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Beire-le-Châtel, et ses anciens fiefs. Histoire, chronique et légende

Auguste Bourgeois · 1880 · Scanned text

129,198 words · about 9 h 3 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Auguste Bourgeois
Language
French
Published
1880
Length
129,198 words · about 9 h 3 min
Sections
14 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (14)
  1. Preface about 7 min
  2. Chapitre II about 32 min
  3. Chapitre III about 29 min
  4. Chapitre IV about 22 min
  5. Chapitre V about 11 min
  6. Chapitre VI about 20 min
  7. Chapitre VII about 46 min
  8. Chapitre VIII about 3 min
  9. Chapitre IX about 1 h 54 min
  10. Chapitre X about 36 min
  11. Chapitre XI about 28 min
  12. Chapitre XII about 30 min
  13. Chapitre XIII about 48 min
  14. Chapitre XIV about 1 h 57 min

Continue:

Preface

Un jour, c'était, hélas ! au lendemain d'un grand deuil : notre célèbre et tant regretté compatriote, Arthur de Boissieu, Fauteur si spirituel des Lettres d'un Passant, venait d'être ravi à la tendresse des siens et à l'affection de ses amis, en pleurs et pour jamais inconsolables... Prié de vouloir bien, au nom de sa noble et digne épouse, brisée par la douleur, assis ter l' officier ministériel chargé de procéder à Tinventaire des meubles de ce vieux manoir de Beire, où tant de fois nous l'avions surpris i' PRÉFACE dans la composition de ses fines et mordantes satires, nous découvrîmes bientôt, sur les rayons d'une ancienne étagère , une riche collection de parchemins et de papiers pou dreux. Nous nous trouvions en présence de docu ments précieux. Et, sans nous en douter, nous avions devant nous : les manuels à cens, les terriers, divers titres enfin de toute nature, ajant servi jadis à la régie de la maison forte de Beire.

C'est là, puisque l'occasion nous en était spontanément offerte, que nous conçûmes le projet d'écrire les chroniques d'un village particulièrement aimé. Pour la rédaction de ces éphémérides. nous dûmes consulter d'abord les pièces qui venaient de nous tomber si fortuitement sous la main. Nous fîmes ensuite de nombreuses recherches aux Archives départementales de la Cote -d'Or, où nous rencontrâmes, nous nous faisons un devoir de le consigner ici, le plus bienveillant accueil de la part de M. l'archiviste Garnier. L'analvse de Peincedé. PRÉFACE la Chronique de Bèze, etc., nous furent de la plus grande utilité. Nous avons pu également prendre des notes précieuses à la mairie de Beire. Enfin, nous avons eu à notre disposi tion : le Recueil de Pérard. l'Histoirede Bour gogne par Dom Plancher, etc., etc., ainsi qu'il apparaîtra par les extraits que nous en donnerons.

Toutefois, les notes que nous avons voulu grouper en ce volume ne sauraient être envi sagées comme un travail complet : il nous eùt l'allu pour cela bien des documents que le lemps a fait disparaître; et. simple glaneur, nous avons dû, à notre grand regret, nous contenter de ramasser quelques épis seulement. échappés à l'œuvre destructive des siècles. Mais nos recherches ont été consciencieusement faites, et la modeste gerbe que nous en avons formée, nous lotirons de bon cœur el en Ioule assurance : au jeune fils d'Arthur de Boissieu d'abord, lui souhaitant de faire un jour revivre parmi nous les éminentes qualités de son illustre père: puis à chacun des membres de PRÉFACE son honorable famille, ainsi qu'à tous nos excellents amis de Beire. Pouvions-nous leur donner un gage plus certain de nos respectueux souvenirs et de notre attachement profond!...

Mirebeau, 30 septembre 1876. A. BOUBGEOIS, ancien Curé de Beire. I.àeBoisBÍeu.del.et BCïilp . Imp.Cadart.Parl». VUE DE BEIRE-LE-CHATEL . prise de la. Route de Dijon , CHAPITRE PREMIER Description générale de Beire. Beire-le-Châtel, un des plus beaux villages de la Côte-d'Or, assurément, est traversé parla route qui conduit de Dijon à Bourhonne-les-Bains par Bèze, Fontaine-Française et Champlitte. II est arrosé, du Nord au Midi, par la rivière de Tille, dont les eaux limpides offrent la transparence du cristal. On remarque sur ses rives une vieille tour carrée, maison forte au xiie siècle, qui donna probablement à cette commune le surnom qu'elle porte aujourd'hui. L' architecte André le Nostre dessina les jardins du château, dont il reste encore une magnifique plantation de superbes tilleuls.

Et l'un de ces arbres deux fois séculaires lutterait avantageusement, par sa taille gigantesque, avec ceux de l'Arquebuse de Dijon. C'est sous leur frais ombrage que le Passant de la Gazette (1) aimait à rêver, et qu'il venait chaque (1) Artliur de Boissieu. DESCRIPTION GÉNÉRALE DE REIIIK année, loin du tumulte et du fracas de la grande ville, recueillir les douces inspirations de sa muse fidèle. C'est là qu'à ses beures d'ahandon, ami Irop indulgent, il nous communiquait parfois ses éliaucbes, et qu'il nous lut en particulier plusieurs pages de ses premières lettres, qui furent celles de Colombine, ces lettres qu'on osa cependant lui con tester un jour!... Mais alors, semblable à un épi cueilli avant la maturité venue, il avait été mois sonné dans la fleur de ses ans. L'impitoyable mort l'étreignait sous les plis de son linceuil funèbre.

Aveugle et cruelle, elle venait de briser sa plume si pleine de verve entraînante; et ses lèvres, que nous avions connues si vives à la réplique, pour jamais étaient muettes !... (1). Le vilìage de Beire, magnifiquement bâti, un des mieux partagés quant à la riebesse et à la fertilité de son sol, fait partie de l'arrondissement de Dijon et du canton de Mirebeau-sur-Bèze. Dix-sept kilo mètres seulement le séparent de son chef-lieu d'ar rondissement, et neuf de son siège cantonal. On y récolte en abondance les céréales de toute nature ; et, quand le ciel se montre clément, k» raisin mûrit également sur ses coteaux. MM. Noël, Larcbé et Jourdeuil, sic vos non vobis, y ont tour à tour implanté ou développé une nouvelle culture, celle du houblon, qui ne les a pas enrichis, mais qu'une population active, intelli- (1) Le manuscrit, retrouvé depuis, est maintenant onlre les nrain rle Mmc de Boissieu.

DESCRIPTION GÉNÉRALE DE 1ÎEIKE 11 gente et laborieuse a fait étonnamment progresser, et Beire-le-Châtel est actuellement devenu le centre de produits houblonniers qui rivalisent en qualité, nous ne dirons pas avec ceux de Sphaalt ou de Saatz, mais certainement avec ceux de Bisclrweiler et de Haguenau. II nous souvient, et il nous a semblé hon de le consigner ici, qu'un riche négociant de Metz ou de Strasbourg, bêlas! c'était en 1860, ayant acheté l'importante récolte de M. Larché, devait la diriger sur le Rhin, afin de l'y mélanger dans ses vastes magasins, disait-il, avec du houblon de bonne et pure provenance : il affirmait sur l'honneur, c'était un juif! qu'il n'était pas possible de fabriquer de bonne bière avec des houblons de Bourgogne non mélangés. Mais au moment de la mise en bâches, notre fin et rusé planteur, retors comme un vieil avoué qu'il était, avait pris soin de glisser furtive ment au fond de chacune d'elles l'adresse sui vante : Nicolas Larché, planteur à Beire-le-Châtel, Côte-d'Or.

Lors de l'arrivée du convoi de sa mar chandise en gare de Dijon, le fils des tribus, ne se doutant de rien, dirigea, directement et sans plus de façon, nos produits sur diverses brasseries de Lyon, de Bourg, de Lons-le-Saunier, de Salins, etc., où lesdites adresses se retrouvèrent. Depuis ce jour, nos houblons sont avantageusement classés, et personne ne conteste plus leur qualité vraiment supérieure. Honneur et bon souvenir à M. Larché!... C'est sans cloute en signe de reconnaissance qu'un des nôtres avait essayé de cultiver sur sa sépulture une DESCRIPTION GÉNÉRALE DE BEIRE racine de la plante amère. Mais le houblon s'est montré rebelle, et sur la tombe de l'ancien plan teur, on ne voit plus qu'une humble croix de bois, où le vivantqui visite le champ des morts distingue à peine ces trois mots, qui sont une invocation et une prière : Bequiescat in pace!...

Ce souhait, qui fut celui des siens, est aussi le nôtre : qu'il re pose en paix !... Les houblonnières de Beire dépassent actuelle ment le chiffre de soixante hectares, dont les excellents produits sont enlevés, chaque année, par des négociants d'outre-Rhin, qui les écoulent ensuite sur les grands centres de consommation de France, d'Angleterre et d'Allemagne. Et ce village, modeste et ignoré jadis, est maintenant connu à l'instar des pays de production les plus renommés. II avait donc droit à son histoire locale, et nous sommes aussi heureux que flatté de la lui offrir aujourd'hui dans ces humbles chroniques. Beire-le-Chàtel est peuplé d'habitations char mantes, toutes environnées de parcs ou de jardins, vastes et bien dessinés, qui lui donnent l'aspect d'un important et immense village. Cependant le chiffre officiel de sa population n'est que de 763 ha bitants. — Au centre de la paroisse, mesurant une étendue de 2,300 mètres, et échelonnée le long de la rivière et de la route dont nous venons de parler, sur une place d'une ampleur vraiment rare, entre un gracieux presbytère et un hôtel de ville du goût le plus détestable, se dresse, majestueuse et belle, une magnifique église, de construction récente, qui aura son chapitre spécial dans ce volume, et qu'on DESCRIPTION GÉNÉRALE DE BEIRE 13 peut, sans hésiter un seul instant, ranger parmi les plus remarquables du diocèse de Dijon.

Beire compte deux écarts : le hameau de Ves vrotte, avec son superbe château, et l'ancienne maison forte de la Chaume , aujourd'hui simple métairie, mais autour de laquelle on remarque encore les murailles et les fossés que le sieur de Tart, André de Baissey, y avait lait restaurer, vers Fan 1564, sous le règne de Charles IX, alors qu'il était possesseur de ce fief (1). Le territoire de cette riche commune est d'une étendue superficielle de 1,925 hectares, comprenant des terres arables, des prés, des vignes, des bois et des houblons. Chaque habitant, moyennant un cens annuel réglé par 1'édilité locale, y a droit à un affouage et á 48 ares environ de pâtis communaux, fertiles et bien assainis, où plusieurs d'entre eux ont établi de superbes houblonnières. Au point de vue géologique, le sol de Beire doit être divisé en trois zones, partant parallèlement, du nord au midi.

La première comprenant le ter rain de la craie, et faisant partie du lambeau re marquable que nous en possédons, dans notre département, entre Tànay, Belleneuve et Viévigne. Elle s'étend de la petite chaîne de collines, allant du Beau-Mousseau, commune de Viévigne, à la Forêt-Haute, commune d'Arceau, avec déclivité sur les fontaines d'Orme et deTrésie, bien connues des (1) Archives du château de Beire, volume d'iuformations ayant servi à l'aucien terrier. DESCRIPTION GÉNÉRALE DE BEIRE habitants. — La seconde zone, sous laquelle disparaît la première, est celle des terrains tertiaires ou sables rouges argileux, lesquels s'étendent des limites que nous venons de tracer jusqu'au redan qui borde la rivière de Tille. — Enfin, la troisième, couvrant la seconde, est celle des alluvions de la Tille, très propres à la culture du houblon, à cause de leur fraîcheur, et que les habitants de Beire appellent terres de Varennes. C'est là qu'ils ont établi leurs riches houblonnières.

Chapitre II

Origines du village de Beire et noms divers qu'il a portés. Avant de dire ce que nous avons pu découvrir relativement aux origines du village dont nous écri vous les chroniques, nous avons pensé que peut ètre nous serions agréable au lecteur, en don nant ici les divers noms que Beire a portés dans les âges écoulés. 11 en fut de la commune qui nous occupe en ce moment, comme de toutes celles dont quelque dénomination, aristocratique ou religieuse, son nait mal aux oreilles délicates des réformateurs du siècle dernier; elle fut rebaptisée. La section où se trouvait l'ancien chastel, étant la plus étendue, s'appela naturellement le Grand-Beire. Pour une raison inverse, celle qui possédait l'église se nom ma le Petit-Beire. Observons cependant que, dès le milieu du xvic siècle, les habitants appelaient déjà du nom de Beyre-le-Grancl la section qui possédait la maison forte de Beire.

Cela découle pour nous de la déposition de plusieurs témoins entendus dans un procès survenu alors, entre les seigneurs de la Chaume et de Beire (1). — Vesvrotte et la Chaume, portant des noms anodins, gardèrent leurs anciennes dénominations. Aujourd'hui ces quatre sections , tout en con servant leurs noms respectifs, se confondent en une même commune, en une seule et même pa roisse portant, religieusement et civilement, le nom collectif de Beire-le-Chàtel. Les anciens titres que nous avons pu consulter nous autorisent à dire que la communauté de Beire, ainsi qu'on pourra s'en convaincre d'ail leurs, par la lecture des diverses chartes latines et françaises qui la concernent, a successivement porté les noms qui suivent et que nous rapportons ici, dans Tordre à peu près où ils nous ont apparu : Beria, Bera, Byère, Bère, Bère-le-Chastel, Bère l'Eglise, Bèrede-Moustier, Bère-la- Ville, Beyre-sur les-Thilles, Beyre-les-Mirebel, Beyre-le-Grand, Beyre, Beire,leGrand-Beire,lePetit-Beire et Beire le-Chàtel. 11 est évident que plusieurs des noms de cette longue série, les quatre premiers par exemple, devaient désigner la paroisse entière.

Les autres, selon le cas, se rapportaient à l'une ou à l'autre fraction du village. Sont venus ensuite les norns actuels de Beire et de Beire-le-Chàtel affectés à l' ensemble de la commune. (1) Arch. du château, volume d'informatious. Les dénominations de Bère-le-Chàtel et de Bère la-Ville nous révèlent que jadis, à ne pas en dou ter, la paroisse de Beire était déjà divisée, comme elle l'est encore aujourd'hui, en deux sections prin cipales. Mais ces dénominations n'apparaissent pas avant la fin du xive siècle, et nous verrons que, bien avant cette date, Beire avait son église et son château. S'il fallait établir quelle est celle des deux fractions du village qui remporte sur l'autre, comme ancienneté, la chose ne serait pas facile. Tou tefois , si nous devons nous en tenir aux seuls titres qui nous restent, nous croirons assez volon tiers que Beire-la-Ville ou le Petit-Beire fut le ber ceau de la communauté béréenne : en effet, l'église de ce lieu, non pas celle d'aujourd'hui, mais celle qui dut la précéder, nous le démontrerons plus tard, a des origines authentiques et certaines qui la font remonter à l'an 830 au moins. — Le chevalier Milon, au contraire, qui nous semble avoir été l'un des premiers seigneurs de Beire, n'appartient qu'au commencement du xi° siècle (1015), sans qu'il soit possible de dire, au reste, dans quelle par tie de ce village il avait dû fixer sa demeure.

Loin de nous, toutefois, la pensée de contester la haute antiquité de la maison forte de Beire-le- Chàtel : il en est fait mention bien formelle dans deux pièces, très précieuses sous ce rapport, gardées aux archives de la Côte-d'Or, les sceaux qui en garantissent l'authenticité se trouvant encore au jourd'hui dans un état de parfaite conservation. La première, écrite au mois d'avril 1254, est relative à un traité passé entre Bobert, sire de Beire, et l'abbé du monastère de Bèze, lequel traité est scellé des sceaux de l'abbé de Saint-Etienne de Dijon et de Monsignor Henri, « Seignor de Mirebel et sénéchal de Bourgongne ». — La seconde, qui porte la date du mois de mars 1200, est une reprise de fief faite par Othes, sire de Beire, au duc Bobert de Bourgogne, laquelle est revêtue du sceau de l'of íicial de Langres, le siège vacant, et de celui du sire de Vergy.

Les extraits de ces deux pièces sont entre nos mains. Si on remarque, dans le cours de ce récit, que nous négligeons la Chaume et Vesvrotte, pour nous attacher tout spécialement à Beire , nous obser verons : 1" que les documents relatifs à ces deux sections nous ont presque complètement fait défaut; 2' que notre intention, si nous y sommes un jour autorisé, est de joindre, en forme d'appendice, aux chroniques de Beire, un travail laissé par feu M. le comte Alphonse de Vesvrotte , de sainte et vénérée mémoire, relatif au hameau dont il portait le nom ; 3° qu'enfin, nous pourrons peut-être ajou ter encore à ce volume quelques notes recueillies, pendant le cours de nos diverses recherches, sur l'ancienne maison forte de la Chaume. Et puis ces deux écarts, d'ailleurs, malgré l'importance de leurs maisons sortes , n'ont jamais figuré qu'au second rang dans la commune de Beire.

Ces préliminaires posés, disons que le premier monument écrit, où il soit fait mention de Beire, est la Chronique de Bèze, monument très respectable, surtout au point de vue de notre histoire locale. Le moine Jean, qui la rédigea jusqu'au xne siècle, nous apprend, en effet, que, tout au début, ce village lit partie de la riche dotation de la célèbre abbaye de Bèze, fondée vers l'an 630 de nctre ère, ainsi que nous rétablirons tout à l'heure. Mais ne pourrait -on pas reporter nos origines à une époque plus reculée? — Pour notre compte personnel, nous croyons assez volontiers qu'avant la fondation du monastère de Bèze, Beire existait déjà, et qu'il dut tour à tour être habité par les Celtes, les Romains, les Attuariens et les Bourguignons. Nous allons dire un mot de ces quatre époques. I. — Epoque celtique.

Cette époque nous est révélée par le nom même qui fut donné à la commune de Beire : Selon l'ar chiviste Boudot, le mot Beire dériverait de la langue celtique, et il désignerait un lieu situé dans la plaine, près d'une rivière (1). Et telle est bien la topographie de ce village, où on découvre à peine quelques plis de terrain sur les rives délicieuse ment ombragées de la Tille. — On remarque, il est vrai, à l'est de son vaste territoire, les petites collines de B_aroy, où sont plantés ses plus considé rables vignobles, mais elles sont éloignées de deux kilomètres au moins du centre de la commune. (1) Géographie historique du canlon de Mirebeau. Une seconde raison nous semble militer encore en faveur de la résidence des Celtes sur le sol béréen : c'est la découverte qu'on y a faite de deux hachettes en silex à leur usage, qui faisaient jadis partie de la collection de M. Alphonse de Vesvrotte. — Ne sait-on pas, d'ailleurs, que dans le voisinage de Beire, au centre de la forêt de Ve lours, il y eut une ville gauloise, Antua, dont la tra dition a conservé le souvenir et dont les habitants de la localité indiquent encore à l' étranger qui vient la visiter l'enceinte parfaitement conservée?

II. — Epoque romaine. Si nous n'avons rien de bien précis sur cette époque, disons cependant qu'il est assez difficile de ne pas constater au moins les traces du peuple conquérant sur notre sol : Courtépée (1) dit for mellement qu'on remarque à Vesvrotte , hameau de Beire , un ancien chemin romain conduisant de Dijon à Mirebeau, qui aurait donné à cette fraction du village le nom qu'elle porte encore aujourd'hui : via rupta 'ou vêtus via, d'où serait venue plus tard la dénomination actuelle de Ves vrotte, ou vieille route. — Cette voie romaine n'est pas ignorée de nos cultivateurs : ils en con naissent parfaitement les lignes, soit que la tradi tion les leur ait indiquées, ou bien qu'elles leur soient révélées par le soc de la charrue au temps (1) Vol. II, p. 164. des labours, et par la dépression des céréales aux jours de la moisson.

Elle figure sur certaines cartes où sont décrites les anciennes voies romaines ; et d'ailleurs, on en retrouve également les traces, entre Beire et Brognon, où viennent d'avoir lieu de nombreux défoncements pour la culture du hou blon. Ce qu'affirme l'historien populaire de la Bour gogne est corroboré par une importante découverte qui fut faite, en 1822, près de Beire-l'Eglise, lors de rétablissement du chemin qui conduit de ce lieu à Magny-Saint-Médard, et que Giraud raconte ainsi dans son histoire nationale : « Au levant de Beire-l'Eglise, sur la roule de Vesvrotte, était un chemin romain dont ce hameau tire son nom via rupta, dont on aperçoit les vestiges en différentes parties de cette route, notamment au pâquier Saint- Laurent. Près de Beire-l'Eglise et le long du parc du château de Vesvrotte, on a trouvé, en souillant les fossés du chemin, divers outils romains.

Sous une butte de sable rouge, au midi de ce même che min, joignant le pâquier Saint-Laurent, on a trouvé plusieurs antiquités romaines : des urnes sépulcrales en terre, renfermant des ossements, notamment une de quinze pouces de diamètre (nous les avons vues à la bibliothèque du château de Ves vrotte, où on les avait déposées lors de leur découverte) ; une très belle médaille d'Antonin, grand bronze; une autre de Néron, mème module; une Faustine, dans un petit pot; un cadavre avec la lame d'une épée brisée en trois parties ; deux anneaux en cuivre provenant de ceinturons; enfin, plusieurs paires d'agrafés provenant de deux autres sépultures (1). o Une sépulture, avec une urne funéraire àlatête du mort, fut également découverte dans la section du Grand-Beire par M. François Bourguignon, trésorier actuel de la fabrique, lorsque, vers 1835, il se livrait à des travaux d'extraction de sables et de nivellement, dans la cour de la maison de son père, sise rue de la Bourderoie.

Cette sépulture, nous a-t-il dit, était à lm50 de profondeur au moins, la tête regardant le couchant. Dans la même cour, par diverses autres personnes, venant enlever des sables rouges pour Passainissement de leurs étables, furent aussi découvertes des masses d'ossements, des débris d'armes, des pièces de monnaie, des urnes sépulcrales, à une même profondeur et clans les mêmes conditions. II y a trois ou quatre ans, à deux cents mètres du lieu dont nous parlons, au moment de la construction des vastes bâtiments de la ferme de M. Forgeot, on trouva de semblables sépultures en creusant les fondations de ces bâtiments. Nous devons ces renseignements à i'obligeance de M. François Roy, conseiller municipal, qui présidait à ces divers travaux, en qualité de fermier de M. Forgeot. — Les nombreux défoncements pratiqués depuis 40 ans sur le finage de Beire, pour rétablissement des houblonnières, ont amené la découverte d'une multitude d'autres sé- (1) Géojiraphie de Giraull conservée h la bibliothèque de M. Marc de Vesvrotte. pultures, les unes pouvant être reportées à l'époque de l'occupation romaine, les autres plus récentes et sans caractère propre.

Ces dernières sembleraient attester, ce que nous pourrons établie plus tard, que cette commune fut le théâtre de plusieurs en gagements ou combats. Une partie des choses que nous venons de rap porter ayant paru, sous forme de lettres anonymes, dans le journal la Côte-d'Or, cette publication produisit l' effet d'une information en règle, où chacun vint raconter ce qu'il savait. Un grand nombre des habitants de Beire, mis en éveil, pu rent évoquer leurs souvenirs de cinquante ans. Et voici les nouveaux renseignements que nous avons nous-même recueillis de la bouche de plusieurs témoins oculaires, tous dignes de foi : non seule ment on a découvert sur le sol béréen les sépultures dont nous avons parlé plus haut, mais depuis moins de soixante ans on y a également trouvé : 1° Un sarcophage en pierre, qui avait été déposé à l'ancien pâquier Ragot, tout près des fossés maintenant comblés du château de Beire. et non loin de la place publique de la Charme, historique dans le village parce que c'était ià, en plein air sous un vieil orme, que se tenaient jadis les assemblées de la communauté, et que les échevins avaient cou tume, avant la Révolution, de venir rendre compte à leurs concitoyens du mandat qu'ils en tenaient, les habitants ayant été préalablement convoqués au son de la grosse cloche.

Ce sarcophage devait sans doute appartenir à l'époque mérovingienne, et si nous constatons ici sa découverte, c'est pour en garder le souvenir aux âges futurs, et fournir ainsi des éléments aux personnes qui voudraient plus tard s'occuper à leur tour de Thistoire locale de Beire, comme nous le faisons aujourd'hui. D'autre part, M. Perrot-Janin nous a raconté qu'au temps de sa jeunesse, alors qu'il avait une dizaine d'années, il était allé, avec plusieurs en fants de son âge, un jour de congé, dans la cour de la maison Bounder appartenant maintenant à M. De lacre, pour y voir des tombeaux en pierre, que la bêche du jardinier venait de découvrir, dans la par tie nord du jardin anglais qui fait suite à cette gra cieuse habitation. 2° Plusieurs urnes sépulcrales d'une assez grande dimension, des amphores peut-être, dans lesquelles on constata la présence d'un certain nombre de pièces de monnaie romaine. — Elle furent trouvées sur le versant d'une petite colline, au climat appelé la Combotte, dans une pièce de terre appartenant alors à M. Le Belin, et aboutissant sur l'ancien chemin des Carabins, à cent mètres environ de l'en droit où celui de Lux se bifurque avec la route de Dijon.

L'auteur de cette précieuse trouvaille fut un pauvre pâtre appelé Ménétrier, qui s'était con struit là une petite hutte, afin de se protéger contre les intempéries de la saison pluvieuse. Les urnes et les monnaies allèrent prendre rang parmi les objets de la riche collection de M. Charles de Vesvrotte, alors maire de la commune de Beire et amateur distingué. Ces détails nous ont été fournis par un vieillard. Buire o» Burette en terre .oirel.rfltî. * .M* *U*Ile ÍAla» ire S™n»„, fJÍÎL™e. fer; longueur 16 ! ) Pointe de nocie en «a«,r«r.der..te«ne. 5 .Boucle en Ironie | ,r«,le= «.réelle S .Ecuelle en terre : <LWtre Ui 3 Va.c enterre, rireonferer.ee 1Ï117; t«nl'32î.GMéd«lle fAleraire Sévire; tpurd' n.* 9. B oncle de ceinturon en fer; long' 26 OBJETS ANTIQUES TROUVES A BEIRE type tout particulier, auquel il est juste, à cause de cela même, que nous laissions un instant la parole. — La conversation a lieu en présence de sa fidèle compagne, dans sa maisonnette enfumée, qui nous rappelle quelque peu la chaumière historique de l'hospitalier Philémon.

Ecoutons-le avec respect, sa prose en vaut la peine : « Mater, monsieu, ç'atô des asements tonnerre ment veilles. Ça d'vô, qui crois, r'montai ai lai révolution vou bé au déluge (textuel). Y compte bé, monsieu, qu' voles r'treuvrein enco au chàteà d'Va vrotte, ca l'vachei qu'les ai treuvés les évô baillés vou vendus, y n'sais pu, ai monsieu de d'Vavrotte, l'grand'père de stu-ci. C'en atô ein malin et pé ein rude, stu-là! Y compte bé, mater, qu'nue n'pouvô l'y en r'codai. — En n'en ai encô treuvé les pai roilles, d'vé l'même temps, ai lai croix saint Loi rent, qu'deuvent être mêmement ai Vavrotte : el aimô ça, l'monsieu! — En s'çarvo d'ça, qui crois, dans l'ancien temps, po mette d'iai graisse vou bé dTheule. Ma, aujô d'aujed'heu, en a fié : teut a bé changé dans lè modes, et pu nue n'vourô s'sarvi d'asements pairoilles. » Sur quoi la timide Baucis, muette jusque-là, ha sarda discrètement la réflexion qui suit, et que nous rendons aussi textuellement que possible : « Ça bé vrai, esteur pu nue n'sé cnait.

En forô lès voie d'aivou lôs casques qu'les Prussiens n'y mon tont pu ran. En n'sait ma foi pu si ça des coiffes vou bé des boùçons qu'illes potent su lôs tètes. » Philémon et Baucis avaient dit vrai, mais ils s'é taient, Baucis plus que Philémon cependant, quelque peu écartés de leur sujet. Est-il possible à une femme, fùt-elle plus âgée que notre mère Eve, d'ailleurs, de ne pas parler toilette, même quand il s'agit d'antiquités romaines!... Pour nous, qui te nons à rester dans notre rôle, nous dirons que cette ancienne voie, ces pièces de monnaie, ces urnes funéraires, ces débris d'armes et ces cendres muettes, dont nous venons de parler, sont autant de témoins irrécusables attestant que le village de Beire appartient certainement à l'époque romaine, et que nous pouvons hardiment le classer parmi les plus anciens de la Côte-d'Or.

Le patois de François Berthiot est aussi pur en son genre que le correct latin de Cicéron, dont les beautés seront toujours comprises. Mais il ne saurait en être ainsi du dialecte béréen, qui tend cha que jour à disparaître. Nous avons donc pensé qu'il serait utile de donner ici la traduction, à peu près fidèle, de la relation, insérée plus haut, de Philé mon et de Baucis. La voici : « Certes, monsieur, ces vases étaient très anciens : ils devaient remonter, je crois, à la Révolution ou bien au déluge!... Je pense que vous pourriez encore les retrouver au château de Vesvrotte, attendu que le vacher qui les avait trouvés les avait donnés ou vendus àM. Charles de Vesvrotte, l' aïeul de M. Armand. C'était un sa vant et un homme d'une grande valeur : je pense qu'il était difficile de lui en remontrer. — Vers la même époque, on a également trouvé de pareils vases à la croix Saint-Laurent ; je présume qu'ils sont aussi au château de Vesvrotte, car le seiçmeur de ce lieu était grand amateur d'antiquités.

On devait jadis se servir de ces vases pour y mettre de la graisse ou de l'huile. Mais à notre époque on a moins de simplicité, et on ne voudrait plus se ser vir de vaisselle aussi grossière. » Philémon ayant dit, Baucis prit la parole, et s'in spirant d'un travers que la mode avait emprunté à la coiffure sinistre des Prussiens, nos ennemis, elle ajouta ces quelques mots approbateurs au discours de son mari : « Ab, c'est bien vrai, maintenant chacun cherche à sortir de sa condition ; on ou blie trop ses origines. II faut les voir avec leurs casques, qui dépassent en hauteur ceux des fils de la Prusse. On ne sait plus, vraiment, si ce sont des coiffes ou des buissons qu'elles portent sur leurs têtes ! » Qu'on nous permette, enfin, de mentionner en core ici une dernière découverte d'un certain nombre de médailles plus récentes, qui fut faite au climat de Crot, entre Beire et Viévigne, par Nicolas Garnier, il y a environ 40 ans.

Selon M. Alphonse de Vesvrotte, qui les reprit en partie pour son riche médailler, elles auraient pu être cachées là pour les soustraire à la rapacité des hordes diverses d'envahisseurs dont Beire eut à souffrir. Nous sa vons en particulier, selon la chronique de Bèze, que le monastère de ce lieu fut successivement ravagé par les Sarrasins , les Normands et les Hongrois pendant les années 732, 888 et 037. II est peu pro bable que la banlieue ait été épargnée. — L'étude de ces médailles pourrait certainement être très utile à Thistoire de Beire. D'autres après nous, sur cette simple indication, pourront un jour s'en occuper. — Epoque uttuarienne. II est temps d'arriver maintenant à Tinstallation, dans nos contrées, d'une colonie franque issue des anciens Cattes, et connue sous le nom de tribu attuarienne. — Tacite, Strabon et Ptolérnée donnent à ces Francs les noms de Chassaarii, Cha tuarii et Cassuares (1) ; et les géographes les pla cent généralement au-delà du Rhin, dans la West phalie, sur la Lippe, non loin des Biuctères.

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