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HISTOIRE DU PÉRIGORD HISTOIRE DU PÉRIGORD PAR LÉON DESSALLES ARCHIVISTE DU DÉPARTEMENT DE LA DORDOGNE PRÉCÉDÉ D'UNE ÉTUDE liL M. Georges ESCANDE DÉPUTÉ DE L4 DORDOGNE TOME I LIBOURNE G. MALEVILLE, LIBRAIRE-ÉDITEUR 20-22, RUE MONTESQUIEU, 20-22 LEON DESSALLES (SA VIE ET SES ŒUVRES) L'auteur de YHistoire du Périgord a fait lui-même, dans une lettre, ce simple récit de ses premières années et de ses débuts : « Né au Bugue le i8mai 1803, je fis mes études au collège de Sarlat, » allai me faire recevoir bachelier à Limoges, et me rendis à » Paris, où j'étudiai le droit en 1822 et 1823, sans beaucoup de » succès. J'avais mes idées ailleurs. » En 1824 et 1825 je commençai à m'occuper de recherches scien » tifiques, et compris, de prime abord, que l'érudition convenait » mieux à mon aptitude que le droit.
Je fis la connaissance de » M. Raynouard à cette époque. II était alors secrétaire perpétuel » honoraire de l'Académie française. II m'invita à l'étude des idio » mes et des langues néo-latines, et depuis ce moment jusqu'à la » mort de ce savant philologue, (1836) je ne cessai pas de travailler » au Lexique Roman, dont il s'occupait depuis longtemps. » M. Raynouard mourut au moment où il venait de commencer » l'impression de ce grand travail, et j'en continuai la publica » tion qui ne fut finie qu'en 1842. » Pendant ces deux années d'école de droit, Dessalles cherchait sa voie. Porté vers les travaux d'esprit, il abordait la littérature, le théâtre même et la poésie. Mais bientôt, échappant à.ces ten dances vagues, il s'adonna exclusivement aux études historiques, et si le jeune savant versifia encore, ce fut pour chanter l'amitié, la gaîté et le Périgord.
M. Raynouard était alors à la tête du mouvement de rénovation des études historiques. Depuis vingt ans il travaillait à son Lexique Roman, avec cette patience, cette persévérance, cette recherche du vrai qui ont élevé si haut la gloire de ce savant. C'est à ce travail opiniâtre que Dessalles fut associé. Sous cette sévère discipline, le jeune secrétaire se livra à l'étude la plus approfondie des langues néo-latines, langue romane avec ses divers idiomes, provençal, gascon ; langues italienne, espagnole, portugaise ; et langues néo-latines : des bords du Danube. Tout ce qui se rat tache à ce groupe, fut courageusement abordé. On retrouve en core dans ses papiers les cahiers sur lesquels Dessalles consigna ses premières études sur les langues moldo-valaques. De 1825 à 1836, Dessalles se voua à ce double labeur d'étudiant et de secrétaire, sans songer à essayer pour son propre compte une production hâtive.
Introduction
Avant que le Périgord ne constitue une province particulière, dé limitée et vivant de sa vie propre, nous le voyons perdu dans celte immense région du nord de l'Europe, le pays des Scythes, où la conquête romaine marque d'abord la Gaule, puis en Gaule l' Aquitaine. Dans le cadre de cette histoire n'entrent pas les études sur les populations préhistoriques, quoiqu'elles eussent en Périgord leurs plus importants établissements, ni la description des mœurs des Gaulois. Ce sont les chapitres d'une histoire générale de rhumanité et de la France. Nous étudierons uniquement l'origine des populations de cette contrée. La race des Ibères occupait le pays compris entre la Loire et les Pyrénées. L'Aquitaine, jadis appelée Armorique (1), comprenait cette vaste région, et non pas seulement le pays situé entre les Py rénées, la Garonne et la mer.
Le désaccord entre César et Pline s'explique par l'incertitude des premiers renseignements ; mais la ressemblance des peuples habitant entre la Loire et la Garonne d'une part, et la Garonne et les Pyrénées d'autre part, démontre l'unité de leur origine. Le Périgord vécut obscurément de la vie de cette région et fut peuplé par la même race, à laquelle se mêlèrent les Celtes. L'Ibére était sanguin, bilieux, nerveux, point sujet à l'embon point ; large d'épaules, de taille moyenne, il était doué d'un fort jarret et d'une vigueur extraordinaire ; il avait la peau douce et (1) Pline, livre unie, d'un blanc terne légèrement basané, à peu près sans incar nat aux joues ; le visage ovale, le sommet de la tête un peu plus élevé que chez les autres espèces blanches, le corps trés velu. Ses dents incisives étaient verticales, son nez bien fait, ses yeux grands et noirs, sans être gros, ses cheveux et sourcils noirs ou bruns, épais et naturellement touffus.
Ce type, nous le retrouvons encore souvent, avec toute sa pureté primitive, dans tous les pays compris entre la Loire et les Pyrénées. Après s'être installés le long du littoral, les Ibères, méfiants et aventureux, pour fuir le con tact des populations blondes et s'installer en lieu sûr, remon taient les vallées : celles du Lot, du Dropt, de la Dordogne, de la Vézère, de l'Isle, de la Charente et de la Vienne, qui permettent de gagner l'intérieur des terres sans beaucoup de difficultés et même de remonter jusqu'en Auvergne. Ils les occupèrent, laissant peut-être les plaines aux Santons de race blonde, et se groupèrent par tribus séparées, sans s'allier aux autres races (1). Les villes, dont la fondation se perd toujours dans la nuit des temps, constituent, par les emplacements qu'elles ont occupés, une preuve péremptoire de cette origine.
Avaricum (Bourges), Lemovi cum (Poitiers), Augustoritum (Limoges), Augusto Nemetum (Cler mont), Divona cadurcorum (Cahors), Aginnum (Agen), Rastiacum (Angoulême), Vesonna (la ville primitive des Petrocoriens), etc., placés sur des collines, dans des gorges ou des plis de terrain, ont été d'abord des abris et des refuges. La race brune fut la première (i) Nous avons supprimé trente pages de l'Introduction. Elles étaient re latives aux mœurs des Gaulois en général. Ces pages, écrites depuis long temps, et sous l'insluence de préoccupations d'ordre général, paraissaient à M. Dessalles convenir à une histoire de Fiance, et non à l'histoire d'une province. II m'avait manifesté souvent l'intention de les supprimer. En ne les publiant pas, je me suis conformé aux intentions de fauteur. Voici le sommaire des parties supprimées : Origine des Gaulois ; leurs migrations en Grèce, etc.; constitution physique, caractère institutions, ar mes, religion, industrie, commerce, monuments, lettres, sciences et arts ; commerce, rapports avec les autres peuples.
Aquitains, Ibères, cos tume, armes, etc. Sur les monuments attribués aux Gaulois, dolmens, allées couvertes, et sur les armes dites gauloises, les idées de M. Dessalles s'étaient, au reste, profondément modifiées depuis les découvertes faites aux Evzies. G. E. occupante de ces contrées, qui ont toujours gardé, soit dans le lan gage, soit dans les mœurs, des signes caractéristiques de leur ori gine. Aussi Auguste rendit-il avec raison à l'Aquitaine ses an ciennes limitesjusqu'à la Loire (36 ans av. J.-C.) et en forma-t-il une province qui fut maintenue dans son intégrité jusqu'au ive siècle. Parmi les peuplades qui l'habitaient, on cite les Petrocoriens, ou mieux Petragoriciens. Ils étaient entourés par les Alvernes (Auver gnats) ; les Cadurciens (Quercinois) ; les Lemovices (Limousins); les Nitiobriges (Agenais) ; les Agenisates (Angoumoisiens) et les Bitu riges viburci (Bordelais).
Les Ibères s'habillaient de peau, portaient les cheveux ras, et dé daignaient les ornements chers aux autres barbares. Ils habitaient des huttes couvertes de bardeaux, comme les Gaulois, ou des ca vernes. Ils combattaient avec l'épée et la fronde, sans casque, iso lément. Nous n'avons aucun document ni sur leurs cérémonies civiles, ni sur leur religion. Les Ibères s'adonnaient à 1'agriculture et à l'exploitalion des mi nes. C'est sans doute la prospérité qui en résulta qui décida Agrippa à ouvrir à travers les Cévennes un chemin vers la Saintonge. Ils entrèrent en relation avec les Carthaginois et leur fournirent des auxiliaires. Ils se mêlèrent aux Celtes, d'où les peuplades dites Celtibères. L'Aquitaine, attaquée en 675, envahie par les lieutenants de César, ne fut définitivement soumise que sous Auguste par Agrippa, et plus tard parMessala.
Le Périgord fut donc gouverné comme l'Aqui taine, et subit les alternatives de paix et de trouble que les guerres civiles et les révoltes occasionnaient ; souffrit de l'épouvantable op pression de Caracalla, qui fit acheter si cher aux peuples voisins le droit de cité qu'il leur imposait à tous indistinctement, et ressentit trés douloureusement l'iiisurrection des Bagaudes. Les témoignages de Salvien et de St-Prosper d'Aquitaine, ne laissent pas de doute à ce sujet. Ce serait le cas de s'arrêter ici, de faire connaitre l'ensemble des transformations survenues dans l'empire sous le règne de Constan tin, et d'aborder ensuite l'histoire du Périgord telle que les monu ments nous la racontent, à partir du moment où il eut une vie à part. Mais comme il est certain que les changements commencés par Constantin ne s'achevèrent que sous Honorais et Théodose, il importe de les suivre dans leur marche progressive, afin de dégager du monde romain la province de Périgord.
A l'avénement de Constantin. l'Aquitaine ne formait encore qu'une province : elle en formait deux vers 370 et trois vers 417, et le nombre de ses présidents augmentait proportionnellement. (1) On a prétendu à tort que Constantin divisa l'empire en diocèses, et que c'est à cette division que les diocèses ecclésiastiques emprun tèrent leurs circonscriptions. II est vrai qu'il donna le nom de dio cèse aux quatre grandes provinces de l'empire, à la tête desquel les il plaça quatre préfets du prétoire ; mais ce mot diocèse, emprunté au grec dioikésis, était pris dans le sens large et pri mitif d'administration en général ; il n'avait pas encore le sens restreint et spécial que lui donnèrent plus tard les chrétiens. Le diocèse ecclésiastique fut calqué, longtemps après Constantin, sur la circonscription territoriale de la cité, qui reçut d'abord, parait-il, le nom de paroisse, du grec paroikia, réunion d'habitations.
II en résulte qu'il y eut, dans l'Aquitaine, autant de diocèses qu'il y avait de cités, lorsque cette partie des Gaules fut divisée en trois pro vinces, comme cela résulte de la nomenclature suivante, qui com prend les noms des cités de ces trois provinces,àla fin du quatrième siècle, et que ce fut la circonscription de ces provinces, qui donna naissance aux archevêchés, tels qu'ils subsistent encore aujour d'hui. PREMIÈRE AQUITAINE. Bituriges cubi (Berrichons), capitale Avaricum (cité des Bituriges) Bourges ; Les Alvernes (Auvergnats), capitale Augusto-Nemetum ou Nemo sus (cité des Alvernes) Clermont. Les Ruthènes (Rouergas), capitale Segodunum (cité desRuthènes) Rodez. (I) Inscription publiée par Grutes. Sextus Rufus. Script, hist. Rel. Rom, t. 2, p. 163, semblerait dire qu'elle en formait trois, peu de temps après 380 , mais on verra plus bas que ces trois provinces n'existaient pas encore en 401 .
Les Cambolestres (Albigeois), capitale Albiga cité des Albigeois) Alby. Les Caduiciens (Queicinois), capitale Divona-Cadurcorum (cité des Quercinois) Cahors. Les Lemovices (Limousins), capitale Augustoritum (cité des Lemo vices) Limoges. Les Gabales (habitants du Gevaudan. capitale Mimate (cité des habitants du Gevaudan) Mende. Les Vellauvans (habitants du Velay), capitale Anassium (cité des habitants du Velay) Le Puy. DEUXIÈME AQUITAINE. Les Bituriges vibici (Bordelais), capitale Burdigala (cité des Bor delais) Bordeaux. Les Niliobiïges (Agenais), capitale Aginnum (cité des Agenais) Agen. Les Agesinates (Angoumoisins), capitale Rustiacum (cité des Age sinates) Angoulême. Les Santons (Saintongeois), capitale Médiolanum (cité des Santons) Saintes. Les Pictons (Poitevins), capitale Lemanium (cité des Piétons) Poitiers.
Les Pelrocoriens el mieux Petragoriciens (Périgourdins), capitale Vesonna (cité des Petragoriciens) Périgueux. NOVEMPOPULANIE. Les Elusates (Anchois), capitale Elusa (cité des Elusates), Eause ville détruite. Les Aquens (habitants du pays d'Acqs), capitale Aqua tarbel lica (cité des Aquens) Dax. Les Laclorates (Lectouriens), capitale Laclora (cité des Lectoriens) Lectoures. Les Convennes(Cominingeois). capitale Lugdunum (cité des Con venues! S. Bertrand de Comminges. Les Couserans (Couserans), capitale Couseranum ville détruite (cité des Couserans) S. Lisier. Les Roïens, (habitants du pays de Ruch) capitale Lupardum (cité des Roïens) Bayonne. Les Bénéarnes (Béarnais), capitale Lascuva (cité des Bénéarnes) Lescas. Les Adoures (habitants du pays d'Aire,) capitale Atura (cité des habitants du pays d'Aire) Aire.
Les Vasates (Bazadais), capitale Vasates (cité des Vasates) Bazas. Les Bigorriens (Bigarrats) capitale Tarba (cité des Bigorriens) Tarbes. Les Elorones (habitants du pays d'Oléron) capitale Elorona (cité des Elorones) Oléron. Les Ausques (Auchois), capitale Ausca (cité des Ausques) Atich- Cette dernière cité et celle d'Eause, ne formèrent qu'une seule province dans le moyen-âge, et de nos jours, Eausc n'est qu'un chef-lieu de canton du département du Gers. Avant la Révolution, toutes ces anciennes cités constituaient autant d'évêchés et formaient trois archevêchés correspondants aux trois pro vinces indiquées plus haut. Aujourd'hui même la première et la deuxième Aquitaine n'ont pas varié pour les circonscriptions ecclésiastiques. Dans la Novempopulanie seule le nombre des évêchés a été réduit.
II y avait, à Bayonne, un tribun de la cohorte novempopu lanienne, en Auvergne, un préfet des Letes gentils, Suéves de la première Aquitaine et à Poìtiers,un préfet des Sarmates Tais ales gentils ie la seconde Aquitaine. Telle était à peu près l'organisation admi nistrative supérieure vers la fin du iv° siécle. Mais en dehors de Faction directe de l'autorité, sur toute l'étendue de. l'empire, pour défendre le pays, y maintenir l'ordre, appliquer les lois dans l'intérêt de l'Etat, il y avait les institutions particuliè res à conserver et perfectionner, les intérêts subalternes à sauve garder, les besoins locaux à satisfaire. L' Administration des pro vinces, eut pareillement son organisation toute spéciale. Quand Auguste, à l'Assemblée générale de Narbonne, s'occupa du tribut à payer par les Gaules, il suscita beaucoup de résistances ; ce pendant Drusus et Germanicus. chargés du dénombrement de la population, le firent avec succès.
Or, il n'est pas douteux que si Drusus et Germanicus réussirent, c'est qu'ils se mirent en contact immédiat avec les Gaulois, parles Assemblées dans lesquelles eurent évidemment lieu toutes les explications nécessaires. Selon toute apparence, ces Assemblées durent, comme celle de Narbonne, réunir les représentants de toutes les provinces. Ces Assemblées, du reste, n'avaient pas été instituées pour la circonstance ; elles étaient consacrées par le temps et se continuèrent après que Drusus et Germanicus eurent accompli leur mission. Tous les historiens sont d'accord à ce sujet ; mais comme ils se taisent sur la marche que suivit cette vieille institution gauloise, durant les trois premiers siècles de l'occupation romaine, et comme surtout ils ne nous apprennent rien sur l'époque où les intérêts des populations se trou vèrent scindés, au point qu'on dut créer une Assemblée particulière pour ce qu'on appelait alors les cinq provinces, il faut se borner à dire que l' Assemblée des cinq provinces fonctionnait régulièrement au ivc siécle, sans chercher à remonter à l'origine de la formation de cette Assemblée.
C'est à cette Assemblée des cinq provinces que députait l'Aqui taine, divisée alors en Aquitaine proprement dite et Novempopula nie, et formant par conséquent deux provinces, qui, avec la Vien noise, la Narbonnaise et les Alpes-Maritimes, constituaient les cinq provinces ayant leur représentation à part. Cet état des choses est attesté par les actes du Concile de Valence de 374, par une loi du code Théodosien de 399, et même par les actes du Concile de Turin de 401. II avait cessé d'exister en 417, comme on le voit par des lettres du pape Zozime de cetle année (1) où il est parlé des sept provinces, et par l'édit d'Honoriuset Théodose de 418 (2),, relatif à l'organisalion représentative de ces sept provin ces, la Viennoise, la première Aquitaine, la seconde Aquitaine, la Novempopulanie, la première Narbonnaise, la seconde Narbon naise et les Alpes-Maritimes.
II résulte de ces données que l'Aquitaine était bien réellement (1) Labbe, concii, t. II, col. 1566 et 1567. (2) Rec. des hist. de Fr., t. 1, p- 566. divisée en deux parties en 374, et probablement dès 370 ; et qu'elle ne fut divisée en trois que dans le V° siècle, entre 401 et 417, qu'elle eut une représentation à part avec d'abord les trois et en suite les quatre autres provinces signalées plus haut, au moins à partir de la même époque. L'organisation résultant de Fédit d'Honorius et de Théodose ne dura pas longtemps, comme nous rapprennent les évènements sub séquents; mais il n'en est pas moins vrai que par le seul fait de son existence il demeure constaté que cette province, de même que les autres, devait avoir des intérêts à part auxquels Fautorité supérieure crut de son devoir de porter une attention particulière.
Or à quoi faut-il attribuer cette distinction, cette séparation d'intérêts, sinon au caractère des peuples, à leur condition antérieure, à leur goût, à leurs habitudes et même à leur langage, que les auteurs contem porains reconnaissent être distinct de celui des autres habitants des Gaules, et leur donner une aptitude toute spéciale à parler latin? La race Ibérienne ne s'était donc pas encore fondue avec les autres peuples répandus sur les Gaules, même au V° siècle de notre ère. J'ai donné plus haut la nomenclature des cités des trois Aquitai nes ; je crois devoir terminer ces aperçus par des détails sur l'or ganisation administrative. Avant Caracalla, il y avait en Aquitaine, comme dans toutes les autres provinces, des Municipes, agglomérations de familles d'origine gauloise ou ibérienne, jouissant d'une constitution municipale analogue à celle de Rome ; il y avait aussi des colonies, c'est-à-dire des groupes d'habitations fondées par les vainqueurs, qui avaient également apporté de Rome des institutions municipales.
Enfin des centres de population conservaient leurs anciennes institutions et ne jouissaient pas des immunités découlant de la loi romaine. Avec Caracalla, ces distinctions disparurent et chaque peuple constitua une cité, image réduite de la métropole. 11 suit de là que la cité n'é tait pas seulement une ville, mais qu'elle comprenait toute la circonscription du territoire d'un peuple. 11 y eut donc en Aquitaine autant de cités que de peuples. Indépendamment des formes municipales dont elles étaient do tées depuis Caracalla, les cités furent placées sous Fautorité de préfets ayant pour attribution spéciale de surveiller en général et de présider parfois les assemblées électorales (1). Plus lard, ces agents prirent le nom de comtes Une loi qui nous a élé con servée nous apprend que les préfets furent quelquefois nommés par le peuple ; mais il parait constant que les comtes restèrent à la nomination des empereurs.
Les attributions des comtes étaient de traiter les affaires des cités et de rendre la justice ; ils devaient régler le commerce extérieur et veiller à l'ordre public. A eux aussi incombait le soin de fournir des moyens de transport, dans des cas donnés, etc., etc. Quand le christianisme eut acquis assez d'importance pour donner aux évêques une position spéciale dans la cité, ils eurent leur place distincte à côté de celle du comte. Cetle organisation complexe ne se trouva développée dans tout son ensemble qu'au commencement du ve siècle, juste au moment de Fin vasion des Barbares, qui jeta la perturbation partout, rendit toute régularité impossible el força les populations à s'isoler les unes des autres, pour vivre chacune de sa vie propre. Je m'arrêterais donc ici, pour ne plus m'occuper désormais que de la cité des Petragoriciens, objet spécial de mes études, si je n'a vais à donner un aperçu rapide, mais aussi exact que possible, du mouvement religieux.
S'il fallait s'en rapporter aux légendes pieuses, chaque pro vince de l'Aquitaine, comme des autres parties des Gaules, aurait eu son missionnaire, son propagateur de la foi, dès le premier siècle , et même souvent dés la première partie du premier siècle , envoyé de Rome par Saint-Pierre ou venu par une inspiration d'en haut, pour répandre les idées chrétiennes et fonder une église dont il aurait été le premier évêque. A en croire au contraire les écrivains chrétiens, dont les œuvres inspirent toute confiance, à la manière dont s'expriment les chroniqueurs contemporains, et de l'avis des modernes les plus impar tialement dévoués au christianisme, cette religion se produisit tard dans les Gaules et fut primitivement prêchée, dans l'Aquitaine, par saint Martial et saint Austremoine, au iiic siécle.
(1) Raynouard, Hist. du droit municipal, t. I, p. 111 et 112. Selon la saine critique, les données historiques en général et les faits qui résultent formellement du rapprochement de documents propres à dégager la vérité, Fintroduction du christianisme, dans l'Aquitaine, comme dans le reste des Gaules, serait surtout l'œuvre de saint Martin de Tours et de ceux qu'il initia à la foi nouvelle. La légende et les traditions n'ont pas même le mérite d'être pro bables. Les faits sont constamment en contradiction avec elles. II suffit de la moindre connaissance des mœurs et des usages des Aqui tains et des gallo-romains, de Forganisation de la société au premier siècle et de Fétat des croyances à cette époque, pour reconnaître Fi nanité de ces récits, qu'une religion mal entendue et ignorante a pu seule imaginer, car il n'est pas possible d'admettre qu'un sys tème préconçu ait présidé à la rédaction de ces contes pieux, sans valeur et sans utilité pour la cause qu'on semble avoir voulu servir.
Les chroniqueurs, les historiens, tels que Sulpice-Sévére, Gré goire de Tours, etc., qui ont écrit de la meilleure foi du monde sur les premiers lemps du christianisme, n'ont pas eu à leur disposition toutes les ressources nécessaires pour raconter, dans leur ensemble, les événements qui présidèrent à l'établissement du christianisme dans les Gaules et ont donné presque toujours à des faits isolés une portée et une influence qu'ils n'eurent jamais, croyant à tort que ces faits constituaient de véritables résultats, tandis qu'il n'aurait fallu y voir qu'un premier pas dans une carrière longue et difficile à parcourir. II n'est pas douteux, en effet, que le christianisme eût des adeptes qui, dès la fin du u° et surtout au iue siécles, essayèrent de pénétrer dans les Gaules et y recueillirent quelques rares sympathies qui leur valurent des disciples affectueux et dévoués ; mais leurs succès surent des plus modestes et ne leur laissèrent que des espérances bien éphémères.
Au temps où saint Martin se voua à l'apostolat, la situation était ra dicalement changée. Le chef de Fempire était chrétien, la liberté de conscience était proclamée, des décrets autorisaient la démolition des temples inutiles ; l'arianisme, qui d'abord avait eu du succès au détriment du polythéisme, était vivement combattu par Fortho doxie ; les esprits, ébranlés dans leur croyance primitive, ne de mandaient pas mieux que de se rattacher à des idées nouvelles qui promettaient un bel avenir ; Fétat de la société, constamment en péril, appelait une organisation plus stable, tout, en un mot, était parfaitement disposé pour le succès d'une prédication dirigée avec une conviction profonde et soutenue parle dévouement, l'abnégation el des intelligences d'élite ; on sait ce qui se produisit au ive siècle, sous Finfluence de Martin, dont les efforts soutenus furent parfai tement secondés et dont l'aptitudeà organiser trouva, dans les changements administratifs commencés par Constantin et continués par ses successeurs, des ressources parfaitement propres à seconder ses desseins.
C'est, en effet, à partir du iv° siècle que nous voyons les diocèses constitués et des évêques régulièrement placés à leur tête. C'est alors que le polythéisme s'efface, que l'arianisme s'amoindrit et que Forthodoxie prend un grand développement, sous Finfluence des établissements religieux dont saint Martin fut le propagateur, sinon Fintroducteur dans les Gaules. HISTOIRE DU PÉRIGORD LIVRE PREMIER CHAPITRE PREMIER Le Périgord, ses limites, son étendue, sa configuration, sa position géographique. Le territoire des Petragoriciens, placé d'abord dans la Celtique, fut réuni à l'Aquitaine par Auguste ; plus tard, il fit partie de la deuxième Aquitaine, sous le nom de cité des Petrocoriens fcivitas Petrocoriorum), que j'appelle cité des Petragoriciens ; la forme Pe tragoricien est dérivée de Petracorium, usitée dans le haut moyen àge; c'est de Petrocorium qu'est venue aussi la forme Peyragott, constamment employée depuis le haut moyen-âge avant celle de Pé rigord, dont fit usage la sénéchaussée.
Selon les anciens, le pays des Petragoriciens avait pour limites au nord, les Santons et les Lemovices; au levant les Lemovices; au midi, les Cadurciens et les Nitiobriges ; au couchant, les Bituriges vibices et les Santons. Au Moyen-Age, lorsque la France fut divisée en provinces et sénéchaussées , le Peyragort se trouva borné au nord, par FAngoumois et le Limousin ; au levant, par le Bas Limousin ; au midi, par le Quercy et FAgenais ; au couchant, par le Bordelais et la Saintonge. (1) La question de Fétendue du Périgord, pendant les temps anciens et la plus grande partie de la durée du Moyen-Age, a été souvent (1) Voirr.Ec/io de Vésonne du lundi 23 février 1857. Voir aussi le chapitre suivant et les appendices. agitée, quoique parfaitement claire. II importe avant tout de déterminer rigoureusement ses limites, afin d'en finir avec les suppositions de toute nature (1).
Dans un travail sur : les Archiprêtrés en Périgord (2), je m'appli quai à fixer Fétendue de ces archiprêtrés, en donnant les noms des paroisses qui les composaient. Comparant ensuite quelques uns de ces archiprêtrés avec les divisions territoriales anciennes, telles que les centaines, les vigueries, je constatai que la centaine (1) Les monuments historiques, propres à traiter directement cette ques tion, sont trop restreints et surtout trop vagues, pour s'en tenir à eux; mais il est un moyen sur d'atteindre le but. Les circonscriptions ecclésiastiques nous le fournissent. Nous avons vu que les divisions territoriales, établies par les Romains, furent exactement adoptées par l'Eglise, et tous les vrais savants modernes s'accordent à dire que les diocèses correspondaient, en tout point, aux circonscriptions des cités.
J'aurai donc rempli ma tâche et déterminé les véritables limites du Périgord, quand j'aurai fait exactement connaître retendue de l'ancien diocèse de Périgueux. (2) Annales agricoles de la Dordogne, p. 249, 277 et 312, année 1814. Voir aussi l'appendice n° 1. Depuis la publicatien de mon travail, on a reproduit trois nomenclatures de paroisses, réparties, dans la première, entre dix-sept archiprêtres ; dans la seconde, entre vingt-trois, formant eux-mêmes sept diaconats ; quant à la troisième, elle ne porte quel'indication imparfaite de dix-sept archiprê trés et cinq diaconats. II suffit d'examiner ces nomenclatures, qualifiées du nom de pouillés, pour se convaincre qu'elles ne répondent pas à une classifi cation authentique, et pour qu'on ne donne pas à ces documents plus d'im portance qu'ils n'en méritent, quoique recueillis par l'a')bé Lespine, dont le nom leur a servi de passeport .
La diversité du nombre des diaconats et des archiprêtrés, donne beaucoup à penser, surtout lorsqu'on présente ces documents comme appartenant au xme etau xive siècles. On n'est pas moins surpris en présence de la diversité des noms ; mais ce qui étonne le plus, c'est la manière dant les paroisses sont classées et les révélations qu'on y trouve. II y a aussi de bonnes raisons pour se défier des circonscriptions de ces archiprêtrés. C'est ainsi qu'on est vraiment confondu de voir celui de Neuvic s'étendre jusques à Bergerac et comprendre St-Martin de Bergerac, qui faisait partie de la ville, tandis que celui de St-Marcel avait dans sa circonscription la plus grande partie des paroisses entre Neuvic et Bergerac. Mais sans pousser plus loin ces explications qui prouvent assez que ces documents ne concordent en rien avec les traditions de l'Eglise, disons que les chefs-lieux de Centaines et de Vigueries, devinrent et restèrent chefs-lieux d'archiprêtrés.
Mais d'où proviennent donc ces documents ? De certains collecteurs qui, suivant qu'ils étaient plus ou moins au courant dn pays, organisaient le service religieux plus ou moins exactement. Les altérations des noms de lieux les plus con nus en sont une preuve de plus. du Bugue et la viguerie de Pilhac correspondaient exactement aux archiprêtrés de même nom. D'où je conclus que les archiprêtrés. quoique d'institution plus moderne que les centaines et les vigueries, n'en avaient pas moins du être calqués sur elles. Je ne tranchai cependant pas la question et je ne fus pas aussi affirmatif que mes études subséquentes me permettent de Fêtre actuellement. En 1846, je publiai un autre article faisant en quelque sorte suite au premier et ayant pour titre : Le Périgord et ses limites (1). Je disais que, de toutes les anciennes caries de géographie, pas une ne donne au Périgord d'autres limites que celles qu'il a toujours eues dans les lemps modernes, et pourtant, comme chacun sait, ces cartes ont été dressées par des savants consciencieux, qui n'ont fait usage que des monuments contemporains les plus authentiques, D'autre part, les renseignements qui nous sont parvenus sur Fétat primitif des diocèses de Cahors, d'Agen et de Périgueux, concou rent tous à confirmer l'opinion des géographes.
Je reprends ce travail, en procédant dans le sens inverse, et, remontant du connu à Finconnu, jusqu'aux temps les plus anciens. La bulle de Jean XXII, pour Féreclion de Févêché de Sarlat, s'ex prime en ces termes : « Nous avons voulu diviser en deux le dio » cése de Périgueux Nous voulons el décidons que les » fleuves de Vézère et de Dordogne. dès à présent et pour toujours, » séparent, délimitent et rendent distincts lesdils diocèses de Pé » rigueux et de Sarlat, comme il suit : c'est à savoir que tout ce qui » est au delà de ce fleuve de Vézère (par rapport à Périgueux), se » Ion qu'il descend et coule du château de Larche. en Limousin, » jusqu'à son confluent au fleuve de Dordogne, prés le château de i Limeuil, où ce fleuve de Vézère perd son nom. et le long du » cours dudit fleuve de Dordogne jusqu'au château du Flcix. en » tant que s'étend et qu'on sait que l'ancien diocèse de Périgueux • consiste,' du côlé de ladite ville de Sarlat, comment que ce soit, » appartienne au diocèse de Sarlat tout ce qui, au contraire. » sera au-deçà de ces fleuves (par rapport à Périgueux) restera en » entier au diocèse de Périgueux (2). » (1) Annales agricoles, t. 7, p. 155, 185, 250.
(2) Bulle de Jean XXII, de 1317, voir les Antiquités du Périgord et du Sar ladais, du chanoine Tarde. Jean XX11 avait donc l'intention de diviser le diocèse de Périgueux en deux diocèses à peu près égaux, et sa bulle déter mine très nettement leur séparation. Par malheur elle ne donne pas les limites respectives du diocèse de Sarlat et des autres diocèses circonvoisins. II résulte cependant de ce silence un fait impor tant, c'est que ces limites étaient tellement connues qu'elles ne faisaient doute pour personne. Cela est si vrai que le chanoine Tarde nous apprend, sans entrer dans aucune explication, que, du côté du diocèse d'Agen , partant de la rive gauche de la Dordogne, en face du Fleix, elles formaient une ligne plus ou moins onduleuse jusqu'à la Fontaine des Trois Evêques, prés de Villefranche-de-Belvès, actuellement commune de Lavaur; que, du côté du diocèse de Cahors, cette ligne se dirigeait successivement vers la Dordogne, franchissait cette rivière et allait aboutir au Puy des Trois Evêques, entre Gignac, Ferrières et Nadaillac, et qu'enfin, du côté du diocèse de Tulle, elle se continuait jusqu'à Cu blac, prés de Terrasson.
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The end
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