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Le Pérou. Tableau descriptif, historique et analytique des êtres et des choses de ce pays

Émile Carrey · 1875 · Scanned text

148,145 words · about 10 h 22 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Émile Carrey
Language
French
Published
1875
Length
148,145 words · about 10 h 22 min
Sections
23 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (23)
  1. Front matter about 1 min
  2. Preface about 23 min
  3. Chapitre II about 20 min
  4. Chapitre III about 21 min
  5. Chapitre IV about 22 min
  6. Chapitre V about 17 min
  7. Chapitre VI about 35 min
  8. Chapitre VII about 39 min
  9. Chapitre VIII about 27 min
  10. Chapitre IX about 54 min
  11. Chapitre X about 54 min
  12. Chapitre XI about 39 min
  13. Chapitre XII about 25 min
  14. Chapitre XIII about 19 min
  15. Chapitre XIV about 35 min
  16. Chapitre XV about 51 min
  17. Chapitre XVI about 20 min
  18. Chapitre XVII about 22 min
  19. Chapitre XVIII about 14 min
  20. Chapitre XIX about 17 min
  21. Chapitre XX about 17 min
  22. Chapitre XXI about 33 min
  23. Chapitre XXII about 18 min

Continue:

Front matter

LE PÉROU Ouvrages du même auteur Recueil complet des actes du Gouvernement provisoire de 4848, 2 vol. in- 12. Huit jours sous l'Equateur, 1 vol. in-12. Les Métis de la Savane, 1 vol. in-12. Les Révoltés du Para, 1 vol. in-12 La dernière des Nhambahs, 1 vol. in-12. Récits de Kabylie, 1 vol. in-12. Les Aventures de Robin-Jouet, 1 vol. in-8. Grandeur et avenir des Etats-Unis, brochure in-8. Et passim, au Moniteur universel et autres, de nombreuses études sur l'Algérie, l'Italie et l'Améiiçue^(le Caoutchouc, le Curare, l'Etna, les Aissaouas), etc/^^feí }$£\ Ouvrages terminés à paraître prochainement. L' Homme rouge, 1 volume. Le Pays indien, i volume. Versailles, 1875. VERSAILLES. — IMPRIMERIE CERF ET FILS, 59, RUE DU PLESSIS. LE PEROU TABLEAU DESCRIPTIF, HISTORIQUE ET ANALYTIQUE DES ÊTRES ET DES CHOSES DE CE PAYS PAR EMILE CARREY PARIS GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS RUE DES SAINTS-PÈRES, 6 1875 Tous droits réservés.

Preface

Ce livre et ceux qui suivront sur l'Amérique du Sud sont une élude de ce continent, particulièrement du Pérou, du Brésil, de la Guyane française et du pays indien de l'intérieur. Celte étude m'a été inspirée par un long voyage qu'un de mes frères, officier de marine, et moi nous avons fait dans ces contrées, par Tordre et pour le compte du Gouvernement français. Soit avec mon frère, soit seul après son départ, j'ai passé sur le continent sud-américain trois années employées exclusivement à apprendre, sous leurs différentes faces, ce pays et ses habitants. J'ai vécu là tour à tour de la vie des villes et de celle des forêts ou des fleuves, menant tantôt l'existence des créoles fran çais, brésiliens ou espagnols, tantôt celle des Indiens purs : sillonnant le pays en sens divers, et séjour nant dans chaque endroit le temps nécessaire pour l'apprendre de mon mieux.

Nous avons rapporté de ce voyage en fait de matériaux : 1° Des rapports détaillés, sortes de traités à la fois géographiques, politiques et commerciaux, adressés PRÉFACE II aux Ministères des Affaires étrangères et de la Marine dont nous relevions (1). 2° Des journaux de route écrits chaque jour avec un soin scrupuleux. 3° Une carte de .'Amazone, depuis son haut cours non navigable jusqu'à sa bouche. 4° Enfin, une quantité considérable de cartes, de no tes, de croquis, de documents et objets de toutes sortes concernant ce pays : entr'autres deux collections des produits commerciaux et médicinaux du bassin de 1 Amazone, depuis la Cordillère jusqu'à l'Atlan lique. Je dois dire maintenant pourquoi et comment nous avons ramassé ces matériaux, afin de mieux établir leur authenticité, et ainsi, de vous inspirer confiance dans l'exaclitude de ce livre.

Nous avions pour mission d'explorer le bassin de l'Amazone , c'est-à-dire l'intérieur à peu près désert de l'Amérique du sud : aux points de vue des intérêts politiques et commerciaux de la France, surtout quant à sa colonie voisine, la Guyane, qu'il s'agissait alors de vivifier, pour en faire un centre de déportation. Notre premier devoir consistait à envoyer, au jour le jour, à nos deux Ministères, des rapports détaillés sur ces sujets. Ce devoir, nous l'avons accompli scru puleusement. Nous devions faire aussi des journaux de voyage, (O Voir le Moniteur universel d'alors et les Annales du com merce.

PREFACE.

III cette nécessité première de quiconque veut voyager avec fruit. Nous les avons fails, au complet. De même pour la carte de l'Arnazone. Ce travail n'existant nulle part sur une grande échelle, nous avions cru devoir l'enlreprendre, malgré le labeur considérable qu'il entraînait : et, après le départ de mon frère revenu malade en France, j'ai dû l'acliever seul : ce que j'ai fait. La collection de produits et d'échantillons de marchandises européennes avait pour but de montrer aux négociants français ce qu'ils pouvaient envoyer et de mander à l'Arnérique du Sud. Nous étions les com mis voyageurs de la France dans cette partie du monde : nous devions lui rapporter aussi complet que possible réchanlillonnage des pays qu'elle nous avait chargés d'explorer. La collection médicinale était destinée à Magendie qui nousl'avait demandée.

Cela avait été pour nous un fort surcroît de besogne, dont le détail au moins dépassait le cadre de notre mission. Mais Magendie était le meilleur ami de notre famille : mon frère et moi nous avions pour lui un culte filial. C'était lui surtout qui m'avait décidé à ce voyage, et, pour nous prémunir contre ses souffrances probables, m'avait môme enseigné quelques notions médicales ad hoc. Nous lui devions bien de moissonner un peu à son intention : et, comme la moisson était riche dans ces pays à végétation luxuriante, nous nous faisions tout le long de la route tine fête de ses joies futures. Hélas 1 l'homme propose, Dieu dispose. Je ne suis PRÉFACE IV revenu en France que pour l'y trouver mourant ! Ce fut à peine, si, pendant quelques jours, son regard, déjà troublé par les visions d'une autre vie, a pu s'arrêter sur notre fouillis médicinal, dont il eût tant aimé cependant à débrouiller le chaos.

Puis la mort! De tous mes manques d'ici-bas, c'est le plus grand ; son départ a fait un vide sans remède parmi nous tous qu'il soignait et ravivait, rien que par sa venue; quand nous entendions son pas ami résonnant l'espérance. Cher et bon docteur, vous ne pouvez plus venir! Mais où que vous soyez, si la reconnaissance humaine peut monter jusque là, qu'elle y monte. Ami respecté, vous m'avez sauvé, vous m'avez instruit ; c'est mon devoir de vous suivre à mon tour dans les voies utilitaires où, par vous, j'ai commencé de marcher. Ce devoir je l'accomplis en publiant ces volu mes, malgré le labeur ingrat qu'ils exigent. S'ils sont de quelque utilité à nos contemporains, c'est avant tout à l'homme illustre que je viens de nommer qu'on doit en faire remonter la cause. Vous savez pourquoi nous avons colligé tous ces matériaux : Voici maintenant comment nous nous y sommes pris pour le faire.

La contrée que nous avions à parcourir est généralement déserte et inconnue, même de ses posses seurs divers d'origine espagnole et portugaise. C'est le pays primitif par excellence, où il faut d'abord compter sur soi, puis encore sur soi: non-seulement PRÉFACE V pour bien voyager, mais pour vivre et même souvent faire vivre ceux qu'on vient visiter. Donc, l'Européen qui veut voyager là utilement doit s'y mettre à tout faire : parce qu'il lui faut sans cesse tout faire. De la chasse, de la pêche, du commerce, de la cuisine ; pour manger soi, son monde et ses hôtes. De la diplomatie, de la politique, de la patience surtout, pour avancer. Puis pêle-mêle, pour récolter et vivre, de la géographie, de l'hydrographie, de l'histoire naturelle, de la botanique, de la chimie, de la construction, de la pharmacie et principalement de la médecine.

Car les Indiens, voire même les blaucs du pays vous mettent sans cesse à contribution pour tout — pour leurs affaires comme pour leur santé — et il faut répondre bien pu mal, mais répendre. II le faut par cela seul qu'on est Européen, donc médecin, architecte, avocat, militaire, chimiste, savant, dentiste, etc., bon à tout — doutor (docteur), enfin — comme ils disent : ce qui dans leur langue et leur pensée signifie, professeur en tout. Si, nescient de ces mœurs, on a le malheur dédire comme je l'ai fait dans les premiers temps: « Je ne sais pas. > Les résolus vous disent tranquillement : « Regarde dans tes livres. » Puis, ils ne s'en vont, que lorsqu'on a ouvert un livre et qu'on leur a répondu. Les autres parlent sans mot dire, mais fâchés : vous regardant non pas tant comme un ignorant, que comme un méchant qui pouvait d'un mol les tirer de PRÉFACE VI peine et qui n'a pas voulu prononcer ce mot.

Dans le royaume des aveugles, les borgnes sont rois ! le moindre de nos bacheliers serait un grand clerc là-bas. 11 faut répondre sur tout, coûte que coûte : en disant et faisant le moins d'insanités possible : c'est-à-dire, — j'en demande pardon à la docte faculté — en or donnant, comme elle parfois, de la mie de pain sous forme de pilules ou de l'eau sucrée sous titre de solution! Deux très-bons remèdes : car, s'ils ne sauvent pas leurs patienls, du moins ils ne les tuent point. Faisant tout, on ramasse de tout : renseignements, produits, drogues, etc. ! Ainsi ai-je faiL remplissant ma hotte au jour le jour, avec ce que j'ai pu crocheter de meilleur aux lueurs solitaires de mon fanal errant. Puis je suis revenu avec cela vers vous qui m'aviez envoyé : et peu à peu je vide ma hotte, afin que vous fassiez du papier neuf avec mes pauvres chiffons!

Quant à notre mode général de procéder, nous faisions comme nous pouvions, selon le pays le temps, les hommes; allant de ci, delà, où nous espérions découvrir quelque chose d'utile, en grand baleau de fleuve le plus souvent ou en simple canot, à cheval, à pied, selon nos voies. Dans chaque ville ou bourgade de celle longue route, c'est-à-dire partout où il y avait quelque no lion à recueillir, nous nous arrêtions pendant des jours ou des semaines selon l'importance du lieu. Puis là, de par les aulorités locales ou le Dieu-argent, qui a cours même au désert, nous prenions ce que nous

PREFACE.

VII pouvions de renseignements sur la nature et l'élat du pays, ses habitants divers, bêtes et gens, leurs mœurs, etc. Les négociants, quand il y en avait, nous four nissaient de très-bonne grâce pour la plupart des échantillons utiles. Le sorcier, la bonne femme ou le prétendu docteur de l'endroil, nous donnaient ou vendaient, moyennant quelque objet tiré de nos bagages, ce que nous pouvions lui extraire de connaissances ou de drogues généralement difficiles à obtenir et encore plus à débrouiller. Enfin les autorités, gouverneurs, curés, alcades, etc., nous faisaient, à force d'être questionnés jusqu'à obsession, des homélies géographiques, politiques ou autres, dans lesquelles nous péchions nos renseignements. Puis, tous ces produits étiquetés, classés, emballés, nous nous remettions en route comme devant : et ainsi pendant trois ans, sur quatre à cinq mille lieues de chemins divers.

C'est long et c'était dur parfois, je vous le jure: surtout quand je me suis senti là, seul de ma caste et de ma couleur, comme je l'ai été pendant plus d'un an après la rentrée de mon frère en France. C'était dur! Pour trouver au retour lamine maussade d'un chef capricieux, qui, du haut de sa direction officielle, accueillait alors son monde avec uncin faluation de pouvoir irresponsable, toute particu lière à ce noble personnage. Mais laissons-là ce monsieur. Ce qui u'est plus pour l'homme a-t-il jamais été ! a dit Lamartine : passons. PRÉFACE VIII J'ai fidèlement rapporté en France notre moisson entière: sans avoir rien perdu. Les caries et rapports ont été, comme d'usage, en fouis dans les cartons bureaucratiques, où ils gisent encore, je pense. Quelques-uns cependant ont eu les honneurs de la publicité, notamment au Journal Officiel.

Mais, bien que demandés par un ami alors! le directeur de ce journal, Dieu sait les peines que j'ai eues pour obtenir le droit de publication. Jugez: cela était à I'État ! ce fétiche, dont, tous tant que nous sommes, nous avons fait peu à peu le plus odieux magot qu'ait jamais subi notre pauvre Chine-France. J'avais d'ailleurs gardé les minutes de tout cela ainsi que mes journaux de voyage : c'est sur ces do cuments que j'ai écrit les romans et les études diverses qui ont déjà paru. Plusieurs d'entre vous se souvien nent peut-être de : Huit jours sous l'Equateur, les Révoltés du Para, Etudes sur le caoutchouc, le Cu rare, etc. J'ai encore aussi la carte du grand fleuve, de tous noslabeurs celui qui nous a coûté le plus de peines, dont j'espérais le plus et qui cependant nous a le moins servi.

Mais c'est la vie que ces mécomptes; et si je voulais raconter ceux que j'ai subis, rien que pour ce voyage, je ferais une vraie litanie — fort ennuyeuse. J'ajou terai seulement, à propos de cette carte, queje l'avais bénévolement portée au Ministère des Affaires étrangères à mon retour: mais que là, le personnage dont j'ai parlé plus haut m'a déclaré que le Ministère n'avait que faire de travaux de cette nature. Je l'ai

PREFACE.

IX donc gardée : mais mieux eût valu pour moi, l'avoir donnée au Brésil, qui m'en avait offert un haut prix que j'avais cru devoir refuser. Les collections de produits et de médicaments ont eu les honneurs del'Exposition universelle. M. Leplay, son directeur d'alors, a bien voulu les y recevoir mal gré sa bureaucratie, qui ne les voulait pas admettre, sous prétextes divers. Mais je n'étonnerai personne en ajoutant, qu'en cela comme en tout, l'inlelligence bien veillante de M. Leplay sut s'élever au-dessus des mes quines idées des bureaux, comme elle sut résister à l'empiètement princier d'alors ; ces deux plaies du régime impérial. J'ai encore quelques bribes de cette exposition, notamment les curiosités indiennes achetées pour mon compte. La collection médicinale est allée surtout à notre parent et ami, le docteur Henri Liouville.

Ses travaux sur le curare sont connus et forment une por tion du bagage avec lequel il marche sur les traces de ses maîtres, Magendie et Claude Bernard. Le reste est parti en détail : à droite, à gauche, chez quicon que de commerce ou de médecine, est venu nous en demander el que nous avons été assez heureux pour satisfaire. Le meilleur du retour est de donner? C'est principalement grâces aux matériaux que je viens d'énumérer, que j'ai écrit ce livre et ceux qui suivront. J'ai repris un à un nos rapports, nos notes, nos caries, nos curiosités même parfois : tous nos do cuments enfin, ainsi que les divers écrits que j'avais déjà publics. Je les ai condensés dans mon cerveau PRÉFACE X comme dans un alambic. Puis, j'ai rédigé le volume dont vous lisez en ce moment la préface. Mon but principal, en publiant ce travail, est de faire connaître des pays peu connus et dont l'étude of fre, à mon sens, un grand intérêt: parce qu'elle porte sur un continent qui tôt ou tard deviendra pour l'Eu rope, le plus riche de ses champs de moissons.

Notre patrie surtout peut trouver là des ressources de mainte nature. Ainsi, dans le présent, des matières premières, telles que métaux, salpêtres, fibres textiles, résines, bois, etc., qui commencent à manquer sur notre vieux con tinent : dans l'avenir, tout un monde à immigrations, c'esl-à-dire un champ d'apaisement civique et de rajeunissement par les colonies, ce besoin paternel de tous les grands peuples. J'ai donné à ce volume le nom du pays dont il traite, parce que j'ai fait tous mes efforts pour qu'il soit un portrait fidèle de ce pays. Dans ce portrait, j'ai exposé tour à tour la nature el les êtres qui la peuplent, comme cela m'a paru le plus propre à intéresser mes lecteurs, c'esl-à-dire : en accumulant les renseigne ments, en comparant souvent la nature américaine à la nôtre, en ajoutant çà et là des commentaires phi losophiques et autres suggérés par l'occurrence, enfin en semant mon compte-rendu d'anecdotes et d'aventures vraies, curieuses à enregistrer ou utiles à Impli cation de certains faits. En d'autres termes, je me suis efforcé de ren dre intéressant un travail aride par nature. Tout d'abord, j'avais commencé ce volume, sans

PREFACE.

XI me servir des divers ouvrages publiés sur le Pérou : et il y en a des quantités. J'avais craint de mo difier mes impressions par ces lectures : et ainsi de les amoindrir, de les effacer même, sous une couche d'idées en dehors des miennes. Sur toutes choses, je ne voulais point emprunter les labeurs des autres, parce que je peux dire avec notre poêle aimé : Mon verre n'est pas grand, mais je bois dans mon verre. Puis, j'ai réfléchi que, dans l'intérêt de la vérité, mieux valait corrober mes observations par celles de mes prédécesseurs : et, j'ai lu ou relu les ouvrages qui m'ont paru les plus sincères, tels la géographie de Paz Soldan, les histoires de La Vega et de quelques-uns de ses continuateurs, beaucoup de notices, entr'autres celles de Charles Wiener, et enfin les célèbres voyages de Lacondamine , Humboldl, d'Orbigny, Weddel, Erndon, Hutchinson, etc.

Leurs livres m'ont aidé sur beaucoup de points à me réformer et surtout à me com pléter: je leur dois, entr'autres choses, d'avoir ajouté à ce travail loute sa partie historique. Ils ne sont ci lés dans le cours de ces volumes qu'aux endroits où je leur ai fait quelqu'emprunl direct : mais jeleur rends ici l'hommage d'un continuateur reconnaissant à des devanciers illustres. Enfin, en vue d'être aussi exact que possible pour tout, j'ai invoqué la science de quiconque je savais en état de me renseigner: ainsi, m'adressant à mon collègue etami, M. A. Lavallée, vice-président de la Société de botanique, qui a corrigé mes erreurs végétales ; au Ministère du Commeice; et surtout au Minisire actuel PRÉFACE XII du Pérou, en France, M. Galvez, dont le savoir obli geant m'a fourni toute une mine de renseignements sur les progrès actuels de sa progressante patrie.

Bien que celte étude soit généralement faite sur notes et souvenirs de voyage, je n'ai pas cru devoir lui donner la forme ordinaire d'un livre-journal, parce que je n'aime pas cette forme de récit. Quoi qu'on fasse, elle est presque toujours irrationnelle, confuse et incomplète. De plus, si elle satisfait la vanité de l'au teur, en étalant chacun des faits et gestes de sa per sonnalité, elle ne doit satisfaire que médiocrement le lecteur. Qu'est-ce que cela peut vous faire de savoir si telle nuit nous avons bien ou mal dormi entre les moustiques ou les Indiens? Ce que vous cherchez avant tout, c'est le pays dont le livre traite, les pro ductions, le commerce, la nature et les mœurs des habitants, afin de puiser dans cette lecture une dis traction ou un enseignement. C'est ce que je me suis efforcé de donner, sans ra conter nos pérégrinations, autrement qu'à l'appui de cette étude.

Au risque de fatiguer par trop d'aridités scientifi ques, je n'ai pas cru devoir non plus placer ce travail sur un canevas de roman, comme je l'ai fait pour plu sieurs autres publications: parce qu'avant tout, même avant de chercher à vous plaire, j'ai voulu être vrai d'un bout à l'autre. C'est dire que tous les détails de nature et de mœurs les anecdotes même, contenues dans ce livre, sont ab solument eccacts : ou que du moins je les crois tels. PRÉFACE XIII J'ai poussé le scrupule de vérité, jusqu'à prévenir par le mot diton ou autre, chaque fois que j'ai énoncé un fait qui ne me paraissait point certain. J'ai dû, au cours d'un volume de 500 pages, me tromper plusieurs fois, souvent même, principalement dans les appré ciations : errare humanum est. Plus que d'autres les voyageurs sont exposés à erreur, surtout dans les pays neufs, tels que ceux que je raconte en ces pages ; parce que nous sommes plus ou moins des avant-gardes, qui, par force, opèrent dans l'inconnu, rapides et tâ tonnantes.

Mais je ne me suis trompé ni sciemment, ui faute d'avoir cherché la vérité absolue. Cela m'a coûté beaucoup de temps, de travail et même d'ennuis divers. Cependant je fai fait malgré tout, parce que c'était, à mon sens, la seule manière d'offrir un livre de quelque valeur et que mon devoir, ma tendance et mes intérêts me poussaient de con cert à agir ainsi. En effet, nous avions été chargés parle Gouverne ment de notre pays, de regarder toutes les choses de ces contrées, et de lui rendre compte de nos investi galions. Quelle que soit l'indifférence oublieuse que mon frère et moi nous avons recueillie de ce labeur, nous devions accomplir notre tâche jusqu'au bout. Je la parfais aujourd'hui en publiant ces volumes. Voici pour le devoir. En second lieu, avant tout, même avant mon inté rêt personnel, j'aime et je pratique la vérité.

Ce livre, comme de raison, est fait seloti ma tendance de nature, ma manière d'être. J'eusse voulu l'écrire autre- PRÉFACE XIV ment, que je n'eusse même pas réussi : encore plus que le mensonge, la vérité a ses entraînements. Enfin, j'ai agi aussi par calcul d'intérêt personnel, parce que je crois qu'entre le public et les auteurs qui le respectent en ne lui mentant jamais, il s'établit lot ou tard une confiance sympathique féconde en succès. C'est surtout cette espérance qui m'a soutenu dans mon long travail. Si je me suis trompé, la chose, vous en conviendrez, valait au moins la peine d'être tentée! D'ailleurs, ou je m'abuse comme un véritable au teur que je suis., ou rien qu'à lire ces pages, vous sen tirez bien qu'elles sont vraies d'un bout à l'autre. La nature, les hommes, les choses, l'écrivain lui-même, car le style c'est l'homme : tout est là, bon ou mauvais, mais tel quel.

Sije vous plais, lant mieux ; c'est mon désir — et le vôtre, puisque vous me lisez- Si je vous déplais: lant pis: je n'y puis rien, car je suis ainsi fait, et, comme disent les Arabes, le vieux bois ne se redresse plus. Enfin, en vue de clore cet avertissement-préface, j a jouterai que soit en voyage, soit depuis mon retour, je travaille à ces livres d'une manière ou d'une autre, depuis vingt-quatre ans : retouchant, empilant, ajou tant sans cesse aux cours du temps et de ma pensée élucidée par le travail. Je sais que pour un livre, com me pour les sonnets, le temps Ne fait rien à l'affaire et que, peu vous importe que j'aie travaillé ou non, pourvu que l'ouvrage soit bon. Mais c'est au moins PRÉFACE XV une indication que j'ai mûri les idées que ce livre renferme. Aussi, contrairement aux usages modernes, je me largue devant vous de ce temps dépensé : com me, à la fin de sa journée, un ouvrier, qui a travaillé de son mieux, se targue devant son maître des efforts qu'il a faits.

J'eusse désiré publier plus tôt, mais on n'en finit pas, quand on fait un travail de ce genre. Le temps apporte chaque jour quelque document nouveau, quelque correction d'erreur matérielle ou d'appréciation, et des chapitres entiers sont à recommencer. Enfin, grâces à Dieu, j'ai fini quant à ce volume. Je vous le livre. Esl-il bon? Je le crois tel, puisque je le signe et vous l'offre comme un de mes produits, auxquels je liens le plus. Mais, je suis son père, son aveugle père, tel que nous sommes tous plus ou moins. Mon espoir, sous ce rapport, ne signifie donc rien. Tout ce que je puis vous dire avec certitude, c'est que je Taisait, en conscience, dans le fond comme dans la forme, en vue surtout d'être utile au siècle dont Dieu m'a fait naître. Paris, 187S. LE PÉROU CHAPITRE PREMIER. Nom, Situation, Limites, etc.

Origines du nom. Couleurs nationales. Armes. Superficie. Côtes. Iles. Montagnes. Rivières. Mode et époque présumés de formation terrestre. Le Péril que nous appelons Pérou est, après le Bré sil, le plus grand Etat de l'Amérique du Sud . L'origine de son nom, comme celle de la plupart des noms de pays, remonte à ses premiers habitants. Selon quelques historiens, elle vient de Pelú qui était le nom d'un de ses fleuves et que Pizarre prit pour l'appellation générale de la contrée. Selon d'autres, elle dérive de Birú, nom du cacique indien, gouverneur de la pro vince où les Espagnols abordèrent pour la première fois. Or, les deux versions ont probablement raison toutes les deux. On raconte qu'à l'instant de leur débarquement, les Espagnols demandèrent aux premiers habitants qu'ils rencontrèrent, comment se nommait leur pays.

L'un, croyant qu'on lui parlait du fleuve dit : Pelú. L'autre, comprenant le cacique, répondit : Birú . 11 paraît que LE PÉROU tout ici s'appelle Pérú, dirent les Espagnols; et le nom resta. Quoi qu'il en soit, confusion ou plaisanterie, les pre miers conquérants, puis l'Espagne, puis l'usage et la géographie ont adopté cette désignation, au lieu de celle" de Quichua, qui était le nom réel des habitants de cette contrée. Les couleurs, la devise et les armes nationales du Pérou expriment írès-íìdèlement la nature, voire même l'état social de ce pays. Le drapeau est blanc et rouge : formé de trois bandes verticales, une blanche entre deux rouges. Et, en effet, le Pérou d'aujourd'hui est plus asiatique qu'européen, plus rouge que blanc. Sa devise est : Firme y feliz por la union : Fort et heureux par l'union.

Ses armes portent, sous un soleil Un llama figurant le règne animal; un quinquina, la principale richesse végétale ou du moins celle qui est la plus connue : enfin, une corne d'abondance lais sant échapper des monnaies, cette proverbiale fortune du Pérou. II serait difficile de trouver des armes mieux appro priées à la nature d'un peuple et l'exprimant mieux en blason. Mais, n'en déplaise à ses apôtres modernes, cette langue figurée d'une époque qu'ils s'essayent en vain à faire revivre, s'en est allée avec le moyen âge et toutes les institutions du moyen âge. La science hé raldique est éteinte. Quelque bien choisies qu'elles soient, les armoiries nationales ou autres ne sont plus désormais qu'un souvenir historique à Tusage des ar chéologues. Le Pérou actuel ne se sert que peu ou NOM, SITUATION, LIMITES, ETC. 3 point des siennes et la plupart de ses habitants ne sa vent seulement pas qu'ils ont des armes !

Ce pays est situé, en latitude, entre le 3e et le 22e de gré au sud de Féquateur : en longitude, entre le 69° et le 849 degré, à l'ouest du méridien de Paris : c'est-à dire entre l'équateur et le tropique du sud, sous la même latitude que la majeure partie du Brésil. II est borné à l'ouest par l'océan Pacifique : au nord par les républiques de l'Equateur et de la Nouvelle-Gre nade ; à l'est par le Brésil et la Bolivie ; au sud par la Bolivie. II mesure du nord au sud 2,340 kilomètres et de l'est à l'ouest 1,325 kilomètres dans ses plus grandes longueurs et largeurs. Sa superficie est évaluée à 1 ,600,000 kilomètres carrés, autrement dit à 160,000,000 d'hectares : c'est-à-dire à plus de trois fois la surface de la France (I). Ses côtes maritimes, estimées à 2,500 kilomètres en viron, présentent une grande quantité de golfes, rades, baies, etc. qui, çà et là, sont assez sûrs.

Au point de vue de la navigation, c'est un pays richement doué. II possède 50 ports, dont 9 grands, 10 moyens et 31 abris plus ou moins fréquentés : bien que la main de l'homme n'ait encore rien fait pour améliorer la nature. II a, sur sa longue côte dentelée, un grand nombre de petites îles. Mais présentement aucune n'est suscep tible de culture, aucune même n'est habitée, si ce n'est momentanément pour l'e.xploitation de quelques pro duits accidentels, comme le guano dont nous parlerons plus tard. (l) Cette surface était évaluée à 520,000 kilomètres carrés, autrement dit 52,000,000 d'hectares : avant Nice et la Savoie : avant aussi, hélas ! l'Alsace et la Lorraine perdues ! LE PÉROU 4 Ses montagnes sont à bon droit célèbres par leur étendue, leur nombre et surtout leur richesse métalli que.

Quelques-unes comptent parmi les principales du globe : tels, dans le département d'Ayacucho le glacier de Sarasara, dont on estime la hauteur à 6,800 mètres (1). Ses lacs et surtout ses fleuves ne sont pas moins célè bres. II suffit d'indiquer le lac de Titicaca et le fleuve des Amazones avec ses affluents immenses. Ses eaux minérales sont nombreuses et puissantes. Les végétaux, les animaux et les hommes sont moins connus et cependant ne méritent pas moins de l'être, car, au point de vue naturel le Pérou est, je crois, le plus riche pays du monde. C'est même à ce titre sur tout, que je commence par lui cette série de travaux sur les diverses parties du globe qu'il m'a été donné de vi siter. Comment cette belle contrée s'est-elle formée ? J'en ignore et, de même que pour le reste de notre planète, personne, je crois, ne peut répondre à cette question autrement que par des suppositions plus ou moins dis cutables.

Ce qui paraît certain, c'est que le Pérou a subi les phases ordinaires de tous les grands pays de montagnes. Par une cause ou par une autre, des soulèvements volcaniques immenses se sont produits sur cette partie de notre planète, répandant au-dessus de leur four naise des laves, des cendres, des métaux, des sels, etc., mille matières en fusion. Les eaux, qui baignaient tout ou partie de ces matières les ont pétries, comme (1) Le mont Blanc n'a que 4,810 mètres. Le Chamalari dans l'Himalaya passe pour en avoir 9,000, ce qui, vu surtout la célèbre ascension Crocé- Spinelli, me paraît être bien des mètres ! NOM, SITUATION, LIMITES, ETC. 5 un geindre pétrit de la farine et ainsi ont fait un sol. Sur ce sol, des végétaux ont poussé à leur tour, l'ont fa çonné, exhaussé, augmenté de toutes les manières.

Et ainsi peu à peu, au courant de la volonté divine, la terre s'est formée (1). Quant à remonter plus haut que cette formation méme, dire d'où sont venus les premiers matériaux de notre terre, notamment le feu et l'eau ? Pourquoi ils se sont arrêtés dans l'espace? Comment ils ont été mis en oeuvre ? C'est ce que je ne saurais faire. On a écrit beaucoup de choses sur ce sujet, principalement de notre temps. Mais aucune des théories émises ne me paraissant claire ni rationnelle, je trouve inutile de les reproduire ici. Quoi qu'on prétende, l'homme jusqu'à ce jour ne connaît pas plus Torigine de sa demeure terrestre que sa propre origine personnelle. Tous les systèmes, bâtis sur la création primordiale de notre globe, n'ont encore abouti qu'au fiat lux de la religion dont nous sommes, autrement dit à rien, au point de vue scientifique.

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