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DE LIMON AMÉRICAINE PAU XAVIER EYMA HISTOIRE DES ÉTATS ET DES TERRITOIRES TOME I PARIS MICHEL LEÏÏ FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS hl Ë IY1ENNE. -ï biS BRUXELLES ET LEIPZIG A. LACROIÏAERBOECKHOVEN ET (,", ÉDITEURS Rit. ROYALE. 3. IMPASSE III' l'AIIC 1861 ■ Tous droits réserves n k L'UNION AMÉRICAINE Bruxelles. — Typ. A. Lacroix, VERBOECKiTovrw'éFC'-, rue Royale, 3, impasse du Parc. DE L'UNION AMÉRICAINE TAE XAVIER EYMA HISTOIRE DES ÉTATS ET DES TERRITOIRES TOME I PARIS H1CHEL LÉYY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS Rl'E VIVIENNE. S bis BRUXELLES ET LEIPZIG A. LACROIX.YERBOEttBOYE!" ET Cie, ÉDITEURS RUE ROYALE, 3, IMPASSE DU PARC 186» Tous droits réservés [ Pas plus que mon précédent livre, la République américaine, dont il est le complément, l'ouvrage que je publie aujourd'hui n'a été conçu sous l'inspiration des déplorables événements qui se passent en Amé rique.
Le titre suffit à le prouver; et bien que ce titre semble un anachronisme, j'ai tenu à le conserver, moins comme une protestation, que comme l'expression d'un sincère regret. J'aurais voulu la perpétuité de l'LInion, comme l'ont désirée ceux même qui l'ont brisée, mais à qui la force des événements a com mandé d'accepter ce que la raison humaine a été impuissante à empêcher, dès que les exigences politiques, les antipathies d'intérêts, le salut social et le respect du droit eurent parlé. LES TRENTE-QUATRE ÉTOILES AMÉRICAINES. VI Ceux qui, comme moi, aiment les institutions américaines pour Thonneur qu'elles font à l'humanité et pour les services qu'elles auront rendus à la liberté, se consoleront encore du résultat actuel, puisque ces institutions doivent survivre à la lutte qui se vide en ce moment entre le Nord et le Sud des anciens États-Unis.
Lors même que les nations disparaissent du théâtre du monde, vaincues par des nations rivales, dispersées par la mauvaise fortune, leur histoire reste encore, comme un exemple ou comme une leçon. A plus forte raison, l'histoire d'un pays qui se divise sans s'amoindrir, reste-t-elle commune aux membres de cette famille divisée. C'est à ce titre que les États déjà séparés ou prêts à se séparer de l'ancienne fédération retrouveront, même dans leur nouvelle condition, leur histoire dans celle de l'Union tout entière. Depuis le moment où j'ai été conduit, dans les dernières pages de mon précédent ouvrage (1), à examiner le mouvement révolutionnaire qui se pro pageait en Amérique, les événements ont marché avec une singulière et déplorable rapidité, quoique lentement au gré de quelques-uns. A l'heure où nous écrivions les lignes que nous rappelons , le mouvement était à son aurore , 1) Voir ('Appendice á la fin du second volume de la République Américaine.
Introduction
. VII M. Lincoln venait d'être élu à la présidence de la Grande République et les séparatistes du Sud recrutaient des forces pour entreprendre la campagne qu'un plein succès parait devoir couronner, au prix de flots de sang, de sacrifices énormes, et peut-être de la ruine momentanée du commerce, de l'industrie, de l'agriculture d'un des plus riches pays du monde. Ce n'est pas sans de profonds et très légitimes regrets, que je me résous à constater ces conséquences d'une transformation politique aussi radicale que celle qui se prépare dans la condition sociale des Américains du Nord. L'espoir que nous exprimions, alors, sur la con servation des liens de l'Union est dissipé. Cet espoir n'était pas le résultat seulement d'un désir; il avait sa source dans Tordre même et dans la nature des faits qui s'accomplissaient en Amé rique.
L'armée qui était sur pied était encore une armée de légistes et de commentateurs de la constitution. On discutait les droits des États à se retirer de TUnion, et les droits de l'Union à les retenir, même par la force, dans les liens du pacte fédéral. Sur ce terrain on paraissait devoir finir par s'en tendre; mais la discussion en se prolongeant, a permis aux véritables causes de ia désunion de se produire ouvertement, largement, dans toute leur LES TRENTE-QUATRE ÉTOILES AMÉRICAINES. aigreur. Les chances de bon accord ont tout à coup disparu, et il a fallu en appeler à la force des armes, afin de décider du maintien intégral ou du partage de la république. La séparation entre les deux républiques est accom plie de fait aujourd'hui. On avait compté sur la supériorité des forces du Nord, sur ses ressources finan cières, sur sa prépondérance morale, et aussi disons le mot, sur le concours des esclaves pour écraser promptement le Sud.
Après bien des hésitations de part et d'autre, après d'insignifiantes escarmouches accompagnées d'une mise en scène militaire qui a pu, un moment, paraître ridicule, faute d'ajiprécier les sentiments qui inspiraient ces louables hésitations, les deux armées en sont venues aux mains. La déroute de Manassas bientôt suivie de la défaite de Springfield, ont dérangé tous les calculs, toutes les prévisions, toutes les espérances qu'on fondait sur le Nord. Mal défendu X par ses officiers et par ses soldats déserteurs et insu bordonnés, chargé d'une dépense d'un million de dollars par jour, s'obérant par des emprunts formidables, travaillé par le socialisme qui se réveille dans les villes où il sommeillait depuis la révolution de Tindépendance, mal servi par un Congrès où les passions aveugles n'ont pas de contrepoids, conduit par un président faible, hésitant, le Nord doit suc comber.
En tout cas, Ta vantage jusqu'à présent est du côté du Sud, et il est important d'ajouter que les victoires du Nord n'eussent en rien modifié la situation. Si l'Union doit jamais se reformer, ce sera à la condition , au contraire , que le Sud restera vain queur. Le Nord n'a que des conditions inacceptables à dicter au Sud, le Sud n'a qu'à en appeler à la stricte observation de la Constitution pour justifier ses pré tentions et pour mettre fin à la lutte. Le Nord vaincu serait libre d'accepter ou de refuser la réconciliation , car le Sud n'a pas Tambition de conquérir le Nord. Mais -il n'en est pas de même de celui-ci. Le Nord veut contraindre le Sud à rentrer dans l'Union. La victoire des armes ne lui donnerait pas le résultat final qu'il poursuit; Torganisation et les mœurs politiques du pays ne permettent à per sonne de croire qu'on ramènera le Sud à résipiscence en mettant garnison dans ses villes ; aux garnisons du Nord, le Sud aura toujours le droit constitutionnel
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. XI et légal d'opposer la force armée ; Tétat révolutionnaire serait donc permanent. A première vue ceci peut paraître trop absolu aux yeux de ceux qui, ne connaissant pas le mécanisme constitutionnel des États-Unis, s'imaginent que la République américaine est un composé de provinces subordonnées à un gouvernement central; auquel cas on aurait eu raison d'appeler la levée de boucliers du Sud un acte de rébellion. Mais nous avons expli qué ailleurs (1), et plus /Tune page des présents volumes Texpliquera encore, comment Tindividua lité de chaque État existe, .t comment Tindépen dance de chacun d'eux est d/'finie nettement, non seulement dans la théorie, mai. dans la pratique de la Constitution. La dénomination même d'États-Unis, signifie la réunion ou Tassociation d'États dans un but d'intérêt commun, mais sans soumission de l'un à l'autre.
Les mots ont, ici, leur valeur comme partout : Tappellation d'État implique Tindépendance , une constitution individuelle; -c'est dans la langue politique Texpression unique pour définir cette force personnelle. L'Union de ces États entre eux entraî nait dans Tintérêt de tous, Tobservance de certaines lois, de certaines conditions propres à sauvegarder la sécurité commune. Les armes que la constitution (t) Voir la République Américaine. a données au pouvoir exécutif fédéral pour maintenir l'Union ne sont applicables qu'autant que des tenta tives seraient faites pour fausser le pacte ; c'est ce que nous avons rappelé précédemment au moment où la Caroline du Sud, sujette à caution, avait donné le signal de la sécession. Mais du moment que les griefs ont été articulés par une agglomération d'États ; du moment que ces États eurent démontré que le pacte était rompu à leur égard, il n'y avait plus apparence de rébellion; il y avait volonté, manifestement exprimée de se retirer, pour des causes définies, d'une association où les intéressés ne se trouvaient plus sur le pied d'éga lité.
La lutte se trouva naturellement portée sur le ter rain des droits des États à se retirer de la confédération et sur les motifs réels de cette séparation. La faute du président et de son parti fut de ne pas s'apercevoir de ce changement, et de persister aveu glément dans une résistance qui justifiait parfaitement les résolutions extrêmes et énergiques du Sud. Celui-ci laissa, habilement, le Nord se fourvoyer sur un terrain où il devait perdre tout son avantage. Pour juger sainement, aujourd'hui, la question qui s'agite aux États-Unis, il faut se placer, avant tout, à un point de vue essentiellement américain et péné trer au vif des intérêts opposés qui se trouvent en présence, irréconciliables désormais. Si dès le premier jour, cependant, TEurope très grandement engagée et beaucoup plus engagée qu'elle ne le crut, d'abord, dans ce conflit, avait, tout en maintenant la stricte neutralité qu'elle a observée, offert sa médiation bienveillante, à coup sûr on eût évité de faire couler tout le sang qui a déjà rougi le sol de l'Union, sans compter celui qui le rougira encore, avant que la querelle soit vidée.
La voix de l'Angleterre et celle de la France eussent été écoutées en Amérique avec le respect qu'elles méritent, et la paix fût sortie de ce généreux arbritage qu'il n'est peut-être pas trop tard pour tenter, en arrivant toute fois sur le terrain où a été transportée la question : le terrain de la séparation. Je n'ai nulle envie d'incri miner la conduite du gouvernement impérial dans cette circonstance. Et pour preuve, j'en appelle à un fait dont on a beaucoup parlé au début du conflit américain. II s'agit d'une conversation échangée, à cette époque, entre M. Thouvenel, ministre des Affaires Étrangères et M. Faulkner, alors ministre des États-Unis à Paris. Les détails en ont été connus par les journaux américains qui ont publié les dépê ches échangées à ce sujet entre M. Faulkner et son gouvernement.
Ce diplomate s'était rendu auprès de M. Thou venel pour prier le gouvernement français « de sus pendre la reconnaissance du démembrement des États-Unis jusqu'à Tarrivée du nouveau ministre accrédité par M. Lincoln près la cour de France. » M. Thouvenel avait répondu « que le gouvernement français n'agirait jamais avec précipitation dans de pareilles matières; qu'il croyait le maintien de l'Union dans son intégrité désirable pour le peuple du Nord et du Sud, aussi bien que pour les intérêts particuliers de la France. » « Mais tout en s'expri mant ainsi, ajoutait M. Faulkner, il me fit observer que la jurisprudence nouvelle des nations avait établi le droit des gouvernements de fait à être
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XV reconnus, quand un cas particulier en fournissait Toccasion aux puissances étrangères. » M. Thouvenel ayant demandé à son interlocuteur s'il pensait que le cabinet de Washington recourrait aux moyens de coercition pour faire rentrer les dissi dents dans l'Union, M. Faulkner exprima Topinion « que la force ne serait point employée; que bien que Tautorité fédérale eût d'incontestables droits à la maintenir, le respect pour le principe du self govem rnent et la souveraineté des États était si grand que la coercition ne serait pas tolérée. » Cette conversation diplomatique, ajoutait-on alors, est mentionnée dans les instructions données au nouveau ministre des États-Unis à Paris, M. William Dayton, par le secrétaire d'État, qui se montre très satisfait de la déclaration de M. Thouvenel, « malgré les réserves concernant des principes généraux s'ap pliquant à des cas qu'il n'y a pas lieu de discuter quant à présent. » Mais à propos de Topinion émise par M. Faulkner « qu'on n'aurait pas recours à la force pour soumettre les États séparés à Tautorité fédérale, et que la seule solution des difficultés serait trouvée dans telles modifications au pacte constitutionnel qui engageraient ces États à rentrer dans l'Union, ou dans une reconnaissance pacifique de leur droit à une souveraineté séparée, » le secrétaire d'État déclara « que le temps où ces questions pouvaient être plausibles était passé, » et il terminait en disant à M. W. Dayton : « Vous ne pouvez être trop décidé, ni trop explicite en faisant connaître au gou vernement français qu'il n'existe pas, qu'il n'a jamais existé et qu'il n'existera à l'avenir aucune idée de souffrir qu'une dissolution de cette Union ait lieu de quelque manière que ce soit. » La réponse de M. Thouvenel n'était que la confirma tion du principe de politique internationale pratiqué par la France, le principe de non intervention ; mais il nous est permis de croire que les événements que Ton déplore aujourd'hui eussent été conjurés si, au lieu d'une intervention, directe ou indirecte, il eût été question d'une médiation franche et immédiate.
Peut-être ne la pouvait-on pas solliciter; offerte, elle eût été acceptée. Mais sans aucun doute la réserve du gouvernement français, comme celle du cabinet de Londres, était dictée par un respect très naturel pour Topinion publique qui, dans les deux pays, se montrait anti pathique à l'esclavage que Ton donnait pour cause unique au conflit naissant. L'opinion publique était complètement égarée. Avec un peu plus de connaissances pratiques que Ton n'en possède généralement en France, sur TAmé rique, sur les intérêts qui divisent comme sur les intérêts qui ont si longtemps uni ces États ennemis aujourd'hui, on eût envisagé le conflit sous un autre jour que celui qui a si mal éclairé la question. On a cru, ai-je dit, que ce conflit avait pour cause unique l'esclavage, et sous Tempire du sentiment très vif d'horreur qu'inspire en Europe cette institu tion, on a sympathisé, tout d'abord, avec le Nord; pensant que le mieux qu'on pût faire était de mon trer une indifférence parfaite en cette occasion.
Cette expérience coûtera cher à TEurope. Si les sym pathies et les antipathies jouent un grand rôle dans les sentiments et dans les jugements réciproques des peuples, les principes du droit, et les intérêts matériels si fort appréciés de notre temps, méritaient bien qu'on en tînt compte. On ne Ta pas fait ; Tentraînement Ta emporté sur ce qu'on appelle en termes généraux la politique. C'est un malheur dont TEurope commence à porter la peine. Certainement la question de l'esclavage était bien pour quelque chose dans la regrettable détermina tion qui prive les États du Sud , de se retirer de l'Union, on ne peut le nier. Les États esclavagistes étaient autorisés à se tenir en défiance contre le parti qui venait de triompher dans Télection de M. Lincoln; leurs efforts à combattre cette candidature, les menaces de sécession qui l'ont accompa gnée, étaient des indices que la faiblesse coupable de M. Buchanan et Tincroyable silence de M. Lincoln ont fatalement encouragés.
II était trop tard quand M. Lincoln a déclaré dans son discours d'inauguration que les États du Sud nourrissaient de fausses appréhensions en s'imagi nant « que Tavénement d'une administration répu « blicaine mettrait en péril leurs biens, la paix et « leur sécurité personnelle Je n'ai nul dessein, « ajoutait-il, de m'immiscer soit directement, soit « indirectement dans Tinstitution de l'esclavage là « où elle existe Je ne crois avoir aucun droit « légitime d'agir ainsi, et je n'y suis nullement « enclin. »
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. XIX Au moment où elle vint, cette déclaration manqua d'opportunité sinon de bonne foi, et la question de l'esclavage avait perdu déjà de sa violente significa tion des premières heures. M. Lincoln ne faisait que respecter la constitution en parlant de la sorte. Ses adversaires avaient pu craindre le contraire; ils étaient, désormais ras surés. Les instructions du secrétaire de la guerre au général Butler de considérer les esclaves fugitifs comme une propriété, le soin qu'eut le commodore Prendergast, pendant le blocus de Ncrfolk, de réin tégrer dans cette ville sept esclaves qui s'en étaient évadés, étaient autant de faits qui auraient pu et qui auraient dû satisfaire les défenseurs de l'esclavage. Mais cc qui prouve d'une façon péremptoire que l'esclavage n'a joué qu'un rôle fort secondaire dans ce soulèvement du Sud contre le Nord, c'est que toutes les tentatives de réconciliation, toutes les pro positions de compromis ont été repoussées par le Congrès et par les amis du président qui lui-même en est arrivé, par une aberration incroyable d'esprit, à sanctionner un bill d'émancipation des esclaves.
Entre une pareille mesure, s'il n'y a pas exagéra tion dans son interprétation, et les déclarations solen nelles du discours que nous avons rapportés plus haut, il existe une contradiction si grossière, que l'esprit se refuse à croire qu'un homme d'État qui s'arme de la lettre d'une constitution pour combattre LES TIIBNTE-QUATRE ÉTOILES, T. h XX ses adversaires, viole outrageusement cette même constitution. Ici ce n'est pas la cause de l'esclavage que je défends; c'est celle du bon sens, d'abord, et aussi celle du respect des lois. C'est une mesure de guerre, dira-t-on,[une mesure désespérée! Mais aucune loi de salut n'a jamais auto risé la violation d'une constitution pour le maintien de laquelle on combat! Jamais le bon sens n'admet tra qu'on puisse violer une constitution au respect de laquelle on prétend rappeler des adversaires!
M. Lincoln, en abolissant l'esclavage, reconnaît de fait la dislocation de l'Union, et délie les États du Sud de toute soumission au pacte fédéral; il entre prend purement et simplement la guerre contre une république qu'il tente de conquérir. La lutte perd, dès lors, à supposer qu'elle en eût conservé encore la moindre trace, tout caractère de rébellion de la part du Sud. Si dans la pensée de M. Lincoln, le bill d'émanci pation des esclaves n'est qu'une arme de guerre contre des États révoltés, cette arme est immorale et barbare; — immorale parce qu'elle met la passion au dessus de la loi; — barbare, parce qu'il n'y a pas de nation civilisée qui soit disposée à encourager de son approbation la doctrine du pillage, de Tassas sinat et de Tincendie. Or, Taffranchissement des esclaves, en temps normal, est une œuvre souhai-
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. XXI table et belle ; dans les circonstances présentes , déclarer libres les noirs contre la volonté de leurs maîtres, c'est soulever la guerre servile dans le Sud, et nul n'oserait dire que ce ne sera pas un crime abominable, un crime de lèse-civilisation que d'armer systématiquement de la torche et du poignard la main des nègres contre les blancs. C'est un droit que n'a pas M. Lincoln, s'il garde encore Tespoir de rétablir l'Union. Ce n'est pas davantage son droit, s'il considère désormais les États confédérés du Sud comme une nation étrangère. Dans le premier cas, il outrage la morale. Dans la seconde hypothèse, il manque aux plus simples notions du droit international. V La véritable cause de rupture entre le Nord et le Sud, celle qui a échappé un moment aux regards du public, est une question de prédominance, une pré tention de suprématie de la part du Nord, un point de vue d'égoïsme qui annulait le but déclaré du pacte social des États-Unis , « d'établir la justice , « d'assurer la paix domestique, de pourvoir à la « défense commune, d'encourager la prospérité gé « nérale et de garantir les bienfaits de la liberté. » M. Jefferson Davis, le président de la confédération du Sud, Ta bien fait remarquer dans le très habile discours qu'il a prononcé le jour de son installation au pouvoir (1). (1) Voir ce document à la fin de l'ouvrage.
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. XXIII A propos de l'acquisition de la Louisiane, Jefferson écrivait le 12 août 1803 (1) : « On élève dans les « États de l'Est beaucoup d'objections contre cette « vaste extension de nos limites, et on propose « d'échanger la Louisiane ou une portion du moins « de cette contrée, contre les Florides » « Ces « fédéralistes voient déjà dans cette acquisition , la « formation d'une confédération nouvelle embras « sant tous les affluents du Mississipi sur Tune et « sur l'autre rive , et la séparation des affluents « orientaux de l'Union actuelle. Une combinaison « semblable dépend de tant de circonstances impos es sibles à prévoir, qu'il est difficile d'établir aucun « calcul sur des chances de cette nature. On a rare « ment vu le voisinage produire entre deux nations « des sentiments d'affection ; le résultat inverse est « peut-être une vérité universelle.
Mais d'ailleurs, si « ces nations venaient à avoir un grand intérêt à se « séparer de nous, si leur bonheur en dépendait à un « point assez marqué pour les décidera s'exposer aux « inconvénients d'une pareille crise, pourquoi les « États de TAtlantique redouteraient-ils cet événe « ment? Mais nous, en particulier, qui les habitons « aujourd'hui, pourquoi prendrions-nous parti dans « une pareille question?... Les futurs habitants des « États de TAtlantique et du Mississipi seront égale- (1) Lettre à Breckenbridge • Mémoires el correspondances de Jefferson. « ment nos enfants; nous leur laisserons des établis « sements distincts, mais limitrophes. Nous pensons « que leur union est nécessaire à leur bonheur, et « nous désirons qu'elle se maintienne. Les événe « ments peuvefht en décider autrement ; et s'ils croient « un jour de leur intérêt de se séparer, pourquoi « nous prononcerions-nous en faveur de nos descen « dants de TAtlantique, plutôt qu'en faveur de nos « descendants du Mississipi?
Y a-t-il quelque diffé « rence entre les cadets et les aînés? Que Dieu les « bénisse les uns et les autres, qu'il les maintienne « unis, si c'est pour leur bien; mais qu'il les sépare, « s'il doit en résulter pour eux plus d'avantage. » On voit que les a fédéralistes » dont parlait Jeffer son, avaient raison de prévoir que les États affluents du Mississipi formeraient tôt ou tard une confédéra tion nouvelle, en même temps Jefferson avait raison de se résigner à voir ses États se séparer du reste de l'Union « si c'était leur avantage. » Jefferson en s'exprimant ainsi, était conséquent avec les principes de la souveraineté des États, principes que sa large pratique de la démocratie avait su faire sortir de l'esprit de la constitution, qui sont restés en évidence, depuis lors, et qui triomphent finalement aujourd'hui.
Jefferson, quoiqu'on ait cherché à insinuer le contraire, avait une grande luci dité en politique; son esprit fin et délié saisissait aisément toutes les conséquences de la condition
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. XXV sociale que la démocratie venait de faire à son pays. II savait bien que la liberté doit produire tous les fruits qu'elle porte en germe, qu'elle ne s'aliène pas, ne se subdivise point et que, comme la lumière ou le magnétisme, elle se communique sans rien perdre de sa force génératrice. En prévoyant !a formation d'une confédération 'entre les États affluents du Mis sissipi , il leur reconnaissait le droit de ne sacrifier point leurs avantages individuels, et admettait de piano, des antipathies d'intérêts qui pouvaient rendre l'Union onéreuse à certains de ces États. Ces antipathies d'intérêts sont nées entre le Nord et le Sud, à la longue, à mesure que chacun d'eux est entré plus avant dans Taccomplissement de sa mission, résultant de sa position géographique, de la nature de son sol, des conditions de son climat, de son organisation sociale, des mœurs de ses habitants.
Le Nord est devenu particulièrement manufactu rier et industriel; le Sud est resté essentiellement agricole et producteur de matières premières. La tendance de l'un a toujours été de sauvegarder son industrie par des tarifs protecteurs et de jeter ses produits libres de droits sur les marchés du Sud en concurrence avec les produits européens chargés de droits dont le Sud supportait le poids. Celui-ci, au contraire, par cela même qu'il est producteur, avait un goût très net pour la plus large liberté du com merce, afin d'étendre ses marchés d'écoulement, de pouvoir se procurer à moindre prix les objets dont il a besoin, et produire au meilleur marché possible. Cet abîme économique entre les deux latitudes s'est ouvert à nu, dès le premier jour de la séparation. Pendant que la confédération du Sud se montrait nécessairement et naturellement libérale en matière de commerce, le Nord recourait immédiatement à Tétablissement de tarifs onéreux. « Le nouveau « tarif, » disait à ce propos le Moniteur français, « aggrave toutes les taxes, soit directement, soit par « des combinaisons qui substituent le droit spéci « fique au droit ad valorem.
Cette réforme rétrograde « a été fort mal accueillie en Angleterre, et elle ne « sera pas mieux goûtée en France... Si l'Union « n'est pas rétablie, le programme de la liberté des « échanges proclamé par le Sud ouvrira à notre « agriculture et à notre industrie une voie de rela is tions fécondes et de larges compensations. » C'était assez pour provoquer dans Topinion publique un retour favorable à la nouvelle confédération. A une date plus récente (7 août), le Congrès de Was hington a adopté de nouvelles mesures financières plus rigoureuses encore, marchant de jour en jour, sous Tempire des besoins du Trésor, dans la voie fatale où il est entré. Les droits sur la presque totalité des marchandises importées ont été augmentées. Ce contraste ne laisse pas que de produire une singulière impression qui n'est pas, certainement, à Tavan-
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. XXVII tage des États du Nord. Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'au sein même de Tancienne fédération il se ren contre des adversaires très passionnés de la politique du parti Lincoln, dans la classe des négociants, dans la presse, dans le Congrès, en dépit des censures, des accusations de trahison , des entraves plus ou moins ténébreuses opposées aux manifestations de Topinion publique. Une feuille de New-York, le Journal os Commerce, exprimait ces sentiments sur ce point en des termes trop vifs et trop clairs pour que je ne croie pas devoir citer ici ses propres expressions : « La presse républicaine, dit ce journal, assure tous les jours que le gouvernement, en envoyant une force dans les États du Sud, a pour but de protéger dans ces États les citoyens restés fidèles à l'Union. II n'y a probablement pas plus d'un dixième de la population de ces États qui voulût consentir à rentrer dans l'Union à d'autres conditions que la com plète reconnaissance et la garantie de tous leurs droits « Un autre argument de ces journaux, c'est qu'ils prétendent que le Sud désire détruire notre gouver nement et nous priver de nos libertés.
Le peuple du Sud n'a tenté et ne désire rien de pareil. Nous pouvons garder notre gouvernement tant qu'il nous plaira; mais il ne lui convient plus et il n'en veut pas pour lui... Est-il possible de rétablir l'Union par la force? Mais qu'on suppose que Tarmée du Nord réussisse à vaincre le peuple du Sud, la paix sera-t-elle rétablie de cette manière? L'histoire n'enseigne-t-elle pas qu'un peuple soumis par une force militaire ne peut jamais être considéré comme dévoué? Que deviendra la république, la grande citadelle de liberté érigée par nos ancêtres, et transmise avec orgueil à ses enfants, si nous employons un corps militaire pour faire observer la loi dans onze États. II vaut mieux leur permettre de se retirer que de laisser notre gouvernement devenir un despotisme militaire, la forme de gouvernement la plus tyrannique qu'il soit possible d'imaginer.
Si cette guerre continue, elle engendrera un esprit de haine entre les deux sections du pays. La guerre ne durera pas toujours; quand elle sera terminée, elle laissera après elle un gouvernement renversé, un peuple surchargé de taxes et mécontent, une dette nationale énorme, la cessa tion du commerce, la ruine des négociants. Ne vau drait-il pas mieux reconnaître Tindépendance du Sud ou inviter les États révoltés à revenir à l'Union en leur promettant la reconnaissance de tous leurs droits? Voilà ce qu'il faut faire pour retrouver la paix et la prospérité. » On a objecté que, jusqu'à présent, le Sud avait bien consenti à accepter cette situation inégale , qui n'est pas nouvelle dans Texistence de la République américaine.
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. XXIX Cela est vrai ; mais il ne faut pas oublier que le Sud a été presque constamment le maître dans la conduite des affaires de l'Union, et qu'il n'avait pas à redouter d'empiétements injustes ni de pire état. Tant que l'un des deux grands partis politiques qui avaient des ramifications dans tous les États de l'Union, les démocrates et les anciens whigs, furent seuls à se disputer le pouvoir, Téquilibre ne pouvait pas être rompu. Les intérêts du Sud étaient garantis par une naturelle communauté d'intérêts avec le Nord ; mais du jour où, avec M. Lincoln, le pouvoir a passé aux mains d'un parti sectioniste, antipathique et hostile au Sud où il n'avait aucune racine, le Sud a pu et a dû redouter toutes les calamités auxquelles il avait échappé. De ce jour, il n'y avait plus de sécu rité pour le Sud dans la confédération; il s'en est retiré, entraînant dans sa cause non pas seulement les États à esclaves, mais tous ceux à qui il importe de ne pas subir la domination égoïste d'un groupe d'États sur le reste de l'Union.
On ne s'imagine guère une association où les intéressés ne jouissent ni des mêmes droits, ni des mêmes avantages, ni des mêmes sécurités. VI Le bilan des pertes de TEurope par la continuation de la lutte est facile à établir : c'est, d'abord, la pri vation de la matière première qui est lame de Tindus^ trie manufacturière, c'est à dire le coton; c'est, déjà, le chômage dans les fabriques, la restriction apportée au commerce d'exportation ; c'est , en perspective , une crise commerciale en Amérique, peut-être une crise financière, dont les contrecoups rejailliront incontestablement sur TEurope. « A ne voir que les chiffres généraux , » disait à ce sujet le Journal des Débats, « le changement pro duit par la crise sécessionniste apparaît relativement faible. Dans le premier semestre de 1861, New- York a eu une importation de 519,3 millions de francs et une exportation de 349,3 millions : dans Tépoque
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