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HISTOIRE DE LA VILLE DE ROYE COMPIEGNE. — IMPRIMERIE DU PROGRES DE l'OISE , A. MENNECIER HISTOIRE DE LA VILLE DE ROYE PAR EMILE COËT Ouvrage couronné par la Société des Antiquaires de Picardie TOME PREMIER PARIS H. CHAMPION LIBRAIRE -ÉDITEUR QUAI MALAQUAIS, 1$ i 88 o U\£ous ne cédons qu'à de pressantes instances en publiant .'Histoire de la Ville de Roye. Cet ouvrage n'a pas la prétention d'exciter la curiosité, il n'est appelé à aucun succès ; cependant il est le fruit de recherches consciencieuses. (Mais à défaut d'autre mérite, /'Histoire de Roye aura du moins celui de l 'exactitude, car elle repose tout entière sur des documents certains et authentiques. S^ous n'avons rien négligé pour quelle soit complète ; nous pensons avoir relevé tous les faits importants qui se rattachent à Roye, et qui méritent de passer à la postérité.
Si parfois nous sommes entré dans des détails qui n'ont pas un réel intérêt au point de vue historique , c'est que pour une petite ville, les moindres faits locaux ont leur valeur, parce qu'ils révèlent souvent un usage curieux ou un enseignement utile. U\£ous avons consulté les documents enfermés dans les dépôts publics; nous avons aussi profité des écrits de nos devanciers. La savante Histoire de Montdidier publiée par M. Victor de Beauvillé, nous a été d'un grand secours; nous avons beaucoup puisé dans cet immense recueil plein d'érudition, que nous a gracieusement offert son aimable Auteur. Qu'il reçoive ici l'hommage de notre reconnaissance. U\£ous devons de sincères remercîments à M. le Chanoine J. Cor blet, qui a bien voulu encourager et diriger nos efforts. 3\£ous remercions aussi toutes les personnes qui nous ont prêté leur sympathique concours.
U^ptre but en livrant ces pages est de rappeler aux habitants de Roye les événements dont leur ville fut le théâtre, et de prouver ainsi que cette modeste cité a de glorieuses traditions. EMILE COËT OFFICIER D'ACADÉMIE MM M"" MM MM LISTE DES SOUSCRIPTEURS La Ville de Roye (20 exemplaires). Avisse, Imprimeur, à Ham. Bailly-Roquencourt, à Roye. Barbier, Professeur, à Compiègne. Baudoux (veuve), Propriétaire, à Noyon. Bayard-Caron, Propriétaire, à Amiens. Beaumont, Greffier de Justice-de-Paix, à Roye. Beauvillé (Victor de), à Montdidier. Bellenger, Propriétaire, à Roye. Belleval (René, Marquis de), à Beuvraignes. Bertin (Henri), à Paris. Bibliothèque de Roye. Blesson, Négociant, à Roye. Bonhomme-Roquencourt, à Roye. Boyenval, Percepteur, à Bouchoir. Brière (F.), Banquier, à Noyon. Brunel, Lieutenant-Colonel, à Roye.
Chapitre II
les seigneurs de roye. — leur généalogie LES SEIGNEURS DE ROYE Les premiers seigneurs de Roye ne furent que des officiers, comtes ou châtelains, auxquels les comtes de Vermandois confiaient la garde du château-fort ; plus tard, ils devinrent possesseurs du fief de Roye, et ne relevaient alors que de Tautorité royale. Les sires de Roye étaient chargés du gouvernement militaire de la ville ; ils devaient mener, aux semonces et aux convocations de bans, le contingent armé de la commune, du comté ou de la châtellenie dont Roye était le chef-lieu. La famille des seigneurs de Roye forme plusieurs branches; les fils aînés se succédaient dans le château, les autres enfants habitaient le Chessoy, Guerbigny ou Plessier-de-Roye. Ils prenaient aussi le titre : de Roye ou Sires de Roye, mais ils n'en avaient pas Tautorité et ne portaient pas les mêmes armes.
De là, un grand nombre de personnages qui ajoutaient, à leur prénom, le nom de Roye ; ils pouvaient appartenir à la maison-mère, mais à des degrés de parenté plus ou moins éloignés. Nous avons dû les négliger pour ne nous occuper que de la famille de Roye proprement dite, c'est à-dire celle qui jouissait du fief de la seigneurie de Roye. On ne voit pas que les seigneurs de Roye aient exercé sur la ville une autorité autre que Tautorité militaire, dès leur origine. Dans la suite, ils furent remplacés dans leurs fonctions par des capitaines-gouverneurs qui avaient la garde et la défense de la forteresse. Les seigneurs ayant cessé d'occuper le château ne sont plus que des proprié taires possédant dans la ville leur hôtel, mais n'exerçant sur la Commune aucun pouvoir civil ou militaire. GÉNÉALOGIE I. — HERBERT Herbert ou Hébars de Roie, le chevalier genti, neveu et filleul de Herbert IV de Vermandois, est le premier comte de Roye dont Thistoire fasse mention.
II défendit Gérard, évêque de Cambrai, contre Watier, son châtelain. II fut un des premiers chevaliers qui répondirent à Tappel du comte Fromont, pour se rendre à Saint-Quentin, avec les nobles du Vermandois. Herbert laissa pour successeur, dans le comté de Roye, Evrard, son fils. II. — EVRARD Evrard, par une charte de 1195, affranchit les églises de Cambrai des droits de péage qu'il percevait sur les denrées passant par cette ville. II fut père de : 1° Albéric de Roye. 2° Raoul, qui confirme, en 1112, Taffranchissement fait par son père aux églises de Cambrai. 3" Gérard, qui fut abbé de Saint-Aubert de Cambrai. 4° Rigord, avec sa femme Elisabeth, et du consentement de son fils Vermond et d'Inès sa fille, fondent, à Saint- Taurin, un monastère pour les Bénédictins de Tordre de Cluny ; des religieux de Tabbaye de Corbie le desservaient.
Ils donnent, à cet effet, le terrain nécessaire pour élever des constructions, puis des dimes et une terre à Verpil lières ; ils donnent, en outre, la moitié du moulin de Falvert et cinq muids de froment à prendre sur le même moulin le jour de la Nativité du Seigneur et à la Saint- Jean-Baptiste ; puis, quatre autres muids sur le moulin des Truyots, à Saint-Mard. On voit, par un document, que d'autres libéralités étaient venues se joindre à celles de Rigord de Roye et de sa famille ; Albéric de Roye, fils d'Agnès, donne une terre qu'il avait près de Tilloloy, qu'il tenait de Vermond du Chessoy ; Manassès de Dien court donne le vivier de la Celle (Léchelle), du consente ment de Nicolas, abbé de Corbie. Les religieux pouvaient prendre dans dix bouviers de bois de la forêt de Castel, près d'Hattencourt, le bois nécessaire pour le chauffage et la clôture du monastère.
Parmi les autres donateurs, on remarque : Fulcon Chevalier, Robert Barbe de Laucourt, Evrard son fils, Guillaume de Roye, Eustache de Saint- Médard, Nicolas de Chilly, Yosbert de Rosières, Angilbert de Parvillers. Toutes ces donations furent confirmées au monastère par une bulle du pape Alexandre III, adressée, er 1179, à Robert, Prieur de Saint -Taurin. (Pièce justificative n° 4.) Avant la fondation du couvent, il existait une Celle, Cella, dans laquelle résidait un pieux ermite ; elle fut convertie en . chapelle sous le vocable de Saint-Taurin, évêque d'Evreux, de là, le nom de : La Celle Saint-Taurin (Cella sancti Taurini), et par corruption : Léchelle Saint- Aurin. Le moulin de Saint-Quentin, dont il est question dans la bulle, avait été donné, en 1164, par Jean, abbé de Corbie, pour la construction de l'église, à la charge de payer annuellement, à Tabbaye, xx muids de froment, mesure de Roye.
De cette église, il ne reste qu'une partie du portail ; Tarchivolte de la porte centrale offre des ornements d'architecture de Tépoque romane. Ce monastère fut érigé, plus tard, en Prieuré-Curat, dont le prieur de Lihons était le présentateur. Vermond, fils de Rigord, par une charte de 1169, fait avec son parent Hugues, abbé du Mont-Saint-Quentin, un échange d'une pièce de terre, sise à Fransard, contre un tiers de la dime du village de Driencourt qui lui appartenait. Dans une charte de 1160, Vermond de Roye est désigné comme l'un des barons du Vermandois ; il assiste, avec son fils Hugues, à un jugement rendu par Philippe de Flandre, en 1170. m. — albéric de roye Albéric, sire de Roye, signe, en 1143, une charte de Raoul de Vermandois, par laquelle le comte confirme l'église d'Athies dans la possession des biens que lui ont donné ses ancêtres.
II paraît aussi dans le contrat d'acquisition du comté de Soissons, par Ives de Nesle. (1141.) Par une charte de 1148, Raoul de Vermandois mit fin à une contestation qui existait entre Tabbaye de Saint- Barthélemy de Noyon et Raoul de Hardicourt, au sujet du domaine de Curlu ; Albéric signe comme témoin à cette charte; il est désigné dans Tacte sous le titre de dapifer (maître d'hôtel) de Raoul de Vermandois. Albéric signe encore une charte du comte de Verman dois portant donation aux frères hospitaliers de Saint- Jean-de-Jérusalem, de la maison, du jardin et des terres qu'il possédait à Eterpigny, près de Péronne. Par un acte de 1139, il donne à Tabbaye de Saint- Aubert de Cambrai, les héritages qu'il avait à Barastre, du consentement de sa femme Odette et de ses enfants. II est nommé en une confirmation que sit, en 1140, Jean, seigneur de Nesle, à Tabbaye d'Ourscamp, et dans Texemption du péage que Raoul de Vermandois accorde à cette abbaye.
En 1148, il affirme de son scel une charte de Raoul IV, comte de Crespy, qui donne aux religieux de Vivien le droit de prendre le bois à leur usage, dans la forêt de Retz. Albéric de Roye sit ériger la seigneurie de Becquigny, à laquelle il associa Tabbaye de Saint-Corneille de Compiègne ; il donna à cette abbaye beaucoup de franchises et de privilèges qu'il sit confirmer par le comte Raoul de Vermandois. Par cet acte, daté de Tan 1163, on voit, qu'ancienne ment, il avait existé, sur Templacement de Becquigny, un village dont il ne restait plus alors aucun vestige. Les moines de Tabbaye songèrent à le rétablir et sirent intervenir Albéric de Roye ; il fut convenu que ce seigneur bâtirait le village à ses frais, y amènerait des habitants, qu'il rétablirait la chaussée, le moulin sur la rivière d'Avre, et le vivier dont les produits seraient partagés entre lui et Tabbaye ; il s'engagea, en outre, à défendre le village contre toute agression.
Les moines se réservèrent les dimes et le terrage, sans que les héritiers d' Albéric pussent rien prétendre. Dans cette charte de confirmation, le comte Raoul appelle, Albéric scilicet de Roia amicum et fidclcm nostrum. Parmi les témoins figurent : Vermond, frère d' Albéric, et Rogues, son fils. Afin de pouvoir surveiller leur nouvelle possession, les moines de Saint-Corneille firent élever un couvent pour quatre religieux, avec une chapelle dans laquelle les habitants pouvaient assister aux offices. Plus tard, ce couvent fut converti en prieuré et relevait du Val-de-Grâce, lors de Tunion de Tabbaye de Saint- Corneille à celle du Val-de-Grâce ; la nomination du Prieur appartenait à T Abbesse de Paris, qui jouissait des bénéfices. Ce prieuré existait près du moulin ; il fut détruit par les Espagnols, ainsi que le village, qui fut incendié vers 1616 ; on trouve encore à Tendroit qu'il occupait de vastes souterrains ; il y a des chemins qui ont conservé le nom de : Chemins des Moines.
C'est lors de la cession de Becquigny à Tabbaye de Saint-Corneille, par Albéric de Roye, qu'une église fut bâtie ; le portail et la nef qui subsistent encore sont du douzième siècle. L'église est située loin du village, sur une hauteur environnée d'arbres ; autrefois, les habitations étaient groupées autour de l'église ; mais après Tincendie des maisons, les habitants se rapprochèrent de la rivière d'Avre. II existe~dans le tabernacle de la chapelle de la Sainte- Vierge, située dans le bas-côté de l'église, des professions de religieuses du Val-de-Grâce, de 1669 et de 1673. L'autel et le retable du chœur sont fort remarquables ; ils proviennent du collège des Jésuites d'Amiens. Cette église fut convertie en temple protestant pendant la Réforme ; c'est là que se réunissaient les dissidents protégés par le seigneur du lieu, David de Brossart ; une partie du cimetière, qui leur servait de sépulture, s'appelle encore : Champ des Huguenots.
C'est sous Albéric de Roye qu'eut lieu, à Roye, la translation des reliques de saint Florent dans deux nouvelles châsses. Ces reliquaires, dûs à la libéralité des habitants, étaient d'une grande richesse ; ils étaient estimés quatre-vingts écus d'or ; l'un devait contenir le chef du bienheureux et l'autre son corps. La translation des reliques se sit solennellemet, avec un grand concours de peuple et de seigneurs : Raoul de Vermandois, Albéric^ ses fils et d'autres personnages assistèrent à cette céré monie qui eut lieu le 23 septembre 1155. Le peuple, ivre de joie, criait : Noël ! Albéric de Roye signe, comme témoin, une donation faite par Raoul comte de Vermandois, aux Templiers, des annates des prébendes dont il jouissait dans les collégiales de Roye, de Saint-Quentin et de Péronne. Le 25 juin 1157, il assiste, à Noyon, à la translation du corps de saint Eloi dans Tabbaye de cette ville ; cette cérémonie était présidée par Thierry, évêque d'Amiens.
Parmi les assistants étaient Raoul, châtelain de Nesle, et le doyen du Chapitre de Roye. Albéric de Roye eut de sa femme Ode, six enfants, qui sont : 1° Rogues de Roye. 2° Aubert ou Herbert, vivant en 1139. 3° Rogon ou Rorigon, qui figure avec son père dans une donation que fait Raoul de Vermandois à Tabbaye d'Ourscamp. Quelques historiens font de Rogon de Roye l'un des acteurs du roman de la Dame de Fayel. « La majeure « partie des détails de ce drame, dit M. de Melleville, « s'accorde avec ce que Ton sait de Rogon, sils d' Albéric « de Roye, qui fut seigneur de Fayel de 1148 à 1190. » Nous pensons que c'est là une erreur ; Rogon de Roye et Rorgon de Fayel sont deux personnages différents, ainsi que le prouve une charte de Raoul de Vermandois de 1156, à laquelle signent en même temps le fils d' Albéric Rogon et Rorgon de Fayel : « Sigillum Alberici de Roia Rorigonis filii sui. — S. Rorigoni de Fayel.
S. Adami de Athœi. Rogon de Roye donne, en 1190, du consentement de son fils Raoul, dix bonniers de terre située entre Guer bigny et Andechy, aux frères de Tabbaye d'Ourscamp, pour le repos de son âme et pour celle de ses antécesseurs. Le village de Guerbigny ou Garmeni doit son origine à une forteresse élevée sur la colline escarpée, au pied de laquelle coule la rivière d'Avre. Ce château-fort, construit sous le roi Louis IV, avait pour but d'arrêter les invasions des Normands qui, en 859, étaient venus asseoir leur camp sur le plateau de la montagne de Guerbigny. La garde de ce château fut confiée, par les comtes de Vermandois, aux seigneurs de Roye, qui déléguèrent un des membres de leur famille, à titre de châtelain. Rogon de Roye paraît être le premier sire de Guer bigny auquel succéda Jean de Roye.
Le château de Guerbigny avait une grande importance ; sa situation, ses moyens de défense, en faisaient une forteresse redoutable qui fut Tobjet d'attaques fréquentes de la part des Bourguignons et des Orléanais ; c'est de la forteresse de Guerbigny, qu'en 1430, Pothon de Xantrailles fondit sur les Bourguignons venant de Roye et en sit un grand massacre près de Bouchoir. En 1552, les Impériaux campent à Guerbigny; pendant les guerres de la Fronde, en août 1653, le prince de Condé occupe le château de Guerbigny et expédie des lettres de sauve garde à Tabbaye de Saint-Martin-aux-Bois, qui apparte nait à son cousin, Tévêque de Bourges. Le château de Guerbigny resta la possession des seigneurs de Roye, qui furent les bienfaiteurs du pays ; ils fondèrent à Warsy, près de Guerbigny, une mala drerie dont les biens furent réunis, plus tard, à THôtel- Dieu de Montdidier.
Le château possédait une chapelle castrale, sous le vocable de Saint-Jean-du-Mont, dont TEvêque d'Amiens était collateur de plein droit. Les Seigneurs de Guerbigny accordèrent quelques franchises aux habitants du village, qui purent élire un mayeur et des échevins. Au mois de mai 1226, Bernard est cité comme mayeur de Guerbigny dans une vente de terres qu'il fait à Jehan, seigneur de Nesle. Les sires de Guerbigny obtinrent du roi Tétablisse ment d'une foire le 28 octobre et d'un marché-franc qui avait lieu le premier lundi de chaque mois. Ce jour-là, les acheteurs et les vendeurs étaient affranchis des droits de péage et de pontenage qui se percevaient sur le pont de la rivière d'Avre. Le village prenant du développement, de nombreuses habitations étant venues se grouper autour du château, une église fut édifiée sous le patronage de saint Pierre, et les Seigneurs contribuèrent à sa construction.
L'abbaye de Saint-Arnould de Crespy présentait un titulaire à la cure de Guerbigny, par concession de Tévêque Geoffroy de. 1108. Le Prieur de Tabbaye avait un tiers de la dime de Guerbigny, et Tabbesse de Monchy-sur-Aronde les deux autres tiers que lui avait donnés Mathieu de Roye, en 1238. L'église avait plusieurs chapelles : une dédiée à Sainte- Madeleine, fondée, en 1475, par Pierre Noiret de Guer bigny ; la chapelle Saint-Nicolas, dont Pierre de Bosquillon abandonna la nomination du titulaire à Téchevinage de Guerbigny, et la chapelle de Sainte-Croix. Los seigneurs de Guerbigny avaient aussi fondé, dans l'église paroissiale, pour leur servir de sépulture, une chapelle particulière sous le vocable de la Sainte-Vierge ; le seigneur du lieu en était le patron. Plusieurs membres de la famille de Roye surent inhumés dans cette chapelle.
Le domaine de Guerbigny fut longtemps la propriété de la maison de Roye ; en 1568, il fut saisi sur le prince de Condé, comme protestant, mais il lui fut restitué : cette seigneurie lui venait de sa femme, Eléonore de Roye. En 1626, son fils Henri II de Bourbon la vendit à Maximilien ' de Belleforière de Soyecourt, seigneur de Tilloloy. 4° Siger, chevalier, seigneur de Villers-Cauchy, cède à Tabbaye de Saint-Aubort de Cambrai les dimes qu'il avait dans le village de Saint-Aubert, du consentement de sa femme Radegonde, fille du seigneur de Beaumetz. 5° Jehan fut présent, en 1176, à la confirmation de la donation faite par Conon, comte de Soissons, à Tabbaye d'Ourscamp, de la terre de Séfour, près de Roye, une des quatre mairies du marquisat de Nesle. 6° Mathilde, mariée à Renaud de Mailly, vers 1119, fils de Anselme de Mailly.
Renaud, du consentement de sa femme, dame de Roye, donne un vingtième de la dime de Lignières-les-Roye à Tabbaye d'Arrouaise, ce que ratifie Rogon, seigneur de Guerbigny, en 1194. II cède à Tabbaye /le Saint-Aubert tous les droits qu'il avait sur les terres de Bar astre. Mathilde eut pour enfants : 1° Renaud ; 2° Guillaume ; 3" Simon de Mailly. — rogues de roye Rogues de Roye épousa la fille de Raoul de Coudun, qui lui apporta en mariage une partie de la terre de Coudun, à Texception de la dime de la villa de Saint-Pierre, appelée Monchy, située sur la rivière de TAronde, entre le château de Coudun et celui de Gournay, que le sire de Coudun tenait lui-même en fief du comte Raoul de Vermandois. Rogues de Roye sit, en 1150, un échange du village de Monchy, avec Tabbaye de Corbie, contre la dime, la terre et les censitaires que Rogues possédait à Roquencourt.
Cet échange fut approuvé par le roi Louis VII de qui était tenu le village de Monchy, et par Raoul, ce sief relevant du comté de Vermandois. Philippe de Flandre, comte de Vermandois, par Elisa beth sa femme, réclamait Thommage qui lui était dû pour la terre de Monchy ; Rogues de Roye ne s'y refusait pas, seulement il en référait à son beau-père, qui en avait le sief, et s'en rapportait à la décision de la cour de Philippe de Flandre. Rogues de Roye prit jour pour comparaître devant Philippe, alors à Montdidier. Au jour assigné, Rogues amena avec lui Raoul de Coudun qui refusa la garantie que lui demandait le sire de Roye et déclina la compétence de la Cour. Le comte et la comtesse Elisabeth, après avoir pris Tavis du Conseil, adjugèrent à Rogues la possession immédiate de la terre de Monchy sur-Aronde pour la tenir et relever d'eux directement.
Parmi les signataires présents à ce jugement, et qualifiés de fidèles du comte, on remarque : Vermond de Roye avec son fils Hugues ; Simon de la Celle (Léchelle), et Robert, son frère (1170). Raoul de Coudun comparaît comme témoin, avec Rogues de Roye, dans une donation que fait à Tabbaye d'Ourscamp le seigneur de Cressonsac, de la forêt de Saint-Vandre gisille. Le sceau de Raoul représente un homme à cheval, Tépée haute , avec Técu à deux fasces et cette légende : gffmillUS q$utt íU ($sta(lutt. Raoul signe avec Hugo, doyen de la collégiale de Saint- Florent, une charte de Philippe de Flandre, datée de Roye, en 1176. Le sire de Roye est encore témoin à une donation de trois muids de froment, mesure de Nesle, faite par Simon à Tabbaye de Fonsomme, à prendre sur la terre de Curchy. La seigneurie de Monchy resta ainsi acquise à la maison de Roye, et Raoul, Jean, Mathieu, Guy et Jean IV de Roye devinrent successivement seigneurs de Monchy-le- Perreux ou sur Aronde.
La seigneurie passa ensuite dans la maison de Humières , par Talliance de Jeanne d'Hangest , dame de Roye , avec Jean II de Humières, qui devint ainsi seigneur de Monchy ; puis Jean III, qui fut gouverneur de Péronne, Montdidier et Roye, mort en 1550, laissant dix-huit enfants. Charles, marquis de Monchy, tué en 1593* à la prise de Ham sur les Espagnols, laissa la seigneurie à sa sœur Jacque line de Humières, qui Tapporta en dot à Louis II de Crevant, gouverneur de Ham et de Compiègne. Louis IV de Crevant, maréchal de France, obtint du roi Louis XIV Térection de la terre de Monchy en duché, sous le titre de : Monchy -Humières. Le château de Monchy, situé près de la rivière et défendant le passage de TAronde, fut pris par les Anglais, par les Bourguignons, en 1418, puis passa successivement aux mains des Français et des ennemis ; rebâti avant 1650, il fut restauré de nouveau par le maréchal d'Humières qui en fit un séjour digne d'un prince.
En effet, Louis XIII y vint au mois de mai 1638; Louis XIV y demeura, à plusieurs reprises, notamment en 1666, où il resta quatre jours. Rogues de Roye laissa pour enfants : Dreux et Roricon. 1° Dreux de Roye est qualifié de chevalier (miles) dans trois chartes de Nicolas Claret, évêque de Cambrai, de 1162 à 1165. II souscrit, comme témoin, une charte de Philippe par laquelle le comte fait une donation à Tabbaye de Valsery en-Valois. II signe une reconnaissance de rentes envers les religieuses du Paraclet de Boves. Dreux de Roye périt au siège de Saint- Jean d'Acre; il avait donné, avant son départ pour la Terre-Sainte, quelques biens à Tabbaye d'Ourscamp. Le sceau de cette charte de donation représentait un cavalier armé. (1190). V. — RORICON DE ROYE. Roricon de Roye fût continué dans la châtellenie par Philippe de Flandre, comte de Vermandois ; il souscrivit Texemption accordée par le comte à Tabbaye d'Ourscamp.
Roricon signe la charte de donation de Virey à Notre- Dame de Paris, par le comte Philippe, en 1175, puis Tacte de confirmation de la terre de Gruny aux Frères d'Ourscamp. II consentit, en 1188, à la donation que le seigneur de Chilly-en-Santerre fit à l'église de Lihons. Après la mort de Philippe de Flandre, il signe avec le roi Philippe-Auguste une charte de l'église d'Amiens, par laquelle le chevalier Raoul de Saint-Taurin donne au Chapitre tout ce qu'il pouvait posséder en la terre de Folies (1190), c'est-à-dire la demie de la vicomté et de Tavouerie, qui dépendait du domaine de Roricon de Roye. C'était une distinction particulière de signer à une charte avec le roi ; cette faveur était réservée aux cinq grands dignitaires de la couronne. Roricon avait épousé Adeline ou Helvide de Guise, fille de Guy, seigneur de Guise, et d'Adéline de Montmorency.
II eut de son mariage sept enfants, qui sont : 1° Barthélemy de Roye. 2" Raoul, sire de Guerbigny et de Monchy ; au mois de décembre 1202, Raoul confirme la vente d'une rente de grains sur la dime de Lagny, près de Noyon. II fut père de Jean qui devint seigneur de Roye, et de Raoul, seigneur de Laferté en Ponthieu, du chef de sa femme Marie, dame de Laferté, issue des seigneurs de Ville sur-IUon. Ils sont les auteurs de la branche des seigneurs de Laferté et de Vendeuil qui brisait d'un lambel d'azur. Raoul laissa deux enfants : 1° Mathieu de Roye, seigneur de Laferté qui épousa Jeanne de Vendeuil; 2° Marie de Roye. Mathieu, comme seigneur de Laferté, approuve une donation faite par Idoine, châtelaine de Péronne, du consentement de son mari Nivelon de Ronquerolles, de vingt sols d'argent au couvent de Notre-Dame de Moreau court, à prendre sur la ville de Saint-Hilaire mouvant du sief de Laferté-les-Saint-Riquier.
(1234). Comme seigneur d'Eaucourt, il approuve, en 1240, la vente faite au couvent d'Epagne de vingt journaux de terre, situés près d'Eaucourt, par Guy de Monflières, qui était son homme-lige. Mathieu achète, en 1244, la terre de Brevilliers à Aelis de Neuville, veuve de Pierre Huvet, du consentement de son fils Siger, chevalier, sieur de Soyecourt. Le sire de Laferté eut des contestations avec Henri de Montreuil, chevalier, qui réclamait la possession d'un chemin conduisant de Maisons-en-Ponthieu à Montreuil sur-Mer ; un arrêt du Parlement, du 27 mai 1257, . se prononça en faveur de Mathieu et le maintint dans la garde et la vicomté de ce chemin. De nombreuses difficultés s'élevèrent aussi entre Mathieu et les moines de Saint-Riquier ; ces derniers avaient inter cepté, par une clôture, une ruelle contiguë à leur abbaye ; sur la plainte de Mathieu, le bailli d'Amiens avait fait détruire cette clôture, mais les religieux en appelèrent au Parlement.
Un arrêt du 9 février 1266 déclara que le Bailli avait outrepassé ses droits ; néanmoins, Mathieu continue à protester et un nouvel arrêt de Tannée suivante défend au Sire de commettre des violences contre Tab baye, lui enjoint, en outre, de replacer, où il Tavait trouvé, le corps d'un noyé qu'il avait enlevé près de Saint-Riquier et que réclamaient les moines, Mathieu s'accorde mieux avec TEchevinage de Saint- Riquier et donne son consentement aux réparations que le maire avait faites à un chemin appartenant au seigneur, sans cependant que TEchevinage puisse prétendre y exercer aucun droit de justice. (1269). Le 6 janvier suivant, Mathieu consent à ce que les sergents qu'il prépose à la garde de la vicomté de Centule prêtent serment, avant d'entrer en fonctions, entre les mains des maire et échevins, de garder fidèlement la vicomté, conformément à la loi, et accorde à TEchevinage le droit de justicier pour la taille, dans ses fiefs de la banlieue.
Mais des abus ayant été commis à propos du curage du ruisseau de la Ronne-Fontaine, en rompant le vivier et en construisant un pont dans son fief; les échevins surent condamnés à l'amende et à détruire leur pont. Mathieu retira, dès lors, le droit de percevoir la taille ; TEchevinage en appela au Parlement qui, en 1285, autorisa les maire et échevins de Saint-Riquier à tailler les bourgeois et les taillables demeurant dans les posses sions de Mathieu, et même à poursuivre ceux qui, ayant quitté la ville pour se réfugier sur les terres du seigneur, n'auraient pas acquitté les charges de la commune. Mathieu, en 1282, approuve, comme seigneur de Laferté, la vente faite aux Chapelains d'Amiens par Adrien Cheva lier, sire de Saint-Léger. De son mariage avec Jeanne de Vendeuil, Mathieu de Roye eut un fils dont nous parlerons tout-à-Theure.
Marie de Roye, fille de Raoul, fut mariée en premières noces à Aubert de Hangest, troisième du nom, seigneur de Hangest, de Genlis et de Neuville ; en secondes noces, elle épousa Bouchard, comte de Vendôme ; de ce deuxième mariage est issu, par divers degrés, le roi Henri IV. Elle eut de sa première union Aubert IV de Hangest et Marie, alliée à Jean, seigneur de Valen court. Une partie des terres provenant de Marie de Roye fut vendue par Bouchard, pour le produit, formant environ soixante livres de rentes parisis, être destiné aux écoliers étudiants à Paris , natifs de la ville ou du diocèse d'Arras. Mathieu II de Roye, maréchal de France, fut aussi seigneur de Laferté ; il reçut un mandement du bailli d'Amiens maintenant le maire et les échevins de Saint- Riquier dans le droit de faire payer aux bourgeois qui quitteraient la ville, pour s'établir sur ses terres, leur part des dettes communales.
Mathieu épousa, en avril 1291, Marguerite de Picquigny qui lui apporta en dot six mille livres tournois ; il mourut avant sa mère Jeanne de Vendeuil, laissant une fille du nom de Lyénor, qui épousa Jean de Châtillon-sur-Marne, sire de Gandelu. Mathieu, en mourant, fonda par testament plusieurs chapelles, entr'autres celle de la Trinité dans le château de Laferté ; pour cette fondation, Marguerite sa veuve, avait acheté douze livres de rentes du fief de Laferté, qu'elle échangea contre quarante journaux de terre sis à Cromont. Jean de Châtillon et Lyenor sa femme, rati fièrent cette acquisition, en 1314. Après la ruine du château, cette chapelle fut transférée dans l'église parois siale de Saint-Riquier. Marguerite fonda aussi une chapelle dans la collégiale de Picquigny, et en 1342, une autre au village de Vauchelles, sous le titre de Saint-Jacques-le-Grand, pour laquelle elle donna des terres à Vauchelles ; le titulaire était chargé de trois messes par semaine, pour le repos de son âme et pour celle de Mathieu.
Jeanne de Vendeuil, la femme de Mathieu Ier, fut condamnée par un arrêt du Parlement de 1311 à garantir à la demoiselle Marguerite de Picquigny, une somme de deux mille huit cents livres parisis qui était réclamée à celle-ci par demoiselle Marie de Roye. 3° Robert de Roye, fils de Roricon, frère de Raoul et de Barthélemy, fut grand prévôt de l'église de Cambrai, en 1220. 4° Pierre de Roye, chevalier, portait ses armes : éti quetées d'argent et de sable au chef fretté. II mourut le 2 mars 1248 et fut enterré dans Tabbaye de Joyenval, sous une tombe qui portait cette épitaphe : Laus patrice, flos militioe, fons nobilitatis Lux generis, probus innumeris signis probitatis Petrus de Roia, miles, tumulo jacet isto Pro quo dat Christo laudes pia Virgo Maria. Pierre de Roye laissa six enfants : 1 ° Pierre ; 2° Robert ; 3° Thibaut ; 4° Nicolas ; 5° Barthélemy ; 6° Guillaume.
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