Preface
Le projet, d'étudier, d'écrire et de publier l'histoire d'Iivuy a été conçu et entrepris par M. l'abbè 0. Dehaisnes. Curé de cette paroisse depuis 1869, il s'est dit, il y a longtemps déjà, qu'il était de son devoir de rechercher les documents et les faits relatifs à cette histoire et de les faire connaître à la population dont le soin spirituel lui est confié. II savait d'ailleurs, en entreprenant ce travail, qu'il serait activement secondé par son frère, V auteur de cette préface, alors archiviste du département du Nord. M. l'abbè A. Bontemps, nommé vicaire d'hvuy en 1879, entra dans ces vues et s'y dévoua avec ardeur. Ensemble, unissant leurs recherches et leurs efforts dans des travaux et des entretiens de chaque jour, de i chaque instant, lorsque les fonctions de leur ministère leur en laissaient le loisir, le curé et le vicaire d'Iwuy ont produit une œuvre dans laquelle tout est commun, où il est souvent impossible de discerner la part qui revient à chacun, excepté pour les chapitres des fouilles qui sont l' œuvre spéciale de M. A .
Bontemps et pour les pages sur V organisation religieuse de la paroisse, qui a attiré plus particulièrement l 'attention, de M. 0. Dehaisnes. VI Jamais jusqu'alors personne ne s'était occupé de l'histoire d'Iivuy. Les érudits étaient d'avis qu'on ne trouverait presque pas de renseignements sur ce village et que les documents feraient défaut pour un ouvrage d'une certaine importance, d'une certaine étendue. Malgré cette opinion émise par des hommes compétents, les deux auteurs se mirent à l' œuvre; ils consacrèrent près de quatre années d'un travail assidu, opiniâtre, à faire des recherches partout où ils espéraient pouvoir rencontrer des mentions, des souvenirs, même les moins importants, concernant Iwuy. Leurs efforts ont été cou ronnês de succès ; ils ont pu produire une œuvre considérable, dont nous voudrions faire connaître les sources, le plan et l' intérêt spécial.
Les sources de l'histoire d'Iwuy sont nombreuses et de nature différente . La premiève, c'est le sol même de la commune : en l' étudiant, en le fouillant, il a été possible de déterminer sa consti tution géologique et géographique, d'y retrouver de nombreux vestiges des populations de l' époque de V âge de pierre et delapèriode gallo-romaine", d'y recueillir plus de quatre cents objets, haches et instruments divers en silex , fragments de marbres, de colonnes, de peintures murales et d'inscriptions, monnaies depuis les consuls jusqu'aux derniers empereurs, qui forment aujourd'hui un musée des antiques dans un modeste presbytère. Une autre source d'informations est provenue des dénominations de lieux-dits, des légendes et des traditions, des récits obtenus, à la suite de nombreuses questions, de la bouche des vieillards et des cultivateurs.
Ces anciens souvenirs, contrôlés avec soin, furent, à diverses reprises, le point de départ d'heureuses découvertes pour toutes les périodes de l'histoire. Les archives devaient être et ont été en effet la source principale à laquelle ont puisé les auteurs. Le dépôt communal d'Iwuy renferme deux séries de documents bien conservées : les registres de nais sance, de mariage et de décès à peu près complets depuis jusqu'à nos jours (1) et environ 2,000 actes passés devant l'éche vinage , dont le plus ancien remonte à Vannée 1385 ■ Ces registres et ces actes, qui étaient en complet désordre , ont ètè classés et analysés avec soin : ils ont fourni les noms des maires et des échevins durant plusieurs siècles, avec ceux d'un grand nombre de familles, et des documents d'un véritable intérêt. Malheureu sement, en dehors de ces deux séries , rien dans les archives communales d' Iwuy ; pas un compte, pas un registre aux délibérations antérieur à la Révolution.
C'est surtout le riche dépôt des archives départementales du Nord, qui a ètè fructueusement consulte. Le fonds de l'abbaye de Saint-Aubert de Cambrai, à laquelle appartenaient la dîme et la collation de la cure, renferme 386 registres et plus de 1,500 pièces isolées, dont le dépouillement a présenté des révélations inespérées sur le village, sur ses seigneurs, sur les principaux évènements qui s'y sont passés. Beaucoup d'utiles renseignements ont aussi été trouvés en d'autres fonds du même dépôt, ceux de la cathédrale de Cambrai, de la collégiale Saint-Géry, de la collégiale Sainte-Croix, des abbayes de Prémy. de Saint-Amand, de Notre-Dame des Près et du béguinage Sainte-Elisabeth de Valenciennes, qui possédaient des biens à Iwuy. II en a' ètè de même dans les archives hospitalières de Valenciennes et surtout dans celles de Cambrai où se conserve le fonds de l'hôpital Saint-Julien qui a fourni quelques pièces d'une haute importance.
Les archives civiles ont aussi été mises à contribution pour l'his toire d'Iwuy. Les fonds des comtes de Hainaut, des juridictions féodales et de l'inlendance à Lille et surtout à Mons en Belgique ont permis de suppléer en partie aux nombreuses lacunes des (î) Les actes de naissance , de mariage et de décès commencent en 1714 et sont complets, sauf quelques lacunes en 1792 et en 1793. archives de la commune en ce qui concerne les seigneurs , les hom mes de fief, V administration échevinale et Fêtât du village. Des renseignements analogues ont été trouvés, mais en moindre nombre, dans les archives nationales de Paris , dans le dépôt départemental du Pas-de-Calais, à Arras, dans la riche collection Cambrésienne de M. Victor Delattre, et dans les papiers conservés par plusieurs familles d'Iwuy et des environs.
Les manuscrits et les chroniques ou autres ouvrages imprimés de diverses bibliothèques publiques, notamment de Cambrai, Valen ciennes, Douai , Arras et Lille', ont servi à compléter le travail, surtout en ce qui concerne les rapports de l'histoire d'Iwuy avec V histoire de la région. II est permis d'affirmer d'une manière générale qu'aucune des sources, pouvant fournir des renseignements, n'a ètè négligée. Après avoir recueilli les documents, il fallait les mettre en œuvre. Les deux auteurs ont conçu, pour leur ouvrage, un plan tracé avec suite et unité, qui correspond aux grandes divisions de l'histoire du Hainaut et du Cambrésis , Le premier chapitre est une description géologique et géographique du sol et des eaux à Iwuy, tels qu'ils devaient être lorsque l'homme en prit possession ; V époque préhistorique et la période gallo-romaine sont étudiées , d'après les résultats des fouilles, d'après les chemins et les dénominations des lieux-dits, dans le second et le troisième chapitre.
Le quatrième est consacré à l' organisation religieuse de la paroisse d'Iivuy, question qui s'offre la première par ordre de date dans le moyen-âge. L' organisation seigneuriale et communale, qui est postérieure, fait l'óbjet du cinquième chapitre. Dans le sixième, il est parlé de ce qu'Iwuy eut à souffrir durant la guerre de Cent ans et la rivalité des ducs de Bourgogne et des rois de France et en outre de la famille seigneuriale et des faits intéressant la localité. Les deux chapitres suivants présentent l'histoire du village et de ses seigneurs durant la domination espagnole de 1526 à 1678 ; et les deux derniers, qui commencent en 1678, date du retour à la France, et se terminent en 1790, ont pour titres : « l' Administration française et les seigneurs » et « .' Eglise el le village depuis le retour à la France jusqu'à la Révolution. » (1) En tête de plusieurs des grandes périodes historiques que nous venons d'indiquer, les auteurs ont exposé des idées générales dont il n'avait guère été question jusqu'aujourd'hui dans les travaux d'intérêt local relatifs au Hainaut et au Cambrésis, telles que V organisation religieuse, les dîmes et les chapellenies, la formation des pouvoirs du « villicus »et de la commune, les droits et les devoirs des seigneurs et des hommes de fief.
Mais ils ont eu soin de ne consacrer qu'une ou deux pages et même souvent que quelques lignes à ces idées générales , qui éclairent le récit sans interrompre sa marche et son unité. C'est encore dans le but d' éviter ce qui auraitpu paraître trop long qu'ils ont étudié, dans les notes du bas des pages, diverses difficultés concernant des points de chronologie, de topographie ou de généalogie. II a paru indispensable de parler avec une certaine étendue de quelques seigneurs d'Iwuy, entre autres de Philippe de Sainte- Aldegonde, qui a joué un rôle politique très important diversement apprécié par les historiens. Dans un livre qui sera mis entre les mains des habitants d'Iwuy, il a paru nécessaire de citer tous les noms d'échevins qui ont ètè retrouvés. Ces noms ont ètè insères dans le récit par groupes, de manière à pouvoir être facilement négligés par les lecteurs qui n' auraient pas intérêt à les parcourir.
On remarquera que les notes indiquant les documents et les (\ ) Dans le tirage à part de leur ouvrage les auteurs ont ajouté deux chapitres l'un sur l'histoire d'Iwuy durant la Révolution, l'autre sur les annales de ce village au XIXe siècle. Ces chapitres ne pouvaient être insérés dans le Bulletin de la Commission historique, qui ne s'occupe que des travaux antérieurs à 1790. X ouvrages consultés sont très nombreuses et très précises. Les auteurs ont voulu en cela satisfaire aux légitimes exigences de V érudition moderne. C'est dans la même pensée qu'ils ont complété leur travail par la publication d'un grand nombre de documents inédits qui forment un véritable cartulaire d'une commune rurale et qui ont ètè repro duits d'après les originaux, sans aucune altération dans le texte, avec les i pour les], les u pour les v, etc.
Le nombre et la variété des pièces donnent à ce cartulaire un réel intérêt. Une table très développée facilite les recherches. L'ouvrage est orné de plusieurs planches, sorties des ateliers de M. P. Dujardin, de Paris, et de M. L. Danel, de Lille. Les Sociétés savantes du Nord ont apprécié le mérite de l'histoire d'Iwuy. La Société d'Emulation de Cambrai lui a décerné sa plus haute distinction dans sa séance publique du 7 novembre 1886. M. A. Durieux, secrétaire général de cette Société, auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire de Cambrai, écrivant en date du 23 octobre précèdent à l'un des auteurs pour V inviter officiellement à la séance, ajoute ces lignes qui font tout à la fois V éloge de celui qui les a reçues et de celui qui les a tracées : « L' indulgence avec laquelle » vous appréciez mes notices ne saurait nie faire oublier toutefois » combien la recherche des documents que j'ai pu employer m' a été » facile, si je la compare aux peines que vous a coûtées votre » immense travail, à la sûreté de vos indications, à l' érudition pro » fonde et aux savantes déductions qui font de vos fouilles archéo » logiques et de votre histoire d'Iwuy une œuvre remarquable, dont, » sans vanité d'aucune sorte, vous pouvez être fier (1). » La Commission historique du département du Nord a décidé que V Histoire d'Iwuy serait insérée dans son Bulletin.
Voici en (1) Lettre écrite à M. l'abbè A. Bontemps en date du 23 octobre 1886. quels termes , son vice-président , M. Van Hende , V historien lillois , a rendu compte de ce travail, au nom de la Commission : « Le tome XVIII de la Commission comprendra V Histoire d'Iwuy , » par MM . 0 . Dehaisnes et A . Bontemps . Cette publication » qui est un véritable modèle du genre, montre à quels résultats la » persévérance et le zèle pour la recherche des documents peuvent » conduire les auteurs d'histoires de communes rurales qui paraî » traient, au premier abord, n'avoir joué aucun rôle appréciable » dans le passé. L'histoire d'Iwuy débute par des données très intè > cessantes sur les populations primitives de cette localité : ce ne » sont pas des récits ne reposant sur aucune base, comme cela ■> arrive trop généralement pour les histoires des communes rura ♦ les ; c'est le résultat des fouilles entreprises dans le sol lui-même » et le résumé des découvertes faites par V auteur de ces fouilles.
Le » moyen-âge, les temps plus modernes jusqu' en 1789, n'ont pas été » moins fertiles en révélations : ici encore, rien n'a été affirmé sans » preuves et les fouilles dans les vieux documents n'ont pas été » moins fructueuses que celles opérées dans le sol. Cette importante *■ publication comprend plus de 400 pages (1). » Nous avons emprunté à d'autres les appréciations sur V Histoire d'Iwuy. II ne nous appartenait pas d'émettre une opinion sur la valeur d'un travail, auquel nous sommes loin d'avoir été étranger et dont les auteurs nous sont unis par les liens les plus étroits du sang et de l' amitié. C. DEHAISNES, Archiviste honoraire du département du Nord. Lille, le 1" Décembre 1887. (1) Communication faite à M. le Préfet du Nord en juillet 1887 et publiée dans le Rapport présenté par M. le Préfet au Conseil général, dans la session d'août 1887. Armoiries des Familles Seigneuriales d'Iwuy. HISTOIRE D'IWUY
Chapitre I
Le sol et les eaux. Le massif de pierre blanche : la craie et les nappes d'eau souterraines. — Formation de la couche de terre végétale. — L'Escaut et les ruisseaux; la ravine de Calvigny, le torrent dé TErclin. Le sol d'Iwuy est formé , comme celui de tout le Cambrésis , d'un massif de pierre blanche . dont la base repose sur la roche souter raine et dont la surface est recouverte d'une légère couche de terre végétale. L'épaisseur de ce massif, qui est de 100 mètres au château de Revelon à Crèvecœur , n'est que d'environ 15 mètres à Iwuy. En y opérant un forage, on trouve d'abord la craie ordinaire, puis une craie plus compacte et plus dure , banc très-épais de calcaire blanc , qui devient gris lorsqu'il est mouillé et qu'on appelle communément la craie marneuse ; cette seconde couche est caractérisée , au point de vue géologique , par les fossiles désignés sous le nom d'inocérames , bivalves de forme ovale dont l'extérieur est couvert de raies concen triques et que l'on trouve partout en assez grand nombre à Iwuy.
La partie inférieure de cette formation présente alternativement de la craie et des couches marneuses , dont l'imperméabilité a permis la concentration, dans ce terrain, de nappes d'eau souterraines qui alimentent les puits. Le massif de pierre blanche repose lui-même sur des roches très dures, marbres, grès, ardoises , qui sont le prolongement, sous le sol, des montagnes de l'Ardenne. II est probable qu'en continuant, le forage au-dessous de la nappe d'eau , on trouverait en outre , en certains endroits de la partie septentrionale du Cambrésis , comme cela a eu lieu à Mastaing, une roche colorée en rouge par l'oxyde de fer, com posée de galets et de schistes agglutinés , que les géologues appel lent Poudingue de Burnot et qui avoisine partout le terrain houiller franco-belge (1). Le sol d'Iwuy présente un élément de richesse dans l'exploitation des deux premières couches du massif de pierre blanche que nous venons de décrire.
La craie peu agglutinée et peu résistante de la couche supérieure peut servir à fabriquer la chaux. Lorsqu'elle forme une marne crayeuse , comme dans le territoire avoisinant Avesnes-le- Sec, elle est utilisable pour amender la terre forte en la divisant ; et lorsque la marne est grasse , comme du côté de Villers - en - Cauchie , son mélange avec la houille maigre produit un moyen de chauffage économique. Quant à la craie plus compacte de la seconde couche , elle constitue un banc assez dur pour qu'on ail pu y creuser des galeries souterraines semblables à celles qui existent dans beaucoup de localités du Cambrésis. Elle a fourni et peut fournir encore des pierres à bâtir et à sculpter , à peu près de même qualité que celles extraites des carrières d'Hordain et d'Avesnes-le-Sec. Cette exploitation est d'au tant plus facile, que le terrain crayeux se trouve en général, sur le territoire d'Iwuy, à une faible profondeur : à la cote 54, sur le chemin de Rieux, il est à peine recouvert de 50 centimètres de terre végétale.
La formation, l'épaisseur et la nature de cette légère couche végétale doivent tout spécialement appeler l'attention. Les eaux de la mer, (1) Iwuy étant situé non loin des dépôts carbonifères d'Azìncourt, Douchy, Denain et Lourcb.es, on peut croire qu'un sondage ferait rencontrer, dans le sous-sol de cette commune et de celle d'Hordain , la roche colorée en rouge dont nous venons de parler , et qu'il serait possible d'y trouver aussi des veines de houille. Mais , sans doute, ces gisements houillers, situés à la limite extrême du grand bassin et près des concessions d'Azincourt et d'Aniche , seraient, s'ils existent , peu étendus ; leurs produits ne pourraient pas suffire pour couvrir les frais que nécessiteraient la dépense première et l'exploitation. — Voy. Gosselet. Observations sur les gisements de la houille dans le département du Nord, travail publié dans les Mémoires de la Société des Sciences de Lille , année 1863, page 311. — Du même auteur, Consti tution géologique du Cambrésis , étude publiée dans es Mémoires de la Société d'Emulation de Cambrai, année 1865, page 145; et année 1873, page 475.
Nous avons mis à profit, pour les premières pages de notre ouvrage , les remarquables ravaux de M. Gosselet, mais en écartant à dessein les termes scientifiques em ployés par le savant professeur. dans les âges primitifs , ont recouvert tout le Cambrésis. Elles abandonnèrent d'abord le.s parties les plus élevées du territoire, celles qui avoisinent Villers-en -Cauchie et Avesnes-le-Sec, situées à environ 70 mètres d'altitude , puis successivement les terrains aujourd'hui adjacents à la station , qui sont à 53 mètres , et ceux de l'agglomération qui sont de 48 à 42 mètres. En se retirant, la mer laissa , sur la surface de la pierre blanche . une couche de limon et entraîna de la craie et de la marne avec du sable et des cailloux qu'elle déposa dans les bas -fonds et dans les prairies. Des eaux torrentielles , mêlées de terre, de pierres, de débris d'arbres et de plantes, envahirent bien des fois , durant la suite des âges , une partie des terrains abandonnés par la mer et y formèrent de nouvelles couches de limon, tout en enlevant , çà et là , surtout sur les pentes, des matières terreuses et crayeuses qui accrurent les alluvions des parties les plus basses du sol et des marais où l'Escaut s'étendait comme un lac.
Les plantes et les arbres naissaient, croissaient , mouraient et se reproduisaient dans ces limons , contribuant à en faire une terre végétale. Peu à peu les terres basses, qui s'étendent de l'agglomération d'Iwuy au cours actuel de l'Escaut et n'ont que 42 à 38 mètres d'altitude, devinrent des prairies. Recouvertes d'une argile noirâtre d'environ quatre mètres et d'une tourbe profonde de deux mètres, fertilisées par le voisinage du fleuve, des fontaines et des torrents, ces terres qu'on appelle les Marais et qui s'étendent sur les deux rives de TErclin, portent, lorsqu'elles sont habilement cultivées, de bonnes et fortes moissons. Elles ont formé longtemps des pâturages très appréciés dans le pays ; mais les herbes qu'on y récolte aujourd'hui passent pour être de qualité inférieure. II s'y trouvait aussi des bois et une grande quantité d'arbres : des ormes, des bois-blancs, des bouleaux, des peupliers, des saules.
L'Escaut, à présent canalisé, se divisait en plusieurs branches, qui arrosaient les prairies. En outre, de l'extrëmitéouest de l'agglo méralion jaillissent deux fontaines abondantes : la Fontainette, sortant de deux sources fécondes , coule au milieu des prés ; la grande Fontaine, alimentée par plusieurs sources bouillonnantes et large à sa naissance d'environ dix mètres, produit deux ruisseaux, dont l'un va prendre les eaux de la Fontainette à la fosse Jean-Bart et coule avec elle ; l'autre les rejoint bientôt : et ensemble ils forment le Grand Ruisseau, dont les eaux, roulant avec une grande rapidité, font tourner un moulin situé à environ 400 mètres des sources. Ces sontaines, jadis assez poissonneuses, abondent en cresson et autres plantes aquatiques. Sur leur rive droite montent des terrains très propres à la culture maraîchère, où les arbres fruitiers croissent facilement.
Les premières familles, sauvages sans doute, qui s'étaient d'abord établies sur les hauteurs', durent ne pas tarder à aller résider dans le voisinage de ces prairies et de ces ruisseaux, à l'endroit où s'élève maintenant l'agglomération . Elles y trouvaient les principales choses nécessaires à la vie : l'eau, les fruits, le bois, l'herbe pour les bestiaux. et elles n'étaient pas loin de la partie haute, où s'étendent les terres arables. L'aspect de cette partie haute, située à Test, est tout différent de celui de la partie basse. C'est une plaine légèrement ondulée, coupée de plusieurs ravins et chemins creux , sans eau , sans herbe , sans arbres et sans habitations, qui monte de 48 à 65 degrés d'altitude vers Avesnes-le-Sec et Villers-en-Cauchie. La terre végétale, formée d'un limon jaune qui se délaie facilement dans l'eau, est notablement moins épaisse que dans les marais ; elle n'offre sur les pentes que quelques centimètres d'épaisseur.
Le sol est fertile, sauf dans les endroits où la craie affleure, et propre à la culture des céréales. Plusieurs noms de lieux-dits, mentionnés dans les anciens terriers et dans le cadastre, peuvent donner une idée de l'aspect qu'offrait anciennement le territoire Ce sont ìes Combles, hauteurs, la Mon tagne, les Vaux, les Waresquais, le Marais, l'Argillère, la Sablon nière, l'Oseraie, la Rosière, le Quesne, les Fresnelles, le Bois de Robert, TEpinette, les Fontaines, le Torrent des eaux sauvages. II y a, à Iwuy, trois cours d'eau permanents : l'Escaut et les deux ruisseaux formés par les fontaines. Nous avons déjà parlé de ces ruisseaux, qui coulent parallèlement au village et vont se jeter dans l'Escaut. Ce fleuve ne fait que baigner l' extrémité occidentale du village, mais cela suffit pour le mettre en relations faciles avec toute la contrée.
Outre ces cours d'eau permanents, onvoit àlravers champs deux larges ravines, que remplissent parfois les eaux des pluies et des orages, et qui ont une grande importance au point de vue de l'agri culture et des intérêts de la commune. L'une de ces ravines, désignée sous le nom de Riot ou ruisseau de Calvigny, borne au nord le territoire d'Iwuy. Elle est formée de deux branches qui prennent nais sance près de la chaussée de Famars, l'une à Iwuy, l'autre à Avesnes le-Sec. Après la réunion des deux branches en un seul lit , le riot de Calvigny traverse les chemins des Culs-tout-nuds et de Lieu-Saint- Amand, passe sous la voie ferrée, sous la grande route , sous le chemin d'Hordain, et va se perdre dans le canal de dérivation de l'Escaut. L'autre torrent, YErclin , appelé aussi Ercline , Erqueline ou ravine d'Iwuy, coule au sud-ouest de cette localité et la sépare de Naves et de Thun-Saint-Martin, dans une partie de son cours.
Des hauteurs de Bertry, Maurois et Honnechy, élevées à environ .25 mètres au-dessus du niveau de la mer et couronnées par le bois de Gattegnies, descendent, au moment des orages et de la fonte des neiges , des eaux torrentielles qui se répandent dans la vallée , coulent en un petit ruisseau délimitant Honnechy et Maurois , et forment à Reumont le cours d'eau dit TErclin, le plus long et le plus sinueux des torrents du Cambrésis. De Reumont , il passe au milieu de Troisvilles , où il est grossi des eaux de quelques autres ravines, puis remonte au nord d'Inchy. Son altitude, au sortir de cette localité, c'est-à-dire à 7 kilomètres 500 mètres de son point de départ en ligne droite, n'est plus que de 100 mètres. II se dirige de là vers Béthencourt, où il reçoit les riots de Béthencourt, d'Audencourt et de la Couture, traverse Quiévy, continue au nord-est de Saint- Hilaire, où deux nouveaux torrents lui amènent leurs eaux , et arrose Saint-Vaast-en-Cambrésis.
A la limite de cette commune, son altitude n'est plus que de 70 mètres, ce qui lui donne depuis Inchy une pente de 30 mètres par 6 kilomètres et demi, ou 460 millimètres pour 100 mètres ; cet accroissement dans la pente à mesure que Teau s'éloigne de la source, contraire à ce qui a lieu pour la plupart des cours d'eau, contribue à augmenter, dans le temps de la crue, la vitesse du tor rent de TErclin. De Saint-Vaast, il se dirige vers Saint-Aubert où arrivent de nouvelles eaux , redescend vers le sud-ouest pour aller passer à Avesnes-lès-Aubert. et de là à Rieux, village qu'il côtoie et où il reçoit, au moment des grandes pluies, les riots de Croix et du Pont-à-Vacques. Enfin, il remonte du côté d'Iwuy, se grossit, avant d'y arriver, du Grand-Riot et du riot de Carnières ou de Notre-Dame , qui lui amènent tous les ruisseaux descendant des hauteurs de Niergnies, d'Awoingt, de Séranvillers, de Forenville, de Wam baix et de Fontaine-au-Pire, par les torrents qui passent à Carnières, à Cauroir, à Cagnoncles et à Naves.
Quand ne se produisent pas des crues subites et extraordinaires, TErclin, à cause des eaux qu'il reçoit et conduit jusqu'à son embouchure, est une cause de fertilisation pour la contrée. Mais lorsqu'il y a des pluies et des inondations , et surtout, lorsque, dans les orages de Tété, il arrive que la grêle couvre le sol et Tempêche d'absorber les eaux pluviales, les torrents, des cendant de toutes les hauteurs que nous venons de mentionner, se jettent dans le lit devenu trop étroit de TErclin; cette ravine, souvent presque à sec, se remplit à'eaux sauvages, ainsi que disent les habitants du pays, et devient un torrent impétueux, toujours gros sissant, qui se précipite avec une rapidité effrayante, portant dans les champs et les villages la ruine et la désolation. Avant que les courriers expédiés d'une localité en amont aient pu atteindre la localité en aval, Teau y arrive entraînant les produits du sol et détruisant tout sur son passage.
Rien de plus terrible que ces inondations, heureusement assez rares , de TErclin, par lesquelles ont été dévastés, à diverses reprises, Iwuy et plusieurs villages des environs (1). Voilà, au point de vue physique, le territoire que la Providence, par le travail séculaire qui s'élaborait dans les eaux et le sol, avait préparé pour les familles qui viendraient s'établir à Iwuy. En ce territoire, point de ces plaines plantureuses de la Flandre, ombragées de grands arbres ; point de ces riches prairies, de ces vergers abondants en fruits et de ces antiques forêts, où Thabitant du Hainaut laisse paître ses nombreux bestiaux ; point de ces mines de houille qui enrichissent TOstrevant et les villes de Douai et de Valenciennes ; mais un terrain sec et léger, marneux en certaines parties, et cependant fertile en céréales, s'il est travaillé et amendé ; des prairies peu étendues, mais suffisantes, si elles sont préservées de Tinondation ; un fleuve, des ruisseaux et dos torrents qu'il faut contenir à Taide de digues, mais qui arrosent les champs et les prés ; des dépôts de chaux et de craie blanche qu'il est facile d'exploiter ; un sol, qui ne peut être fécondé que par une population énergique, industrieuse et opiniâtre an travail, comme le sont encore de nos jours les habitants d'Iwuy.
(1) Dieudonné dans la Statistique du Département du Nord, publiée en 1804 , (t. I, p. 23), dit qu'en ce cas , mème en ouvrant toutes les écluses, l'Escaut ne peut contenir « toutes ces eaux, et que tout le territoire environnant se trouve alors » submergé. »
Chapitre II
Les temps préhistoriques ; la Gaule indépendante. Silex taillés et silex polis. — Le bronze et le fer. — Sépultures. — Monuments mégalithiques. — Souterrains. — Chemins. — Formes anciennes du mot Iwuy. — Les Nerviens. Aux âges lointains, aujourd'hui désignés sous le noms de temps préhistoriques, à Tépoque où les populations de nos contrées étaient encore dans un état de civilisation assez peu avancée pour ne point connaître Tusage des métaux et être réduites à se servir d'instruments, de couteaux et de haches en pierre, Iwuy était déjà habité. Nous y avons trouvé dans le sol un très grand nombre d'objets, outils et armes, en silex ou en pierre, évidemment travaillés dé main d'homme et formés soit par éclatement soit par polissage. Et cela non-seulement sur quelques points, mais dans Tensemble des quartiers qui forment le territoire de la commune.
Voici la nomenclature et la description de ces objets, avec Tindica tion exacte des sections du cadastre et des lieux où nous les avons nous-mêmes recueillis. Dans la section A (1), sur la rive droite de l'Escaut, à la hauteur du camp de César d'Estrun, au lieu dit Les grands bois, a été ramassé un petit grattoir. En remontant sur le territoire d'Hordain, perpendiculai rement à ce point de la rive, nous avons découvert, sur le côté oriental du chemin d'Iwuy à Hordain, une belle et forte pointe en silex poli, légèrement taillée à son extrémité. En descendant vers Tagglo mération d'Iwuy, du même côté du chemin, les terres circonscrites (1) Plan cadastral d'Iwuy achevé en 1829. Ce plan nous servira de guide dans le cours de cet ouvrage. par ce chemin, le riot de Calvigny, la route nationale et Pavenue du château, nous ont offert, dans les champs appelés Chemin d'Hordain, un beau grattoir et une ébauche de hache bien carac térisée, avec un petit outil, également taillé, trouvé dans une sépultuFe sur le bord du chemin d'Hordain, à l'endroit anciennement désigné sous le nom de Maladrerie.
La section B nous a fourni elle aussi des silex taillés, recueillis ça et là : d'abord un grand grattoir et plusieurs outils ébauchés ou éclats de silex marqués, dans les terres entourées par le chemin de fer, le chemin de Lieu-Saint-Amand et le riot de Calvigny. principalement sur le versant du riot, aux lieux dits Pont de Calvigny et Trou à cailloux. Dans les champs appelés les Quarante, bornés par le chemin de fer, le petit chemin d'Avesnes-le-Sec, le vieux chemin de Valenciennes, et le chemin de Lieu-Saint-Amand, ont été rencontrés un assez grand nombre de débris d'outils en silex, et de silex bruts, sur lesquels on avait enlevé des tranches, ainsi qu'un grattoir, deux belles pointes triangulaires en silex noir et une arme en silex gris, couvert d'une patine blanche, qu'on pourrait prendre pour un coup-de-poing, tant il se tient bien en main.
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