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Monographie de la commune de Saint-Loubès, département de la Gironde

A. de Comet · 1869 · Scanned text

223,277 words · about 15 h 38 min to read

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Author
A. de Comet
Language
French
Published
1869
Length
223,277 words · about 15 h 38 min
Sections
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MONOGRAPHIE DE LA COMMUNE DE SAINT-LOUBÈS MONOGRAPHIE DE LA COMMUNE DE SAINT-LOUBÈS (département de la gironde) PAlt M. A. DE COMET « Des monographies étudiées avec soin me paraissent le moyen le plus sûr de faire faire à l'histoire de véritables progrès. » (Guizot, Histoire de lo. civilisation en France.) BORDEAUX IMPRIMERIE G. GOUNOUILHOD 11, RUE OUIR AUDE, II DÉDIÉ A LA SOCIÉTÉ DES ARCHIVES HISTORIQUES DU DÉPARTEMENT DE LA GIRONDE b. PRÉFACE Quel titre donner à mon œuvre? L'histoire qui traite des intérêts du monde, si ce n'est d'une nation, et même d'une province, ne saurait être res treinte aux limites étroites d'une commune rurale. La chronique veut la production de faits exposés dans l'ordre chronologique à la curiosité du lecteur. Pour atteindre ce résultat, il faut pouvoir fouiller dans des matériaux déjà préparés; y porter l'ordre et la clarté, est la mission du chroniqueur.

Ce n'est pas dans ces conditions que j'étais posé lorsque la pensée me vint de faire quelques recherches relatives à la commune de Saint-Loubès. Je cédais à un sentiment de cu riosité; plus j'avançais dans mes explorations, plus facile ment j'admettais qu'en notant mes recherches je travaillerais peut-être à une œuvre d'intérêt général. Lorsque, à tort ou à raison, je crus à Futilité du travail, je le poursuivis avec persévérance, sans admettre qu'il pût être complet. J'ai cependant touché à bien des intérêts ; j'ai recueilli des documents que l'impression peut conserver, et qui disparaissent tôt ou tard des archives les mieux soignées; j'ai tâché de fixer des souvenirs que la tradition ne conserve

Preface

. pas indéfiniment; j'ai porté l'attention de notre population sur les traces du passé de notre commune; j'ai parcouru un assez grand cercle, en laissant, néanmoins, bien des lacunes; mais c'est protégé par l'intérêt local que je livre à l'indul gence de mes concitoyens la Monographie de la commune de Saint-Loubès. Je n'exagère pas le mérite de l'œuvre. Je reconnais que pour tout étranger à ma commune, il est d'un minime intérêt de connaître , par exemple , l'origine et le mode de gestion de ses communaux, le classement de ses terres, la nature et la qualité de ses produits, et quelles sont les populations qui ont précédemment foulé son territoire. Cependant, si dans chaque localité les faits contemporains eussent été consignés dans des notes épargnées par le temps, que d'obscurités historiques on pourrait éclaircir.

Sans avoir la prétention de donner des matériaux à l'histoire, on peut en core, du pied de son clocher, fournir peut-être quelques lignes à la postérité. L'histoire ne se résume pas dans l'avé nement des dynasties et la chute des trônes, dans les vic toires et les défaites qui grandissent et abaissent les nations. De ces grands intérêts, il faut descendre à ceux des provinces, qui ont aussi une histoire qui leur est propre, et qui captive peut-être plus vivement encore les populations. Les éléments de cette histoire sont, à tous les points de vue, dans chaque localité du territoire. Ainsi, telle localité qui prouve que là fut un temple romain, que là fut plantée la première croix, que là fut le tombeau de Talbot, a travaillé pour la pos térité, en établissant des faits historiques. Ainsi, de toutes les recherches locales, on peut, à tel moment donné, recueillir de précieux renseignements. Cette considération de vrait encourager les jeunes hommes à y consacrer leurs loisirs; l'exemple a été donné depuis longtemps.

PREFACE.

. IX Quand l'abbé Baurein voulut recueillir les documents nécessaires à la rédaction de son ouvrage, les Variétés bordelaises, il adressa aux curés du diocèse des questions auxquelles il peut être encore utile de répondre, et que je reproduis pour tracer le cadre de mes recherches : Première question : Quel est le saint ou la sainte sous l'invocation de qui l'église est dédiée et à quel jour en célèbre-t-on la fête? Deuxième question : S'il existe dans .'intérieur de l'église ou au de hors quelque monument, comme mausolée, inscription, épitaphe, ou quelque chose de remarquable ? Troisième question : Si c'est une inscription et si on peut la déchiffrer en envoyer la copie? Quatrième question : Si l'église est grande, si l'architecture est belle, si elle paraît ancienne, et si l'on y remarque quelque chose qui lui soit particulier?

Cinquième question : S'il ne paraît pas qu'elle ait été anciennement fortifiée et si on n'y voit point de ravelines, guérites, créneaux, meurtrières, etc.? Septième question : S'il existe dans retendue de la paroisse ou s'il a existé, autrefois, quelque église séculière ou régulière comme abbaye, prieuré, commanderie, monastère, couvent, et à quels ordres ils appartenaient? Neuvième question : Si on y trouve des restes ou vestiges de quelque ancienne église, chapelle, monastère? Si on sait depuis quel temps et à quelle occasion ils ont été détruits? Dixième question : S'il y a quelque prieuré dans la paroisse? Onzième question : Si indépendamment du seigneur haut justicier il y a quelque autre seigneur? Seizième question : Quels sont les principaux hameaux et villages de la paroisse? Dix-septième question : S'il en existait quelques-uns qui aient été détruits, depuis quel temps, et par quel événement?

Dix-neuvième question : Quels sont les principaux ruisseaux, esteys, jalles, cheneaux, qui prennent leur source dans la paroisse, qui la bordent ou la traversent? Vingtième question : Marquer la situation de la paroisse; si elle est située sur une hauteur, dans une plaine, dans un fond marécageux ou palms, ou placée au bord de quelque rivière? Vingt-unième question : Quelle est la nature du terrain? X

PREFACE.

. Vingt-deuxième question : Si elle est partie grave, partie en palu, et partie en quelque autre nature de fonds ? Vingt-troisième question : S'il existe des marais desséchés, des étangs et landes considérables? Vingt-quatrième question : Quelles sont les principales productions de la paroisse ? Vingt-cinquième question : Quelles sont les paroisses qui la bordent? Vingt-sixième question ; Quelle est la distance de la paroisse au chef-lieu, et quel est son circuit? Vingt-neuvième question : Quels sont les principaux chemins royaux qui traversent ou bornent la paroisse, d'où partent-ils, en quels lieux conduisent-ils? Trente-unième question : Quels sont les ports où l'on embarque les denrées? Trente-deuxième question : Quelle espèce de commerce se fait-il dans la paroisse, et quelle est la principale occupation des habitants?

Trente-troisième question : S'il y a des foires et des marchés, et à quel jour de l'année? Trente-quatrième question : Combien de feux et de famille existe-t-il dans la paroisse? Trente-sixième question : Y a-t-il des châteaux, des maisons nobles ou remarquables? en indiquant les noms, ceux des seigneurs et pro priétaires anciens et nouveaux, si cela est possible. Trente-huitième question : Recueillir autant que possible les anciennes traditions. Trente -neuvième question : Marquer tout ce qu'il peut y avoir d'intéressant, de curieux, de remarquable dans la paroisse, et tout ce qui peut avoir rapport à l'antiquité. Quarante deuxième question : Dans quelle juridiction est située la paroisse? quels sont les seigneurs hauts justiciers et les principaux seigneurs de fief? Cinquante-huitième question : A l'égard des ruisseaux qui traversent ou bordent la paroisse, en indiquer la source et où ils vont se dé charger.

A la suite de ces nombreuses questions, l'abbé Baurein ajoutait : « II y a beaucoup de paroisses où il existe des particula » rites qui n'ont pu faire l'objet des questions générales _ qu'on vient de proposer; les personnes qui en seront

PREFACE.

. XI » exactement instruites sont priées d'en faire part, d'en » donner le détail et même les preuves autant qu'il sera » possible. » Ce qui prouve que les réponses aux questions posées ont fait plus que satisfaire à une vaine curiosité, c'est l'intérêt qui s'attache aujourd'hui aux Variétés bordelaises. On re grette que les explorations de l'abbé Baurein ne se soient pas étendues à tout le diocèse, car son ouvrage n'est relatif qu'aux paroisses situées au midi de la Garonne. En parcourant la série des questions adressées aux curés des paroisses, j'ai reconnu qu'il en était un grand nombre qui auraient dû fixer l'attention du curé de Saint-Loubès, et provoquer d'intéressantes réponses. Je me suis demandé s'il ne me serait pas possible de répondre, aujourd'hui, à ce qu'on croyait être utile en 1784.

Une lettre de M. Latapie (l), écrite de Labrède à M. l'abbé Baurein le 15 décembre 1784, aurait pu me faire reculer devant l'immensité du cadre tracé pour une paroisse. « Oui, mon cher Abbé, écrivait M. Latapie, une descrip » tion d'un petit coin de terre, telle que je la conçois, est _■ une œuvre très difficile et dont il n'existe pas de modèle. » M. Latapie admettait qu'il n'y avait que les travaux d'une société savante qui pussent l'exécuter , puisqu'elle devait remplir en détail toutes les divisions et subdivisions d'une topographie complète. S'il eût entrepris l'ouvrage, il aurait voulu graver le plan exact des lieux, donner la hauteur des collines, les degrés d'inclinaison des ruisseaux, depuis la source à l'embouchure, la qualité des eaux courantes, celle des puits et fontaines, la nature des terrains et de leurs couches à une profondeur (') Latapie (François de Paule), né à Bordeaux le 8 juillet 1739, mort en cette ville le 8 octobre 1823.

PREFACE.

. XII déterminée, toutes les espèces de plantes qui y croissent, tous les fossiles qui s'y trouvent. Indiquer les animaux sau vages ou domestiques, le nombre des habitants, leurs mœurs, leurs vêtements, leurs usages, leur agriculture, leur com merce, leurs impôts, leur langage. Cette nomenclature formait une large addition aux questions de l'abbé Baurein. Après avoir reconnu que la partie historique ne pouvait être que fort courte, prévoyant l'ob jection que tous les détails de son œuvre n'intéresseraient personne, M. Latapie ajoutait : « D'accord pour le siècle présent : un pareil travail est » consacré à la postérité, et même la plus reculée. Si, par „ une faveur du ciel toute particulière, il nous était resté » seulement du dixième siècle une analyse semblable d'une _ paroisse bien peuplée, telle qu'en offrait, à cette époque, » l'Entre-deux-Mers, par exemple, ne serait-ce pas une source » fertile de commentaires comparatifs sur ce siècle et le » nôtre? .

Depuis 1784 à nos jours, le siècle n'est pas encore complet, et cependant, pour l'œuvre de l'abbé Baurein, la postérité est venue. II est vrai que ce n'est pas par les jours, mais par les événements, qu'il faut compter dans cette période. Les révolutions ont rejeté dans l'histoire des faits presque contemporains; car, même pour la génération qui s'éteint, que sont aujourd'hui les parlements , les prévôtés, les bailliages, les seigneurs haut justiciers, les terres seigneuriales, les baux à fief, les engagistes, etc., etc. — Pour l'homme qui veut suivre les détails de l'histoire jusque dans la période qui nous touche, il faut, aujourd'hui, étudier toute cette vieille organisation sociale dissoute par la tempête. Je comprends que, dans une revue rétrospective, en sui vant les instructions de l'abbé Baurein et de François Latapie,

PREFACE.

. XIII il ressortira des études faites sur Saint-Loubès des notions sommaires sur notre ancien état social; mais cela ne diminue pas rétendue et la difficulté du travail, et ne laisse pas l'es pérance de le compléter. Cependant, si imparfait qu'il puisse être, il aura, je crois, son utilité. Si j'avais pu concevoir des doutes à cet égard, le questionnaire de l'Académie des Sciences de Bordeaux les eût dissipés, en élargissant encore le cadre tracé par l'abbé Baurein. Enfin, lorsque l'une de nos illustrations modernes, M. Gui zot, historien de la civilisation en France, a écrit : « Des monographies étudiées avec soin me paraissent le moyen le plus sûr de faire faire à l'histoire de véritables progrès », si l'on a sous sa main quelques éléments de ce vaste travail, négliger de les recueillir ne serait pas excusable; et trouver sa part trop petite dans l'œuvre générale, serait une faiblesse d'amour-propre.

II faut encore s'estimer heureux de porter sa petite pierre dans la construction d'un immense, édifice. L'ordre de classement des divers chapitres de l'ouvrage ne sera pas à l'abri de toute critique. Après savoir remanié plusieurs fois, j'ai toujours reconnu son imperfection; mais, avec la conviction de ne pouvoir faire mieux, j'ai adopté le classement qui me paraissait le plus rationnel. On trouvera peut-être que j'ai fait une trop large part à l'administration des marais de Saint-Loubès; que, n'étant qu'une fraction de la commune, ils n'auraient pas dû primer dans le classement des sujets d'un intérêt plus général. La date de l'inféodation de ces marais justifie ma détermination, et toutes les pièces relatives à leur administration sont les seules qui éclairent le passé de notre commune et qui constatent la liberté d'action dont jouissaient nos pères dans la gestion des intérêts de la communauté. La question des marais prise en 1551, j'ai dû la suivre jusqu'à nos jours et

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. XIV lui faire prendre, dans le classement, le rang que lui assi gnait sa date primitive. II en est, je le sais, qui trouveront que j'ai suivi avec trop de persévérance les débats engagés au sujet de l'église de la paroisse. Ils prendront en pitié l'inutilité de mes efforts dans cette longue lutte où je succombe avec les hommes de science et de goût; car les Commissions des bâtiments civils et des monuments historiques ont refusé leur sanction à un dernier acte de vandalisme : la démolition du clocher. Mais je n'ai pas trop écrit, car j'aurais pu demander à l'Autorité supérieure pourquoi réduire à une simple formalité les communications faites à des Commissions dont vous ne pouviez contester les lumières, puisqu'elles leur doivent leur institution confirmée par vos arrêtés. Je n'ai pas trop écrit, car j'aurais pu soulever un coin du rideau politique et mettre à jour des spéculations où l'on joue les finances des communes et la bourse des contribuables.

Je n'ai donc pas trop écrit, car il me resterait à dire à ceux qui triomphent : J'ai défendu un passé que dans votre ignorance vous ne comprenez pas, et que dans la sécheresse de vos sentiments vous ne pouvez apprécier. Je vous ai jugé, vous ne m'en avez jamais imposé, vous ne me classerez pas au nombre de vos dupes. Enfin, je n'ai pas trop écrit, car j'aurais eu à relever des plaisanteries de mauvais goût qui, dans l'orgueildu triomphe, tombent sans esprit et ne sont qu'une profanation du sanc tuaire. Je constate encore chaque jour que si cette préface devait compléter mon œuvre, j'aurais bien des lacunes à remplir avant d'avoir trop écrit. Lorsque j'ai recherché les causes de la dépopulation des

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. XV campagnes, pour en signaler les déplorables conséquences, j'ai négligé de signaler une plaie sociale, dont il faut renvoyer la responsabilité à ceux qui se plaignent. Jadis quelques grands seigneurs meublaient leurs hôtels de valets de pied, de valets de chambre; mais aujourd'hui, du grand seigneur jusqu'au plus petit bourgeois, tout le monde se donne le luxe du domestique mâle; et, au milieu de la confusion des rangs, on cherche sans doute dans cette dépense la considération attachée à la richesse. — En fait, c'est la dépossession de la femme, en appelant aux soins du ménage les bras destinés au travail de la terre. Ne sommes nous pas en situation de dire à une classe qui doit nous entendre : Propriétaires agriculteurs, vous dépeuplez les champs, et, par le mélange des sexes, vous démoralisez la domesticité....

Si vous n'admettez pas une réforme, cessez de vous plaindre ! Lorsque j'ai constaté que la fièvre des travaux publics était passée de l'État aux plus petites communes, j'ai signalé la marche progressive des impôts et des emprunts communaux; mais, dans cet immense désordre, les percepteurs m'apparaissant chargés d'une grande responsabilité, je dois réparer un oubli. Si bien peu de maires sont en état d'établir un budget, il en est encore très peu sachant le lire et s'en rendre compte, car il consiste dans des combinaisons de formes que l'administrateur ne prend pas la peine d'étudier. II est plus facile d'appeler le percepteur à la recherche des moyens facilitant l'exécution des travaux en projet. Le chiffre de la dépense ne peut jamais préoccuper le comptable; si les ressources ordinaires sont insuffisantes, il ouvre au maire la voie des centimes additionnels, en détermine le chiffre et la durée. S'il s'agit d'un emprunt, toutes les difficultés s'appla nissent, en échelonnant les annuités de remboursement.

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. Tout cela est si rigoureusement calculé, que le maire arrive avec la puissance des chiffres devant un Conseil municipal qui vote sans discuter, pour ne pas afficher son insuffisance. En fait, le budget est l'œuvre du percepteur, mais il n'en est pas l'éditeur responsable; il sera toujours un instrument passif pour l'Autorité supérieure, qui, par extraordinaire, voudrait improuver des travaux encouragés par le Gouver nement. C'est au maire que, de droit, incombe toute responsabilité. Mais parmi ceux qui subissent les conséquences de l'exagération des dépenses, il en est qui pensent que, pour échapper à une responsabilité morale, le percepteur devrait éclairer de ses conseils le maire imprudent. Ce serait bien, sans doute; mais le percepteur ayant droit à des remises, tant sur la recette que sur la dépense, l'on voudrait que, se mettant en opposition avec les tendances du Pouvoir, il prê chât l'économie et fit le sacrifice de ses intérêts?

Ce serait plus que du désintéressement : ce n'est pas ce qu'on doit attendre. Lorsque, traitant de l'instruction primaire, j'ai dit que M. Villemain affirmait, en 1841, que l'instruction était au dessous de ce qu'elle était sous l'ancien régime, j'ai omis des chiffres posés par le Ministre de l'instruction publique, et qu'il était bon de reproduire. En 1789, sur 72,747 enfants qui recevaient Finstruction dans les 562 collèges, il y en avait 40,621 qui étaient élevés gratuitement; et dans ce nombre n'étaient pas compris 3,249 bourses affectées aux séminaires ou à des destinations spéciales, ni les innombra bles enfants des écoles élémentaires. En 1841, le nombre des élèves des collèges n'était que de 44,091, répartis en 358 établissements; .2, 774 seulement recevaient une instruction gratuite. Probablement, depuis 1841, ces chiffres ont pu être modi fiés; mais nous doutons qu'aujourd'hui les chiffres de l'Uni-

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. XVII versité aient atteint ceux de renseignement libre avant 1789. Pour réparer encore un oubli, je dois dire que l'écusson reproduit dans la planche des poteries romaines était gravé au contre-fort extérieur de la chapelle de Notre-Dame de Pitié. C'était probablement les armes d'une ancienne famille de la paroisse dont on a perdu le souvenir, et dont la tombe était sans doute au pied du contre-fort. On constatera, sans aucun doute, que je me suis souvent écarté du cadre qui semble devoir circonscrire une mono graphie. C'est vrai; je l'avoue sans regret. Comment, lorsque, sur l'appréciation d'un fait, je trouve notre population dans une mauvaise voie, j'oublierais que c'est pour elle que j'écris, et je ne tâcherais pas de rectifier ses idées? Lorsque, dans l'appréciation des divers régimes qui ont dominé nos intérêts, je trouve à établir un parallèle, je devrais m'abstenir de poser des distinctions entre le bien et le mal?

Lorsque, dans l'étude du passé, je trouve un enseignement pour le présent, je ne devrais pas le mettre en lumière? Chroniqueur incolore, j'aurais dû m'en tenir à l'aridité des faits? Mais pourquoi la monographie, comme l'histoire, n'aurait-elle pas sa philo sophie? Je livre au public une œuvre de patience, sans soucis de la critique comme de l'éloge. C'est dans ces dispositions d'esprit que j'ai dû écrire bien des pages : les unes allant à rencontre d'opinions depuis longtemps émises et trop facilement acceptées sans examen, les autres portant la lumière là où l'intérêt entretenait l'obscurité; les unes condamnant des projets choyés par l'amour-propre engagé dans le succès, les autres touchant aux susceptibilités administratives en signalant leurs bévues; les unes dévoilant de petites passions, allant jusqu'au sacrifice de l'intérêt public, les autres signalant les dangers de la substitution des incapacités radicales

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. aux intelligences du pays ; les unes signalant les tendances du despotisme légal progressant sous la pression de la crainte et par .'exploitation de l'intérêt dans les classes inférieures, les autres enfin signalant l'extinction du sentiment municipal, déplorable conséquence de l'égoïsme, qui, se généralisant dans le pays, en affaisse l'esprit public. J'ai bien compris que le même lecteur ne pouvait pas tout approuver; que si, sur une page, il y avait entre nous con formité d'opinion, j'avais, au verso, un ennemi déclaré. J'en ai pris mon parti : j'ai écrit sans passion, et j'ai terminé avec la conviction de n'avoir pas tout dit pour éviter les questions de personne. Je n'ai pas à solliciter la bienveillance du lecteur : mon ouvrage n'est pas de ceux qu'on lit, mais de ceux que l'on consulte.

Si, dans ce but, un esprit sérieux ouvre ce livre, il sera indulgent pour la forme. . P.-S. 2 mai 1869. — Depuis un mois, le marteau retentit sur le coin de fer, et le manœuvre, impuissant, fait jouer la mine, pour apprendre à la population comment on avait exploité sa crédulité en proclamant qu'il fallait se garer des ruines du clocher. Elle sait maintenant que ce n'était pas dans son intérêt que, depuis dix ans, le curé en avait interdit l'entrée; et, à chaque pierre qui tombe, elle peut demander de qui l'on doit attendre la vérité. Le clocher, devant à la fois décorer l'église et dominer une position militaire, avait été construit dans des conditions de solidité démontrée par l'épaisseur de ses murailles; ce n'était pas sans utilité. Si, dans la démolition, on a trouvé de nombreuses balles, les traces laissées par de plus gros projectiles indiqueraient que le clocher avait eu les honneurs du canon.

PREFACE.

. XIX Dans les dernières assises du clocher, une pierre était marquée du millésime 1165. Si l'on y cherchait la preuve de sa construction dans le xue siècle, on serait dans Terreur, car cette date n'est pas en chiffres romains, mais en chiffres arabes, dont on n'a fait usage qu'au xive siècle. Du reste, pour les archéologues, le style de son architecture le classait, avec raison, dans le xve siècle. Parmi les matériaux employés dans la construction du clocher, on a trouvé de nombreuses pierres creusées comme les tombes qu'on découvre encore au Truch et à Sainl-Luc, et d'où probablement elles avaient été enlevées; ce qui démontrerait que, bien antérieurement au xve siècle, on n'inhumait plus dans ces contrées, et que le temps avait fait disparaître complètement de ces tombes les débris humains.

ERRATA. Les fautes changeant le sens des phrases, bien que relevées dans l'erraía, sont indiquées par un astérisque (*) en marge et en regard des lignes. Page 15, ligne 23, au lieu de : on est à peu près sûr de ne pas se tromper, lisez : on peut ne pas se tromper. Page 25, ligne 32, au lieu de Chevreau, notaire, lisez Cheyreau. Page 31, ligne 30, au lieu de siécle, lisez flèche. Page 64, ligne 23, au lieu de .793, lisez 4773. Page 109, ligne 28, au lieu de copartageur , lisez copartageant. Page 113, ligne 14, au lieu de voisines, lisez voisins. Page 139, ligne 9, au lieu de Eautefage, lisez Hautefaye. Page 163, ligne 3, au lieu de 774., lisez 784. . Page 165, ligne 18, au lieu de Cibadu, lisez Cibada. Page 178, ligne 17, au lieu de 7855, lisez 7843. Page 192, ligne 11, au lieu de 3 hectares 49 ares 90 centiares, lisez S hectares 77 ares (').' Page 258, ligne 27, au lieu de peu reculée, lisez très reculée.

Page 283, ligne 8, au lieu de exactitude, lisez inexactitude. Page 386, ligne 14, au lieu de divisé par 86, lisez divisé par 36. Page 407, ligne 34, au lieu de Laurent, lisez Lauret; à la ligne 35, au lieu de Bélies Laurent, lisez Lauret. Page 422, ligne 30, à ces mots : n'a pas été de deux tiers, ajoutez : sur la con tenance du syndicat. Page 440, ligne 10, au lieu de prix moyen, lisez produit moyen. Page 502, ligne 28, au lieu de les calculs d'amour, lisez les calculs d'amour propre. Page 537, ligne 15, au lieu de Soupetaud, lisez Soupetard. (') Les corrections, en ce qui concerne les contenances attribuées aux propriétaires dans le syndicat, sont fort incomplètes, parce que les intéressés n'ont pas aidé la Commission syndicale dans le redressement des erreurs, bien que le rôle ait été affiché pendant deux mois.

MONOGRAPHIE DE LA COMMUNE DE SAINT-LOUBÈS PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE Ier APERÇU TOPOGRAPHIQUE DE LA COMMUNE DE SAINT-LOUBÈS. La commune de Saint-Loubès, l'une des belles communes du département de la Gironde, est située à 18 kilomètres de Bordeaux et à 8 kilomètres du Carbon-Blanc, chef-lieu du canton dont elle fait partie; elle est admirablement posée sur les rives de la Dordogne; sa délimitation n'a point varié depuis 1550. Elle est bornée : au nord, par la Dordogne; à l'est, par la commune d'Yzon, dont elle est séparée par l'estey de la Gabarraud ('), par la commune de Saint-Sulpice, dont (') On admet dans le pays que l'estey de la Laurence, et non l'estey de la Gabar raud, formait jadis la limite des paroisses de Saint-Loubès et d'Yzon ; que la paroisse de Saint-Loubès avait porté ses limites à l'estey de la Gabarraud, parce que, vers 1750, le curé de Saint-Loubès y aurait été faire la levée d'un mort que n'avait pu faire le curé d'Yzon, en raison du mauvais état des chemins; que cela avait cons titué pour le curé de Saint-Loubès une prise de possession : ses pas, en pareille CHAPITRE Ier. l'estey de la Laurence la sépare, et par la commune de Cameyrac; au midi, par les communes de Montussan et d'Yvrac; àl'ouest, par les communes de Sainte-Eulalie, Am barès et Saint -Vincent.

Sa superficie est de 2,253 hectares 61 ares, d'après le plan cadastral de 1825. La constitution géologique de son terrain la divise en trois zones bien distinctes : 1° Des terrains d'alluvions , sur une largeur moyenne de 340 mètres, bordent la Dordogne, entre les communes de Saint-Vincent et d'Yzon. Dans la partie du Valenton, jusque dans le voisinage des marais, le sous-sol est formé de bancs de sable graveleux; la terre végétale varie dans son épaisseur de quarante à soixante-dix centimètres. Dans cette zone sont les vignes les plus productives; mais la qualité du vin est en raison inverse de la fécondité du sol. 2° Une terre siliceuse plus ou moins graveleuse, sur une largeur moyenne de 2,760 mètres, forme le centre de la com mune, depuis la paroisse d'Ambarès jusqu'à celle de Saint- Sulpice.

Cette zone, partie en plaine basse, limite les terrains d'aUuvions; la majeure partie forme le plateau sur lequel est tracée la grande route et où se trouvent situés le bourg de Saint-Loubès et les principaux villages ; les habitations y sont en plus grand nombre que sur le reste de la commune. Cela s'explique par les facilités de communications que donnait la nature du sol, alors même que les chemins étaient à peine tracés. La terre végétale, dans la basse plaine, varie dans son épaisseur de 15 à 25 centimètres ; le sous-sol varie à chaque pas. Des graviers plus ou moins purs et des sables de diverses natures se trouvent à des profondeurs inégales. Sous cette circonstance, ne pouvant s'effacer. Ce fait légendaire tombe devant une reconnais sance conservée dans les archives du château de Vayres : « 21 juin 1567.

Messire > Henry de Massip, seigneur de la maison noble de Lamothe Saint-Sulpice, et » autres habitants d'Yzon et de Saint-Sulpice, reconnaissent tenir en fief de dame » de Montpezat.de Plieux, Lagraulet et d'Anglade, à cause de sa maison noble » d'Anglade, tous les padouens compris entre la Dordogne, la paroisse de Saint > Sulpice et l'estey de la Gabarraud , qui fait la séparation des paroisses d'Yzon > et de Saint-Loubès, et de la prévôté royale d'Entre-deux-Mers, bailliage de * Saint-Loubès et de la juridiction de Vayres. » APERÇU TOPOGRAPHIQUE. couche on trouve une nappe d'eau à quatre mètres environ. Le coteau qui forme à sa naissance la haute plaine contient, en sous-sol, une marne riche en calcaire, et qui, par sa situation, serait d'une très facile extraction. La terre végétale de la haute plaine est d'une médiocre épaisseur dans la majeure partie ; elle ne dépasse pas 15 centimètres, et atteint à peine 20 centimètres dans les localités les plus favorisées. — C'est dans cette zone que les cultures sont les plus variées; la proximité des habitations fait réserver une partie de la terre pour les produits du sol qui réclament le plus de soins; néanmoins la vigne y domine. — Dans cette zone on trouve aussi une ancienne lande, propriété communale, dont nous donnerons ailleurs la délimitation. 3° Les terrains argilo-calcaires qui, sur une largeur de 1,420 mètres, limitent les communes de Sainte-Eulalie, Yvrac et Montussan, forment la troisième zone, dont la vigne oc cupe aujourd'hui presque toute la superficie.

Cette contrée, dite Terrefort, produit les meilleurs vins de la commune ; très accidentée dans sa configuration, l'épaisseur de la couche végétale y varie de 15 à 33 centimètres. Dans le sous-sol, on trouve de la pierre et du gravier à très peu de profondeur. Entre les terrains d'alluvions formant la première zone et la seconde zone de terre siliceuse, se trouve placé un ancien marais, soumis depuis plus de trois siècles à une administra tion syndicale, et qui prendra une large part dans notre travail. De la position du bourg, on découvre un vaste horizon, dont le clocher de Saint-Émilion d'un côte, et la Roque-de- Taux de l'autre, au Bec-d'Ambès, forment les limites. La vue se repose sur les riants coteaux de la Dordogne, rivière dont les larges sinuosités sont toujours sillonnées par de nombreuses barques.

La plaine située entre le bourg et la rivière donne une juste idée de la richesse du pays et de la fécondité du sol. C'est un ensemble admirable qui, dans le département de la Gironde, place en première ligne la commune de Saint- Loubès. Si heureuse que nous paraisse cette position, il est cepen- CHAPITRE Ier. dant probable que les populations, qui primitivement posèrent leurs pénates sur notre territoire, n'élevèrent pas leurs habitations là où est le bourg actuel. Nulle part, dans le voisinage du bourg, on ne trouve comme au Truch les débris de constructions gallo-romaines. Ces débris constatent évidemment qu'au Truch bâtirent ceux qui nous ont précé dés. On s'explique le choix d'un site tout aussi beau, s'éloi gnant des marais qui couvraient probablement alors le vaste bassin s'étendant des palus d'Yzon jusqu'au Bec-d'Ambès et exhalaient des miasmes pestilentiels.

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