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Histoire de Sennecey et de ses seigneurs. Par M. Léopold Niepce, etc

Société d'Histoire et d'Archéologie de Chalon-sur-Saône · 1866 · Scanned text

152,333 words · about 10 h 40 min to read

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About this book

Author
Société d'Histoire et d'Archéologie de Chalon-sur-Saône
Language
French
Published
1866
Length
152,333 words · about 10 h 40 min
Sections
7 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (7)
  1. Front matter about 2 min
  2. Preface about 2 min
  3. Chapitre I about 11 min
  4. Chapitre II. Epoque Celtique about 8 min
  5. Chapitre III about 45 min
  6. Chapitre V about 6 min
  7. Chapitre VI. Organisation Administrative about 9 h 26 min

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Front matter

HISTOIRE DE SENNECEY ET DE SES SEIGNEURS HISTOIRE DE SENNECEY ET DE SES SEIGNEURS par M. Léopold NIEPCE Procureur impérial à Rennes MEMBRE CORRESPONDANT DE LA SOCIÉTÉ D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE DE CIIALON-S-! Publication de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Clialon-siir-Sainc. CHALON-SUR-SAONE IMPRIMERIE DE J. DEJUSS1EU , RUE DES TONNELIERS , N° 5 Mon Ami , Vous me demandez une préface, oubliant qu'il esl certains livres qui peuvent se passer de préface , comme certains hommes de recommandation. Ceci me fait souvenir d'un ami qui, revenant de loin, un soir, à Paris, voulut être présenté par moi dans une maison où il était certain d'être bien accueilli. Comme lui, vous voulez obéir à l'usage, et je ne puis m'en plaindre, puisque je lui devrai, — en y ajoutant mon double titre de compatriote et d'ami, — la bonne fortune de parler de votre livre.

Je ne dirai pas — ce serait inutile — ce qu'il vous a coûté de temps et de fatigue. Le lecteur n'aime guère qu'on lui fasse confidence de la peine qu'on a prise pour lui. C'est un égoïste qui ne demande jamais d'où vient la bonne se mence dont il fait sa nourriture. Mais je puis parler , — puisque le hasard m'a rendu témoin de vos veilles, — de l'attention scrupuleuse, dela conscience étroite , du tact parfait, du discernement sûr qui ont présidé à sa composition. Ce sont là les conditions d'un PRÉFACE. II succès ; on peut présumer, dès maintenant, que votre livre occupera un rang distingué dans les monuments encore trop rares de notre histoire locale, et que beaucoup vous sauront gré de l'avoir écrit. Son intérêt ne se concentre pas d'ailleurs dans la chro nique d'un petit bourg. II n'y a cadre si étroit dans lequel on ne puisse faire entrer un vaste horizon.

Vous connaissez — tout au moins par les gravures — la Vision d'Ezéchiel, tableau de Raphaël, qui, dans dix pieds carrés, renferme un monde. Sennecey est votre cadre. Vous y montrez tour à tour les Celtes, premiers habilafits du pays, el les Romains, ses premiers maîtres ; puis les grands barons , personnages à la physionomie grave, parfois un peu rude. Vous rappelez le rôle joué par la féodalité, qui était la force organisée contre la force ; l'interveiition libératrice et civilisatrice de l'Eglise, protégeant le peuple contre la tyrannie des grands vassaux et jetant les premiers germes de l'aíTranchissement des communes. Sennecey possédait un château dans lequel , durant une période de plusieurs siècles, de nobles familles sont venues tour à tour suspendre leurblason . Vous avez relevé ce château , que vous-même avez pu voir démolir, et vous y avez fait re vivre l'image de ses anciens maîtres.

Preface

. III gner dans les conseils des princes, ou les suivre à la guerre. Ici votre cadre s'agrandit sans se déplacer, et vous abordez des aperçus neufs sur la portée et les causes des événe ments. Ceci est de l'histoire en grand. Désormais, —bon gré , malgré, — vous allez faire partie de la famille , un peu malmenée parfois , des magistrats écrivains. On a jugé mauvais , dans ces derniers temps , que le magistral songeât à se distraire des graves occupations du palais par d'autres travaux. Cependant, vous et moi nous appartenons à une province où il était de tradition, dans la magistrature , que , consacrer les loisirs de sa charge à des études littéraires , c'est orner et élever son esprit , déve lopper ses facultés diverses , agrandir le cercle de ses connaissances, sans négliger pour cela les devoirs du palais.

Les Bouhier , les de Brosse , les Saumaise , ont honoré le Parlement de Bourgogne autant par la science du juriscon sulte que par le talent de l'écrivain. En entreprenant et menant à bien ce long travail , vous avez suivi , — sans peut-être vous en rendre bien compte , — le courant qui pousse notre temps vers les études du passé. Tant de vérités ont failli, tant de doutes obscurcissent l'ave nir , que l'esprit aime à trouver , dans les institutions disparues , des conseils , et , dans les hommes d'autrefois , des caractères. Mais vous vous êtes laissé conduire bien davantage par ce sentiment inné au cœur de chacun de nous : l'amour du pays

PREFACE.

. natal, le culte du coin de terre — si modeste soit-il — où s'est passée notre enfance, où notre père a sa maison, où notre mère nous a élevés entre nos frères et nos sœurs que les exigences de la famille moderne ont dispersés au loin. C'est une image que n'effacent ni les événements divers de la vie, ni ses orages, ni ses triomphes. Plus le sort nous éloigne de notre berceau , et davantage nous aimons à nous y reporter par la pensée. C'est une oasis où l'âme se repose. Plus heureux que bien d'autres, vous avez pu élever à cette religion de votre cœur un monument durable, et laisser à vos concitoyens , à ceux qui aiment la Bourgogne et recons truisent laborieusement sa glorieuse histoire, un témoignage éclairé de votre patriotisme. Rennes , 15 octobre 1865. Henri NADAULT DE BUFFON. — -*-îO»5ìfí_-5r^« —

Chapitre I

L'origine et Tépoque de la fondation de Sennecey se perdent dans la nuit des temps. L'étymologie de son nom n'est pas connue non plus ; quelques hommes de science ont tenté cependant de la chercher. Mais l'ont-ils trouvée? M. l'abbé Lacreuse , jeune prêtre érudit et distingué, ancien vicaire de Sennecey , nous a formulé son opinion sur cette question de la manière suivante : « On sait que , sous Dioclétien , les Romains employè » rent à leur solde , pour garder les limites de TEmpire, » des troupes étrangères , et entre autres des Sarmates. » Ils opposèrent des barbares à d'autres barbares. La » défense du passage du Rhône leur fut confiée. » Eutrope nous apprend que les Sarmates , qui , sous » Probus et Carus , avaient déjà cherché à entamer les » frontières de l'Empire, traversèrent le Danube et enva » hirent la Rhétie , la Dacie.

Dioclétien marcha contre » eux, les tailla en pièces, et, en dévastant leur pays, » les força à respecter le territoire romain. II tìt plus, il » les dispersa en grand nombre dans FEmpire '. L'histoire » vient donc nous apprendre que, sous Dioclétien, des » colonies de Sarmates 2 furent distribuées en grand nom » bre dans PEmpire. Dans le IVe siècle, une colonie de » Sarmates est signalée à Langres , dans la notice de » TEmpire. A une certaine époque , les approches de » Chalon - sur - Saône étaient défendues du côté de la » Séquanie par une ligne de défense , appelée la Marche , » qui tendait de Tembouchure du Doubs à Tembouchure » de la Seille. Des voies romaines suivaient cette direction. » Des mottes ou collines factices, accompagnées de fossés » et de restes d'anciennes fortifications , se rencontrent » souvent dans le même pays.

La garde de cette ligne de » défense fut confiée à des Sarmates, qui avaient trois » postes, l'un à Sermesse (Sarmatica villa, au XIe siècle), » près Tembouchure du Doubs ; l'autre, à Charmessy, au » point intermédiaire, à Montrèt. (Hist. d'Autun, par » Edme Thomas, note de la page 138. Autun 1846.) Ces * Les Barbares venus des contrées situées au nord du Danube , furent cantonnés en si grand nombre dans le pays des Éduens et des Lingons, qu'Autun et Langres devinrent la résidence des préfets des Lètes sarmates placés sous le commandement du duc résidant à Mayence. Ce titre donné au chef des tribus lêtiques dans notre pays , prouve que les Sarmates surent les plus nombreux parmi ces peuples établis dans la Première-Lyonnaise ; aussi ce sont eux qui ont laissé sur notre sol les plus visibles traces.

Beaucoup de villages doivent leur nom et sans doute leur origine à des colonies de ce peuple , et sont désignés dans les anciennes chartes sous le nom de Sarmatica villa , tels que: Salniaise , Sertnizelle, Sermezy, Sermesse, etc. (Marcel Canat. Ins criptions antiques de Chalon-sur-Saône. ) 2 Les Sarmates étaient de deux sortes: les Sarmatœ gentiles et les Sarmates chrétiens. (Edme Thomas , notes de la page 138.) • stations de Sarmates étaient liées entre elles et avec celles » de beaucoup de pays (Edme Thomas). Parmi ces dernières » stations de Tintérieur , ne pourrait-on pas en placer » une à Sermaizé , ancien fief de la baronnie de Sennecey, • hameau de Laives (Courtépée)? La grange ou ferme » Saint-Nicolas , située sur les confins des paroisses de » Messey et de Lalheue , sur la route qui tendait de la » station des Sarmates de Sainte-Hélène à celle de Laives , » ne serait-ellc pas aussi une de ces stations? et enfin la » tradition ne dit-elle pas vrai aussi en plaçant un poste » militaire au-dessus deJugy, et un autre sur le point » culminant où s'éleva plus tard l'église monacale de » Saint-Martin-de-Laives : « Sancti-Martini in monte » ? » On peut donc placer une partie des Sarmates employés » k la défense de la Marche, à Sermaizé, le plus ancien » hameau de Laives , où Ton voit encore un ancien château. » D'un autre côté, Sermesse près Verdun s'appelle au » XI° siècle Sarmatica villa.

Le sceau de son prieuré porte » la légende Sarmaticum cœnobium; enfin, plus tard , il » se nomme Sarmace (Courtépée). » Or, une remarque assez singulière, c'est que Sermaizé » est tout à côté d'un lieu appelé Senescé (Senesceium, » Senescium, Senetiacum, Seniciacum. Courtépée). Ser » messe près Verdun n'est séparé de Sennecey-en- Bresse » que par une voie romaine appelée encore Vie-Grande , » et sur laquelle on a trouvé encore dernièrement des » fers de flèches , des fers de cheval et un Jupiter en » bronze; une motte et un tumulus sont auprès. Quant » à Sermoijé près Tournus, il n'est séparé de Sennecey-en » Maçonnais que par la Saône. » Ne pourrait -il pas exister quelque raison de ces » rapprochements des mêmes localités placées à côté » Tune de l'autre? Évidemment ces noms n'ont pas été » donnés au hasard à trois villages échelonnés le long de » la Saône, à une distance de 16 lieues.

La similitude » des noms suppose la similitude , Tidentité d'origine. » Non-seulement ces localités , même les hameaux qui en » dépendent ou les villages qui les avoisinent , portent le » même nom; ainsi : IPrès Sermoyer, à Tembouchure de la Seille , on trouve les hameaux suivants, qui appartiennent à Romenay : La Troche , le Puzaux, la Coutière , '•a Chaponnière , les Teppes ; Près de Sermesse, à Tembouchure du Doubs, 1 on trouve les hameaux suivants, qui appartiennent j àToutenant: La Troche, le Perroux , la Cou- I tière, la Chaponnière , la Teppe-des-Bans; IPrès de Sennecey -le- Grand , on voit Sans, la Vesvre , la Chapelle-de-Bragny , Chaseau , hameau de Saint- Cyr, Sermaizé , Chaponnière ; Près de Sennecey-en- Bresse , on trouve Serre, Vauvry, Bragny, Chéseau, Sermesse; Près Sennecey -en- Maçonnais : Senozan , B3 / Sancé , Cheseau , hameau de Sennecey - en - Maçonnais, Sermoyé séparé par la Saône. i » De tout ce qui précède ne peut -on pas conclure, » d'une part , que Texistence d'une colonie de Sarmates » à Sermoyé, à Sermaizé, à Sermesse , est un fait certain ; » d'autre part , que les Romains, ne se fiant que faible » ment à la fidélité de ces barbares pour garder leurs » frontières ou les villes , les placèrent dans le voisinage » de stations confiées à des vétérans ', seniores , vieillis » dans la milice , chargés de les commander et de les » maintenir dans Tobéissance?

Ces postes militaires de » Sennecé deviennent plus tard des baronnies , des comtés , » qui conservent une juridiction plus ou moins importante » sur le pays d'alentour. Ainsi , nous voyons la baronnie » de Sennecey-le-Grand envelopper sous son patronage » les fiefs de Sermaizé , Ruffey , etc. ; la baronnie de » Sennecey-en-Rresse étendre le sien sur un lieu appelé » encore Toutenant , Saint-Bonnet et le vaste territoire » qui Tenloure. L'origine du mot Senesce viendrait donc » de ces seniores, sous le commandement desquels furent » placés à l'origine les stations de Sarmates. » Telle est l'opinion de M. Tabbé Lacreuse sur Tétymologie du nom de Sennecey. Ce jeune ecclésiastique crut devoir la soumettre à Tappréciation de M. Tabbé Devoucoux , autrefois grand vicaire à Autun , aujourd'hui évêque d'Évreux, si compétent en pareille matière.

Ce savant prélat, dont Tobligeance et la bonté sont aussi grandes que le savoir, répondit à M. Lacreuse de la manière sui vante, le 17 décembre 1855 : « Quant à Tétymologie du nom de Sennecey , je la « Les mercenaires alliés à Ia solde de l'Empire formaient, lors de leur licenciement , des colonies de vétérans , soumises à des chefs particuliers dont la résidence était fixée par l'Empereur. A ces colons , qui conservèrent longtemps un reste des usages de leur mère-patrie , on donnait le nom générique de Lêtes ; seulement on les distinguait en groupes désignés par le nom de la nation dont ils étaient issus. » rapporterais plutôt au mot Sans, plusieurs fois répété, » et qui n'est autre , à mon avis , que le nom de Senones , » qui entraîna les Éduens dans des expéditions au-delà » des monts. » La baronnie de Sennecey est une de celles près de » laquelle on trouve toutes les couches des populations » qui, à diverses époques, se fixèrent dans nos contrées. » Senones.

Sens. » Brannovici. — Bran, Sedunum, Rrancion. » Boii. Boiacum, Boyer. » Sarmatici — Sarmatica villa, Sermaizé. » Franci. Bagnati , Ragny. » Telles sont les opinions de deux hommes bien versés dans Thistoire de nos contrées; elles diffèrent beaucoup. Nous ne tenterons pas de nous poser en juge de la question , en l'absence de toute donnée historique certaine , ni de pénétrer un mystère que couvrent les voiles si épais des vieux âges. Toutefois il est incontestable que, sous la domination romaine, alors que nos provinces étaient divisées en can tons ou pagi, Sennecey fit partie du pagus Cabillonensis , d'une étendue d'environ 16 lieues , de Test à l'ouest., depuis Charolles (Quadrella) jusqu'à Bellevêvre ( Bellava vra), et d'environ 9 lieues , du sud au nord , depuis Tournus (Trenorchium) jusqu'à Chagny.

Sennecey, dont nous nous occupons ici , connu aujour d'hui sous le nom de Sennecey -le- Grand , est désigné dans les chartes sous divers noms , tels que : Seneceium , Senesceium , Sinitiacum , Senetiacum. Dans le cartulaire de l'abbaye de Saint-Marcel-les-Chalon et dans la charte PREMÌÈRE PARTIE. 7 contenant la confirmation des privilèges accordés à ce monastère en 885 , Sennecey est appelé Villa Siniciacus; mais , plus tard, quand notre bourg se trouve mentionné dans un acte public, le mot Villa disparaît, et il est dési gné tantôt sous le nom de Senetiacum , tantôt sous ceux de Seneceyum ou Senesceyum. Ainsi , dans la charte où Guy, seigneur de Sennecey, fait hommage, en 1227, à Bérard , abbé de Tournus , d'une partie de sa terre , ce seigneur est appelé Guido dominus Sinitiaci. Dans une autre charte de 1275, ce même Guy, miles Seneciaci , reprend de fief de Jean , abbé de Tournus , des terres sises en deçà de la Grosne , à Texception de sa maison forte de Sennecey « excepta domo nostra de Seneceyo. » En 1300 et 1301 , la Tour ou château de Sennecey est désignée sous le nom de Siniciacus , et le village qui Tavoi sineest appelé Seneceyum; ainsi Tabbé Jean de Tournus, en citant le village de Saint-Julien , aujourd'hui l'un des hameaux de Sennecey , dit : « Sanctus Julianus prope Seneceyum. » Aujourd'hui et depuis le commencement de ce siècle, le nom de Sennecey s'écrit par deux n, tandis que primitivement, dans lous les actes publics ou privés, en latin ou en français , ce nom n'en porte qu'un seul.

Depuis, on y a ajouté les mots le grand, pour le distinguer des autres localités du même nom, et qui sont de moindre importance1. < Nicolas de Beaufìremont , en restaurant en 1552 son château de Sennecey , y fit placer sur la façade méridionale l'inscription suivante : « In virtute et honore Senesce , » jeu de mots assez en usage á cette époque de la renaissance des lettres que cultivait avec succès ce puissant seigneur. Dans les premiers temps, et même pendant de longs siècles , Sennecey n'a été qu'une faible bourgade , com posée seulement de quelques humbles maisons de cultivateurs (hommes agricoli, suivant Texpression de nos plus anciennes chartes), groupées autour de son donjon. Nous pensons même que c'est le château qui aura donné naissance au village. Celui-ci ne se sera formé qu'à mesure que la population du pays, ayant besoin de protection pendant les cruels déchirements de nos guerres civiles , se sera resserrée autour de la maison forte de nos seigneurs , puissants dès les premiers jours de la féodalité.

Mais St-Julien a existé indubitablement avant Sennecey. Saint-Julien est mentionné comme centre de population dès le VIe siècle; à ce moment il forme même déjà une paroisse; il possède une église (capellam). Le roi Gontran en dispose en faveur de l'abbaye de Saint-Marcel , tandis que , à cette époque , le mot Sennecey ( Siniciacus ) est employé seulement pour désigner la circonscription territoriale dans laquelle se trouve placé le village de Saint-Julien. Du reste, Sennecey a été jusqu'en 1830 sans église paroissiale. Ses habitants se rendaient à Saint-Julien pour y assister à Toífice divin, et Saint-Julien seul avait le titre de paroisse. Garreau , dans sa description du duché de Bourgogne, dit: a Senecey, bourg du Chalonnais , de la paroisse de Saint-Julien. » Courtépée, dans son ouvrage sur la Bourgogne, répète aussi : « Senecey , gros village ou bourg de la paroisse de Saint- Julien ; » et cette paroisse, d'après Perry et nos anciens auteurs , relevait de Tarchiprêtré de Tournus.

PREMIÈRE PARTIE. 9 Saint -Julien a donc précédé Sennecey, mais à quelle époque et dans quelles circonstances a-t-on posé la pre mière pierre de l'église de Saint-Julien? nul ne le sait; c'est là encore un de ces secrets que Thistoire a gardés jusqu'à présent. Du reste , Sennecey a un aspect tout moderne ; c'est en vain qu'on y cherche une habitation antérieure au XVIIe siècle. A Saint-Julien, au contraire, de nombreuses maisons portent encore des vestiges de Tarchitecture du XVe siècle ; Técusson des seigneurs du pays se voit sculpté sur plus d'une porte , et c'est dans ce hameau aussi que se sont trouvées les diverses Maisons de charité que la piété de nos devanciers a érigées pour le soulagement des malades pauvres. Notre intention , en racontant Thistoire de notre pays , si peu connue et si peu étudiée, est de ne rien négliger de ce qui peut offrir quelque intérêt; nous allons donc rappeler successivement les souvenirs celtiques de la contrée et ceux de la période gallo-romaine, qui a laissé à Sans, autre hameau du bourg, de si précieux débris des arts de nos conquérants.

Nous dirons ensuite tout ce qui a trait à la condition sociale de nos populations pendant Tère féodale , à sa première organisation administrative , et à la justice prévôtale et seigneuriale. Dans une seconde partie, nous décrirons tous nos monuments religieux et civils ; nous réédifierons les châteaux démolis de nos sei gneurs, nous les décrirons avec soin. Enfin, dans une dernière partie, nous raconterons les faits de tous nos grands châtelains , de nos bons barons, suivant une ancienne expression ; nous dirons l'origine de leurs maisons , leur généalogie, leurs alliances, et leurs annales seront suivies d'une copie fidèle des chartes et des titres dans lesquels nous avons puisé les éléments de notre travail. Notre tâche est grande et lourde; nous ne nous le dissi mulons pas, car nous n'avons pas trouvé sur notre route un devancier pour nous guider, ni un auteur à consulter; c'est à peine si le nom de Sennecey est prononcé par les anciens historiens.

Belleforest, dans sa « Cosmographie universelle, » ne lui a consacré que quelques lignes. Saint-Julien de Balleure se borne à n'en dire que quelques mots dans ses «Meslanges historiales. » Courtépée lui consacre , il est vrai , un chapitre dans sa « Description du duché de Bourgogne; » mais les erreurs y fourmillent, quoiqu'il eût eu à sa dispo sition les belles archives du château de Sennecey, brûlées par les vandales de 1793. Les auteurs modernes, en copiant servilement les anciens , n'ont pu également nous être d'aucun secours ; il nous a fallu , dès-lors , chercher péniblement dans les divers dépôts publics de Bourgogne et de Paris les documents que nous avons mis en œuvre. Le lecteur voudra donc bien se montrer indulgent et nous tenir compte des difficultés que nous avons dû surmonter pour mener à bonne fin une œuvre qui nous a été inspirée surtout par Tamour du pays natal.

Chapitre II. Epoque Celtique

Presque tous les peuples qui ont foulé le sol de notre contrée y ont laissé Tempreinte de leurs pas. Le souvenir même des plus anciens s'y retrouve encore aujourd'hui, malgré un laps de tant de siècles '. II y est conservé soit par des monuments de leurs arts ou de leur industrie , < Aucun auteur ancien ne mentionne les Suèves comme s'étant éta blis dans nos contrées ; mais la découverte récente d'une inscription à Aubigny (Albiniacus) , hameau d'Aluze, ne peut plus laisser de doute à cet égard. Celte inscription révèle l'existence , dans les environs de Chalon, d'une tribu létique appartenant à la nation des Suèves et habitant un lieu appelé Crelum. Les Suèves , en tant que tribus létiques établies dans les Gaules , ne sont nettement signalés que dans des contrées éloignées de nous , et les préfets des Lêtes suèves avaient leur résidence à Bayeux , à Coutance , dans le Maine et l'Auvergne.

Dans le pays Éduen , outre les Boïens cantonnés par César , dès les premiers temps de la conquête, on ne trouve que les Sarmates , les Dalmates , les Chamaves , les Frisons désignés par Eumène, et peut-être les Nuitons. C'est au règne de Procope , c'est-à-dire au IVe siècle, qu'il faut placer la fondation de Cretum par une colonie de Suèves ( Ins crip. ant. de Chalon). soit par le nom qu'ils ont donné à quelques lieux , et que la tradition a transmis d'âge en âge jusqu'à nous. Ainsi , si nous parcourons les alentours de Sennecey , nous rencontrons d'abord , sur le haut de la colline boisée qui domine Scivolières , un vaste tumulus , monument funèbre élevé par les Celtes en souvenir de quelque puissant chef de tribu. A Sans, au bas des carrières ex ploitées à mi-côte de la montagne , un champ, appelé la Pierre couchée, indique que dans cette partie du pays les Kimris ont dressé, en Thonneur d'une de leurs divinités, un de ces monuments grossiers dont il subsiste encore un grand nombre dans les environs de Tournus ; près de ces champs, la charrue met souvent à jour des instruments en usage chez ces peuples , tels que des haches en silex ou des poteries.

Enfin, à Rougepont , à deux kilomètres de Sennecey, un ruisseau, qui s'achemine lentement de Sans vers la Saône , porte le nom de Merderix , dont la terminaison accuse évidemment une origine celtique. Le tumulus de Scivolières mérite, par sa nature comme par sa position , une description particulière ; nous croyons donc devoir la faire ici avec quelques détails qui ne seront pas sans intérêt. Un tumulus, on le sait, est un tombeau élevé par les Celtes à la mémoire et en Thonneur de quelque chef im portant de leurs peuplades. Ces sortes de constructions affectent presque toutes une forme conique à large base. Dans leur centre se trouve une vaste cavité , faite en ma çonnerie ou en pièces de bois , et qui contient les ossements du personnage auquel on a dressé ce monument. Souvent , près de ces restes, on rencontre des armes ou des poteries grossières.

La chambre sépulcrale est recouverte par un tertre de pierres ou de terre , selon la nature du sol , et sa hauteur et sa largeur varient fréquemment. Pour construire le tumulus de Scivolières , les Celtes ont dérogé à leurs habitudes. Au lieu d'élever un tertre de pierres ou de terre, ils ont mis à profit la colline appelée aujourd'hui le Peut, et qui s'avance comme un promontoire dans le vallon de Scivolières , et en ont isolé Textrémité méridionale par une profonde coupure. Ils ont obtenu ainsi el facilement un cône, qu'ils ont arrondi ensuite et exhaussé à Taide des terres et des rochers provenant de cette coupure. Ce cône a environ trente mètres d'élévation au-dessus du fossé, et se termine par une plate-forme d'environ dix mètres carrés. Presqu'au centre de cette plate-forme se voit encore aujourd'hui une cavité de plus de deux mètres de diamètre, et qu'on peut regarder comme Torifice d'un puits ou d'une citerne.

Cette conjecture n'a d'ailleurs rien de hasardé, nous pensons même que le tumulus et la colline qui le porte , ont tiré leur nom de Peut de ce puits creusé de main d'homme. On sait en effet que, dans plusieurs localités ', des tumulus ont des puits à leur centre , et que ces monuments sont appelés vulgairement Peu ou ìePeut, du mot puteus1, qui, en latin, signifie puits. Le diamètre du cône est d'environ 130 mè- < Entre autres, à St-Saturnin-de-Léchaud , près Saintes (Charente- Inférieure). Dans cette localité se voit un tumulus appelé le Terrier du Peu; à son sommet on remarque une sorte de cratère ou trou en forme de puits , mais sans revêtement de maçonnerie , qui paraît descendre jusqu'à la base. (Gailhabaud.) 2 D'après l'abbé Bullet, le nom de Peu veut dire dépression , pro fondeur; c'est alors le radical de puteus , puits.

D'autres fois le mot de Peu signifie montagne ; le Peu de Laviron, haute montagne du comté de Bourgogne, près du village de Laviron. De ce mot est venu aussi celui de Puy , qui signifie aussi montagne. tres à sa base , et toutes ses faces sont couvertes d'un bois taillis qui en rend Taccès assez difficile. Autrefois, quand ce monument dépendait de la terre de Sennecey , on parvenait à son sommet par un sentier en spirale, et une croix de bois le dominait. Cette croix s'élevait sur un petit tertre de pierres, placé à côté de Torifice du puits. Le fossé qui entoure le tumulus de trois côtés a une profon deur et une largeur généralement égales , et c'est à peine si, malgré tant de siècles , il y a eu quelques éboulements. Sa coupure est droite, et les rochers calcaires qui en for ment la contrescarpe semblent taillés depuis quelques années seulement.

De tout ce qui précède on peut donc conclure sans trop de témérité que ce monument a été primitivement un tumulus dressé par la main des Celtes , et utilisé plus tard par les Romains comme poste d'observation , sans que ceux-ci eussent besoin d'y faire aucun ouvrage de fortification. II se défendait assez par lui-même , c'est-à dire par son escarpement naturel , comme par le fossé qui Tentoure et qu'on n'aura eu qu'à garnir d'une ligne de palissades. C'est alors aussi qu'on aura creusé dans le centre du monument le puits dont nous avons parlé, ou qu'on aura utilisé, pour en faire une citerne, la chambre sépulcrale que les Celtes y avaient creusée. Ce poste d'observation était du reste parfaitement choisi. II domine tous les lieux d'alentour. Au nord , Tœil plonge jusque vers Sennecey; à Test, il embrasse toute la vaste plaine que confine la Saône , et au sud le regard peut souiller tous les plis du vallon formé par les derniers chaînons de la montagne de Jugy, dont l'altitude est de 309 mètres au-dessus du niveau de la mer '.

Cette montagne, appelée Cyrus par les habitants du pays , ou Cyrie sur la carte du dépôt de la guerre , est dominée aussi par un établisse ment créé par les Romains , qui avaient assis sur l'un de ses plateaux un camp dont on voit les vestiges et qu'on nomme encore aujourd'hui le camp des Romains. Ce camp pouvait être facilement en communication à Taide de signaux avec le poste du Peut qu'il domine , et Ton sait que les Gaulois, comme les Romains, savaient trans mettre avec une fabuleuse rapidité , d'une extrémité à l'autre des Gaules, et de poste en poste, les nouvelles intéressant leur sécurité. Quant au ruisseau qui passe à Rougepont et qui porte le nom de Merderie , Merdery et Merderix , nous avons vainement cherché la signification de ce nom , qui est sans nul doute d'origine celtique.

Saint Julien de Ralleure le cite dans ses Antiquitez de Mascon. II lui donne le nom de Merdery. « Ce ruisseau , dit cet ancien auteur, passe » soubs Rougepont , entre Royer et Senecey. II est à » présent la limite et séparation des deux bailliages de t PRINCIPALES ALTITUDES DES ENVIRONS DE SENNECEY-LE-GRAND. La Saône à Gigny 171 mètres. Le Chêne 186 » La Tour de Vers 190 » Viel-Moulin 192 » Sennecey à la Saule 207 » Ermitage 217 » Saint-Julien (à la Gaze) 237 » Saint- Blartin-de-Laives (église) 290 » La montagne de Sans (bois des Brosses). . . 334 > D'après ce tableau , le point le plus élevé du pays de Sennecey au dessus du niveau de la mer , est de 334 mètres ou 1002 pieds, et au-dessus du niveau de la Saône , de 103 mètres ou 499 pieds. » Mascon et Chalon. » « Ce ruisseau, ajoute-t-il naïve » ment, est nommé peu honnestement Merdery... » Mais le savant et pudibond Saint-Julien a eu tort de s'alarmer , car la vraie terminaison de ce nom est en ix , qui est une terminaison celtique conservée dans nos plus anciennes chartes ; ce ruisseau n'est d'ailleurs pas le seul de ce nom que Saint-Julien de Balleure semble à peine vouloir prononcer.

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