain, quand on croyait les avoir écrasées la veille. Pendant trois ans, tous les efforts des consuls Marcius, Scaurus et Géta furent impuissants à protéger la province contre les incursions des bandes liguriennes. Le consul Géta y réussit enfin en Tan 659: mais à peine ce péril élait-il dissipé, qu'il en surgit un nouveau bien autrement grave el menaçant.
Au commencement de fi4u les Kimri, qui depuis quatre ans erraient en Europe pour trouver un établissement et des terres, débouchèrent des Alpes au nombre de trois cent mille. Le consul Silanus essaya vainement de les arrêter; ils le culbutèrent, battirent Scaurus et Cassius, ses suc cesseurs, et, guidés par les hordes sauvages des Liguriens, qui avaient quitté les Alpes pour les suivre, ils entrèrent dans la Province. La domination romaine n'était pas assez consolidée pour résister à un tel choc. A la vue des Kimri, qui n'étaient au fond que les enfants de ces anciens éinigrantsde la Gaule revenus au berceau paternel, toutes les haines des indigènes s'éveillèrent. Toulouse, la forte et riche Tolosa, vers laquelle avaient reflué les tribus des Teut-Sagen, en voyant s'élever les tours ro maines de Narbonne, Toulouse donna le signal de la liberté, et mit la main sur sa garnison.
Malheureusement il y avait là cette portion égoïste et lâche de la population d'une ville qui redoute toujours les conséquen ces des mouvements généreux et que ses frayeurs et ses richesses con duisent dans tous les temps à la trahison et à la honte. Pour prévenir la vengeance des Bomains, elle nc trouva rien de mieux que de leur livrer la ville. Un complot ourdi à cet effel en rouvrit les portes à Cépion, qui s'y glissa la nuit avec ses cohortes, bien déterminé à payer aux traîtres le salaire qu'ils méritaient. Le lendemain, effectivement, tout fut mis au pillage : ces trésors accu mulés dépuis des siècles par les riks et les druides; ceux que les Teclosages avaient arrachés des flancs de leurs montagnes, comme ceux qui provenaient des expéditions lointaines de leurs pères, devinrent la proie du soldat.
Cépion, qui n'avait pas reculé devant la perfidie, ne recula pas devant le sacrilège. Un temple dédié au soleil et célèbre dans toute la Gaule renfermay^ jtvec presque tout Tor du pays, les trésors jadis enlevés du temple de Delphes. L'audacieux consul s'en empara au nom de la République, et fit mème fouiller T étang sacré où le peuple avait coutume de jeter des métaux précieux en offrande. Paul Orose dit que tout ce qu'il emporta s'élevait à cent mille livres pesant d'or et à cent dix mille livres pesant d'argent, qui équivaudraient, selon les uns, à soixante-deux mil lions cent trente-cinq mille francs de notre monnaie, et, selon les autres, à un total de cent trente millions de francs. Quoi qu'il en soit, ce sacri lège, commis en Tan 648, fut vengé Tannée suivante par le massacre de quatre-vingt mille hommes, que les Kimri tuèrent à Cépion au bord du Bhône.
Ce fut une telle boucherie, que deux Bomains seulement purent repasser le Bhône à la nage. L'un était lc consul, qui survivait à sa dé faite ; et l'autre, le jeune Sertorius, qui préludait à sa gloire future en sauvant, malgré ses blessures, ses armes et son bouclier. Les Kimri avaient promis à leurs dieux, avant la bataille, de leur offrir, pour les dédommager du sacrilège de Toulouse, toutes les dépouilles des profana teurs : fidèles à leur vœu, ils engloutirent dans le Bhône les casques, les armes, les habits des vaincus, y précipitèrent mème leurs chevaux, et pendirent tous les prisonniers aux arbres du rivage. La main des dieux, que les barbares croyaient fermement voir dans ce triomphe, ne cessa point pour cela de frapper Cépion. Mis en jugement et condamné à mort comme auteur du désastre, il aurait payé de sa tête son impéritie ou son imprudence, sans la pitié de Lucius Rhéginus, tribun du peuple, qui brisa ses fers et protégea sa fuite.
Réfugié à Smyrne, qu'il n'avait pu gagner qu'à grand'peine, il y périt bientôt cependant de misère et de désespoir, ne laissant de lui que la mémoire de cette catastrophe terrible, résumée par un proverbe qu'on appliqua longtemps aux malheureux : Habet aiirum tolosanum : II a de l'or de Toulouse. Ne trouvant plus ni résistance ni obstacle, les Kimri vécurent à discrétion pendant deux ou (rois ans dans la province romaine ; puis, quand ils l'eurent traversée et rongée en tous sens, comme une nuée de sauterelles, ils passèrent en Espagne, d'où la famine, bien plus que les urines de Fulvius, ne tarda pas à les chasser. On les vit donc rebrousser chemin au bout d'une année, et tourner de nouveau leurs chars vers cette terre ROMAINS. 21 promise de TAude et de l'Hérault. Leur projet était de franchir cette fois le Bhône et de suivre les (races d'Hannibal.
Borne tremblait déjà : les ma trones, couvertes d'un long voile blanc, imploraient à grands cris la mère des dieux, et jusque sur les chaises curules on«^£ndait proclamer avec terreur les dangers de la patrie et murmurer»1 nom de Marins. C'est que ce rude et brave plébéien était le seul espoir de Borne : c'est qu'en effet, si, comme ses prédécesseurs, il se laissait troubler par les cris des Kimri et des Teutons, ces aigles du Capitole, qui volaient déjà si haut et si loin, pouvaient retomber dans le sang : il suffisait d'un jour néfaste pour que ces germes magnifiques de civilisation périssent écrasés sous la sandale des barbares. Par un bonheur étrange, Dieu semblait avoir fait Marins pour la tâche qu'il allait remplir : d'un courage que rien n'étonnait et qui était tempéré par un calme stoïque et une inébranlable volonté, il sut enchaîner la fougue de ses soldats, et, malgré les avances de la victoire, il ne se mil en marche pour la saisir que lorsqu'il fut plus que certain qu'elle ne lui échapperait pas.
Aussi la journée du Cgenus lava la défaite du Rhône, et les mânes des soldats de Cépion qui étaient tombés au nombre de cent vingt mille, en y comprenant les lixes ou valets de l'armée, durent être apaisés par le sacrifice funèbre de deux cent mille Teutons. La bataille de Verceil, plus fatale encore aux Kimri, acheva de rassurer Borne ; mais elle n'effraya point les tribus celtiques riveraines du Bhône, qui luttèrent pendant six ans contre deux consuls et un préteur. II fallut même toute la prudence et toute Ténergie de Cécilius Metellus, successeur du préteur Caton, cet arrière-petit-stls de Caton le Censeur, qui fut enterré à Uzès, pour étouffer ces mouvements. A partir de la pacification des Saliens et des Umbraniciens, la province eut sept années paisibles ; les troubles n'y recommencèrent qu'en 671 à l'occasion de la querelle de Marius et de Sylla.
Le préteur Flaccus, dévoué à ce dernier, après avoir comprimé quelques manifestations qui éclatèrent çà et là en faveur de Marius, et mérité qu'on frappât en son honneur une médaille commémorative où brillait d'un côté Taigle de la quatrième légion, et de l'autre une victoire, envoya quelques cohortes en Espagne contre le grand proscrit Sertorius. Tant que cette guerre impie fit couler le sang romain, les préteurs de la Province surent pour ainsi dire chargés par position d'alimenter la guerre contre Sertorius. On devait s'at tendre que la mort du dictateur ramènerait la paix ; ce fut le contraire qui arriva. A Tinstigation de Lépidus, leur proconsul, les Arékomikes et les Ilelvirs embrassèrent la cause de Sertorius. Ils en furent cruellement punis vers Tan 678. Pompée, qui faisait ses premières armes sous la tu telle du vieux Fonteius, nommé en même temps gouverneur de la Pro vince, battit lesátopgés et les dépouilla, par un décret public, d'une partie de leurs trt#s^ qui furent données aux Marseillais.
C'est de Texé cution de ce décret, confiée, en 684 par Pompée, à la sévérité de Fon leitis, que date le premier établissement des colonies militaires dans la province. Quarante-huit ans auparavant et grâce à Téloquence de Lucius Crassus, qui fut, dit Cicéron, admirable dans sa propre cause, car il voulait Tem ploi de chef des triumvirs, un corps d'élite de citoyens romains choisi dans Borne mème avait fondé la colonie de Narbonne. Placée sous l'invo cation du dieu Mars, la cité nouvelle fut rapidement agrandie et embellie dans le double but, proclamé plus tard en plein sénat, d'être pour les indigènes comme un miroir réfléchissant les splendeurs romaines, et comme un frein assez fort pour les contenir. Par ses murs, son plan, ses portiques, son forum, son théâtre, ses temples, ses arcs de triomphe, ses thermes et son capitole, Narbonne reproduisait donc exactement, bien que dans des proportions moindres, l'image de Borne.
On sent bien qu'il ne pouvait en être ainsi des colonies dont nous voulons parler maintenant. Nîmes, alors appelé Nemausus, Bíeterras (Beziers) et Toulouse, eurent d'abord des stativa, ou campements militaires, jetés simplement dans leurs murs pour surveiller les populations. A ces camps devaient, à la vérité, succéder des établissements plus importants ; mais il fallait attendre trente-trois ans et lutter corps à corps dans la Province et le sénat contre Texacteur Fonteius. Ce personnage, que son avarice et ses rapines ont sauvé de Toubli, étail gouverneur depuis trois années de la Province, et il Tadministrait en homme pressé de faire sa fortune. Les sept peuples éclataient en murmures; mais il n'en tenait nul compte et profitait de Tamitié de Pompée, afin de redoubler ses concussions. Elles devinrent à la fin si intolérables, que les Volkes et les Allobroges, prenant l'initiative, envoyèrent des députés à Borne pour Taccuser devant le sénat.
II se rencontra, parmi ces patriciens que gangrenait déjà l'amour du luxe, deux hommes assez justes pour les écouter, assez courageux pour les conduire devant le sénat. Là ils exposèrent avec amertume la longue série de leurs griefs contre Fonteius, et celui-ci pâlissait déjà sous le regard sévère de Pletorius et de Fabius, qui s'étaient constitués les patrons des plaignants, quand la ROMAINS. mème voix qui avait foudroyé Verres un an auparavant s'éleva tout à coup pour défendre le concussionaire et le faire acquitter. Seulement, comme les faits parlaient trop haut, Cicéron, en gagnant sa cause, gagna aussi celle des plaignants. On renvoya bien Fonteius abs^B^biais on le rem plaça dans le gouvernement de la Province par Lic^ffl BPlurena, homme équitable et doux qui ramena peu à peu par sa bonne administration les esprits irrités des Gaulois du sud.
Peu de temps après cet événement et soixante et un ans avant la naissance du Christ, la Gaule vit arriver l'homme prédestiné dans les décrets de Dieu à briser la chaîne couverte de rouille qui Tattachail à la barbarie. II y avait alors à Borne un jeune praticien livré, comme ceux de son ordre, à toules les débauches et aussi mal jugé par ses amis que par ses ennemis. Julius César, ce fils de Vénus, comme on Tappelait quelquefois, par allusion à sa naissance prétendue divine, tout en affectant de s'occuper plus sérieusement de sa toge aux plis ondoyants, de ses cheveux parfumés et de ses amours, que des affaires publiques, les suivait déjà de l'œil du génie. Comme l'aigle qui en se jouant dans les airs, ne perd pas un instant le soleil de vue, au milieu de sa vie folle et insoucieuse en apparence, César avait constamment Tœil fixé sur son but, le pouvoir suprême.
Le front ceint de la couronne de roses des festins, il rêvait un autre diadème, et quand ses amis récitaient des vers, il ne se souvenait, lui, que de ce passage d'Euripide qui exprimait sa pensée secrète : S'il faut briser les lois, que. ce soit pour l'empire ! En le voyant dompter un cheval fougueux au champ de Mars, lancer le javelot, traverser le Tibre à la nage avec Tadresse et la vigueur du plus rude légionnaire, malgré une faiblesse apparente de constitution; enl'en lendant tonner dans la curie ou faire éclater sa voix impérieuse au Forum, les vieux sénateurs tressaillaient sur leurs sièges et pensaient aux Gracques et à son oncle Marius. Mais lorsqu'ils le surprenaient drapant avec le plus grand soin les plis de sa toge ou en relevant un coin devant son visage pour cacher les sourires de sa bouche féminine à la lecture d'un message d'amour, ou bien se grattant la tête du bout de Tongle de peur de déranger sa coiffure et de montrer sa calvitie naissante , ils se rassuraient et disaient comme Cicéron : « Ce sybarite ne songe pas à bouleverser la Bépublique ! » II y songeait cependant, et lorsqu'il vint en Gaule, nommé proconsul FRANCE ANCIEN N K. 24 pour cinq ans, après sa préture d'Espagne, voyant la voie ambitieuse qu'avait élargie l'épée de Crassus s'ouvrir magnifique devant lui, il s'y précipita tête baissée avec l'audace et Teffrayante activité qui le caracté risaient.
La pre^^Wmasse e mie qui 1 lit sur lui comme Taurocli sortant de ses 9 Wfut une émigration formidable d'Helvètes; il les arrête à Genève en élevant entre le lac Léman et le Jura un retranchement de six lieues qui cubaient quarante mille mètres, et les écrase en détail, à la mi-inai (Tan 59 avant le Christ), au passage de la Saône, avec une armée supérieure par le nombre et la discipline. Ceux-ci, refoulés dans leur pays, il se trouva en présence d'une autre masse de Germains depuis peu établis dans les Gaules et y régnant en maîtres, sous le commandement d'Arioviste. Les Éduens, qui ne demandaient pas mieux que de se débarrasser des envahisseurs étrangers en mettant aux prises les fils de Teut et ceux deBomulus, avaient invoqué l'appui du proconsul. Ardent à s;iisir l'occasion, César marche contre les Germains qui s'avançaient de leur côté, s'empare, en passant, de Besançon, et se dirige à grandes jour nées vers l'Alsace.
II brûlait d'en venir aux mains avec les guerriers blonds du Nord. Mais ses soldats étaient émus d'un sentiment bien (liftèrent. Pendant le peu de jours qu'il avait passés à Vesontio (Besançon) pour ramasser des vivres, les récits des Caulois et des marchands exagé rant de bonne foi ou à dessein la taille gigantesque des Germains, leur valeur incroyable, leur habitude de la guerre, leur aspect terrible et le feu de leurs regards qu'ils avaient eu peine à soutenir dans de nombreux combats, jetèrent une terreur profonde dans les âmes. La panique commença par les tribuns militaires, les préfets, et par ces patriciens oisifs qui avaient suivi César pour le butin, et non pour l'honneur de la guerre. Les uns, alléguant une foule de prétextes, demandaient des congés ; les autres, retenus par la honte, ne restaient que pour couvrir leur lâcheté, mais ils ne pouvaient ni chasser la pâleur de leurs traits, ni dérober leurs larmes.
Cachés dans leurs tentes, ils se plaignaient amèrement de leur sort ou déploraient avec, leurs amis le danger commun. Dans tout le camp, chacun faisait son testament. Leur terreur et leurs plaintes ébranlèrent peu à peu ceux mêmes qui avaient blanchi sous la tente, les soldats, les centurions, les commandants de la cavalerie. Ceux qui voulaient passer pour les moins effrayés disaient que ce n'était pas l'ennemi qu'ils craignaient, mais Taspérité des chemins, la profondeur des forêts qui les séparaient d'Arioviste et la difficulté des transports pour les vivres. L'épou vante était si générale qu'on prévint César que, lorsqu'il ROMAINS. lèverait le camp, les soldats seraient sourds et les enseignes immobiles. Convoquant alors les centurions de tous les rangs, il les harangue, les rassure et parvient à entraîner ses légions du rôle de Belfort.
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