Read here

Le Bosphore et Constantinople, avec perspectives des pays limitrophes, etc

P. A. Chikhachev · 1864 · Scanned text

145,622 words · about 10 h 12 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Scanned text — may contain errors · original scans are not available here · view the original source

Licence: PDM · British Library Digitised Books dataset db14 (doi 10.21250/db14) marks the OCR texts CC Public Domain Mark 1.0 (c. 1510-c. 1900 publications); text+metadata JSONL release doi 10.23636/r7w6-zy15 is CC0 1.0. Public Domain Mark is a status label, not a new copyright licence. · Digitised by the British Library (with Microsoft). Text: British Library Digitised Books, CC Public Domain Mark 1.0.

Text from British Library, read from page scans by OCR and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
P. A. Chikhachev
Language
French
Published
1864
Length
145,622 words · about 10 h 12 min
Sections
43 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (43)
  1. Front matter about 1 min
  2. Preface about 13 min
  3. Chapitre 1. Relief Du Pays Et Cours D'eau about 44 min
  4. Chapitre II about 17 min
  5. Chapitre III. Iles about 17 min
  6. Chapitre IV. Le Chien about 13 min
  7. Chapitre V. La about 43 min
  8. Chapitre VI. Le about 59 min
  9. Chapitre VIII. Chasse Et about 20 min
  10. Chapitre IX about 23 min
  11. Chapitre X about 14 min
  12. Chapitre XI about 8 min
  13. Chapitre XII. Conclusions Fournies Par Le Chapitre about 15 min
  14. Chapitre XIII about 58 min
  15. Chapitre XIV about 57 min
  16. Chapitre XV. Excursions Sur Le Littoral Occidental De L'asie Mineure about 25 min
  17. Introduction about 7 min
  18. Chapitre XVI. Roches about 28 min
  19. Chapitre XVII. Terrain Devonien about 49 min
  20. Chapitre XVIII about 20 min
  21. Chapitre XIX. Terrain Tertiaire about 11 min
  22. Chapitre XX. Continuation Du Terrain Tertiaire about 18 min
  23. Chapitre XXI. Terrain Quaternaire about 28 min
  24. Chapitre I. Reliee Du Pays Et Cours D'eau about 1 min
  25. Chapitre II under 1 min
  26. Chapitre III. Iles about 1 min
  27. Chapitre IV under 1 min
  28. Chapitre V. La about 1 min
  29. Chapitre VI. Le Eoeuf, Le Chameau about 1 min
  30. Chapitre VII. Le Cheval, L'ane, Le Mulet about 2 min
  31. Chapitre VIII. Chasse Et about 2 min
  32. Chapitre IX about 1 min
  33. Chapitre X about 1 min
  34. Chapitre XII. Conclusions Fournies Par Le Chapitre about 1 min
  35. Chapitre XIII about 2 min
  36. Chapitre XIV about 3 min
  37. Chapitre XV about 1 min
  38. Chapitre XVI. Roches about 2 min
  39. Chapitre XVII. Terrain Devonien about 2 min
  40. Chapitre XVIII about 1 min
  41. Chapitre XIX. Terrain Tertiaire under 1 min
  42. Chapitre XX. Continuation Du Terrain Tertiaire about 1 min
  43. Chapitre XXI. Terrain Quaternaire Et Conclusions about 3 min

Continue:

Front matter

I LE BOSPHORE ET CONSTANTINOPLE AVEC, PERSPECTIVE DES PAYS LIMITROPHES r.\R P. DE TCHIHATCHEF MEMBRE CORRESPONDANT DE l'INSTTTIJT, ASSOCIÉ ÉTRANGER DE 1,'aCADËMIE DES SCIENCES DE BERLIN, ETC., ETC Avec deax cartes, oeuf planches, et nenf figures intercalées dans le texte PARIS LIBRAIRIE DES SCIENCES NATURELLES ET DES ARTS ILLUSTRÉS TH. MÛRGAND LIBRAIRE-EDITEUR, 5, R D E BONAPARTE Se trouve aussi chez GIDE, même rue, même numérn M DCCC LE BOSPHORE ET CONSTANTINOPLE c I bave seen the ruins os Athens, I hav trarersed great pari ofTurkey, and niany other parts os Europe, and some os Asia ; but I never bebelil a work os nature or arl winch yieldeii an impression like tlie prospect on each side, from the Seven Towers to 1 lie end os the Golden Ilnrn. » B Y R O V PL.A. S.UTlge sc CONSTANTINOPLE Vu du palais de Russie.

BOSPH Bc CONSTANTINOPLE. P, de Tchiliatche'fi". del. LE BOSPHORE ET CONSTANTINOPLE AVEC PERSPECTIVES DES PAYS LIMITROPHES PAR P. DE TCHIHATCHEF , MEMBRE CORRESPONDANT II E i/lNSTITUT associé étranger de [.'académie des sciences de berlin, etc., etc. Avec deux cartes , neuf planches et neuf figures intercalées dans le texte PARIS LIHKAIRIE DES SCIENCES NATURELLES ET DES ARTS ILLUSTRÉS TH. MORGAN D LIBRAIRE-ÉDITEUR, 5, RUE 1IDS A1AKI1 Se trouve aussi chez GIDE, même rue, même numén H D C C C L X 1 V

Preface

. Depuis plus de dix-sept années que j'étudie sur les lieux mêmes diverses régions de l'Orient, particulièrement, quoique non exclusivement, au point de vue des sciences naturelles, j'ai souvent eu l'idée de choisir dans la grande quantité de matériaux que j'ai accumulés quelques fragments susceptibles d'offrir un intérêt général et d'être présentés, sous une forme littéraire, même aux gens du monde. C'est à cette idée que j'obéis aujour d'hui, dans le but de faire pénétrer dans toutes les classes éclairées de la société les résultats de longs et pénibles labeurs qui, jusqu'à ce moment, ne s'étaient adressés qu'au petit nombre des hommes spéciaux. C'est donc à l'indulgence de nouveaux lecteurs, dont je ne suis connu peut-être que par certains opus cules politiques , que je laisse plus particulièrement le soin . sans exclure toutefois mes vieilles connaissances a PRÉFACE.

II du monde scientifique, d'apprécier P exécution du plan que je me suis tracé, plan que j'étendrais volontiers à des publications du même genre, sur d'autres .contrées de l'Orient, si j'élais assez heureux aujourd'hui pour avoir atteint mon but. ' Je renvoie aux deux introductions qui accompa gnent, l'une la partie que j'appellerai littéraire et pit toresque, l'autre la partie scientifique de mon ouvrage, pour expliquer P ordonnance générale de mon livre, et je me bornerai à dire ici deux mots de la carte qui l'accompagne. et de quelques particularités dont je dois compte au lecteur. Grâce à la grande carte du Bosphore exécutée pen dant les années 1836 et 1837 par M. le baron de Moltke1, de laquelle M. Kiepert a fait paraître, en 1853, une élégante réduction, la topographie des deux rives du détroit offre un tableau sinon mathématiquement exact, du moins assez satisfaisant dans son ensemble; en sorte qu'en y introduisant les modifications suggé rées par les études auxquelles je me suis livré dans le cours de l'été de 1863, j'aurais pu me contenter de reproduire le travail du savant ingénieur prussien, si mes explorations n'avaient eu pour objet que les seules rives du détroit.

Mais comme elles s'étendaient à une partie considérable de la Thrace et de la Bithynie, il fallait nécessairement rattacher cette région, comparativement assez vaste, à la carte toute locale de M. de 1. Karle von Conslanlinopel und dem Bosphorus. Berlin, 18Z|9, chez Simon Schropp et comp. PRÉFACE. III Moltke. En conséquence, j'ai fait appel à l'une des autorités les plus compétentes de notre époque pour mettre à exécution ce nouveau tracé, tant à l'aide des matériaux que j'avais pu recueillir que de ceux me venant d'une autre source. Ils consistaient, en outre de mes propres itinéraires, en un relevé, fait au com pas par M. Charles Ritter, de la contrée située à l'ouest de la rive eui'opéenne du Bosphore , jusqu'au méridien de la ville de Silivri. Ce document inédit, que je dois à M. Ritter. dont la bienveillance aussi éclairée que désintéressée m'a été si utile durant mon dernier séjour sur les rives du Bosphore, constitue la partie la plus importante des matériaux mis à la disposition de M. H. Kiepert; mais il n'a fallu rien moins que le talent consommé et Pérudition consciencieuse qui caractérisent P éminent géographe de Berlin, pour coordonner et élaborer ces matériaux , malheureusement encore très-imparfaits, ainsi que ceux qui avaient déjà été précédemment publiés1.

Une carte, pour si peu détaillée qu'elle soit, des contrées limitrophes du Bosphore, a d'autant plus de valeur, que jusqu'à ce moment ces contrées ont été en quelque sorte exclues du cadre spécial des travaux topographiques dont le canal proprement dit n'a cessé d'être l'objet, parce que l'intérêt que celui-ci inspire n'est pas seulement d'une nature purement rétrospec tive, mais encore porte le cachet d'une constante ac tualité, en raison de son imporlance militaire. Cepen- 1. Notamment les Itinéraires dp M. Viquesnel dans la Thrace. PRÉFACE. IV dant, les liens qui rattachent le Bosphore aux terres adjacentes de la Thrace et de la Bithynie sont tellement intimes, que terres et détroit forment un ensemble indivisible, même dans le sens politique, puisque les extrémités des presqu'îles de Thrace et de Bithynie sont les contre-forts naturels du canal; en sorte que les ouvrages extérieurs partageront toujours les destinées de la grande citadelle centrale.

II en résulte que les presqu'îles dont il s'agit méritent au même degré que le Bosphore proprement dit l'attention des hommes d'état et du public. Cela sera démontré de la manière la plus évidente le jour où Constantinople deviendra le théâtre de quelque nouvelle complication européenne : car, parmi les cartes qui défrayeront alors la curiosité générale, le détroit figurera, non seul, mais avec ses compléments indispensables et naturels : la Thrace et la Bithynie. Ce n'est donc que sous cette forme qu'une carte du Bosphore répondra au besoin qu'éprouvent périodique ment nos populations de se familiariser avec les di verses parties du globe terrestre, besoin qui constitue peut-être le trait le plus saillant et le plus original de notre époque. En effet, quoi de plus curieux que la facilité avec laquelle la foule se livre aujourd'hui à ce qu'on pourrait appeler des cours de géographie en plein vent, cours rendus d'autant plus instructifs, que les pays placés chaque jour sous les yeux du public, sont pour ainsi dire tracés avec les teintes palpitantes du sang des contemporains, souvent du sang des com patriotes.

Dans l'espace restreint d'une dizaine d'an- PRÉFACE. V nées seulement, tous les murs, toutes les vitrines de nos capitales ont été successivement revêtus des cartes de la Baltique, de la Crimée, de l'Italie, du Maroc, du Mexique, des États-Unis (ou désunis) de l'Amé rique, de P Isthme de Suez, de la Chine, de la Cochin chine, du Japon, de la Pologne, du Danemark, du Cau case, de l'Algérie, de la Tunisie, etc., et malgré la multiplicité et le caractère complexe de ces affiches d'un nouveau genre, la foule n'a cessé de les étudier, souvent avec une légitime anxiété, parce que chacun pour ainsi dire (surtout en France) voyait engagé dans ces contrées soit un membre de sa famille, soit une part de sa fortune, soit enfin une question de na tionalité ou d'humanité. Or, il est incontestable qu'en identifiant ainsi le public avec les régions les plus lointaines , et en lui présentant chaque jour limage de celles-ci, on a fait, en une dizaine d'années, beaucoup plus pour la popularité des notions géographiques, que tout ce qui avait été entrepris pendant les siècles précédents; car, sans cette nouvelle espèce de fusion entre des contrées en apparence si peu solidaires les unes des autres, on n'aurait certes jamais pu forcer le plus humble ouvrier à étudier le nom et la position de pays ou de villes dont le géographe de métier a souvent de la peine à se rendre compte, lors même qu'il s'agit de notre Europe , comme par exemple de tout ce labyrinthe topographique du Slesvig-Holstein hérissé de ses Lauenbourg, Augustenbourg, Sonderbourg, Flensbourg, Rendsbourg, et de tant d'autres bourgs plus ou moins microscopiques, où l'Allemagne a cru découvrir des PRÉFACE.

VI nationalités distinctes destinées à être exploitées à son profit, tant Fintérêt rend ingénieux à faire des découvertes sur un point, et à fermer les yeux sur un autre qui ne manquerait pas d'analogie. L'infatigable ubiquité qui caractérise notre époque permet donc de supposer qu'un jour viendra où les contrées du Bosphore seront également admises à l'honneur ou au malheur (car on peut dire quelquefois des peuples comme des individus : heureux ceux dont on ne parle pas) de préoccuper P attention, non seulement des hommes d'état, mais encore de toutes les classes de la société, et de fournir ainsi une nou velle pâture à ces cours de géographie cosmopolite qui ne se font pas gratuitement, puisque le peuple les paye souvent de son sang, et toujours de sa bourse. Dans tous les cas , il est bon de préparer dès à présent les matériaux destinés à satisfaire plus tard , bientôt peut-être, la curiosité publique.

Si, dans la première partie de mon livre, j'ai fait de fréquents emprunts à mon grand travail sur l'Asie Mineure, c'est que je n'ai pas cru me répéter en présentant sous une nouvelle forme et à des lecteurs nouveaux des détails capables de les intéresser , détails que je n'avais aucun droit de les engager à aller cher cher dans un volumineux et dispendieux ouvrage, dont la plupart d'entre eux ne se soucieraient proba blement pas de faire la connaissance. Au reste, à une époque telle que la nôtre, où les idées communistes bannies des sphères sociales et politiques conservent encore une certaine vigueur dans le domaine litté- PRÉFACE. VII raire, c'est presque viser à l'originalité que de concen trer ses larcins dans sa propre personne, au lieu de les commettre sur celle de son prochain. Malheureuse ment, ce dernier genre d'emprunt devient aussi aisé à opérer que difficile à découvrir, lorsqu'il s'agit d'ou vrages qui ont pour objet des contrées lointaines et qui, en raison de leur nature tout à la fois spéciale et variée, mais surtout à cause de leur prix fort élevé, n'ont de place que dans les bibliothèques publiques, ces sanctuaires où bien des graines et des fruits se récoltent et se moissonnent sans qu'on se rappelle toujours le terrain qui les a produits.

Les auteurs de tels ouvrages ne sont que trop souvent condamnés à voir les hommes qui viennent après eux explorer le même pays , ignorer leurs prédécesseurs , et de cette manière imposer au public leurs prétendus droits de priorité. L'illusion, involontairement ou volontaire ment créée, ne manque presque jamais son effet, lorsque le nouveau venu se présente revêtu de certains dehors qui parlent aux yeux de la multitude; car la foule est toujours disposée à croire que celui qu'elle aperçoit pour la première fois est nécessairement le premier de son espèce. Je ne crois pas avoir trop dérogé au caractère de vulgarisation que je désirerais imprimer par moi-même, et sans le secours des auxiliaires dont je viens de parler, à la première et à la plus considérable partie de mon livre, en y introduisant assez fréquemment des recherches historiques sur plusieurs des traits qui composent la physionomie physique de la contrée, ce genre de PRÉFACE.

VIII discussion étant digne d'intérêt pour tout lecteur éclairé et n'exigeant de sa part aucune étude spéciale ou pré paratoire. D'ailleurs, rien ne caractérise plus fortement la science moderne que la direction nouvelle donnée à Fétude critique des auteurs de I'antiquité et du moyen âge. En effet, si autrefois une foule d'écrits, comme ceux des poètes , n'avaient qu'une valeur purement littéraire, aujourd'hui tous les produits de l'esprit humain, quelle que soit leur forme ou leur objet, ont de Fimportance aux yeux du savant et se rangent plus ou moins dans la classe de documents historiques sus ceptibles de porter un flambeau lumineux sur certaines branches de la science qui ne s'attendaient guère à rencontrer de semblables auxiliaires. Parmi les nom breux exemples de résultats curieux auxquels peut conduire cette nouvelle méthode critique (méthode que j'avais du reste déjà essayé d'appliquer à Fétude de la physionomie physique de l'Asie Mineure dans l'ou vrage spécial que j'ai consacré à cette contrée) figure, sans doute, au premier rang, le remarquable travail publié par M. Reinaud dans le Journal Asiatique « Sur les relations politiques et commerciales de PEmpire romain avec l'Asie occidentale, » travail rempli de déductions neuves et ingénieuses , et qui néanmoins paraissent souvent tellement simples et faciles à trouver, que tout lecteur versé dans l'étude des anciens semble étonné de ne pas avoir aperçu depuis longtemps ce que l'auteur lui fait voir pour la première fois.

Cette impression est le signe caractéristique de toute œuvre vraiment origi nale , dont les découvertes causent presque toujours PRÉFACE. IX autant de plaisir que d'étonnement par leur apparente simplicité même *■*. Je terminerai cette préface par quelques observa tions relatives à la manière dont je présente au public les nombreux noms turcs qui figurent dans mon ou vrage. J'ai adopté à leur égard Forthographe déjà suivie dans mon Asie Mineure, c'est-à-dire une orthographe appropriée à la prononciation française. C'est ainsi que pour marquer la différence entre Vu aigu (par exemple dans les mots turcs utch, trois, sud, lait. où Vu se prononce comme dans les mots français su, vu, etc.) et Vu ouvert (par exemple dans les mots turcs vurmak, frapper, kulak, oreille, dont Vu se prononce comme dans les mots français tout, doux, etc.) , je rends la première par u seul, et j'indique la dernière par ou; en conséquence j'écris sou (eau), bouroun (cap, pro- 1.

Malgré son étendue comparativement peu considérable, le travail dont il s'agit est peut-être une des œuvres les plus saillantes parmi toutes celles dont M. Reinaud a enrichi les sciences historiques, archéo logiques et ethnographiques; aussi ceux qui l'auront méditée seront assez disposés à partager les susceptibilités que manifeste le célèbre orientaliste, quand, en annonçant un tirage à part de son Mémoire, il signale {Journal Asiatique, 6mc série, t. II, p. 395) la manière par trop sommaire dont ce mémoire a été mentionné dans le rapport annuel de M. le secrétaire de la Société. Sans doute, ainsi que le fait observer M. Mohl lui-même, le secrétaire ne peut consacrer que peu de lignes à chacun des travaux qu'il a à mentionner, mais on ne risquerait pas d'enfreindre souvent les devoirs de la brièveté officielle, si on ne se permettait d'y déroger que dans les rares occasions où il s'agit d'une œuvre hors ligne , comme celle de M. Reinaud.

C'est précisément parce que cette exception si bien motivée ne lui a pas été accordée , que ce savant a pu éprouver des regrets d'autant plus vifs qu'il attachait plus de prix à l'appréciation d'un juge tel que M. Mohl. PRÉFACE. X montoire), etc., bien qu'en allemand, en anglais et en italien ces mots s'écrivent sans o (su, burun), parce que dans ces langues Vu aigu français n'existe point, ou bien (comme dans la langue allemande) n'acquiert cette pro priété qu'à l'aide d'un signe particulier. D'un autre côté , plusieurs des sons les plus fréquemment usités dans les langues orientales ne sauraient être rendus en français, tels que les i et l gutturaux et Vh fortement aspiré. Ce n'est que par une orthographe toute conven tionnelle qu'on désigne en français les deux derniers sons, savoir Ft guttural par l'y, et Vh aspiré par kh.

Quant aux l gutturaux (comme dans les mots turcs, àla, Dieu, àlmak, prendre, àltyn, or, etc., les Français, et en général tous les Européens, sont dans Fimpossibilité absolue non-seulement de les exprimer par écrit, mais encore de les prononcer convenablement. En un mot. quoi qu'on fasse, on ne parviendra jamais à rendre dans une langue européenne, à F exception des langues déri vées du slave, tous les sons des idiomes orientaux, en sorte que ceux des Européens qui ne les connaissent que d'après la manière dont ils les écrivent, les pro nonceront toujours mal, et souvent au point de ne pouvoir se faire entendre des Orientaux1. II s'ensuit que 1. Les langues dérivées du slave, comme le russe, le polonais, le serbe, le bulgar, le dalmat, etc., jouissent du précieux privilège d'allier les sons des langues européennes à ceux des langues orientales.

II est vrai que l'Allemand, l'Anglais et l'Espagiiol rendent assez bien 17* aspiré des Orientaux , mais il n'y a que les peuples slaves qui apportent en naissant la faculté de prononcer correctement les i et I gutturaux des Turcs et des Arabes, parce que, parmi les alphabets européens, l'alphabet slave, incontestablement le plus riche de tous, possède seul ces sons. PRÉFACE. XI les écarts dont on se rendrait coupable relativement à Forthographe généralement reçue pour les noms propres orientaux n'ont point Fimporlance des erreurs commises à Fégard de nos noms propres. II n'est certes pas indifférent d'écrire Paris avec un P ou avec un K, mais il est à peu près égal d'écrire Bukarest, Bukharest, Bucharest, ou bien Kiva, Khiva, Hiva ou Chiva, parce que, de toutes façons le Français prononcera toujours le nom de ces deux villes d'une manière plus ou moins choquante pour une oreille orientale; et il en sera exactement de même de tous les mots où figurent Vh aspiré et surtout les i et / gutturaux, complètement étrangers à toutes les langues européennes, excepté à celles déri vées du slave.

Les divergences que présenterait For thographe de tous ces mots n'ont donc pas plus d'im portance les unes que les autres; ce ne sont qu'autant de variantes d'un système radicalement et inévitable ment vicieux, que chacun s'efforce d'adapter à son usage personnel. Cependant, comme tout auteur placé dans Fobliga tion de traduire en langue européenne des sons orientaux doit s'en tenir à une méthode, j'ai adopté For thographe précédemment indiquée. Malheureusement. plus d'une fois, des déviations involontaires à cette orthographe ont pu m'échapper dans le cours d'un ouvrage hérissé de mots et de noms propres d'origine orientale. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple (et je crains qu'il n'y en ait beaucoup d'autres), le mot su (eau, rivière) a été par mégarde écrit sur ma carte sans o, tandis que dans mon texte Forthographe adop- PRÉFACE.

XII tée pour Vu ouvert a été généralement observée. De même, quelques noms propres ayant Vh aspiré que l'on est convenu de rendre en français (très-imparfaitement il est vrai) par kh se trouvent écrits, tant dans mon texte que sur ma carte, avec un h seul, comme Kiahathané au lieu de Kiahatkhané, Tophané au lieu de Topkhané, etc. Au reste, je m'empresse de faire observer que par tout où des dissemblances de ce genre pourraient se présenter dans Forthographe des mots ou des noms propres entre ma carte et le texte du livre même, c'est à ce dernier qu'il faudra toujours accorder la préfé rence. Enfin, il est presque superflu d'ajouter que le système décimal sert de base à toutes mes évaluations numériques, et que par conséquent Féchelle thermo métrique doit toujours être considérée comme centi grade, lors même que cela ne se trouve pas expressé ment indiqué. Paris, le 1er octobre I8GZ1. (TARTE TOPOGKM'HIQUE OU BOSPHORE [)E LA CONTRÉE LIMITROPHE PA« II KIEPERT. PREMIÈRE PARTIE CONSIDÉRAFIONS GÉNÉRALES

Chapitre 1. Relief Du Pays Et Cours D'eau

Dimensions du Bosphore. — Profondeur. — Courants. — Température de l'eau. — Correspondance entre les deux côtes. — Parallèle entre le Bosphore et les détroits de la Manche, de Gibraltar et de Messine. — Importance militaire du Bosphore. — Promontoires et baies. — Lignes littorales des presqu'îles de Thrace et de Bithynie. — Golfes du Petit et du Grand- Pont. — Importance militaire de ces localités. — Système des vallées. — Montagnes. — Kabatach. — Mont Géant. — Alemdagh. — Aìdosdagh. — Boulgourlou. — Panorama dont on jouit du sommet du mont Boulgourlou. — Anciens châteaux des empereurs byzantins. — Système hydrographique. — Désectuosités de ce système et importance des moyens employés pour y remédier. I. II n'est peut-être point de localité au monde entourée d'autant de souvenirs historiques et ornée de dons aussi variés de la nature, que Fimposant et pittoresque détroit au travers duquel les flots du Pont-Euxin se précipitent vers la Méditerranée, en baignant pour ainsi dire de la même vague les rives de FEurope et les rives de l'Asie.

Tour à tour chantée par les poètes et ensanglantée par les souverains, cette prestigieuse région n'a cess£ d'être, pour les uns comme pour les autres, Fidéal des rêves les plus chéris; car, si les sciences et les arts y trouvent une source inépuisable d'activité, elle offre à F ambition politique les plus irrésistibles et, il faut le dire, les plus légitimes appas, puisqu'elle pro met à l'heureux possesseur du Bosphore la double couronne de FOccident et de l'Orient. II est vrai qu'une telle promesse n'a pas été réalisée à Fégard des domi nateurs actuels du Bosphore, mais le moment approche oú ils devront décider eux-mêmes si cette magique couronne est réellement destinée à orner le front des sultans, ou si elle n'a été placée entre leurs mains qu'à titre de dépôt, pour être transmise un jour au souverain désigné d'avance dans les décrets mystérieux du Ciel.

Quel que soit le sort réservé à cette contrée, les conditions sur lesquelles reposent ses legs du passé et ses titres à l'avenir n'ont rien perdu de leur valeur : elles sont encore aujourd'hui ce qu'elles étaient il y a mille siècles. Et cependant, bien que les souvenirs his toriques du Bosphore aient été l'objet de nombreuses et profondes recherches, sa constitution physique est demeurée presque inconnue, ou du moins n'a attiré que Fattention des savants de profession, sans entrer dans le grand domaine de Fintérêt public. Or, à une époque telle que la nôtre oú, grâce à la prodigieuse puissance de la vapeur, toutes les contrées se sont rapprochées et confondues comme par enchantement, il n'est plus permis à l'innombrable quantité de voya geurs qui sillonnent sans cesse FEurope d'ignorer. ainsi qu'on Fa vu jusqu'à ce jour, qu'à une distance relativement peu éloignée de nos capitales se trouve un pays qui mérite de devenir non-seulement le but des pèlerinages réguliers des touristes, mais encore une légitime rivale de ces villégiatures fraîches et pittoresques que la classe aisée de notre société vient de mander chaque printemps à la Suisse ou à FAlle magne.

Mais pour populariser cette vérité et la faire accepter par tout le monde , il est indispensable que tout le monde soit à même de connaître et d'apprécier le Bosphore, et c'est précisément le but que se propose cet ouvrage. En conséquence, nous allons étudier d'abord les grands traits qui caractérisent la physionomie physique de cette contrée, c'est-à-dire son relief, ses pro ductions animales et végétales, son climat, etc., et nous terminerons cet aperçu , mis à la portée de tout lecteur éclairé, par quelques réflexions générales sur les conditions dans lesquelles se trouveraient les per sonnes qui choisiraient ces lieux pour leur séjour d'été. 11 va sans dire que, conformément au caractère éminemment populaire que je tiens à imprimer à cette première partie de mon travail, toute discussion tech nique ou rigoureusement scientifique doit en être ban nie.

Les spécialités de cette nature sont d'ailleurs ré servées pour la dernière partie destinée exclusivement aux hommes du métier, et notamment aux géologues. Aussi tout d'abord je ne laisserai parler le plus sou vent que le touriste et le littérateur, et je n'accor derai au naturaliste que la part rigoureusement indispensable pour donner à la parole des premiers plus d'autorité et de poids. De cette manière, les gens du monde des deux sexes n'y trouveront que ce qui peut les intéresser sans exiger des connaissances spéciales dans les sciences exactes, tout en leur per mettant d'apprécier à leur juste valeur les résultats généraux fournis par ces sciences, seules capables d'imprimer au tableau d'une contrée un caractère vrai et solidement instructif. Enfin, les deux cartes ci -jointes sont destinées autant aux géologues qu'aux lecteurs de la première partie de mon écrit, car. pour les uns comme pour les autres, le texte serait presque inintelligible sans un tracé topographique reproduisant les nombreuses localités qui y sont mentionnées, et dont la grande majorité ne se trouve indiquée sur aucune autre carte.

II. Le classique détroit connu sous le nom général de Bosphore , comme détroit par excellence , de même que Rome était jadis connue sous le nom vague d'urbs ou de ville qui suffisait pour la faire distinguer de toutes les autres cités de la terre, est un canal sinueux qui, mesuré par une ligne droite traversant la région centrale, sans tenir compte de toutes les anfractuosités cótières, a, depuis les deux Fener jusqu'à la pointe du sérail, une longueur de près de 26 kilomètres. Sa plus grande largeur, depuis le fond de la baie de Buyuk deré jusqu'à la côte opposée, est de 3 kilomètres, et son plus fort rétrécissement, entre les deux châteaux d'Anadolou et de Roumeli-Hissari, seulement d'environ 500 mètres. C'est à la partie méridionale du Bosphore, et particulièrement dans la portion comprise entre Kanlydja et Beylerbey, que le rétrécissement du canal se soutient sur Fespace le plus considérable, car, entre les localités précédemment indiquées, c'est-à-dire sur une ligne de plus d'une lieue, il n'a en moyenne qu'un kilomètre de largeur.

III. Sous le rapport de sa profondeur, le Bosphore peut être divisé en trois zones, savoir : une zone médiane et deux zones latérales, situées chacune le long de la côte d'Asie et d'Europe. La profondeur de la zone médiane oscille entre 45 et 118 mètres, tandis que celle des zones latérales est comprise entre le minimum de 2 mètres et le maximum d'environ 70 mètres. Or, indépendamment des différences très-notables qu'accusent ces chiffres, le mode assez irrégulier dont ils se trou vent distribués constate le relief très-varié que doit offrir le fond du Bosphore, ce qui, du reste, est suffi samment expliqué par la constitution géologique de ces parages, théâtre de catastrophes aussi violentes que multiples. En prenant la moyenne de 832 sondages, on aura pour le Bosphore, y compris la Corne-d'Or ou le port de Constantinople , une profondeur d'environ 27 mètres1.

Le magnifique port de Constantinople peut être considéré comme un embranchement latéral du Bosphore2. C'est un golfe à côtes mollement ondulées, s'étendant du sud-est au nord-ouest, et ayant, dans cette direction , une longueur de près d'une lieue sur une largeur moyenne d'environ 500 mètres. Le maximum de sa profondeur se trouve à peu près dans sa région centrale, où il atteint 34'" 07; à son extrémité nord-ouest, il n'a, le plus souvent, que 3" 06, partout ailleurs la profondeur varie entre 14™ 05, 4 8m02, 21m09 et 24'" 07. A son extrémité septentrionale, il reçoit les deux ruisseaux Kiahat-Hané-Sou et Alibey-Sou, connus dans I'antiquité sous le nom de Cydaris et Barbyses, qui opèrent leur jonction avant de se jeter dans le golfe , en formant une petite rivière navigable pour des bar ques de faible tirant; c'est le seul exemple, dans les environs du Bosphore comme dans les contrées limitrophes de la Thrace et de la Bithynie, d'une nappe d'eau douce capable d'admettre une embarcation quel conque.

Lorsque l'on considère la forme effilée et 1. Voyez le tableau général des sondages du Bosphore dans mon Asie Mineure, Géographie physique comparée, p. 593-596. 2. Dans l'immense nombre d'auteurs anciens et modernes qui chan tent à l'envi le site délicieux de Constantinople , le Byzantin Procopius {de .-Edificiis, 1. i, v, vi) mérite une place distinguée par la manière gracieuse dont il peint la Corne-d'Or, lorsqu'il dit : « La baie de Byzance jouit d'un calme parfait, quels que soient les vents qui sévissent tout autour; les tempêtes n'osent point franchir cette limite, et vien nent expirer respectueusement au pied de l'imposante cité des Césars. » recourbée de ce golfe, dont le sommet se confond avec les contours sinueux des deux petites rivières, limage de la corne ramifiée d'un cerf se présente naturellement à l'esprit; en sorte que l'on est tenté d'admettre cette similitude comme la véritable origine du nom de Chry sokeras ou de Corne d'or, que les anciens avaient donné à ce golfe; cette étymologie paraît plus vraisemblable que les interprétations tirées, par la plupart des archéo logues, du mythe de lo et de sa fille Keraessa, née, selon la fable grecque, dans ces parages1.

La Corne-d'Or sépare, comme on voit, la ville de Constantinople pro prement dite (la portion musulmane de la capitale) des faubourgs de Galata , de Tophané et de Pera , quoi que ce dernier faubourg ne descende point jusqu'au littoral du golfe 2. 1. Aussi Strabon (lib.vn,6) dit positivement que le port de Byzance s'appelle Corne-d'Or, parce qu'il se ramifie comme la corne d'un cerf. L'abréviateur de Strabon (Chreslomalhiœ ex Slrab. Geogr., 1. vu ap. Huds. , t. II, p. 27-28) reproduit cette opinion en la commentant. 2. Un curieux passage de George Pisida {Bellum avaricum, vers 396), écrivain du vne siècle qui chanta les exploits de l'empereur Héraclius en vers grecs assez barbares, semble prouver qu'à cette époque le litto ral du golfe de Constantinople , ainsi que celui de la côte opposée de Skutari , étaient désignés par le nom de Pera.

Quercius , dans un com mentaire très -savant dont il a enrichi le poëme de George Pisida, ajoute au passage susmentionné l'observation suivante : « Pera enim « quondam Byzantinis non modo ea pars erat quas etiam hodie id nomen « retinet, verum totum littus vel ad Boream seu Orientem positum « trans fretum omniaque ea loca quaj nonnisi navibus trajicere quis « potuerit -Ts-panxà •j.-.'pa vocabantur. » II serait donc possible que le nom moderne de Pera ne fût que la reproduction d'une dénomination assez ancienne. Au reste, sous les empereurs païens, la région occupée aujourd'hui par les faubourgs de Pera et de Galata était connue sous Sous le rapport du mouvement de ces eaux, le Bos phore peut être divisé également en trois zones, savoir: une médiane , occupée par le courant qui va de la mer Noire à la mer de Marmara, et deux latéraux qui constituent deux contre-courants marchant en sens inverse du premier.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…