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BISTOIRE DE CE QUI S'EST PASPK EN BRETAGNE durant les GUERRES DE LA LIGUE, »i PARTICULIEREMENT DANS LE DIOCESE DE CORNOUAILLE ; Par M. MOREAU. Chanoine dudit Diocèse , Conseiller au Presidial de Quimper ; AVEC DES NOTES ET UNE PRÉFACE PAR M. LE BASTAKD DE MES5IE13R. SAINT-BRIEUC , imprimerie-librairie de l. prud'homme. — 1857. HISTOIRE di;5 .ir»3tï'!rwmi?(rJ 5tft5tj 5? .©. 5t 510111151? jryîNt jcjicisrj'iro a/thmib1 ET PARTICULIÈREMENT EN CORNOUAILLE HISTOIRE 1>I Cl QUI S*S8T PASSÉ, EN BRETAGNE durant ses GUERRES DE LA LIGUE, et PARTICULIEREMENT DANS LE DIOCÈSE DE CORNOUAILLE ; Par M. MORE Al, Chanoine dudit Diocèse , Conseiller au Presidial de Quininei AVEC DES NOTES ET UNE PRÉFACE PAR M. LE BAsTARD DE MESHEUR, SAINT-BRIEUC imprimerie-librairie de l. prud'homme, — La première édition de Pouvrage que nous publions , imprimée à Brest en 1856, s'est écoulée presqu'en entier dans le pays où se sont passés les évènements qu'il raconte.
Ce pendant il offre un grand intérêt a l'Histoire de France. Une commission établie par le Ministre de l'Instruction publique en \ 835 , pour en examiner le manuscrit, avait déclaré qu'il remplissait une lacune concernant l'ex pédition du duc de Mercœur en Bretagne , lacune que toutes les recherches que l'on avait faites jusque Ta n'avaient pu combler dans le grand ouvrage que l'on imprimait alors sur l'Histoire de France a l'imprimerie royale. D'après ce rapport, le Ministre avait pris un arrêté pour qu'il fût joint a cet ou- J vrage. II est inutile de s'étendre aujourd'hui sur les motifs qui nous déterminèrent a nous charger seul de le publier. On verra que nous voulûmes nous réserver le droit d'ex primer librement nos opinions dans la pré face et les notes que nous y avions jointes. Obligé , pour les notes que nous avons données , de faire des recherches étendues sur la noblesse de Bretagne, ce travail nous a fait connaître une opinion erronée que nous sommes heureux de pouvoir détruire.
Les procès - verbaux de la réformation de 1 667 et années suivantes ne se trouvent ma nuscrits que dans quelques cabinets particuliers et dans les bibliothèques publiques. Les personnes qui les consultent, particulièrement les étrangers, sont étonnés de voir que presque toutes les généalogies qui y sont relatées ne remontent qu'au commencement du XVe siècle. Aussi nous avons entendu émettre l'opinion que la noblesse de Breta gne ne remontait qu'a cette époque. Plu sieurs gentilshommes bretons croient même que leur famille dut être anoblie dans la per sonne du premier membre mentionné dans la réformation de 1667. En 1426, eut lieu en Bretagne la première réformation de la noblesse ; son but était de ne laisser peser l'impôt des fouages dans chaque paroisse cpie sur ceux qui ne payaient pas l'impòt du sang ; aussi elle constate l'ancienne noblesse de toutes les personnes qu'elle déclare nobles , car elle met un soin particulier a signaler les familles anoblies depuis cent ans.
Chapitre 1
Des guerres civiles. — Remcnibranccs historiques de ■'Auteur de ces Mémoires. Les guerres civiles ont toujours été estimées funestes et pernicieuses à l'état , et la raison naturelle même l'enseigne , que la maladie étant interne et enracinée dans les entrailles du corps , est plus dangereuse par être difficile à connaître, et partant malaisée à guérir et de long remède , que les externes qu'on peut plus aisément , par précaution ou autrement, repousser; et tout ainsi que toutes choses non - seulement se maintiennent en leur entier , mais s'accroissent de plus par union et concorde , comme autrefois disait ce grand roi africain ; aussi, au contraire , les plus florissantes s'anéantissent par la division et discorde , qui depuis qu'elle em piète et se fourre en un état, c'est comme une maladie contagieuse, l'exlerraine du tout, ou l'affaiblit tellement qrre le premier venu en a bon marché faisant un profit du mal d'autrui.
Les plus grandes monarchies se sont établies et conservées pendant qu'elles n'ont eu affaire qu'à l'étranger; mais de puis que ce monstre de division s'y est glissé , elles ont peu à peu décliné et finalement venu à néant. Romand non est Romani vinci possunt (1), disait ce grand roi capitaine Annibal , et ainsi en advint à celle des Grecs sous les successeurs d'Ale xandre , et ainsi au royaume des Juifs qui ont par leurs séditions civiles causé leur entière et prodi gieuse ruine, non les Romains qui voulaient con server , comme le témoigne Joseph en sa guerre judaïque; mais laissant les exemples étrangers et anciens , venons aux domestiques advenus en no tre temps , que nous avons vus de nos yeux, ouïs de nos oreilles , et expérimentés à notre mal heur et ruine de tout le royaume , avec la mort de plus d'un million d'hommes, avec tant d'au tres désolations et incommodités qu'il n'est possible de les réciter.
Je parle de la guerre civile qui a été en France depuis Pan 1 585 jusques en Tan 1097 , non toutefois en même temps en tout le royaume, mais toujours en quelque partie , et bien souvent générale partout , et a tellement montré ses effets qu'elle avait rendu cet état presque au dernier pé- (1) Cette citation est tirée textuellement du manuscrit. riode. Quoiqu'elle ait couru par tout le corps poli tique, et recherché comme une forte médecine les humeurs peccantes par toutes les plus petites par ties d'icelui, si a-t-elle été en aucuns lieux plus longue , aux autres plus cruelle , mais surtout elle a été éprouvée en cet évêché de Gornouaille, que je prétends représenter plus particulièrement comme je les ai apprises, partie parles avoir vues, expé rimentées, partie par les avis certains que j'en avais de ceux qui s'y étaient trouvés ; de quoi la postérité ne doit être frustrée par le temps qui consomme toute chose, qui dans moins d'un siècle les renverrait sous le sombre voile d'oubliance, si par écrit on ne les transferait d'âge à autre , qui est le seul remède aux outrages du temps.
Je sais qire beaucoup de choses se sont passées en cette guerre , même en ce pays bas , que je suis contraint de passer sous silence , quoique dignes de récit. Mais n'en ayant écrit au vrai les lieux, le temps , ni les circonstances particulières , j'ai mieux aimé m'en taire modestement , que témérairement rapporter ce qui m'était incertain , et pour cette cause ne me suis-je avancé d'écrire ici ce que j'entendais bien souvent avoir été fait au loin , crainte que le rapport qui en tel cas est souvent divers ne fût vé ritable , croyant aussi qu'en chacun quartier il se trouvera toujours quelqu'un soigneux de recueillir ce qu'il y aura vu ou appris , et que par ainsi la mé moire se sera perpétué les choses tant prodigieuses adverrues en celte funeste guerre , ou plutôt brigandage des plus débordés que jamais la France ait souffert, et qui pis est par les siens propres, plus cruels l'un à l'autre que les étrangers auxiliaires , Anglais anciens ennemis de France, Espagnols, Italiens, Allemands et autres , lesquels tous ensemble avec les nôtres ont joué de merveilleuses tragédies sur notre théâtre français , ployé el presque rompu sous si pesant fardeau.
Que le lecteur n'atlende pas de moi un corps d'histoire orné d'un langage affilé qui chatouille l'oreille. C'est seulement un récit d'histoire que je confesse ne le vouloir ni le pouvoir faire autrement , me contentant de le rapporter par forme de notes et mémoires, en style impoli et rude. La vérité Ioule nue el toute pure de ce que j'ai pu apprendre , et sans aucune passion particulière qui me fasse parler par haine au préjudice de l'un , ni par amour à l'avanlage de l'autre parti , quoique nous voyions aux livres imprimés et dans les grandes annales ou autres traités privés tous être remplis de faussetés et de flatteries , mettant le tout d'un côlé et rien de l'autre. Que si quelque chose s'est passé au parti qu'ils affectent , tant petiíe soit-elle , ils l'exagèreront et loueront hautement qu'il semble qu'ils ne vissent jamais petit loup, pt qui pis est bien souvent en forgent en leur cerveau pour gratifier leurs chefs , qui n'ont acquis la plupart du temps aucun renom; et au contraire celles du parti contraire , bien que grandes et rema rq u ables , ou ils les tairont du tout , ou s'ils ne peuvent le faire sans rougir ou être accusés d'igno rance maligne, ils les tourneront de telle façon que ce ne sera rien à leur avis , ou en attribueront l'événement à quelque hasard et non à la vaillance de l'ennemi.
Bref, la vérité ne se peut découvrir par telles personnes , el la faudra rechercher par mi les écrits des auteurs étrangers ; encore à peine descendront-ils si bas pour faire mention de ce qui s'est passé en ce recoin du monde , et cependant qui mérite bien en faire un traité à part, ce que j'ai délibéré sans acception de personnes et sans me donner beaucoup de peine des sinistres jugements des envieux , me contentant de faire connaître à la postérité combien le diocèse de Cornouaille a souffert de maux et de brigandages en celte cruelle guerre , et pâti depuis l'an 1 58g en la haute Cornouaille, et i5o,2 en la basse, jusques en l'an 1597 , que le seigneur Philippe-Emmanuel de Lorraine , duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne , chef du parti catholique , autrement appelé la sainte union des Catholiques , et par le parti contraire , en dérision, la Ligue , lequel se rendit enfin au parti de Henri IV du nom , lors régnant.
Quoi faisant , la paix fut faite en celte province, qui était déjà quelques années auparavant par tout le reste du royaume , comme sera dit ci-après en son lieu ; laquelle paix tant dé sirée ne mit toutefois fin aux misères du pays , ainsi fut suivie de tous les autres fléaux desquels Dieu par récriture menace son peuple endurci. La peste, la famine , les bêtes farouches dévorent les hommes , savoir est des loups , assez difficile à croire à qui ne l'a vu , toutefois très-véritable , lesquels fléaux, par une certaine subordination, s'entresont suivis par telle vicissitude que ce qui a échappé au glaive a péri par la peste , et ce qui à ces trois terribles et plus ordinaires châtiments divins pensait avoir fran chi le saut du danger , voici le quatrième et dernier qui acheva de déserter le pays, et qui le réduisit en une telle désolation que le récil sera réputé fable ou roman ; car les bêtes, j'entends les loups , comme instruments de la divine justice, ont autant dépeu plé le pays de tout sexe et âge à peu près que pas un des autres fléaux , pour avoir' duré plus longtemps, car la guerre n'était toujours en un lieu , et les dan gers étaient ambulatoires , lesquels on pouvait le plus souvent éviter par la fuite ou retraite en place forte.
La famine ne dura qu'un an ou deux, qui fut l'an i5g7, principalement suivie de la peste Tan née suivante , et qui dura depuis le mois d'avril lan i5g8 jusques à la Toussaint en suivant ; mais les loups continuèrent leur rage depuis les années 1 597 jusques en l'an i6o5 ou 160G, comme il sera dit ci après plus particulièrement en autre lieu. Ces cho ses m'ont semblé ne devoir être omises, croyant que ceux qui les liront auront toute occasion de louer Dieu de les avoir réservés à un autre temps pour n'avoir vu le comble de malheur que nous avons vu et souffert. Le récit des guerres est délectable, et l'expérien ce dure el amère. Si dans le passé , ou de siècle en siécle , il se fut trouvé quelques curieux qui eus sent remarqué par leurs écrits , chacun en son temps , les choses notables qui s'y sont passées , la postérité n'eùl été privée de ce bien et contente ment d'ignorer les causes , le temps et les auteurs de tant de belles marques el vestiges d'antiquités qui se voient en tous les endroits de cette basse Cornouaille , nommément sur le côté de la mer.
De tout quoi ne trouvant rien par écrit , soit par la négligence de nos devanciers , soit que leurs écrits ne soient pas venus jusques à nous , on en veut donner les uns d'une façon , les autres de l'autre, sans aucune certitude : tant de mines de forts et de châteaux sur les bords de la mer , dont on voil encore aujourd'hui les fondements et reliques, les quels on peut juger combien forts ils ont été jadis. Autrefois Roc h guen capsizun (i) , cerné autrefois de trois murailles du côté de la terre , et du côté de la mer d'un précipice inaccessible, ayant néan moins un étroit degré fait dans le roc , par lequel (1) Ce que l'auteur nomme Roc' h guen cap-simn nous semble , d'après la description qu'il en fait , devoir être Castel-Meur. C'est un rocher au nord du cap , séparé de la terre par trois fossés , et sur lequel on trouve les traces de ce que nous appellerions aujourd'hui un bivouac.
Le chemin pavé de petites pierres , qui commence à la baie des Trépassés et conduit à Carhaix et à Quimper , passe devant le premier fossé qui sépare du continent re château , construit par la nature. ìíoc'h guen cap-shuii veut dire la roche blanche du cap-sizun. Si zun est lc nom celtique 4e l'ilé de Sein on descend jusques à la mer; un autre enCléden, un autre en Primelen , sur un roc tout entouré de la mer , qui ne pouvaient être forcés avant l'usage du canon que par famine. Mais ce qui est de plus remarquable est une muraille , ou plutôt des reli ques d'icelle , située sur la dernière pointe de terre qui aboutit sur le roc de Cornouaille , en la paroisse deCléden oudePlogoíT, de figure carrée, en forme d'un grand cloître de trois toises de haut , faite à ciment de petit cailloux, située déjà vis-à-vis d'une petite île nommée île de Sizun ou île de Sein , distante de la pointe de terre de trois à quai te lieues vers l'occident.
Cette muraille , qui a été autrefois un grand œuvre de bel ouvrage , est aujourd'hui pour la plupart démolie ; voire de mémoire d'hom me que les habitants voisins , pour agrandir leur labourage, d'autant qu'elle est en un bon et ferlile terroir , l'auraient du tout rasée , sans que le pro cureur du roi de Quimper, maître Jacques Mocam (\), environ l'an 1576, requis que défenses furent faites auxdits habitants de plus démolir ladite mu raille , sur grosses peines , ce qui est cause qu'il s'en voit encore quelques pans debout. La cause de cette défense fut à ce qu'elle demeurât en l'état pour une marque d'antiquité eu l'enclos de cette muraille , qu'ils nomment en leur langue bretonne Mauguer Greguii , c'est-à-dire muraille des Grecs. Et aux (1) Jacques Mocam était seigneur du Peremiou environs dicelle , les laboureurs fouissant ont souvent trouvé, et parfois y trouvent encore des urnes ou auges (i) de pierres étrangères de diverses sor tes, et quelques urnes toutes couvertes d'une pla tine de pierres garennes pour mieux joindre et ci menter, et quelquefois l'on y a trouvé engravés quelques lettres et fragments non lisibles.
On pré sume aussi qu'on a voulu bâtir ladite muraille de pe tits cailloux qu'il a fallu faire apporter du rivage de la mer avec grande difficulté , attendu la hauteur de la côte, qui n'est que hauts précipices où un homme tant dispos soit-il n'y saurait descendre qu'avec péril , et moins y peut charroyer avec che vaux , vu aussi qu'elle est située en un endroit où l'on trouve à fleur de terre de belles pierres de taille et la meilleure de tout le quartier , et néanmoins ne s'en trouve aucune dans la muraille.
Or , depuis cette muraille il y a un pavé fait pour la plupart de pareilles pierres, conduisant d'icelle jusques en la ville de Quimper , ou assez près , distante de neul lieues , lequel pavé encore qu'il soil interrompu en plusieurs endroits où la terre est molle , ou ne se voit à cause du changement du chemin par un si long espace de temps, si est-ce qu'il se voyait con tinué sauf lesdites interruptions jusques au lieu ci dessus, si entier que s'il était moderne ; et on en trouve un autre conduisant de la ville de Carhaix (t) C'est dans ces auges de pierre que l'on enterrait les anciens Bretons jusques au rivage de la baie de Douarnenez , distante de Carhaix de douze à treize lieues , faite aussi de telles petites pierres que monsieur Go u r melon , docteur médecin de la ville de Paris, originaire d'en viron de Douarnenez , en son recueil des antiqui tés du pays bas , et principalement de son quartier, comme il me récita à Paris l'an 1 585 , et néanmoins ne s'en trouve rien par écrit ni aucun mémoire qui en fasse foi , mais seulement une tradition , ou peut être une erreur populaire , que ce sont les pavés qui aboutissaient de tous côtés à cette très-célèbre et prétendue ville appelée Is(i) en la bouche du vul gaire du pavs, qu'ils disent avoir été située où est présentement la baie de Douarnenez, ou à la poinle du Raz , et qui depuis a été par succession de temps conquise par la mer il y a environ douze ou treize cents ans.
Savoir est du temps des saints personnages Corentin , Guénolé , Tadec , régnant en ces temps-là en Bretagne le grand roi Gralon , prince (1) Nous avons suivi cette route pendant trois lieues, et nous nous sommes assuré qu'on en trouve des traces jusqu'à Carhaix. Elle aboutit à la baie des Trépassés et au village de Troguer , situé au nord de cette baie ; c'est entre ce lieu et celui de Keryolet que se trouve la forteresse dont le procureur du roi de Quimper défendit la démolition. M. Le Goardun , ancien commis de marine à Brest , né a Lanval , village si tué au fond de la baie , vers le sud , nous a dit que , dans une prairie qui ap partient à son habitation , l'on trouve des restes de maçonneries que la tradition du pays dit être les ruines d'une chapelle. Les habitants du pays disent encore : Senmantelskarlek ha tnugent , hep henvel ar ré ail a teué euzar géar u Is d'ann oferen da Lanval; c'est-à-dire : Soixante-sept manteaux d'écar late , sans nommer les autres, venaient de la ville d'is à la messe à Lanval. el souverain dudit pays de Bretagne, el fondateur de l'église cathédrale de Cornouaille et de l'abbaye de Landévénec, où il est enterré, el le tout arrivé par une juste punition de Dieu pour les péchés du peuple et de ladite ville , se servant de ce furieux élément comme il fait de toutes les autres créatures comme bon lui semble pour punir les iniquités des injustes.
II se trouve encore aujourd'hui des personnes anciennes qui osent bien assurer qu'aux basses marées , élant à la pêche, qui y est tres-ferlile , nommément de la sardine , merlus , maquereaux , y avoir souvent vu des vieilles masures de murailles. Que les choses soient vraies ou fabuleuses , l'on ne peut cependant nier qu'il n'y a eu quelque chose de grand où les chemins qui y conduisent étaient soigneusement dressés et à si grands frais. C'était, disaient-ils , en cette ville que le roi faisait sa résidence ordinaire lorsqu'il fit édi fier l'abbaye de Landévénec , afin d'entendre plus facilement par1 mer les nouvelles des pays étrangers et des royaumes voisins , et que rien ne se passât à son préjudice. L'on remarque encore que depuis ce temps-là successivement jusques à présent , en mémoire du fondateur , l'on a toujours religieuse ment observé que les abbés de cette abbaye , non seulement sont tenus prendre possession en l'ab baye à la coutume ordinaire des bénéficiers , mais de plus, pour être valable, viennent prendre la dite possession à une grosse pierre <|iii est sur le sablon de Penlrez ; ce qui s'est toujours pratiqué de mémoire d'homme.
Je laisse aux lecteurs de déci der de ceux qui parlent de cette ville d'Is plus par opinion el par ouï dire que par certaine science , disant que Paris tire son étymologie de là , voulant dire que Paris veut dire pareil à Is , et que c'est un composé des deux mots assemblés . Il y a un proverbe ancien du pays , en la langue bretonne : Is ne cavas par da Paris. Cela veut dire que depuis que la ville d'Is a été submergée, pareil ou pair de Paris l'on u a vu ni su trouver, et que les villes voisines de ladite au pays bas participent et prennent leurs noms dé rivatifs de celle-ci : comme Kerhaez , Kerhaesis ; Montroulez, Montroulesis ; Brestis , et ainsi des au tres. M. Gourmelon, que nous avons cité ci-devant, est de cette opinion ; mais je crois qu'il devine aussi bien que les autres , et m'en rapporte à la vérité à nous inconnue par la négligence de nos devanciers.
Une certaine personne m'a assuré avoir vu et lu quel ques pièces en vers bretons qui faisaient mention de cette ville en écritures de main , ce que je n'ai su recouvrir, quelque diligence et recherche que j'aie pu faire. J'ai dit ci-dessus que ce bon roi de Bretagne régnant en ces temps-là a été inhumé à Landévénec , qui est aujourd'hui une belle abbaye par lui fondée. J'insérerai ici son épitaphe , qui se lit en core aujourd'hui sur sa tombe , en rime latine : Hoc in sarcophage Jacet inclita magna propage Gradalonus magnus Eritonum rex mitis et agnus Noster fundator Vitae cœlcstis amatnr , Illi propitia Sit semper Virgo Maria. Obìit anno 405. (I) Outre les écritures publiques et lettres anciennes plusieurs autres choses remarquables se sont pas sées en ce quartier aussi peu recueillies que les au tres.
C'est une chose très-certaine que pendant le cours de celte grande el funeste guerre d'entre Jean de Montfort et Charles de Blois , qui a duré tant d'années el qui ne s'est pu terminer que par la mort de l'un d'eux , ce qui advint en la bataille d'Auray , le jour de Saint-Michel, en septembre i364 , il se passa durant cette guerre plusieurs grandes choses dignes de mémoire , desquelles toutefois nos his toriens ne font aucune mention , et nommément en cette ville de Quimper et dans les quartiers cir convoisins, car elle fut par deux ou trois fois as siégée et aussi bien que les autres de la province , (1) Cette épitaphe a dû être faite vers le dixième siècle, peut-être en même temps qu'a été écrite la vie de Saint-Guénolé , qui précède les cartulaires de l'abbaye de Landévénec , qui sont aujourd'hui à la bibliothèque de Quimper.
L'architecte qui a démoli cette abbaye et son église assure avoir détruit les tombes de Gralon et de Saint-Guénolé. Comme , suivant l' usage du temps , c'étaient deux auges de pierre , on les a brisées , et elles seront entrées dans quelque construction moderne de la ville de Brest. Depuis cette note de la première édition , le propriétaire actuel de l'abbaye de Landévénec à découvert un caveau dans l'église , que l'on croit être la tombe de Gralon. lesquelles étaient tantôt contraintes de prendre le parti de L'un , tantôt celui de l'autre , cédant au plus fort suivant la variété de la fortune. La première fois , elle fut assiégée par Charles de Blois avec son armée , la plupart française ; mais d'au tant qu'elle était plus encline au parti de Monfort , auquel elle avait fait serment de fidélité et avait reçu sa garnison , elle soutint longuement le siège.
Finalement , faute d'être secourue en temps et lieu, joint avec plusieurs incommodités que les sièges por tent aux assiégés, elle fut si bien battue et assaillie par plusieurs assauts , qu'elle fut forcée, quoique ceinte de bonnes murailles, pillée et saccagée. L'insolence du soldat, qui avait beaucoup souffert devant celte place , fut grande , et ils tuèrent, pendant P espace de trois jours, tous ceux qui leur semblaient , sans distinction d'âge ni de sexe , et sans en être aucunement réprimé par de Blois , qui y était en per sonne , jusques à ce qu'il vit un petit enfant qui, attaché à la mamelle de sa mère fraîchement tuée, suçait le sang avec le lait, dont ému de compassion il fit cesser la tuerie et ravage , mais bien tard. 11 y mourut de la ville plus de iZj à i,5oo per sonnes , tant petils que grands.
Selon la recher che que l'on en fit après , il commanda qu'ils fus sent enterrés , ce qui fut fait non aux églises, ni en cimetières , mais en la place publique nommée le Tour du Chastel , où il fut fait de grandes et pro fondes fosses, dans lesquelles on jeta les corps en ( «5 ) grands monceaux , en mémoire de quoi , depuis le temps (i), les ecclésiastiques de la cathédrale font une procession générale , avec tous les habitants , le second jour de novembre, qui est le lendemain de la Toussaint, priant Dieu particulièrement pour ceux qui lors de celte prise furent saccagés. Le prince Charles de Blois fut accusé de cruauté, quoi que d'ailleurs il fût bénin et débonnaire , parce qu'il n'avait plus tôt réprimé la fureur de ses sol dais , et plusieurs ont remarqué que , depuis ce temps, il n'eut aucun bonheur ni avantage , rempli d'ennui , et ses affaires allèrent peu à peu en déca dence.
II mit garnison à Quimper , qu'il fit fortifier , et y demeura jusques à la paix, qui fut après la journée d'Auray , entre le comte de Monfort vainqueur et la veuve de Charles de Blois. Si est-ce que le victorieux ayant fait descendre son armée au pays bas , tenait Quimper assiégé ; les articles de paix lui furent rendus audit siège , signés du roi de France , oncle de Charles de Blois ; et étant publiés en l'armée , la ville se rendit sans autre ruine , par capitulation , qui se trouve encore aux chartres de ladite église , en latin et en français, signée du nom de Mocam (2) , connétable de la ville , qui (1) Cette cérémonie a toujours lieu le 2 novembre , autour de la place nommée aujourd'hui place Saint - Corentin , et que , comme on le voit, on appe lait encore Tour du Chastel à la fin du seizième siècle.
On sait (pie Gralon donna son palais à Saint-Corentin pour bâtir une cathédrale sur son emplacement. (2) C'était sans doute lors d'une vérification des titres de la cathédrale que cette signature y avait été apposée. est aujourd'hui le procureur des bourgeois. J'ai trouvé aussi en certain livret de vélin et ancien ma nuscrit , mémoire de choses aussi notables des quelles nos histoires imprimées ne parlent aucunement , qui est que l'an 1489 il y eut un grand sou lèvement en cet évêché de la populace contre la noblesse et les communautés des villes , qui, ayant publiquement et à guerre ouverte pris les armes , coururent les villes , bourgades et maisons des no bles , tuant tous ceux qui tombaient enlre leurs mains , leur intention et leur but n'étant autres que d'exterminer tous ceux de cette qualité , afin de demeurer libres et affranchis de toute subjection , des tailles et pensions annuelles qu'ils payaient à leurs seigneurs, et revendiquer la propriété de leurs terres.
Cette commune effrénée et en très-grand nombre prit sa source au terroir de Carahèsou Car haix , et du côté d'Huelgoat , sous la conduite de trois frères paysans , qu'on dit originaires de la pa roisse de Plouyé , dont l'un avait nom Jean , mais le surnom n'est rapporté non plus que le nom des deux autres. Or , les rustiques se voyant en si grand nombre et à leur avis assez forts, ne trouvant au cune résistance , et que tout le monde s'enfuyait devant eux , ils pensaient déjà avoir tout gagné, et tournant visage vers le pays bas, vinrent peu à peu jusques à Quimper-Corentin , qu'ils osèrent bien attaquer, et y entrèrent le mercredi pénultième jour de juillet l'an 1489, orr , selon les autres , i43o i43o(i). 11 n'est pas remarqué s'ils y entrèrent par assaut ou par composition ; c'est une chose bien assurée qu'ils la pillèrent , ils y firent beaucoup d'insolence , et cela est assez croyable à ceux qui (1) On verra sonvent , dans ces mémoires, les plus vives récriminations , de la part de leur auteur, contre ce qu'il nomme la paysantaille , toujours dispo sée , dit-il , à immoler tout ce qui était au-dessus d'elle pour rester maîtresse du pays.
C'est surtout aux habitants des environs de Carhaix que s'adressent ces reproches. L'histoire ne mentionne aucunement cette révolte , que fauteur place en 1 430 ou 1489. Nous voyons bien qu'en 1480 , Louis XI opposait les communes de France à la noblesse , créait des ennemis à ses vassaux les plus puissants dans leur suzeraineté , et que la Bretagne , à cette époque , était tourmentée par des ennemis d'une part , par des alliés de l'autre , et surtout par les prétendants à la main d'Anne de Bretagne ; mais aucune trace de cette insurrection , que nous appellerions aujourd'hui radicale , ue nous est révélée par l'histoire , ni par ses matériaux imprimés , fort incomplets d'ailleurs. Quoique la situation de notre patrie fût encore tourmentée , en 1430 , il nous paraît moins proba ble que cette époque fût celle de cette révolte.
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