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Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés

Emile de Bonnechose · 1858 · Scanned text

139,891 words · about 9 h 48 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Emile de Bonnechose
Language
French
Published
1858
Length
139,891 words · about 9 h 48 min
Sections
19 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (19)
  1. Front matter about 4 min
  2. Preface about 8 min
  3. Introduction about 16 min
  4. Chapitre I under 1 min
  5. Livre I about 52 min
  6. Chapitre II about 1 h 26 min
  7. Chapitre III about 1 h 9 min
  8. Chapitre IV about 1 h 21 min
  9. Chapitre I. De La Mort De Guillaume Le about 26 min
  10. Livre II. Chapitre about 27 min
  11. Chapitre II about 1 h 49 min
  12. Chapitre IV. De about 1 h 31 min
  13. Chapitre I about 1 min
  14. Chapitre II. Pkkiodf about 4 min
  15. Chapitre IV about 2 min
  16. Chapitre I. De La Mort De Guillaume Le about 1 min
  17. Chapitre II. Avenement Des Plantagenets about 2 min
  18. Chapitre III about 2 min
  19. Chapitre IV. De about 7 min

Continue:

Front matter

HISTOIRE D'ANGLETERRE DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS PAR M. EMILE DE BONNEGHOSE TOME PREMIER. PARIS DIDIER ET C», LIBRAIRES-ÉDITEURS, 35, QCAI DES AUGUSTINS. HISTOIRE D'ANGLETERRE i OUVRAGES DU MÊME AUTEUR LES QUATRE CONQUÊTES UE L'ANGLETERRE, son histoire et ses institutions sous les Romains, les Anglo-Saxons, les Danois et les Normands, der-uis Jules-Cesar jusqu'à la mort de Guillaume-le-Conquérant. 2 vol. in-8. Ouvrage couronné }iar V Académie française (premier prix Montyon.'- Prix. 12 fr. HISTOIRE DE FRANCE, depuis l'origine jusqu'à nos jours. 10* édition. 2 vol. in-12. 5 fr. GEOGRAPHIE PHYSIQUE, HISTORIQUE ET POLITIQUE DE LA FRANCE, avec dix-huit cartes représentant les variations successives de son territoire. 1 vol. in-8. 3 fr. HISTOIRE SACREE, avec une Carte de la Palestine. 2e édit. 1 vol. in-12. 3 fr.

LES RÉFORMATEURS AVANT LA REFORME (XVe siècle). 2« édition. Gerson,Jean Husel le concile de Constance. 2 vol.in-8°. 10 fr. CHRISTOPHE SAUVAL, ou la Société en France sous la Restauration. Roman de mœurs. 2 vol. in-8. 10 fr. CHANCES DE SALUT, ou Conditions d'existence de la Société actuelle (1850,. 1 vol. in-12. o fr. 50 c. SÌJAAIN BAILLY, discours en vers, couronné par l'Académie française. Brochure in-8. 1 fr. kOSF.MONDE. tragédie t'n cinq actes et en vers, représentée sur le premier Theátre-Françai*:. In-8°. 3 fr. 50 c. PAKIS. — IMPRIME CHEZ BONAVENTURE ET DUCESSOIS 55, QUAI DES AUCCSTINS. HISTOIRE D'ANGLETERRE DEPUJS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS PAR M. EMILE DE BONNEGHOSE TOME PREMIER PARIS DIDIER ET Cie, LIBRAIRES-EDITEURS 35, QUAI DES AUGUSTINS 1858 Tous droits réserves PRÉFACE. Tacite, il y a deu\ mille ans, a posé, pour la postérité, le difficile problème de cet équilibre des pouvoirs (1) qui, dans la vie des peuples, est la liberté même ; et entre les grandes nations euro péennes, l'Angleterre seule, jusqu'à présent, l'a résolu.

Son histoire nous montre un peuple s'avancant avec résolution, quoique d'un pas inégal, à travers les épreuves et les siècles, à la conquête des ins titutions qui ont fait sa force et sa grandeur. On y voit, avec les résultats obtenus, tout ce qu'ils ont coûté. C'est là surtout ce que j'ai voulu mettre en i * lumière. (1) Cunctas nationes et urbes popttlus, aut primores, aut singuli regunt : délecta ex hiset consociata reipttblicae forma, taudari faciliùs qttam evenire, vel si evenit, hautl diuturna esse polest. (Annal., iv, 33.) </ VI PRÉFACE. Je me suis proposé, avant toute chose, de bien faire comprendre, par l'histoire des faits, celle des institutions; de montrer tout ce qu'un peuple a d'obstacles à traverser,- de combats à soutenir, de sacrifices à faire pour arriver à ce but désirable où la plus libre expression des volontés individuelles se rencontre avec la plus grande force de la puissance publique ; de reconnaître enfin à quelles con ditions une nation devient puissante et redoutable sans cesser d'être libre.

Preface

. IX à l'époque où l'Angleterre s'arrête aussi dans ses développements intérieurs et progressifs, exclusivement préoccupée de sa défense contre la révolution française. Son histoire devient alors du rant vingt aimées celle de l'Europe et ne peut plus être séparée sans difficulté de l'histoire géné rale (1). Cédant aux circonstances, j'ai resserré mon travail, sans le rendre pour cela plus facile; j'ai abrégé la tâche du lecteur plus que la mienne. Ou tient peu dé compte à l'historien des peines qu'il prend dans ce but, et l'on sait peu ce qu'une œuvre semblable exige de temps et d'efforts : être concis sans être obscur, sobre de détails sans supprimer la couleur et la vie; saisir, dans les hommes et dans les choses, le trait qui caractérise et ré sume ; généraliser sans digression comme sans système ; donner aux faits leur signification véri table en tirant d'eux renseignement caché qu'ils contiennent; tout voir enfin, tout apprécier, puis (d) Quoique mon intention soit de m'arrèter, dans cet ouvrage, peu âpres la guerre d'Amérique, au début de la révolution française , je donnerai néanmoins, à la lin du dernier volume, un tableau des principaux événements plus particulièrement relatifs à l'histoire d Angleterre, et qui se sont accomplis depuis cette époque jusqu'à nos jours. X

PREFACE.

. choisir; tâche difficile, immense, toujours im parfaitement remplie, qui pour une œuvre comme la mienne eùt demandé toute une vie peut être et à laquelle je n'ai pu consacrer que douze années. II m'a fallu laisser quelques parties dans l'om bre afin de mieux éclairer les autres : je me suis resserré sur le terrain de la guerre et sur ce lui des négociations diplomatiques, qui sont à elles seules toute une histoire ; j'ai donné plus d'es pace au récit des événements politiques, à l'his toire de la constitution civile et religieuse, à l'é tude de l'état social et des mœurs. Les rois et les hommes illustres tiennent aussi une large place dans mon livre : si un Alfred, un Edouard III, une Elisabeth, un Cromwell, si les Henri et les Guillaume donnent l'impulsion ou le principal caractère à leur époque, les Dunstan et les Becket, les Hampden et les Bussel, les Bo lingbroke et les Marlborough, les Fox et les Pitt en sont l'expression vivante, ils rendent en quelque sorte à nos yeux l'histoire visible, ils la résument en eux, et y impriment leur sceau.

Je ne puis prétendre mieux connaître l'An gleterre que les éminents historiens qu'elle a pro duits, et dont j'analyserai les travaux; mais peut être ne sera-t-il pas sans intérêt de voir ici librement

PREFACE.

. XI reproduit par un étranger ce qu'il y a de plus au thentique dans les annales du peuple anglais, et de mieux dit par ses grands écrivains. Je leur rends ce qu'ils m'ont prêté, mais je le leur rends sans l'ailiage qu'y mêlent trop souvent, soit les passions politi ques ou religieuses, soit des préventions hérédi taires : si l'étranger laisse plus à désirer pour la connaissance intime des lois, des coutumes et des mœurs, il est aussi plus libre des préjugés de famille et du joug des partis, écueils dangereux, plus grands en Angleterre qu'en toute autre contrée, et auxquels, dit M. Macaulay, entre tous les historiens anglais, un seul peut-être a échappé (t). D'autres difficultés attendent l' écrivain qui pré fère pour son œuvre, au succès bruyant et passa ger, l'estime durable; et si, comme l'a dit un grand moraliste, c'est nous que nous aimons dans les autres, cette parole, appliquée aux livres, est plus vraie encore. 11 semble, en effet, pour une école prétendue nationale, que tout Français qui parle de l'Angleterre soit tenu d'en médire, et que dépré cier ses voisins ce soit faire acte de patriotisme.

C'est au contraire insulter la France assez riche elle-même en supériorités dans tous les genres pour en pouvoir supporter chez les autres. Je sais reconnaître les quasi ì M. Hallam. PRÉFACE. lités véritables du peuple anglais sans m'aveugler sur ses défauts: s'il porte loin, dans la vie privée et dans son gouvernement intérieur, l'élévation des sentiments, le sens religieux, l'esprit pratique, le respect des droits, je sais aussi à quels excès, à quelles violences il s'est porté souvent dans ses relations avec les autres peuples; et s'il est en grande partie redevable de ses institutions à son énergie et à sa sa gesse, il les doit aussi à la fortune qui lui a donné l'Océan pour barrière, et à l'arbitre souverain des destinées humaines, qui l'a sauvé plus d'une fois de ses propres égarements.

La religion est un autre écueil pour l'impartialité de l'historien. Je me suis tenu, pour ma part, en dehors des questions qui divisent les églises et les sectes, évitant soigneusement le débat théologique ou la controverse. J'ai reconnu tout ce que l'Angleterre constitutionnelle et protestante doit à la réforme, ainsi que le lien naturel et intime qui existe entre la révolution religieuse du seizième siècle et la révolution politique du dix-septième ; mais j'ai su voir aussi, dans les époques antérieures, tout ce que l'Eglise catholique et ses grands prélats ont fait pour l'éducation et pour l'affranchissement du peuple anglais. Je me suis attaché de préférence à ce qu'il y a d'universel dans le chris tianisme, el j'ai rendu hommage, en toute occasion.

PREFACE.

. XIII à ce véritable esprit chrétien qui n'emprunte son glaive qu'à la parole, et qui prépare les âmes pour le ciel parle sacrifice. Si mon admiration est acquise à un Hooper, à un Latimer devant leurs juges et leurs bourreaux, elle l'est aussi, à Thomas Moore sacrifiant sa vie à son devoir et à sa foi , à Marie Stuarl captive, grandissant dans les épreuves, épurée, sanctifiée par l' expiation et le martyre, à l'héritier catholique d'une race infortunée vivant dans l'exil et la pauvreté, préférant à la possession de trois couronnes lc témoignage de sa conscience. La politique, enfin, présente des dangers non moins sérieux à un Français écrivant sur l'Angle terre. S'il y a trop de gens parmi nous toujours prêts à tout dénigrer, à tout condamner chez nos rivaux, il y cn a d'autres qui n'y voient rien que d'excellent, rien qui ne soit pour nous-mêmes objet de reproche, matière à imitation et à emprunt.

Erreur funeste : le peuple anglais est, entre tous, celui qui a le plus vécu de sa vie propre : ses institutions sont le produit des siècles, et le moule où il les a jetées est brisé; elles n'appartiennent qu'à lui, qui, seul, a su conserver, en face d'une démocratie dont le flot monte sans cesse, Inexpu gnable rempart d'une aristocratie populaire. Mais si , en jugeant nos voisins , nous devons nous garder des entraînements précipités comme des PRÉFACE. imitations serviles , nous aurions aussi quelques emprunts à leur faire : c'est d'abord le respect du passé, celui des saines traditions, l'étude et l'observation des lois, selon lesquelles un peuple grandit, se développe et se modifie, sans cesser d'être lui-même ; c'est ensuite l' heureux concours des mœurs et des institutions pour honorer les su périorités légitimes, pour leur donner, dans la famille comme dans l'État, rinfiueiice et Tauto rité nécessaires ; c'est enfin cette foi sérieuse, cette force des convictions chrétiennes qui, en res serrant le frein à l' intérieur, permettent de le dé tendre au dehors; ce sont elles, ce sont ces con victions vraies et fortes, parce qu'elles sont libres, qui enseignent à l' homme le sacrifice en lui montrant un but au delà des intérêts terrestres pour lesquels il s'agite, et s'il a jamais une belle mission à remplir, une grande cause à défendre, par elles il saura vaincre, car il saura se dévouer.

Emile de Bonnechose. Paris, juin 1857. AVIS. J'ai consigné dans les notes les éclaircissements et les dé tails trop étendus pour entrer dans le corps de l'ouvrage sans en altérer les proportions. Les limites du cadre que j'ai adopté ne comportent pas non plus le renvoi régulier et con tinuel aux sources, mais j'ai indiqué celles-ci pour les faits obscurs et douteux ainsi que pour ceux qui ont appelé plus particulièrement l'attention ou la controverse. Je n'ai pu tout lire; mais il y a peu d'histoires générales que je n'aie étudiées; c'est dire que je me suis aidé des tra vaux de Hume, de Lingard, de Rapin, de Henry, de Mac intosh, de Turner. J'ai éclairé mes recherches par la lecture des mémoires et autres documents contemporains les plus dignes d'attention. J'ai indiqué avec soin, dans mon livre des Conquêtes, tous ceux dont je me suis servi jusqn'au xu* siècle.

Pour les trois siècles suivants, après Matthieu Paris, il y a peu de bons documents originaux en Angleterre. et il faut y suppléer par l'étttde de nos grands chroniqueurs et historiens français, et surtout de Froissard, de Monstrelet et de Commines. Les sources redeviennent abondantes sous Elisabeth, et s'accroissent sans interruption jusqu'à nos jours. Je me bornerai à indiquer, parmi les documents que j'ai le plus consultés pour la période des Stuarts, la riche collection des mémoires relatifs à la révolution d'Angleterre, et, en première ligne, les écrits de Clarendon et de Bttrnet. Je citerai aussi, parmi les principaux recueils pour celte époque, les débats parlementaires, la précieuse collection deSomers, celles de Rushworth et de Dalrymple, et quelques corres- AVIS pondances du temps, entre lesquelles la plus curieuse est celle de Cronnvell, recueillie par Carlyle.

Pour le siècle der nier, j'ai mis à profit, outre plusieurs savantes compilations, les écrits de Walpole, d'Hervey, de Chestertìeld, de Boling broke, etc., et je ne suis redevable à aucun ouvrage autant qu'à l'excellent livre de lord Mahon (aujourd'hui Earl os Stan hope), pour cette période si importante. Je dois une mention toute spéciale à sir Henri Hallam, dont l'ouvrage sur la cons tution anglaise est le manuel obligé de quiconque écrit Fhis toire d'Angleterre ; à M. Macaulay, enfin, sous la plume duquel l'histoire prend une vie nouvelle, qui colore tout ce qu'il touche, et qui tout ensemble observateur érudit, penseur spirituel et grand artiste, porte d'un trait dans l'esprit du lecteur la conviction avec la lumière. Je ne puis indiquer ici qu'une partie des ouvrages dont je me suis aidé; mais je ne dois point oublier de citer, dans le nombre, le remarquable livre de lord Campbell sur les Chanceliers d'Angleterre, où le lecteur rencontre, sous une forme agréable, des aperçus pleins de justesse et une érudition ingénieuse, ni surtout le savant recueil intitulé Cobbetss Parliamentary History, continué par la collec tion d'Hansart, mine féconde et inépuisable en documents précieux.

J'ai complété mes recherches par l'étude de quelques écrivains français, dont les travaux sur l'Angle terre font autorité chez nos voisins, et en particulier de M. Guizot, qui a triomphé avec bonheur des nombreuses dif ficultés que tout Français rencontre lorsqu'il écrit l'histoire d'Angleterre. *â^î\t?>t^tíìr^— Aspect. du pays 1 i HISTOIRE D'ANGLETERRE

Introduction

. LA BRETAGNE AVANT U'LES-CÉSAR . I La Bretagne, de toutes pârts baignée par l'Océan et dé robée par son éloignement aux peuples civilisés, était encore à peine connue des Romains lorsque Jules-César, un demi-siècle avant l'ère chrétienne, entreprit de la conquérir. Une très-faible partie du territoire avait été cultivée à cette époque et la contrée presque tout entière avait un aspectsauvage. Vers le sud, l'œil n'apercevait que de vastes bruyères où la végétation était rare et chétive ; à l'ouestetau nord, le pays accidenté, coupé, défendu par des lacs et de hautes montagnes, était inaccessible aux étrangers; vers l'est, à l'embouchure des fleuves, s'éten daient d'immenses espaces marécageux que la mer re couvrait souvent et que le long séjour des eaux rendait inhabitables. On nc voyait, à l'intérieur, ni routes, ni canaux, ni villes dignes de ce nom : les deux tiers i+u pays étaient couverts de forêts de chênes et de pins gi- INTItODICnON.

Anciens habitants : Gaëls cl Kyinris. gantesques à l'ombre desquels erraient de granits trou peaux de bêtes fauves : l'ours, l'hyène et d'autres animaux féroces peuplaient aussi le pays à une époque reculée et ils en disputaient la possession à la race humaine encore peu nombreuse. Peu de détails nous ont été transmis sur les anciens habitants de la Bretagne. II [tarait constant que les Gaëls, peuple celte et presque aussi sauvage que les animaux errant dans ses forêts, habitaient seuls encore la contrée plus de 600 ans avant Jésus-Christ, époque que l'on assigne à la première invasion des Kymris. Les plus anciennes traditions de la Bretagne ' nous montrent dans ceux-ci les descendants des anciens Cimmériens qui habitaient les bords du Pont-Euxin, d'où ils furent chassés par les Scythes, et la souche commune de plusieurs colonies qui s'établirent dans l'ile depuis le \ ne siècle.

Hu le Cadarn ou le puissant, disent-elles, y conduisit le premier la nation des Kymris; ils vinrent du pays d'Été où est aujourd'hui Constantinople, et arrivèrent, à travers l'Océan, dans l'île de Bretagne et dans le pays de Lyddavv (l'Armorique) où ils se Axèrent. Plus tard, et à une époque incertaine, un chef aussi redoutable et plus célèbre, nommé Prydain, fils d'Aëd-le-Grand, sortit de l'Armorique et guida une nouvelle colonie dans l'île. Selon les Triades, ce même Prydain, législateur de son peuple, transmit son nom à l'île entière, qui fut nommée Britain ou Bretagne. L'invasion des Kymris fut arrêtée au nord par les monts Grampiens, où les Gaëls trouvèrent une .barrière I . Elles nous ont été conservées dans des récits en vers appelés Triades. IA BRETAGNE AVANT JILES-CÉSAR. 3 Belges infranchissable.

Une longue suite de combats assujettit sans doute à la race kymriquc toute la contrée au sud de cette chaîne. Les Gaëls continuèrent néanmoins à y for mer une partie importante de la population, soit qu'ils se fondissent avec les Kymris par des alliances, en se ré signant à leur domination, soit qu'ils vécussent esclaves au milieu d'eux. Ceux qui refusèrent de se soumettre, se réfugièrent parmi les hommes de la même race, derrière les monts Grampiens, dans la partie la plus septentrionale de l'île appelée Alben, Albion, ou Albanie, et ils vouèrent à toute la nation kymri ou bretonne une haine qui s'accrut dans la suite des âges par le vague souvenir d'une vengeance héréditaire à exercer sur le peuple spoliateur. D'autres bandes d'émigrés se succédèrent à diverses époques sur le sol de l'ile, et deux siècles environ avant Jésus-Christ, les Belges, peuples gaulois, mais pour la plupart d'origine germanique ', passèrent le détroit, abordèrent sur la côte méridionale et s'étendirent sur toute la presqu'île comprise entre la Tamise, la Saverne et la mer.

Les races diverses qui occupaient la Bretagne insulaire, se partagèrent, là comme dans la Gaule, en un grand nombre de tribus ou de peuples, de mœurs et de noms différents. Ces peuples formaient, soit des confédé rations, soit des États indépendants. Les plus anciens, à l'époque où César envahit la Bretagne, étaient : 1. Mon opinion sur ce point si important de l'orifjinc des peuples occiden taux de l'Europe diffère essentiellement de celle que M. Thierry a accréditée el qui établit qu'au temps de Jules-César les Gaulois-Bel(;es cl par suite les Belges- Brcloits qui en élaicnl sotlis, appartenaient à la race kymrique. Je les crois au contraire les uns et les autres, pour la plupart, d'oeigine germanique. Pour plus de détails , voyez mon Histoire des Quatre conquêtes de l'Angleterre. p. ?, n. t.

INTRODUCTION.

. Dénomination et situation des divers peuples de l'ancienne Bretagne. Les Silures, à l'ouest, établis sur les bords de la Sa verne, et dont le patronage s'étendait sur leurs voisins les Ordovices et les Démétes. Ces trois peuples occupaient la contrée qui est devenue la principauté de Galles. A la pointe occidentale de l'île et au sud du bras de mer aujourd'hui nommé canal de Bristol, habitaient les Domnoniens, dont une partie émigra plus tard sur le con tinent, et forma dans l'Armorique une colonie qui donna son nom à la contrée où elle s'établit '. La côte méridionale était, nous l'avons dit, occupée presque tout entière par des peuples belges que l'espoir du butin attira de la Gaule : ils avaient presque tous conservé leurs noms originaires, et un de leurs rois les plus puissants, Divitiacus, étendait à la fois son auto rité sur une partie de la Gaule et de la Bretagne.

On comptait parmi eux les Belges proprement dits, établis au point le plus central de la côte; les Regni , que l'on suppose être des Bhémois, entre la Tamise et la mer, ainsi que les Cantiens, fixés à la pointe orientale et la plus rapprochée du continent. César a dit d'eux qu'ils étaient les plus civilisés des Bretons. Ils occupaient l'espace res serré entre le détroit des Gaules et la rive droite de la Tamise. Sur la rive gauche de ce fleuve était le petit peuple belge des Trinobantes, célèbre pour avoir jeté les fonde ments de la métropole, si fameuse sous le nom de Lon dres 2 , et si insignifiante au temps de César qu'il n'en est pas même fait mention dans ses Commentaires. Entre J. La liasse Bretagne reçut des émigrés dumnoniens le nom de Domnnnée. 2. Londres portait alors le nom de Trinow, formé de deux mots bretons, tri et note, qui signifiaient ville nouvelle.

LA BRETAGNE AVANT JLLES-CÉSAR. 5 les Trinobantes et les Silures, et sur la rive gauche de la Tamise, étaient les Alrébales, originaires de l' Artois; les Dobuniens, et au-dcssus d'eux les Cassiens ou Cattivella niens, dont le chef renomme fut Cassibelan, l'adversaire de César. Du pays des Trinobantes jusqu'au Wash, la côte orientale était occupée par les Icènes auxquels on pense qu'appartenaient les Coritaniens ou Cor-Icéniens qui habitaient entre lc Wash et l'Humber. A l'ouest de ces peuples étaient les Cornaviens, et au dessus, dans le pays qui s'étend de l'Humber à la Tyne, vivait la célèbre nation des Brigantes, la plus puissante de toutes les nations bretonnes, et qui se subdivisait en plusieurs tribus confédérées. Entre les Brigantes et les Cor-Icéniens ou Coritaniens, et sur lc bord de la mer, étaient les Parisii, dont le nom a fait supposer qu'ils descendaient tics Parisiens de la Gaule ; mais ce nom a été aussi interprété d'une manière diverse et paraît avoir une origine très-différente '.

Au nord de la Tyne, dans les plaines qui forment l'Écossc méridionale ou basse Écosse, étaient cinq peuples auxquels on donnait le nom commun de Méates. Au dessus d'eux étaient six tribus indépendantes, et enfin, dans la partie septentrionale de l'île, au milieu des mon tagnes, des lacs, des bois et des bruyères de la liante Écosse, vivaient à l'état presque sauvage plusieurs peu plades que les Romains confondaient sous le nom de tribus calédoniennes. Tels étaient les peuples auxquels les étrangers donnaient, sous Jules-César, le nom commun de Bretons. t. Paur-isa, mots bretons qui signifient pîttnrages dans des terrains bas ou maritimes. (Ba\l. Gloss.)

INTRODUCTION.

. Elat politique Les races qui dominaient dans l'île au moment de l'in vasion étaient celles des Kymris et des Belges. Les Gaëls n'y existaient en corps de nation et en tribus indépendantes qu'au delà des monts Grampiens. Ils étaient sans doute mêlés aux deux autres peuples dans tout le reste du pays, mais ils n'y subsistaient plus comme nation autonome, et la partie la plus considérable de la Bre tagne reçut des Kymris son culte, sa langue et ses tra ditions. II L'état politique de tous les peuples de la Bretagne of frait de grandes diversités. Au sud, la forme monarchique était généralement établie ; la forme patriarcale primitive dominait au nord parmi les Gaëls : là l'autorité reconnue était celle des chefs de la famille, du clan ou de la tribu. Dans la plus grande partie de l'île et particulièrement au sud de l'Humber, dans les districts méridionaux à l'ouest de la Saverne, dans la contrée qui reçut des Kymris le nom de Cambrie, le pouvoir royal se combinait avec celui des chefs de famille ou de tribu.

La Bretagne, dit Stra bon, était divisée en plusieurs petits royaumes ', et César nous apprend que le seul pays de Cant ou de Kent comptait quatre rois 2. II est présumable que ces chefs, nommés Tyerns, n'exerçaient des droits souverains que sur les hommes de leurs propres domaines. Le pouvoir suprême appartenait à l'assemblée des tribus confédérées pendant la paix, ou de la nation, et, en temps tle guerre, I. Slrabon, IV, 200. — 2. Cés , de Dell Coll., I. v, c. 22. Religion des anciens Bretons. DruidisiT LA BRETAGNE AVANT JULES-CESAR. 7 au chef supérieur élu par le conseil général de toute la contrée. Les principales divinités des Bretons et des Gaulois étaient, sous d'autres noms, à peu près celles des Grecs et des Bomains : Jupiter, dieu de la foudre, le Tarants des Gaulois, était adoré en Bretagne sous le nom de Thunde rer, Mercure et Mars sous ceux de Teulatès et d'Hésius.

Quelques-unes des principales divinités des Bretons étaient encore Apollon ou le soleil qu'ils nommaient Belenus : Diane ou Ardoine, si célèbre en Belgique, et la déesse de la victoire, appelée Andrasle. Outre ces divinités et quel ques autres d'un ordre supérieur, les Bretons avaient un grand nombre de dieux subalternes. Chaque localité avait le sien ou son génie, qui présidait aux bois, aux lacs, aux rochers, aux fontaines et aux fleuves. Les Bretons, connue les autres peuples celtes, n'éle vaient point à leurs dieux des temples couverts et entourés de murs. Ils auraient cru déshonorer la divinité en renfermant son emblème dans une enceinte étroite et circonscrite; c'était dans une vaste plaine, sur une haute montagne ou dans les bois qu'il allaient rendre hom mage à leurs dieux. Là, ils érigeaient pour autels des pierres brutes de 12, 15 et jusqu'à 24 pieds de hauteur, posées de champ, sur lesquelles d'autres pierres de niëine grandeur étaient quelquefois couchées en architraves, comme on le voit à Stone-Henge près de Salisbury; elles formaient un ou plusieurs cercles concentriques dont le point central était marqué par tine pierre d'une dimen sion plus grande que les autres; on en comptait plusieurs centaines dans les enceintes les plus étendues. Los druides, ou ministres du culte, honoraient les dieux

INTRODUCTION.

. par des prières, par des cérémonies religieuses et par de sanglants sacrifices. Ils étaient partagés en trois ordres : les druides proprement dits, interprètes des lois, instruc teurs de la jeunesse et juges du peuple; au-dessous d'eux les vates ou ovates, chargés des divinations et des sacrifices, puis les bardes. Ceux-ci célébraient les exploits des héros, et conservaient dans leurs chants le souvenir des traditions nationales. On ne sait à quelle source était puisée la sience des druides. Leur doctrine avait de nombreux rapports avec les doctrines pythagoriciennes et avec celles de plusieurs sages de l'Orient auxquelles ils Lavaient peut-être empruntée. C'était chez eux une croyance que le monde que nous habitons subissait des transformations nombreuses, mais qu'il ne serait jamais détruit, et cette opinion leur était commune avec plusieurs philosophes de l'antiquité.

Les druides avaient des connaissances en bo tanique et en médecine. Ils exerçaient l'art de guérir et ils mêlaient à cette science des pratiques occultes. Science des Druides. Les Bretons, comme les Gaulois, n'entreprenaient aucune affaire importante sans consulter le sort et tiraient des présages du cours des astres, du murmure des eaux, de la chute des feuilles, du cri des animaux, du tonnerre, du vent, de la pluie et de tous les phénomènes naturels dont les druides étaient les interprètes. II y avait parmi eux des druidesses ou des femmes affiliées à Tordre druidique et dont quelques-unes gardaient le célibat ; ces femmes étaient l'objet d'une grande vénération : elles passaient pour avoir la connaissance de l'avenir, on les tlisait douées du don de guérir les maladies et de commander aux éléments.

LA BRETAGNE AVANT JULES-CÉSAR. 9 Sacrifices, Sanctuaires et lieui sacré' A certaines époques de Tannée, et dans toutes les occa sions solennelles, les druides faisaient des sacrifices : ils offraient aux dieux les fruits de la terre, des animaux domestiques et des victimes humaines : ils croyaient, avec la plupart des peuples de Tantiquité, que la vie des hommes ne pouvait être rachetée que par celle de leurs semblables, et que Toffrande la plus agréable aux dieux était le sang des criminels. Ils leur sacrifiaient aussi des prisonniers de guerre et, à défaut de captifs ou de cou pables, la victime était désignée par le sort : souvent aussi les hommes se dévouaient eux-mêmes pour apaiser la colère des dieux. Ces sacrifices s'accomplissaient par le fer sur la pierre des autels, ou par le feu qui consumait des colosses d'osier où les prêtres renfermaient les victimes.

Les druides attribuaient une vertu médicale et magique à la verveine, aux œufs de serpents et surtout au gui qu'ils récoltaient avec des cérémonies mystérieuses sur les chênes, arbres qu'ils considéraient comme sous la protection spéciale des dieux. C'était dans la profondeur des sombres forêts qu'ils avaient leurs retraites et leurs principaux sanctuaires : il était défendu de couper ou d'élaguer les arbres des bois sacrés; le peuple les croyait inaccessibles aux animaux sauvages, impénétrables à Touragan et à l'abri de la foudre; le sol, disait-il, y tremblait ; il s'y ouvrait des gouffres d'où s'élançaient des serpents qui s'attachaient aux arbres : ceux-ci se courbaient et se redressaient d'eux-mêmes et toute la forêt étincelait de feux. Les druides y conservaient les étendards militaires, eux seuls y avaient accès et ils n'y pénétraient qu'avec terreur.

INTRODUCTION.

. L'insluence qu'ils exerçaient ne fut pas seulement religieuse, elle fut aussi politique et sociale : ils étaient tout ensemble prêtres et magistrats ; ils présidaient aux juge ments comme au culte, et connaissaient de presque toutes les contestations civiles et privées. Si quelque crime était commis, s'il s'élevait un débat sur un héritage, c'étaient eux qui statuaient; à eux aussi appartenait le droit de récompenser et de punir. Telle était en substance Tinstitution du druidisme sur laquelle les modernes ont porté des jugements si divers et presque toujours empreints d'une étrange partialité. Pour la bien juger, ainsi que toutes les autres institutions humaines, il ne faut pas les détacher par la pensée des époques où chacune d'elles était en vigueur; il faut se dire que les superstitions grossières ou cruelles furent, avant Tère chrétienne, communes à presque tous les peuples, même les plus policés.

Les druides instruisaient les hommes, ils étudiaient et pratiquaient les arts utiles dans Tintérêt de leurs semblables. Ils ne se donnaient point, comme les brahmes de Tlnde, pour issus d'une race divine et pour supérieurs, par l 'origine, au reste des hommes; nul n'était exclu de lenr ordre, mais de longues épreuves y donnaient seules accès. Leur institution, dont les vices étaient ceux d'un âge d'ignorance, reposait aussi sur des principes qui, dans tous les temps, sont les plus fermes fondements des sociétés humaines : tous leurs efforts tendaient à entretenir le culte des divinités comme une flamme vivifiante au fond des cœurs; ils étaient per suadés que la piété diminue envers les dieux quand le respect s'atl'aiblit pour leurs ministres; ils savaient que c'est par Timagination et par le cœur qu'on agit sur la LA BIIETAGNE AVANT JULES-CÉSAR. 11 Coutume et mœurs des Bretons. foule et qu'on la dirige, et s'ils usèrent trop souvent dans ce but de moyens grossiers et barbares, c'est que le peu ple était barbare lui-même el qu'il eùt été insensible et sourd à d'autres pratiques.

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