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Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne ... Traduction par D. Jourdanet. Deuxième édition, corrigée, précédée d'une préface nouvelle, accompagnée de notes, et suivie d'une étude sur les sacrifices humains et l'anthropophagie chez les Aztèques

Bernal Díaz Del Castillo · 1877 · Scanned text

474,377 words · about 33 h 13 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Bernal Díaz Del Castillo
Language
French
Published
1877
Length
474,377 words · about 33 h 13 min
Sections
90 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (90)
  1. Front matter about 43 min
  2. Preface about 26 min
  3. Chapitre I about 4 min
  4. Chapitre II about 6 min
  5. Chapitre III about 7 min
  6. Chapitre IV about 5 min
  7. Chapitre V about 3 min
  8. Chapitre VI about 8 min
  9. Chapitre VII about 3 min
  10. Chapitre VIII about 7 min
  11. Chapitre IX about 3 min
  12. Chapitre X about 2 min
  13. Chapitre XI about 5 min
  14. Chapitre XII about 2 min
  15. Chapitre XIII about 5 min
  16. Chapitre XIV about 3 min
  17. Chapitre XV about 1 min
  18. Chapitre XVI about 6 min
  19. Chapitre XVII about 2 min
  20. Chapitre XVIII about 8 min
  21. Chapitre XIX about 4 min
  22. Chapitre XX about 5 min
  23. Chapitre XXI about 3 min
  24. Chapitre XXII about 4 min
  25. Chapitre XXIII about 7 min
  26. Chapitre XXIV about 3 min
  27. Chapitre XXV about 3 min
  28. Chapitre XXVI about 1 min
  29. Chapitre XXVII about 7 min
  30. Chapitre XXVIII about 2 min
  31. Chapitre XXIX about 5 min
  32. Chapitre XXX about 5 min
  33. Chapitre XXXI about 7 min
  34. Chapitre XXXII about 4 min
  35. Chapitre XXXIII about 3 min
  36. Chapitre XXXIV about 6 min
  37. Chapitre XXXV about 5 min
  38. Chapitre XXXVI about 9 min
  39. Chapitre XXXVII about 4 min
  40. Chapitre Xxxviii about 8 min
  41. Chapitre XXXIX about 5 min
  42. Chapitre XL about 5 min
  43. Chapitre XLI about 7 min
  44. Chapitre XLII about 6 min
  45. Chapitre XLIII about 3 min
  46. Chapitre XLIV about 8 min
  47. Chapitre XLV about 6 min
  48. Chapitre XLVI about 6 min
  49. Chapitre XLVII about 10 min
  50. Chapitre XLIX about 3 min
  51. Chapitre L about 2 min
  52. Chapitre LI about 10 min
  53. Chapitre LII about 9 min
  54. Chapitre LIV about 7 min
  55. Chapitre LV about 4 min
  56. Chapitre LVI about 6 min
  57. Chapitre LVII about 4 min
  58. Chapitre LVIII about 5 min
  59. Chapitre LIX about 3 min
  60. Chapitre LX about 4 min
  61. Chapitre LXI about 9 min
  62. Chapitre LXII about 8 min
  63. Chapitre LXIII about 6 min
  64. Chapitre LXIV about 7 min
  65. Chapitre LXV about 5 min
  66. Chapitre LXVI about 8 min
  67. Chapitre LXVII about 7 min
  68. Chapitre LXIX about 10 min
  69. Chapitre LXX about 4 min
  70. Chapitre LXXI about 5 min
  71. Chapitre LXXII about 2 min
  72. Chapitre LXXIII about 8 min
  73. Chapitre LXXIV about 4 min
  74. Chapitre LXXV about 5 min
  75. Chapitre LXXVI about 3 min
  76. Chapitre LXXVII about 6 min
  77. Chapitre Lxxviii about 9 min
  78. Chapitre LXXIX about 5 min
  79. Chapitre LXXX about 4 min
  80. Chapitre LXXXI about 2 min
  81. Chapitre LXXXII about 5 min
  82. Chapitre Lxxxiii about 26 min
  83. Chapitre LXXXIV about 3 min
  84. Chapitre LXXXV about 5 min
  85. Chapitre LXXXVI about 15 min
  86. Chapitre Lxxxviii about 8 min
  87. Chapitre LXXXIX about 4 min
  88. Chapitre XC about 7 min
  89. Chapitre XCI about 21 h 20 min
  90. Chapitre I about 2 h 49 min

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Front matter

CONQUÊTE DE LA NOUVELLE-ESPAGNE PRINCIPAUX OUVRAGES DU TRADUCTEUR Influence de la pression de l'air sur la vie de l'homme Climats d'altitude et climats de montagne. — Grand in-8° avec 8 cartes en couleur et 3 chromolithographies. Paris, G. Masson, 1876. Accompagné d'un Album contenant 36 belles gravures sur bois, par Boetzel. l<e Mexique et l'Amérique tropicale. — Climats, hygiène et maladies. — In-18. Paris, 1864. Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9. á Paris. histoire uiiiihih i: m u conquête DE LA. NOUVELLE-ESPAGNE ÉCRITE PUR LE Capitaine BERNAL DIAZ DEL CASTILLO L'un de ses conquistadores TRADUCTION PAK D. JOURDANET Deuxième édition corrigée PRÉCÉDÉE D'UNE PRÉFACE NOUVELLE, ACCOMPAGNÉE DE NOTES et suivie d'une étude sua les sacrifices humains ET L'ANTHROPOPHAGIE CHEZ LES AZTÈQUES PARIS G. MASSON, ÉDITEUR LIBRAIRE DE l'aCADÉMIE DE MÉDECINE BOULEVARD SAINT-GERMAIN, EN FACE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE M DCCC SECONDE ÉDITION I V Déjà plusieurs fois, dans des travaux antérieurs, j'ai témoigné de mes prédilections pour des études ayant pour base les pays montagneux de l'Arnérique tropicale; mais, retenu, non moins par goût que par des devoirs professionnels, dans le cercle de considérations qui se rapportent à la santé de Thomme, je suis resté étranger à tous les autres points de vue que le sujet comporte, afin de ne pas distraire Tattention de mes lecteurs du but que je m'étais proposé d'atteindre.

Je voulais alors, dans ces merveilleux pays, si puissamment accidentés par les soulèvements du sol, faire voir l'influence des niveaux sur la vie. Contrairement aux croyances générales, je me suis efforcé de démontrer et j'ai réussi à prouver, je l'espère, que Tétablissement des races européennes dans les pays américains n'a pas été indifférent aux conditions qui lui étaient imposées par la présence des montagnes. Je voudrais aujourd'hui présenter, au triple point de vue de la philosophie, de la médecine et de Thistoire, le tableau des péripéties émouvantes qui accompagnèrent les pas des conquérants dans les premières régions montagneuses de l'Arnérique visitées par les Espagnols. Outre Tintérêt essentiel du fait lui-même, à cause des considérations romanesques qui s'en dégagent, on y voit poindre à son origine le développement de la race qui domine actuellement dans ces pays, avec toutes lés originalités locales dont Tobservateur est aujourd'hui frappé.

Dire d'ailleurs quelles furent dans le temps d'alors et quelles sont maintenant les conditions qui caractérisent TEuropéen américanisé, ce n'est pas s'arrêter uniquement aune étude de colonisation telle qu'elle pourrait être comprise dans tous les autres Lieux de la terre. Nous ne voyons pas ici en effet ce qu'on voit aux Grandes-Indes, où T Anglais règne et gouverne en maître souverain. Personne n'ignore que, tandis qu'il s'ingénie à implanter son originalité nationale sur cette terre d'Orient, la nature féconde répond à son exiguïté numérique et à ses efforts souvent maladifs, par Texubérance de deux cent millions d'indigènes et par la ténacité de mœurs des religions de Bouddha et de Mahomet. Telle n'est pas actuellement et telle ne saurait être dans Tavenir la situation de l'Arnérique, par rapport aux races européennes.

Preface

DU TRADUCTEUR. XIX que la neige tombait en tempête plus encore que lorsque Diego de Alvarado en avait fait la traversée. Les Indiens de Guatemala et du pays même sont en général de faible complexion ; aussi périssaient-ils au milieu de ce froid extrême, perdant la vie sous les efforts de la neige, tandis que les doigts de leurs pieds et de leurs mains restaient sans vie et que quelques-uns avaient le corps entier gelé. Les Castillans, plus robustes, poursuivaient leur route avec d'inconcevables fatigues; mais bientôt, la nuit étant venue, les tour ments s'aggravèrent et on arriva aux plus dures angoisses, sans feu, sans abri, puisqu'on n'avait qu'un nombre minime de tentes. On n'entendait que soupirs, gémissements, sans que personne consolât les plus malheureux. Quel ques nègres et plusieurs Indiens furent gelés. « ....

II y en eut beaucoup que leurs fatigues faisaient s'approcher des rochers pour s'y étendre et s'y reposer, et à Tinstant ils y perdaient la vie. Les Castillans, qui poursuivaient leur route sans s'arrêter, résistaient mieux. Les cavaliers, qui allaient en avant sans tenir les rênes et sans regarder derrière eux, eurent tous la chance d'échapper; mais quelques-uns, qui ne prirent pas ces précautions, y moururent. On voyait sur la neige les armes, les bagages et en un mot tout ce qu'on possédait; car on ne cherchait plus qu'à conserver sa vie. II était impossible de songer à sc secourir les uns les autres, fût-on père, enfant ou frère. Le senor Pedro Gomez se gela avec son cheval, tout chargé des nombreuses émeraudes dont il s'était emparé. Huelmo fut également victime avec sa femme et deux jeunes filles qu'il amenait avec lui; touché de leurs gémissements, il aima mieux périr avec elles que se sauver en les abandonnant.

Un Castillan très-vigoureux ayant mis pied à terre pour sangler son cheval, expira à Tinstant avec sa bète. En ce passage moururent quinze Castillans, six femmes espagnoles, plusieurs nègres et deux mille Indiens. Ceux qui eurent la chance de sortir des neiges avaient l'aspect de cadavres, et parmi eux plusieurs Indiens perdirent leurs doigts, leurs pieds, tandis que quelques autres restèrent aveugles. » Je n'oserais pas assurer qu'il n'y ait point quelque exagération dans ce passage de Thistorien Herrera ; mais ce qui est bien certain, c'est que Texa gération même n'a été possible que parce qu'en réalité il y eut de très grand malheurs à déplorer dans cette funeste campagne d'Alvarado. Combien de catastrophes analogues sont venues depuis lors confirmer la pensée qui.' Thomme ne saurait faire usage de ses forces ni conserver la vie au milieu de pareilles fatigues, à des hauteurs considérables de Tatmosphère !

Si j'ai choisi, pour en donner un exemple, ce fait si éloigné de nous, c'est parce qu'il nous ramène, sinon à Tépoque exacte de la conquête de la Nouvelle- Espagne dont Bernai Diaz va nous entretenir, du moins à un petit nombre d'années plus tard, à propos d'une campagne qui était commandée par un des plus vigoureux compagnons d'armes de Cortès, Pedro de Alvarado lui-même. VIII tl existe donc une hauteur de Tatmosphère où décidément il n'est plus possible de vivre. Cette vérité découle de conditions tellement puissantes et d'une essence si radicale, que la chaleur équatoriale elle-même n'en est un correctif que dans des proportions dont il n'est pas du reste impossible de trouver la mesure. Or, je le demande, oserait-on admettre que Ton XX arrive au degré mortel d'altitude, subitement, sans transition, sans que des symptômes de malaise d'abord, d'angoisse vive plus lard, viennent faire pressentir le dénoûment final ?

La pratique des voyages a appris qu'il n'en est pas ainsi. On a dit, il est vrai, que la coutume de vivre sur les grandes altitudes avait pour premier résultat d'augmenter le volume de la poitrine, afin de mieux adapter Torganisme au milieu ambiant, en permettant de compenser par une plus grande quantité d'air respiré la diminution de sa densité. Cela ne m'a pas paru conforme à la réalité des faits; car trois siècles et demi de séjour n'ont point permis de constater un pareil change ment chez les Européens qui se sont fixés dans les régions montagneuses de l'Arnérique : résultat négatif qui fait justement croire qu'une semblable ampleur thoracique observée chez les Indiens est la conséquence d'une conformation de race existant à tous les niveaux. II est d'ailleurs évident que Timpossibilité de respirer et de se tenir suffisamment échauffé, sur les lieux élevés de la terre entière, a relégué Thabi tation à des degrés toujours plus bas d'altitude, selon qu'on s'éloigne davan tage de TÉquateur.

Mais on peut assurer que nulle part les conditions ne sont assez favorables pour que Thabitant puisse dépasser sensiblement la hauteur de cinq mille mètres s'il s'agit de résidence définitive. En ne con sidérant donc que Timpossibilité absolue de vivre, on peut assurer que Tobservation Ta placée entre huit mille et neuf mille mètres pour Taéronaute et entre cinq mille et cinq mille cinq cent mètres en ce qui regarde la rési dence permanente sur les montagnes. II va sans dire, ainsi que nous Tavons fait déjà pressentir, que des conditions de latitude et autres ramènent ces points extrêmes à des chiffres plus modestes. Mais, quels que soient les degrés d'élévation auxquels la vie devient impossible dans des lieux donnés, on ne saurait douter qu'on n'y souffre déjà par des séjours qui se rappro chent des altitudes nécessairement mortelles.

Où commencent ces souffrances? Là est le doute. J'ai cru pouvoir dire d'une manière générale que la plupart des hommes s'en ressentent plus ou moins en dépassant la hauteur qui signale la demi-distance verticale du niveau des' mers à la ligne des neiges éternelles, calculée dans la région que Ton habite. Je ne prétends pas représenter mathématiquement le phénomène et le réduire exactement à un chiffre. Mais je suis sûr que la vérité que nous cherchons oscille, sans s'en éloigner beaucoup, autour de la proposition que je viens de dire, et que si Ton n'en a pas immédiatement la preuve par l'aspect de Thomme bien portant, la marche et la nature des maladies, sur les très hautes régions, ne permettent pas à Tobservateur d'avoir le moindre doute à cet égard ; car « la vraie nature des influences extérieures se juge bien mieux par les maladies qu'elles causent à Thomme que par la santé dont elles le favorisent. » « Dire d'ailleurs que Thabitant des altitudes est habitué aux atmosphères raréfiées qu'il respire, c'est énoncer une vérité qui, à certains égards, me paraît incontestable.

L'homme s'habitue, en effet, et s'harmonise naturelle ment aux grandes hauteurs. Mais — qu'on me permette de le dire — jamais on n'a compris à quelles conditions et par quels sacrifices de vitalité il y peut parvenir. On a pensé, on a écrit qu'en respirant une atmosphère moins dense, le montagnard remplace la richesse absente par une inspiration d'air plus considérable : il respire plus vite et plus amplement, d'où il résulte que son acclimatement consisterait à produire, par cette manœuvre exagérée une vitalité absolument identique à celle qu'on observe au niveau de la mer. Nul doute que cette croyance ne soit erronée. J'ai démontré ailleurs que Thomme des hauteurs tropicales, au delà de deux mille mètres, respire moins que Thabitant des niveaux inférieurs, et je m'exprime ainsi, en don nant à la respiration son sens le plus étendu.

L'acclimatation alors consiste dans ce fait absolument véridique que le montagnard des hautes stations s'habitue à sa manière d'être et reste satisfait de cette pénurie d'oxygène qui lui est imposée par les conditions extérieures. Mais, quoi que Ton puisse dire, avec justice, des aptitudes individuelles, chaque tempérament est obligé de calculer sa puissance sur ces ressources affaiblies. Quel qu'il soit, il brûle moins de carbone; il produit moins d'urée; il s'échauffe et s'use, par conséquent, dans des proportions amoindries. Tel est le sort de Thabi tant des grandes altitudes; telle est la mesure originale de sa vitalité. Ce n'est plus là, assurément, Thomme du niveau des mers; mais c'est bien, comme on Ta dit justement, un homme acclimaté, en ce sens qu'il ne succombe point aux influences qui Tentourent et qu'il réussit à donner une somme d'existence dont les superficielles apparences n'excitent aucune sur prise. » 11 n'est pas douteux, néanmoins, qu'il n'y ait sur les hauteurs tropicales de l'Arnérique des conditions d'existence auxquelles les races européennes pures ne s'habitueront jamais.

Les différences de température, à Tair libre, entre les ombres de la nuit et le rayonnement solaire du milieu du jour, sont habituellement excessives au delà de deux mille mètres. Le thermomètre n'est généralement pas loin de zéro, aux approches de Taurore et du soleil levant, tandis que les rayons solaires directs de midi lui font dépasser 45 et même 50 degrés centigrades. L'abri du domicile fait aisément ignorer ces écarts en donnant des ombres délicieuses qui oscillent de 15 à 23 degrés. Le citadin que la pratique des affaires retient dans ces dernières conditions comprendrait difficilement qu'on ne puisse point s'y acclimater; mais celui qui aurait quitté TEurope pour demander ses progrès futurs à des établissements agricoles pour lesquels il compterait sur Tintervention personnelle de son travail, celui-là arriverait nécessairement à des mécomptes; car TEuropéen, très-apte à braver les changements excessifs de température qui établissent graduellement les saisons annuelles, résiste rarement aux changements brusques et réguliers qui portent sur la succession constante du jour et de la nuit.

II s'y affaiblit outre mesure, y devient dyspeptique et y périt souvent par le typhus ou par les abcès du foie. On fera difficilement des populations robustes d'Européens dans des conditions pareilles. Leur établissement ne serait pas précisément impossible, dans les régions tropicales, avec le travail agricole personnel , entre quinze cents et deux mille mètres; mais si Ton réfléchit à la facilité avec laquelle sévit Timpaludisme aussitôt que les effets de Taltitude disparaissent, on est forcé de reconnaître qu'on trouvera difficilement sous les tropiques des conditions favorables à la conservation des hommes d'Europe adonnés aux travaux des champs. II n'est pas difficile de démontrer au surplus que le degré de propaga tion des Européens de toutes conditions dans les pays hispano-américains ne prouve nullement qu'ils y aient trouvé des conditions bien favorables à leurs progrès ; car les races pures ont une tendance manifeste à s'y étein dre, au bénéfice d'une grande majorité créée sur le pays même par le mé tissage.

Voici en effet ce que la statistique nous enseigne : Toute l'Amérique du Sud, en y ajoutant le Mexique, comprend 40 785 000 habitants répartis comme il suit : Superficie en kilomètres Population. carrés. „ . , 10Ó.612 1.200.000 Guatemala g97 600.C00 San Salvador 150.655 400.OOO Honduras 121 964 400.000 Nicaragua ■ 45;6ti9 lòn.0()0 Si^es^genúnes::::::::::.::,:::::;::. :.;.::;.;:.: i-^.ooo 1.850.000 Territoires y annexés : Gran Chaco, Patagonie et Pampas. . 3.460.000 900. 0TO ;;.::;; i : 388 ooo i :ooo :ooo Ìj°"ve 8 368.000 11.800.000 Sr??; 353.500 2.000 000 Ì^^::::::::;::::::::::;:::::,VÍ:;::::: XS ï:K:88 s?"f,íu" • : 2.000.000 8.200.000 lul-SVnes'voísines::.: ::::..:: 90.000 Guyane française ., 91-000 2o.UUU Guyane et Honduras anglais £0.000 1,130.000 vSa:::::::::::::::::':::::::::::::::::::^^: 983:000 i.eoo.ooo Total 40,785,000 Si nous extrayons de cette énumération les pays les plus essentiellement montagneux, nous formerons la liste suivante : Mexique S'-n'nn?

Amérique centrale 2. 10O.OOO Nouvelle-Grenade 2.800.000 Venezuela 1.600.000 Équateur 1 .300.000 Pérou 2.500.000 Bolivie'.: ; : : 2.000 .000 Chili, 2.000.000 Partie montueuse des provinces Argentines (environ) 600.000 Total 24,117,000 11 ne serait pas facile de dire exactement, sans en faire l'objet d'une étude bien approfondie, le nombre d'habitants qui correspond, dans cette statistique, à tel ou tel degré de hauteur; mais par un examen déjà assez satisfaisant, on arrive à la conviction que plus des deux tiers du total sont soustraits par l'élévation du sol aux influences naturelles de la latitude. Cela veut dire que 16 millions d'hommes environ vivent sous des conditions de pression atmosphérique susceptibles d'agir sur leur santé. Je ne dirai pas que cela ait lieu d'une manière essentiellement nuisible à tous les degrés de hauteur, mais il ressort de ces conditions atmosphériques originales, des manières d'être originales aussi, qui obligent à des soins exceptionnels et peuvent devenir la source de souffrances, inattendues partout ailleurs.

Si nous voulons, pour nous en convaincre, porter l'attention sur la somme d'attraits que, depuis plus de trois siècles, les émigrants ont trouvée dans les causes qui les entraînaient de préférence vers les lieux élevés de l'Amérique -, si nous considérons en outre que les Espagnols trouvèrent quelques-unes de ces contrées occupées par une fourmilière d'habitants, n'auronsnous pas le droit d'être surpris que 350 ans se soient écoulés depuis Toccupation de ces pays réellement enchanteurs et qu'on n'y compte aujourd'hui que 24 millions d'habitants? Cet examen arrive à constater un résultat plus décevant encore, si Ton y cherche le chiffre qui représente la race européenne pure ; car, dans un travail ' auquel je renvoie le lecteur, j'ai dit les raisons qui portent à croire que les 24 millions d'âmes qui peuplent les pays montagneux hispano-américains renferment : De 16 à 18 millions de métis.

De 5 à 6 millions d'Indiens De 1 £ à 2 millions de blancs sans aucun mélange. L'habitude qu'on a prise de supposer et de dire que les races latines peuplent actuellement les contrées hispano-américaines de la même manière que la race anglo-saxonne peuple le nord du même continent, renferme donc une erreur flagrante qu'il importe de ne pas laisser subsister plus long temps. S'il est vrai que le sang européen s'est implanté aux Etats-Unis et y a persisté dans sa pureté native, à Texclusion à peu près absolue de tout mélange, il n'en a pas été de même dans les pays découverts et conquis par les Espagnols. Les détails de Bernai Diaz révéleront au lecteur le goût avec lequel les conquistadores couraient à toutes sortes d'unions avec les femmes indigènes, et ce que Ton peut voir, après plus de trois siècles, dans les traits de leurs successeurs prouve bien clairement que ce goût leur avait survécu.

Je ne veux pas dire que tous les visages vous pré sentent, dans ces intéressants pays, le type bien caractérisé de Tindigénat ancien de ces parties de l'Arnérique. L'on sait, au contraire, et je sais mieux que tout le monde, que la race qui y domine aujourd'hui se présente à Tobservateur avec les franches allures de ce qu'il y a de plus sympathique dans les traits européens les mieux caractérisés. Mais, veuillez ne pas céder à une illusion. L'éducation, les mœurs, les habitudes, les manières d'être européennes ont passé les mers et se sont implantées là comme chez nous mêmes. Cela trompe Tœil aisément et il faudrait se livrer à un examen scru tateur qui répugne pour distinguer des nuances physiques éloignées à tra vers les qualités européennes de tout ordre qui conspirent pour vous en distraire.

Si, au lieu de vous fier à vous-même pour cette étude, vous en appelez à l'art du photographe, cette invention brutale, mettant de côté les finesses de Texpression, manquera rarement d'évoquer sur les visages certains traits qui proclament une parenté américaine, quelque éloignée qu'elle puisse être. Le type qui en résulte n'est encore que bien vaguement arrêté, je le sais; il tend à se rapprocher chaque jour davantage de la meilleure part de sa double ou triple origine; o mais, quelles que doivent être un jour les formes extérieures, les forces physiques et les aspirations morales des peuples hispano-américains des régions montagneuses, j'ai cru qu'il y avail un grand intérêt à faire remarquer les modifications qu'ils ont subies et celles qu'ils éprouvent de notre temps. Au milieu du mouvement qui s'opère dans les esprits vers le passé, peut-être trop poétisé, des peuples qui se sont éteints dans ces pays, il n'est pas sans intérêt d'éclairer le présent de toutes les lumières dont il est susceptible.

Parmi les choses actuelles dignes 1. Influence de la pression de l'air sur la vie de l'homme. 2" édition. Paris. G. Masson, 1876. d'attention, on ne saurait négliger de faire remarquer avant tout que Télé ment dominant de la population, Télément qui sera bientôt l'Arnérique espagnole tout entière, c'est le métis. C'est lui qui se révèle par des aspi rations inattendues ; c'est lui évidemment qui forme la partie remuante de ces nationalités diverses, comme c'est à lui qu'est réservé Tavenir de ces intéressants pays. L'originalité nationale est là tout entière. Vous la cher cheriez vainement dans les souvenirs d'une époque lointaine de nature amé ricaine; vous ne la trouveriez pas davantage dans Tincarnation absolue des caractères européens. Ce sont bien des peuples neufs, procédant de deux types principaux, s'acheminant à Thomogénéité par le temps et les influences climatériques.

Dans cet état original, cette création nouvelle s'élève à plus de 16 millions d'habitants1. On a donc tort aujourd'hui de parler de race latine à propos de pays américains ; c'est race américo-latine qu'il faut dire et c'est elle qui doit attirer vers ces régions Tattention et les sympathies do TEurope. » Jusqu'aux premières années de ce siècle, ces nuances variées vivaient unies, sans initiative personnelle apparente, sous la tutelle ou le joug du Conseil des Indes siégeant en Espagne. Si les aspirations étaient en réalité diverses, elles baissaient la tête, uniformément contenues, et Ton a pu croire pendant trois siècles à Tunité de leurs goûts et de leurs caractères. Mais il me semble que depuis les guerres qui se sont terminées par Tindépendance du continent tout entier, il n'est plus possible de constater cette harmonie dans les pensées, dans les inspirations morales et dans la recherche des biens matériels ou sociaux.

On dirait au contraire qu'un malaise inconscient, provenant d'un manque d'équilibre, agite les âmes et les pousse vers des destinées auxquelles on aspire, à travers des désordres qui proviennent eux mêmes en grande partie de Tignorance où Ton est des causes réelles d'une situation plus exceptionnelle qu'on ne pense. Bientôt le plus grand malheur de cet état de choses sera que les désordres sociaux auxquels on s'habitue puiseront leur principale source dans Téducation; car on sera révolution naire ou remuant par héritage. Déjà même on peut constater le résultat funeste de ce spectacle, dont les scènes se perpétuent en habituant les habitants de ces régions à y trouver leur passe-temps par la discussion spécu lative et par le jeu des convoitises personnelles, au détriment des intérêts de la patrie.

II serait temps de faire un retour sur les origines et sur les causes réelles de ce défaut d'entente, afin de réfléchir aux moyens d'en conjurer la durée et les graves conséquences. Ainsi que je viens de Tinsinuer, la diversité de nuances dans la race peut avoir contribué à compliquer les aspirations au point de nuire à Tensemble en en troublant Tharmonie. Mais ce qui, dans les pays montagneux, conspire sans nul doute contre Tunité tranquille des esprits, c'est la multiplicité des niveaux entraîoant des conditions diverses de température. Ce ne peut être en effet par amour platonique pour les distinctions arbitraires que les habitants des régions montueuses des pays tropicaux ont pris Thabitude de distinguer les contrées dont ils sont ori ginaires au moyen de désignations prenant leur point de départ dans les divers degrés d'altitude.

Au Mexique, les trois dénominations de Terres- 1. Pour les régions montagneuses seulement. Chaudes, Terres- Tempérées et Terres-Froides s'appliquent à trois régions : basse, moyenne el élevée, dont les hauteurs différentes ont pour effet de mettre les produits du sol en harmonie avec des températures qui rappel lent les climats équatoriaux, froids et tempérés. Les Péruviens, avec des mots différents, ont constaté des situations analogues, et si, revenant à Tancien monde, nous portons les yeux sur la vieille Ethiopie, nous y trouvons Tusage de trois mots : Kuella, Dega et Waina- Dega, pour désigner : 1° les régions au-dessous de 2 000; 2° les pays au dessus de 2 400; 3° les contrées intermédiaires entre 1 900 et 2 500 mètres. Or, douze années de séjour dans ce pays africain ont permis à M. Arnauld d'Abbadie de constater la diversité d'influences de ces différents degrés d'al titude sur les caractères physiques et moraux des habitants, et il en a résumé les résultats dans une rédaction claire et fort élégante dont les conclusions se terminent par Taveu qu'on va lire : « A ces traits distinctifs des populations des contrées deugas, waïna deugas et kouallas, on pourrait en ajouter bien d'autres, tant le moindre changement dans les conditions de son existence peutmodifier Têtrehumain, variant à Tinfini et échappant d'autant plus à la définition et au classement, que tout jugement est conjectural ou porte sur des formes changeantes comme Tonde qui s'entr'ouvre et se referme de mille façons diverses sous la quille des vaisseaux qui la sillonnent.

Aussi ne me serais-je peut-être pas hasardé, d'après mes seules observations, à diviser une population entière en trois classes basées non-seulement sur les différences sensibles aux yeux, mais encore sur les nuances morales, si je n'avais eu pour me guider l'expérience d'indigènes réputés sages et habiles dans les choses de leur pays. C'est donc surtout d'après leurs jugements que j'ai tracé les portraits typiques autour desquels gravitent les ressemblances individuelles. Du reste, ces populations s'harmonisent merveilleusement avec les contrastes qu'offre la nature physique du pays, et, s'il est vrai que Tuniformilé ne retient que faiblement les affections, qu'il leur saille des inégalités, des aspérités même où se prendre, on pourrait attribuer, en partie du moins, à tous ces con trastes dans les hommes et dans les choses, Tardent amour de TEthiopien pour sa patrie '. » Ramenant maintenant nos pensées au Nouveau Monde, nous y trouvons un observateur distingué, M. Samper, qui dans un livre intéressant sur la Nouvelle-Grenade, décrit les caractères distinctifs des hommes qui habitent divers degrés de hauteur de cette importante république.

Ses conclusions sont les suivantes : « 1» Sur les hauts plateaux, dans la région froide, — pays de la c/uc/m, du blé et des papas, — douceur dans Timpassibilité, force d'inertie, isolement frisant Tégoïsme, méfiance, esprit absolu de conservation, immobilité morale, vie sédentaire, caractères passifs, superstition religieuse poussée parfois jusqu'au fanatisme, peu d'intelligence, force physique propre à supporter de grands poids, mais pas d'élan, pas de passion, pas de rapidité. « 2° Sur les versants occidentaux de la Cordillère, dans la région tem pérée, pays du guarapo, de Tarracacha et de la canne à sucre, caractères candides et bons, aptitudes industrielles, un certain goût pour la loco motion, mœurs paisibles, sans esprit de servitude, un type et une façon de vivre qui tiennent un peu de la manière d'être des habitants du haut plateau 1.

Arnauld d'Abbadie. Douze ans dans la Haute-Ethiopie, p. 106. et de la vallée, sans caractère bien tranché et sans aucun mélange de sang africain. « 3» Au fond des prairies et des forêts de la vallée, — le pays brûlant de Teau-de-vie, de la banane et du maïs, du cacao et du tabac, où coulent de nombreux cours d'eau très-poissonneux, — un croisement de races beaucoup plus intense que dans les deux autres zones, organisations ardentes, amour du plaisir et du bien-être, enthousiasme, hardiesse, sentiment de la personnalité, habitudes hospitalières, franchise, fortes passions; en un mot, une population tout à fait différente de celle qui occupe les plateaux des Andes. » Dès 1861, dans un premier écrit à ce sujet », j'avais porté Tattention sur les traits distinctifs des hommes qui ont peuplé les différents niveaux du Mexique.

Je terminais par cette conclusion la peinture que je venais de faire des caractères des habitants par rapport aux niveaux du sol : « Le souvenir de ce que j'ai connu parmi les habitants de ce pays m'a fait entre voir un heureux assemblage de qualités diverses capables d'engendrer les progrès d'un grand peuple. Ces progrès existeront un jour, n'en doutons pas; mais nous ne saurions nous aveugler sur les difficultés qui s'opposent à la réalisation de ces justes espérances. Former un tout compacte avec des éléments divers qui deviennent solidaires dans Taccomplissement d'as pirations communes, c'est chose non-seulement possible, mais facile dans les pays où les intérêts et les instincts n'ont de différence que dans les nuances, ou ne diffèrent essentiellement qu'à de grandes distances géogra phiques.

Les divisions administratives peuvent alors concilier, jusqu'à un certain point, des aspirations souvent opposées; mais, au Mexique, chaque Etat est une réunion de températures, de hauteurs, de productions et de races qui créent des passions, des caractères, des intérêts tout à fait diffé rents. Ce ne sont pas les latitudes, mais les niveaux qui forment cet ensemble, dangereux pour une administration, quoique éminemment fécond par sa variété même... » Voilà donc dans toutes ces régions montagneuses d'Amériqne et pour chaque pays en particulier un assemblage d'hommes pour ainsi dire en con tact, avec des aspirations, des intérêts et des activités très-variés. Une seule constitution les unit à un centre discutable et différemment toléré. Ce que l'un désire platoniquement, l'autre le déteste et est toujours prêt à courir aux armes pour s'en débarrasser.

Les capitales, placées généralement sur les plateaux, ont pris Thabitude de s'y complaire, et, lorsque les circonstances Texigent, elles ne se décident que tardivement, presque toujours avec apathie, à faire campagne vers les points éloignés, à des niveaux inférieurs, où la santé des habitants des hauts plateaux s'altère et aboutit par fois à une mort prompte. Je ne dis pas qu'il en soit toujours ainsi, mais c'est la règle. Les expéditions heureuses en ce genre, au point de vue de Thygiène et de Tabsence des maladies, passent assez pour exception dans le pays même pour qu'on n'y compte jamais d'une manière absolue. Nul doute que toutes ces considérations ne contribuent à expliquer les difficultés d'organisation sociale des pays montagneux de l'Arnérique dans les temps modernes. Mais, si nous les ramenons de nouveau à leurs rap ports avec l'expédition que nous allons voir aboutir à la conquête de la Nou velle-Espagne, sous le commandement de Fernand Cortès, nous sentirons 1.

Le Mexique et l'Arnérique tropicale. Paris, J.-B. Baillière et fils. redoubler notre admiration pour Tintrépidité, la ténacité de caractère et la force physique de cette poignée d'hommes qui bravent tous les climats et exécutent les marches les plus fatigantes, passant des nuits sans abri, dans des contrées où le refroidissement nocturne est funeste, et dans d'autres aussi où les émanations paludéennes sont mortelles quand le soleil n'est plus sur Thorizon : spectacle assurément curieux à tous égards, mais qui acquiert pour nous un intérêt exceptionnel si nous mettons en regard de cette vigueur incomparable des représentants primitifs de la race conqué rante les déceptions qui ont accompagné les progrès de leurs successeurs dans le Nouveau Mondel Paris, juillet 1877. AVERTISSEMENT AU LECTEUR Ln faisant une première édition du livre traduit de Bernai Diaz, j'étais à la fois dominé par la conviction que c'était une a-uvrc difficile, et pénétré du désir de livrer co travail au public après y avoir mis tous les soins dont jc puis être capable.

Je ne crus donc pas qu'il suffirait, pour arriver à une édition délinitive, de m'arrèler aux résultats d'un premier essai, et c'est ce qui motiva ma résolution de ne produire d'abord qu'un très-petit nombre d'exemplaires, que jc considérais comine devant èlre la base de mes propres réflexions ultérieures et des conseils d'autrui. Après avoir rempli cette formalité d'un premier Iravail, plein de respect à la fois pour l'auteur que je traduis et pour le lecteur auquel je destine mon œuvre, je livre au pulilic cette seconde édition, qui serait en réalité irréprochable si elle avait tous les mérites que je me suis efforcé d'y réunir. Jc n hésile pas k dire, du moins, qu'elle aura celui de la fidélité. Ouant aux accessoires, j'ai cru devoir faire précéder celte traduction de la préface qu'on vient de lire.

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