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LANGUEDOC I*. I PROVENGE S RÊGUil SU' A MO? mMm ■:i (a LíBRAíULS-fi'Drn'. BIBLIOTHÈQUE MORALE n r. LA JEUNESSE SÉRIE IN-4° 'Languedoc, i Si grande que fùt rinlorlune publique, plus grand encore était snn courage. On le voyail toujours au poste le plus dangereux. LANGUEDOC F.T PROVENCE DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU'A NOS JOURS Par E. DUBOIS AUTEUR DE PLUSIEURS OUVRAGES HISTORIQUES ROUEN MÉGARD ET C, LIBRAIRES-ÉDITEURS Propriété des Éditeurs , AVIS DES ÉDITEURS Les Éditeurs de la Bibliothèque morale de la Jeunesse ont pris tout à fait au sérieux le titre qu'ils ont choisi pour le donner à cette collection de bons livres. Ils regardent comme une obligation rigoureuse de ne rien négliger pour le justifier dans toute sa signification et toute son étendue. Aucun livre ne sortira de leurs presses , pour entrer dans cette collec tion, qu'il n'ait été au préalable lu et examiné attentivement, non-seulement par les Éditeurs , mais encore par les personnes les plus compétentes et les plus éclairées.
Pour cet examen, ils auront recours particulièrement à des Ecclésiastiques. C'est à eux , avant tout, qu'est confié le salut de l'Enfance, et, plus que qui que ce soit, ils sont capables de découvrir ce qui, le moins du monde, pourrait offrir quelque danger dans les publica tions destinées spécialement à la Jeunesse chrétienne. LANGUEDOC. CHAPITRE Ier. Temps primitifs. — La Narbonnaise. Les Gaulois, après s'être emparés de la contrée à laquelle ils donnèrent leur nom, la divisèrent en trois parties : la Celtique propre, la Belgique et l'Aquitaine. Ces trois divisions formèrent ce que les Romains appelaient la Gaule Transal pine, pour la distinguer de la Gaule Cisalpine, fondée au delà des Alpes par Bellovèse. La partie de la Celtique qui s'étendait le long de la Méditerranée, depuis la Garonne jusqu'au Rhône, fut appelée Gallia braccata, du nom de bracca, sorte de vêtement que portaient ses habitants.
Elle était occupée par les Volces, divisés en Volces Tectosages et en Vol ces Arécomiques. C'est cette partie de la Gaule Transalpine qui a reçu plus tard le nom de Languedoc. Lorsque les Romains se furent établis, en 121 avant Jésus-Christ, dans la LANGUEDOC. Gaule Cisalpine, où ils fondèrent Aix, ils convoitèrent la Gaule Transalpine, et épièrent une occasion favorable pour pénétrer dans cette contrée. Elle ne tarda pas à se présenter. Les Allobroges, habitants du Dauphine, avaient accordé un asile à Teutomal, roi des Saliens, qui avaient opposé une vive résistance aux Romains pour les empêcher de s'établir dans la Gaule Cisalpine. Les Allobroges, ne supportant qu'avec impatience le voisinage des Romains, se disposaient à mettre Teutomal à leur tête pour chasser les envahisseurs. Bituit, roi des Au vergnats, s'était aussi associé à Texpédition.
Chapitre II
Jules César. Après la destruction de ces terribles barbares, la Provence ne tarda pas à se repentir des divisions auxquelles ITtalie était en proie. La rivalité de Marius et de Sylla, impitoyables proscripteurs, fit éclater une longue guerre civile, que la mort de Marius ne fit pas cesser. Sylla vit tous ses ennemis à ses pieds, et prit le gouvernement absolu, avec le titre de dictateur. Cependant Sertorius, habile et vaillant capitaine, qui gouvernait en Espagne, s'efforçait d'y relever le parti des vainqueurs des Cimbres. Mis au nombre des proscrits par Sylla, il n'en continua pas moins à susciter des ennemis au dictateur. Deux consuls, envoyés pour le soumettre, échouèrent dans leur tentative. Une partie du peuple de la Narbon naise embrassa le parti de Sertorius, qui fit reconnaître dans la province l'autorité d'un sénat composé par lui de sénateurs proscrits.
II nomma un gouverneur et des magistrats, mit des garnisons dans les places, et ne négligea aucune des branches de Tadministration publique. Pour étouffer cette insurrection, le sénat de Rome nomma Manius Fontéius au LANGUEDOC. gouvernement de la province, et chargea Pompée, qui devait conduire une'armée en Espagne contre Sertorius, de réduire en passant les Narbonnais rebelles. Pompée n'avait pas trente ans; mais il s'était déjà distingué par sa valeur dans les campagnes qu'il avait faites en Afrique, en Italie et dans la Gaule Cisalpine. Le sénat lui conféra autant de pouvoirs que s'il eût été consul. II prit la route des Alpes, Tan Ti avant Jésus-Christ. Le passage de ces montagnes lui fut disputé par les partisans de Sertorius, et ce ne fut que par la force des armes qu'il put se frayer un chemin.
Arrivé dans la Narbonnaise, il battit les insurgés et s'em para des villes qui tenaient pour Sertorius. Pompée épouvanta les populations par des actes d'inflexible sévérité et de vengeance implacable; il mit tout à feu et à sang, gagna Narbonne à travers des monceaux de cadavres, et rétablit partout l'autorité romaine. Ne trouvant plus d'obstacles dans la Provence, il laissa à Fontéius le soin d'exécuter le décret qu'il avait rendu pour la confiscation des terres des rebelles, et partit pour TEs pagne, où il arriva malgré la résistance des troupes de Sertorius, qu'il défit au passage des Pyrénées. La révolte semblait comprimée dans la Narbonnaise ; mais la vengeance cou vait dans tous les cœurs, et le délire du désespoir faisait rêver Taffranchisse ment national. Fontéius ajoutait aux rigueurs de sa mission, en exécutant avec la plus grande dureté les ordres qu'il avait reçus.
II parcourait, à la tête des soldats, les territoires frappés par le décret, et marchait au milieu des exécu tions et des supplices. Les peuples, qui ne souffraient qu'impatiemment le joug de ce consul devenu odieux, se soulevèrent en masse au premier échec éprouvé par Pompée, et firent le siège de Narbonne. Fontéius s'avança au secours de sa capitale, et la délivra. Dès lors il ne mit plus de bornes à ses vexations impitoyables, et fit exécuter le décret de Pompée à la pointe de Tépée. Des confisca tions plus étendues eurent lieu au profit des légionnaires, et les privilèges dont jouissaient plusieurs des districls de la province furent abolis. Fontéius courba le pays sous son sceptre de fer, étouffa dans son âme tous les sentiments de justice et de pitié, et ne suivit d'autres règles que celles de sa volonté arbitraire.
II fit passer en Espagne, à Métellus et à Pompée , des secours considérables en hommes, en argent et en vivres. Une stérilité de deux années étant venue se joindre aux exigences du gouvernement, la misère publique fut à son comble. La mort de Sertorius, qui fut assassiné par Perpenna, Tan 73 avant Jésus-Christ, mit sin à cette guerre cruelle, qui durait depuis près de dix ans. LANGUEDOC. Pompée fut rappelé à Rome. Au passage des Pyrénées, il voulut laisser un monument qui perpétuât le souvenir de ses victoires. Sur le sommet d'une des montagnes qui séparent la Gaule de TEspagne, au col des Pertus, entre le Rous sillon et la Catalogne, il fit élever un trophée qui porte aujourd'hui son nom. La Narbonnaise, après avoir gémi trois ans sous la dure administration de Fontéius, en fut enfin délivrée; mais, indignée de la tyrannie que ce gouverneur avait exercée sur elle, elle porta ses plaintes au sénat.
Les Allobroges se chargèrent d'exposer" les griefs du pays, d'en soutenir les intérêts, et ils en voyèrent à cet effet des députés en Italie. Fontéius, effrayé du nombre et de la gravité des faits qui lui étaient imputés, confia sa défense à Cicéron. Cet orateur si éloquent, mais peu scrupuleux sur le choix des arguments, n'épargna rien pour assurer le succès de la cause qu'il défendait. Avec sa fierté romaine, il jeta le sarcasme et le mépris sur les représentants de la Narbonnaise, qui ne deman daient cependant pas faveur, mus justice. «Le dernier des citoyens romains, s'écria Cicéron, est au-dessus du premier chef de ce peuple barbare, et son témoignage ne pourra être détruit par Taccusation du plus recommandable des Allobroges. » II les représenta comme des imposteurs dont il fallait faire courber la lête.
II leur reprocha leurs mœurs singulières, leurs vêtements grossiers, qui les faisaient remarquer au milieu de Rome corrompue par le luxe. On ignore quel fut au juste le résultat de cette affaire ; mais si Fontéius ne fui pas complètement justifié, il ne fut pas puni. La Narbonnaise n'éprouva aucun soulagement : Tadministration des succes seurs de Fontéius fut aussi despotique que l'avait été la sienne; des charges énormes pesaient sur ces peuples malheureux; aussi les débiteurs, réduits à f impossibilité de satisfaire à des exactions si arbitraires, étaient à la veille de voir vendre comme esclaves leurs femmes et leurs enfants. Les Allobroges, agis sant toujours au nom de la province, envoyèrent encore des députés à Rome, pour demander au sénat une diminution d'impôts ; on n'écouta aucune de leurs réclamations.
Pendant que les Allobroges étaient à Rome, Calilina ourdissait sa célèbre con spiration. Lentulus, son principal complice, voulut mettre à profit le mécontentement de la Narbonnaise, el se flatta d'en tirer de puissants secours. Dans cet espoir, un des conjurés, qui avait des liaisons av«c les députés, se chargea de négocier leur participation à l'entreprise, leur promettant Tabolition de toutes LANGUEDOC. 17 leurs dettes. Les Allobroges, irrésolus, hésitaient. Cicéron, alors consul, instruit de ce qui se passait, vit les Allobroges, leur fit des promesses plus brillantes que celles de Lentulus, et s'assura de leur dévouement. Us feignirent alors d'ac cueillir les offres des conjurés, et manifestèrent le désir de traiter avec les chefs. Ils eurent une entrevue secrète avec Lentulus ; on fit un traité, dont les Allo broges eurent une copie ; puis ils se préparèrent à partir la nuit suivante, pour rentrer dans leur pays, en passant par le camp de Catilina.
Cicéron, averti à temps, envoya sur la route deux préteurs et des gardes qui reçurent des Allo broges les preuves de la trahison. Us arrêtèrent Lentulus et ses complices, qui furent mis à mort. Catilina, forcé de tenter le hasard d'une bataille, mourut les armes à la main, avec un courage digne d'une meilleure cause. Les Allobroges ne reçurent pas la récompense promise au service important qu'ils venaient de rendre à la république, et la Narbonnaise continua à être opprimée. Un grand nom vint, à cette époque, remplir la Gaule du bruit de ses exploits. César, alors consul, obtint le gouvernement de la Narbonnaise, de la Gaule Ci salpine et de TUlyrie. II arriva dans la province Tan 60 avant Jésus-Christ, la trouva tranquille et soumise, s'occupa avec soin de Tadministration, et ne changea rien à Tordre des choses établies.
Mais des honneurs vulgaires ne pouvaient satisfaire Tambition de César; il voulait porter au loin le nom romain. Avide de gloire, il voulait reculer les limites de la domination romaine; bientôt la Gaule Narbonnaise, qui était depuis soixante ans la frontière, allait devenir le centre des provinces de TOccident. On connaît la fortune et les conquêtes de cet homme, doué d'un vrai génie militaire ; aussi ne le suivrons-nous pas dans la guerre qu'il soutint pour sou mettre la Gaule : ce sujet n'appartient pas au plan de cette histoire. Nous dirons seulement qu'en moins de dix ans, César triompha des Helvétiens, passa le Rhin, défit Arioviste, roi de Germanie, soumit la Belgique, vainquit Ambiorix, Vercingétorix, et tous les chefs qui tentèrent de lui opposer quelque résistance. II subjugua enfin toute la Gaule, et alla, en conquérant audacieux, planter ses aigles victorieuses dans la Grande-Bretagne, séparée du monde connu par la mer.
César trouva de vaillants et fidèles auxiliaires dans les peuples de la province. Narbonne et Toulouse se signalèrent par leur zèle pour le service de la république, et fournirent à César de puissants secours. Le consul récompensa large ment leur fidélité, par des privilèges et des honneurs accordés aux chefs qui avaient le plus coopéré à ses succès. LANGUEDOC. La Gaule conquise, César la divisa en deux provinces. L'une fut formée des pays qu'il avait soumis, c'est-à-dire de la Belgique, de la Celtique et de l'Aqui taine; Tautre, dela Narbonnaise, ancienne province romaine. Cette division des Gaules subsista jusqu'à ce qu'Auguste en fit quatre nouvelles parties. César s'occupa ensuite de Tadministration; il tint exactement les assemblées qu'on appelait conventus, y décida les affaires publiques, et terminales différends des particuliers.
U témoigna son affection et sa reconnaissance à la province, en la gouvernant avec douceur. II évita de la charger d'impôts, et Tembellit de plusieurs édifices publics. Mais tandis que César pacifiait et organisait la Gaule, un orage terrible se for mait contre lui à Rome. Pompée, jaloux de ses succès et de son pouvoir, voulait le dépouiller du commandement des Iroupes. César, sentant que sa présence était nécessaire en Italie, mit ses légions en quartier d'hiver, pourvut à la sûreté des Gaules, qu'il laissa fort paisibles, et partit. A peine arrivé à Rome, ses rivalités avec Pompée amenèrent une guerre ci vile, qui divisa le peuple romain en deux factions. Ces deux illustres compétiteurs s'étaient acquis dans le sénat une égale autorité, qui devint la source de leur jalousie et des troubles qu'elle entraîna.
Pompée, soutenu par un parti puissant, voulait qu'on obligeât César à licencier ses troupes, et qu'on lui ôtât son gouvernement des Gaules, à cause de la tropgrande influence qu'il s'était ac quise, et dont il pouvait abuser. César, qui, de son côté, entrevoyait et craignait les desseins ambitieux de son rival, refusait de céder sous divers prétextes. Le conseil de Pompée ayant prévalu, le sénat ordonna à César de licencier son armée dans un temps marqué par le décret, et le menaça de l'y contraindre, s'il n'obéissait pas. César se crut alors obligé de prendre les armes; il força Pompée et ses partisans à abandonner l'Italie et à se retirer en Grèce. Devenu maître absolu de Rome, il disposa à son gré de la république, et se maintint, malgré le sénat, dans le gouvernement des Gaules. Résolu à pousser à bout la faction de Pompée, il la réduisit d'abord en Espagne, puis revint terminer enfin cette longue querelle en Italie, par la bataille célèbre de Pharsale.
La gloire de César fut alors à son comble, et le pouvoir lui échut sans partage (48 avant Jésus-Christ). César, pour reconnaître d'une manière éclatante la constante fidélité et ratta chement inviolable de la province romaine à sa personne et à la république, accorda à un grand nombre de ses habitants le titre de citoyens romains, et en fit admettre plusieurs dans le sénat, lorsqu'il l'augmenla de neuf cents membres. Les citoyens romains, jaloux de cette marque de distinction accordée à des LANGUEDOC. étrangers, disaient en raillant que ce dictateur avait changé les braies des Gau lois contre le latus clavus, ou les robes sénatoriales, et que tantôt il attachait ces peuples à son char de triomphe comme captifs, tantôt il les mettait au rang des sénateurs. Les Pompéiens surtout, partisans chaleureux des vieilles institutions romaines, manifestèrent leur mécontentement.
A les entendre, tout était perdu, les arts comme le pouvoir, Téloquence comme la liberté. Cicéron lui-même fit à César une guerre de puriste, et laissa échapper ces plaintes : « Adieu Turbanité ! Adieu la fine et élégante plaisanterie I La braie transalpine a envahi nos tri bunes ! » Les Gaulois auxquels on déféra ces honneurs firent voir cependant, par leur probité et par leur sagesse, qu'ils n'étaient pas indignes des charges distinguées auxquelles on les élevait. Les relations établies entre les Romains et les anciens habitants de la Narbonnaise firent naître chez ces derniers l'amour des belles lettres. Parmi les hommes qui se distinguèrent à cette époque, nous devons citer Terentius Varro, qui contribua beaucoup au perfectionnement de la versi fication latine. Le dictateur, après avoir reçu à Rome les honneurs du triomphe, se disposait à venir reprendre en personne le gouvernement de la Gaule, lorsque, le 15 mars de Tan 44 avant Jésus-Christ, il tomba au milieu du sénat, sous vingt coups de poignard.
Son génie et sa clémence ne l'empêchèrent pas d'être immolé par les partisans fanatiques des privilèges patriciens. Cet événement était favorable à Tavancement de Lépide, qu'on nomma grand pontife, et qui se rendit à la fin de Tannée à Narbonne, où il établit sa résidence ordinaire. Pendant ce temps, Antoine et le jeune Octave, maîtres du pouvoir, déchiraient Rome par les luttes de leur ambition. Bientôt après, le gouverneur des Gaules, Plancus, reçut du sénat Tordre de bâtir la ville de Lyon, pour donner asile à quelques habitants de Vienne chassés par les Allobroges. Antoine, Lépide et César, dans une entrevue près de Modène, formèrent le second triumvirat, qui détruisit la république et renouvela toutes les proscrip tions de Sylla. Us se firent le sacrifice mutuel de leurs proches et de leurs amis.
Par un article de ce mémorable traité, Cicéron fut une des victimes. Les nouveaux triumvirs se partagèrent entre eux les provinces : Lépide conserva le gouvernement de la Narbonnaise et de TEspagne; Antoine eut celui des Gaules con quises par César; Octave obtint la Sicile, la Sardaigne et les autres îles; puis l'Afrique, qu'il céda plus tard à Lépide pour TEspagne. LANGUEDOC. A ce premier partage en succéda un second par lequel le gouvernement de l'Occident échut à Octave, celui de l'Orient à Antoine, et l' Afrique à Lépide. Mais bientôt Octave travailla sourdement à soustraire la Gaule à Tobéissance de ses collègues. II y parvint et resta seul maître de l'Occident. Cette conquête magnifique ne satisfit cependant pas son ambition, qui rêvait le pouvoir absolu et universel. La ruine de Lépide ne lui coûta pas de grands efforts : quelques intrigues lui suffirent pour arriver à son but.
II se tourna ensuite contre Antoine, qui était maître de toutes les forces de l'Egypte et de l'Orient. C'est sur mer que les deux rivaux vidèrent leur querelle; la bataille d'Actium, livrée Tan 31 avant Jésus-Christ, décida du sort de l'empire du monde. Octave triomphant réduisit Antoine à se tuer de sa propre main. II conserva les anciennes magistratures, et cacha son pouvoir absolu sous des formes trom peuses de liberté; car il savait que le nom seul de république était environné de tant de prestige, qu'il conservait encore le privilège d'émouvoir fortement les cœurs et de charmer la multitude. Octave se sit cependant décerner le nom d'Auguste avec le titre d'empereur. La puissance impériale n'était autre chose que la réunion du pouvoir, des dignités et des emplois de l'ancienne république, sur une seule tête.
Un des premiers soins d'Auguste fut de se partager les provinces avec le peuple romain. II se réserva celles où la guerre pouvait se rallumer, et nomma pour les gouverner des propréteurs. Les provinces dont la tranquillité n'était point menacée furent cédées au peuple, qui les fit administrer par des proconsuls. Ceux-ci, magistrats purement civils, n'exerçaient aucune autorité sur la milice. Auguste fixa la durée des gouvernements à une année, et mit la Narbonnaise au nombre des provinces cédées.
Chapitre III
La Narbonnaise sous les Empereurs. Auguste passa dans les Gaules, Tan 27 avant Jésus-Christ. II se rendit à Narbonne, où il convoqua sous sa présidence Tassemblée générale des Gaules Transalpines, pour y régler la division, Tadministration et la police du pays. Jules César avait divisé ces contrées en trois parties : la Belgique, l'Aquitaine et la Celtique, qui ne formaient néanmoins qu'une seule province. Auguste, sans changer cette division, érigea en province séparée chacune de ces trois parties. La Belgique et l'Aquitaine conservèrent leurs noms; la Celtique prit celui de Lyonnaise, de Lyon, sa métropole. L'empereur changea les limites de cette dernière province; il en détacha une partie, qu'il réunit à l'Aquitaine, et lui adjoignit plusieurs peuples qui habitaient entre la Garonne et la Loire.
La province romaine conserva ses anciennes limites, continua de former une province séparée, et retint le nom de Narbon naise. Auguste plaça des gouverneurs particuliers dans chacune de ces provinces. Agrippa, favori de Tempereur, fut établi dans la Narbonnaise, où il exerça une LANGUEDOC. autorité supérieure à celle des proconsuls. II dota la province de magnifiques chemins militaires, qui étaient de véritables monuments. Ce fut alors qu'Auguste, désireux de connaître tout ce qui se passait dans les villes de son vaste empire, choisit des jeunes gens légers à la course, pour porter ses ordres de station en station, jusqu'aux lieux où Ton devait les exécuter. Le nombre de ces coureurs était considérable; ils se renouvelaient souvent, en se remettant les uns aux autres les dépêches du prince.
Ce système eut tant de succès et parut si nécessaire au service public, qu'on établit peu de temps après des chariots et des chevaux de poste à la place des coureurs, pour que les ordres de Tempereur reçussent leur exécution avec plus de célérité. Auguste était aimé et honoré dans les Gaules. Mais la flatterie franchit bientôt les bornes de la raison, et les peuples, ou pour mieux dire, les magistrats serviles qui les faisaient parler, lui décernèrent des honneurs presque divins. Pour accepter ces hommages insensés, il fallait qu'il méprisât bien ceux qui les lui prodiguaient. Auguste devint Tobjet d'un culte solennel; on lui érigea le fameux autel de Lyon, consacré dans la suite aux autres empereurs. Soixante peuples vinrent lui offrir chacun une statue, et y laissèrent chacun un aruspice.
La Narbonnaise, regardée comme un corps séparé des provinces gauloises, ne prit aucune part à la cérémonie de cette dédicace; mais cependant, ne voulant pas rester en arrière de cette exagération d'adulation, elle éleva à Auguste un temple au milieu de sa capitale. Elle frappa aussi des médailles à la gloire de ce prince, et institua, pour l'honorer, des fêtes, des sacrifices, et des prêtres appe lés sévirs ou flamines augustales. Quelque soin que prît Auguste pour faire régner la paix et la justice, il ne put empêcher divers mouvements dans les provinces. Celle des Gaules n'en fut pas exempte. II paraît que ce sont ces insurrections qui donnèrent à Auguste 1'idée de faire de Nîmes une colonie romaine. Agrippa fut chargé de la fonder. L'ancienne Nemausus prit le nom de Colonia Augusta. Les habitants élevèrent dans Tenceinte de la ville, un temple à Tempereur, et le vénérèrent tantôt sous le nom de Jupiter, tantôt sous celui de Mars, et quelquefois sous celui de Mi nerve.
Cetle colonie devint très-célèbre; et par les inscriptions qu'elle renferme, on peut juger qu'elle fut en petit ce que Rome était en grand. Un grand nombre d'illustres Romains, attirés par la beauté du climat de Nîmes et la fertilité de son territoire, vinrent s'y établir. On vit alors s'élever des édifices somptueux et des temples magnifiques. Elle avait un amphithéâtre, un LANGUEDOC. 23 Capitole, un Champ de Mars, des ponts, des bains, des colonnes, des statues, des théâtres, des aqueducs, et dans ses environs, des chemins publics et militaires. On prétend que Tenceinte de cette ville, dont les murs étaient très-forls, fut, sous les Romains, onze fois plus grande et plus étendue qu'elle ne l'est aujourd'hui, et que ses murs étaient forlifiés de quatre-vingt-dix tours, avec dix portes. Cetle ville subsista ainsi jusqu'au temps de Charles-Martel.
De ce grand nombre de tours, il ne reste plus aujourd'hui qu'une partie de celle qu'on ap pelle tour Magne, et qui excite la curiosité des voyageurs. Parmi les monuments remarquables que renfermait Nîmes, on doit citer un temple de Diane, dont la structure était très-belle. C'était sans doute un Pan théon; il n'en reste plus que quelques niches; mais un ancien édifice, appelé la Maison-Carrée, est entièrement conservé. Les historiens ne sont pas d'accord sur la destination de ce monument; il est cependant probable que c'était un temple. II est orné au dehors de trente colonnes cannelées, d'ordre corinthien; la sculpture des chapiteaux et les frises font encore l'admiration des habiles connaisseurs. Louis XIV sit réparer, en 1689, cet édifice, qui sert aujourd'hui de musée d'antiquités.- L'amphithéâtre, qui est encore debout, est un des plus précieux monuments qui nous restent de Tantiquité romaine.
Vingt mille personnes pouvaient s'y placer commodément. Ce monument, qui a longtemps servi de forteresse, a reçu le nom d'Arènes. Après avoir fondé Timportante colonie de Nîmes, Auguste en établit encore plusieurs autres à Orange, à Carpentras, à Cavaillon. Toutes représentaient la majesté et l'opulence de Rome. On y retrouvait la même forme de gouverne ment, les mêmes magistrats, les mêmes institutions. La domination romaine dans la Narbonnaise n'apporta aucun changement dansla position des esclaves. Les maîtres conservèrent sur eux droit de vie et de mort. Peu à peu les vaincus s'habituèrent aux usages, à la police, aux lois des vainqueurs. La religion des Gaulois sit insensiblement place à celle des Romains. Le culte druidique ne disparut cependant pas complètement; il ne fut entièrement détruit que sous l'empereur Claude.
L'usage de la langue grecque se propagea dans la Narbonnaise. Cette langue y devint familière, et Narbonne, en donnant aux belles-lettres des encouragements utiles et des honneurs mé rités, produisit une foule d'hommes distingués dans tous les genres. Sur la sin de son règne, Auguste fit deux voyages dans les Gaules. Tibère lui succéda. A son avènement, la paix régnait dans tout l'empire. Cette LANGUEDOC. paix était comme un heureux présage de celle que Notre-Seigneur Jésus-Christ allait apporter à l'univers entier, en en renouvelant la face. La Narbonnaise jouissait d'une tranquillité parfaite. Le port de Narbonne était le plus important du pays, et cette ville, métropole de la province, surpas sait par son commerce toutes les autres cités gauloises. Nîmes n'était pas aussi considérable que Narbonne: mais son commerce n'était guère moins étendu.
Les habitants de Toulouse, plus pacifiques que leurs ancêtres, donnaient alors tous leurs soins au règlement de la police, à l'agriculture et au commerce, que la situation de leur ville favorisait beaucoup. Béziers tenait enfin le quatrième rang parmi les villes de cette partie de la Narbonnaise, en deçà du Rhône. Les mines d'argent qui existaient dans le Gévaudan et le Rouergue auraient pu contribuer à enrichir les deux provinces ; mais Rome, de plus en plus insa tiable, dévorait toutes ces immenses richesses. Elle tirait de ces mines de quoi satisfaire les caprices de quelques citoyens opulents, et les besoins sans cesse renaissants de leur luxe effréné. Aussi les gouverneurs exigeaient-ils la levée des impôts avec une rigueur excessive, qui souleva souvent des révoltes et des murmures contre les désordres de Tibère; mais l'empereur, qui ne voulait point s'entendre reprocher ses dérèglements, punissait sévèrement tous ceux qui osaient élever la voix pour condamner ces actes publics ou privés.
Les Gaulois ne sentirent jamais plus la perte d'Auguste que sous le règne du cruel Caïus-Caligula, qui en fit mourir un grand nombre, ne pouvant leur im puter d'autre crime que celui d'être riches, mais voulant s'emparer de leurs biens. Un assassinat délivra la Gaule de cet indigne empereur. Claude, son oncle et son successeur, fit autant de bien aux provinces des Gaules que son prédécesseur leur avail fait de mal. Ce nouvel empereur était né à Lyon. Pour témoigner son estime et son affection aux Gaulois des trois pro vinces conquises par Jules César, il les fit admettre au sénat, où ils n'avaient jamais pu jusqu'alors obtenir leur entrée; la Narbonnaise seule jouissait de cet honneur. Cette province devenait de plus en plus florissante ; on y voyait de riches Romains, qui étaient venus y chercher, par un exil volontaire, un asile où ils fussent plus à Tabri de la tyrannie impériale.
Ces personnages, habitués à toutes les douceurs de la vie, à toules les jouissances du luxe, contribuèrent à la prospérité du pays, et firent construire de magnifiques habitations. Les champs se couvrirent d'innombrables et somptueuses villas, ou maisons de plaisance LANGUEDOC. 25 qui unissaient ('agrément à Tutilité, et où l'on exécutait de grands travaux agricoles. On y voyait des aqueducs, des bains du plus beau marbre, des pavés en mosaïque, des statues, des tableaux, ensin les plus merveilleux pro duits des arts, et lout ce que peut étaler une prodigalité magnifique. Nulle contrée, au rapport de Pline l' Ancien, n'était préférable à la Narbonnaise pour la culture des terres, la police des peuples et Tabondance des richesses. C'était moins une province qu'une partie de ITtalie. Les premières années du règne de Néron, successeur de Claude, firent con cevoir sur son gouvernement de grandes espérances, qui ne tardèrent pas à s'évanouir.
Bientôt il épouvanta le monde par l'horreur de ses crimes; mais la patience des peuples se lassa, et un cri d'affranchissement se fit entendre. Ce cri formidable retentit dans toutes les Gaules. Les rapines, les cruautés et les dé bauches de Néron avaient indigné les peuples qui n'étaient point façonnés, comme le peuple romain, au joug du despotisme. Julius Vindex, gouverneur de la province lyonnaise, fut le premier qui donna le signal de la révolte. Le sang des anciens rois aquitains qui coulait dans ses veines lui inspirait une fierté légitime. S'annonçant comme le libérateur des nations, il convoqua les députés des provinces gauloises, et les engagea avec énergie à briser de si honteuses chaînes. II déclama contre Néron, assassin de sa mère, violateur des plus saintes lois, opprobre du genre humain.
II le repré senta comme un joueur de flûte, comme un misérable histrion, souillant sur le théâtre la pourpre impériale. Ensuite l'orateur engagea l'assemblée à rendre la paix au monde, et à venir en aide au peuple romain. II finit en proclamant Galba, gouverneur de TEspagne intérieure, Tan 68 après Jésus-Christ. A sa voix, une armée se leva, enflammée de colère et de vengeance. Vindex se trouva bientôt à la tête de cent mille hommes, qui le joignirent sous les ordres d'Asiaticus, de Flavius et de Rufinus, qui commandaient les troupes romaines dans ces provinces. Quelques divisions restèrent fidèles à Néron , Lyon lui té moigna un attachement qui alla jusqu'à l'obstination. La Narbonnaise, au con traire, se laissa entraîner dans la révolte; car Néron lui était odieux. Galba fut proclamé empereur par sa légion; le sénat et le peuple romain confirmèrent ce choix, malgré une défaite qu'essuyait Vindex sous les murs de Besançon, contre les partisans de Néron.
Ce monstre couronné restait tranquille à Naples, tandis que tout s'agitait au nord des Alpes. Absorbé par les fêtes et les combats d'athlètes, il reçut sans LANGUEDOC. émotion la nouvelle du soulèvement de Vindex. On dit même qu'il s'en réjouit, comme d'une bonne occasion pour piller les provinces gauloises. L'extension que prit la révolte le tira pourtant de sa léthargie. Chargé du poids de la malédiction publique, condamné par le sénat, il se tua lui-même. Galba était encore en Espagne lorsqu'il apprit la mort de Néron, II se rendit à Narbonne, pour y recevoir les députés du sénat qui venaient le reconnaître empereur et le prier de combler les vœux du peuple en faisant son entrée dans la capitale. Galba prit le titre de César, reçut le serment de fidélité des officiers romains, et les soumissions des populations gauloises accourues de toules parts.
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