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Histoire de la ville Montdidier

Victor de Beauvillé · 1875 · Scanned text

280,595 words · about 19 h 39 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Victor de Beauvillé
Language
French
Published
1875
Length
280,595 words · about 19 h 39 min
Sections
17 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (17)
  1. Front matter about 7 min
  2. Chapitre I about 34 min
  3. Chapitre II about 43 min
  4. Chapitre III about 1 h 21 min
  5. Chapitre IV about 59 min
  6. Chapitre V about 41 min
  7. Chapitre VI about 52 min
  8. Chapitre VII about 1 h 3 min
  9. Chapitre VIII about 51 min
  10. Chapitre IX about 1 h 25 min
  11. Chapitre X about 1 h 16 min
  12. Chapitre XI about 27 min
  13. Chapitre XII about 49 min
  14. Chapitre XIII about 1 h 2 min
  15. Chapitre XIV about 59 min
  16. Chapitre XV about 1 h 1 min
  17. Chapitre XVI about 5 h 29 min

Continue:

Front matter

PAR VICTOR DE BEAUVILLÉ OUVRAGE COURONNÉ PAR l_ ' I N S T I T U T DE FRANCE DEUXIÈME ÉDITION TOME PREMIER PARIS IMPRIMERIE DE J. CLAYE RUE SAINT-BENOIT M DCCC ■ A L'histoire de Montdidier ne peut avoir le privilège d'exciter fortement la curiosité, et beaucoup de personnes s'étonneront à bon droit qu'elle ait fourni la matière de trois volumes in-quarto. J'aurais pu, m'épargnant bien des fatigues, resserrer le sujet dans d'étroites limites, et me borner à une simple notice. Ainsi restreinte et parée de tous les ornements dont le crayon de nos artistes sait embellir les moindres productions, Y Histoire de la ville de Montdidier eût peut-ôtre trouvé grâce auprès de quelques amateurs, et obtenu la saveur insigne de prendre rang sur les rayons de leur bibliothèque : et encore, combien d'in-douze et d'in-dix-huit que la délicatesse de leur format et les séductions de leur intérieur n'ont point préservés des rigueurs du sort!

L'étendue de cet ouvrage, je ne me le dissimule pas, est un écueil redoutable contre lequel viendra échouer la patience de plus d'un lecteur, et pour un grand nombre ce sera un motif suffisant d'exclusion ; aussi je ne m'abuse point, et jamais il ne m'est venu à l'esprit de penser que ces trois volumes seraient lus en entier; puissent-ils du moins ne pas faire regretter le temps qu'on aura employé à les consulter! J'aurai atteint le but que je me propose, si ce travail procure sans peine des renseignements exacts sur les faits accomplis à Montdidier, sur les édifices et les établissements que renferme cette ville, et sur les hommes distingués qu'elle s'honore d'avoir vus naître. Instruit par l'expérience, je désire épargner aux autres des recherches longues, pénibles et souvent infructueuses.

VICTOR DE BEAUVILLÉ. Pour simplifier la tâche du lecteur, je crois devoir exposer en quelques mots le plan que j'ai adopté dans la rédaction de cet ouvrage. II se divise en quatre livres : Le premier embrasse l'histoire proprement dite, et se subdivise en quinze chapitres formant la matière du premier volume. Le deuxième livre concerne les églises, la mairie, le palais de justice, le collège et les autres établissements publics, le commerce, les promenades et divertissements, la statistique; il remplit le second volume. Le troisième livre contient la monographie des églises, couvents, hôpitaux, juridictions, etc. , supprimés à la Révolution. L'histoire littéraire, la biographie, la bibliographie et les éphémérides font le sujet du quatrième livre et composent, avec le précédent, le troisième volume.

Chapitre I

3 qui bravèrent si longtemps l'effort de l'ennemi. Du côté de Tricot et de Tan cienne route de Saint-Just, la ville se présente en amphithéâtre : c'est une multitude de toits, de fenêtres, de lucarnes où Tœil se perd, s'égare; où tout se mêle, se confond; Thabitant le plus exercé cherche vainement dans ce chaos pittoresque à reconnaître sa demeure . La Place coupe la ville en deux parties égales; on voit la vie arriver à cette grande artère, et de là se répandre dans les différents quartiers ; les clochers des églises s'élèvent gra duellement l'un au-dessus de l'autre, et le sombre profil du palais de justice forme Textrémité du tableau . Mais c'est surtout en venant par la route de Breteuil que Taspect est remarquable. Montdidier se déploie dans toute sa longueur, couronnant fiè rement la montagne, qui, de ce côté, est taillée à pic.

La ville va en mon tant du sud au nord : le plan inférieur est occupé par la vallée , dont les arbres touffus cachent les habitations des faubourgs. Une rangée de belles maisons, précédées de jardins en terrasse, d'où Ton jouit d'un horizon immense , se dessine sur le haut de la montagne . Des massifs de verdure s'étendent le long des anciennes murailles, s'enfoncent dans le creux du rocher, ou s'élancent jusqu'au faîte des vieilles fortifications; de petites maisons, qu'on dirait suspendues dans Tespace, se montrent et disparaissent dans le feuillage. Le dôme de Saint-Pierre, le campanile à jour de l'hôtel de ville, le clocher de l'église du Saint-Sépulcre et le blanc sommet de son nouveau portail ressortent dans le tableau, et laissent croire que la ville se pro longe au loin, renfermant dans son sein de nombreux habitants.

Le specta teur aperçoit à sa gauche le faubourg Becquerel, dont les habitations superposées semblent se séparer du rocher et se précipiter dans la vallée ; au-dessus, la masse imposante du tribunal, sa tourelle hexagone, ses fenê tres ogivales, ses lourds contre-forts et son large pignon de grès : à son air altier, on reconnaît la Salle du Roi. La promenade du Prieuré, ombragée de tilleuls qui contrastent par leur verdure avec la blancheur éclatante du rocher, termine merveilleusement le paysage. En entrant à Montdidier par la route de Breteuil, le voyageur est frappé de la largeur de la rue qni s'ouvre devant lui : c'est la rue Parmentier , auparavant rue du Saint -Sépulcre, et plus anciennement rue de la Mercerie ; elle précède la Place , dont elle fait en quelque sorte partie ; aussi , quand on la désigne, se sert-on souvent de cette expression, le bas de la Place.

II n'y a pas dans notre ville de place véritable ; ec qu'on nomme la Place, ou le Marché au-BIé, n'est qu'une rue plus large que les autres, qui commence à la rue Parmentier et finit à celle de la Croix-Bleue , avec laquelle elle se confond. La place de la Croix-Bleue tire son nom d'une croix de pierre peinte en bleu qui s'y trouvait autrefois : elle fut abattue en 1793; cette place a été agrandie en 1847 pour ériger la statue de Parmentier. On fit sauter alors toute une rangée de maisons longeant la rue de la Croix-Bleue; mais, malgré cet élargissement, ce n'est en vérité qu'un carrefour. La place du Marché aux-Vaches, près de la porte de Roye, est assez spacieuse; celle du Marché aux-Chevaux, en dehors de la porte d'Amiens, est embellie par la façade de la nouvelle école des Frères. Ces deux places ne sont point pavées.

Dans les faubourgs , aucune rue ne Test encore; des tas de fumier croupissent devant les maisons et obstruent la voie publique, qui, pendant Thiver, est presque en aussi mauvais état que dans Tintérieur d'un village. En général, le défaut de pavage se fait sentir d'une manière fâcheuse, notamment dans les rues du Moulin-à-Vent et Capperonnier. Les principales rues sont celles de Roye, du Marché-aux-Herbes , des Juifs, de la Croix-Bleue et Parmentier; il n'y en a pas une seule qui soit alignée. Des trottoirs exécutés depuis peu d'années corrigent, en partie, cette irrégularité. Au-dessous des rues et des maisons s'étendent des caves profondes pratiquées dans le roc, véritables catacombes d'où est sortie la ville actuelle . Autrefois on ne bâtissait qu'avec la pierre du pays; chacun tirait du sol qui lui appartenait les matériaux nécessaires pour construire son habitation : de là viennent ces immenses souterrains qui sillonnent la ville en tous sens ; aussi dit-on vulgairement que Montdidier est creux comme un violon.

L'usage de la brique a fait renoncer à cette pierre, qui est sensible à la gelée et d'un petit appareil. Dans les construc tions de quelque valeur, on emploie avec la brique la pierre de Pont-Sainte- Maxence ou de Sentis, et, depuis Touverture du chemin de fer, celle des environs de Creil. On compte à Montdidier six faubourgs : celui d'Amiens, le moins considérable de tous, mais le mieux bâti; les faubourgs de Roye, de Paris, de Becquerel, de Saint-Médard et de Saint-Martin ; dans ces deux derniers la population se livre exclusivement aux travaux agricoles. On peut, pour avoir de plus grands détails sur la topographie montdidérienne, consulter ce que nous disons au livre II, chapitre ix, de cette Histoire. En observant la vallée du haut de la promenade du Prieuré, on peut se faire une idée assez exacte de Tancienne ville ; elle occupait Templacement de la cité actuelle, et, déplus, Tespace compris entre la montagne sur laquelle est bâti Montdidier et la colline qui borde la vallée du côté du Mesnil-Saint-Georges. Que Ton rejoigne par une ligne d'habitations, passant au moulin la Planche, le faubourg Saint- Martin avec le faubourg Saint-

LIVRE I.

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CHAPITRE I.

5 Médard; que Ton relie ce dernier à celui de la porte de Paris; que Ton coupe Tintervalle qui les sépare par des rues, des places, des maisons, et Ton aura une idée vraie de ce qu'était Montdidier il y a sept cents ans. La situation de la plus grande partie de la ville dans la vallée est un fait attesté par les monuments et par des documents authentiques. II suffit de jeter les yeux sur l'église Saint-Martin, sur le lieu où était celle de Saint-Médard, pour se convaincre que là où aujourd'hui il n'y a que des champs et des jardins, s'élevaient autrefois de nombreuses habitations. L'église Saint- Martin est en dehors du faubourg et entièrement isolée des maisons; celle qui était dédiée à saint Médard, détruite en 1793, se trouvait à plus de trois cents mètres du faubourg de ce nom. L' isolement de ces deux édifices n'est-il pas une preuve évidente que la vie s'est retirée de ces quartiers?

Aurait -on à dessein construit des églises hors de la portée des habitants, dans un endroit complètement dépourvu de paroissiens? Non, assurément. Auprès du temple se groupent les maisons, il en devient le centre, et les fidèles viennent se placer sous Tégide de sa croix tutélaire. Dans un aveu de la terre de la Houssoye, près de Remaugies, donné le 13 mai 1399, par Jean, sire de Bains et de Boulogne-la-Grasse, il est fait mention d'un grand nombre d'habitations situées aux faubourgs Saint- Martin et Saint-Médard, louées par an huit sols et trois chapons. Les églises Saint- Médard et Saint-Martin étaient, aux xne et xme siècles, dans Tintérieur de Montdidier; à la même époque, celle du Saint-Sépulcre se trouvait dans le faubourg de Paris, et Thôpital à T extrémité de la rue de Tricot. La position de ces divers édifices indique parfaitement Tétendue de la vieille ville.

Dès le xne siècle, il y avait à Montdidier cinq églises, plusieurs hôpitaux et établissements de charité : preuves certaines de Timportance de la cité. Raoul de Crépy, ce haut et puissant seigneur, maître de tant de villes et de châteaux, choisit Montdidier pour le lieu de sa sépulture; de son vivant, il y fait élever le tombeau où il reposera après sa mort. En 1114, la comtesse Adèle y tient un lit de justice. Cette princesse, Tune des plus riches du siècle, avait coutume de dire que, de toutes les villes du comté de Vermandois, aucune ne lui produisait un aussi grand revenu que Montdidier : Péronne et Saint -Quentin, qui faisaient partie du Vermandois, étaient donc alors des cités moins considérables que la nôtre. En 1115, saint Geoffroy, évêque d'Amiens, y réunit en grande pompe un synode général : « Ce qui marque, « fait observer de la Villette, que dès ce temps la ville ne manquoit pas « d'appas pour obliger les personnes de considération à y demeurer. » Philippe de Flandre y établit son quartier en 1183, et y passa Thiver; lorsque Philippe -Auguste l'eut réunie à la couronne, elle lui fournit un fort contingent en hommes de guerre et en argent.

La rente élevée que les habitants s'engagèrent à payer tous les ans au roi pour l'établissement de la commune, est un témoignage irrécusable de leur prospérité. Cette rente était de 600 liv. parisis, qui représentant environ 12,480 fr.; si Ton ajoute à cette somme celle de 237 liv. parisis, ou 4,372 fr., que la ville était encore obligée de fournir annuellement au seigneur de la Tournelle pour Tacquit de ses droits seigneuriaux, on voit qu'à la fin du xine siècle, Montdidier était dans une situation assez florissante pour payer chaque année 16,852 fr., sans parler des charges ordinaires auxquelles toutes les villes sont assujetties ; de nos jours, elle succomberait sous le poids d'une pareille dette : il est vrai que ces charges étaient compensées jusqu'à un certain point par les privi lèges que lui avaient cédés le roi et le sire de la Tournelle.

Pour éviter toute contestation, nous prévenons que, dans la présente histoire, le rapport de la monnaie ancienne à la monnaie actuelle est purement approximatif. Ce n'est pas sur la montagne où elle est étroitement resserrée que notre ville pouvait acquérir le degré de splendeur auquel elle était arrivée. Dans la vallée, elle s'étendait et se développait librement. Au temps de Philippe - Auguste et de ses successeurs, il y avait deux mille maisons à Montdidier; habitées par des gens riches et puissants; aujourd'hui on ne compte que onze cent trente-quatre maisons. Cette décadence s'était déjà manifestée avant le terrible incendie de 1470. Dès cette époque, il n'y avait plus que quatre cent quatre-vingt-treize maisons dans la ville, et six à sept cents dans les faubourgs. Les années qui s'écoulèrent depuis 1465 jusqu'à 1478 furent désas treuses pour le pays.

Dans une requête présentée au roi, en 1492, à Teffet d'obtenir la remise d'une partie des rentes qu'ils étaient obligés de payer, les habitants exposent « qu'à l'occasion des guerres arrivées lors depuis cent « ans, les fauxbourgs de la ville, qui estoient au temps de Philippe- Auguste « la principale communauté, furent bruslés, desmolis et abattus, et depuis « n'ont esté réédifiés, et que depuis vingt-six à trente et un ans, la ville avec « ce qu'il y avoit de maisons et fauxbourgs a esté bruslée et destruite, tant « par le feu de meschef que le fait des guerres. II y avoit anciennement « 493 maisons sans comprendre celles des fauxbourgs ; il n'y avoit lors que « 171 en la ville ». On peut voir, à ce sujet, ce que nous rapportons aux chapitres vi et vu de cette Histoire. Les faubourgs , par leur position dans la vallée , furent souvent exposés aux ravages de l'ennemi. En 1184, pendant la guerre que le comte de Flandre soutint contre le roi de France, Philippe-Auguste y mit le feu; chaque fois

LIVRE I.

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CHAPITRE I.

7 que les Anglais et les Bourguignons attaquèrent Montdidier, les faubourgs furent les premières victimes de leur agression. Tel est cependant Tattache ment de l'homme pour le sol où il est né, que les faubourgs Saint-Médard et Saint-Martin, si cruellement éprouvés , ont toujours vu leurs habitants relever avec persévérance les maisons qu'avaient occupées leurs pères. Le mot faubourg n'avait pas anciennement la même signification qu'à présent. Ce mot, excepté à Paris, implique généralement Tidée d'un quartier plus mal bâti, moins bien habité que le reste de la ville, et cela est vrai; mais autrefois il n'en était pas ainsi, et, lorsque Ton parlait des faubourgs de Montdidier au temps de Philippe -Auguste, on entendait par là tout ce qui n'était pas compris dans l'enceinte du château. C'est ce qu'exprime l'auteur de la Généalogie des comtes de Flandre, lorsqu'il dit que le roi incendia les fau bourgs de Montdidier : Bex...

Viromandiam intrat ; accedensque ad castrum quod Mons-Desiderii dicitur, suburbana illius succendit (Thésaurus anecdotorum, t. III, p. 391). Ce mot suburbana indique parfaitement la position de la ville dans la vallée, comparée avec celle du château qui était sur la hauteur; c'est aussi le langage que tiennent les habitants dans leur requête présentée au roi en 1492, lorsqu'ils disent que sous Philippe-Auguste les faubourgs étaient la principale communauté. Le faubourg Saint-Médard était au centre de la commune; il possédait le beffroi et l'hôtel de ville : toutes ces grandeurs se sont éclipsées, et il ne forme plus aujourd'hui qu'une seule rue, habitée par de modestes jardiniers. Le moulin la Planche, maintenant en dehors des habitations, était jadis entouré de maisons. Jusqu'au xve siècle, la basse ville fut la plus importante ; ce n'est qu'à partir des guerres des Bourguignons que les habitants Taban donnèrent pour chercher un refuge derrière les murailles de la haute ville, qui ne tarda pas à s'accroître aux dépens de l'autre.

En 1485, on arracha, pour paver la ville actuelle, deux mille trois cents pavés près de Técluse, entre le Thilloeul, en allant au Mesnil-Saint-Georges, et le pont Saint-Étienne : le Tilleul était dans le quartier Saint-Médard, et le pont Saint-Étienne près de Técluse, à cent soixante-dix mètres environ après le pont de l'Ave-Maria. On lit dans des extraits d'anciens comptes : « 1533. Quantité de gros grès, vieil pavé arraché aux fauxbourgs dont on « a fait 5,700 de carreaux. — 1534- Arracher grès au chemin de la Justice « et en la vallée des Teinturiers, et le refaire ou refendre pour paver le « Marché ; on a pavé la rue de la porte de Roye, le commencement de la rue « des Fèvres, la rue des Bouchers en descendant vers la porte Becquerel, etc. « En tout 373 toises, à 3S 6d la toise. » Pendant le xvie siècle , les faubourgs furent mis largement à contribution pour venir en aide à la ville.

En 1560, on dépava le faubourg Paris, et on enleva les grès depuis la porte d'Amiens jusqu'au chemin qui condui sait à la Croix du bois de la ville. Le bois de la ville était à droite de la route d'Amiens, au-dessus du clos de Boulogne, après le fond qui est à la sortie de Montdidier; il comprenait trente-huit journaux, trente verges, qui furent vendus, en 1644, à Jacques de Saint-Fussien, moyennant 1,800 liv. et 1 sol de cens par journal payable chaque année au jour de la Saint-Remy. Ce bois a été défriché dans le xvne siècle. En 1845, on découvrit à Tentrée du chemin d'Abbémont, à cinquante centimètres de profondeur, une chaus sée dont le pavé était de fort échantillon; on trouva également au même endroit un grand nombre de fers de chevaux dans un état complet d'oxyda tion . Cette quantité considérable de grès, enlevée à différentes époques, confirme ce que nous avons dit précédemment, que la ville principale était dans la vallée .

Malgré notre prétention de vivre dans un siècle de progrès , nous sommes, sous certains rapports, moins avancés que nos ancêtres; ainsi, dans le quartier Saint-Médard, le long de la rivière, on enfonce dans la boue et Ton marche les pieds dans Teau , là où jadis il y avait un pont et une excellente chaussée. Avant que notre cité fût tombée dans le triste état où la réduisirent les guerres des Bourguignons, elle était divisée en douze quartiers, désignés chacun par le nom de la rue principale qui le traversait; c'étaient : les rues des Juifs, du Temple, de la Commanderie, des Vieilles-Écoles, de la Merce rie, de la Vieille-Monnaie, des Teinturiers , des Orfèvres, de Dagobert, du Lion , de Saint-Pierre et de Paris . Dans la vallée on remarquait les rues de Dagobert, de la Quenolle, des Teinturiers, de la Madeleine, du Tilleul; dans le faubourg d'Amiens se trouvait la rue de la Sangle ou de la Vièze- Chengle.

De vieux titres font encore mention de diverses rues dont il ne reste pas la moindre trace. L' ancienne ville de Montdidier, beaucoup plus grande que la ville actuelle, l'aurait été bien davantage si Ton s'en rapportait à des mémoires écrits par quelques habitants auxquels l'amour de la patrie paraît avoir tourné la tête. Dans leur zèle pour le lieu qui les vit naître, des chroniqueurs n'ont pas hésité à dire que Montdidier s'étendait depuis Bérencourt, annexe d'Ételfay, jusqu'au Mesnil-Saint-Georges , et de Gratepanse-lès-Ferrières jusqu'à Cour temanche; peu de capitales pourraient se flatter d'occuper un pareil espace : deux lieues de long sur près de trois lieues de large! Les partisans de cette opinion extravagante, qu'il suffit d'énoncer pour en faire sentir tout le

LIVRE I.

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CHAPITRE I.

9 ridicule, s'appuyaient sur une donation faite au xn* siècle, par Robert, abbé d'Ourscamp, à l'église Saint-Martin-aux-Jumeaux d'Amiens, du labour d'une charrue , cent vingt journaux d'après d'anciens titres, dans le territoire de Montdidier au lieu nommé Bérencourt : Carrucatam terre cum terragio in territorio Mondisderiensi in loco qui Berolcors appellatur. Ils se fondaient aussi sur un titre du xme siècle, émanant du seigneur de Bérencourt, qui permet à un habitant de Montdidier de construire en cet endroit une maison , des bâti ments et un four auquel ceux de ladite ville auront la faculté de faire cuire, « comme estant de leur appartenance et dépendance. » Ce sont ces der niers mots qui ont servi de point de départ à certains chroniqueurs pour déterminer les limites de notre cité. Mais , pour peu qu'ils y eussent réfléchi , Bérencourt ou Bélancourt , comme Ton dit maintenant, pouvait fort bien dépendre de la ville sans être compris dans son enceinte.

Ce titre du xme siècle, invoqué par de trop zélés Montdidériens, ne concerne que quelque fief relevant de Montdidier. Béren court subsistait encore au xive siècle; en 1369, Jean de la Tournelle en était seigneur. II y avait à cette époque entre Ételfay et Montdidier plusieurs fer mes ou maisons dont les derniers vestiges disparurent dans le xvne siècle; en 1688, lors du défrichement partiel du bois d'Avesne, qui s'étendait depuis Ételfay et Faverolles jusqu'à la borne de la banlieue, on trouva de gros fondements, des cheminées, des voûtes , des caves, des murs de pierre dure. Ces restes d'habitations, le titre dont nous avons parlé, et cette circonstance, que la principale rue d' Ételfay s'appelait rue de Saint-Médard de Montdidier, firent croire à quelques habitants jaloux del'importance de leur ville, qu'elle s'était autrefois étendue jusqu'à Ételfay.

Des indices de la même nature avaient également donné naissance à l' opinion que Montdidier allait jusqu'au Mesnil-Saint-Georges. En 1632, le maïeur Baptiste Capperonnier, ayant appris que des cultivateurs, en labou rant la terre, avaient découvert dans la banlieue, entre ce village et le fau bourg Saint-Médard, « de gros et grands fondements de pierres dures bien a taillées, des briques, des thuiles d'une épaisseur et grandeur extraordinaire, « en quantité, de vieilles marques de maisons et vieux bâtiments », se trans porta sur les lieux au mois de mai de la même année, accompagné des échevins, procureur, greffier, sergents de ville et de plusieurs habitants. Jean Bosquillon, sieur de Saint-Hélène, fief situé à Beaufort, qui quatre ans plus tard s'illustra par son courage au siège de Montdidier , était du nombre , « il « étoit scavant et curieux des antiquités ».

Le maïeur et les personnes qui Tas sistaient relevèrent avec soin l'état des lieux , et rédigèrent un procès-verbal '2 I. de ce qu'ils avaient observé; malheureusement leur rapport n'est point arrivé jusqu'à nous , et il est impossible de savoir à quoi s'en tenir sur la valeur réelle de cette découverte. On aime à retrouver dans celte circonstance le nom de Capperonnier; il semble qu'on doive toujours Je rencontrer là où il y a quelque chose d'utile à entreprendre pour le progrès des lettres et Tétude de Thistoire. Une mort tragique termina les jours de Capperonnier : il se trouvait sur le seuil de sa maison, le jour de la foire, lorsqu'il reçut un coup de pistolet dont il mourut le 26 septembre suivant (1647). Ces vestiges d'habitations exhumés en 1632 sont loin de prouver que Montdidier se soit prolongé jusqu'au Mesnil, puisque c'est dans les limites de la banlieue qu'ils ont été trouvés ; aussi ne nous arrêterons-nous pas à combattre une pareille prétention.

Une partie d'Ételfay et le Mesnil dépendaient de la paroisse Saint-Médard; on ne saurait toutefois tirer de ce fait aucune conséquence raisonnable en faveur de la grandeur de la cité. Nos chroniqueurs s'efforcent bien de justi fier leur assertion en ce qui concerne ces deux communes; mais, à Tégard de Gratepanse et de Courtemanche , ils n'indiquent pas sur quel motif ils se fondent pour avancer que la ville se continuait jusque-là : peut-être était-ce pour lui donner des dimensions convenables et pour proportionner sa largeur à sa longueur; quant à nous, nous n'y voyons pas d'autre raison. Au reste, comme les suppositions ne coûtent rien , ils pouvaient se donner carrière et satisfaire leur amour-propre tout à leur aise. Philippe-Auguste porta , sans le vouloir, le premier coup à la prospérité de la ville en la faisant environner de murailles.

Comme nous Pavons dit plus haut, il avait brûlé les faubourgs en 1184, et ne s'était arrêté qu'empêché par les hommes d'armes du comte de Flandre, qui tenaient garnison dans le château. Devenu maître de Montdidier, et instruit par sa propre expé rience, le roi voulut éviter qu'un pareil malheur ne vînt amoindrir sa nou velle possession; aussi, en accordant aux habitants une charte communale, il leur imposa Tobligalion d'employer le tiers des biens des personnes qui mourraient sans héritiers à entourer la ville de murs. Si Ton n'avait eu que cette faible ressource pour fortifier Montdidier, il se serait passé de longues années avant qu'il fût en état de résister aux efforts de l'ennemi ; mais le roi pourvut lui-même à la défense de la place. D'après ses ordres , Guillaume de Flaminville et Geoffroy Canoele se mirent à Tœuvre; sous leur direction, Ton vit les fossés se creuser, les portes, les tours, les murs de grès surgir du sol et présenter à l'ennemi leurs fronts menaçants. En parlant des événements dont notre ville a été le théâtre sous le règne de Philippe-Auguste, nous

LIVRE I.

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CHAPITRE I.

11 entrerons dans de plus longs développements sur les travaux que ce prince y fit exécuter. La précaution de Philippe-Auguste était digne de ce grand monarque : elle eût été parfaite si elle avait compris toute la ville ; mais le roi se borna à faire ceindre de murs la partie de la cité qui était sur la montagne, laissant en dehors des fortifications celle qui se trouvait dans la vallée. Cette dernière partie, exposée sans défense aux attaques de l'ennemi, ne tarda pas à se dépeupler, et les habitants Tabandonnèrent pour se réfugier dans la haute ville; la guerre et tous les fléaux qu'elle traîne à sa suite vinrent encore les y assaillir, et pendant deux siècles la misère la plus profonde fut le triste partage de nos pères. Ces fortifications, que Philippe-Auguste avait fait élever pour la sûreté des habitants, devinrent elles-mêmes une cause de gêne incessante : c'étaient des impôts continuels qu'il fallait payer pour leur entretien , des corvées accablantes qui se renouvelaient constamment, sans proportion avec le nombre et les ressources de la population.

Lorsque Philippe-Auguste entra en possession de Montdidier, le château formait la principale défense de la ville; mais vraisemblablement il y avait dès cette époque une enceinte fortifiée qui la protégeait en partie. Le cartulaire de ce prince , conservé aux Archives nationales , énonce formellement qu'il fit édifier à Montdidier trois portes nouvelles, et refaire les murs (Pièce justificative 12) : d'où nous devons conclure qu'il y avait déjà des murs et des portes de ville. Quelles sont les trois portes nouvelles que fit construire le roi? On ne saurait rien préciser à cet égard. II est probable cependant que la porte de Paris était Tune des trois, puisque c'est à partir du règne de Philippe- Auguste que l'église du Saint-Sépulcre s'est trouvée en dehors de la ville. Je croirais volontiers que les deux autres étaient celles de Noyon et de Roye; les portes d'Amiens et de Becquerel, plus voisines du château, devaient exister dès le temps de nos comtes.

Au surplus , ce n'est là qu'une conjec ture; il ne reste absolument rien de ces fortifications primitives, et les débris de murs que Ton remarque ne datent que du xve siècle. Voyons, comme place de guerre, quelle était la force de Montdidier au xvne siècle, par exemple, époque où il résista glorieusement aux efforts combinés de Jean de Werth et de Piccolomini. La ville était à peu près dans le même état il y a soixante-dix ans; mais ses fortifications, devenues inutiles depuis que Louis XIV avait conquis TArtois et la Flandre, tombaient en ruine, et ses murailles abandonnées, présentant partout de larges brèches, croulaient dans les fossés. Quatre portes donnaient entrée dans Montdidier : c'étaient les portes du Saint-Sépulcre ou de Paris, celles de Becquerel, d'Amiens et de Roye; il y en avait anciennement une cinquième appelée la porte de Noyon, à Textré mité de la rue du Moulin-à-Vent, mais dès la fin du xive siècle elle avait été supprimée.

Ces portes étaient défendues par des éperons et des tours éle vées : on n'y arrivait qu'après avoir traversé des fossés larges et profonds, taillés dans le roc. D'autres tours, placées de distance en distance le long des murs, en défendaient Tapproche. La plus forte, nommée la tour Rouge, parce qu'elle était construite tout de brique, occupait Templacement de Tancienne porte de Noyon, à l'angle du rempart et de la rue du Moulin-à- Vent; elle faisait une saillie considérable sur le fossé, et était destinée à protéger Tespace compris entre la porte de Paris et la porte de Roye. C'était l'endroit le plus vulnérable; aussi avait-on surmonté la tour d'une plate forme très-élevée, d'où Ton dominait la ville et la campagne. En 1419, le duc de Bourgogne permit d'établir sur cette plate-forme un moulin à vent, et c'est à cette particularité que la rue voisine doit le nom qu'elle porte encore aujourd'hui (Pièce just. 30).

La tour Rouge avait été réparée sous Henri II, par François de Vivonne, seigneur de la Châtaigneraie, qui, en souvenir, fit placer dans le haut ses armes : d'hermine, au chef de gueules. Le moulin à vent fut abattu en 1803; la tour ne tarda pas à subir le même sort : de ses débris énormes on combla (1817) une partie du fossé, et Templacement qu'elle occupait servit à ouvrir une communication directe entre Tintérieur de la ville et la route de Compiègne. De la tour Rouge, en suivant le rempart, on arrivait à la porte de Paris : elle était décorée des armes de France, de celles du duc d'Elbeuf, gouverneur de Picardie; de Georges de Monchy, marquis d'Hocquincourt, gouverneur général de Péronne, Montdidier et Roye, et de Nicolas de Gomont, capitaine de Montdidier. Au-dessous de ces écussons, un boulet, surmontant les armes de la ville, rappelait que c'était de ce côté qu'elle avait été atta quée et prise en 1523.

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