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Histoire nationale des Gaulois sous Vercingétorix ... Illustrée de 160 gravures, etc

Ernest Bosc · 1881 · Scanned text

144,166 words · about 10 h 6 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Ernest Bosc
Language
French
Published
1881
Length
144,166 words · about 10 h 6 min
Sections
14 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (14)
  1. Front matter about 1 min
  2. Introduction about 48 min
  3. Chapitre II about 1 h 44 min
  4. Chapitre IV about 53 min
  5. Chapitre VI about 41 min
  6. Chapitre VII about 47 min
  7. Chapitre VIII about 59 min
  8. Chapitre IX about 1 h 5 min
  9. Chapitre X about 36 min
  10. Chapitre XI about 23 min
  11. Chapitre XII about 46 min
  12. Chapitre XIII about 39 min
  13. Chapitre XIV about 17 min
  14. Chapitre XV about 27 min

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Front matter

6AUL0IS SOUS VERCINGÉTORIX PRINCIPAUX OUVRAGES DE M. ERNEST BOSC SCIENCES. Dictionnaire général de l'archéologie et des antiquités chei. les divers peuples, 1 vol. in-8°, de vm-576 pages, illustré de 450 -gravures sur bois. Paris, Firmin-Didot et C'e, éditeurs, 1881. Traité complet de la tourbe, t vol. in-8° avec figures. Paris, J. Baudry, éditeur, 1870. Cette première édition est épuisée, la %" édition est en préparation. Traité complet théorique et pratique du chauffage et de la ventilation DES HABITATIONS PARTICULIÈRES ET DES ÉDIFICES PUBLICS. 1 vol. in-8° Jésus de 26-2 pages, avec 250 figures intercalées dans le texte. Paris, V" A. Morel et Cie, éditeurs, 1875. Études sur les chaussées dans les grandes villes, brochure in-8". Paris, J. Baudry, éditeur, 1874 {épuisée). DU CHAUFFAGE EN GÉNÉRAL ET PLUS PARTICULIÈREMENT DU .CHAUFFAGE A LA vapeur et au gaz hïdrogène.

Conférence faite à la Société centrale des architectes, le 20 janvier 1875, brochure in-8°. Paris, Ve A. More et Cie. éditeurs, 1875 (épuisée). Aérage et assainissement des grandes villes. 1 brochure in-8° avec figures. Paris, Ve A. Morel et Cie. 1876 (épuisée). ÉTUDES SUR LES HÔPITAUX ET LES AMBULANCES. 1 broch. in-8" avec fig. Paris, V° A. Morel et Cie. éditeurs, 1876 (épuisée). ARTS. Dictionnaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachent. 4 vol. gr. in-8° jésus, d'environ 550 à 600 pages chaque et contenant environ 4000 bois dans le texte, 60 gravures à part et 40 chromolithographies. Paris, Firmin-Didot et Cie, éditeurs, 1877-80. Traité des constructions rurales. 1 vol. in-8" jésus de xm et 509 pages, accompagné de 576 figures intercalées dans le texte ou hors texte.

Paris, Ve A. Morel et C10, éditeurs, 1875. Des concours pour les monuments publics, à propos du concours de l'Hdtel de Ville de Paris, brochure in-8'. Paris, J. Baudry, éditeur, 1873 (épuisée). CURIOSITÉS Dictionnaire de l'art de la curiosité et du bibelot. Paris, Firmin- Didot et C'e (en préparation). PARIS. — lMPRIMEIU^-HpiTtrfi^AniINr.T, RUE MIGNON, 2. GALLOIS SOUS VERCINGÉTORIX PAR ERNEST BOSC et L. BONNEMÈRE Illustrée de 160 gravures intercalées dans le teite PARIS LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT et C'r IMPRIMEURS DE L'iN'STITUT, RUE JACOB, 56 1882 Tous droits réservés

Introduction

Dans nos lycées, dans nos collèges, dans tous nos établissements d'instruction, les professeurs semblent prendre à tâche d'exalter et de glorifier César, le grand perturbateur romain, le destructeur de l'indépendance nationale de nos pères. D'après ces maîtres, les Gaulois n'étaient que des sauvages, ne possédant aucun art, aucune littérature, en un mot, des barbares indignes de tout intérêt. Entraînés par leur enthousiasme au delà de toutes limites, beaucoup seraient tentés d'appliquer au terrible proconsul ce vers un peu modifié de notre bon la Fon taine : « Vous leur sites César, En les battant beaucoup d'honneur, o D'après ces mêmes maîtres, imbus d'un classissisme outré, nos pères n'auraient possédé les éléments de la civilisation qu'après et grâce à la conquête des Gaules par les Romains.

Et si d'un côté nos professeurs sont si durs pour les Gaulois, d'un autre côté ils ne ta rissent pas en fait d'éloges sur la civilisation romaine. Elle était considérable en effet cette civilisation, elle avait atteint, il est vrai, un haut degré d'intensité, sur tout au moment de l'entrée en scène de César. Mais

INTRODUCTION.

. VI était-elle donc si remarquable, si enviable cette civi lisation romaine? Nous ne le pensons pas et nous espérons bien le démontrer dans le cours de cette étude historique. Nous reconnaissons volontiers que les Romains, sous la République, avaient accompli de grandes choses, qu'ils étaient arrivés en quelques siècles à fonder une grande nation au milieu de laquelle fleurissaient les sciences, les arts et les lettres. Mais à partir de César, cette même nation renfermait dans son sein les germes d'une décadence profonde ; c'est là un fait incontestable, et qui justifie cette pensée deMontesquieu, à savoir : que tout ce qui a atteint le faîte de la grandeur est voisin de la décadence. En effet, si les arts étaient florissants et prospères, si sous Auguste ils atteignirent (Tarchitecture surtout) leur apogée, nous pouvons bien dire avec quelque apparence de raison que, dès l'époque de César, le peuple romain reniant tout son passé, ses austères et antiques croyances, ne vivant que pour satisfaire ses passions et ses plaisirs, le grand peuple romain était bien dégénéré.

Sa civilisation à cette époque a été une des plaies du monde, c'est là encore un fait évident, incontestable, aujourd'hui surtout que les études historiques ont progressé et que nous connais sons beaucoup mieux le monde romain. Aussi l'heure de la revanche a sonné, on commence à rendre à César ce qui appartient à César, rendons aussi à nos pères, à ces nobles Gaulois, ce qui leur appartient. A l'actif du proconsul figurent des cruautés inouïes,

INTRODUCTION.

. VII des manques de foi révoltants, des pillages monstrueux et innombrables ! Les troupes placées sous ses ordres étaient en partie formées de gens sans aveu ; César était donc obligé de tolérer leur brigandage et leurs crimes, afin de leur faire oublier les misères qu'elles enduraient. Souvent un jour d'orgie rachetait tout un mois de souffrances et de privations ! Aujourd'hui, on commence aussi à accorder aux Gaulois qu'ils ont eu le bon droit et la justice de leur côté, on admet qu'ils avaient une civilisation qui leur était propre et qui, pour être plus austère et moins brillante que celle des Romains, n'en était pas moins remarquable. On sait encore aujourd'hui que les Gau lois possédaient eux aussi un art original et que beau coup de produits des Gaules, comme nous le verrons dans le cours de cette histoire, faisaient le plus bel ornement des riches demeures de Rome et des splen dides villas des environs de cette orgueilleuse cité.

Après avoir décrié, sur la foi des auteurs latins, ces Gaulois qui avaient osé pénétrer dans Rome en vain queurs (voilà leur grand tort), on se fait une meilleure opinion de nos pères, on commence à fouiller leur passé et les découvertes modernes les montrent tout différents des peintures un peu fantaisistes des auteurs latins, surtout de celles de César. On entoure de respect ces vieux Gaulois au mâle courage, à l'âme noble et fière, au caractère indomptable. Nous leur faisons amende honorable, nous rachetons en un mot la faute commise pendant une longue suite de siècles. Parfois même, convenons-en avec franchise, l'enthousiasme

INTRODUCTION.

. VIII nousconduit-il un peu loin. Mais qu'importe ? De deux maux, préférons le moindre; il vaut donc mieux pécher par excès de patriotisme, que de ramener notre esprit au dénigrement du passé. Aussi, après les malheurs inouïs des derniers temps de notre histoire, nous reportons-nous volontiers vers les Gaules. Elles sont devenues pour la nation fran çaise l'objet d'une sorte de culte, le palladium même de l'honneur national. Pouvons-nous agir autrement ? Nous ne le pensons pas. N'avons-nous pas du reste à faire oublier qu'en parlant de nos ancêtres à la longue chevelure, nous n'avions autrefois pour eux qu'injures et mépris, et que nos lèvres répétaient inconsciemment et trop souvent peut-être le Vaw victis. L'état politique par lequel nous avons passé excuse en quelque sorte nos sentiments impies, sentiments que, du reste, dès notre enfance on inculquait dans nos cer veaux.

II fallait bien faire aimer à la jeunesse française, César, cet odieux despote, afin d'habituer les esprits à la servitude. L' avènement de la démocratie a amené de grands changements dans notre république, aussi devons-nous former le cœur de nos enfants et leur insuffler un ardent, patriotisme. C'est pour cela que nous avons voulu tourner les regards de tous, mais principale ment ceux de la jeunesse, vers ces guerriers qui soutenaient qu'une nation est toujours au-dessus d'un homme, quand bien même cet homme se nommerait Vercingétorix, c'est-à-dire le premier Français.

INTRODUCTION.

. IX A l'appui de notre thèse, nous citerons un passage d'un travail assez remarquable de M. Albert Réville : « Vercingétorix, dit cet écrivain, est pour nous plus qu'un brave guerrier, ayant su tenir tète à César. II a déjà toute la physionomie française et même à un plus haut degré que toutes les célébrités de l'époque franque et purement féodale, car il se battit et mourut, non pour un canton, non pour un suzerain, non pour une dynas tie, mais pro patriâ, pour la patrie gauloise, qui est toujours la nôtre '. » Et cependant bien des historiens vantent encore de nos jours les bienfaits de la conquête romaine. Suivant eux, les Gaulois n'auraient jamais pu fonder une nation véritable : une patrie. C'est là une assertion bien hasardée ! D'aulant qu'un grand mouvement de transformation se produisait dans les Gaules au moment où César y apparut avec ses lé gions maudites.

Si ce mouvement avait pu se déve lopper d'une façon normale, sans nul doute il aurait été couronné de succès. Le résultat eût été I'Unité, non pas peut-être une unité absolue comme celle que nous possédons en France, mais une unité fédérative, qui fait des cantons suisses, des Républiques des Etats- Unis, des nations aussi importantes et certainement plus prospères et plus florissantes que des royaumes dans lesquels le pouvoir est centralisé à l'excès. Du reste, dès les temps les plus reculés, YHégémon et le chef de guerre étaient nommés au suffrage uni- 1. Vercingétorix et l' indépendance gauloise, in Revue des deux mondes (n°» du 25 aoùt et lor sept. 1877).

INTRODUCTION.

. X versel. Jean Reynaud, dans son beau livre V Esprit de la Gaule1, nous montre un côté intéressant de Tordre social chez les Gaulois; il nous dit que « les formes de la nomination, ainsi que les attributions de ces chefs de république pouvaient varier d'un État 'à l'autre, et même dans chaque État suivant les circonstances, mais l'investiture par suffrages libres en constituait partout le principe. Jusque dans la corruption de la démo cratie, le principe républicain subsistait donc. La sou veraineté était un fonds inaliénable que la cité gardait, et dont elle était continuellement appelée à faire usage par de nouvelles élections. Nul ne commandait que par délégation spéciale, pour un temps, avec responsabilité, sauf le cas d'usurpations assez fréquentes, mais châtiées par des réactions qui punissaient l'usurpateur par le supplice du feu. » Étudions maintenant Torigine de la patrie gauloise; bien des auteurs ont voulu T expliquer à leur façon; ainsi un auteur contemporain prétend qu'elle est issue prin cipalement du grand concilium des soixante cités insti tué à Narbonne par Tempereur Auguste 2.

Nous avouons ne pas bien comprendre cette théorie. Les Romains, par leurs sourdes menées, par la force de leurs armes, ont empêché la constitution d'un peuple et tout cela pour la créer eux-mêmes ! Nous ne pouvons admettre non plus que les Romains aient apporté le bonheur à nos ancêtres en occupant 1. oeuvres choisies de Jean Reynaud : L'Esprit de la Gaule, 1 vol. in-8*1. Paris, I8HG, p. 117. 2. E. Dcsjardins, Géog. adminlst. et polit, de la Gaule romaine, ll.'l.

INTRODUCTION.

. XI leur pays après avoir tué ou emmené en captivité un grand nombre de ses habitants. Les empereurs, cela est hors de doute, firent régner Tordre dans les rues des cités gauloises fondées pât eux, mais ne peut-on pas dire à propos de cet ordre même, malo periculosam libertatem ? Ils créèrent des routes, ils instituèrent des marchés. Les monuments qu'ils élevèrent de tous côtés furent remarquables et rappelèrent ceux de Rome même; nous le voulons bien, mais tout cela peut-il faire oublier la patrie as servie. Strasbourg s'est accru depuis 1870;TAlsace et la Lorraine ont quelques routes de plus, quelques che mins de fer. Cependant Strasbourg et T Alsace pleurent toujours leur indépendance ! On nous dit, il est vrai, que les Romains surent se faire aimer des vaincus, et comme preuves à l'appui on ajoute qu'il y eût peu de révoltes.

Mais les Gaules n'étaient-elles pas épuisées d'hommes et d'argent? Plutarque ' ne dit-il pas que dans la guerre des Gaules le proconsul prit huit cents villes, vainquit trois cents peuples et remporta quarante batailles rangées, dans lesquelles il aurait combattu trois millions d'hommes, dont un million aurait péri et un autre million aurait été fait prisonnier. César imposa en outre aupavs soumis un tribut annuel qui augmenta le budget des recettes de TÉtat de quarante millions de sesterces 2, ou huit millions quatre cent mille francs par an, somme énorme pour cette époque. Du reste, 1. Vie de César, x\. 2. Suétone, Vie de César, xxv. — Dion Cassius, XL,

INTRODUCTION.

. sauf celles de Tannée 58, toutes les guerres de César ne sont qu'une suite d'attaques criminelles et d'at tentats contre la vie et les biens de multitudes innombrables et inoffensives, honnêtes et paisibles. Pline donne un nombre de morts plus considérable encore. Velleius Paterculus ne précise point. Au lieu de citer des chiffres, il dit simplement que les Gaulois, tués ou réduits en esclavage par César étaient innom brables1. Les Romains, ajoute-l-on encore, ouvrirent le Pan théon aux dieux de la Gaule, comme à tous ceux du monde entier. Mais la religion de nos pères ne pouvait pas être pratiquée entre les murailles d'un temple, fussent-elles de marbre. Ce n'était point respecter Eusus que de Tassimiler à Jupiter2. Les Druides (ceux que César a connus) et pour lesquels nous ne nous sentons qu'une médiocre sympathie, parce que poussés par Tintérêt, ils ne prêchèrent point la guerre sainte contre Tenvahisseur, ne furent point d'abord persécutés, car au début de la conquête ils furent utiles à César.

Plus tard il put s'en passer, ils surent alors traqués de la façon la plus cruelle. Ce que les Romains apportèrent dans la Gaule, ce fut l'amour des places, ce fut la courtisanerie. Jamais nos pères n'avaient élevé leurs grands hommes au rang des dieux. En Tan XII avant l'ère vulgaire, ils purent voir les Romains accomplir cet acte ridicule : à Lyon (Lugdunum), on construisit en effet un temple en Thonneur de Rome et d'Auguste. Cette déification d'un 1. Velleius Paterculus, II, xliv. 2. Henri Martin, Etude d'archéologie celtique.

INTRODUCTION.

. XIII empereur, importée sur le sol gaulois, est-ce un pro grès? Les écoles bardiques furent fermées et remplacées par d'autres. Ou'ont-elles produit? Trogue Pompée, Petronius Arbiter, et Cornélius Gallus comme écri vains. Nous ne parlons ici que du siècle qui suivit la conquête. Pendant la même époque, les Gaulois Vale rius Asiaticus de Vienne et Domitius Afer de Nîmes se firent remarquer aussi comme orateurs. Excepté Trogue Pompée, lequel de tous ces hommes qui avaient abandonné l'usage de leur langue mater nelle pour écrire ou pour parler en latin, est véritable ment connu? 11 nous est permis de penser que les œuvres des bardes qui vivaient, au temps de Tindépendance, va laient mieux que les travaux des auteurs que nous avons précédemment cités. Par malheur, nous n'avons pas conservé de poésies remontant à une époque aussi ancienne, mais quelques fragments qui nous sont restés de bardes vivant au vie siècle deTère vulgaire et qui écrivaient en dehors de toute influence romaine, nous donnent une idée de ce qu'étaient les chants que les Gaulois nos pères aimaient à répéter1.

Au surplus le lecteur pourra juger par notre chapitre III de la littérature et de la poésie gauloises. Nos ancêtres avaient l'esprit ouvert à toute chose nouvelle. Ils avaient, le sentiment des arts, et si avant la conquête ils ne s'y étaient pas adonnés d'une ma nière plus exclusive, c'est que leur religion, les né- 1 . La Villemarqué, Les bardes Bretons du vie siècle.

INTRODUCTION.

. XIV cessités de la vie et la guerre défensive les en avaient empêchés. Quand ils furent délivrés du culte sombre et sévère qu'ils rendaient à leurs dieux, devinrent-ils plus artistes? On ne cite qu'un séul nom de sculpteur, celui de Zénodoie'. Que fit-il?Une statue colossale de Mercure, qui d'ailleurs était, paraìt-il, fort remarquable; il sit aussi un grand nombre de copies de la statuaire grecque d'une fidélité merveilleuse. Les Gaules, quand elles étaient libres, avaient leur génie propre, et partant leur originalité. Après la con quête, elles ne purent continuer les traditions artis tiques de leur passé, elles imitèrent et copièrent les œuvres de leurs maîtres, des Romains qui eux-mêmes n'étaient que de pâles copistes d'un art véritable, de Tart grec. Et jusqu'à ces derniers temps, on a voulu nous faire admirer Tasservissement de la pensée et des idées de nos pères.

Ce n'est plus possible aujourd'hui. Nous sommes pour Keltil Vercingétorix vaincu contre César vainqueur, pour Keltil Vercingétorix, qui fut Tincarnation de la patrie, et qui Taurait créée, grande, forte et puissante sans la trahison des druides et des colliers d'or qui, craignant de perdre leur suprématie et leur influence, préférèrent livrer les Gaules aux ar mées étrangères, espérant rester ainsi les premiers dans leur pays en obéissant au proconsul et en se sou mettant à ses ordres. Aussi dirons-nous toujours : Gloria victis ! oui répétons sans cesse, Gloire aux vaincus! 1. Pline, Hist. nal, sxxiv.

INTRODUCTION.

. XV Vercingétorix, au contraire, n'avait aucune ambition personnelle; il le dit fort bien dans la circonstance de sa vie la plus grave, la plus terrible : « Je n'ai pas en trepris cette guerre pour mes intérêts personnels, mais bien pour la liberté commune1. » Le héros ne possédait qu'un ardent amour de la patrie et une haine profonde pour les armées étran gères. Voilà pourquoi nous nous sommes faits les défenseurs du noble et grand Keltil Vercingétorix. Ce nom du reste semblait le prédestiner ; certains noms obligent, par exemple, le poète breton Brizeux ne pouvait puiser d'autres inspirations que celles rela tives aux coutumes de son pays natal, puisque Tétymo logie de Brizeux, Breiz, signifie Bretagne. De même le nom de Vercingétorix étudié dans ses racines signifie le grand, {'illustre celte ou mieux kelte.

Or kelte et gaulois sont reconnus aujourd'hui pour deux termes syno nymes. Après Texposition des idées générales qui précèdent, le lecteur comprendra sans peine que nous ayons été tentés d'écrire l'histoire du héros de Gergovie et d'Alé sia, du jeune brenn auquel on doit cette noble parole : « Je formerai une seule assemblée de toute la Gaule; et quand elle sera d'accord, le monde entier ne pourra lui résister. » Nous avons divisé notre histoire en deux parties. La première comprend : la patrie gauloise, c'est-à-dire la vie civile, militaire, politique, religieuse des Gaulois, I. Postero die, Vercingétorix, concilio convocato, « id sebellum su cepisse, non suorum necessitatum, sed communis libertalis causa, de nionstrat. » (Cœsar, Bell. Gall, Vil, lxxxix.)

INTRODUCTION.

. elle donne des détails considérables sur la religion, les mœurs, les us, lès coutumes, la législation, la littéra ture, le théâtre et Tart de nos aïeux. Toutes ces ma tières sont étudiées en cinq chapitres. La seconde partie embrasse toute la période de la guerre des Gaules sous Vercingétorix, cette partie n'est pas moins curieuse et intéressante que la première, car elle montre sous un jour nouveau et d'une façon impar tiale le caractère des Gaulois et des Romains, les di verses péripéties de la lutte engagée entre ces deux peuples. On y trouve des descriptions de sièges et de ba tailles; on y voit le courage inouï de nos pères aux prises avec la cruauté astucieuse et Tarmement formidable des Romains. Cette histoire, vieille de près de vingt siècles, renferme des points de ressemblance frappants avec l'état de la France pendant Tannée maudite de 1870.

Puisse ce livre, écrit surtout pour la jeunesse fran çaise, élever les sentiments de nos jeunes compatriotes et leur faire comprendre que rien n'est plus beau, ni plus digne, ni plus noble, que l'amour" de la patrie, et que grâce à cet amour, on peut surmonter les plus grandes difficultés, vaincre les plus terribles obstacles, et que surtout on ne doit jamais désespérer du salut d'un peuple qui, après avoir subi les défaites les plus consi dérables, s'est toujours relevé, grâce à la noblesse de ses sentiments humanitaires, grâce à son ardent amour du travail et de la liberté. E. B. et L. B. Millbrook (Jersey), i sept. 188I SOUS VERCINGÉTORIX PREMIÈRE PARTIE LA PATRIE GAULOISE CHAPITRE PREMIER La religion des Caulois. — Esus, Tarann, Bel, Teutatès. — - Le druidisme; étymologie de ce mot. — Spiritualisme des druides; ils sont seuls dépositaires des sciences; ils sont divisés en trois classes : Druides proprement dits, Bardes et Ovates. — Les druidesses; elles ont le don de prophétie.

Les druides du xix" siècle. — Les Semnothees ou adorateurs d'un seul Dieu — Les druides et Pythagore. — Les symboles du culte gaulois; le gui et le chêne; étymologie de ce dernier terme. — Propriétés surnaturelles du gui; opinion de Pline à ce sujet. — Étude comparée des cérémonies gauloises et chrétiennes. — Nihil sub sole novum. — Pourquoi le christianisme s'implanta-t-il aisément en Gaule? — Les persécutions romaines contre les druides. — Le Dieu en trois personnes et la Trinité gauloise. — Jésus et Marzin nés l'un et l'autre d'une vierge. — Culte des Gaulois poulies fontaines. — Certaines idées du Christ sont celles des Gaulois. — Croyance des Gaulois en une vie future. — Les druides et les ovates ministres du Christ. — Noël chrétien et Hoël gaulois. — Pain de la Calende. — Hu-Kadarn. — La roue à quatre rayons. — Le miracle de saint Cornelly. — Les pardons. — Explication du mot gas. — Les fêtes de la jeunesse. — L'origine des œufs de Pâques. — La Toussaint, le Miz, du, le mois noir des Gaulois. — La baie des Trépassés.

Les Gaulois adoraient plusieurs dieux : Esus le dieu suprême, Tarann le dieu de la foudre; sous le nom de Bel ou Bélus ils invoquaient le soleil dont la chaleur seconde a terre; un quatrième dieu, Teutatès ou Gwion, présidait a la sûreté, du foyer.- Esus, Eusus ou Hœsus était 1 Aisos des Grecs qui Técrivaient ainsi, comme Caisar pour Cœsar. Esus était la divinité par excellence des Gaulois. Ce que nous possédons sur ce dieu, soit dans les livres, soit comme monument épigraphique, se réduit à peu de chose. Lucain dansson premierchant dit en parlant des di vinités de la Gaule : <( Vous qui apaisez par un sang barbare le cruel Teutatès et le redoutable Esus. » Lac tance, dans son premier livre des Insti tutions, dit en altérant légèrement le nom : k Les Gaulois apaisent par du sang humain Hésus et Tetitatès. » Voilà ce que les écrits des anciens nous disent sur Esus; quant aux monuments épi graphiques nous en possédons également deux : L'un, découvert à Juhlains, consiste en un bas-relief qui re- FlG, 1. — Jupiter. présente une tète trop fruste pour être reproduite et sur lequel on lit Esu...

Le second monument est un autel qu'on a retrouvé au siècle dernier sous le chœur de Notre-Dame de Paris; il représente sur Tune de ses faces Jupiter (fig. 1) sur l'autre Esus (tig. 2). Ce dernier personnage est vêtu de la saie gauloise, il est couronné de chêne, armé d'une hache avec laquelle il détache sur un chêne une branche de gui. Au-dessus de la figure de Jupiter (fig. 1) on lit le mot lovis. La tète du Jupiter ne diffère pas beaucoup de celles repré sentées sur les médailles de la belle époque grecque, comme on peut le voir par notre figure 3. Nos figures 4 et 5 montrent les deux autres faces de cet autel quadrangulaire : ce sont des représentations de Vul cain et du taureau Tricaranus. Esus, Tarann, Bel, Teutatès furent les dieux primitifs de la Gaule, mais sept siècles avant Tère vulgaire, une nouvelle migration d'Asie, con nue sous le nom de migrationdes Kymris, apporta en Gaule un nouveau culte : le druidisme.

L'érudi tion s'est longtemps exercée sur ce mot afin d'en étudier la racine. Quelques auteurs ont donné comme étymologie de ce mot, le terme celte Deru qui signifie chêne ; d'au tres ont soutenu une interprétation plus philosophique; ils ont prétendu que le ternie druidisme est formé dedeuxmotsgalliques, de ou di et rouid, ce qui signifierait doc trine de Dieu. Bien Fig. 2. — Ésus. que les rites de cette religion soient un mystère impéné trable, nous pouvons dire que la religion elle-même était un mélange de panthéisme et de métempsycose. César dit que les druides avaient coutume de ne rien confier à Técriture de ce qu'ils avaient adopté, parce qu'ils ne voulaient pas que leur doctrine se répandit dans le vulgaire. — Le druidisme offrait à ses sectaires la perspective d'une vie future dans laquelle les guerriers poursuivraient leur existence absolument comme dans notre monde.

L'idée de cette résurrection dans une autre vie était si fortement ancrée dans l'esprit des Galls, que, pendant la cérémonie des funérailles, ils jetaient sur le bûcher enflammé des lettres écrites aux habitants d'outre-tombe. Le mème usage s'est perpétué jusqu'à nous, puisque dans certains pensionnats dirigés par des congrégations religieuses catholiques, Fig. 3.— Tète de Jupiter. notamment chez les Visitandines de Sainte-Marie à Avignon, on a coutume le dernier jour de mai, c'est-à-dire pour la clôture du mois de Marie, on a coutume, disons-nous, de per mettre aux jeunes fil les, grandes ou petites, d'écrire sur une feuille de papier tout ce qu'elles désirent le plus voir s'accomplir. Puis elles se diri gent processionnelle ment vers un autel placé dans le jardin ; sur l'autel se trouve un brasero dans le quel les jeunes filles jettent récrit conte nant leurs desiderata.

Elles envoient ainsi leurs vœux les plus ardents à la Vierge et celle-ci est censée les exaucer. Le même Fie. 4. — Vulcuin. usage se pratique aussi dans certaines congrégations for mées de grandes personnes, lesquelles brûlent égalemenl à la clôture d'une retraite tous les vœux qu'elles ont confiés au papier. Le dogme de Timmortalité de Tàme, établi ainsi que nous venons de le voir, inspirait aux Gaulois le mépris de la mort et les rendait capables des plus grands et des plus nobles sacrifices. Les prêtres de la religion gauloise, les druides, étaient seuls dépositaires des sciences, ils enseignaient à un petit nombre de disciples Tastronomie, la médecine et la magie. Pomponius Mêla nous apprend « que les druides enseignaient une quantité de choses aux plus distingués de la nation pendant un espace de temps considérable ».

Chez les bardes du moyen âge, les secrets de Tordre n'étaient dévoilés qu'après de longues et sévères épreuves; les francs maçons de nos jours n'opèrent-ils pas de même, pour conférer les derniers degrés aux membres de leur association? Les prêtres du druidisme étaient divisés en trois classes : les druides proprement dits, formant le su prême collège pontifi- Fig. 5. — Trìcaranus. cal ; à eux étaient réservés le droit de justice, celui d'in struire, et le pouvoir de faire la guerre ou de traiter de la paix. Le chef suprême des druides possédait à la fois le pouvoir temporel et spirituel ; nommé par le suffrage de ses collègues, il avait la puissance absolue. Le grand prêtre dirigeait Técole des druides qui se trouvait cachée dans la solitude des profondes forêts ; dans cette école, les prêtres les plus âgés instruisaient leurs successeurs, pendant un long noviciat, puisqu'il durait plus de vingt années.

La deuxième classe des prêtres comprenait les bardes, ou poètes religieux et guerriers, qui chantaient non seulement les louanges des dieux et des héros de la patrie, mais qui enseignaient aussi les arts. La troisième classe des prêtres était les ovates ou cubages, fidèles dépositaires des rites sacrés et des cérémonies religieuses ;cette dernière classe exerçait aussi Tart divinatoire, et remplissait ainsi le même office que les augures et les aruspices de Rome. Enfin, le collège des prêtres était complété par les druidesses, c'est-à-dire par des jeunes filles ou desjeunesfemmes qui avaient le don de prophétiser; elles prédisaient Tavenir et rendaient des oracles auxquels on obéissait aveuglément. Elles commandaient aussi aux éléments et avaient le pouvoir de se rendre invisibles, c'étaient donc de véritables pytho nisses.

Les druidesses de la Bretagne peuvent être consi dérées comme les dernières sibylles de Tancien monde. Quand les druidesses paraissaient dans les fêtes de la nation, elles étaient entourées du plus profond respect, tous inclinaient la tète devant leur majesté quand elles traver saient la foule. Si en prophétisant elles secouaient la branche de chêne au milieu d'un hymne guerrier, c'était d'un bon augure pour la victoire. Beaucoup croient que les druides gaulois ont disparu de la Gaule depuis quinze ou seize cents ans, il n'en est rien; aujourd'hui encore, en plein xix° siècle, en Tan de grâce 1881, il existe encore des druides; nous avons pu nous entretenir avec quelques-uns. Voici du reste ce que dit à leur sujet un de nos confrères en archéologie, M. Parent1 : d Soixante ansaprès Jésus-Christ, un Boien, nommé Méric, essaya de ressusciter la domination druidique; il rallia huit mille paysans recrutés dans le pays qui forme aujourd'hui 1.

Ernest Parent, le ChâleaudeTernanl. lv. in-12. Paris, 1880, p. 13,n.l. les confins de l'Allier et de Saòne-et-Loire, et marcha sur Autun où se trouvait l'empereur Vitellius ; mais défait à la première rencontre, il fut pris et exposé aux bêtes dans les arènes de Lyon. Epargné par elles, aux applaudissements de la multitude qui le croyait protégé par les anciens dieux de la (latrie, il fut massacré par la garde prétorienne de Vitellius1! » Ce passage de Tacite est peut-être traduit un peu trop librement par M. Parent, mais enfin comme il ne change en rien le sujet principal qui nous intéresse, nous n'insis terons pas, et nous poursuivrons la citation du même auteur. « Saint Germain de Paris, lorsqu'il se rendait à sa terre près de Luzy, rencontrait en traversant les forêts du Morvan des druides qui fuyaient devant lui, et qui, sans la suite nombreuse qui accompagnait cet ami des rois, lui auraient certainement lait un mauvais parti.

Ils se contentaient for cément de Tapostropher de loin. Pourquoi, lui disaient-ils, venir nous troubler jusque dans nos refuges, laissez-nous à notre misère. Ceci se passait au vr siècle. » Au commencement du vif siècle, un évêque écrivait à la reine Brunehault pour se plaindre de sacrifices humains faits par les druides dans son diocèse. » Enfin, au ixe siècle, Charlemagne édictait des peines contre les adeptes du culte des druides, qui étaient surpris adorant les fontaines ou agenouillés au pied des arbres dans les forêts. » Par ce qui précède, on voit que jamais le druidisme n'a cessé d'exister dans les Gaules et qu'il s'est perpétué jus qu'au ix' siècle. Mais en poursuivant la citation de M. Parent, nous allons voir qu'il existe encore de nos jours. En effet, cet auteur ajoute : « Mais ce que presque tout le monde ignore, c'est que de nos jours ce culte compte des adeptes et qu'il se pratique comme avant Tinvasion romaine, sauf toutefois les sacrifices humains, auxquels il a fallu renoncer forcément, et, chose remarquable, c'est que ses adeptes se recrutent dans la con- 1.

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