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Histoire de Cognac, Jarnac, Segonzac et d'un grand nombre de localités entre Saintes et Château-neuf, Archiac et Rouillac Pons et Saint-Jean-d'Angély, dans leurs rapports avec l'histoire générale de la France depuis les temps celtiques jusqu'à l'an 1882

Eugène Cousin · 1882 · Scanned text

181,410 words · about 12 h 42 min to read

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About this book

Author
Eugène Cousin
Language
French
Published
1882
Length
181,410 words · about 12 h 42 min
Sections
17 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (17)
  1. Front matter about 3 min
  2. Preface about 39 min
  3. Chapitre II about 17 min
  4. Chapitre III about 14 min
  5. Chapitre IV about 1 h 34 min
  6. Chapitre V about 19 min
  7. Chapitre VI , 109 about 22 min
  8. Chapitre VII about 12 min
  9. Chapitre VIII about 16 min
  10. Chapitre IX. 141 about 13 min
  11. Chapitre X about 21 min
  12. Chapitre XI about 29 min
  13. Chapitre XII. 179 about 27 min
  14. Chapitre XIII about 6 h 12 min
  15. Chapitre XIV. 425 about 10 min
  16. Chapitre XV about 31 min
  17. Epilogue about 21 min

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Front matter

HISTOIRE DE COGNAC, JARNAC, SEGONZAC ET D'UN GRAND NOMDRE DE LOCALITÉS entro SAINTES ET CHATEAUNEUF, ARCHIAC ET EOUILLAC rOKS ET SAINÏ-JEAN-B'AKGÉLY. HISTOIRE DE COGNAC, JARNAC, SEGONZAC ET D'UN GIÏAND NOMBRE DE LOCALITES cuLrc SAINTES ET CHATEAUNEUF, ARCHIAG ET ROUILLAC PONS ET SAINT-JEAN-D'ANGÉLY élans leurs RAPPORTS AVEC l'hISTOIIÌE GENERALE DE LA FRANCE DEPUIS LES TEMPS CELTIQUES jusqu'à l'an 1882. PAR L'abbé COUSIN CUIIÉ DE M E n P I N S , MEMBRE DES SOCIÉTÉS HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE DE L'aUMS ET DE LA SAINTONGE ENFANT DU TAYS. BORDEAUX IMPRIMERIE G. GOUNOUILHOU II, RUE G U I R A U D E , II 1882 (Reproduction interdite. — Propriété de f Auteur. I PRÉFACE « II serait honteux à un prince, disait jadis Bossuet au fils de Louis XIV, d'ignorer l'histoire, qui est la maîtresse de la vie humaine. » Nous pouvons bien ajouter, après ce grand homme, qu'il serait surtout honteux d'ignorer l'histoire de son pays natal, non seule ment à un prince, mais à quiconque est appelé h participer par son suffrage, par son influence ou par ses fonctions, aux affaires publiques.

Or, si d'un côté il n'est rien de plus louable qu'une telle étude, de l'autre il n'est encore de nos jours, certes, rien de moins facile, tant à cause de la disette d'ouvrages de ce genre qu'à raison de la difficulté d'aller recueillir cet enseignement dans les bibliothèques publiques, dans les in-folios et dans les archives poudreuses où il se trouve souvent éparpillé, presque toujours enfoui. De là vient que si l'histoire générale est à la portée de tous, on peut dire que, à l'exception d'un tout petit nombre d'hommes voués par état ou par goût à ces austères études, presque tout le monde ignore l'histoire locale. Et cependant, on ne saurait tenir ni pour indifférente ni pour étrangère la connaissance de ce qui s'est passé dans notre pays, de ce que nos pères ont fait ou ont souffert pour nous transmettre le produit de leurs travaux, de leur gloire ou de leurs vertus.

Que si, par hasard, ce patrimoine, cet héritage de nos pères nous avait été ravi, combien ne devrions-nous pas être jaloux de le revendiquer! A bien prendre, en effet, n'est-ce pas là comme une dot inaliénable, qui nous revient naturellement et pour tout dire d'un mot, comme une portion de la patrie qu'ils nous ont léguée avec leur sang et leur nom? VI HISTOIRE DE COOXAO, JARN'AC, SEGONZAC, ETC. Ces traditions glorieuses se font jour à tout instant dans la suite des âges chez nos ancêtres les plus rapprochés de nous à l'égard de ceux quiles ont précédés : tant est étroite la solidarité qui unit entre elles les générations. Nous aurons bien des fois occasion de le montrer. Est-il besoin d'ajouter que l'intérêt s'étend et se communique, à mesure que l'on creuse davantage dans ce fond intime de la vie, des mœurs et des relations de nos ancêtres sur tous les points où s'est exercée leur activité, religieuse, guerrière, intellectuelle, commerciale, industrielle, agricole ou politique?

Preface

. VII la raison d'être de ses coutumes, de ses institutions et de ses lois, aussi bien que de mille détails qui se recommandent à la patiente et sagace attention de lhistorien, nous avons dû étudier avec le plus grand soin cette compénétration réciproque. En effet, outre que les plus importants événements de l'histoire nationale servent de jalons ou de phares à quiconque s'essaie à écrire l'histoire locale, ce perpétuel synchronisme ouvre un champ plus vaste, plus moral, plus fécond à toutes les hautes inspirations, en même temps qu'il fournit matière aux réflexions sérieuses. Quel que soit le jugement qu'on en porte, un livre est une œuvre. Un bon livre est celui qui nous rend meilleur, qui nous apprend à bien penser et à bien vivre. Un bon livre est celui qu'un jeune homme désireux de s'instruire feuillette avec ardeur, que le vieillard médite au coin de son foyer et dont la famille réunie aime à faire l'objet de son grave entretien.

Écrire un tel livre, ce n'est pas seulement propager la lumière, c'est étendre et consolider le règne du bien, contribuer à sa prépondérance, relever riiumble et le pauvre de l'abjection, glorifier l'autorité vraiment digne de ce nom, et, par contre, faire frémir la tyrannie, sous quelques dehors spécieux qu'elle se déguise, d'un courroux fort heureusement aussi insensé qu'impuissant. Si l'on sent donc vibrer dans ces pages une foi sincère et profonde, une conviction généreuse et éprouvée, que l'on veuille bien songer qu'elle est inspirée par l'amour de la patrie, et de celle qui nous attend et' de celle qui nous a vus naître. Oh! la patrie! Là sont nos premiers souvenirs, souvenirs si pleins de charme jusqu'en nos derniers ans! Terre qui nourris ou qui recouvres dans leur dernier sommeil nos parents, les compagnons de nos premiers jeux, nos plus fidèles et plus dévoués amis, je te salue!

C'est sur ton sol chéri que se parle l'idiome dans lequel un bon père, une tendre mère consolèrent nos premiers chagrins et nous apprirent à bégayer le nom du Père qui est dans les cieux. Quant au style en lui-même, qu'en dirons-nous? C'est que la parole ayant été donnée à l'homme, non pour déguiser sa pensée, comme le voulait le trop célèbre Talleyrand, mais pour la mettre à la portée de tous, l'historien consciencieux ne doit avoir rien de plus à cœur que d'être compris. Jadis le conquérant macédonien qui avait adressé des documents considérables pour l'histoire au célèbre Aristote, son ancien précepteur, appréhendait avec une jalousie puérile que la science ne devînt trop accessible au vul gaire; mais le philosophe courtisan lui répondit que ses ouvrages étaient écrits avec assez d'obscurité et de subtilité pour que la science demeurât toujours le privilège d'un très petit nombre.

C'est exactement le contraire que nous avons eu en vue, nous appropriant, autant que nos forces peuvent nous le permettre, cette belle .parole de François Arago : « La clarté étant la politesse de ceux qui parlent en public, je ferai tous mes efforts pour que vous ne me trouviez pas impoli. » Aussi bien, nous adressant principalement à cette classe dont les loisirs sont rares et les travaux incessants, nous garderons-nous bien d'oublier que si la sobriété est la seconde qualité du style, la clarté reste toujours la première, et que, partant, il faut beaucoup moins supposer les connaissances chez les lecteurs que les remémorer. D'ailleurs n'a-t-on pas dit que ce qui n'est pas clair n'est pas français? Cet ouvrage se divise naturellement en trois parties. Dans la première, nous traitons de ce pays durant la période celtique, sous la conquête romaine et sous la conquête franque, jusqu'aux jours où une nouvelle conquête — la conquête féodale — apparaît, tantôt tutélaire, tantôt grandiose, tantôt menaçante; dans la seconde (qui dure depuis le ix" siècle jusqu'à la fin du xvme), nous montrons à la vive lumière des faits et de la législation, la vérité sur cette époque si tourmentée et pourtant si peu connue de notre histoire locale; dans la troisième, qui n'est ni la moins délicate ni la moins intéressante de notre travail, nous embrassons la période contemporaine depuis 1789 jusqu'à l'iîcure présente.

HISTOIRE l'E COGNAC, JARNAC, SEGONZAC ET D'UN GRAND NOMBRE DE LOCALITÉS. PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE PREMIER Description ethnographique, géographique el géologique île Cognac, Merpins, Salles et Génie1. — Arl Je la castramélation chez les anciens peuples. — Description iles camps romains en général, et en particulier de ceux île Merpins, de Salles et de Sainte-Sévère. — Division des tribus gauloises de ce pays en Arrivos, Santonos, Sani et Doci. — Caractère des Gaulois en général. — Religion des anciens Celles. — Religion, lois, lettres, arts et sciences du druidisme conquérant. — Petit glossaire de la langue celtique. — Monuments de l'àge de pierre (archéolilhique et néolithique), de Page de bronze et de l'âge de fer.— Considérations particulières sur les tumu i el sur le dolmen de Saint-Fort.

Le pays dont nous entreprenons d'écrire l'histoire s'étend sur les deux rives de la Charente, depuis Saintes jusqu'à Chàteauneuf. II est borné au nord par les hauteurs de Rouillac, les vallées de Burie et de Matha; au sud, par le chef-lieu de l'ancien marquisat d'Archiac et par la ville des sires de Pons. II comprend plus de soixante communes convergeant pour la plupart vers Cognac, la métropole du commerce des eaux-de-vie, ou vers Jarnac, généreuse émule de la première et dont les fastes ne sont pas moins connus du monde lettré. Sur cet espace d'une soixantaine de kilomètres carrés se sont accomplis des événements de tout genre qu'il est bon de retracer pour l'honneur de nos. ancêtres et l'instruction de-nos descendants. Aussi bien, c'est le regard fixé vers ce double objectif, les ancêtres et la postérité, que nous abordons notre sujet, d'après le mot célèbre du patriote breton : Majores et posteras cogitate.

Au fond d'une plaine unie et sur les rives du fleuve paisible que le roi Henri IV se plaisait à nommer 1í plus beau ruisseau de son royaume, s'élève le Cognac moderne, si célèbre dans le monde entier. Sillonné depuis une vingtaine d'années à peine par la voie ferrée, il tend à occuper le versant est du plateau, et il y a réussi à tel point que des touristes n'ont pas manqué de dire qu'il est établi sur une éminence. Pourtant l'ancienne ville, toujours la plus importante par son commerce et ses monuments, habite aux bords de la Charente et dans l'endroit où le fleuve est assez encaissé. Soit que l'on s'élève au nord, soit que l'on se porte vers l'ouest ou vers le sud, on peut voir se dérouler un panorama splendide. Cognac apparaît avec ses maisons neuves, la flèche de son clocher qui domine toute la cité, son collège, sa sous-préfecture et son palais-de-justice voisins l'un de l'autre, et, au fond du tableau, les belles prairies d'où se détache en un ruban d'argent ce fleuve chanté par les poètes.

Innumeros populi non unquam exhaustus ad usus. Quid memorem insignein Baccho, stagnoque, virisque Irigeniisque hominum patriam et Mavorte feroci? Hinc celer exteraas currit merjator ad oras, Atque oaerat loagas lig*no, vino et sale íintres, — CHAPITRE PREMIER. 3 Ostenditque redux populo saccharumque, piprrqne, Stannum et quidípiid humants usibtts orbis Semotus fundit. Illic clementia cœli Mitis, et irrigua: larga indu'gentia terne. Cognac, ainsi nommé par l'iiabitant lui-même, Est assis aux confins du duché d'Angoulême. Là, sorti des Valois, naquit François premier, Dont sur nous, aujourd'hui, règne encore l'héritier. Du golfe des Santons rejetée eu arrière-, De son flot remontant la Charente l'enserre; Puis tantôt dans la plaine et tantôt près d'un mont, Le fleuve ombragé, clair, poissonneux et profond, Serpente jusqu'aux lieux où sa course rapide Aux sels de l'Océan mêle son eau limpide.

On voit dans son enceinte un auguste palais, D3S champs verts tout autour, plus loin des bois épais, Où vivent à l'abri de leur voûte profonde Le cerf aux pieds légers, lc sanglier qui gronde. Sous les murs du château, rer-ue cn un canal, Une source épanchant ses gerbes de cristal Fournit incessamment, onde pure et tranquille, Aux besoins si divers des hôtes de la ville. On admire un étang dans ce pays des arts Non moins cher à Bacchus qu'aux favoris de Mars. Qu'ajoutcrai-je encore? Sur sa longue galère, C'est là que l'étranger pour un autre hémisphère Charge le vin, le sel et les bois d'alentour; Là qu'aux regards du peuple il étale, au retour, Poivre, étain, sucre, et tout ce qu'une autre nature Pour les besoins de l'iiomme enfante avec usure. Là les cieux sont toujours propices, caressants, Et le sol, arrosé, splendide en ses présents.

(Traduction de M. Giraudias, de Saintes, en 18(51 ) Bien que l'origine de Cognic soit fort ancienne, le petit pays appelé Merpins paraît l'avoir précédé dans la nuit des temps. On parvient à Merpins en suivant le faubourg Saint-Martin et en avançant vers l'Ouest, parallèlement à la Charente. Du haut de la route, l'ceil domine et côtoie sans c?sse un horizon de verdure au fond duquel se déroule le fleuve dont le. cours paisible, disait jadis César, semble presque immobile. A la première côte, nous rencontrons Montignac, dont le nom indique l' élévation abrupte, et plus loin nous arrivons au confluent du Né avec la Charente, sur une éminence qui domine les anciens marais, aujourd'hui trans formés, et la chaussée dénommée en langue celtique Peyrat, nom qu'elle retient toujours. Ingénieux, dans leur langue imagée, à désigner les lieux d'après les produits ou le site, les Celtes avaient appelé celui-ci Marpep ou Marpen, nom auquel les Romains de la conquête avaient substitué celui de Condate, analogue au premier et qui signifie petit cap ou promontoire qui s'avance aux milieu des flots.

Parmi les hauteurs rivales de celle-ci, pas une qui réunît autant d'avantag*es dans les temps anciens. Aussi les Romains y avaient-ils fait passer une route stratégique de la plus haute importance. C'est du moins ce que nous apprend Strabon, géographe grec des plus estimés. Parlant de l' ancienne Gaule et de la contrée d'Aquitaine, il signale parmi les routes tracées par les conquérants, celle qu'Agrippa, gendre de l'empereur Auguste, fit construire de Lyon à travers les Cévennes et qui se prolongeait jusque chez les Santons. Sans entrer dans la discussion que soulèvent parmi les érudits des textes plus ou moins précis, on ne peut s'empêcher de reconnaître la voie indiquée rien qu'à la solidité de ses substructions, capables, comme les autres travaux du peuple-roi, de défier les siècles. II ne faut pourtant pas se méprendre au point de croire que Merpins ou Condate fut la seule station de ce nom dans les Gaules.

Comme tous les noms génériques, il S3 retrouve fréquemment; mais l'on ne peut disconvenir que celui-ci ne fût de beaucoup le plus célèbre; cela tenait surtout à sa situation voisine de la capitale des Santons — Mediolano-Santonicorum ou, par abréviation, Mediolano-Sanco, littéralement la Milan des Santons, en souvenir d'une autre fondée par les Celtes dans une de leurs incursions ou expéditions en Italie. A quelle époque remonte précisément rétablissement de ladite voie romaine? D'après Eutrope, ce serait vers l'an 712 de Rome. c'est-à-dire une quarantaine d'années avant J.-C. C'est du moins l'époque où Marcus Agrippa se signalait déjà par des victoires en Aquitaine. Ce chemin, resté célèbre dans le pays sous le nom de chemin Boisne, ou Boisné, voie bovine, ne serait en réalité qu'une voie bornée (Via Bo'iana, en patois de la langue d'oc, Boïna — probablement par analogie au nom des Boïens, peuple de l'Italie, et à cause des bornes milliaires qu'il y avait sur son parcours); ce chemin est toujours attribué aux Romains et se confond presque. avec nos premières origines.

Mais ce qui achevait de donner à la voie romaine son importance, c'étaient le camp romain et la CHAPITRE PREMIER. 5 villa ou mansion dont des vestiges de toute nature ont confirmé, l'existeuce. Solidement établis sur un point, Romains ou Gaulois, dans ce duel à mort qu'ils se livrèrent au temps de César, devaient naturellement chercher l'appui de stations rapprochées. C'est ainsi que nous voyons encore dans le voisinage de la rivière du Né et de la Soloire, à Salles et à Sainte-Sévère, des vestiges plus ou moins considérables de deux autres camps romains. Salles est le siège d'une ancienne baronnie dépendant, au moyen âge, du comté d'Angoulême sous des chefs particuliers, de même que Merpins et Cognac ou Coingnac. Des hauteurs de Merpins, on aperçoit les hauteurs qui dominent la vallée de la Champagne, vallée naguère ornée comme Merpins, Salles et tout ce pays, de plantureux vignobles, et d'où plonge le regard dans une vallée peu encaissée, où commencent une suite de prairies qui aboutissent à la modeste rivière de la Renorville, un des petits affluents du Né.

Celui-ci prend sa source au-dessus de Barbezieux et a une longueur de 70 kilomètres, quand il ss jette dans la Charente au-dessous de Merpins. De l'éminence dite de Saint-Jacques, on aperçoit les pre mières maisons de la commune de Salles, et l'on distingue l'église paroissiale, dont le clocher massif, à un seul étage, ne laisse pas que de frapper l'œil de l'observateur. Dans les plis de ce sol ondulé où vallées, collines et plateaux se succèdent à chaque pas, s'est établie dans la suite des temps une commune rurale dont la richesse était naguère passée en proverbe dans le pays. La Renorville, dont le nom signifie cours tortueux, va de l'est à l'ouest. Le Né enceint d'un demi-cercle le territoire sallien. en même temps qu'il sert de limite respective aux départements de la Charente et de la Charente-Inférieure.

C'est au centre de cette seconde vallée que se trouve l'ancienne commanderie d'Angles, jadis soumise à la juridiction des Templiers. Une église, des moulins situés sur le Né. indiquent l'importance dont jouissait autrefois ce petit pays, toujours habité, selon la tradition, par un peuple généreux mais opiniâtre. En suivant la circonférence du cercle, on rencontre d'autres villages industrieux et d'autres moulins sur le béai du Né, soit au lieu d'Angles, de Guélin, du Chiron, etc., qui ont été le théâtre de plus d'un épisode fameux dans notre histoire locale. Genté, sièg*e d'une ancienne baronnie unie à Salles, semble occuper un versant opposé à celui de Salles, et tout adossé à l'énorme coteau qui s'étend des hauteurs voisines de Treillis, OOOXAU, JAUKAO, B3ÇKHÎ25ÁS0, ETCf. 6 hameau le plus au nord de la commune de Salles, jusque dans le voisinage de Roissac, dont il sera fait mention plus d'une fois dans le cours de notre récit.

Ainsi, au lieu que Salles paraît prendre plaisir à s'étaler au sud. Genté semble regarder au nord. Du reste C23 communes, à l'exception de certains accidents de terrain propres à Salles, offrent le même sol composé de calcaire et de terre noire, sèche et friable. Dans la stratifié it ion primitive, alors que le globe, tournant rapi dement autour de son axe, tendait à prendre sa forme sphéroïdale et solide, il est aisé de reconnaître que depuis la vallée de Saint Sulpice jusqu'à celle d'Archiac, en particulier, tous les courants les plus impétueux se sont dirigés vers la mer, et à peu près parallèlement au seul qui les ait absorbés finalement, c'est-à-dire la Charente. On rencontre à peu près partout, souvent à fleur de terre, une couche de moellons de plusieurs mètres d'épaisseur, et qui offre un terrain admirablement propre à la vigne, mais beaucoup moins favorable aux diverses céréales.

Dans les couches supérieures, on ne voit guère ni sable ni argile, mais partout une terre sèche et très perméable. A une profondeur de 20 ou 30 mètres, suivant les alti tudes, on trouve des couches de roches plus ou moins dures, mais on constate rarement la présence du caillou, sauf un gisement qu'on a découvert au village de Chez-Tars, commune de Genté. La craie, la marne, le schiste, le quartz y sont à peu près inconnus. Les amateurs du précieux liquide connu sous le nom d'eau-de-vie attribuent à cette circonstance de la nature du sous-sol la supériorité des produits provenant de ces sortes de terrains sur celui où il présente une composition différente. A Salles, presque point de hameau qui n'ait sa fontaine, dont l'écoulement forme un petit ruisseau et comme une petite oasis pleine de grâce et de fraîcheur invitant durant l'été au repos et à la méditation de tout temps chers auxpromeneurs.

On cite surtout celle des Pruneaux, celles des Bouraud et des Vallades. Mais aucune n'égale en importance celle de Genté. Tombant d'un rocher élevé de plus de vingt mètres, ses eaux, limpides comme le cristal, sont reçues dans des bassins ou réservoirs en pierre et se perdent aussitôt sans former de courant. Le bourg de Genté, couronné de hauteurs desquelles la vue s'étend au nord l'espace de plusieurs lieues, est bien bâti et reflète l'aisance répandue jusqu'en ces dernières années parmi la population. D'ailleurs, il en est ainsi de tous ses hameaux jusqu'au fond de la plaine voisine de Cognac. EREMlisBB EARTIE. — CHAPITRE PREMIER, 7 I! n'est pas rare que l'étymologie d'un nom ne soit intéressante à plusieurs égards et ne permette souvent des inductions avantageuses à l'histoire et à la philosophie.

Ce que nous avons dit de Merpins ou Condate, en particulier, nous autorise à pousser nos investigations plus avant. Remarquons l'air de parenté qui trouve entre le mot Salles et solique, plein d'une signification belliqueuse dans la langue des anciens Francs. Terre salique ou féodale avait le même sens que fief mâle, à l'héritage duquel les femmes n'arrivaient pas, à cause de la prestation du service militaire qu'il emportait de plein droit. Nous trouvons cette tradition en vigueur dans toute l'Allemagne du moyen âge, si bien qu'un seigneur détenteur d'un tel fief nc pouvait le laisser en héritage à sa fille unique. Après sa mort, il rentrait dans le domaine de la couronne et se donnait en récompense, quelquefois avec la main de l'héritière, à un preux que le prince voulait gratifier ou honorer.

Quant à Genté, une légende populaire dont l'origine est inconnue voudrait que ce nom, opposé dans la langue religieuse à celui de croyant ou de bon fidèle, eût été donné à ces peuplades par le premier apôtre des Santons, comme pour marquer leur indocilité à recevoir et à garder renseignement chrétien. Un penchant trop prononcé pour les plaisirs et un scepticisme revêche ou moqueur, voilà ce qui aurait motivé cette appellation. Quoi qu'il en soit de ces conjectures, nous pensons que si le mot Gentum a quelque valeur étymologique, il le doit plutôt à sa situation topographique et aux habitations construites sur le versant exposé au nord. Le langage usuel des anciens peuples s'imprégnait lui-même d'une couleur sombre ou énergique, tellement qu'un surnom donné quelquefois comme un titre honorifique, remplaçait peu à peu le nom ordinaire.

Telles surent les expressions de Brenn, Brennus employées d'abord chez les Gaulois pour désigmer le général en chef et dont les Allemands ont fait le verbe brûler, Breuner, saccageur et brûleur de villes; Poliorcète, chez les Grecs; puis chez les aulrcs peuples, Josué, Moïse, Vergobret. Vercingétorix^ noms anciens qui tous ont réellement dû à une circonstance caractéristique de devenir le nom propre d'un personnage fameux. Ce qui confirmerait notre hypothèse, c'est la fréquence du nom de Salles, en France et en Allemagne, partout en un mot où les Germains ont séjourné. On ne compte pas moins de quatre endroits de ce nom dans la Charente : l'un auprès de Barbezieux, l'autre joignant Yillefagnan, l'autre auprès de La Valette, et celui qui nous occupe en ce moment. Ce SEGOKZAC, ETC. 8 qui achèverait de rendre encore plus plausible notre hypothèse, ca serait l'induction qui permet de regarder les Francs, héritiers de la domination romaine dans la Gaule, comme attentifs à s'emparer des moyens organisés par celle-ci dans le but de garder et de préserver leur conquête de toute attaque du dehors.

Au nombre de ces moyens, nul ne contestera que cette imposition d'un nom d'abord et ensuite le choix d'un emplacement avantageux, tels que devaient l'ètre les camps jadis construits par les Romains, ne tinssent le premier rang. L'art de la castramétation ou d'asseoir un camp était remarquable chez les anciens peuples; il semble donc à propos d'analyser ce qui a été dit par les plus graves historiens sur cette matière: Le grec Polybe, qui avait une connaissance complète de l'organisation militaire des Romains, nous a laissé une description détaillée de leur camp, en déclarant que rien n'est aussi bien conçu, aussi digne d'admiration, et il ajoute que les règles adoptées à ce sujet étaient invariables. Dès l'époque de Pyrrhus, l'aventureux roi d'Épire, qui venait leur disputer la Sicile, les ingénieurs romains étaient réputés très habiles.

Paul Emile, l'un des plus grands généraux des Romains, renonça pendant la guerre de Macédoine à une occasion qui semblait se présenter de battre Persée, parce que son camp n'était pas terminé. Aux reproches qu'on lui faisait : « Nos ancêtres, dit-il, ne s'expo saient jamais aux chances d'un combat sans avoir d'abord établi leur camp, et avoir pris toutes les précautions nécessaires à sa sûreté. Les camps sont utiles au vainqueur pour se reposer et se réorganiser; ils sont un refuge pour le vaincu...» Celui qui sut tirer le meilleur parti de cet avantage fut certainement Fabius le Temporiseur. Les Romains ne négligeaient pas les positions naturellement favorables (comme à Salles et à Merpins), mais ils tenaient avant tout à une installation régulière. Si cette régularité ne pouvait être obtenue sur les éminences placées à leur portée, ils n'hésitaient pas à camper en plaine (comme à Sainte-Sévère); en un mot, au lieu de se subordonner à la nature du terrain, ils appropriaient celui-ci à leurs besoins.

Dès que le chef de l'armée avait trouvé ce qu'il faut dans tous les cas : l'eau et le bois, il pouvait faire élever les retranchements, mettre ainsi à couvert ses approvisionnements et ses malades, etc. Les Romains avaient adopté la forme rectangulaire, parce que les PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER. 9 parties de retranchement en ligne droite sont plus solides, plus faciles à exécuter, et par conséquent plus rapidement établies. En outre, parmi tous les rectangles, ils avaient choisi le carré, qui offre un avantage tout particulier : en effet, on peut prouver mathéma tiquement que la somme des côtés d'un rectangle étant donnée, la plus grande surface embrassée par les côtés sera obtenue si l'on donne au rectangle la forme d'un carré; donc, en adoptant cette forme, les Romains n'avaient à exécuter que le minimum de longueur de retranchement pour obtenir la protection du terrain qui leur était nécessaire, et par conséquent diminuaient le travail.

Tout le camp était entouré d'un retranchement (vallum) séparé de la campagne par un fossé et composé d'un terrassement (ager) que couronnait une enceinte de palissades (valli, sudes, pâli). On pénétrait dans l'ouvrage par quatre portes sur chacun des côtés du camp et défendues ordinairement par de petits forts extérieurs; celle qui regardait l'ennemi se nommait la porte prétorienne ou extraordinaire; elle était opposée à la porte décumane. Les portes latérales s'appelaient porte principale droite et porte principale gauche. Par quelque porte que l'on entrât, on rencon trait un chemin de ceinture destiné à recevoir les bagages et les prisonniers. Après ce chemin venait le camp proprement dit, lequel était divisé en quatre parties par de larges rues qui se trouvaient à angle droit et allaient, l'une, la rue ou via principalis, de la porte principale droite à la porte principale gauche, et l'autre de la porte décumane à la porte prétorienne.

La portion du camp comprise entre la rue principale et la porte prétorienne était la partie haute du camp (pars castrorum superior), tandis que l'autre section en était la partie basse (pars castrorum inferior). Une armée romaine campant toujours dans son ordre de marche, on trouvait d'abord en entrant dans le camp par la porte prétorienne, après avoir franchi le chemin de ceinture, divers corps d'alliés servant d'avant-garde et deux espiaces réservés aux envoyés des peuples amis et aux députés étrangers. Venait ensuite le prétoire (prœtorium) ou logement du général, ayant à sa droite celui de son lieutenant (legalus) et le marché ou forum du camp, et à sa gauche la tente de l'offlcier payeur (quœstorium) et l'arsenal. Un peu en arrière, se déployaient, sur une ligne qui bordait la voie principale, les tentes des tribuns et des commandants des troupes alliées.

La partie basse du camp, dans laquelle on entrait alors, renfermait les légions et le reste des corps alliés. L'espace qui leur était destiné se partageait o en six colonnes, séparées perpendiculairement à la voie principale par cinq rues et, dans le sens de cette même voie, par une rue dite voie quintane, parce qu'elle était tracée après la cinquième cohorte. La cavalerie se tenait au milieu du camp, sous la protection de l'infanterie : du reste, elle ne pouvait être employée ni à l'édifi cation des retranchements, ni à leur garde, ni à leur défense : elle se bornait à exécuter des sorties quand les circonstances le permettaient. Polybe veut que la forme carrée donnée au camp fût la repré sentation de leurs villes. C'est ainsi que les Grecs et surtout les Lacédémoniens, dont les villes étaient d'ordinaire construites en forme ovale, se plaisaient à donner à leurs camps la forme circulaire, comme Lycurgue Pavait ordonné par ses lois.

Les Romains avaient la précaution de fortifier leurs camps plus ou moins, selon le séjour qu'ils avaient à y faire. Ne faisaient-ils que passer, ils dressaient à la hâte des camps appelés subi ta, temporanea, tumultuaria castra, mais fort sûrs quand même, envi ronnés qu'ils étaient de fossés larges et profonds et d'une levée de terre ou rempart bien palissade. Tout cela se faisait avec une diligence extrême, chaque soldat se mettant à l'ouvrage à mesure qu'il arrivait à son poste. Voulaient-ils, au contraire, rester longtemps au même lieu, ils construisaient des camps fixes (castra stativa) qu'ils entouraient de retranchements solides, de fossés très larges et très profonds. Les retranchements étaient formés de petites levées de terre, soutenues et raffermies par des pieux et des branches d'arbres entrelacées; ils étaient revêtus des deux côtés de monceaux de terre couverte de gazon, qui avaient chacun un pied et demi d'épaisseur sur autant de largeur, et un pied seulement de longueur.

Ces matériaux, rangés par assises égales, étaient disposés avec tant d'ordre et de symétrie, que les monuments qui les représentent ont parfois trompé les antiquaires, qui les ont pris pour une véritable maçonnerie. L'industrie des Romains pour placer et réunir ces gazons était telle que leur travail pouvait résister aux plus grands efforts, et qu'Ambiorix les trouva impénétrables quand il vint attaquer le camp de César. Ce fut le salut des légions. Quelquefois les Romains construisaient six tours séparées par une muraille intermédiaire dans laquelle était percée une poterne. On en trouve un exemple à Tolga, dans la province de Constantine. Un savant antiquaire, M. Mège, prétend que le nombre des camps était très grand le long des voies romaines. « Ces postes, ces PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER. 11 camps, dit-il, servaient à protéger le parcours de ces voies; ils étaient en grand nombre et situés presque toujours aux points où la route entrait dans un défilé.

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