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Histoire de la liberté en France depuis les origines jusqu'en 1789. (Depuis 1789 jusqu'à nos jours.)

Jean Baptiste Marie Augustin Challamel · 1886 · Scanned text

143,859 words · about 10 h 4 min to read

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About this book

Author
Jean Baptiste Marie Augustin Challamel
Language
French
Published
1886
Length
143,859 words · about 10 h 4 min
Sections
15 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (15)
  1. Front matter about 41 min
  2. Chapitre II about 30 min
  3. Chapitre III about 23 min
  4. Chapitre IV about 43 min
  5. Chapitre V about 45 min
  6. Chapitre VI about 40 min
  7. Chapitre VII about 37 min
  8. Chapitre VIII about 29 min
  9. Chapitre IX about 30 min
  10. Chapitre X about 41 min
  11. Chapitre XI about 48 min
  12. Chapitre XII I about 37 min
  13. Chapitre XIII about 36 min
  14. Chapitre XIV about 39 min
  15. Chapitre XV about 1 h 25 min

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Front matter

HISTOIRE DE LA LIBERTÉ EN FRANGE DEPUIS 1789 JUSQU'A NOS JOURS COBBEIL. — TYP. ET STÉIÎ. CRÈTE HISTOIRE DE LA LIBERTÉ EN FRANGE DEPUIS 1789 JUSQU'A NOS JOURS PAR AUGUSTIN CHALLAMEL CONSERVATEUR A LA BIBLIOTHÈQUE SAINTE-GENEVIÈVE PARIS LIBRAIRIE FURNE JOUVET ET C°, ÉDITEURS 5, RUE PALATINE, O M DCCC HISTOIRE DE L.V LIBERTÉ EN FRANGE DEPUIS 1789 JUSQU'A NOS JOURS CHAPITRE PREMIER I. — APRÈS LA PRISE DE LA BASTILLE. ABANDON DES PRIVILÈGES. DÉPOUILLEMENT DES CAHIERS. ROI d'un PEUPLE LIBRE. Après la prise de la Bastille, qui commença ce qu'on a appelé les « journées de la Révolulion », les députés à TAssemblée nationale se sentirent maîtres du terrain, grandis par l'événement d'hier, investis du rôle de modérateurs, devenus arbitres des destinées de la France. La journée du 14 juillet 1789 consacra le principe de la sou veraineté nationale opposé au principe de la royauté absolue, qui existait, plus ou moins incontestée, depuis huit siècles; elle activa la lutte enlre le monarchisme et la démocratie ; elle in culqua dans beaucoup d'esprits l'idée républicaine, et dans plusieurs la pensée de mettre eiì pratique le gouvernement républicain.

II y eut les « Amis du roi » et les « Amis de la liberté » , en politique, lesquels se combattaient à coups d'articles et d'épi grammes dans les journaux. On écrivit ce quatrain contre l'As semblée: Dans cette Assemblée où l'on fauche Et le bon sens et le bon droit, Le côté droit est toujours gauche, Et le gauche n'est jamais droit. 11. i Un ami de la liberté retrouva dans aristocrate toutes les lettres du mot Iscariote (Judas). Quelque temps après, un royaliste répondit : J'ai trouvé bien mieux que cela, Ou en conviendra, je m'en flatte; Car, sans Oter un iota, Démocrate me décrota. Cédant à l'impulsion du moment, dans la nuit du 4 août les ordres privilégiés s'exécutèrent. Avec une sorte d'enthousiasme s'effectua Tabolition des droits féodaux : droit seigneurial de chasse, corvées personnelles, banalités de loute espèce, main morte, confiscations et amendes au profit du seigneur, etc.

On décréta Tabolition de la vénalité des charges et des justices seigneuriales; on établit l'égalité de Timpôt; on supprima les dîmes ecclésiastiques. Le tiers état, alors « huma avec tranquillité Tessence de la liberté (I) ». Les droits se rattachant aux justices féodales étaient destinés à disparaître avec elles. « On doit les abolir sans indemnité, disait Merlin, parce que les droits qui en dérivent ne prennent leur source ni dans des contrats d'inféodation ni dans des con trats censuels. Ils n'ont pour base qu'une usurpation enhardie par la féodalité, soutenue par la puissance seigneuriale et légi timée par la loi du plus fort (2). » De Taveu du comte de Clermont-Tonnerre, rapporteur du comité de constitution, « les droits des citoyens, la liberté, la propriété, étaient réclamés avec force par toute la nation française. » Le résultat du dépouillement des cahiers remis aux députés aux États généraux par leurs commettants, fut lu à TAssemblée nationale dans la séance du 27 juillet 1789.

Chapitre II

I. — CONVENTION NATIONALE. PLAINE ET MONTAGNE. L'ÉGALITÉ. LIBERTÉ AJOURNÉE. DÉFIANCES, PEUR. LES SUSPECTS. VISITES DOMICILIAIRES. De concert avec le roi, les Assemblées constituante et législative ont gouverné la France en conservant, sous plus d'un rapport, les traditions parlementaires. Assemblée unique, con centrant tous les pouvoirs, imitant un peu le Long-Parlement d'Angleterre, la Convention nationale gouverna seule, au moyen de comités pris dans son sein. Elle avait été invitée, par un décret, à « assurer la souveraineté du peuple et le règne de la liberté et de l'égalité. » Le 21 septembre 1792, dès sa première séance, la Convention, composée de sept cent cinquante députés, prononça la déchéance du roi et proclama la République. L'ère républicaine fut inau gurée. Désormais, les actes devaient être datés de Tan 1er de la République, dont on décrétait Tunité et Tindivisibililé ; ils ne datèrent pas de « Tan IV de la Liberté ».

Aussitôt, TAssemblée se divisa en deux fractions, la Plaine et la Montagne, celle-ci marchant en avant, celle-là empreinte d'une modération qui eut fréquemment des allures réactionnaires. Les dénominations de « monsieur» et de « madame», proscrites par la Convention (10 octobre), firent place à celles de « citoyen » et de « citoyenne ». On supprima la croix de Saint-Louis. A côté de ces satisfactions données au principe d'égalité, et effaçant la dernière trace des traditions monarchiques, les dé putés nouveaux accomplirent des actes plus graves. EN FRANCE. 35 Merlin de Thionville demanda le jugement de Louis XVI, trois jours avant que la Convention ne votât le bannissement perpétuel des émigrés et la peine de mort contre ceux qui vou draient rentrer en France. En réponse à la ligue des rois, elle promit (19 septembre) « secours et fraternité à tous les peuples qui voudraient recou vrer leur liberté » ; elle décréta que « dans tous les pays où les généraux français entreraient, ils proclameraient sur-le-champ la souveraineté du peuple, Tabolition de la féodalité, etc. » Son mot d'ordre fut Ténergie ; son énergie enivra une grande partie du pays.

Les défenseurs de Lille contre les Autrichiens renouvelèrent leur serment d'être fidèles à la nation, de maintenir la liberté et l'égalité, ou de mourir à leur poste (fin septembre). Le duc d'Orléans avait accepté de la Commune le nom de Philippe-Égalité; le Palais-Royal était le Palais-Égalité. La liberté faisait de la propagande au delà de nos frontières. La Savoie, demandant à être réunie à la France, forma le département du Mont-Blanc; Tévêché de Bàle fut constitué en répu blique (1), et, un peu plus tard, le comté de Nice devint le dépar lement des Alpes-Maritimes (2). Nos armes obtinrent aussi des succès notables. Rouget de Tlsle composait la Marseillaise, Thymne de la Liberté, irrésistible au dehors comme au dedans. Presque en même temps, la découverte de Tarmoire de fer aux Tuileries compromit nombre d'hommes politiques, prouva leur complicité avec la Cour, multiplia les défiances, influa notablement sur la mise en jugement de Louis XVI.

Le roi, condamné le 19 janvier 1793, pour avoir conspiré contre la la liberté, fut exécuté le surlendemain. Cette exécution, d'après une estampe du temps, était « ma tière à réflexion pour les jongleurs couronnés ». Elle augmenta le total des adversaires de la Liberté et de la République nais- (1)27 novembre et 9 décembre. (2)31 janvier 1793. santé; elle détermina un duel à mort entre les monarchies de TEurope et la Convention, dont la devise ne pouvait plus être que: vaincre ou mourir! Barrère, en votant la mort de Louis XVI, déclara : « L'arbre de la liberté croît lorsqu'il est arrosé du sang des tyrans. » Une complainte était vendue par milliers dans les rues; son premier couplet se terminait ainsi : Voilà ce que j'ai mérité. Chantez, vive la liberté (1) ! La Vendée se soulève, des mouvements populaires ont lieu dans Paris; neuf armées françaises sont sur pied; presque toute la Belgique est réunie à la France, qui tient tête à la coalition, qui combat les insurgés de Touest, mais dont les mesures de viennent de plus en plus terribles, parce qu'elle n'a pas de mo dérateur.

Un tribunal révolutionnaire juge sans appel ni cassation; des comités de surveillance fonctionnent ; les ennemis de la révolution sont déclarés hors la loi. La Convention ose tout pour établir son autorité, que certains personnages considérables méconnaissent ; elle établit un Comité de salut public ; elle envoie aux armées des représentants du peuple à qui elle donne plus de pouvoir qu'elle n'en accorde aux généraux, afin d'éviter des défections déplorables, comme celle de Dumouriez. Les défiances et la peur se joignent aux plus cruelles néces sités. II faut défendre la vente du numéraire, fixer un maximum du prix des grains et farines, émettre millions sur millions d'assignats, faire un emprunt forcé sur les riches; il faut triompher d'insurrections à Lyon et à Paris, des Vendéens qui pos sèdent des forces considérables ; il faut enfin s'opposer au démembrement de la France, au « fédéralisme » des Girondins, accusés d'avoir voulu diviser le pays en petites principautés (provinces ou départements) unies entre elles par un lien fédéral.

(1) Complainte sur la mort de Louis le dernier. Toulon a été livré aux Anglais (1). Les étrangers menacent Tintégrité du territoire de la République, dont Tunité et ['indi visibilité semblent aussi être menacées. La liberté est un peu oubliée, tout au moins sacrifiée en partie, pour cause de salut public, pour cause du danger de la patrie. Les Montagnards « Tajournent jusqu'après la guerre», en contradiction avec cette opinion naguère émise par Mira beau : « II n'y a point de cas où il saille, même pour un moment, violer la liberté. » Aussi, logiquement, le système de violences a l'égard des adversaires du parti qui est maître du pouvoir Temporte sur le système de persuasion et de conciliation. « La liberté est sortie du sein des orages,» a observé Saint-Just (2); elle va éprouver d'incessantes tempêtes, à un tel point qu'elle y succombera, par le fait de son prétendu sauveur, Bonaparte.

Un décret de la Convention porte : « Tous bons propriétaires et principaux locataires, concierges, fermiers, régisseurs, portiers, logeurs et hôteliers des maisons et de toutes habitations dans le territoire de la République, seront tenus d'afficher à Textérieur des maisons, fermes et habitations, dans un endroit apparent, et en caractères bien lisibles, les noms, prénoms, surnoms, âge et profession de tous les individus résidant actuellement ou habituellement dans les dites maisons, fermes ou habitations. « Lesdites affiches seront renouvelées toutes les fois qu'il y aura mutation d'individu ou détérioration de Taffiche. « Dans toutes les villes et lieux de la République d'une popu lation de dix mille âmes et au-dessus, les copies des affiches certifiées des propriétaires, principaux locataires, fermiers, concierges ou portiers, seront par eux remises aux comités des communes ou sections de commune, et en retireront récé pissé, etc. » (3) (1) Le 27 aoùt 1793.

(2) Rapport à la Convention, du 10 avril 1794. (;l) Moniteur universel. LIBERTE 38 Ce décret inquisitorial fut accompagné de visites domiciliaires à Paris. Arrestation de plus de cinq cents suspects.

Quelques mois plus lard, le montagnard Chaumette définit les suspects : 1° ceux qui, dans les assemblées du peuple, arrêtent son énergie par des discours astucieux, des cris tur bulents et des menaces; — 2° ceux qui, plus prudents, parlent mystérieusement des malheurs de la République, s'apitoient sur le sort du peuple, et sont toujours prêts à répandre de mauvaises nouvelles avec une douleur affectée; — 3° ceux qui ont changé de conduite et de langage selon les événements; qui, muets sur les crimes des royalistes et des fédéralistes, déclament avec emphase contre les fautes légères des patriotes, et affec tent, pour paraître républicains, une austérité, une sévérité étudiée, et qui cèdent aussitôt qu'il s'agit d'un modéré ou d'un aristocrate; — 4° ceux qui plaignent les fermiers, les marchands, contre lesquels la loi est obligée de prendre des mesures ; — 5° ceux qui, ayant toujours les mots de liberté, république et patrie sur les lèvres, fréquentent les ci-devant nobles, les prêtres, les contre-révolutionnaires, les aristocrates, les feuil lants, les modérés, et s'intéressent à leur sort ; — 6° ceux qui n'ont pris aucune part active dans tout ce qui intéresse la révo lution, et qui, pour s'en disculper, font valoir le paiement de leurs contributions, leurs dons patriotiques, leurs services dans la garde nationale, par remplacement ou autrement; — 7° ceux qui ont reçu avec indifférence la constitution républicaine, et ont fait part de fausses craintes sur son établissement et sa durée; — 8° ceux qui, n'ayant rien fait contre la liberté, n'ont aussi rien fait pour elle ; — 9° ceux qui ne fréquentent pas leurs sections, et donnent pour excuse qu'ils ne savent pas par ler, ou que leurs affaires les en empêchent; — 10° ceux qui parlent avec mépris des autorités constituées, des signes de la loi, des sociétés populaires, des défenseurs de la liberté; — 11° ceux qui ont signé des pétitions contre-révolutionnaires, ou fréquenté des clubs et sociétés anticiviques ; — 12° ceux qui sont reconnus pour avoir été de mauvaise foi, partisans de La Fayette, et ceux qui ont marché au pas de charge au Champ-de-Mars. » Chaumette enchérissait sur les causes de suspicion énumé rées par la Convention (1).

Sa définition, dont on exagéra en core les termes, ouvrit la porte à une foule d'abus, mit la vie des citoyens entre les mains des dénonciateurs, les uns fana tisés par Tamour de la patrie, les autres agissant sous Tin fluence de la cupidité, des plus vils intérêts personnels, des vengeances particulières. La monarchie, à différentes époques, avait donné Texemple des lois de suspicion. On Timitait. Des décrets de moindre importance suivirent la loi des sus pects, par laquelle les comités chargés du désarmement et de Tarrestation des suspects passaient de la Commune à la Conven tion. Celle-ci retira aux galériens le bonnet rouge devenu Tem blème de la liberté, enjoignit aux femmes de porter la cocarde tricolore sous peine d'être emprisonnées pendant huit jours, déclarées suspectes, s'il y avait lieu, et incarcérées jusqu'à la paix.

Un arrêté de la Commune (2) défendit de parler aux suspects détenus, et chargea les surveillants de lire leurs lettres. La Convention rétablit la liberté du colportage, en prescrivant toutefois des peines très sévères contre les colporteurs d'écrits tendant à opérer la dissolution de TAssemblée. Arrestations, exécutions capitales, réductions de villes re belles, toutes les violences eurent la liberté pour prétexte. Sur Tair des Marseillais, une pièce circula dans le public, à propos de l'exécution de Marie-Antoinette. En voici le refrain : Vengeance, citoyens! Jurons légalité. La mort, la mort, Aux ennemis de notre liberté (3) I Après le siège meurtrier et la prise de la ville de Lyon, il fut (1) Loi du 17 septembre 1793. (2) Du 23 septembre. (3) Par des volontaires île la section de la Mon'agne. décidé qu'on placerait Tinscription suivante sur une colonne : Lyon fit la guerre à la liberté, Lyon n'est plus (1). « La liberté, dit Louis Diane, parut un mensonge le jour où on Tinvoqua, une hache à la main.

L'égalité donna le frisson, même à ses amants, quand elle fut l'égalité devant Téchafaud. La fraternité? Quelle énigme, quand on vit les hommes s'en tr'égorger en son nom ! » Quoique composée, en grande partie, de journalistes dont quelques-uns très influents, — Marat, Robespierre, Camille Desmoulins, Drissot, Carra, Gorsas, — la Convention, en mars 1793, menaça d'expulsion les députés rédigeant des feuilles ou des lettres à leurs commettants. Elle se contenta néanmoins de décréter : « Les membres de la Convention qui rédigent des journaux seront tenus d'opter entre les fonctions de député et celles de rédacteur de journal » (2). Ce décret relatif aux « feuillisles » ne reçut pas d'exécution; il fut même rapporté le 3 avril suivant. Cinquante nouveaux journaux paraissaient, pour ou contre la Révolution, d'autant plus hardis que les événements s'aggravaient.

La Convention décréta : « Quiconque sera convaincu d'avoir composé ou im primé des ouvrages ou écrits provoquant la dissolution de la représentation nationale, le rétablissement de la royauté ou de tout autre pouvoir attentatoire à la souveraineté du peuple, sera traduit au tribunal extraordinaire et puni de mort. » (3) D'ailleurs, le tribunal criminel avait déjà condamné à mort Rosoy, rédacteur de la Gazette de Paris, royaliste, puis Cazotte, collaborateur aux Folies d'un mois, journal à deux liards. La Convention punit de mort ou de six ans de fers, selon qu'il y avait eu, ou non, délit suivant la provocation, les indi- (1) Octobre 1793. (2) Décret du 14 mars 1793. (3) Décret du 31 mars 1793. vidus qui exciteraient par leurs écrits au meurtre et à la viola tion des propriétés. Elle voulait empêcher les appels aux actes sanglants, réserver à ses comités le droit de mettre hors la loi.

En conséquence des calomnies et des paniques, les groupes divers de républicains se soupçonnent, s'accusent. Les chefs de partis, sinon les dictateurs, se succèdent. Marat triomphe, et la Gironde succombe, elle qui veut la liberté par la liberté, tandis que les Montagnards veulent la liberté par la dictature, selon la remarque d'Henri Martin, et « suspendent toutes les libertés effectives dans le présent pour assurer Tavenir de la liberté. » D'autre part, un comité girondin se constitue à Caen en « Assem blée générale de résistance à Toppression » (1), — sans doute à Toppression exercée par les Montagnards. Marat est assassiné, et, successivement, Hébert et Danton détiennent la puissance effective, grâce aux sections de Paris. à la Commune, aux Jacobins. « Sous le règne d'Hébert et de Danton, dit Saint-Just, tout le monde était furieux cl farouche par peur. » Ces deux conventionnels disparaissent devant Robes pierre, qui veut qu'on « brûle » le Vieux Cordelier de Camille Desmoulins, et qui lui-même est emporté par la réaction thermidorienne, avec Saint-Just el Couthon.

II. — ESPRIT DE LA CONSTITUTION DE 1793. GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE. LES NÈGRES DES COLONIES RENDUS LIBRES. En peu de mois la guillotine, comme une autre ultima ratio, abat nombre de personnages marquants — girondins, héber tisles, dantonistes, robespierristes; — Taction anéantit les théories; la Révolution dévore ses enfants, selon les prévisions de Vergniaud. Cependant, au plus fort de la lutte des chefs de partis, la (1) Le 30 juin 1793. Constitution de 1793, présentée à Tacceptation du peuple, acceptée par lui le 10 aoùt de ladite année, reproduit, en les accentuant, les principes de la Constitution de 1791. « II importe, déclare-t-elle, que tous les citoyens ne se lais sent jamais opprimer et avilir par la tyrannie... que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur, le magistrat la règle de ses devoirs, le législateur Tob jet de sa mission. » Les droits naturels et imprescriptibles sont l'égalité, la liberté, la sûreté, la propriété.

LaloiestTexpression libre et solennelle de la volonté générale. Les peuples libres ne connaissent d'autres motifs de préférence, dans leurs élections, que les vertus et les talents. La liberté est le pouvoir qui appar tient à Thomme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'au trui : elle a pour principe la nature; pour règle, la justice; pour sauvegarde, la loi. Le droit de manifester sa pensée et ses opi nions, soil parla voie de la presse, soit de loute autre manière, le droit de s'assembler paisiblement, le libre exercice des cultes ne peuvent être interdits. La loi doit proléger la liberté pu blique et individuelle contre Toppression de ceux qui gouver nent. Que tout individu qui usurperait la souveraineté soit à Tinslant mis à mort par les hommes libres... » Comme conséquence de la souveraineté du peuple, du peuple absolu ayant succédé au roi absolu, la Constitution de 1793 abolit les deux degrés d'élection et les conditions de cens.

Elle n'exigea que Tàge de vingt et un ans. Les électeurs devaient nommer un député en raison de quarante mille individus, les assemblées primaires nommer directement les députés, et indi rectement les administrateurs au moyen de citoyens choisis et délégués par elles. En novembre 1792, la Convention offrait le secours des Fran çais à tous les peuples combattant pour recouvrer leur liberté : la Constitution de 1793 alla moins loin, et promit seulement un asile en France aux étrangers exilés de leur patrie pour cause de persécution comme libéraux. Les principes de liberté politique, contenus dans cette pre mière charte républicaine, ne suffisaient pas au législateur, qui ajouta : « Nul genre de travail, de culture, de commerce ne peut être interdit à Tindustrie des citoyens. Tout homme peut engager ses services, son temps; mais il ne peut se vendre ni être vendu : sa personne n'est pas une propriété aliénable.

La loi ne connaît point de domesticité; il ne peut exister qu'un en gagement de soins et de reconnaissance entre Thomme qui tra vaille et celui qui Temploie. La Constitution de 1793 place l'égalité avant la liberté, « ayant pour règle la justice. » Notons cette nuance, qui la fait différer de celle de 1791, et qui la rend démocratique. Les sociétés politiques, plus heureuses que les sociétés ou vrières, jouissaient de la liberté. Combien de travailleurs réqui sitionnés, devenus soldats, combattaient aux frontières! Com bien s'exaltaient dans les clubs, comme sectionnaires, comme dévoués clients de montagnards célèbres! Combien de paysans portaient Tuniforme, pendant que le maximum de la Conven tion suspendait toute activité agricole et industrielle! La Constitution de 1793 proclama la liberté du travail et du commerce, sous les réserves d'intérêt public déjà faites en 1791.

Les crises politiques, les exigences de la défense nationale contre les rois de TEurope ne permettaient pas d'accomplir le programme des vrais réformateurs, au profit des masses. Robespierre a nettement défini ce qu'on devait entendre par un gouvernement, soit révolutionnaire, soit constitutionnel : « Le but du gouvernement constitutionnel est de conserver la République; celui du gouvernement révolutionnaire est de la sonder. La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis ; la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible. Le gouvernement révolutionnaire a besoin d'une activilé extraordinaire, précisément parce qu'il est en guerre. II est soumis à des règles moins uniformes et moins rigoureuses, parce que les circonstances où il se trouve sont orageuses et LIBERTE 44 mobiles, et surtout parce qu'il est forcé à déployer sans cesse des ressources nouvelles et rapides pour des dangers nouveaux et pressants.

Le gouvernement constitutionnel s'occupe princi palement de la liberté civile, et le gouvernement révolutionnaire de la liberté publique. Sous le régime constitutionnel, il suffit presque de protéger les individus contre Tabus de la puissance publique. Sous le régime révolutionnaire, la puissance publique elle-même est obligée de se défendre contre toutes les factions qui Tattaquent. On ne peut soumettre au même régime la paix .et la guerre, la santé et la maladie... » (1) A la fin de 1793, le gouvernement était plus révolutionnaire que constitutionnel, plus entraîné par les événements que dirigé par les théories parlementaires. Un projet de loi présenté à la Convention nationale proposa la création d'un « conseil de commerce », composé de douze citoyens choisis dans les différentes places de commerce, con nus pour leur civisme et leur expérience.

La liste en aurait été approuvée par le Comité de salut public et par le comité de commerce. Ce conseil devait s'occuper de dresser des états des ressour ces de la France, de toutes les relations commerciales inté rieures et extérieures, des moyens d'étendre le commerce, d'augmenter et d'assurer les importations et les exportations, de faire prospérer les manufactures, de multiplier les moyens d'échange. Tâche immense et absolument nécessaire. Mais, le 5 octobre 1794, la Convention passa à Tordre du jour, en le motivant sur ce que la commission de commerce possédait le droit, avec Tautorisation des comités, d'appeler auprès d'elle tous les citoyens dont les connaissances spéciales pouvaient lui être nécessaires. Les chambres de commerce avaient été supprimées en sep tembre-octobre 1791. (1) Rapport à la Convention, du 25 décembre 1793.

La Convention maintint d'abord les anciens marchés; elle laissa toute liberté pour leur établissement; puis elle défendit d'en créer de nouveaux, jusqu'à ce qu'il en eût été autrement ordonné. Les foires aussi furent maintenues dans toutes les villes et tous les villages de France, sans autres empêche ments que ceux qui provenaient de Tautorité municipale, des ordres donnés par les officiers municipaux élus. Les principes de liberté sociale avaient besoin d'entrer dans les mœurs. Les domestiques, nous Tavons dit, s'appelaient des familiers; c'était tout ce qu'ils avaient obtenu de la Révolution. Les ouvriers étaient toujours dans une situation dépendante; seulement, la Constitution déclarait : « Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler. » La loi reconnaissait donc, d'une part le droit à Tassistance publique, d'autre part le droit au travail.

Les ouvriers purent croire au progrès social, à leur émancipation. La Constitution de 1793 avait été commencée par des Giron dins, parmi lesquels Pétion, Vergniaud, Gensonné, Danton et Condorcet. Elle avait été amendée, abrégée, corrigée par le Comité de salut public, qui Tavait adoptée en une seule séance. Elle était « un impromptu républicain », au dire de Héraut de Séchelles; une « table des matières », au dire de Sieyès, qui y avait mis la main au début. Ébauche improvisée, préparée et achevée dans une époque de crise effroyable, elle cherchait le salut dans la centralisation du pouvoir, dans la force du gouvernement. La Constitution de 1793 demeura lettre morte, ne fut jamais en activité. La fièvre politique, les passions de partis, les mouvements révolutionnaires purent dominer facilement, au moyen des actes, ses dispositions remarquables; à d'autres temps étaient remises les réformes qui touchaient au bien être matériel du peuple.

Ceux qui pensaient au « bonheur commun », grâce à l'égalité et à la fraternité pratiquées par tous les Français, ceux qui sondèrent la première école socialiste se trouvèrent constam ment en dehors de la légalité, nous allions dire en état de rébellion. La Convention décréta la peine de mort contre quiconque proposerait une loi agraire ou toute autre subversive des pro priétés territoriales, commerciales et industrielles (1). Comment aurait-on transformé en groupes unis et tolérants des groupes affolés de fanatisme réactionnaire ou révolutionnaire, au point de n'admettre aucune contradiction, sous peine de mort? Le comité de Lyon plaça la Montagne hors la loi, le 25 juillet 1793; le 12 août suivant, une loi ordonna Tarrestation des suspects. En octobre, il y avait 2,400 détenus dans les prisons de Paris; en mars 1794, 6,000.

De tous côtés, on ne respira que vengeance. En même temps, la Convention décrétait la liberté immédiate des nègres dans les colonies (4 février 1794); elle les admettait tous à l'usage des droits de citoyen français. Initiative géné reuse, qui engendra bien des malheurs, bien des catastrophes dans nos possessions d'outre-mer. Quoi qu'il en ait été, aux conventionnels revient l'honneur d'avoir supprimé la prime accordée pour la traite des nègres, et évaluée à deux millions cinq cent mille francs (2). Us agirent en conformité du mot célèbre : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe! » III. — SOUS LA TERREUR. LA LIBERTÉ PASSE APRÈS L'ÉGALITÉ. Au milieu des dissensions intérieures, qui aboutissaient à la peine capitale, toutes les bouches, de vainqueurs ou de vaincus, prononçaient les mots de liberté, d'égalité, de fraternité.

Le (1) Décret du 22 mars 1793. (2) Décret du 27 juillet 1793. condamné qui allait mourir entonnait parfois ce refrain républicain : Plutôt la mort que l'esclavage, C'est la devise des Français! « O Liberté! s'écriait madame Roland, que de crimes on commet en ton nom ! » Camille Desmoulins, arrivé au lieu du supplice, disait avec force : « Voilà donc la récompense réser vée au premier apôtre de la liberté. » Non seulement Camille Desmoulins avait écrit une page éloquente, souvent reproduite depuis, à propos des abus de dénonciations et des suspects (1), mais il avait écrit aussi ces phrases par lesquelles il se sépa rait des robespierristes : « On reconnaît que Tétat présent n'est pas celui de la liberté; mais on nous dit de prendre patience; que nous serons libres un jour! — Pense-t-on que la liberté, comme Tenfance, ait besoin de passer par les cris et les pleurs pour arriver à Tàge mûr?

La liberté n'a ni vieillesse ni enfance. La liberté n'est pas une actrice de TOpéra promenée avec un bonnet rouge : la liberté, c'est le bonheur, c'est la raison, c'est l'égalité, c'est la justice, c'est la Déclaration des droits de Thomme!... » (2) II demandait qu'on fît sortir des prisons les suspects. Le Vieux Cordelier était Torgane des « indulgents ». 11 proposait un « comité de clémence ». Aux Jacobins, Danton s'était interposé entre Robespierre et Camille Desmoulins, en disant aux clubisles : « Citoyens, en jugeant Desmoulins, prenez garde de porter un coup funeste à la liberté de la presse! » Danton, lui aussi, ne voulait pas tout sacrifier à l'égalité, ni continuer ce système d' « audace » à outrance, qui le fit surnommer le Mirabeau de la populace et le plaça à la tête des hommes du 2 septembre 1792, qui lui suggéra cette maxime : « En révolution, Tautorité doit appar tenir aux plus scélérats. » Puis, allant à Téchafaud, Danton comprit « qu'il entraînait Robespierre ».

(1) Le Vieux Cordelier, n° 3. (2) Le Vieux Cordelier, n° 4. L'année 1794 vit paraître La Terreur poursuivie par la liberté de la presse (1). Quelques plumes revendiquaient le droit d'op position sans risques de Temprisonnement ou de la vie. A Hébert, qui se lamentait et prétendait que « la liberté etait perdue », Ronsin répondait : « Tu ne sais ce que tu dis; la liberté ne peut périr! » Selon l' Admirai, puisque la fille Renaud (royaliste) voulait voir un tyran, elle n'avait qu'à aller à la Convention! II y en avait là de toutes les tailles. » Ce qui n'empêchait pas les robespierristes de créer des fêtes aux « Martyrs de la Liberté, à la Liberté et à TÉgalité, à la Liberté du monde. » Eux-mêmes tombèrent en invoquant la Liberté, que personne ne renia devant Téchafaud, car Tamour de la liberté était pour ainsi dire incarné dans cette génération enfiévrée.

Robespierre, à la Convention, prononça ces mots : « Nous périrons pour n'avoir pas voulu saisir un moment marqué dans l'histoire des hommes pour fonder la liberté ! » (2) Quoi que fissent les gouvernants qui obtenaient à tour de rôle la majorité parmi les conventionnels, tout, dans la vie civile et privée, inculquait aux esprits les idées libérales, faussées parfois mais toujours vivaces. Tableaux,, estampes, pièces de théâtre, livres et brochures, noms de localités, monuments, ameublements, costumes, produits industriels y contribuaient. Les images de la Liberté frappaient incessamment les regards des Français, dans les villes et les plus humbles bourgades. Une gravure religieuse, faite avant la Révolution, et intitulée Pèlerinage à Saint-Nicolas, devenait le Pèlerinage à la liberté. On plaçait en tête des lettres les mots Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort; ou bien, on mettait d'un côté Liberté, et, de l'autre, Égalité On finissait toujours les lettres par ces mots : Salut et Fraternité.

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