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Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) (part 4 of 4)

Part 4 of 4 · Mage, E. (Eugène) · Public domain text

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Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) (part 4 of 4)

Enfin, le 2 mai, Ahmadou fit un palabre avec les Talibés du Diomfoutou désignés pour partir ; il leur commanda de ne pas sortir de Ségou- Sikoro, parce qu’il allait avoir besoin d’eux peut-être au milieu de la nuit. Puis il leur promit des vêtements pour la route. En même temps j’apprenais que Tierno Abdoul Ségou partait pour Yamina, et l’on disait que c’était pour arrêter tous les déserteurs qui voudraient partir avec nous. L’après-midi le palabre d’Ahmadou avec les Sofas et les Talibés recommença ; il fit changer sept des Talibés, au retour desquels il ne croyait pas, et fit enfin distribuer le couscous, à raison d’un moule par homme, à ceux qui devaient partir.

Malgré cela, je ne savais encore sur quoi compter, et bien que quelques personnes pensassent que je partirais le lendemain, j’avais bien de la peine à le croire. Cependant, le lendemain matin Seïdou m’annonçait que le soir, à la nuit tombée, Ahmadou avait fait appeler tous les chefs de Ségou pour les prévenir qu’il allait me laisser partir, et qu’à ce sujet chacun avait émis son avis. Tierno Abdoul Kadi avait soutenu notre cause et demandé à Ahmadou de nous bien traiter jusqu’au dernier moment, disant que depuis notre arrivée, il l’avait engagé à ne pas écouter les mauvais bruits qu’on faisait courir sur l’objet de notre mission et qu’aujourd’hui tout le monde pouvait voir que nous étions venus pour faire le bien et non pour espionner dans le pays.

Seul Mohammed Bobo, notre ennemi juré, avait combattu notre renvoi, bien que ce fût une chose décidée, mais il voulait soutenir l’opinion qu’il avait toujours exprimée qu’on devait se défier des blancs, qui viennent toujours avec de belles paroles et qui finissent par s’emparer des pays où ils vont. En se quittant à une heure avancée de la nuit ils étaient tous d’accord, et cependant comme rien n’est jamais terminé dans ce maudit pays, Ahmadou leur avait dit de revenir le lendemain pour en finir. Alors, sous l’inspiration de Tierno Abdoul Kadi, tous les chefs avaient écrit à Ahmadou une lettre collective pour l’engager à nous laisser partir : ce qu’Ahmadou avait accordé d’autant plus volontiers qu’il y était déjà tout décidé.

Cette petite comédie me semble un trait de mœurs très-caractéristique. Pendant deux ans et demi Ahmadou ne consulte personne, et personne ne lui donne son avis ; le jour où tout est arrêté, convenu, il provoque une discussion pour la forme et a l’air de céder à l’avis des chefs, enchantés d’être consultés.

3 mai 1866.

Quoi qu’il en soit, je ne me croyais encore sûr de rien, quand, vers une heure et demie, Samba N’diaye arriva, et comme je lui demandais s’il avait appris quelques nouvelles, il se mit à rire et me dit : « Allons voir chez Ahmadou ; » puis il rentra dans la case de ses femmes.

Nous avions tous cru que c’était une plaisanterie, et quand, après quelques instants, il ressortit, j’eus encore de la peine à me persuader qu’il disait vrai ; mais lorsque je vis qu’il parlait sérieusement, je ramassai à la hâte mes papiers, le projet de traité, de quoi écrire, et nous partîmes sans retard, tout en le questionnant sur ce qui s’était passé. J’attendis quelques instants à la porte du palais et j’entrai chez Ahmadou, qui venait de renvoyer tout le monde et était seul avec Bobo, Sidy Abdhallah et un Talibé, nommé Ali, fils d’Elimane Donaye[241], ce qui me fit supposer que ce dernier allait nous accompagner.

Ahmadou me dit qu’il m’appelait pour terminer les affaires (le traité). Je tirai alors le traité, que je lus article par article, en le lui expliquant. Il me dit : « C’est bien cela dont nous sommes convenus ; moi aussi j’ai fait mon papier qui contient ces mêmes choses ; le voici, c’est dans ma lettre au gouverneur. » Et il me la traduisit du texte arabe en peuhl. Les articles y étaient bien, mais dans un ordre différent. Alors le docteur et moi nous signâmes un texte que je lui présentai, en lui disant de le garder afin que si quelque blanc venait il pût le lui montrer. Mais Bobo s’y opposa ; il parla à Ahmadou à voix basse en langue haoussani, et ce dernier me répondit qu’il était inutile qu’il gardât un texte qui n’avait pas de signification pour lui, puisque personne dans son pays ne savait lire l’écriture des blancs. Samba N’diaye soutint mon avis, mais Bobo l’emporta et je n’insistai pas, de crainte de faire retarder encore mon départ. En somme, le traité était fait, accepté, consenti par lui, il en avait les conditions écrites en arabe et, qui plus est, gravées dans sa mémoire et dans celle des assistants : or la mémoire des noirs est excellente, en raison du peu de faits qu’ils y logent.

C’était là tout ce qu’il me fallait. Du reste Ahmadou fit immédiatement faire un double de sa lettre au gouverneur, en me disant que de cette façon il était sûr que ce papier, conservé dans son livre (le Coran), ne serait jamais changé.

Ensuite il me dit : « Eh bien ! tout est fini ; tu n’as plus qu’à préparer tes bagages pour partir. » J’allais me lever pensant que j’aurais encore une audience dans laquelle il me remettrait le cadeau que Samba N’diaye m’avait annoncé et qu’un roi nègre qui se respecte se croit obligé de faire à un hôte qui le quitte. Mais au moment où je partais, Ahmadou reprit la parole pour me remercier de la patience avec laquelle j’avais supporté mon long séjour dans le pays, pour me faire des protestations d’amitié, pour me dire qu’il savait bien que je l’aimais aussi, et qu’aucun envoyé n’eût pu faire plus que je n’avais fait pour bien arranger les affaires, et une foule d’autres déclarations de ce genre.

Je lui répondis que j’avais beaucoup souffert, mais que le jour où je partirais tout serait fini, que j’étais venu pour une mission sérieuse, que j’avais cherché à faire le bien du pays en même temps que celui des blancs, et que je n’avais plus rien à demander, maintenant que les affaires étaient arrangées ; que mon seul vœu était de partir aussitôt.

Il me dit alors qu’il avait préparé ce qu’il voulait me donner en signe d’amitié, qu’il savait que c’était peu, trop peu même, mais qu’il savait que les blancs ne regardent pas aux richesses[242], mais à l’intention.

Je lui répondis que cela avait peu d’importance, que partir était tout, et que si petit que fût son cadeau, j’étais content de ce qu’il me donnait en signe d’amitié et de satisfaction pour la manière dont je m’étais conduit envers lui ; que quant à moi j’avais déjà beaucoup reçu de lui pendant mon séjour et que j’eusse désiré lui faire un beau présent avant de partir ; que mes ressources étaient bien minces, mais que néanmoins je ne partirais pas sans lui laisser un souvenir.

Il tira alors de dessous ses vêtements deux bracelets d’or du poids de 100 gros chacun et il les passa à Samba N’diaye en lui disant : « C’est pour le commandant, » et cela avec une telle intonation qu’elle frappa tout le monde, même Quintin. Puis il ajouta : « J’aurais envoyé un cadeau pour le gouverneur, mais j’ai appris que Faidherbe (sic) qui t’a envoyé était parti de N’dar (Saint-Louis) et comme je ne connais pas le nouveau gouverneur, que je ne sais pas même s’il sera bon pour moi, je n’envoie pas de cadeau avant le retour de mon envoyé.

« Je saurai alors ce que je dois faire. »

Insister c’eût été avoir l’air de demander un présent pour le gouverneur ; je ne crus pas devoir le faire.

La conversation alors continua, générale et sans but bien arrêté ; mais cependant Ahmadou, à un moment, me dit, et je le lui fis répéter, que s’il venait encore d’autres envoyés, jamais il ne les retiendrait. Je lui demandai s’il consentirait à ce que des blancs vinssent avec un canot pour descendre le fleuve. Il allait répondre quand Bobo lui parla à l’oreille, et il me dit : « Quand mes envoyés seront revenus de Saint- Louis, je saurai ce que je dois faire. »

C’était là un effet de la politique de Bobo, et je suis convaincu que si l’entreprise était tentée il y serait le seul obstacle, mais que malgré tout il réussirait à l’empêcher.

Bobo, ainsi qu’il en avait fait profession, représentait la défiance, et le soir même j’appris de Samba N’diaye qu’il avait réussi à détourner Ahmadou de faire au gouverneur ce cadeau dont il avait parlé à Samba depuis longtemps, et cela en lui disant qu’il ne tenait pas encore le canon promis.

En rentrant à la maison, je trouvai Quintin mécontent et il était en droit de l’être. L’intention d’Ahmadou avait été si évidente quand il avait dit que le cadeau était pour moi, que Quintin, quoique très- désintéressé, était blessé. N’avait-il pas, en effet, soigné la femme d’Ahmadou, les malades, les blessés ? et non-seulement il n’avait pas un cadeau, mais même pas un remercîment ; c’était trop peu, et, pour comble, Ahmadou lui faisait demander un peu du remède pour les yeux[243] avec lequel il avait guéri sa femme.

Aussi, Quintin bien que depuis longtemps il eût dit à Samba N’diaye qu’il donnerait à Ahmadou son revolver, ne crut-il pas devoir le faire tout de suite, il ne voulait pas avoir l’air de demander un présent. Quant à moi, comme Ahmadou, en me congédiant, m’avait dit que je ne le reverrais plus, je lui envoyai le fusil de Sidy et son sabre, achetés par moi à Sidy pour environ 350 francs, et mon revolver avec toutes les balles. J’ajoutai toute la poudre dont je pouvais disposer, n’en gardant que 4 à 5 kilogrammes pour ma suite.

Ahmadou fut enchanté du cadeau, mais il demanda pourquoi le docteur, ainsi qu’il l’avait dit depuis longtemps, ne lui donnait pas son pistolet. Samba N’diaye lui répondit assez crûment de lui-même que Quintin avait été blessé de ne pas recevoir même un remercîment.

« Allons donc ! dit Bobo, mais il est payé pour soigner les malades. »

Dès que cette réponse me fut rapportée, je renvoyai Samba N’diaye dire de ma part à Ahmadou que je ne lui demandais rien, non plus que Quintin, mais qu’il fallait bien qu’il sût qu’en soignant les malades et blessés, Quintin avait agi spontanément, qu’Ahmadou lui avait toute obligation, vu que je n’eusse pu le lui ordonner s’il ne l’eût pas voulu, et qu’il n’était payé que pour me soigner, moi et mes hommes.

Puis je chargeai Samba d’ajouter, comme de lui-même, que, dans son intérêt même, Ahmadou ne devrait pas laisser partir mes laptots sans les habiller, comme il le faisait d’habitude, parce qu’ils ne manqueraient pas de s’en plaindre au Sénégal aux autres noirs.

Il répondit vaguement. Bobo avait passé par là.

Ce ne fut qu’au moment du départ que le docteur se décida de lui-même à envoyer son pistolet à Ahmadou ; et j’affectai, quant à moi, de ne plus lui en parler. Dès qu’Ahmadou le reçut, il lui envoya en retour, ou en payement si l’on veut, un cadeau de 50 gros d’or (environ 625 francs).

Telle fut la fin de mes relations directes avec Ahmadou.

[Décoration]

[Note 234 : On sait qu’un fait semblable s’était déjà vu à Ségou après la mort de Dékoro, assassiné par ses captifs.]

[Note 235 : Assama, chef de Grand-Bassam. Amatifou, chef d’Assinie.]

[Note 236 : Pour les noms des jours et des mois, on a adopté les mots arabes dans toutes les langues de ces contrées.]

[Note 237 : Akraïjit est un des Ksours qui composent l’oasis de Tichit ; il est situé à l’E. de cette ville, à petite distance.]

[Note 238 : A ce sujet, le compagnon du Maure eut peur qu’Ahmadou ne fût fâché de ce que Cheick Ould Abd Daïm m’avait parlé de la lettre. Ahmadou eût voulu la tenir secrète, et je la lui avais fait réclamer ; ce Maure vint avec le schérif me prier de dire que c’était le schérif qui m’avait fait connaître l’arrivée de cette lettre, disant qu’on n’oserait rien faire à un schérif.]

[Note 239 : Sorte de voile fabriqué dans le pays avec du coton très-fin (espèce de mousseline).]

[Note 240 : Rapprocher ce récit de celui des Maures. (Voir aux instructions)]

[Note 241 : Elimane Donaye (le chef de Donaye, village des bords du Sénégal, près de Podor).]

[Note 242 : A l’importance du cadeau.]

[Note 243 : Solution de nitrate d’argent cristallisé.]

CHAPITRE XXXVIII.

Je fais mes adieux. — Départ nocturne de Ségou-Sikoro. — Séjour à Dougou Kounan. — Je suis confié à Mahmadou Abi. — Bobo ministre d’Ahmadou. — Départ et passage du fleuve à Ségou-Koro. — Voyage le long du fleuve. — Arrêt à Morébougou. — Les captifs retournent. — Les puits desséchés et les abeilles altérées. — Kéréwané. — Toubacoura. — Le fer. — Difia. — Route pénible sans eau. — Captifs morts de soif. — Villages révoltés. — Médina. — Maréna. — Route continuelle jour et nuit. — Soso. — Prise du village par trahison. — Massacre des habitants. — Les effets de la propagande musulmane. — Arrivée à Marconnah. — Toumboula. — Une razzia des Massassis. — Massacres des prisonniers. — Pas de repos. — Départ pour Ouosébougou. — Course effrénée. — Djolo. — Souvenir de Mongo Park. — Repos à Ouosébougou.

4 mai 1866.

Le lendemain 4, j’allai faire mes adieux, qui furent accompagnés, chez tous ceux dont j’avais eu à me louer, de promesses de cadeaux, et comme j’étais sur mon départ, je fus non-seulement bien reçu, mais quelques- uns me montrèrent même de l’effusion ; c’est ainsi qu’Oulibo me confia que Bobo perdait Ahmadou aux yeux de tous les Talibés, et que quant à lui il n’était pas sans crainte sur leur avenir à tous si Ahmadou continuait à écouter ce mauvais conseiller en tout et pour tout.

5 mai 1866.

Le 5 mai, le schérif marocain venait m’apporter un pain de sucre, qu’Ahmadou lui avait donné pour sa route, et il me demandait de le prendre sous ma protection, car il partait seul avec un cheval présent d’Ahmadou et un cadeau de 340 gros d’or (le gros vaut 12 fr. 50 c.)

Je lui promis de faire ce que je pourrais et le confiai à Mamboye, qui seul de mes hommes parlait l’arabe et qui, du reste, s’entendait très- bien avec lui.

Ce même jour Ahmadou fit un dernier palabre avec les Talibés du Diomfoutou, qui ne sortirent de chez lui que vers cinq heures et demie. Déjà on disait que nous ne passerions pas la nuit à Ségou. Il était certain que Mahmadou Abi partait avec nous. Ses bagages étaient au bord du fleuve, prêts à être embarqués en pirogue. Je fis préparer tous les miens ; mais, malgré mes ordres, mes hommes ne se décidaient pas à se préparer eux-mêmes : ils ne pouvaient encore croire à ce départ tant remis ; il leur semblait impossible qu’eux, qui s’étaient battus pour Ahmadou, qui avaient eu l’un des leurs tués pour sa cause, il les laissât partir sans cadeau, sans même un vêtement pour se couvrir, car, à part ce qu’ils avaient sur le dos, la plupart partaient leur sac vide. Pourtant rien n’était plus vrai.

La nuit était arrivée au milieu de mes préparatifs ; tous mes ustensiles étaient au milieu de la cour avec les bâts d’ânes tout chargés, mes cantines et tout cela bien mal disposé. Pour décider mes hommes, j’envoyai Samba N’diaye chez Sidy Abdallah aux renseignements ; il répondit que nous ne coucherions pas à Ségou. Vers 10 heures du soir, Ahmadou lui-même l’affirma. A minuit, tout étant prêt, je me jetai sur une natte et pris un peu de repos.

Ce ne fut qu’à deux heures du matin qu’Ahmadou fit appeler Samba pour me faire dire d’aller coucher à Ségou-Koro.

Nous commençâmes à charger les bagages avec le plus d’ordre possible. Bien que ce fût au milieu de la nuit, plusieurs voisins prévenus vinrent me faire leurs adieux d’une façon touchante, et il reste évident pour moi qu’en me faisant sortir à pareille heure, Ahmadou avait voulu éviter aux Talibés l’émotion d’un pareil départ, craignant qu’ils n’eussent désiré me suivre et peut-être aussi qu’ils ne succombassent à la tentation.

6 mai 1866.

Vers trois heures et demie j’étais en route, et lorsque le jour parut, le 6 mai 1866, j’avais quitté Ségou-Sikoro pour n’y plus rentrer. A Ségou-Koro, je fis décharger les animaux ; mais à peine mes bagages étaient-ils à terre qu’Amadi Boubakar de Kouniakary vint me dire de continuer jusqu’à Dougou Kounan, où se trouvait déjà Mahmadou Abi[244]. J’allai donc camper à ce village sous de beaux arbres, puis j’allai saluer ce prince. C’était, de tous ceux de Ségou, celui que j’avais le moins bien traité en cadeaux, et cela à cause d’une certaine fierté qui me déplaisait en lui ; ses demandes avaient l’air d’ordres, et je les refusais presque toujours. Malgré cela, il me fit très-bonne figure.

J’appris qu’Ahmadou, la veille, était sorti vers le soir pour le mettre en route jusqu’à Ségou-Bougou, puis qu’après il était rentré palabrer avec les chefs qui partaient avec nous.

Avec le jour je vis arriver bien du monde. D’abord ceux qui partaient puis leurs amis, les nôtres, San Farba entre autres, puis enfin Samba N’diaye nous apportant, de la part d’Ahmadou, un pain de sucre pour la route.

Nous passâmes ainsi toute la journée du 6 mai à recevoir des visites, ignorant encore quand nous partirions, et quels étaient ceux qui venaient avec nous jusqu’à Saint-Louis.

7 mai 1866.

Ce ne fut que le 7 au matin que Badara arriva. Il n’emmenait pas d’armée, car l’escorte de 200 hommes était pour Mahmadou Abi jusqu’à Nioro et non pour lui ; mais Ahmadou lui avait donné plusieurs ânes chargés de soufre, de pierres à feu, et il partait content. Tambo, chargé d’une mission dans le Diombokho, ne venait pas à Saint-Louis et s’en consolait en pensant qu’il allait revoir son village de Tiguine, ses femmes et ses enfants. Je parle avec d’autant plus de plaisir de cet homme que, jusqu’au jour de notre séparation, à Nioro, il s’est montré pour nous bon, serviable et dévoué à l’occasion.

Bobo, arrivé dès le matin avec quelques princes, était en conférence avec Mahmadou Abi. Plus tard il me firent appeler, et Bobo, prenant la parole, me dit qu’il avait été chargé par Ahmadou de venir me mettre en route ; qu’il me remettait entre les mains de Mahmadou Abi jusqu’à Nioro et que ce prince veillerait sur moi comme l’avait fait son frère (cousin) Ahmadou ; qu’à Nioro il me donnerait une escorte jusqu’à Médine, et que d’après les ordres d’Ahmadou on me respecterait partout sur ma route comme on l’avait fait à Ségou. Puis il me présenta Ali Abdoul comme envoyé par Ahmadou au gouverneur, en me le recommandant à partir du jour où il aurait quitté le territoire d’El Hadj, et lui remit devant moi ses lettres de créance.

Enfin il me présenta le vieux schérif marocain en me disant qu’il était comme un frère pour Ahmadou, qui me demandait comme une grande faveur de me charger de lui et, s’il était possible d’obtenir cela, de demander au gouverneur du Sénégal de le rapatrier par bâtiment à vapeur.

Tout cela fut noyé dans un verbiage incroyable, et enfin on me dit de faire mes derniers préparatifs parce qu’on allait traverser le fleuve.

Sauter sur mon cheval ne fut que l’affaire d’un instant, et quand notre colonne remonta à Ségou-Koro pour prendre le gué, je ne pouvais me contenir. Par des mouvements nerveux plus forts que ma volonté j’étreignais mon cheval et j’eusse voulu lui donner des ailes. La pauvre bonne bête caracolait, piaffait comme si elle n’eût pas eu devant elle une longue et pénible route pour laquelle j’eusse dû la ménager.

Nous descendions dans le lit du fleuve, où des Somonos, dans l’eau jusqu’au cou, jalonnaient le passage du gué.

Il fallut, avec une pirogue, transporter tous les bagages. Les ânes nageaient, nous avions de l’eau jusqu’aux genoux sur nos chevaux, mais qu’importe ? nous partions. Je serrai une dernière fois la main des princes, et même, je crois, celle de Bobo, venu avec eux pour empêcher qui que ce fût de franchir le fleuve et de nous suivre, et je m’élançai joyeux dans l’eau. Peu après je reprenais ma course folle sur les bancs de sable de la rive gauche et je pouvais remarquer nombre de gens dont la joie, moins démonstrative, n’était pas moins vive que la mienne.

7, 8 et 9 mai 1866.

Le 7 et le 8, nous longeâmes le fleuve, suivant en sens inverse la route que j’avais parcourue en rentrant de Dina, et le 9 au matin nous campions à Morébougou, petit village situé à peu de distance de Yamina. Pourquoi n’allait-on pas à Yamina ? Tout le monde le devinait. On craignait la désertion en masse des Talibés et des Sofas qui s’y trouvaient. Tierno Abdoul Ségou avait fait fermer dès la veille au soir toutes les portes et était venu avec une faible escorte nous attendre à Morébougou. Il avait à remplir là une mission d’Ahmadou.

Il ne s’agissait de rien moins que de faire retourner à Ségou tous les captifs, femmes et enfants en bas âge, qui encombraient notre colonne, et dont la plupart venaient d’être donnés par Ahmadou aux Talibés qui partaient. On alléguait que nous allions parcourir une route sans eau, qu’ils périraient tous, et que d’ailleurs les Talibés les retrouveraient à leur retour.

Ce débat ne m’intéressait qu’indirectement, puisque je n’avais pas de captifs ; mais il nous retardait, et il me fallut passer toute l’après- midi à gémir dans un village sans eau, présage terrible de ce qui nous attendait : tous les puits du village étaient presque à sec ; une eau rougeâtre, épuisée au fur et à mesure qu’elle suintait de la terre, ne suffisait pas à désaltérer les chevaux et les hommes de notre colonne. Des millions d’abeilles, pressées par la soif, envahissaient l’orifice de ces puits et bourdonnaient autour de ceux qui allaient chercher là quelques gouttes du précieux liquide. Dès qu’on tenait une calebasse à demi pleine, elles couvraient toute la surface mouillée, pompant l’humidité qu’y avait déposée l’eau et disputant à coups d’aiguillons aux chevaux et aux hommes cette eau trop rare.

Je fus obligé d’acheter une corde, la mienne étant trop courte, et de passer trois heures à défendre l’orifice d’un puits pour faire boire nos chevaux et nos mulets ; quant aux ânes, il n’en fut presque pas question.

Pendant ce temps, le vieil Abdoul et Mahmadou Abi discutaient avec l’escorte ; ils avaient affaire à des mécontents ; de plus, les Talibés, à qui on avait promis des boubous à leur passage à Yamina, étaient furieux de n’en pas avoir ; je commençais à craindre un long retard dans cet affreux endroit où je ne pus rien me procurer à manger. Mais heureusement tout finit par s’arranger, les captives furent renvoyées à Yamina sous escorte et nous pûmes partir avant que le soleil fût couché.

Nous étions presque à jeun, car nous n’avions mangé depuis la veille qu’un peu de couscous trempé avec une boîte de julienne aigrie, conservée précieusement depuis trois ans pour notre retour.

Huit de ces boîtes, représentant chacune un repas, et cinq petites boîtes de sardines étaient le reste de nos provisions de 1863, que j’avais eu la constance de garder pour cette route. J’eus plusieurs fois l’occasion de m’en féliciter.

Cette première marche, et je dis première parce que ce ne fut qu’en quittant Morébougou que je pus me dire en route, et que je ne craignis plus qu’on courût après nous pour nous faire retourner, cette première marche, dis-je, ne fut que pénible. On marcha presque toute la nuit et nous vînmes camper ou plutôt nous arrêter derrière le village de Kéréwané, que je reconnus aux nombreux aboiements de ses chiens, sans doute les mêmes qui, à mon premier passage, m’avaient fait maudire ce séjour. Nous avions passé à distance de tout village, cheminant dans les broussailles, car la route était loin d’être sûre.

Dès que les ténèbres se dissipèrent, je pus voir que chacun, comme nous d’ailleurs, s’était couché où il se trouvait. Mahmadou Abi n’avait pas donné d’ordre. Mes laptots d’eux-mêmes avaient déchargé les mules, les ânes s’étaient couchés avec leur charge sur le dos, et nous, étendus sur une simple toile, par terre, avions dormi quelques heures la bride de nos chevaux dans la main.

10 mai 1866.

Les habitants notables du village vinrent saluer le prince, qui ne tarda pas à se remettre en route dès qu’hommes et bêtes se furent désaltérés, et en deux heures et demie de marche, le 10 mai, nous arrivâmes à Toubacoura, vers 9 heures.

C’est un grand village soninké qui, au milieu de ce pays dévasté, où les villages habités étaient aux trois quarts ruinés, avait un aspect de prospérité. Ce n’est pas cependant qu’il n’eût eu à subir des attaques des razzias. Mais sa population était unie, commerçante ; elle avait montré de l’énergie, et l’almami de ce village avait réussi à se maintenir.

On m’envoya loger chez un cordonnier fort riche, dans la cour duquel je trouvai un puits, la dernière bonne eau que je dusse boire jusqu’au Sénégal.

Massiré Diula, que j’avais chargé de vendre certaines marchandises, notamment de l’ambre, avait longtemps séjourné dans ce village et y avait beaucoup parlé de moi. Toute la ville vint me voir et je retrouvai là de ces types soninkés que j’avais déjà signalés à mon voyage d’aller au village de Tiefougoula, tant pour la beauté des femmes que pour leur amabilité. Beaucoup vinrent m’apporter du lait et du miel ; quelques grains de corail menu ou d’ambre, que j’avais conservés à tout hasard, les récompensèrent. Un morceau de sel remercia mon hôte, et je pus faire là une belle provision de gourous pour la route, au moyen des cauris que j’avais emportés.

J’espérais, en voyant le bon accueil de ce village, que Mahmadou Abi se déciderait à y passer la nuit, afin de laisser manger et reposer tout le monde. J’avais défait tous mes bagages, nous nous étions baignés, nettoyés, quand on vint nous dire de la part du prince qu’il me demandait de lui prêter une tente de campement pour envelopper des paquets de soieries et de beaux vêtements qu’Ahmadou envoyait en cadeau à Nioro, et en même temps il me faisait dire de charger mes bagages, qu’on allait partir.

Bien qu’à peine reposé, cela ne me parut pas dur, tant j’étais pressé. Je ne regrettais qu’une chose, c’était de ne pouvoir, comme en venant à Ségou, noter ma route, minute par minute et avec le soin que j’y avais apporté. Mais pendant quelque temps notre route de retour allait suivre la première, dont les positions bien déterminées devaient me servir de jalons.

C’est ainsi qu’en quittant Toubacoura, on se dirigea sur Difia. Nous traversâmes un ou deux petits villages situés entre des collines de roches rouges, toutes ferrugineuses ; des forgerons fondaient du fer dans ces hauts fourneaux de noirs que Lambert a décrits dans son voyage au Fouta Djallon.

Ici, point de mines ; c’est au ras du sol qu’on attaque la montagne dont on ne prend que les pierres désagrégées[245]. Le fer s’y présente quelquefois sous la forme de sanguine et de différents autres minerais qui donnent un excellent fer, très-doux, et qui aurait, je crois, des qualités supérieures au point de vue de la fabrication de l’acier fondu. Nous ne nous arrêtâmes pas du tout, et à nuit tombante nous arrivâmes à Difia qui fut pris d’assaut ; on se logea dans la ville et au dehors. Mahmadou Abi avait donné l’ordre de camper dehors, bien qu’un orage se préparât. Mais nous en fûmes quittes, lui, nous et ceux qui lui obéirent, pour de la poussière et quelques larges gouttes d’eau. On alluma des feux et on se sécha.

Naturellement, on mangeait ce qu’on trouvait. Mais nous nous étions restaurés convenablement la veille à Toubacoura ; nous pouvions aller quelques jours avec le couscous et nos boîtes de conserves.

11 mai 1866.

A six heures et demie, nous quittions Difia et c’est alors que nous commençâmes réellement les misères indicibles du voyage de retour. A partir de là nous abandonnâmes les chemins frayés. Vers sept heures, nous étions dans l’alignement de Banamba et de Kiba. A huit heures et demie, nous traversions un petit village désert, qu’on me dit s’appeler Dancolo. Jusqu’à onze heures et demie, nous cheminâmes sans rencontrer d’apparence de village, mais à cette heure nous traversâmes divers lougans dans lesquels des arbres abattus, des feux allumés, de nombreux pas d’hommes marquaient qu’on y avait travaillé peu de temps avant notre passage. On aperçut même un homme, et comme j’étais devant avec les guides, je l’entrevis passant à la course dans les broussailles. Des cavaliers se lancèrent à sa poursuite, mais à la faveur du terrain il s’échappa, entra dans des fourrés où l’on ne se hasarda pas, et l’on fit bien, car il est probable qu’on y eût trouvé tous les travailleurs des lougans, qui nous auraient accueillis à coup de fusil. Le village, d’ailleurs, n’était pas loin, et il était révolté. Nous en vîmes les toits, et l’un de nos cavaliers, pressé par la soif, s’en étant approché, fut reçu par une détonation qui indiquait suffisamment les intentions qu’on nourrissait à notre égard.

J’ai dit que la soif commençait à se faire sentir. Nous n’en souffrions pas encore, mais parmi les piétons, ceux qui n’avaient pas de peau de bouc et dont les maîtres ne se donnaient pas la peine de venir en arrière les faire boire, tiraient la jambe et la langue, car le noir supporte encore moins la soif que le blanc, et c’est une remarque que j’ai pu faire dans nos armées régulières du Sénégal aussi bien que dans mon voyage.

Mahmadou Abi, que je rencontrais souvent, était pressé d’arriver à l’eau, qui était encore loin, et lorsque, vers une heure et quart, nous fûmes près de Touta, que nous laissions à gauche, et que les guides avouèrent qu’ils s’étaient trompés de route, il manifesta son impatience. J’observais ces symptômes non sans inquiétude, car, bien que j’eusse recommandé aux laptots de ménager leur eau, qu’ils portaient sur les ânes, leur provision était presque épuisée, et pour ne pas succomber à la fatigue, ils montaient sur ces animaux, qui faiblissaient sous ce surcroît de charge.

Enfin, on fit une halte, et lorsqu’on se remit en route, on put constater qu’il y avait de nombreux retardataires. On fit retourner quelques cavaliers pour les faire rallier et l’on partit.

La route parut longue à tout le monde. Je n’avais pour porter l’eau qu’une petite peau de bouc, contenant deux litres et demi, que je suspendais à ma selle ; elle était vide depuis midi, car la chaleur était accablante, et je ne pouvais la supporter qu’à la condition de boire beaucoup. Aussi je souffrais considérablement, et, voulant éprouver jusqu’où pourraient aller mes forces quant à la soif, je me bornai à faire mettre en réserve environ six litres d’eau que je confiai à Bakary Guëye et je me passai de boire. Vers trois heures et demie nous arrivâmes devant Médina. Ce grand village, où j’avais passé une nuit en venant, était aujourd’hui complétement désert. Nous cherchâmes vainement tout autour quelques trous de puits ou de mares, et il fallut continuer jusqu’à un marigot situé à une demi-heure de là, vers l’ouest. Les chevaux s’y précipitèrent, et quoique cette eau fût couverte d’une couche verte, nous nous hâtâmes de remplir nos peaux de bouc avant que tout le monde, en s’y jetant, ne l’eût changée en une boue épaisse, qui fut le lot des derniers arrivés.

Nous fîmes là une assez longue halte, pendant laquelle la plupart des retardataires nous rallièrent, grâce à la précaution qu’on eut de renvoyer des cavaliers leur porter à boire. Cependant, sur une vingtaine qui manquaient, quatre ne reparurent pas, et le soir nous apprîmes qu’ils étaient tombés morts sur la route. Dans ce cas, l’agonie n’est pas longue : nos laptots avaient assisté à ce triste spectacle. Vainement ils avaient tenté de secourir un de ces malheureux ; sa bouche était sèche, sa langue enflée et noirâtre, il était tombé au coin d’un buisson, il râla quelques instants et ce fut fini. Cette leçon terrible porta ses fruits : à partir de ce moment nos hommes furent moins prodigues de leur eau, tant envers les autres que pour eux-mêmes, et ce fut heureux, car s’ils avaient continué à agir comme précédemment, dans les jours de marche qui nous attendaient, ils eussent sans doute succombé l’un après l’autre.

Les malheureux, qui étaient tombés en route étant des captifs, on se borna à ramasser leurs bagages et leurs vêtements, et on laissa aux bêtes féroces et aux vautours le soin de leur donner une dernière demeure.

Après une longue halte, on se remit en route, car l’eau du marigot était presque tarie, ce qui restait n’était que de la boue, et l’on alla vers l’ouest jusqu’à Maréna, petit village désert, à côté duquel nous trouvâmes une grande mare. Là, tout le monde et tous les animaux purent boire à leur soif, et j’eus le temps de faire à la hâte tremper un peu de couscous avec de l’eau, ce qui fut notre souper et notre seul repas depuis la veille jusqu’au lendemain. Vers 6 heures et demie nous repartîmes, pressés par la nécessité d’aller chercher un village ami et d’échapper aux Bambaras qui auraient pu nous poursuivre, ou de prévenir par une marche rapide ceux qui se fussent rassemblés pour nous empêcher de passer, si la nouvelle de notre passage eût eu le temps de se répandre ; c’était à craindre, puisque nous avions été vus par des villages révoltés.

Cette crainte de nous voir couper la route par les révoltés avait été, du reste, un des nombreux motifs qui avaient empêché Ahmadou de nous faire partir plus tôt : et ce n’était pas une crainte chimérique. Il était évident que c’était à nous qu’on en voulait pour créer des embarras à Ahmadou, puisque quand Bakary Guëye cherchait à Ouosébougou à venir nous rejoindre, les Bambaras l’ayant appris, avaient envoyé une armée fermer la route de Toumboula, nuit et jour, pendant très- longtemps.

Toujours est-il qu’on repartit à 6 heures et demie du soir et qu’on marcha vers le nord. On passa Fignan, Moroubougou, visités à mon premier voyage ; mais à cet endroit on quitta les sentiers, et les guides ne tardèrent pas à se perdre dans les épines et les broussailles. Hommes, chevaux, tout le monde souffrait, et les souffrances sont bien vives quand, depuis plus de vingt-quatre heures, on n’a rien mangé. On marchait pas à pas, les branches déchiraient le visage et les habits. Enfin, à 11 heures, Mahmadou Abi, sur les sollicitations pressantes des Talibés qui l’accompagnaient, et dont quelques-uns lui étaient donnés par Ahmadou comme mentors, se décida à faire arrêter. Pendant une demi- heure les guides cherchèrent le sentier qu’ils avaient perdu, mais ce fut en vain, et à 11 heures et demie tout le monde dormait afin de remplacer par le sommeil un souper absent. Hommes et animaux, tout était harassé, les chevaux se couchaient sur le flanc, la tête étendue par terre. Nos ânes, même les plus turbulents (et l’un entre autres surnommé Sadiadé, qui faisait toujours des cabrioles désopilantes), étaient tous calmes, et nous, suivant l’exemple commun, nous décrochâmes de l’arçon de la selle, sans desseller nos chevaux, notre morceau de tente-abri, et, l’étendant par terre, nous nous jetâmes dessus, tenant à la main les brides de nos sauveurs. Il y avait dix-sept heures que nous n’avions, pour ainsi dire, pas quitté la selle du cheval.

12 mai 1866.

Au jour, on chercha la route et on la trouva. Aussitôt on repartit, et vers dix heures et demie nous approchions avec précaution de Soso, village visiblement habité. Nous avions ramassé en chemin quelques ânes qui broutaient, et je crois même quelques captifs, des bagages. La colonne souffrait de la soif, la nuit avait épuisé l’eau des outres ; il fallait boire à tout prix, et l’eau était dans le village, qui était révolté depuis longtemps. Qu’allait-on faire ? D’abord, Badara voulut s’avancer, mais ses Talibés l’en empêchèrent ; il était à craindre qu’il ne reçût un coup de fusil. Un d’eux, à distance, entama conversation et chercha à amadouer les gens du village par des paroles de paix. Nous n’apercevions que trois ou quatre têtes d’hommes au-dessus d’une porte barricadée. Ils étaient armés, mais avaient plutôt l’air de chercher à parlementer qu’ils ne montraient une attitude hostile. Alors on s’avança peu à peu, et Ali Abdoul, qui les connaissait depuis longtemps, leur affirma qu’on ne leur voulait pas de mal, qu’on savait qu’ils n’avaient mourti que parce qu’ils avaient eu peur des Bambaras révoltés et, du reste, qu’on ne leur demandait que de l’eau. « Oui, dirent-ils, mais vous n’entrerez pas. — Soit, dirent nos gens. Du reste, si l’un de vous veut venir trouver Mahmadou Abi, vous verrez bien comme il sera reçu. » Le chef du village donna dans ce piége. On entrebâilla la porte, et il vint avec son fusil près de Mahmadou Abi, resté sous un arbre. En approchant, on voulut lui enlever son fusil ; mais comme il tremblait, il s’y cramponna et Mahmadou lui dit : « N’aie donc pas peur, on te le laissera. Tiens, en veux-tu deux, trois ? » Et cela disant, il lui en fourrait sur les bras. Le chef alors se rassura et trouva une certaine verve pour faire des protestations de fidélité, pour s’excuser d’avoir cédé à la pression des révoltés. Mahmadou Abi lui dit : « C’est bien ! tu as confiance dans Ali Abdoul. Eh bien ! tu vas retourner avec lui et dire aux gens du village que je ne leur veux pas de mal, au contraire. Combien êtes-vous ? — Cinq hommes. — Eh bien ! tu vois, je pourrais prendre ton village par force, mais je ne veux que de l’eau. »

Tout d’abord on avait répondu du village que les puits étaient à sec. Mais alors reprenant confiance, ce malheureux lui dit : « Ah ! nous avons un puits où l’eau ne finira pas ! »

Et il rentra dans son village avec une confiance apparente ou simulée et dit d’ouvrir la porte. Quelques hommes alors entrèrent, et pendant que les uns couraient aux puits, d’autres parcoururent le village. Tout entier à la préoccupation de faire boire tous mes animaux et de remplir les outres pour la route, je ne m’occupais que de cela, et comme j’étais pourvu de cordes et de seaux en cuir, la chose allait bien et je pus même rendre service à plusieurs, et entre autres au vieux schérif qui, au milieu de cette foule, était bousculé comme le premier captif venu. On avait recommandé de se hâter. Je ressortis du village d’autant plus précipitamment qu’on criait que Mahmadou était en route et que plusieurs Talibés étaient envoyés par lui pour chasser tout le monde hors du village.

Quand je le rejoignis, un spectacle horrible s’offrit à ma vue. Cinq hommes étaient étendus sans vie, mutilés ; la tête n’avait pas été détachée du corps et portait la marque de nombreux coups de sabre. A côté, onze femmes attachées en file représentaient le reste de la population de ce village qui avait entièrement succombé, à l’exception d’un tout jeune homme qui, défiant à juste titre, s’était enfui par les derrières du village dès qu’on en avait ouvert les portes.

Je ne pus m’empêcher de témoigner mon horreur pour la trahison infâme et le manque de parole dont on avait usé pour prendre ces malheureux, et je m’en expliquai à Tambo Bakiri, qui me répondit : « Ce sont des Keffirs, tous les moyens sont bons avec eux. » Telle était l’opinion d’un homme bon au fond, qui avait passé vingt ou vingt-cinq ans dans le contact des blancs. Voilà un des effets d’une religion de fanatisme sur des peuples simples et ignorants. Et qu’on vienne maintenant chanter les effets civilisateurs de la religion musulmane sur les noirs ! qu’on vienne applaudir à son envahissement, y encourager même ! Nous répondrons par ce que nous avons vu, par des villes détruites, des pays jadis florissants aujourd’hui en ruine, par le meurtre, le viol, la famine et tous les crimes que nous avons vus, et nous laisserons après chacun libre de garder son opinion ; car, en vérité, de pareilles choses ne se discutent pas.

Nous nous mîmes en route à midi. Un de nos ânes ne portait plus sa charge, il ne pouvait marcher. Je fis demander à Mahmadou l’autorisation d’acheter l’un de ceux qu’on avait pris au village, où l’on avait ramassé poules, chèvres et tout ce qu’il y avait. Il m’en fit cadeau.

Notre route passa d’abord, comme en venant, à Coro et Tominkoro ; mais environ une heure avant d’arriver à Ouakha nous fîmes un grand détour, car on disait ce village révolté ainsi que plusieurs autres de ce côté. La nuit nous surprit dans les broussailles, et ce ne fut que vers dix heures et demie que nous campâmes à une mare immense où le chant des grenouilles, cette musique céleste pour le voyageur égaré, dit Mongo Park, nous conduisit. Nous étions à quelques minutes de Marconnah. C’était enfin un village ami.

13 mai 1866.

Après tant de fatigues on pouvait espérer du repos ; mais à sept heures et demie on repartit encore, et, laissant Tikoura sur notre droite, nous parvînmes, par une route à travers les broussailles, à Toumboula. Quelques heures à peine séparent ces deux villages, et entre eux, Tikoura, à droite, et deux autres villages étaient révoltés. Cela peut donner une idée de la situation politique du pays, et notre séjour à Toumboula acheva de nous éclairer.

A Marconnah, j’avais fait demander à acheter du mil ; on m’avait ri au nez en me disant que depuis six mois il était impossible d’en trouver un seul grain dans ce village. On y mangeait des feuilles.

En approchant de Toumboula, nous rencontrâmes quelques captifs et gens du village travaillant aux champs. J’étais en avant avec Badara et le guide : le pauvre vieux chef était impatient de revoir son village : aussi sa joie muette, dès qu’il l’aperçut, fut attendrissante. Ces gens qui travaillaient aux champs, et dont le premier mouvement en nous voyant avait été de fuir, vinrent, dès qu’il fut reconnu, l’entourer ; ceux qui étaient au village sortirent pour aller au-devant de lui ; il fut reçu en triomphe et avec une vraie joie. Presque aussitôt les femmes de sa case commencèrent à chanter, à danser, ce qui ne s’était pas vu depuis longtemps dans ce lieu.

Quant à moi, j’étais effrayé littéralement. Les cinq sixièmes de la population avaient disparu. On ne voyait presque plus d’enfants ; les hommes avaient des figures décharnées. La misère était partout, on ne parlait pas de mil ; aussi fallait-il peu songer à nous réconforter.

Néanmoins, je me préparais à passer la journée dans ce village et au moins à me reposer des fatigues de la route passée, avant de tenter celle de Ouosébougou, quand Mahmadou Abi me fit prévenir qu’on partirait le même soir.

Je lui fis répondre que j’étais prêt, mais qu’hommes et bêtes étaient bien fatigués, et que je ne savais pas s’ils pourraient suivre. J’étais forcé d’abandonner deux ânes. Mahmadou, pour toute réponse, dit qu’on allait me donner un autre âne, et que si mes hommes ne pouvaient plus marcher il les ferait porter par les Sofas à cheval ; que je ne m’inquiétasse de rien, qu’il ne permettrait pas que rien de ce qui était à nous restât en route.

Dès lors je n’avais plus d’objections à faire, et, suivant le désir de Badara, je m’occupai de lui vendre contre quelques gros d’or les ânes qui ne pouvaient plus marcher, le sel que j’avais en surplus du nécessaire, mes cauris qui, au delà de Toumboula, ne pouvaient plus servir et, en un mot, tout ce qui pouvait alléger mes bagages. Nous avions devant nous la perspective d’une route de quinze à dix-huit lieues à faire à travers des broussailles pour éviter Marena, Médina et Guigué, tous villages révoltés. Après les fatigues de la veille et de l’avant-veille, il était prudent de ne pas se charger, sauf d’eau.

Pendant que je prenais ces mesures de sécurité, j’entendis battre le tabala du village. Je n’avais pas d’autre arme qu’une lance ; aussi ne pouvais-je songer à être partie active dans un combat quelconque. Je sautai sur le toit de ma case, et comme il dominait un peu je pus voir l’aspect de la campagne. Une razzia tombait sur les lougans ; sept ou huit cavaliers poussaient devant eux les chameaux des Maures qui nous accompagnaient, ainsi que quelques ânes, et une quarantaine de piétons avec leurs boubous jaunes couraient en divers sens après les captifs et les enfants qui travaillaient dans les champs. Les coups de fusil partaient de tous les côtés sans les inquiéter ; mais bientôt la scène changea. Tout notre monde était sorti, près de cent cinquante cavaliers étaient à la poursuite des assaillants et deux cents hommes à pied fouillaient les brousailles pour y retrouver ceux qui, désespérant de se sauver, s’y étaient cachés.

En moins d’une demi-heure, douze Bambaras tombaient sous les coups de nos hommes, et mon brave Déthié, bien qu’à pied, en prenait un vivant, qui fut amené ainsi que cinq ou six autres plus ou moins blessés.

On les interrogea et l’on sut ainsi que cette razzia était dirigée par les Massassis de Guémené (l’un d’eux était au nombre des prisonniers), qu’ils ignoraient notre arrivée, qu’ils n’étaient en tout que quarante- huit.

Après cet interrogatoire, on les livra aux Talibés pour être exécutés. Aucun d’eux n’avait la main exercée, et leurs sabres n’étant point affilés le supplice fut horrible ; un des prisonniers reçut peut être quarante coups de sabre avant que sa tête fût détachée.

Badara, bien qu’il fût mécontent de ce que Mahmadou Abi ne le consultât en rien, paraissait heureux de cet événement qui lui faisait prendre une revanche sur ses persécuteurs habituels.

Mahamadou Abi, vers quatre heures, fit envoyer à ma case la plus jolie des captives faites la veille à Soso ; il me disait que chargé par Ahmadou de pourvoir à l’habillement de mes laptots, qu’on n’avait pu leur donner à Yamina, comme on le voulait, il leur donnait cette esclave pour que le produit de la vente leur permît de s’habiller à Nioro. Je la renvoyai aussitôt, disant au prince que, bien que j’eusse regretté de ne pas voir habiller mes hommes comme Ahmadou l’avait promis, je ne pouvais accepter cette compensation contraire à nos mœurs et à nos lois ; que s’il voulait faire un cadeau à mes hommes, tout ce qu’il voudrait leur donner serait accepté avec plaisir, sauf des esclaves, qu’ils ne pouvaient vendre et qui seraient libres en arrivant à Médine.

Le soir, à six heures, nous quittâmes le village, peu restaurés, mais accablés de fatigue ; on marcha en silence jusque vers deux heures du matin sans arrêter. Depuis l’avant-veille, on avait fait tuer les cabris et les chèvres qu’on avait pillés à Soso, afin que leurs bêlements ne donnassent pas l’éveil aux villages révoltés. Avant la nuit, on fit en outre museler les chameaux, et on recommanda aux cavaliers montés sur des chevaux de ne pas s’approcher des juments. En un mot, on prit toutes les précautions possibles. Nous passâmes assez près de Guigué pour voir les feux des lougans, et nous entendîmes distinctement les aboiements des chiens qui nous sentaient de loin.

Dès que nous fûmes à quelque distance, on arrêta tout le monde ; les guides eux-mêmes n’en pouvaient plus. Par deux fois, on voulut tenter de se remettre en marche, car tous savaient la route qu’il restait à faire, et l’on sentait instinctivement que le manque d’eau allait, dès que le soleil serait levé, la transformer en un long supplice. Mais la fatigue fut plus forte que tous les raisonnements et l’on resta couché.

14 mai 1866.

Étais-je fatigué ? Oui, à coup sûr, car je dormais éveillé, si ces deux mots peuvent s’associer pour exprimer mon idée, et cependant personne plus que moi ne désirait partir ; j’allai jusqu’à tourmenter Mahmadou Abi : je lui fis observer que le soleil se lèverait bientôt, que l’eau serait chaude, et que la soif fatiguerait plus que la marche ; mais je parlais à des endormis, on pourrait presque dire des morts. Je secouais les uns et les autres, mais en vain. Enfin, au jour, on remonta à cheval, on parvint à réveiller les dormeurs et l’on se remit en marche. Bientôt nous quittâmes les épines qui nous déchiraient depuis la veille, et nous rentrâmes dans le grand chemin, bien frayé, bien battu : c’était la grande route du pays, le chemin de Guigué à Ouosébougou, où des pas nombreux attestaient qu’on avait passé la veille. Mahmadou aussitôt donna l’ordre à quelques Talibés, parmi lesquels Mahmadou Alpha et Amadi Boubakar, de prendre l’avance de toute la vitesse possible, d’aller à Ouosébougou prévenir de son arrivée et de faire envoyer de l’eau à la colonne. Je partis avec eux, et, grâce à la vigueur de nos chevaux, qui pourtant se nourrissaient comme ils pouvaient depuis le départ, nous franchîmes en deux heures la route de huit lieues qui nous séparait d’Ouosébougou.

Si j’étais enchanté de me rapprocher aussi rapidement des bords du Sénégal, Mahmadou Alpha ne l’était pas moins ; il semblait fou de joie à l’idée qu’il allait revoir son père et les siens, qui l’attendaient à Ouosébougou, ou plutôt qui ne l’attendaient pas. La route que nous parcourions était une forêt d’arbres épineux clair-semés au milieu desquels abondait le gommier-varech. Notre faim était telle que, lorsque la rapidité de notre course se ralentissait pour laisser souffler les chevaux, nous mangions avidement ces boules de gomme qui déjà dans mon voyage chez les Maures avaient été quelquefois ma nourriture unique pendant une journée entière. Le moindre inconvénient de la gomme ainsi mangée fraîche est d’altérer considérablement, mais ma peau de bouc n’était pas encore vide, car je l’avais ménagée toute la nuit, et je pus boire à ma soif et même en donner à mes compagnons.

Il est impossible de décrire mes sensations dans cette course poussée parfois jusqu’au délire, sans ménagement de nos chevaux ni de nous. Je me grisais de l’idée du retour, sans réfléchir que nous n’étions que cinq, et que je n’avais pas d’armes en plein pays ennemi.

Nous arrivâmes ainsi, par une série d’ondulations du terrain, qui se dirigent presque de l’Est à l’Ouest et en montant par une pente très- sensible, au sommet d’une côte d’où nous aperçûmes à nos pieds, un peu plus bas, une vaste plaine, ayant une pente visible du Nord au Sud, et limitée au Nord par des montagnes peu élevées, on pourrait presque dire des collines. Là était Ouosébougou, immense village entouré d’un terrain sablonneux à perte de vue. Les murailles étaient bien fortifiées, crénelées, et disposées en crémaillère avec de nombreux bastions ; et devant les portes on voyait des réduits de défense, précaution que je n’avais jamais remarquée dans les villages aperçus jusqu’alors : un immense goupouilli entourait la ville.

Dès que nous vîmes le village nous nous élançâmes, et quelques gens qui travaillaient à couper du bois sur la hauteur s’enfuirent en poussant des cris d’alarme. Aussitôt, tous les habitants sortirent en armes, le tabala battit. Il était clair qu’on était toujours prêt et que le village avait dû résister à de nombreux assauts.

Mais bientôt nous fûmes reconnus à nos cris de : Taliba-bé, Taliba-bé Ahmadou cheickou (les Talibés d’Ahmadou), et la défense qui se préparait se changea en fantasia ; de notre côté, nous poussâmes une charge de toute la vitesse de nos chevaux, que nous n’arrêtâmes qu’à la porte du village. Nous y entrâmes précipitamment ; on alla à la case de Djolo, vieux Bambara de quatre-vingts ans passés, qui nous attendait sous son bolérou[246], et qui donna aussitôt des ordres pour que tous les captifs partissent au-devant de l’armée. Nous étions trempés de sueur, nos chevaux dégouttaient, et lorsqu’on apporta de l’eau, nous en bûmes jusqu’à sécher les calebasses. Puis, nous nous assîmes. Nous étions tous rendus, et mes compagnons, émerveillés de me voir résister aussi bien qu’eux, s’écriaient : Ouaï Toubab Sagata. (Oh ! les blancs braves !)

On raconta alors à Djolo notre voyage, et comme on causait en bambara, je ne pouvais savoir ce qu’on disait qu’en questionnant en toucouleur les Talibés : j’appris que les villages de Digna, de Guigué et de Mourdia avaient là des envoyés, venus pour faire leur soumission à Djolo.

Depuis le jour où El Hadj s’était emparé de Ségou, Djolo avait déclaré que, quoique Bambara pur sang, il ne trahirait jamais ce nouveau maître. Il avait tenu parole, et grâce à son énergique attitude, il avait rallié assez de partisans pour tenir tête à l’orage qui venait d’éprouver si cruellement ce pays. Aujourd’hui, il récoltait les fruits de sa politique, et je dois le dire, si c’était un serviteur fidèle de son roi, il y avait en lui une dignité incontestable qui excluait toute bassesse, et il savait garder à ses cheveux blancs une place honorable en face des princes.

Vers midi, nos hommes arrivèrent ; ils étaient des premiers, et cependant quelques-uns, et entre autres Samba Yoro, avaient assez souffert de la fatigue et de la soif pour que les porteurs d’eau l’eussent trouvé couché dans les broussailles. Comme on leur avait dit de porter l’eau à Mahmadou Abi qui était en arrière, ils refusèrent de donner à boire à mon pauvre Samba, et ce ne fut que quand Mahmadou Abi passa que Samba lui ayant crié qu’il ne pouvait plus aller sans eau, on lui en donna tant qu’il en voulut. Nous nous installâmes dans une maison, et je cherchai à trouver quelque chose à acheter, mais ici il n’y avait que le mil qui servît de monnaie et c’était ce qui me manquait le plus. Alors je commençai à mendier. Le docteur alla voir Djolo et obtint trois moules de mil, et de plus la certitude que Ouosébougou était bien le Wasibou de Mongo Park ; puis Djolo se rappelait, quand il était enfant, l’avoir vu passer allant au Niger, d’où il n’était pas revenu, disait-il. Le soir j’obtins quelques gouttes de lait de Mahmadou Falel, Poul du Bakhounou, auquel je les fis demander par Bakary Guëye. Mais l’hospitalité fut très-maigre, et Mahmadou Abi s’en plaignit pour son compte.

On se reposa une grande journée à Ouosébougou, et ce n’était pas trop. La plupart des Talibés se refusaient à marcher, leurs jambes étaient enflées, et notre route, une heure après le départ, ressemblait à une déroute tant on était espacé.

Pour moi, je me soutenais et j’étais constamment à l’avant-garde près des guides ; le docteur allait toujours à son allure paisible, aussi calme que s’il s’agissait de la chose la plus naturelle.

Pendant notre séjour à Ouosébougou un Toucouleur arrivant des bords du Sénégal annonça que Maba, le marabout qui maintenait la colonie sur un qui-vive perpétuel, était à Gandiole, c’est-à-dire aux portes de Saint- Louis, avec une armée, et qu’il avait nommé un roi du Cayor à Nguiguiss. Telle était l’interprétation donnée par les partisans de l’islamisme à la campagne que le gouverneur avait faite contre ce dangereux fanatique. Mais ce n’était pas de ce jour que je savais comment l’histoire se raconte en Afrique, je ne m’en émus pas davantage.

Avant de quitter Ouosébougou, orientons-nous. Du toit de ma terrasse, on me montrait Toumboula et Guigué en alignement au S. 40° E. du monde ; Hofara était au N. 35° O. ; au N. 40° E., Siradian ruiné ; droit à l’Est, Mourdia, et droit au Sud, Seguébala dans le Bélédougou.

[Décoration]

[Note 244 : A Ségou Sikoro, mes observations de latitude, par hauteur méridienne tant du soleil que de la lune, m’ont fourni :

Latitude observée 13° 26′ 30″ N.

Longitude observée par distance luni-solaire. 1 observation 8° 40′ 00″ O.

Longitude déduite du lever topographique 8° 26′ 30″ O.

Longitude adoptée pour la construction de la carte générale 8° 33′ 00″ O.

[Note 245 : C’est de l’oxyde de fer terreux mélangé de silice, en rognons engagés dans de l’argile. J’en ai rapporté des échantillons ainsi que d’autres de fer magnétique et de sanguine ou oxyde de fer compacte.]

[Note 246 : Entrée de la maison.]

CHAPITRE XXXIX.

Départ de Ouosébougou. — Siradian. — Hofara. — Elingara. — Boulal. — Sekhello. — Je suis pris pour un Maure. — Bagoyna. — Marques de l’épizootie. — Route pour Touroungoumbé. — J’arrive épuisé. — Bon accueil. — Pillage des Maures. — En route sur Nioro. — Entrée triomphale. — Mustaf. — Son accueil. — La ville. — Séjour. — Tentative pour me retenir. — Position délicate de Mahmadou Abi. — Le schérif de Fez. — Visite aux frères d’El Hadj. — Je pars. — Cadeaux à Mustaf. — Échange de bons procédés avec Mahmadou Abi. — Départ de Nioro. — Médina. — Les deux Gadiaba. — Youri. — Petite pluie. — Je pars sans mes guides. — Birou. — Aspect des terrains. — Ali, notre guide, ambassadeur d’Ahmadou. — Ouagadou. — La vallée de Guidi-Oumé. — Khoré. — Le Kirigou. — Khassa. — Togno. — Fanga. — Niogoméra. — Tanganaya-Takhaba. — Niakhatéla. — Makhana. — Route en forêt. — Tornade, inondation. — Passage d’un torrent. — Mounia. — Route sur Koniakary. — Séjour dans ce village. — Tierno Moussa. — San Mody. — Situation politique du pays. — Dernière route. — Arrivée à Médine. — De Médine à Saint-Louis et en France.

15 mai 1866.

Le 15, à quatre heures, nous sortîmes de Ouosébougou, où quelques retardataires furent obligés de rester, ainsi que quelques hommes blessés le 13, à Toumboula, par la razzia des Bambaras.

Nous parcourûmes[247] deux lieues à l’Ouest, trois lieues et demie au N.-O., et nous fûmes à Siradian, village abandonné et sans puits. Ensuite on se dirigea, sans s’arrêter, au N. 35° O. pendant trois lieues et au Nord trois lieues et demie. Nous arrivâmes alors à Hofara, village de cases en paille, sans fortifications, en un mot vaste goupouilli. Il n’y avait plus d’habitants, mais il y avait encore de l’eau dans les puits, de petites tomates autour des cases, dans lesquelles on pouvait, somme toute, se reposer.

16 mai 1866.

Il était huit heures quand on y arriva, car on avait fait de nombreux temps d’arrêt pendant la nuit ; nous y restâmes jusqu’à dix heures et un quart et l’on se remit en marche par une chaleur étouffante. Nous passions vers onze heures devant Tounguel, village inhabité que nous laissions à gauche : à onze heures quarante-cinq minutes, nous étions à Elingara, que j’estimais à deux lieues et un quart de Hofara au N. 40° O. Ce village était également désert, mais dans un puits bâti en pierres sèches posées à plat, nous trouvâmes un peu d’eau. Quelle eau ! Mon cheval refusa d’en boire ! mais je fus moins difficile que lui, je me bouchai le nez et je bus.

Après avoir parcouru deux lieues au N. 63° O., nous arrivâmes à Boulal ou Boulane, vers midi et demi. Là il restait des vestiges de cases en paille. On y campa ; la chaleur était trop forte, personne ne pouvait y résister. Tout le monde peut-être dormit, excepté moi, qui étais dévoré d’impatience et qui d’ailleurs, quoique soutenu par l’idée du retour, commençais à être inquiet de ce que la nature trahissait ma volonté. Enfin, à trois heures, toujours à jeun, sauf une poignée de couscous mangée dans cette halte, nous reprîmes cette route fatigante à travers ce pays de plaines toujours ondulées dans le même sens, couvertes d’une maigre végétation, d’arbres épineux, de gommiers rabougris. Je marchais aussi rapidement qu’il m’était possible, et vers cinq heures et demie, après avoir parcouru cinq lieues au N. 80° O., j’aperçus enfin un village ayant l’apparence de la vie : c’était Sekhello, village bâti en terre, habité en majorité par des Soninkés. Un enfant qui coupait du bois se mit à fuir en me voyant. Je le poursuivis et le rattrapai ; mais en dépit de mes assurances pacifiques, il ne voulait pas m’approcher. J’avais retiré mon chapeau, mes longs cheveux flottaient au vent, mon teint était devenu couleur de brique brûlée, je portais un boubou jadis blanc. Il me prenait pour un Maure, et même quand Amadi Boubakar l’eut rejoint avec d’autres Talibés, il ne pouvait se figurer que je fusse un blanc. Je fus grondé par tous pour mon imprudence, car j’avais risqué de me faire envoyer un coup de fusil. Comme à Ouosébougou, la population, aux cris perçants de l’enfant, était sortie en masse, mais il n’y avait pas là grand monde, et il était visible que ce village avait dû souffrir. Je ne pus y trouver le moindre aliment à acheter, et comme on ne me donna rien d’aucun côté, nous en fûmes réduits à notre régime habituel. Nous mangeâmes notre dernière boîte de julienne aigrie, et nos hommes, leur couscous ordinaire.

Les plus malheureux étaient les animaux, privés de mil, et même souvent de paille, car autour du village on n’en trouvait pas, et il me fallut en voler pour ne pas les laisser périr, ne pouvant raisonnablement demander à mes laptots d’en aller couper ; les malheureux n’en pouvaient plus. Quand nous arrivâmes à ce village, plus de la moitié des piétons était restée en route.

17 mai 1866.

Ce fut sans regret que je quittai cet asile peu hospitalier, le lendemain matin ; nous fîmes trois lieues au N. 10° E., et nous arrivâmes à Bagoyna, grand village en terre, ruiné et inhabité depuis que Daouda Gagny l’avait quitté pour venir à Ségou. Cependant quelques personnes s’y trouvaient en ce moment. La plaine présentait un spectacle attristant, de tous côtés on voyait des squelettes de bœufs ou leurs corps desséchés. Aux environs des puits surtout, il y en avait énormément. D’où cela provenait-il ? On me dit qu’après l’abandon du village, les bœufs y étaient revenus par habitude, et que ne trouvant personne pour leur tirer de l’eau des puits, ils étaient morts à côté. D’un autre côté on m’affirma, tant là qu’à Nioro, que l’épizootie terrible qui avait ravagé tout le Sénégal, le pays des Maures, en même temps qu’elle sévissait en Europe, était venue jusqu’au Bakhounou, où elle s’était arrêtée, puisqu’à Ségou on ne s’en était pas aperçu.

Toujours est-il que les puits étaient presque secs et qu’on campa dans les cases du village, presque sans eau.

A trois heures, on essaya de se remettre en route pour atteindre Touroungoumbé. Sentant bien que les forces de tous étaient épuisées par les marches insensées, si elles n’eussent été nécessaires, que nous faisions depuis six jours, Mahmadou tentait un dernier effort pour amener son monde en lieu de sûreté par une marche de nuit, car une marche de jour eût été impossible.

Je sortis de Bagoyna en proie à une violente céphalalgie, et quand vint la nuit, je fus pris de saignements de nez tellement persistants, qu’il me fallut plusieurs fois descendre de cheval. Mes forces me trahissaient et tout mon sang s’en allait. Je me tamponnai les narines, je fis un suprême effort, et le lendemain, à sept heures, j’étais des premiers rendus à Touroungoumbé, en compagnie d’Ali Abdoul, qui, à mesure que nous approchions, s’attachait de plus en plus à mes pas, en attendant qu’il fût tout à fait entre mes mains.

J’avais ainsi estimé la route parcourue : trois lieues au N. 80° O., six lieues au S. 70° O., six lieues au N. 30° O., total quinze lieues parcourues en seize heures, par les cavaliers, car les piétons n’arrivèrent que vers les onze heures ou midi.

Qu’on ne croie pas ces estimations exagérées. Si je n’en avais eu la preuve en fermant mon polygone estimé à peu de chose près sur la position exacte de Médine, j’en avais une le lendemain, en arrivant à Nioro, que mon estime place juste dans le relèvement indiqué en 1864 depuis Guémoukoura, et ces relèvements, quand ils sont donnés par des gens connaissant bien le pays, surtout par des Maures, ces relèvements, dis-je, sont d’une exactitude souvent attestée par les voyageurs et qui, quant à moi, m’a toujours surpris.

18 mai 1866.

En arrivant au campement qu’on m’indiqua, je ne pouvais plus me soutenir. Je me laissai tomber sur ma natte et j’abandonnai aux gens de la case le soin de mon cheval, me bornant à dire : Faites-le boire et manger.

Touroungoumbé était un village du Kingui, très-considérable. Lieu de passage des caravanes des Maures qui vont à Ségou, c’était là qu’elles payaient l’impôt du passage, et un captif d’El Hadj, sorte de gouverneur, était préposé à la perception de cet impôt.

Aussi y fûmes-nous dédommagés en partie par une bonne réception de ce que nous avions souffert depuis huit jours ou plutôt depuis notre départ de Toubacoura, dernière étape hospitalière dont j’ai gardé le souvenir. Nous passâmes la journée tout entière en cet endroit, tant par force que pour attendre les retardataires ; j’appris, en effet, que plusieurs n’étaient arrivés que le soir et avaient été pillés par des Maures amis qui campaient à petite distance de Touroungoumbé : mais pour qui connaît les mœurs des Maures, cela n’a rien d’étonnant, et la seule chose remarquable, c’est qu’ils n’aient pas tué, afin d’empêcher toute dénonciation, de la part de ceux qu’ils venaient de piller.

Toujours est-il que le soir tout le monde fut rallié, et ce ne fut qu’à la nuit, après un souper convenable, que nous pûmes prendre un vrai repos, car tout le jour une curiosité bienveillante avait fait envahir notre maison par tout le village, impatient de voir ces blancs extraordinaires qui pouvaient faire tout ce que les noirs font et plus encore. Le fait est que nos amis, en exagérant nos qualités, notre savoir et notre bravoure, nous avaient élevés sur un piédestal tel, que, si je me fusse avisé de faire le salam, j’aurais passé pour un grand marabout, parce que je savais déchiffrer quelques mots d’arabe et écrire à peu près au moyen des caractères de cette langue, et je ne suis pas bien sûr qu’un jour ou l’autre on ne dise pas que j’ai gagné des batailles à moi tout seul, avec toutefois mon pistolet à six coups, qu’on se désolait de ne pouvoir admirer ; mais quand je disais que j’avais donné cette merveille à Ahmadou, oh ! alors, c’était un chœur intarissable sur la générosité des blancs.

19 mai 1866.

Le 19, on se mit en route pour aller à Nioro, vers six heures. Huit lieues droit à l’O. nous en séparaient, mais la route qui passe par de nombreux villages, n’a pas mal de sinuosités, et quand on arriva en vue de Nioro, vers quatre heures du soir, des cavaliers vinrent de la part de Mustaf et du père de Mahmadou Abi, ainsi que de ses oncles, prier ce jeune prince de camper à Dianwéli pour la nuit, afin qu’on pût le recevoir le lendemain matin. A mon grand regret donc on entra au village de Dianwéli, et pour me consoler de ce retard, il ne fallut rien moins qu’un superbe mouton que m’envoya Mahmadou Abi, et qui fut tellement apprécié, qu’entre nous et nos parasites on le dévora jusqu’au dernier morceau.

20 mai 1866.

Ce fut le 20 mai que nous fîmes notre entrée triomphale à Nioro. Mustaf, vêtu d’un burnous magnifique, dont le capuchon relevé laissait voir sa figure, était monté sur un cheval maure de grande taille, piaffant entre les mains des Sofas qui le tenaient par la bride. Il était entouré de tous ses fidèles, de ses Sofas, et si un certain nombre de Talibés faisaient acte d’indépendance, en s’écartant de lui pour venir saluer Mahmadou, bien d’autres se tenaient à ses côtés. Il y eut d’abord une fantasia fort belle, bien qu’en ce moment la moitié des cavaliers fussent absents. J’admirais surtout les beaux chevaux, tous de race maure. Puis, après cela, comme, de notre côté, aussi bien chevaux qu’hommes étaient à bout de forces, on n’essaya pas le plus petit exercice, et les deux armées se rencontrèrent. Alors Mustaf vint, toujours à cheval, donner la main à Mahmadou Abi, non comme un esclave ayant affaire au cousin de son maître, mais comme un chef puissant à un autre pour lequel il a des égards. Après cela on rentra dans Nioro.

Il y a dans Nioro deux choses distinctes : la ville fortifiée et la maison d’El Hadj. La ville est entourée d’une muraille irrégulière, ayant plusieurs portes de divers côtés, mais ce n’est pas là ce qui fait sa défense. Ce qui la met à l’abri d’une attaque, c’est la maison d’El Hadj.

Cette maison est un vaste carré de 250 pas de côté, construit régulièrement en pierres maçonnées avec de la terre. Les montagnes peu élevées qui environnent Nioro ont fourni des matériaux tout taillés, et la plupart de ces pierres affectent une forme rectangulaire, ce qui a permis de construire sans les tailler. Ces pierres sont posées à plat. La muraille a environ 2m,50 d’épaisseur. Aux quatre angles sont des tours rondes ; le tout a de 10 à 12 mètres de haut, et je suis sûr que sur le faîte, le mur a encore au moins 1m,50 d’épaisseur. C’est totalement imprenable sans artillerie. Il y a dans ce fort plusieurs compartiments : d’un côté sont les femmes d’El Hadj, le Diomfoutou ; de l’autre, habite Mustaf, et se trouvent la plupart de ses magasins, ses greniers, la case de ses femmes. Dans une cour, des Mauresques prisonnières habitent sous des tentes qu’elles ont dressées, comme si elles se trouvaient au désert. Elles préfèrent cela à la vie des cases. Quelques-unes sont blanches et fort jolies. Elles proviennent des razzias faites par Mustaf, en 1865, sur les Lack Lall, qui s’étaient joints aux révoltés du Bakhounou.

Quant à la ville, les maisons y sont en partie à terrasse, en partie couvertes de paille. Quelques-unes ont un étage.

Mahmadou Abi était allé saluer son père. Je fis demander à Mustaf où je devais loger, et immédiatement on me conduisit dans une maison spacieuse, chez un griot fort riche, nommé Samba Gouloumba, père ou oncle d’un griot de ce nom que j’avais connu à Ségou. Là, on me donna la maison du maître, qui était absent, et son frère, qui vint m’y installer, m’exprima ses regrets et insista pour que j’attendisse le retour du maître de la maison, qui était, me disait-on, grand ami des blancs, et qui serait désolé de ne pas me recevoir lui-même (il avait d’ailleurs fort bien traité Bakary Guëye pendant son long séjour). Je me gardai bien de m’engager, et je pris possession d’une jolie chambre située au premier étage, et peinte proprement en rouge avec divers dessins. Mes laptots logeaient au-dessous. J’avais un véritable escalier, avec une terrasse devant ma porte et des fenêtres. C’était à n’y pas croire. A peine avais-je commencé à m’installer et à profiter de l’eau que les esclaves de la maison venaient de nous apporter, qu’on nous annonça Mustaf, qui venait nous rendre visite et me demandait audience. Je n’étais plus depuis longtemps habitué à ces manières courtoises. Je le priai d’attendre que j’eusse remis mes vêtements et le fis monter. Il fut très-aimable.

Mustaf est un esclave du Bornou. C’est un Kanori et, seul à Nioro, avec deux ou trois personnes, il sait la langue de son pays. Plus souvent il trouve avec quelques esclaves à parler le haoussani. Du reste, il parle très-aisément le bambara, le soninké et le peuhl. Il fut longtemps le captif de confiance d’El Hadj, son barbier et son cuisinier, et il est probable que ce contact avait contribué à adoucir ses manières et à les policer.

Il me souhaita la bienvenue, me fit beaucoup de compliments et termina en me demandant de lui dire ce dont j’avais besoin.

Je lui répondis que, n’ayant pas l’intention de m’arrêter, bien que je fusse très-fatigué, je lui demandais dix moules de couscous pour la nourriture des hommes jusqu’à Koniakary ; que quant à moi, je mangeais maintenant la nourriture des noirs et que tout ce qu’il m’enverrait serait bien reçu.

Peu après je reçus 10 moules d’un beau couscous blanc, qui me rappelait enfin le couscous de Saint-Louis.

En outre, on m’envoyait une grande calebasse d’eau miellée, une poule sautée au beurre et fort bien préparée, 100 gourous et du lait. La maison dans laquelle nous logions était chargée de nourrir mes hommes, qui ne s’en plaignaient pas, bien au contraire.

Il n’en fallait pas moins pour réparer nos longs jeûnes des jours passés, et le soir on nous envoyait dix poules vivantes, un plat copieux de riz à la viande et un beau couscous que nous trouvâmes succulent. Depuis notre départ de Médine, nous n’avions rien mangé d’aussi bon en fait de cuisine nègre.

L’après-midi j’allai faire visite à Mahmadou Abi, qui était logé dans une grande case avec tous ses Talibés. Il me reçut d’une façon aimable, quoique un peu embarrassée ; il avait l’air de ne pas se trouver dans une position bien franche. Il me demanda si j’avais ce qu’il me fallait ; je lui dis que oui, à l’exception de mil pour les chevaux. Il paraît que ce n’était pas l’habitude de Mustaf d’en fournir, car Mahmadou me répondit qu’il faisait vendre un captif pour acheter du mil pour ses chevaux.

De là, j’allai chez Mustaf lui rendre sa visite. Il me reçut de la façon la plus aimable, et j’en fus d’autant plus étonné qu’il n’est pas ainsi généralement et qu’il traite les noirs en grand seigneur ; il est plus difficile pour eux de le voir, me disait Bakary, qu’il ne l’est de voir Ahmadou à Ségou.

Mustaf me dit qu’il allait m’emmener voir un schérif blanc. En effet, il sortit avec moi, accompagné d’un interprète d’arabe, et nous allâmes à l’extrémité de la ville dans la maison d’un marabout, Ako de Gambie, possesseur de la plus belle fortune du pays.

Il s’était bâti une maison à l’européenne, autant que les matériaux du pays le permettaient. Il y avait de beaux escaliers en terre, des galeries ouvertes, où des nattes abritaient des rayons du soleil. Tout cela était propre et d’une élégance relative qui m’étonna.

On nous fit entrer dans une salle petite, mais plus soignée encore que les autres, où nous nous assîmes sur de belles nattes de cuir, tressées par les Mauresques.

Peu après, on nous introduisit dans une seconde salle encore plus soignée, où, sur un tapis du Maroc posé sur une de ces nattes, était assis en tailleur un homme vêtu entièrement de mousseline blanche ; il avait un turban dont une partie passant sous le menton et relevée couvrait le bas de la figure. Son teint était incomparablement plus blanc que tout ce que j’avais vu chez les Maures et même chez les Mauresques ; la main était potelée et le pied petit et soigné. L’homme était gros. Son regard était fin ; l’arc sourcilier bien dessiné, mais ni son nez ni sa physionomie ne répondaient au type arabe. Sans le mat de son teint on eût dit un Européen.

Il commença à m’interroger sur mon pays, demandant si nous étions Français, de quelle ville, et quand je lui dis de Paris, il sourit et me dit : « Je connais Paris, c’est une ville où il y a de grandes rues plantées d’arbres. » Il me demanda si j’avais des nouvelles de mon pays, et sur ma réponse négative, il me dit : « Je sais, moi, que tout va bien chez vous. »

A mon tour j’essayai quelques questions : j’appris qu’il était de Fez ; mais quant au but de son voyage je ne pus obtenir de réponse, il éluda.

Je commençais à me demander si c’était bien un Arabe ou quelque voyageur déguisé, et ce soupçon était celui de la plupart de mes laptots, qui affirmaient qu’il comprenait le français et qu’il souriait quand je parlais avec le docteur. Toutefois, il me fut impossible de savoir la vérité, car dès qu’il vit que je le pressais de questions, il commença à me dérouter par des interrogations incompréhensibles. Il est vrai qu’il parlait l’arabe pur, que fort peu de monde comprenait, et les interprètes traduisaient peut-être mal.

Plus tard je demandai à mon schérif marocain s’il le connaissait. « Non, me dit-il, c’est un homme qui parle peu, il dit qu’il est schérif, je ne puis dire le contraire ; » mais il m’avoua qu’il lui semblait qu’il n’avait pas la figure d’un Arabe.

En rentrant j’assistai à une fantasia assez bizarre : c’était une espèce de parodie d’un combat, faite par deux Talibés, tout en dansant et en jonglant avec leurs fusils d’une façon remarquable. L’un faisait le mort, l’autre tournait autour sans oser l’approcher ; quand il venait trop près, le mort remuait et l’autre se sauvait, puis le mort apprêtait tout doucement son fusil et tout d’un coup, quand l’autre arrivait pour l’assommer d’un coup de crosse, il se relevait d’un bond, lâchait son coup de fusil à bout portant, et les rôles se renversaient.

Cela était remarquablement mimé et imité.

Nous regagnâmes ensuite nos cases, et je passai une excellente nuit, dont j’avais grand besoin.

Jusqu’ici il n’était pas question de partir, et on faisait même courir le bruit que nous allions rester jusqu’à ce que tous les chefs du pays fussent réunis. On venait en effet d’envoyer des émissaires de tous côtés. Cela était fort inquiétant, car si c’était vrai nous avions au moins trois semaines à attendre. Or, quelle que fût l’hospitalité de Mustaf, nous étions trop pressés de rentrer pour supporter volontiers un pareil retard. La saison des pluies était presque arrivée, et nous devions chercher à tout prix à la devancer sur les bords du Sénégal, avant que les marigots grossis ne nous créassent des obstacles sur l’importance desquels je ne me faisais pas d’illusion.

21 mai 1866.

Aussi, le 21, dès que je fus levé, je me rendis chez Mahmadou Abi pour traiter cette question avec lui. Il était chez Mustaf, où j’allai le rejoindre. Bien qu’il fût de bonne heure, j’attendis très-peu et on me fit monter au premier étage, dans un petit réduit qui est le séjour ordinaire de Mustapha. Puis, après un nouveau temps d’arrêt, on ouvrit la porte de la chambre de Mustaf. Toutes ces portes, travail des indigènes, étaient en bois sculpté grossièrement, mais cependant, telles quelles, elles ne manquaient pas d’une certaine élégance. Les plafonds étaient faits en bois, mais les morceaux qui le composaient étaient rangés avec ordre et symétrie au-dessus des poutres principales. Enfin, des serrures ou des cadenas de fer, achetés chez nos traitants, garnissaient la plupart des portes de Mustaf. Il était à demi étendu sur un lit du pays (tara) très-élevé, sur lequel plusieurs tapis maures étalaient leurs brillantes couleurs et remplaçaient des matelas absents.

Je n’oserais affirmer que l’odeur de cette chambre, dont la porte était la seule issue, fût agréable, mais elle était supportable. Il nous fit, ainsi que Mahmadou Abi, asseoir sur son propre lit, envoya chercher des gourous, dont il nous donna quelques-uns, puis nous quitta pour régler une ou deux affaires. A son retour, j’entamai la question du départ, dont il ne se mêla point. Mais Mahmadou fit son possible pour m’engager à rester jusqu’à l’arrivée des chefs du pays, auxquels, d’après les ordres d’Ahmadou, il devait lire le traité fait avec nous. Je refusai, bien entendu, disant que cela ne me regardait pas, que d’ailleurs Ahmadou n’en avait pas parlé, et qu’il m’était impossible d’accepter un nouveau retard. Mahmadou insista, mais pour la forme, et quand il vit que décidément je ne voulais pas, il me dit : « Eh bien, tu partiras quand tu voudras. — Ce sera demain soir, répondis-je. — Alors on part, dit Mustaf ; ah ! c’est bien, je vais faire préparer ce qu’il faut. » Et il causa avec Ali Abdoul pour lui faire préparer du couscous pour sa route.

Pendant la journée l’hospitalité de Mustaf ne se ralentit pas ; je reçus de sa cuisine des plats très-bien préparés, mais toujours pas de mil. Je réussis à en faire acheter un peu contre quelques grains de verroterie ou d’ambre qui me restaient, et le soir je fis avec Tambo l’échange de nos chevaux. Ce n’est pas que son cheval noir valût ma jument fleur de pêcher, bien au contraire ; mais ma jument était tellement blessée par la selle qu’elle souffrait atrocement et que cela me faisait mal à voir ; j’avais lieu de craindre qu’elle ne pût me conduire au Sénégal, tandis que je me croyais sûr du cheval de Tambo, qui, malgré la route pénible que nous avions faite, dans laquelle il avait porté son maître et un bagage considérable, était encore gras et vigoureux, et surtout sans blessure.

Pendant que nous étions chez Mustaf, je demandai à voir les cadeaux envoyés par le gouverneur à Ahmadou, et il les fit apporter. Ils étaient enveloppés avec grand soin : c’était un burnous vert garni d’argent, un bonnet rouge garni d’or et un magnifique sabre avec un fourreau de velours vert et une garniture d’argent.

Mahmadou Abi était en extase, et je crois que cela contribua à le fortifier dans l’idée d’envoyer quelqu’un pour son compte saluer le gouverneur ; mais cela ne faisait pas le compte d’Ali Abdoul, qui maintint ses droits afin de n’avoir pas à partager les cadeaux qu’on lui ferait ; il l’emporta sur le prince, qui se borna à me demander de parler de lui au gouverneur. Comprenant qu’il désirait un cadeau je lui fis alors présent du fusil à deux coups que Bakary Guëye m’avait donné en indemnité des marchandises qu’il avait été forcé de vendre, et que bien entendu je ne voulais pas réclamer.

Aussi comptais-je bien lui payer son fusil.

Mahmadou fut enchanté et me réitéra ses promesses d’amitié à distance ; il me demanda de lui écrire et me dit qu’il voulait aussi me donner quelque chose en souvenir de lui.

Le soir j’allai voir les trois frères d’El Hadj, ou plutôt ses deux frères, Alpha Ahmadou et Tierno Boubakar, et l’un de ses cousins, qui tous trois me reçurent avec des paroles gracieuses, mais ce fut tout. Ils se trouvent, du reste, à Nioro dans une position d’infériorité vis- à-vis de Mustaf comme fortune et comme influence ; cela leur est pénible et ils ne s’en cachent guère. De plus, comme il y a là deux fils d’El Hadj encore en bas âge, mais qui un jour ou l’autre prendront en main toute la direction des affaires, on peut dire que ces parents du conquérant sont à tout jamais annihilés.

22 mai 1866.

Le 22 je fis mes préparatifs et j’allai vers une heure prendre congé de Mustaf, auquel, n’ayant rien à donner, je promis d’envoyer un fusil par Ali Abdoul ; il me demanda aussi un foulard noir, que j’eus la chance de trouver à Saint-Louis. Je payai ainsi de retour son hospitalité. Il me fit, du reste, cadeau d’un petit panier de dattes pour la route et donna une lettre à Ali Abdoul pour qu’on nous reçût sur tous les points où nous passerions jusqu’à Koniakary.

J’allai ensuite prendre congé de Mahmadou Abi, qui voulut monter à cheval pour m’accompagner et me mettre en route. Je fus donc escorté de toute la bande de ses fidèles jusqu’à bonne distance de Nioro. Là, au moment de me quitter, il me prit à part et me remit dans la main deux anneaux d’or d’une valeur d’au moins 120 francs, en s’excusant de me faire un aussi mince présent, que moi je trouvais d’autant plus beau que je n’y comptais pas du tout. Nous nous quittâmes après une bonne poignée de main.

C’est un devoir pour moi de dire qu’après mon départ de Ségou je n’avais reçu de ce jeune homme et de son entourage que des attentions et des témoignages d’affection bien désintéressés, puisqu’ils me savaient sans autres ressources que les cadeaux que m’avait faits Ahmadou, et qu’aucun d’eux n’eût osé accepter si même j’avais voulu les lui donner.

Nous quittâmes Nioro à trois heures. Après une lieue au Sud nous atteignions Tambabougou ; puis, après une demi-lieue au S.-S.-O., le grand village de Médina ; nous traversâmes ensuite deux villages de Gadiaba. Le premier, Gadiaba Kayè (Gadiaba, les pierres), est l’ancien village du Diawara, Karounka, qui fit une si rude guerre à El Hadj ; l’autre se nomme Gadiaba Diala. Il était sept heures quand nous arrivâmes à ce village ; en le quittant nous fîmes trois lieues et demie à l’O. 1/4. S.-O. pour venir à Youri, où nous arrivâmes à nuit close et par un commencement de petite pluie fine. On entra dans le village, et mes conducteurs allèrent s’étendre sous le hangar de la place du village. Quand, après une courte attente, je voulus les faire repartir, il me fut impossible de les réveiller ; ils me disaient de camper là. Camper sur une place en plein vent par un temps semblable, j’aimais autant marcher ; aussi, prenant Seïdou pour guide, je me remis en route et je fis trois lieues de marche pour aller camper à Birou, où je vins frapper à une heure et demie du matin au village des Talibés. La nuit était noire. J’avais cependant pu me rendre compte de la nature du terrain. Depuis Touroungoumbé le sol avait changé. Ce n’étaient plus les plaines du Bakhounou, c’était un pays encore plus aride, mais moins monotone et moins plat ; par rares places la végétation y était bien accentuée, mais en général c’est un pays coupé de plaines de sable et de collines de roches peu élevées ; ce sont des bancs d’ardoise, qui percent le sol en différents endroits et dont les feuillets détachés par les pluies et par les chocs viennent former une poussière noirâtre ; plus loin ce sont des quartz grenus, de différentes nuances plus ou moins opaques, jaunes ou rouges ou d’un blanc laiteux (on les emploie quelquefois comme pierres à feu ; ces pierres sont, faute de taille, d’un mauvais usage). Enfin, sur une foule de points nous trouvions des grès noirs et du minerai de fer en grande quantité.

La présence des ardoises à Nioro, de quelques schistes bitumineux dans le Foula Dougou est-elle un indice de l’existence du charbon de terre ? C’est ce que les siècles futurs nous apprendront. Mais si, surtout dans le Foula Dougou, on venait à découvrir le charbon, ce serait à n’en pas douter une découverte plus précieuse pour le pays que ne l’a été celle de l’or.

Depuis Nioro jusqu’à Birou le terrain n’avait changé d’aspect qu’entre Youri et Birou. En quittant Youri on se dirige sur une montagne peu élevée dont le massif épais sépare le Kingui du Kaniarémé, qu’on appelle vulgairement la route du désert. On la traverse en gravissant une pente douce dans le défilé, et l’on arrive dans une plaine qui semble entourée de tous côtés par des collines, qui se croisent de manière à ne pas laisser apercevoir les issues de ce plateau. Tel est l’aspect général de ce pays dont l’exploration de MM. Perraud et Béliard a complété la carte, dressée par les renseignements que j’avais, et par mon propre itinéraire.

Dans cette dernière route nous avions traversé deux marigots secs : c’étaient les premiers que nous apercevions depuis longtemps ; ils se dirigent vers l’Ouest.

23 mai 1866.

Birou a deux villages séparés, entourés chacun de palissades. L’un est le village des Talibés, tous originaires du Fouta ; l’autre le village des forgerons bambaras. Nous arrivâmes à Birou par une petite pluie fine au milieu de la nuit. Lorsque nous réveillâmes le gardien de la porte il me sembla tout d’abord qu’on nous faisait une triste réception. J’étais avec Quintin et deux seulement de mes hommes ; mais quand on sut qui nous étions, on nous conduisit chez un marabout, qui fit dégager une case pour y loger nos bagages. Nous parvînmes à allumer du feu pour nous sécher ; mais le plus difficile fut d’attacher nos chevaux et nos mules, qui mangeaient toutes les clôtures de la maison, au grand désespoir du maître. Enfin tout s’arrangea, sauf le temps qui continua à être légèrement pluvieux. Vers sept heures, ceux qui étaient restés en route commencèrent à arriver, et à sept heures et demie tout le monde était réuni. Nos ânes, trop fatigués, avaient passé la nuit avec leurs conducteurs à Youri.

Ali Abdoul commença à s’employer auprès des gens du village pour nous faire donner une hospitalité splendide ; mais d’abord le mil était rare, et nous n’en pûmes avoir ni pour les chevaux ni pour les mules ; ensuite Ali Abdoul, bien que Tall et fils d’Elimane Donaye, ne jouissait d’aucune influence et son meilleur argument ne valait pas grand’chose, car le pauvre garçon ne brillait pas par un esprit transcendant. Il était bien un type du Toucouleur, braillard, vantard et hableur, mais il lui manquait cette qualité qui chez quelques-uns est très-grande : la finesse.

Néanmoins le village se comporta bien à notre égard : on nous envoya six poules vivantes et du lait aigre ; le chef des Diawaras de l’endroit, qui vint me voir, me procura même un peu de beurre ; nous n’avions pu en avoir à Nioro à cause du manque de bestiaux, qui tous avaient succombé à l’épizootie ; puis nos hommes reçurent un nombre indéfini de calebasses de couscous et de niéri[248].

Quelque bienveillance qu’il y eût dans cet accueil, cette hospitalité n’avait rien qui pût me retenir, et comme on nous annonçait une longue route pour arriver au premier village habité du Guidi-Oumé, je me décidai à partir à deux heures après midi.

24 mai 1866.

Notre chemin se dirigea d’abord à l’Ouest, à travers un pays peu accidenté, mais assez aride, et nous ne nous arrêtâmes pas avant une heure du matin, heure à laquelle nous campâmes sur l’emplacement d’un village détruit nommé Ouagadou. Un baobab et quelques débris sont les seuls vestiges de ce village, qui était placé au bord d’un marigot, où l’on chercha vainement de l’eau. Quand je vis qu’on n’en trouvait pas, je sollicitai Ali Abdoul de continuer la route ; mais les ânes étaient loin derrière nous, et après en avoir causé nous campâmes. Au jour, laissant quelqu’un avec les mules, je partis avec Ali Abdoul, Quintin et le vieux schérif, qui s’attachait à mes pas et se montrait bon homme. Nous avions quatre bons chevaux, et nous voulions arriver le plus vite possible. Mais nous eûmes à descendre la montagne sur laquelle nous nous trouvions, qui appartenait au sol du Kaarta, pour entrer dans la vallée de Guidi-Oumé peu élevée au-dessus du sol du Sénégal. Nous descendions visiblement depuis Nioro, mais sans secousses brusques, sans différences palpables de niveau. Là, nous eûmes une descente dans un ravin qui équivaut à plus de cent mètres de différence de niveau. La terre était travaillée de tous côtés par les eaux, d’immenses blocs de roches étaient mis à nu par l’action des pluies, les uns polis, les autres en forme de scories ; les lits de torrents que nous traversions aujourd’hui à sec, avaient roulé d’immenses cailloux de plusieurs mètres cubes, quelques arbres vigoureux et verts avaient poussé dans les endroits où la terre végétale, arrachée du plateau supérieur, avait pu s’amasser ; ailleurs on voyait d’autres troncs décharnés, sans feuilles, suspendus par des racines qui allaient leur manquer au premier ravinage des pluies.

Cet endroit, bien que sauvage, avait un caractère de grande beauté, et il me frappa d’autant plus vivement que depuis trois ans je m’étais toujours trouvé en pays de plaine.

Nous arrivâmes bientôt sur l’emplacement d’une ruine : c’était Khoré, un village de la vallée du Guidi-Oumé.

Cette vallée étroite, qui est certainement le plus beau pays que j’aie vu dans la Sénégambie, est resserrée entre deux chaînes de montagnes, dont les méandres s’éloignent ou se rapprochent sans pouvoir s’écarter à une journée de marche l’un de l’autre ; un marigot ou plutôt un ruisseau d’écoulement des eaux de pluies, la parcourt, tantôt sec comme au moment où nous y passions, tantôt roulant des eaux torrentueuses ; de chaque côté de son cours, le sol, alimenté continuellement par les écoulements d’eau bourbeuse de la montagne, fournit des cultures magnifiques, donne deux récoltes par an et produirait tout ce qu’on lui demanderait en fruits ou légumes, si par routine on ne se bornait à la culture des céréales africaines : le maïs et le mil, et, accidentellement, le riz.

Après Khoré, nous arrivâmes à Khassa, également désert, et après avoir désaltéré nos chevaux dans des mares, où l’eau, par extraordinaire, n’était pas corrompue, mais était chaude, nous continuâmes à descendre la vallée, traversant et retraversant le lit sablonneux de son ruisseau, qu’on appelle, je crois, le Kirigou (Kriégo, de Mongo Park).

Après Khassa, nous parvînmes à un petit village habité, nommé Togno ou Tango. Il est, pour ainsi dire, perdu dans un repli du marigot, qui entre à cet endroit dans une baie que forme la montagne et en ressort bientôt pour redescendre la vallée. Les toits de paille, récemment reparés pour la saison d’hivernage, tranchaient sur le beau feuillage vert de nombreux arbres ; quelques colonnes de fumée animaient ce paysage, auquel les montagnes, sur deux ou trois plans, servaient de fond. C’était charmant à voir. De là, notre route descendit vers le Sud, à Fanga, éloigné d’à peine une demi-heure de chemin. C’était notre étape de la journée. On y fut d’abord peu aimable pour nous, mais Ali Abdoul palabra si bien, la lettre de Mustaf venant à l’appui de ses paroles, qu’on finit par nous pourvoir abondamment, et nous reçûmes quatre poules, un mouton et une chèvre très-maigre. Le tout fut bien vite mangé par nous et nos compagnons.

25 mai 1866.

Le lendemain, nous continuâmes, dès le jour, à descendre la vallée. Les villages y sont très-rapprochés, tous ont le même aspect, et en deux heures et demie nous en traversâmes quatre. A six heures nous avions quitté Fanga, et à huit heures et demie nous étions à Niogomera, après avoir passé à Tanganaya-Takhaba et Niakatéla. On me pressa de rester à Niogomera, où je devais, disait-on, recevoir une splendide hospitalité. D’abord on m’envoya cinq poules et du mil pour mes chevaux ; puis, vers deux heures et demie, comme j’allais partir, on apporta deux chèvres et du couscous. Je pris une chèvre et je donnai l’autre à un Talibé nommé Amadi Ali, qui m’avait servi de guide ; mais comme mes hommes avaient mangé à leur faim nous laissâmes le couscous, et nous allâmes camper à Makhana, à une lieue à l’O.-S.-O., pour faire cuire notre dîner.

A mesure que nous approchions, nous nous permettions le luxe de deux repas par jour. C’était le cas de dire que l’appétit nous venait en mangeant.

Pendant les quelques heures que je passai à Makhana, je reçus une belle chèvre, deux calebasses de mil et du couscous. C’était donné d’une façon aimable et empressée, qui contrastait avec les cadeaux un peu forcés que nous avions reçus jusqu’alors depuis Nioro. Néanmoins, à neuf heures et demie du soir, il me fallut me mettre en route. Nous avions un long chemin à parcourir pour aller à Mounia ; nous allions quitter le Guidi- Oumé pour le Diafounou. Il y avait des marigots à traverser, et on m’avait dit qu’il y avait un peu d’eau dedans ; j’étais pressé de les passer avant qu’ils ne grossissent.

La route traverse une forêt, le pays est peu accidenté, on a laissé derrière soi les montagnes du Guidi-Oumé, et en quittant Makhana la vallée prend un développement immense.

Nous laissions sur notre droite le marigot de Kirigou.

Nous fîmes une première traite de sept lieues sans halte. Comme la nuit était très-noire, que les guides demandaient à s’arrêter, nous campâmes pour attendre le jour. Je fis décharger les mules, on plaça les cantines au pied d’un arbre, on entrava les chevaux sans les desseller, de manière à les laisser manger, et, enveloppé dans les lambeaux de mes vieux paletots, je m’étendis sur ma tente. Je dormais d’un profond sommeil, lorsque, vers quatre heures, les éclats du tonnerre me réveillèrent en sursaut. Une tornade arrivait sur nous avec une rapidité prodigieuse. Le temps de ramasser ma toile de tente, et la pluie tombait déjà en larges gouttes, un vent violent soulevait une poussière intense à travers laquelle on n’apercevait rien ; les éclairs déchiraient par moments le ciel en éclairant la scène d’une lueur passagère qui rendait plus profonde encore l’obscurité qui les suivait.

Nos chevaux avaient tourné la queue au vent, ils ne bougeaient pas, et comme la pluie inondait déjà le sol plat et bas, nous montâmes sur nos cantines, pêchant dans la mare qui nous environnait les sacs, peaux de bouc et autres objets qui y nageaient.

26 mai 1866.

Nos compagnons, qui n’avaient eu qu’une préoccupation, celle de se garantir de la pluie, avaient laissé leurs bagages où ils étaient.

Aussi, dès que le jour se fit, quel spectacle ! Nos cantines entourées d’un demi-pied d’eau, mon sac de cuir, dans lequel étaient mes carnets de notes, enfoncé dans la vase et fort heureusement seul perdu, sauf que le contenu eût souffert. Rien de sec, ni sur nous ni dans les cantines, qui, disjointes, avaient absorbé l’eau de telle façon qu’en les soulevant on l’en faisait sortir. Nos compagnons étaient encore plus mal que nous, et par-dessus le marché une pluie fine avait remplacé la pluie d’orage et un vent glacial venait ajouter au malaise général.

Nous rechargeâmes les bagages et essayâmes de reprendre notre route. Le terrain était glissant, détrempé. Nos chevaux tombaient et je fis trois ou quatre chutes dans la vase ; puis nous arrivâmes au marigot. Il avait subitement grossi ; on y avait de l’eau, à pied, jusqu’aux épaules. Les berges étaient roides à descendre et à remonter. Ma foi, nous prîmes un bain, mais nous passâmes avec nos chevaux, et c’est miracle qu’après cela, par le froid qu’il faisait, la fièvre ne soit pas venue nous rendre visite. Quand j’eus traversé, je me pris à penser que, si les mules chargées descendaient dans ce marigot transformé en torrent boueux, non-seulement elles n’en sortiraient pas, mais que mes cantines seraient inondées, mes notes, cartes et plans perdus. Je me décidai donc, tout ruisselant d’eau et de boue, à attendre les mules pendant une demi-heure. Alors Seïdou, grand et vigoureux homme, se mit à transporter les cantines sur sa tête. Il se chargeait, s’accroupissait sur la berge et se laissait glisser sur la pente jusque dans le lit du marigot, où il fallait alors reprendre subitement la position verticale pour garder son équilibre et ne pas se noyer.

Les trois premières fois il réussit d’une façon admirable, mais à la quatrième, où justement il portait la cantine la plus précieuse pour moi, celle qui contenait mes cartes, il trébucha, et, sans sa présence d’esprit, c’en était fait de mon bagage. Il se rejeta sur la berge où la cantine s’enfonça dans la vase, et Samba Yoro put la saisir par la corde au moment où Seïdou glissait totalement dans l’eau. Il en fut quitte pour la peur, et à huit heures et demie nous étions au village de Mounia, où, après bien des efforts, je parvins à faire allumer un grand feu et à sécher successivement tout notre bagage ; livres, effets, instruments, tout était trempé, et le soir nous étions encore humides. Nous reçûmes là une bonne hospitalité ; les Pouhls du village de Mangassi ou Bangassi, situé près de là, vinrent nous apporter une belle chèvre et du mil, et d’autres côtés les différents chefs m’envoyèrent trois chèvres ; aussi fûmes-nous dans l’abondance.

27 mai 1866.

Le lendemain j’étais décidé à me rendre à Koniakary ; aussi je partis de bonne heure, et, devançant les mules avec Ali Abdoul pour guide, nous commençâmes à trotter de toute la vitesse de nos chevaux un peu fourbus. A mesure que nous approchions, l’impatience d’atteindre le but nous prenait et nous eussions voulu pouvoir voler avec nos chevaux. Malheureusement les pauvres bêtes étaient à bout de forces, et, quoi que nous fissions, elles allaient fort lentement. Nous passâmes deux ou trois marigots. Ils se déversaient sur la droite de notre route, qui se dirigeait vers le Sud. Nous laissions sur notre gauche une montagne. Il paraît qu’au lieu de prendre la vraie route nous inclinâmes trop au Sud. Toujours est-il que nous nous enfonçâmes dans une gorge de montagnes et que nous arrivâmes très-près du village de Makhana. Un peu avant d’y parvenir, nous eûmes la bonne fortune de rencontrer deux Khassonkés, qui nous remirent dans une route de traverse, nous ramenant directement à l’Ouest. Nous éperonnâmes nos chevaux, ils firent un effort et nous partîmes au galop, car la traite était longue. Nous traversâmes alors trois villages habités, où nous ne nous arrêtâmes que pour boire, et nous vînmes passer au Sud de la montagne de Tapa, d’où nous aperçûmes Koniakary. Il était deux heures de l’après-midi. Cet immense village, chef-lieu du Diombokho, est défendu par un tata fortifié, ou maison d’El Hadj, confiée à la garde de San Mody, l’un de ses captifs.

Notre première visite fut pour Tierno Moussa, chef des Talibés et véritable chef de Koniakary. Il savait déjà, par Ibrahim Mabo, qui, revenu avec nous, nous avait devancés, les quelques bontés que j’avais eues pour son fils à Ségou, et son accueil fut aussi cordial qu’il est possible. Celui de San Mody fut moins avenant ; il ne voulut pas me recevoir, et me fit conduire à une case assez sale qui me déplut. Aussi, lorsqu’il vint m’y visiter, je le reçus très-mal et le contraignis, pour ainsi dire, à me faire des excuses. J’en pris prétexte pour annoncer que je partirais le lendemain matin, et toutes ses tentatives pour me retenir échouèrent.

Je comptais à Koniakary quelques amis : Tierno Moussa, son Mabo Ibrahim, et Amady Boubakar qui arrivait avec nous. Ils me traitèrent de leur mieux. Ce fut Amady Boubakar qui, le premier, m’envoya un magnifique mouton gras ; peu après, j’en reçus un autre de San Mody. Ils furent tous deux immolés à nos grands et nombreux appétits. Plus tard, Tierno Moussa m’en donna un troisième qui dépassait en beauté les deux premiers, et je me décidai à l’emmener à Médine, où certainement jamais plus bel échantillon de la race ovine, dite mouton de Galam, n’était entré.

Je reçus aussi de différents côtés des gourous, du couscous ; enfin, je me trouvai abondamment pourvu.

Pour faire ma paix avec San Mody, j’allai le saluer, et cette fois je fus reçu. Je lui demandai de me prêter des chevaux pour aller à Médine ; mais il allégua pour refuser l’obligation de se rendre à Nioro, où il était appelé près de Mahmadou Abi.

Il me fallut donc imposer à ma pauvre monture une dernière journée de près de dix-huit lieues.

Avant de quitter Koniakary, il n’est pas sans intérêt de jeter un coup d’œil sur la situation politique de ce pays.

Différents Talibés se partagent l’influence dans le Diombokho et même dans Koniakary, ce qui fait que ce village ressemble beaucoup par son organisation aux villages du Fouta. Tierno Moussa et San Mody ne s’entendent pas d’ailleurs ; et comme San Mody n’est pas assez riche pour se faire des partisans au moyen de cadeaux, il n’a vraiment d’influence que sur les esclaves d’El Hadj et les Bambaras du pays.

En dehors de cette population, mélangée déjà de toutes les races musulmanes de la Sénégambie, c’est-à-dire Yoloffs, Peuhls, Toucouleurs, Soninkés, il y a les Khassonkés, qui composent peut-être la plus grande partie de la population des villages du pays. Ils y apportent, sous le commandement nominatif de Khartoum Sambala, frère du roi de Médine, une indépendance assez semblable à celle dont jouissent leurs frères de l’autre côté du fleuve ; plus grande même, car Sambala de Médine ne souffre pas qu’on lui désobéisse.

Du reste, mécontents de leur gouvernement actuel et des impôts qui pèsent sur eux, ils aspirent à l’indépendance et seraient tout prêts à se révolter pour piller les Talibés.

Enfin, Koniakary est harcelé par les Maures Askeurs et Oulad El Rhrouizi, qui, en représailles des pillages que s’est permis sur eux Tierno Moussa, viennent de temps à autre fermer la route de Médine à Koniakary.

On le voit, Koniakary n’est pas une position aussi formidable qu’elle a pu le sembler à quelques voyageurs moins au courant de la politique locale que je ne le suis, et je reste convaincu que si jamais nous avions à diriger contre cette place une expédition nous aurions bien vite révolutionné ce pays.

28 mai 1866.

Lorsque j’eus annoncé mon départ, tout le monde me conseilla de marcher de compagnie avec tout mon monde, afin de ne pas risquer un pillage des Maures. Mais mon impatience ne me le permettait pas ; à six heures, le 28 mai, je quittai Koniakary et me dirigeai sur Médina, village de Khartoum Sambala, situé dans le Khasso (rive droite), auquel j’avais à donner des nouvelles de sa fille, première femme de Samba N’diaye, à Ségou. Il me reçut avec affabilité et me fit servir un déjeuner de couscous et de lait frais, que je pris avec d’autant plus de plaisir, que partout sur ma route j’avais vainement demandé du lait de vache ; la réponse était partout la même : les vaches sont mortes.

Après une heure d’arrêt je quittai ce village, et Ibrahim Mabo, qui nous avait accompagnés, nous laissa pour rentrer à Koniakary.

Nous commençâmes alors une lutte avec nos chevaux ; les éperons ne cessaient pas de déchirer les flancs de ces pauvres bêtes auxquelles de temps en temps nous réussissions à faire prendre le galop. Vers dix heures et demie nous fûmes à Kana-Makounou, où le marigot était presque sec. Il y avait de l’eau dans des mares ; nous fîmes rafraîchir nos montures et reprîmes notre course.

Bientôt j’aperçus des montagnes devant nous, et sur la gauche je reconnus la curieuse montagne de Dinguira qu’on voit de Médine. Le docteur, à qui je le disais, ne pouvait croire à cette nouvelle, et Ali Abdoul, qui n’était jamais venu sur cette route, ne pouvait le renseigner ; néanmoins nous pressions d’autant plus nos montures, et tout à coup je m’écriai : Voilà le poste ! Le docteur parvint à faire prendre le galop à sa jument ; mais mes coups d’éperons furent vains aussi bien que ceux d’Abdoul : les pauvres bêtes étaient fourbues. Nous arrivâmes au petit trot sur la berge située en face du poste, où nous rejoignîmes Seïdou, qui, parti la veille au soir de Koniakary pour nous devancer, avait dormi trop longtemps en route et arrivait en même temps que nous.

Dire nos impressions au moment où, haletants, nous nous penchions sur l’eau claire du Sénégal pour y boire, dire de quels battements notre cœur était agité dans nos poitrines, c’est chose impossible ; ce pavillon tricolore surmontant les blanches murailles du poste nous disait que nous étions en France, que désormais nous n’avions plus rien à craindre des hommes ; que bientôt nous serions dans les bras de nos compatriotes, dans ceux de nos amis.

Oh ! c’est là un de ces moments terribles dont on peut mourir aussi facilement que d’une balle ennemie, car la joie tue aussi bien que la douleur, mais il était dit que cette fois encore nous ne mourrions pas. Nos coups de fusil et nos cris eurent bientôt donné l’éveil. Le canot d’un traitant, du nommé Clédor, un des héros de la défense de Médine, en 1857, se détacha, et quand nous arrivâmes sur la berge française, nous fûmes reçus dans les bras de Béliard, le commandant du poste, qui ne nous connaissait cependant ni l’un ni l’autre et qui, réveillé en sursaut par la nouvelle de notre arrivée, osait à peine y croire.

Que cette accolade fraternelle me fit de bien !

Il serait superflu de dire quelle fut notre réception. A Médine, à Bakel, partout sur notre route, nous marchâmes d’ovations en ovations jusqu’à Saint-Louis. La nouvelle de notre arrivée nous avait précédés de quelques jours, et sur les murs de la ville, de tous côtés, nous trouvâmes affiché l’avis suivant :

Saint-Louis, le 15 juin 1866.

MM. Mage et Quintin sont arrivés à Médine le 28 mai, de retour de leur voyage dans l’intérieur de l’Afrique.

Le Gouverneur s’empresse d’annoncer cette heureuse nouvelle à la colonie, persuadé qu’elle l’accueillera avec les sentiments qu’inspirent à tout homme de cœur le courage, la persévérance et le dévouement déployés dans les entreprises grandes, périlleuses et qui intéressent au plus haut degré l’humanité.

Signé : Le colonel du génie, gouverneur,

PINET LAPRADE.

Notre voyage de Bakel à Saint-Louis s’était fait dans un chaland, que nous avions dû armer en guerre à cause de la situation politique du Fouta, travaillé par les marabouts ; il s’était opéré lentement, mais sans accidents.

31 mai 1866.

Arrivé le 28 mai à Médine, j’avais quitté ce poste le 31, dans un canot qui nous portait à peine, pendant que mules et chevaux allaient par terre à Bakel. Cette partie du voyage fut très-pénible, mais j’y eus cependant un moment agréable : ce fut celui que je passai à Makhana : ce village que j’avais fait reconstruire en 1859 et dans lequel je fus reçu avec une véritable effusion. Un mot suffira pour montrer ce que je pouvais obtenir dans l’endroit.

Sur le désir que j’en exprimai, Sulman Kama, le chef de ce village, qui avait eu tous les siens tués par El Hadj, envoya son propre fils au- devant de l’envoyé d’El Hadj pour le recevoir.

Par contre, j’avais eu à regretter une scène qui s’était passée au village de Khay, où nous étions allés par terre pour embarquer dans notre canot, les eaux étant trop basses pour permettre de passer les rapides avec l’embarcation chargée.

Diogou Sambala, le chef de Khay, cousin de Sambala de Médine, était un peu ivre, et quand, accompagnés de Béliard et de Ali Abdoul, nous allâmes le saluer, il se leva et se mit à parler violemment à Ali en lui disant qu’El Hadj était mort et que lui et tous les Talibés qui disaient le contraire avaient menti. Ali s’emporta et le traita de menteur, et il me fallut intervenir avec Béliard ; nous réussîmes enfin à calmer cette scène, qui fût devenue grave sans notre présence, puisqu’un griot de Diogou Sambala ne craignit pas de dire à Ali : « Si les blancs n’étaient pas là, je te couperais la tête. » Du reste à peine fûmes-nous sortis du village que le fils de Diogou vint nous faire ses excuses, alléguant l’état d’ivresse de son père. Sambala de Médine, au contraire, s’était comporté très-convenablement, et bien que je lui gardasse rancune des embarras qu’il m’avait causés à mon départ, je lui dois rendre cette justice.

5 juin 1866.

Je quittai Bakel le 5 juin, et le 8, à une heure du matin, malgré une brise très-forte et contraire, j’arrivai à Matam où je réveillai le commandant du poste, M. Richard, chirurgien de la marine, qui nous fit, à cette heure indue, le meilleur accueil. Mais, malgré cela, le même jour à midi nous reprenions notre route, et le 10 à onze heures du soir nous entrions dans le poste de Saldé, où la fatigue de notre équipage nous força de passer la journée du 11 tout entière. Cette journée fut marquée par un événement pénible. M. d’Erneville, lieutenant d’infanterie de marine, qui commandait le poste, avait avec lui une négresse, ancienne esclave de sa famille qui l’avait tenu sur ses bras quand il était enfant. Elle souffrait de la gorge, et n’ayant pas de chirurgien au poste, il pria Quintin de la voir. Nous devions y aller après le dîner, ne soupçonnant pas la gravité du mal, quand tout à coup on vint nous dire qu’elle étouffait. Nous y courûmes, elle était morte ! La maladie avait marché avec une rapidité effrayante, et quelques heures avaient suffi pour la mettre dans l’impossibilité de respirer.

15 juin 1866.

Enfin le 15, à cinq heures du matin, j’arrivais à Podor, et à peine étais-je chez le commandant, M. Jauréguiberry, que je fus doublement charmé par une sérénade que vint nous donner le détachement de musiciens de l’infanterie, alors en garnison à Podor, et, plus encore, par la vue d’une Européenne, aussi gracieuse qu’aimable, Mlle Jauréguiberry, qui n’avait pas craint de venir tenir compagnie à son père dans ce triste séjour.

18 juin 1866.

Le même jour, deux bateaux à vapeur étaient à Podor ; je trouvais des collègues qui me témoignaient le plus aimable empressement et dont le charmant accueil me restera toujours dans la mémoire. L’un de ces bâtiments, la Couleuvrine, que j’avais commandé, descendait à Saint- Louis ; j’y pris passage avec tout mon monde, et le 18 j’étais dans cette ville ; j’arrivai chez le gouverneur, dans mes vêtements de voyage, taillés de mes mains, cousus par mes laptots et que je ne pouvais encore me décider à quitter.

Le même soir la colonie s’associait, sous la présidence de son gouverneur, pour nous offrir une fête au Cercle. Je ne crains pas de dire qu’on en garde encore le souvenir à Saint-Louis comme je le garde dans mon cœur.

J’avais appris à Médine que depuis dix-huit mois j’étais officier de la Légion d’honneur ; quelque plaisir que j’en eusse éprouvé, celui que me causa cette soirée fut plus grand encore.

Une dernière joie m’était réservée. Le courrier du 28 juin m’emportait vers la France, et si le succès de mon entreprise m’a souvent valu des témoignages d’estime et des satisfactions d’amour-propre, aucune de ces émotions ne vaut celle de revoir une famille tendrement aimée qui, sans nouvelle de moi pendant deux années, avait vécu de tristesses sans fin, d’inquiétudes sans bornes, n’espérant souvent plus me revoir et à laquelle mon retour seul pouvait rendre le calme et le bonheur.

Enfin la SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE avait à juger mes travaux qu’elle avait suivis d’un œil bienveillant : elle a daigné leur donner sa sanction dans sa séance du 12 avril 1867, et m’a décerné une médaille d’or pour mes découvertes géographiques en Afrique.

[Note 247 : Ces indications sont les distances que je crois devoir être portées en lignes droites d’après un procédé d’estime qui m’est habituel et que j’emploie quand il m’est impossible de noter le chemin minute par minute comme dans ma route d’aller.]

[Note 248 : Sorte de bouillie faite avec le résidu du mil, qu’on ne peut broyer en farine dans les mortiers.]

CONCLUSION.

En 1863, lorsque je partais pour ce voyage, il y avait plusieurs années que tout commerce régulier était interrompu entre le Diombokho, le Kaarta et nos établissements de Médine et Bakel.

Aujourd’hui ce débouché à notre commerce est ouvert.

Lorsque je partais, on ignorait la position d’El Hadj, de ses fils, leurs forces, leurs ressources, l’histoire même de la conquête du Ségou et du Macina, si intéressante pour guider la politique coloniale dans les relations que tôt ou tard elle doit établir avec ces pays riverains du Niger.

Aujourd’hui nous savons qu’El Hadj est mort, que son fils Ahmadou pourra résister longtemps encore à la révolte du pays contre lequel il lutte, mais que s’il maintient sa position, ses forces diminuent, que ses Talibés se lassent et que ses recrutements sont de plus en plus difficiles ; que par conséquent il n’est pas probable qu’il parvienne jamais à établir une autorité régulière dans son vaste territoire.

Aussi, quoiqu’Ahmadou ait montré beaucoup de bonne volonté à l’égard de l’établissement de relations commerciales avec nos comptoirs, quoiqu’il ait envoyé un de ses Talibés saluer le gouverneur, je pense qu’on ne saurait en ce moment attendre de ces pays éloignés d’autre commerce que celui de l’or du Bouré, qui remonte à Nioro par la voie de Kita, et de là vient à nos comptoirs, et de temps à autre, l’arrivée d’une caravane apportant directement de Ségou un peu d’or.

Le résultat le plus efficace de mon voyage sera certainement de permettre aux nombreux Diulas qui peuplent le Diafounou, le Guidimakha, le Diombokho, le Kaniarémé et en général tout le Kaarta, de venir s’approvisionner de marchandises dans nos comptoirs, d’aller, à la faveur de périodes de calme, les vendre à Ségou et d’en rapporter de l’or et des esclaves. Ces derniers, non dépaysés, se marieront, prospéreront dans ces provinces, y augmenteront la production, c’est-à- dire les richesses, et par conséquent le commerce.

Quant à nos résultats géographiques, ils sont consignés dans la carte annexée à cette relation, et un seul coup d’œil sur cette carte mise en regard de celles qui existaient avant mon voyage, suffira pour les faire apprécier.

Si la France veut intervenir d’une manière efficace dans la politique du Soudan, il n’y a, suivant moi, qu’un moyen sérieux, c’est de remonter le Niger avec des bâtiments, soit qu’on parvienne à leur faire franchir le rapide de Boussa, soit qu’on les construise au-dessus de ce barrage.

Ma conviction est que l’opération est possible.

Une fois rendu dans le haut Niger, avec la force matérielle de chaloupes à vapeur armées de canons, il sera facile de s’y emparer promptement d’une influence considérable et d’amener la pacification générale du pays en dictant des conditions au parti que l’on soutiendra.

Une telle expédition ne serait pas très-coûteuse : elle ne demanderait qu’une bonne organisation et 2 ou 300000 francs d’argent pour faire des cadeaux, et si elle réussissait on pourrait assurer que la civilisation aurait fait un grand pas en Afrique ; car, comme l’a dit le docteur Barth avant moi :

« Je pense que le seul moyen d’implanter la civilisation en Afrique serait l’établissement de centres coloniaux sur les principaux fleuves, afin que de ces points il se produisît un rayonnement salutaire et un courant civilisateur qui ne tarderait pas à les joindre l’un à l’autre. »

Je n’ajouterai qu’un seul mot.

La plupart des maux de l’Afrique viennent de l’islamisme. Ni dans nos colonies actuelles, ni dans celles qu’on fondera plus tard, même quand il se présente sous les dehors les plus séduisants, comme cela arrive quelquefois au Sénégal, jamais, dans aucune circonstance, on ne doit l’encourager.

Le combattre ouvertement serait peut-être un mal, l’encourager en est un plus grand. — A mes yeux, c’est un crime par complicité.

FIN DE LA RELATION.

APPENDICE

FAMILLE D’EL HADJ OMAR (HOMMES).

Seïdou-Tall, marabout d’Aloar. | +--------------------+--------------------------------+ | | 1re femme, née à Aloar. 2e femme. | | (1)-----+----------------+----------------------+ Alioun | | mort à Samé Tierno Boubakar, à Nioro. El Hadj Omar en allant | né en 1797. à la Mecque +-------------+-------+--------+ | | | | | Seïdou-Abi Ibrahim-Abi Mahmadou-Abi | au Macina. au Macina. à Ségou-Sikoro | et autres enfants | à Nioro. | | +------------------------------------+-----+-----------------(2) | | Femme de Haoussa Femme du Bornou (3 enfants). | | | +--------------------+-----------------+ | | | | =I= (a) =II= =V= =VI= Ahmadou, Ahmadou-Mackiou, Mahmady-Seïdou, Aguibou, roi de Ségou, à Hamdallahi, à Dinguiray. à Ségou-Sikoro, né en 1833, a lui-même né vers d’une femme 3 enfts 1843 ou 44. de Haoussa. 1 à Dinguiray. | 1 à Ségou. | 1 à Hamdallahi Mohammed, né le 31 janv. 1865, jour de la prise de Toghou.

+-------------------------------------+------------(1) | | Elimane Guédo, aujourd’hui à Alpha Ahmadou, à Nioro. Dinguiray. | | | +----------+-+----------+ +------------+----------+ | | | | | | Amat Tamsir Seïdou Plusieurs Tidiani Hiaïa Autres à Hamdallahi à Dinguiray autres à à jeunes a 4 enfants a plusieurs enfts Hamdallahi. Ségou-Sikoro enfants au Macina. enfants. d’El. né vers à Guédo 1853. Nioro. sont encore à Dinguiray.

(2)--+-----------------+------------------+------------------+ | | | | Sa mère, Mère X.... Mère X.... Mère X.... princesse de | | | Haoussa, | | | nommée =IV= =VII= Mountaga Aïssata, Adi Maï à Hamdallahi. n’a pas à Hamdallahi. à Hamdallahi. suivi El Hadj | | =III= Abibou, chef à Dinguiray, a plusieurs enfants.

En dehors de ces enfants cités d’El Hadj, il en avait une quarantaine en bas âge à Macina. — 3 jeunes à Nioro d’une fille de Khartoum-Sambala. Ce sont : Mahmady-Diakha, Mahmady-Nagui, Mahmady-X....

En outre, Aguibou m’a donné la liste de 15 autres frères à lui, habitant à Dinguiray. Ce sont : 1 Moctar, 2 Bassirou, 3 Day, 4 Nourou, 5 Saïdou, 6 Mourtada, 7 Nasirou, 8 Mounirou, 9 Ahmidou, 10 Mahmodou, 11 Aïdou, 12 Waïdou, 13 Mou-Bassirou, 14 Nasirou, 15 Siradiou. En dehors de ces parents, il y a les fils des cousins germains d’El Hadj, ceux de ses sœurs qui sont en assez grand nombre.

(a) Ces numéros classent par rang d’âge.

NOTE SUR LES ROIS DU KAARTA.

C’est au règne de Bitton ou Tiguitton à Ségou que commence l’histoire des Massassis du Kaarta, à l’époque où Bitton les chasse de Sountian (près Mourdia).

Sey Bamana était l’aîné des fils vivants de Massa par suite de la mort de Massa Sey-Colo, mort sans enfants, et de Douafouloucoro tué à Sountian. Suivi de sa famille, de ses serviteurs et esclaves, il s’enfuit au Diombokho, au village de Niamiga (près Kanamakhounou), et s’y installa. S’appuya-t-il, comme l’a dit Raffenel, sur les Diawaras pour venir à bout des Bambaras du Kaarta ou au contraire fut-il accepté par ceux-ci, comme étant de la même race ? Toujours est-il qu’il gouverna quelques années.

Raffenel le fait gouverneur de 1754 à 1758.

Suivant nos informations, son règne serait antérieur à cette date. Car il résulte des dates que nous avons établies que Bitton ou Tiguitton régna environ de 1700 à 1743, puisque après la mort de Dékoro, son fils, Tomassa prend le pouvoir vers 1744. Ce serait donc à coup sûr avant 1744 qu’il faudrait placer l’avénement de Sey Bamana, si tant est qu’on puisse dire qu’il y eut avénement.

Sey Bamana comme ses successeurs était bien en effet chef de la famille des Massassis et comme tel obtenait bien une certaine déférence de ses parents et certains tributs de la population. Mais jamais son pouvoir n’eût pu aller jusqu’à obtenir de ses cousins ou neveux une obéissance passive telle que la comporte l’expression de roi. Suivant moi, les rois bambaras du Kaarta n’étaient pas plus rois que ne l’est l’Almami du Fouta ou le Tunka du Guoy ou du Kaméra.

Après Sey Bamana, sur la durée du gouvernement duquel nous n’avons pu avoir de données précises, c’est Dénimba Bo, son frère cadet, qui le remplace et non Bonodain, son fils, comme on l’a dit à Raffenel. Du reste d’après les usages des Bambaras et des Peuhls les fils de Sey Bamana ne pouvaient prendre la place de leur père qu’après la mort de ses frères cadets.

Dénimba Bo habitait dans le Bélédougou à Tonéguéla ; il y réunit une armée de gens de bonne volonté et vint camper à Kemmou (Guémou) (Kemma de Park), il y construisit le premier village de ce nom et n’ayant encore que soixante cavaliers il commença la guerre avec le Kaarta. Il fut bientôt maître du pays, et n’eut plus qu’un obstacle en la personne de Demba Ségo, chef de Koniakary.

Ce chef voyant Dénimba Bo venir l’attaquer appela à lui ses alliés et reçut des renforts du Kaarta, du Khasso et même du Fouta, si bien que l’armée de Dénimba Bo eut peur et que le monarque ayant voulu persévérer dans son entreprise fut abandonné de tous à l’exception de son griot. Il ne voulut cependant pas reculer, et se confiant dans les prédictions qu’on lui avait faites, il monta sur la montagne de Tapa (montagne circulaire près Koniakary) et là renvoya son griot en lui confiant son cheval et ses harnachements pour qu’il les portât à son père.

Des hommes qui allaient couper du bois aperçurent le monarque abandonné, qui loin de se sauver les regardait aussi. Il était tellement beau, dit- on, qu’ils crurent voir un personnage surnaturel et se sauvèrent à Koniakary. Sur leur description on reconnut l’infortuné prince et on envoya s’en saisir. Sa mort fut un affreux supplice qu’il supporta vaillamment sans donner signe de souffrance. Il fumait sa pipe, nous dit notre informateur. Après lui vient Sira Bo, son frère, cinquième fils de Massa ; on lui attribue la prise de Koniakary, dont il s’empara, dit-on, grâce aux discordes intestines du Diombokho. Si cela est vrai il faut croire que sur la fin de son règne ou sous son successeur, Demba Ségo rentra en possession de cette ville, car en 1795 Mongo Park nous y signale un prince de ce nom tandis que Daisé Coro, le successeur de Sira Bo, règne au Kaarta.

Après Sira Bo, son frère Daisé Coro prend le gouvernement vers 1790 ; on prétend qu’il était plus âgé que Sira Bo et qu’il aurait dû commander avant lui, mais qu’il s’était désisté en sa faveur par reconnaissance pour la mère de Sira Bo à laquelle il devait la vie.

Lorsque leur famille avait été mise en fuite et qu’on les recherchait pour les massacrer, la mère de Sira Bo qui en se sauvant portait alors son fils sur le dos, trouva Daisé, le prit avec elle et afin de ne pas exciter les soupçons elle lui passa une corde au cou comme à un esclave et parvint ainsi à le sauver. La bonté de Daisé Coro nous a été signalée par Mungo Park. Malgré cela ce trait d’abnégation ne peut néanmoins que nous étonner beaucoup, car il est aussi rare chez les noirs qu’il pourrait l’être chez des peuples plus civilisés.

Ce fut Daisé qui appelé à Ségou par les frères de Mansong alla s’emparer de Yamina. Il paya cher cette incursion et à l’appui du récit de Mongo Park nos informations nous apprennent que ne se sentant pas assez fort pour résister à l’armée de Mansong, il se sauva au Guidi-Oumé où ce roi le rejoignit. Il y eut un combat d’une journée après lequel on campa et Daisé ayant renvoyé toutes les femmes en arrière à Maka-Yakaré vit son armée déserter. Il se sauva lui-même dans la nuit et l’armée de Ségou retourna sur ses pas ravageant tout le pays et brûlant tous les villages, entre autres l’immense village de Dédougou (?).

Daisé Coro, battu, alla se replacer à Diokha où il continua à régner.

Moussa Koura Bo, son frère, lui succéda vers 1800 (à partir de ce moment j’admets les dates de Raffenel).

Lors de la fuite de Ségou ce prince fut pris comme esclave, et son maître, craignant de s’en voir dépossédé, lui avait, pour l’empêcher d’être reconnu, marqué la figure par des coupures comme on en faisait alors aux esclaves au lieu des coupures ordinaires que se font les Bambaras Courbaris (trois coupures parallèles allant de la tempe au menton ; les Massassis n’en faisaient que deux). Devenu grand, ce jeune prince s’échappa de chez ses maîtres et vint se faire reconnaître ; ce qui ne put être fait que grâce au témoignage d’un vieux marabout.

Ce fut Moussa Koura Bo qui une fois au pouvoir acheva de ruiner le Khasso (rive droite). Il eut aussi à soutenir une lutte contre le Ségou, dont il repoussa l’armée. A sa mort ce furent les enfants du dernier fils de Massa nommé Bakary qui revendiquèrent le trône. Ils y avaient droit, leur père étant mort et étant les aînés de la famille.

1808. Ce fut Tiguinkoro qui le premier des petits-fils de Massa régna. Il eut des succès, notamment dans le Bambouk qu’il ravagea en s’avançant jusqu’au Dentilia.

1811. Sakhaba, son frère, le remplaça. Il poussa ses expéditions jusqu’au Manding à travers le Bélédougou et le Birgo.

1815. Après lui c’est Mori Bo, nommé aussi Bodia, qui prend le pouvoir. Il est fils de Dénimba Bo.

Il fonda Elimané où il habita. Il combattit le Fouta et le Haut-Sénégal, il prit Lanel et en emmena toute la population en esclavage.

Mori Bo essaya aussi ses forces contre le Bondou ; il attaqua vers la fin de son règne Boulébané qui appartenait à l’Almami Saada, père de l’Almami actuel. Mais il ne put s’en emparer. Après lui, on passe à la génération suivante. C’est Gran qui monte sur le trône (1832) ; il est arrière-petit-fils de Massa, et petit-fils de Daisé Coro par Diamadoua, son père, mort sans régner.

Ce fut ce prince qui prit Tuabo et en emmena toute la population en esclavage. J’ai connu divers témoins de son règne et entre autres Samba Naé, Bakiri pris enfant par lui à Tuabo et que j’ai retrouvé à Ségou ; il n’avait été libéré que grâce à Samba N’diaye qui, lorsqu’El Hadj fut maître du Kaarta, le réclama comme son parent.

Gran habitait Elimané et de là dirigeait ses expéditions.

Deux fois il s’avança jusqu’à Tamba, mais fut toujours repoussé ; son frère Mahmady Kandia le remplaça en 1843 et régna jusqu’au moment où El Hadj s’empara du Kaarta. C’est lui qui fonda Nioro où il mourut tranquillement après s’être rendu au prophète.

Depuis cette époque, El Hadj régna de nom, mais le Kaarta est gouverné par Mustaf ou Mustapha, esclave d’El Hadj qui habite Nioro. Les Massassis dispersés et sans force ont essayé en 1845 pendant mon séjour à Ségou de soulever le pays, mais ils ont échoué et leur coalition a été dispersée par l’armée de Nioro.

GÉNÉALOGIE DES ROIS MASSASSIS DU KAARTA

1er génération. MASSA-COURBARI, père de tous les Massassis | +---------------+---------------+--------------+----+------+--(1) | | | | | Massa Seycolo Dona Fouloucoro Séy-Bamana Denimba-Bo Sira-Bo mort sans tué à Sountian. 1er roi 2e roi. 3e roi. postérité. du Kaarta. | | 2e génération. Moriba 8e roi.

3e génération.

(1)---------+--------------------+-------------------------+ | | | Daisé-Coro Moussa-Coura-Bo Massa Bakary 4e roi. 5e roi. mort sans régner. | | | +-----------+------+ | | | [2e Diamadoua Tiguinkoro Sakhaba gén] mort sans régner. 6e roi. 7e roi. | +----+--------------+ | | [3e Gran Mahmady-Kandia gén] 9e roi. 10e roi.

Nota. — La plupart des renseignements qui précèdent m’ont été fournis par un jeune Massassi, nommé Tiguinkoro, qui se trouvait à Ségou, où il nous témoignait une amitié sérieuse.

* * * * *

NOTE SUR L’ORIGINE DES BAKIRIS SONINKÉS DU HAUT-SÉNÉGAL.

Le véritable nom des Bakiris est Sempré, qui veut dire talon coupé ou fendu. Ce surnom leur fut sans doute donné dans l’origine, parce qu’étant très-guerriers et faisant de nombreuses expéditions, ils avaient au talon cette espèce de peau rugueuse et crevassée qui pousse aux pieds des gens qui marchent sans chaussure.

Toujours est-il que sous ce nom de Sempré qu’on retrouve dans différentes parties de l’Afrique, et entre autres à Sokolo (Macina), où il y en a toute une famille, sous ce nom, dis-je, les Bakiris régnèrent longtemps sur tout le bassin du Haut Niger. Ils étaient Soninkés et de la grande famille des Cissey qui aujourd’hui commande à Sansandig. Leur gouvernement avait pour centre le Ouagadou, partie du Bakhounou, d’où ils rayonnaient en maîtres jusqu’au Niger. Le Ségou était alors sous le gouvernement des Koïta. Ils n’allaient pas d’ailleurs loin de Tombouctou et en furent un instant maîtres.

Comment cet empire fut-il ruiné ?

Il existe à ce sujet une légende fort curieuse, mais tellement invraisemblable que je ne la rapporte que comme curiosité. On prétend que le pays était colossalement riche, que les rois possédaient un trésor immense, mais qu’ils devaient leurs succès et leur fortune à la protection d’un serpent qui habitait un puits près du village du roi. Chaque année on tirait au sort parmi les plus belles jeunes filles du pays, et celle qui était désignée était au jour anniversaire amenée près du puits, parée comme pour un mariage. Alors le serpent sortait de son antre, dressait par trois fois sa tête, et enlevait la jeune fille enlacée dans ses anneaux.

Or, une année, la jeune fille désignée qui était la plus belle de l’endroit (un griot m’avait dit son nom ainsi que ceux des divers acteurs, mais ils m’ont échappé), se trouvait être la fiancée du guerrier le plus brave du pays, cousin du roi, d’ailleurs. Quand il fut informé du sort qui attendait sa belle amie, il lui jura qu’il saurait l’y arracher, et ses larmes, ses prières ne firent que l’encourager dans son projet. Le jour de la fête arrivé, ce brave guerrier attacha son cheval près du puits, et quand on amena la jeune fille, il se mit en selle comme pour mieux voir.

Le serpent sortit deux fois sa tête, et deux fois rentra dans son puits, mais au moment où, la troisième fois, il allongeait déjà son corps pour saisir sa proie, notre guerrier s’élançant, le coupa en deux d’un seul coup de sabre, et saisissant sa fiancée, il l’enleva et disparut de toute la vitesse de son coursier, que jamais aucun cheval n’avait dépassé.

Alors on entendit une voix sortir du puits qui prédit au pays sept années de sécheresse et tous les maux possibles. Le roi voulut poursuivre son cousin et le mettre à mort, mais on ne put le rattraper, et la prédiction ne tarda pas à s’accomplir : si bien que, forcée par la sécheresse et les maladies, la population dut déserter en masse la capitale et aller vers d’autres pays.

On dit même que le roi ne pouvant emporter ses richesses les enterra, et que, depuis, nul ne saurait retrouver la place, car quand on en approche le sol vous brûle et des flammes en sortent.

Ce qu’il y a de plus clair, c’est que divers fléaux qui transformèrent ce pays en désert, furent sans doute le motif de l’émigration.

Le dernier roi de Ouagadou fut Khreïa Manga ; on dit aussi Manga Diabé.

Il y a de lui aux Bakiris actuels, tels que Samba N’diaye de Tuabo, Sulman Kama de Makhana et Tambo de Lanel qui sont à peu près du même âge, il y a, dis-je, seize générations, ce qui fait au moins remonter cet événement à 400 ans ; il serait plus rationnel de dire 450 ou 500.

Il y a entre cette histoire et celle rapportée par Raffenel de notables différences.

Quant à l’origine du nom de Bakiri, elle est la même dans les deux récits.

Lorsque les gens de Diabé s’avançant vers l’ouest arrivèrent au Sénégal, ils y trouvèrent les Malinkés qui habitaient alors le Galam ; ils les en chassèrent par force, et dans une de ces expéditions ayant manqué d’eau ils arrivèrent à bout de forces à un marigot de la Falémé. Ils s’y précipitèrent pour boire, et les gens du village qui se trouvaient de l’autre côté vinrent faire leur soumission disant que le marigot sacré les avait toujours protégés, mais qu’ils voyaient bien que leurs maîtres étaient arrivés, puisqu’ils avaient pu se plonger dans ce marigot sans y périr.

Ce marigot s’appelait Bakiri, et les Sempré en prirent le nom. Ils dominèrent longtemps tout le Galam jusqu’au Natiaga, le Bondou et le Diombokho. Puis la guerre se mit entre les enfants de Sulman Khassa. Trente ans le Guoy fit la guerre au Kaméra, et les Bakiris se dispersèrent et s’amoindrirent en rentrant dans leurs limites actuelles.

Entre autres colonies de Soninkés venant de Ouagadou et comme preuve de la puissance des Soninkés dans le bassin du Haut-Niger, on cite :

Kankan, peuplé de Soninkés et de Semprés.

Sokolo, que j’ai déjà cité.

Le Diallonkadougou ou la famille royale était de Soninkés Sacco, qui peuplent aujourd’hui Yamina. Ainsi Fali, chef captif à Ségou, et fils du dernier roi de Tambo, était un Sacco, mais il ne parlait plus que le malinké ou le bambara.

Sansandig, Jenné sont aussi des colonies de Soninkés.

Voici la généalogie de père en fils par rapport à Samba N’diaye, Bakiri de Tuabo :

Khreïa-Manga ou Diabé. | Tambo-Manga-Ali-Cassa (alla s’établir à Sokolo). | Salounga. | Salounga-Ndoungoumé. | Diabé-Findiougné. | Khassa-Maria. | +-------------------------+--------------------------+ | | | Sulman-Khassa, Ali-Khassa, Amadoubé, père des Bakiris père des Bakiris père des Bakiris du Guoy. du Kaméra. du Diombokho. | Diabé-Diéguy. | Moussa-Diabé. | Ali-Moussa. | Sulman-Gali. | Sulman-Gali. | Tunka-Samba-Maria. | Tunka-Sila makha-Niamé. | Bon-Sila makha. | Sila makha-Mbougou. | Samba-N’diaye, né vers 1815.

* * * * *

OBSERVATIONS RELATIVES AU SOL PARCOURU DANS LE SOUDAN OCCIDENTAL, A SA FORME ET A SA COMPOSITION.

Le Soudan occidental est le vaste pays compris entre Tombouctou à l’est, l’Océan à l’ouest et l’Océan au sud.

Soudan voulant dire pays des Noirs ; la limite au nord doit être fixée par la ligne de séparation de la race Nègre d’avec la race Maure.

A l’Océan cette ligne de séparation est fixée d’une manière formelle par le fleuve Sénégal dont la rive gauche appartient aux Noirs, tandis que la rive droite appartient aux Maures.

Depuis que la politique française sous l’énergique commandement de M. le gouverneur Faidherbe a interdit aux Maures en armes de franchir le Sénégal pour venir faire des incursions dans le Oualo, le Cayor ou le Fouta, cette ligne de démarcation est nette et formelle depuis Saint- Louis, Sénégal, jusqu’à Bakel.

Cependant depuis quelque temps les Noirs du Haut-Fouta semblent vouloir s’établir en partie sur la rive droite, notamment entre Matam et Bakel, mais leurs établissements sont tout à fait riverains et ne sauraient être une objection sérieuse à ce fait que le Sénégal jusqu’à Bakel trace la séparation des deux races. A partir de Bakel cette ligne qui alors a atteint la latitude de 15° remonte brusquement vers le nord jusque par 16° 20′ pour contourner les pays nègres de Guidimakha et d’Assaba ; puis elle redescend sur le treizième méridien jusqu’à 15° 30′, séparant le Kaniarémé, pays nègre, du désert où s’agitent les Askeurs et les Oulad el Rhrouizi.

Entre le treizième et le onzième méridien cette ligne se dirige à peu près droit à l’ouest, puis après remonte un peu limitant au nord le Bakhounou, pays nègre où une assez forte proportion de Maures sont établis, mais sans dominer ni par le nombre ni par l’influence.

Enfin par le huitième méridien cette ligne est redescendue jusque par 15° pour atteindre Sokolo, premier village du Macina, et de là se diriger presque en ligne droite sur Tombouctou.

Lorsqu’on jette les yeux sur une carte quelconque de ce vaste pays, qu’elle soit bonne ou mauvaise, on est de suite frappé d’un fait, c’est que sur la côte sud et sud-ouest tous les cours d’eau qui viennent se jeter à la mer se dirigent du nord vers le sud, tandis que dans la partie nord, arrosée par les bassins considérables du Sénégal, de la Gambie et du Niger, ces cours d’eau, aussi bien que leurs affluents, se dirigent du sud au nord pour rayonner les uns vers l’ouest, les autres vers l’est. Dans toute la partie ouest, les cours d’eau viennent de l’est vers l’ouest.

Ce seul fait suffit pour démontrer d’une façon irrécusable que, à partir de la mer, le pays s’élève graduellement vers le plateau plus ou moins montagneux d’où découlent tous ces fleuves. Depuis qu’on a remonté les fleuves et les rivières qui viennent les grossir jusqu’au point où ils cessent d’être navigables, en traçant leurs cours avec toute l’exactitude nécessaire, on a circonscrit cet espace, que de nombreuses explorations ont sillonné, en permettant de dessiner avec quelque exactitude les parties innavigables de ces cours d’eau ; et maintenant que la carte du Soudan occidental a fait des progrès bien notables, il n’est pas sans intérêt d’examiner la conformation de ce pays où divers soulèvements sont venus entrecroiser des chaînes de montagnes et creuser des reliefs qui demanderaient à être étudiés par des hommes spéciaux.

Des sources du Sénégal, si on se dirige vers le N. 20° O., on trouve une chaîne de montagnes explorées par Hecquart et Lambert, et qui sépare les sources du Sénégal, de la Falémé, et de la Gambie, qui se dirigent tout d’abord vers le nord et nord-est, de celles du Kokoulo, du Kikriman, du Tominé et du Rio Grande, qui coulent vers le S. O. et O.

Cette ligne de faîte, après avoir été longée par la Gambie, est rompue par elle lorsqu’elle se dirige vers l’ouest ; mais on retrouve sur la rive droite de la Gambie cette même direction qui à l’état de collines sépare la Falémé et ses affluents des affluents de la Gambie, et, entre autres, du Nérico, que longtemps on a supposé être un canal naturel entre le bassin du Sénégal et celui de la Gambie.

Cette direction trouve des parallèles dans les chaînes de Kakhadian et du Tambaoura, qui séparent le Sénégal d’avec la Gambie, et aussi dans la direction générale de la côte occidentale entre le cap Vert et le cap Roxo.

Si maintenant on regarde la source du Niger fixée par Laing, celle du Tankisso, son affluent indiqué par Caillé, celle du Sénégal déterminée par Mollien, Caillé, Hecquart et en dernier lieu par le capitaine Lambert, on est frappé de voir que ces trois cours d’eau, qui à leur origine coulent presque parallèlement vers le N. E., ont leurs sources placées sur une même ligne, au sud-ouest de laquelle les Scarcies, le Kaba, le Mongo, la Rockelle et le Kamaranka, séparés par une distance de quelques lieues à peine, coulent en sens inverse.

Cette ligne, qui évidemment est une ligne de faîte, est dirigée du N. 55° O. au S. 55° E., et se trouve absolument parallèle à la partie de côtes qui s’étend du cap Roxo à Sierra Leone.

On rencontre également des traces de soulèvements parallèles dans les montagnes que nous avons traversées dans le Gangaran, et qu’on nous a dit s’étendre jusqu’au Bouré, marquant ainsi une ligne de faîte entre le cours du Sénégal, ou Ba-fing et celui du Bakhoy, son affluent. On trouve également des directions parallèles dans les collines du Fouta et les diverses ondulations de terrains que j’ai traversées, en 1859, dans mon voyage au Tagant.

A partir des sources du Niger, si on se dirige vers l’est, on trouve une autre ligne de faîte connue, depuis le voyage de Mongo Park, sous le nom de chaîne de Kong, au sujet de laquelle il y a eu quelques contestations. Le mot kong signifiant montagnes en bambara, qui est l’idiome le plus répandu dans cette partie, et surtout à Bamakou où Mongo Park prenait ses renseignements, on a dit que c’était un tort de baptiser cette ligne de faîte du nom de montagne de Kong, qui semble être un pléonasme ; mais aujourd’hui l’existence reconnue d’un pays de Kong, d’un grand village de ce nom, près duquel se trouvent des mines d’or au moins aussi abondantes que celles de Bouré, semble justifier cette appellation.

La direction de cette ligne de faîte semble être absolument parallèle à celle de la côte, et on la rencontre en remontant le Niger, qui, après avoir parcouru un immense cercle, vient la rompre pour se jeter dans la mer.

Il existe encore une ligne de faîte remarquable, qui circonscrit, à l’est, le bassin du Haut-Niger, et, à l’ouest, celui du Bas-Niger, qui appartient à la partie du Soudan oriental. Cette ligne, si elle n’était pas indiquée par Caillé, qui a suivi de Tengrela à Djenné une ligne à peu près parallèle, est d’ailleurs indiquée par ce seul fait, que divers affluents du Bakhoy (Sentilenkané), qui lui-même est affluent du Niger, coulent du S. E. au N. O., tandis que la Sirba, affluent du Bas-Niger, coule de l’O. à l’E.

D’ailleurs, le plateau montagneux du Humbori, traversé par Barth, n’est que la fin de cette chaîne ou de ce massif important de montagnes qui existe à très-petite distance d’Hamdallahi. D’après mes informations, cette partie du pays, qu’on pourrait appeler le Soudan central, et qui est comprise dans l’arc immense du cours du Niger, est trop peu connue pour qu’il soit possible d’indiquer une direction à cette ligne de faîte avec quelque exactitude ; cependant il y a une remarque curieuse à faire, c’est que les cours du Bagoe (affluent du Bakhoy et du Niger), celui du Fambiné ou Rivière noire, autre affluent du même bassin, sont parallèles entre eux et sont parallèles aussi à ceux des deux Bakhoy, affluents du Sénégal, et qu’ils prennent leurs sources dans la ligne de faîte en question, de même que les deux affluents du Sénégal prennent la leur sur le versant occidental de la chaîne de montagnes dont nous avons constaté l’existence le long de la rive gauche du Niger. Il ne serait peut-être pas absurde, d’après cette remarque, de supposer ces deux lignes de faîte parallèles entre elles et se dirigeant du point le plus haut au plus bas du S. 55° O. au N. 55° E.

Ces directions ne sont qu’approximatives, et je les livre comme de simples remarques auxquelles l’étude des terrains faite par des gens spéciaux peut peut-être donner quelque appui. Cette configuration des cours des fleuves est bizarre et ne rencontre, je crois, pas beaucoup d’analogies dans aucun pays ; ce qui contribue d’ailleurs à lui donner encore plus d’étrangeté, c’est l’existence du désert au nord des deux cours d’eau principaux, et ce fait démontré par les voyages de M. Vincent dans l’Adrar, de M. Bourrel chez les Braknas, de M. Mage au Tagant, de Raffenel au Kaarta, et dans notre dernier voyage, que, dès qu’on s’éloigne de la rive droite du Sénégal ou de la rive gauche du Niger pour remonter vers le nord, on monte graduellement, parce que le terrain s’élève graduellement par une série de plateaux qui resorbent en lacs, mares ou marais les eaux pluviales, mais qui n’ont aucun cours d’eau.

Des renseignements positifs me garantissent que de Yamina à Tichit (et j’ai par moi-même constaté le fait de Yamina à Nioro) le terrain s’élève graduellement, et qu’arrivé à Tichit, il y a une montagne à franchir avant d’être sur le sol du Sahara proprement dit. Cette montagne qui règne de l’Adrar au Tagant et du Tagant à Tichit continue vers l’Est pour aller circonscrire El Arouan. Au sud, chaque terrain porte son nom ; au nord, c’est le Sahara.

A cet aperçu bien incomplet de la forme du terrain dans le Soudan occidental, je voudrais bien joindre quelques appréciations sur sa composition ; mais là je suis encore moins bien muni, car, outre que cette étude eût nécessité des connaissances spéciales, il est impossible d’apprécier la nature d’une montagne ou d’un sol qu’on n’a pas vu, tandis qu’au moyen de points déterminés, il est facile de tracer des directions et d’apprécier ce qu’on n’a pu voir.

Aussi me bornerai-je à quelques observations sur ce que nous avons vu. Le Sénégal, qui est notre point de départ, roule jusqu’aux cataractes du Félou de nombreux cailloux arrachés aux diverses roches qui bordent leur cours, et dans le nombre abonde une espèce de trapp, qui est une pierre de touche dont la présence est un indice de celle de l’or. En outre, on rencontre dans ces cailloux roulés des porphyres, des saphirs et agates, des grès, des granits gris, plus une grande quantité de quartz à divers états et de diverses nuances, depuis le blanc laiteux jusqu’au jaune et au rouge ; quelquefois ils sont transparents, quelquefois opaques, feuilletés ou grenus.

Les roches du Félou sont des grès ; dans quelques parties ce barrage semble être basaltique, ainsi que le barrage de Gouïna. Dans les barrages au-dessus du Félou, on rencontre des pierres rouges et noires, d’un rouge superbe, d’une densité énorme, qui présentent en masse l’aspect d’un beau carrelage à dalles carrées, rectangulaires ou cubiques. Ces roches sont métamorphiques, et dans quelques-unes le docteur a reconnu des empreintes de feuilles fossiles qui indiquent suffisamment qu’elles sont formées de sédiments transformés peut-être à l’apparition des nombreux trapps, basaltes, ou des granits que l’on rencontre de tous côtés[249].

Ces roches métamorphiques semblent former une grande partie des montagnes du Natiaga. Dans le Bambouk, on les rencontre encore fréquemment ; mais on rencontre aussi des îlots très-curieux de granits, comme celui que je signale près de Koundian où la détérioration du granit a donné à la montagne la forme de deux champignons. D’autres montagnes isolées se remarquent par les aiguilles, les doigts qu’on y aperçoit : telles sont les montagnes vues près de Koundian, celles de Makagnian ou Goumbao, dont j’ai pris des dessins. Plusieurs offrent cette particularité que leur sommet est un plateau uni sur lequel on retrouve le sol, la végétation et tout ce qui caractérise les plaines situées à leur pied.

A mesure qu’on s’éloigne du Sénégal, en allant vers l’est, les montagnes deviennent de plus en plus granitiques ; le sol par endroits ne se compose que de fragments de ces montagnes détériorées par le temps, et la montagne de Kita, qui limite notre route à l’est dans cette partie, est encore une vaste accumulation de granit.

Les quartz se rencontrent quelquefois en gros fragments, à la surface du sol, et, du reste, ils composent une partie de ces montagnes, puisque dans le Bambouk, par exemple, c’est dans les quartz aurifères que l’on trouve des pépites d’or.

Dans tout le Foula-Dougou nous avons retrouvé des granits, mais le sol présente un aspect différent, ici il n’est plus composé de plaines sur lesquelles courent ou s’élèvent subitement des montagnes aux pentes roides, aux sommets souvent inaccessibles à l’homme par la verticalité des flancs ; le sol ressemble aux flots immenses d’une mer agitée, les montagnes n’ont pas de caractère pittoresque. Ce sont en quelque sorte des monticules plus ou moins élevés placés à côté les uns des autres, une série de mamelons aux flancs en pente douce et couverts de débris de toute espèce : de quartz, de grès, de granit et de minerais de fer en grande quantité.

Au moment de quitter le Foula-Dougou, pour entrer dans le Kaarta, nous avons rencontré à côté de la montagne granitique de Dioumi, au camp de Seppo, une montagne schisteuse dont nous avons ramassé quelques échantillons, c’est de cette montagne que coulait la triste source à laquelle nous devions nous désaltérer.

Ces schistes examinés par un minéralogiste, M. Jules Marcou, ont été reconnus être des calcaires marneux noirâtres avec bandes de calcaires gris à l’intérieur. M. Simonin, ingénieur des mines, m’avait laissé supposer qu’ils étaient bitumineux et que leur présence pourrait être un indice de celle du charbon de terre. Ce serait une question bien importante, car avec la masse de fer qui se trouve en tous ces pays, si là, à côté du Bakhoy, on venait à découvrir le charbon fossile, il y aurait dans ce seul fait de quoi transformer ce pays aujourd’hui désert en un pays civilisé.

Du reste une grande partie du sol du Kaarta dans le nord est schisteux, et lorsque nous sommes revenus du Bakhounou par Bagoyna, Nioro et Kouniakary, nous avons, à différentes reprises, traversé des montagnes d’une ardoise magnifique par son homogénéité. Une grande quantité de ces ardoises, d’une épaisseur de 1 à 2 centimètres, gisaient sur le sol, polies par le temps, piétinées et réduites en poussière grise par les pieds des chevaux, sans que l’on songeât qu’elles pouvaient même servir à remplacer les planches de bois qui servent aux enfants à apprendre à écrire l’arabe. Et puisque j’en suis au sol du Kaarta, je dirai qu’à part la fabrication du fer qui s’y fait en grande quantité, le seul usage que les Kaartans aient jamais fait de leur sol est relatif aux pierres à fusil. Un jour, qu’ils en manquèrent pour la guerre, ils eurent l’idée de se servir de morceaux de silex jaune et rouge qui se trouve près de Nioro et dont ils utilisèrent ainsi les propriétés.

J’ai eu entre les mains d’autre silex rouge venant des montagnes qui se trouvent derrière Hamdallahi. Au Macina on les employait également comme pierre à feu en choisissant celles dont la taille naturelle s’y prêtait davantage, et j’ai été étonné de la quantité d’étincelles qu’on obtenait sous le choc du briquet fait avec le fer du pays. Ce sont, d’après M. Marcou, des silex passant au jaspe.

Quant au sol du Ségou sur la rive droite du fleuve, il semble avant tout être composé de fer ; de quelque côté qu’on aille, à fleur de terre comme en creusant, on trouve du minerai de fer.

Dans les collines qui sont derrière Ségou-Sikoro on trouve une sanguine ou oxyde de fer compacte tachant, au toucher, qui est employé comme encre rouge par les marabouts en le délayant dans l’eau. — Derrière Kalaké, dans des trous de mine, on trouve un minerai de fer très-riche que M. Marcou classe comme fer magnétique égalant la valeur de ceux de Norwége et du lac supérieur du Missouri. Enfin, à Touba-Coura sur la rive gauche, nous avons trouvé des forgerons travaillant à fabriquer du fer avec l’oxyde de fer terreux, contenant de la silice ; il était en rognons engagés dans des masses d’argile. Ce minerai est répandu en grande quantité dans tout le pays et en Sénégambie.

Je termine ces notes trop incomplètes sur les observations minéralogiques ou géologiques que j’ai pu faire — et pour ce qui est relatif à l’or, je renvoie à la note suivante.

* * * * *

LISTE DE QUELQUES MINÉRAUX RAPPORTÉS PAR M. MAGE ET EXAMINÉS PAR M. J. MARCOU.

Minerai de fer. — 1o Fer magnétique provenant des mines de Kalaké (Ségou). — Égale la valeur des meilleurs échantillons de Norwége et du lac supérieur du Missouri. — Supérieur de beaucoup aux minerais de l’île d’Elbe. — Excellent pour fabriquer les aciers fondus.

C’est avec ce minerai que sont faits tous les fers du Ségou proprement dit, c’est-à-dire de la partie de cet empire située sur la rive droite du Niger. Il est fondu par le procédé ordinaire des noirs, qui fournit du fer sans passer par l’état de fonte, et on le travaille au charbon de bois.

2o Oxyde de fer terreux contenant de la silice. — En rognons engagés dans des masses d’argile. — Provient de Touba-Coura, où il forme la grande masse du sol et des montagnes. — Il y est exploité comme minerai, quoique de médiocre qualité. (Il y en a de jaune et de rouge.)

3o Oxyde de fer compacte. — Tachant au toucher. — Pouvant être employé comme sanguine. — Riche minerai contenant au moins 35 pour 100 de fer. — Provenant des montagnes basses qui séparent le Niger du Bakhoy, derrière Ségou. — Il est employé par les marabouts comme encre rouge en le délayant dans l’eau.

4o Différents cailloux employés comme balles de fusil qui ne sont que des oxydes de fer.

Minerai d’or. — 5o Quartz aurifère de Bambouk. — Celluleux et contenant du pyrite de fer. — Existe en très-grande abondance et constitue une partie de la masse des montagnes.

6o Cailloux roulés du Sénégal et du Niger, qui sont des silex, des jaspes, des agates.

7o Calcaire marneux, noirâtre, avec bandes de gris à l’intérieur. — Provient de la montagne de Seppo au Foula-Dougou.

8o Grès très-répandu sur le sol à Ségou.

9o Bracelet de bras d’homme en roche dioritique (feldspath).

10o Pierres à fusil du Macina et du Kaarta jaunes et rouges. — Sont des silex passant au jaspe.

11o Nombreux cailloux roulés, noirs, pouvant servir de pierre de touche, provenant du Sénégal et du Niger. — Sont des trapps.

12o Argile imprégnée de terre végétale pouvant se délayer et être employée comme sépia. — Provient du Cayor, où elle existe dans des marais. — Employée à faire des briques.

* * * * *

NOTE SUR LES MINES DU SOUDAN OCCIDENTAL.

L’or existe sur la côte occidentale d’Afrique en grande abondance, et il est permis de dire qu’il existe partout dans les vastes pays montagneux du Fouta-Djallon et de Kong.

Ainsi, partant du Nord, nous trouvons que la Falémé charrie de l’or, et les dernières excursions faites sur ses bords ont confirmé ce fait signalé de longtemps par les voyageurs de la compagnie de Galam.

Les alluvions du Bambouk en contiennent une assez grande quantité pour que les noirs en tirent un profit considérable en le faisant exploiter à moments perdus par les femmes, qui se bornent à laver la terre aurifère dans leurs calebasses. Outre cet or qui vient sans doute de loin, le quartz des montagnes du Bambouk en contient des filons quelquefois assez riches, ainsi qu’on en a eu la preuve dans l’essai d’exploitation fait à Kéniéba dans les années 1858, 59 et 60. Pour ma part, je me souviens qu’ayant ramassé un morceau de ce quartz jeté au rebut, et l’ayant cassé à coups de marteau, je trouvai à l’intérieur plusieurs pépites fixées sur les fragments que j’ai conservés.

Si nous arrivons au Niger, nous avons sur ses bords un des placers les plus riches du globe, qui, depuis les temps historiques, fournit à l’exportation de l’Afrique. Je parle des placers du Bouré.

Ce pays était connu de nom depuis bien longtemps. Quand une caravane arrivait au Sénégal apportant de l’or, ce qui était assez rare à cause des pillages que leur faisaient subir les populations qu’elles avaient à traverser, on lui demandait : D’où vient cet or ? — De Bouré.

Plus fréquemment, les Maures de Tichit apportaient de l’or et, questionnés sur sa provenance, répondaient de même. Enfin, d’anciens esclaves aujourd’hui libres, après avoir été les uns soldats, les autres pilotes ou matelots, avaient affirmé l’existence d’un village de Bouré. Mongo Park lui-même en parle et toutes les cartes en faisaient mention.

Cependant Bouré n’est pas un village, mais un pays dont le chef actuel est Douba, résidant au village de Kintinian, chef-lieu du pays aurifère.

Ce pays est habité par une population mélangée de Mandingues et de Diallonkés qui leur ressemblent beaucoup par les traits et n’en diffèrent guère que par la langue originaire dont j’ai recueilli quelques mots.

Les sept principaux villages à or, ceux où on en fait le plus grand commerce sont : Kintinian, Didi, Kourounia, Baloto, Fatoïa, Seké, Sétiguia. Les cinq derniers sont échelonnés le long du Tankisso (affluent du Niger).

D’après bien des renseignements qui ont toujours concordé, et dont les auteurs avaient été dans le pays de Bouré, soit comme Diulas, soit comme envoyés du roi de Ségou ou préposés d’El Hadj, ce pays présente un fait remarquable, c’est que l’or y sert de monnaie.

On sait que l’or, dans toute l’Afrique, se vend au poids par gros et fractions de gros. Ce gros (en bambara, Menkellé) varie de poids suivant les localités, mais dans des proportions peu étendues et est fixé par un certain nombre de noyaux de Tamarin. Au Bouré il en est de même, et l’abondance de l’or y est telle que tout peut s’acheter avec de l’or, depuis le fagot de bois qui fera cuire les aliments jusqu’au captif qui ira chercher l’or dans les mines.

L’or qui sert ainsi aux menus besoins du ménage est ramassé par les femmes et, quelque extraordinaire que cela paraisse, bien des personnes m’ont affirmé que c’était le sable même de leur maison, de leur cour, qu’elles lavaient pour se le procurer.

Quant à l’or du maître, celui qui compose sa fortune et avec lequel il subvient aux grosses dépenses, il sort des mines ou des puits que l’on fait chaque année après la saison des pluies.

Avant d’aller travailler, on se réunit par villages ; chaque maître de maison fournit un certain nombre de captifs ou de femmes pour laver, et le travail se fait en grande fête pendant un temps déterminé. On partage alors le produit entre les chefs de case, en retirant une part pour le tribut à payer au souverain, et la part du chef, qui sont représentées par un volume d’or de la grosseur d’une grosse balle de fusil, à payer par chaque maison.

Nul ne peut travailler aux mines sans la permission du chef du village, qui ne la donnerait pas à un étranger.

Du reste, dans ce pays pas de cultures, pas de bestiaux que ceux apportés par les Diulas, qui viennent acheter de l’or contre leurs bœufs ou leur sel.

Dans tout le Bouré, l’or se trouve dans un terrain sablonneux d’alluvions. On descend dans des puits de la profondeur de sept à huit mètres, au fond desquels on creuse des galeries de quelques mètres, et, comme on ne soutient pas les terres, on ne s’avance pas davantage de crainte d’éboulements.

A la saison des pluies, tout cela se comble par éboulements, et c’est dans cette terre qu’on recommence, l’année suivante, à recreuser pendant un temps très-limité.

L’or se trouve en poussière, en sable et quelquefois en pépites roulées. On affirme que, lorsque l’on tombe sur une pépite d’un gros volume, au lieu de l’extraire, on bouche le trou en y laissant cette fortune.

C’est une question de superstition.

Si le Bouré est le plus riche des pays à or, et s’il fournit chaque année une exportation considérable, le Manding en contient aussi en quantité notable, ainsi que le constate Mongo Park dans son premier voyage ; mais ici l’or n’est que l’accessoire, tandis que dans le Bouré, c’est la vie du pays.

On trouve dans le Bouré un assez grand nombre de Soninkés qui font du commerce, et quelques Maures, particulièrement de Tichit.

D’où vient cet or ? Évidemment, à l’époque alluviale (diluvium), il a été charrié là par un cours d’eau ; et si le pays en question, au lieu d’être entre des mains indolentes et isolées, se trouvait à proximité de l’activité européenne, on ne tarderait pas à gagner les filons d’où il sort, qui doivent se trouver dans les montagnes où sont les sources de tous ces grands fleuves. Mais à Bouré on ne s’en préoccupe guère, l’or suffit à tous les besoins, et on continue à l’exploiter tout doucement, en entourant les opérations de superstitions mélangées à l’islamisme qui est la religion ordinaire du pays.

Une des superstitions les plus étranges est celle-ci.

Il m’a été affirmé que l’on enterrait les morts dans les puits de mine abandonnés, et que quelque temps après, en creusant, on trouvait de l’or à côté de leurs ossements. Si le fait est vrai, cela tient sans doute à ce que les trous sont abandonnés par caprice avant d’être épuisés, et quelquefois au moment de tomber sur un riche gisement, et qu’alors les éboulements se produisant par l’effet des pluies, l’or glisse au fond par son poids dans la terre en bouillie et se trouve ainsi près du cadavre.

Si au contraire le fait n’est qu’un on dit superstitieux, il a peut- être pris naissance parce qu’un individu en train d’exploiter une mine aura été tué par un éboulement et que, quelques années après, en fouillant le puits, on l’aura trouvé près du trésor qu’il convoitait.

De bouche en bouche la superstition en gagnant est arrivée à nous sous cette forme étrange : c’est que c’est dans les os des cadavres que l’or va se loger. Mais, en Afrique, il ne faut pas s’étonner d’entendre cela, et en laissant de côté l’impossible, il reste un fond de vérité.

D’autres placers aussi riches que ceux de Bouré sont ceux de Kong, qui sans doute sont les mines de Gondja citées par les auteurs anciens et qui aujourd’hui fournissent la poudre d’or et les pépites au commerce de toute la côte d’Afrique, depuis Lagos jusqu’à Sierra Leone.

Ce nom de Kong appliqué à toute la chaîne de montagnes qui s’étend de Timbo à Selga et même jusqu’au Bas-Niger, est aussi particulièrement celui d’un pays d’un petit royaume, placé par environ 8° de latitude N. sur 6° de longitude O., où les placers aurifères ont une richesse au moins égale à celle du Bouré, au dire des gens qui les ont vus ; une quantité considérable d’or en sort pour se rendre par différents chemins à Grand-Bassam, Assinie, Sierra Leone, au cap Coast, à Accra, etc. Cet or arrive le plus souvent en poudre, mais aussi en pépites quelquefois très-considérables (j’en ai vu une de plus de 350 f.), c’est-à-dire de plus de 100 grammes.

D’ailleurs la richesse aurifère de ces pays est démontrée par un autre fait que j’ai constaté, c’est que l’Akba, par exemple, rivière qui aboutit dans la lagune d’Ébrié, roule de l’or qui vient se déposer sur les vases et les sables de l’entrée de la barre : si bien que des négresses des factoreries s’étant mises un jour à laver ces sables grossièrement, au hasard, dans la première place venue, avaient à la fin de la journée plusieurs grammes d’or en poudre qui leur fut acheté devant moi à la factorerie Renard en 1857 (j’avais assisté au lavage).

On sait comment s’opèrent les lavages de sables au moyen de la calebasse. On y met la terre ou le sable à laver, on verse une grande quantité d’eau et on remue pour former une bouillie qui permette à l’or plus lourd de couler au fond. Alors on renverse brusquement dans une autre calebasse une partie du contenu, qui sera examiné après coup, mais dans lequel on est à peu près sûr de ne pas trouver d’or. La même opération, renouvelée deux ou trois fois, ne laisse au fond de la calebasse qu’un résidu de sable, de cailloux, et d’or dans lequel on cherche à la main.

Dans la Falémé on voit les femmes plonger pour aller retirer de certaines fosses que creuse la rivière dans les contre-courants, l’or qui s’y dépose. Ces femmes, lorsque l’eau est basse et qu’il n’y a plus d’écoulement sensible, vont aussi dans l’eau remplir leur calebasse de sable et de terre dans lesquels elles trouvent fréquemment de très- petites pépites.

* * * * *

24 MOTS D’UN VOCABULAIRE DIALLONKÉ.

Un homme Kéména.

Une femme Niakaléna.

Enfant Dédina.

Cheval Souna.

Chien Baréna.

Ane Fallah.

Bœuf Ninguéna.

Poule Tokéna.

Œuf Kankéna.

Mil Diguitinna.

Eau Diguèna.

Case Bankèna.

Arbre Diéguena.

Bois Oulani.

Fer Ourèna.

Fusil Finkarena.

Couteau Filena.

Sabre Déguémana.

Bonbon Doumana.

Coton (non filé) Guéséna.

Mouton Diakhréna.

Pirogue Kounkina.

Natte en paille Sasina.

Vase en terre dit canari Diambana.

Voir pour la numération en diallonké le tableau suivant :

MANIÈRE DE COMPTER DANS DIVERSES LANGUES DE L’AFRIQUE

+----------------+---------------+----------+-------------+------------+ | FRANÇAIS. | WOLOFF. | PEUHL. | SONINKÉ. | MALINKÉ OU | | | | | | BAMBARA. | +----------------+---------------+----------+-------------+------------+ |Un |Ben |Go |Bané |Kili | | | | | | | |Deux |Niare |Didi |Fillo |Foula | | | | | | | |Trois |Niète |Tati |Sicco |Saba | | | | | | | |Quatre |Nienète |Naï |Narto |Nani | | | | | | | |Cinq |Diouroum |Dioï |Carago |Doulou | | | | | | | |Six |— ben |Diégom |Toumou |Woro | | | | | | | |Sept |— niare |Diédidi |Nierou |Woro oula | | | | | | | |Huit |— niète |Diétati |Ségou |Segui | | | | | | | |Neuf |— nienète |Diénaï |Khabou |Kononto | | | | | | | |Dix |Foucq |Sapo |Tamou |Tan | | | | | | | |Onze |— ac ben |Sapo y go |Tamoudo-bané |Tan y kili | | | | | | | |Douze |— ac niare |Sapo y |— filli |Tan y foula | | | |didi | | | | | | | | | |Vingt |Nitte |Nogas |Tan pilé |Mouga | | | | | | | |Vingt et un |— ac ben |Nogas y go|Tan pilé do |Mouga y | | | | |bané |tribi | | | | | | | |Trente |Fanewère |Tchapandé |Tan diké |Tan saba | | | |tati | | | | | | | | | |Quarante |Nienète foucq |— naï |Tan nakaté |Tan nani, | | | | | |ou, en | | | | | |bambara, | | | | | |Débé | | | | | | | |Cinquante |Diouroume-foucq|— dioï |Tan caragué |Tan-doulou | | | | | | | |Soixante |— ben — |— diegom |Tan doumé |Tan woro | | | | | | | |Soixante-dix |— niare — |— diedidi |Tan meré |Tan | | | | | |woro-oula | | | | | | | |Quatre-vingt |— niète — |— diétati |Tan tiégué |Tan | | | | | |séguifou, | | | | | |en bambara, | | | | | |Kéme | | | | | | | |Quatre-vingt-dix|— nienète — |— dienaï |Tan khabé |Tan kononto | | | | | | | |Cent |Temer |Témédéré |Kamé |Kémé | | | | | | | |Deux cents |Temer-niare |— didi |— filli |Kémé-foula. | | |ou | | |=Bambara. | | |Niare-temer | | |Malinké= | | | | | | | |Mille |Guiné |Ou-guinéré|Ou guiné |Ba. Oulou | | | | | | | |Deux mille |Niaré-guiné |Ou |— filli |Ba foula — | | | |guinaïe | |foula. | | | |didi | | |

[Continue]

+----------------+---------------+----------+-------------+------------+ | FRANÇAIS. | SERÈRE. |DIALLONKÉ.| SOUSOUS. |SERÈRE-NONE.| +----------------+---------------+----------+-------------+------------+ |Un |Leng |Kedé |Kiling |Kiliaï | | | | | | | |Deux |Darhk |Fiddi |Firing |Kilandome | | | | | | | |Trois |Betafa darhk |Sakkha |Sakhan |Sanptoye | | | | | | | |Quatre |Betafana |Nani |Nani |Bodoye | | | | | | | |Cinq |Betafolé |Soulou |Souli |Doungarin | | | | | | | |Six |Betafa ta darhk|Chéeni |Senni |Kornandome | | | | | | | |Sept |Arbarhey |Soulou |Solo-firé |Palamnienen | | | |fidé | | | | | | | | | |Huit |Betafa-arbarhey|— mésére |Solo-massakha|Khassarine | | | | | | | |Neuf |— leng |— ménéni |Soloma-Nani |Souroutoute | | | | | | | |Dix |— ney |Nafou |Fouh |Gong | | | | | | | |Onze | » | » |— ni kiling | » | | | | | | | |Douze | » | » |— ni Firing | » | | | | | | | |Vingt | » | » |Mouga | » | | | | | | | |Vingt et un | » | » |— ni-kiling | » | | | | | | | |Trente | » | » |Toungué-sakha| » | | | | | | | |Quarante | » | » |— nani | » | | | | | | | |Cinquante | » | » |— souli | » | | | | | | | |Soixante | » | » |— senni | » | | | | | | | |Soixante-dix | » | » | » | » | | | | | | | |Quatre-vingt | » | » | » | » | | | | | | | |Quatre-vingt-dix| » | » | » | » | | | | | | | |Cent | » | » |Kémé | » | | | | | | | |Deux cents | » | » | » | » | | | | | | | |Mille | » | » |Oulou | » | | | | | | | |Deux mille | » | » | » | » | | | | Nota. Un simple coup d’œil suffit pour faire voir de grands | | rapprochements entre le malinké, le diallonké et la langue sousous, | | qui, du reste, est celle d’une colonie de Malinkés. | +----------------------------------------------------------------------+

[Note 249 : J’avais envoyé à Médine quelques blocs de ces roches remarquables, mais à mon retour j’ai eu le regret de ne plus les trouver et de ne pouvoir apprendre ce qu’elles étaient devenues.]

TABLE DES MATIÈRES.

Pages.

DÉDICACE I

PRÉFACE DE L’AUTEUR III

INTRODUCTION. — Motifs qui décidèrent du voyage. — Départ de France. — M. Quintin demande à m’accompagner. — Premiers préparatifs. — Instructions. — Lettre du gouverneur à El Hadj Omar. — Instructions complémentaires. — Composition de mon escorte. — Difficultés. — Opinion générale sur le sort qui nous attendait. — Matériel. — Animaux. — Ressources de l’expédition. — Emploi des 5000 francs alloués 1

CHAPITRE I. — Départ de Saint-Louis. — Arrivée à Bakel. — Dernières instructions verbales du général Faidherbe. — De Bakel à Médine. — Rixe de Kotéré. — Dernières installations. — Exploration du Sénégal entre le Félou et Gouïna. — La chute de Gouïna. — Départ définitif de Médine. — Manière de marcher. — Chutes de bagages. — La dissension commence à se montrer entre les noirs de l’expédition. — Détails sur l’expédition de Sambala, sur la politique de Khasso, du Logo et du Natiaga. — Visite à Altiney Séga. — Ascension d’une montagne du Natiaga. — Aspect du pays. — Route de Médine à Gouïna. — Accès de fièvre. — Campement à Gouïna. — Tentative de navigation au-dessus de ce point, par MM. Quintin, Poutot et Bougel. — Insuccès. — Départ des officiers de Médine. — Nous sommes seuls 28

CHAPITRE II. — Départ de Gouïna. — Navigation entre Gouïna et Bafoulabé. — Mode de voyage par terre. — Chasse à l’hippopotame. — Marigot de Khasso-Fara, limite du Khasso. — Marigot de Kétiou. — Un caïman depuis Gouïna. — Arrivée à Bafoulabé. — Journée pénible. — Sidi et Yssa à la découverte 53

CHAPITRE III. — Tentative d’exploration dans le Bakhoy. — Maka-Dougou et son chef Diadié. — Sa cupidité déjouée. — Souvenir de Mongo Park. — Ascension d’une montagne. — Retour à Bafoulabé. — Les envoyés de Diango, chef de Koundian. — Voyage à Koundian. — Réception. — Soupçons. — L’expédition de Sambala et son but. — Koundian, sa position, sa forteresse. — Départ. — Cadeau de Diango et passage du Bafing. — Ses pirogues. — Campement en plein air. — Marche vers l’Est jusqu’à Kita à travers le Bafing et le Gangaran. — Arrivée à Makhana 73

CHAPITRE IV. — Premiers bruits de troubles dans l’empire d’El Hadj. — Arrivée au Bakhoy. — Son gué. — Discorde entre mes hommes. — Arrivée à Kita. — La montagne Makadiambougou. — Productions. — Cultures. — Musique. — Boubakar et le guide gravement malades. — Huit jours d’arrêt. — Le Bélédougou et le Manding sont révoltés. — Impossibilité de marcher vers l’Est. — Je me décide à remonter à Diangounté. — Marche au Nord à travers le Foula-Dougou. — Le Bakhoy no 2. — Le Baoulé. — Les esclaves enchaînés en route. — Détails sur les Diulas. — Arrivée au Kaarta 94

CHAPITRE V. — Entrée dans le Kaarta. — Ses limites. — Quelques réflexions sur ce pays. — Latitude du passage du Bakhoy. — Maréna. — Kouroundingkoto-Guettala. — Population du Bagué. — Dindanco. — Rencontre de Diulas. — Origine du sel de Tichit. — Entrée dans le Kaarta-Biné. — Bambara-Mountan. — Namabougou. — Touroumpo. — Guémoukoura. — Séjour à Guémoukoura 112

CHAPITRE VI. — Visite de Dandangoura, chef de Farabougou. — Ennuis et tracasseries. — On veut m’envoyer à Nioro. — J’ai gain de cause. — Suite du voyage. — Madiga. — Observations et latitude. — Fatigue et maladies. — Lac de Tinkaré. — Tinkaré. — Samba Yoro se blesse en tombant. — On m’offre des queues de girafes. — Arrivée à Diangounté. — Bon accueil à Diangounté. — Détails sur le pays. — Repos. — Un mot sur Raffenel et son voyage. — Les routes de Diangounté à Ségou 129

CHAPITRE VII. — Départ de Diangounté. — Les sauterelles. — Le Ba-Oulé du Niger. — Kalabala. — Fabougou. — Troupeau de bœufs des Pouls du Bakhounou. — Diongoye. — Digna. — Ouosébougou. — Nous commençons à souffrir de nos privations. — Traces d’éléphants. — De Diongoye à Gomintara. — Kéniénébougou. — Fin du Diangounté. — Nous sommes dans le Ségou. — L’eau infecte de Tonéguéla. — Marigot de Samentara. — Babougou. — Commencement de travail chez les noirs. — Tiéfougoula. — Sa population. — Commencement des botoques. — Visite des Massassis de Guémené. — Les Maures et leurs femmes. — Vol d’une baïonnette. — Médina. — Encore des voleurs. — Premiers bruits de guerre civile à Ségou. — Nécessité de marcher. — Arrivée de Toumboula 143

CHAPITRE VIII. — Toumboula. — Badara-Tunkara. — Le Lambalaké. — Tikoura. — Bembougou. — Barsafé. — Marconnah. — Ouakha ou Ouakharou. — Les Roniers et leurs fruits. — Les Foular. — Masoso ou Soso. — Un cadavre. — Moroubougou. — Craintes des Bambaras. — Médina. — Nous rejoignons une caravane. — Marche en colonne. — Une attaque. — Article de journal sur cette attaque. — Comment les bruits se transportent en Afrique. — Arrivée à Banamba. — Pluie anormale 154

CHAPITRE IX. — Départ de Banamba. — Difia. — Sikolo. — Le terrain s’abaisse. — Dioni. — Kéréwané. — Encore une mauvaise nuit. — Bassabougou. — Bokhola. — Tamtam de guerre. — Morébougou. — Le Doubalel. — On dit Yamina révolté. — Arrivée à Yamina. — Aspect du Niger 171

CHAPITRE X. — Entrée à Yamina. — Nous sommes assaillis par la foule. — La maison de la fille d’Ali. — Sérinté. — Les Maures battus. — La maison de Sérinté. — Nous sommes assaillis par les Maures. — Position critique de Yamina. — Visite à Simbara Sacco. — Promenade au marché 177

CHAPITRE XI. — Visite au chef des Somonos. — Le chanvre des Bambaras. — Les pirogues du Niger. — Traversée du fleuve. — Fraîcheur de l’eau. — La rive gauche un jour de marché. — Quelques costumes. — Vente de marchandises. — Un tour au marché. — Visite au vrai chef de Yamina. — Cadeaux intéressés du chef des piroguiers. — Départ de Yamina. — Navigation en pirogue. — Peu de profondeur des eaux. — Relâche à Fogni. — Navigation sur le fleuve 194

CHAPITRE XII. — Navigation sur le fleuve de Tamani à Ségou- Sikoro. — Aspect de la ville. — Notre entrée. — Arrivée chez Ahmadou : sa demeure. — Ahmadou. — Premier palabre. — Nous traversons la ville. — Arrivée chez Samba N’diaye 205

CHAPITRE XIII. — La maison de Samba N’diaye. — Je trouve à Ségou les courriers du gouverneur logés chez San Farba. — Hospitalité d’Ahmadou. — Je reçois des visites. — Sonkoutou. — Le vieil Abdoul. — Chérif Mahmodou et ses voyages. — Les ministres d’Ahmadou. — Sidy Abdallah, Mohammed, Bobo et Oulibo 218

CHAPITRE XIV. — El Hadj. — Sa naissance, sa jeunesse. — Son voyage à la Mecque. — Son retour à Ségou vers 1837 ou 1839. — Il s’établit dans le Fouta Djallon. — Son voyage sur les bords du Sénégal de 1846 à 1847. — Il rentre dans le Fouta Djallon et construit Dinguiray. — Prise de Labata, de Tamba, de Ménien. — Sa route vers le Bambouk et le Gadiaga. — Il entre dans le Kaarta et pille des Français. — Guerre dans le Kaarta 231

CHAPITRE XV. — El Hadj, maître du Kaarta. — Révoltes et victoires. — Les Massassis sont détruits ou soumis. — Guerre contre les Djawaras. — Première hostilité du Macina. — El Hadj prend Diangounté. — Missive à Toroco-Mari, roi de Ségou. — Tierno-Abdoul. — Toroco-Mari assassiné. — Ali nommé roi à Ségou. — El Hadj retourne sur les bords du Sénégal. — Guerre de Médine. — Délivrance du poste. — El Hadj fuit vers Koundian. — Passage du Galamagui. — Séjour à Koundian. — Conquête des pays Malinkés. — El Hadj retourne au Bondou, au Fouta. — Il expédie à Nioro les canons pris à Ndioum. — Séjour difficile au Fouta. — Il quitte le Fouta. — Attaque du Pilote par Sirey Adama. — El Hadj à Nioro. — El Hadj à Marcoïa 242

CHAPITRE XVI. — Séjour à Markoïa. — Attaques des Bambaras. — On chasse les femmes. — Entrée dans le Fadougou. — Prise de Damfa. — Bataille en rase campagne. — Entrée à Yamina. — Prise de Diabal. — Prise d’Oïtala. — El Hadj entre à Sansandig, qui se rend. — Correspondance avec le roi de Macina. — Guerre et victoire d’El Hadj sur les armées réunies du Macina et du Ségou 254

CHAPITRE XVII. — El Hadj à Ségou. — Il envoie à la recherche d’Ali. — Le Macina vient attaquer Ségou. — Correspondance entre Ahmadi-Ahmadou et El Hadj. — El Hadj remet le commandement à son fils Ahmadou et part pour le Macina le 13 avril 1862. — Combat de Konihou. — Bataille de Saéwal. — Conduite héroïque d’Ahmadi-Ahmadou. — El Hadj entre à Hamdallahi. — Ahmadi-Ahmadou est prisonnier. — Sa mort. — Soumission du Macina. — Ali prisonnier. — El Hadj est maître de Tombouctou au Sénégal. — Motifs qui lui ont facilité la conquête du Macina et coup d’œil sur le passé de cet État. — Ahmadou vient à Hamdallahi. — Projet de révolte découvert au Macina 261

CHAPITRE XVIII. — Révolte du Macina. — Les chefs du Macina sont mis aux fers. — Ahmadou rentre à Ségou. — Projet de révolte à Ségou. — Ahmadou s’empare des Kountiguis, les envoie à son père qui les tue. — Derniers événements connus du Macina. — On envoie un convoi de poudre de Ségou ; il est attaqué par les Maciniens. — La révolte du Ségou et ses motifs. — Attaque et prise de Bamabougou par les révoltés. — Révolte de Sansandig. — Supplice de Coro-Mama. — Attaque de Koghé par le Sarrau. — Victoire des Talibés à Oueïna, à Koghé, à Soukourou. — Échec des Bambaras à Fantambougou. — Prise de Segala, de Dionkoloni. — L’armée de Nioro arrive à Ségou. — 1re expédition de Sansandig. — Politique à Ségou. — Deuxième expédition de Sansandig 271

CHAPITRE XIX. — Mon séjour à Ségou-Sikoro. — Palabre avec Ahmadou. — Le carême musulman. — Fête du Cauri. — Ahmadou et sa toilette. — Son cheval. — Son palabre. — Ahmadou me fait appeler. — Mon désappointement. — Visite d’un ancien soldat français aujourd’hui Talibé. — Partage des captifs. — Évaluation de la population de Ségou-Sikoro et des partisans d’Ahmadou. — Je ne peux acheter de chevaux. — Je me promène à cheval. — Accident sans suite. — Le mot d’un musulman ayant passé vingt ans à Saint-Louis. — Nouveau palabre avec Ahmadou. — Le salpêtre impôt. — Bruits inquiétants. — Colère de Quintin. — Bruits favorables à notre départ. — Je me décide à attendre encore. — Ahmadou nous envoie deux esclaves. — Impossibilité de partir. — Nos dépenses 283

CHAPITRE XX. — Le bruit court que Sansandig va se rendre, qu’El Hadj est vainqueur au Macina. — On bat le tabala. — Extrait du journal de voyage. — Deux types de griots : Diali Mahmady et Sonkoutou. — Menaces des Bambaras sur divers points — J’obtiens de faire partir mes courriers. — Envoi d’une lettre au gouverneur. — Les parents chez les Toucouleurs. — Tierno-Abdoul. — Alpha Ahmadou 304

CHAPITRE XXI. — L’hivernage arrive. — Samba N’diaye est malade et a peur. — Je suis attaqué du foie. — Les exécutions et le champ des exécutés. — Les morts et les enterrements à Ségou. — Nouvelle tentative infructueuse pour aller au Macina. — L’hospitalité d’Ahmadou se ralentit. — Les nouvelles s’améliorent à l’approche de la Tabaski. — Tierno- Abdoul, ses confidences et ses mensonges. — L’armée se rassemble. — Exécutions nombreuses. — Expédition de Fogni. — Visite d’Aguibou. — Première visite de Sidy Abdallah. — Fête de la Tabaski. — Exécution de trente-sept prisonniers et de deux enfants. — Arrivée de l’armée attendue de Nioro. — Nous recevons une lettre du commandant de Bakel et des instructions du gouverneur 315

CHAPITRE XXII. — Je vais voir Ahmadou. — Notre départ devient de plus en plus problématique. — Tentative près d’Ahmadou par l’intermédiaire d’Alpha Ahmadou, son cousin. — Insuccès. — Partage des prises de Fogni. — Bases du partage. — Nouveaux mensonges de Tierno-Abdoul. — On désarme le pays. — Bamabougou est attaqué par l’armée de Mari. — Scène entre Diali Mahmady et Alpha Ahmadou. — Les coups de corde de la justice musulmane 328

CHAPITRE XXIII. — Nouvelle entrevue avec Ahmadou. — Réponses évasives quant à notre départ. — Je promets de rester jusqu’aux hautes eaux. — Nouvelles diverses et mensonges relatifs à notre départ. — Alassane Ghirladjo. — Nouvelles du Macina. — On doit y porter du mil. — Exécutions nombreuses à Ségou. — Hivernage. — Les fourmis noires. — Les caravanes de gourous circulent en pleine guerre. — Nouvelles qu’elles apportent du Macina. — Je tente encore d’acheter des chevaux ou de m’en faire céder par Ahmadou. — L’armée se rassemble et traverse le fleuve à Ségou-Koro — Nouveau désappointement ; elle n’est pas pour nous conduire. — Expédition de Tocoroba. — Échec. — Récit d’un Talibé. — Pertes nombreuses de l’armée. — Mort d’un de nos voisins. — Un jeune ménage à Ségou. — Une pauvre veuve. — Mort de Fahmahra, notre guide. — Karounka blessé 345

CHAPITRE XXIV. — Sidy et sa conduite. — Il refuse le service. — Querelle. — Conduite des autres laptots en cette occasion. — Je lui fais donner cinquante coups de corde. — Il s’échappe. — Ahmadou me le fait ramener. — Palabre du 10 août avec Ahmadou. — Je donne un nouveau délai de vingt-cinq jours. — Mari menace Faracco. — Maladresses d’Ahmadou. — Nouvelles du Macina. — Palabre du 10 septembre. — Mes relations avec Ahmadou se tendent. — Je me prépare à partir. — Inquiétudes et esprit de mes hommes. — Entente parfaite avec le docteur 354

CHAPITRE XXV. — Samba N’diaye tente de m’obtenir une audience secrète d’Ahmadou ; il échoue et s’allie avec Tierno-Abdoul, Oulibo et Mahmadou Dieber pour intervenir. — Je pose des conditions pour rester encore et j’obtiens le départ d’un courrier avec une lettre d’Ahmadou pour le gouverneur. — Départ de Bakary Guëye. — L’armée sort. — Expédition de Gouni contre Niansong. — Nouvelle défaite et ses causes. — Ahmadou sévit contre les Somonos. — Ce qu’ils sont. — Leur village. — Arrivée de Seïdou. — Lettres nombreuses. — Mauvaises nouvelles et souffrances morales. — Lettres du gouverneur. — Lettre de M. Perraud 365

CHAPITRE XXVI. — Je fais un cadeau à Ahmadou. — Les repas et la cuisine d’Ahmadou. — Le miel et la manière de le récolter. — Promenades aux environs de Ségou. — Arrivée d’Amadi Boubakar, de Tambo, de Massiré. — Samba N’diaye me fait une avanie. — J’obtiens gain de cause près d’Ahmadou. — Visite à Tierno-Abdoul à Diofina. — Conversation avec Tambo. — Température du mois de décembre à Ségou. — Ahmadou distribue des fusils. — Bruits divers. — Scènes de mœurs. — Le Diomfoutou d’El Hadj. — Je demande en vain à envoyer Seïdou au-devant de Bakary Guëye 382

CHAPITRE XXVII. — 1er janvier 1865. — Cadeau à Ahmadou et à divers. — Visite du fils de Samba Oumané. — Les nouvelles qu’il apporte. — Nouvelles inexactes de Bakary. — Arrivée de Daouda Gagny. — Bakary est à Nioro. — Mari est à Toghou. — Tierno Alassane est battu. — Ahmadou va partir. — Je l’accompagne. — Munitions de l’armée. — Arrivée à Marcadougouba 409

CHAPITRE XXVIII. — Préparatifs d’Ahmadou et séjour à Marcadougouba. — Égards que l’on a pour nous. — Nous devenons populaires. — Causes de l’insuccès de Tierno Alassane. — Récit de Tambo. — Palabres d’Ahmadou. — Défi des Talibés aux Sofas. — Réponse des Sofas. — Visite d’Aguibou. — Impressions. — Départ pour Toghou. — L’ordre de marche. — Halte 417

CHAPITRE XXIX. — Revue d’Ahmadou. — Arrivée devant Toghou. — La bataille et l’assaut du village. — Incidents divers. — Exécution. — Ali et le bourreau. — Alioun Penda blessé. — La nuit du combat. — Massacre de 97 Bambaras. — Le sourire des morts. — Tournée de visite aux blessés. — On entre au village. — Départ de Toghou. — 3500 captifs. — Massacre de vieilles femmes. — Retour à Ségou. — Entrée triomphale. — Mort d’Alioun. — Son enterrement 426

CHAPITRE XXX. — Difficulté pour obtenir une audience pendant le partage du butin. — Le fils de Maoundé est mort. — Ce qu’il était. — Désertion de Soulé Kandi. — Le docteur est malade de la fièvre. — Nouvelles de Bakary Guëye et du Bakhounou. — Fausse alerte. — Je suis pris d’hépatite. — J’entre en relations avec Sidy Abdallah. — Pluie vers la fin de février. — Massiré apporte des certitudes fâcheuses sur l’état de la route de Nioro. — Fête du Cauri. — Je n’ai plus de quoi faire de cadeau à Ahmadou. — Samba Yoro pris d’hémoptysie. — J’obtiens une audience d’Ahmadou et je demande à partir. — Promesse d’expédier un courrier. — Diverses nouvelles. — On prépare une expédition. — J’apprends la mort du cheick Sidi Ahmed Beckay, de Tombouctou 442

CHAPITRE XXXI. — Lenteur des préparatifs de l’armée. — Je me décide à partir. — Le 25 mars Ahmadou sort. — Séjour à Ségou- Koro. — Dispute de Talibés et de Sofas. — Grosse affaire. — Influence de Tierno-Abdoul Kadi qui apaise la querelle. — Départ définitif. — Le 3 avril. — Une soupe de poulet crevé. — Fogni. — Kamini. — Aspect du pays. — Les Karités ou Sché. — Les Khads. — Nombreux gibier. — Chasse à courre à la gazelle, à la pintade et la perdrix. — Nous allons au secours de Kénenkou. — Dispute de Billo, chef du tabala, avec un Talibé. — 25 chevaux en éclaireurs. — J’arrive à Kénenkou. — L’Almami. — Départ pour Dina. — Assaut. — Je monte à l’assaut. — Belle conduite de Déthié. — Panique. — 2e assaut. — 2e panique. — Je reçois une balle morte. — 3e retraite. — On cerne le village. — Fuite du village. — Nombreux prisonniers. — Exécutions. — Conduite héroïque et cruelle d’un Kagoro. — Ahmadou me fait supplier de ne plus m’exposer 452

CHAPITRE XXXII. — Départ de Dina. — Aspect des bords du fleuve. — Médina. — Gouni. — Koulicoro. — On va brûler les villages jusqu’à Manabougou. — Séjour à Gouni. — Ibrahim Mabo et Seïni Moussa. — Retour par la rive gauche. — Destruction des villages, du coton et du mil. — Le grand marigot du Bélédougou ou la Frina de Mongo Park. — Marches pénibles. — Pâturages magnifiques. — Rentrée à Yamina. — Ahmadou nous comble de soins. — Samba Yoro vient me rejoindre. — Séjour à Yamina. — Ahmadou reçoit des cadeaux de gré ou de force. — Visite à la case de Sérinté. — Retour à Ségou. — Diabal. — Traversée du fleuve à Mignon. — Marches prolongées. — Latir malade. — Nouvelles du Macina. — Je tombe malade de gastrite. — Ahmadou commence à nous marchander les cauris. — Je me plains à Oulibo. — Fête de Tabaski. — Danses diverses 475

CHAPITRE XXXIII. — Aguibou vient me voir. — Conversation légère. — Difficulté pour voir Ahmadou. — Cadeaux d’un prince à Samba Yoro. — Ahmadou m’accorde le droit d’entrer chez lui comme les Talibés. — Razzia d’Alassane Ghirladjo. — Achat d’un enfant par le docteur. — Prix élevé du mil. — Arrivée d’un homme de Dinguiray. — Arrivée de Badara Tunkara. — Nouvelles du pays. — Le docteur, malade des yeux, souffre cruellement. — Préparatifs pour une expédition en plein hivernage. — Extraction d’une molaire. — Palabre d’Ahmadou avec les Talibés. — Conditions de ces derniers. — Cadeaux à l’armée. — État des magasins de sel d’Ahmadou. — Bonnes nouvelles du Bakhounou. — Fausse nouvelle de la mort de Mari. — Ahmadou sort et je l’accompagne. — Quintin souffre encore et reste. — Tornade épouvantable à Ségou-Koro. — Samba N’diaye avec ses canons. — Tierno-Abdoul Kadi me demande de lui prêter Seïdou. — Une indélicatesse de Samba Yoro 490

CHAPITRE XXXIV. — Expédition de Sansandig. — Départ de Ségou- Koro. — Pélengana désert. — Arrivée à Bafou-Bougou. — Traversée du fleuve en pirogues. — Ahmadou m’envoie des gourous. — Départ. — Tornade et pluie à Dampina. — Soumission de Velentiguila. — Arrivée à Sansandig. — Discussion du plan d’attaque. — Assaut. — Nombreux blessés et tués. — On campe et on occupe le village des Somonos. — Le docteur vient me rejoindre. — 72 jours de poule au riz. — Ahmadou nourrit l’armée. — Disette de vivres. — Le mil cru, les peaux de bœufs, les chevaux sont mangés. — Résistance du village. — Attaque du 20 juillet. — On gagne un peu de terrain. — Les femmes sortent du village. — Fautes nombreuses. — La famine est à Sansandig. — Ahmadou commande aussi mal que possible. — On annonce l’arrivée de l’armée de Mari. — Prise de trois Maures. — Leur exécution horrible. — Nous construisons des cases. — Le camp. — Latir malade retourne à Ségou avec Quintin. — Désertions du village. — Exécutions. — Sortie des pirogues du village. — Un convoi de pirogues vient au secours du village. — Combat naval. — Prise et exécution des Maures de Tichit. — Sortie du 29 août. — Sortie des fils de Coro Mama. — Note sur Sansandig. — Le village est aux abois. — Une armée vient au secours du village. — Sortie de Sibila Mahmary. — Sa prise, son supplice. — Abderhaman Couma. — Exécutions nombreuses. — Bataille du 11 septembre. — 10000 hommes contre 10000. — Épisodes divers. — Alertes continuelles. — Combat du 16 septembre. — Nous levons le siége. — Panique dans la retraite. — Trente-six heures sans manger. — Kalabougou. — Je suis malade et rentre à Ségou 501

CHAPITRE XXXV. — Rentrée de l’expédition de Sansandig. — Découragement des Talibés. — Je tombe malade et suis près de mourir. — Négociations pour partir par l’intermédiaire de Tierno Abdoul Kadi. — J’obtiens de faire partir Seïdou. — Espérances et déceptions. — État de la route de Nioro. — Bakary est venu à Ouosébougou. — Départ de Seïdou pour Yamina. — Préparatifs pour le départ de nombreux chefs. — Arrivée de Sidy le laptot. — Voyage de Bakary Guëye et de Sidy. — Motifs du retard du premier. — Lettre du gouverneur. — Entrevue avec Ahmadou. — Je partirai, mais quand ? 542

CHAPITRE XXXVI. — Alerte. — L’armée sort. — Difficultés entre Ahmadou et les Talibés. — Impossibilité d’avoir une audience. — Je donne un ultimatum. — Je vais voir Ahmadou et j’obtiens une audience. — Le départ fixé à deux mois. — Arrivée de Bakary Guëye. — Cadeaux à Ahmadou et à diverses personnes. — Le schérif marocain 562

CHAPITRE XXXVII. — 1866. — Situation politique. — Le débarquement du mil présidé par le roi. — Entrevue avec Ahmadou. — Expéditions diverses. — Fête du Cauri. — Nouveaux retards à notre départ. — La situation politique s’améliore. — Mort de Fali. — Arrivée de Mahmadou Falel. — Nouvelles du Sénégal. — Instances de Badara pour partir. — Audience d’Ahmadou. — Nous faisons un traité de commerce et d’amitié. — Nouveau retard de dix jours. — Intrigues diverses pour m’accompagner. — Retards sur retards. — On nous donne enfin des chevaux. — Un prince doit nous accompagner. — Alerte et sortie. — Je me fâche et j’obtiens l’assurance qu’Ahmadou prépare notre retour. — Arrivée d’un Maure porteur d’une lettre du commandant de Bakel. — Nouveaux retards. — Fête de la Tabaski. — Nouvelles du Macina, derniers événements connus. — Nouveaux retards et inquiétudes. — Notre départ se décide malgré Bobo. — Audience du départ. — Cadeau d’Ahmadou et ceux que je lui envoie. — Fin de nos relations avec Ahmadou 576

CHAPITRE XXXVIII. — Je fais mes adieux. — Départ nocturne de Ségou-Sikoro. — Séjour à Dougou-Kounan. — Je suis confié à Mahmadou Abi. — Bobo, ministre d’Ahmadou. — Départ et passage du fleuve à Ségou-Koro. — Voyage le long du fleuve. — Arrêt à Morébougou. — Les captives retournent. — Les puits desséchés et les abeilles altérées. — Kéréwané. — Toubacoura. — Le fer. — Difia. — Route pénible sans eau. — Morts de soif. — Villages révoltés. — Médina. — Maréna. — Route continuelle jour et nuit. — Soso. — Prise du village par trahison. — Massacre des habitants. — Les effets de la propagande musulmane. — Arrivée à Marconnah. — Toumboula. — Une razzia des Massassis. — Massacre des prisonniers. — Pas de repos. — Départ pour Ouosébougou. — Course effrénée. — Djolo. — Souvenir de Mongo Park. — Repos à Ouosébougou 612

CHAPITRE XXXIX. — Départ de Ouosébougou. — Siradian. — Hofara. — Elingara. — Boulal. — Sékhello. — Je suis pris pour un Maure. — Bagoyna. — Marques de l’épizootie. — Route pour Touroungoumbé. — J’arrive épuisé. — Bon accueil. — Pillage de Maures. — En route sur Nioro. — Entrée triomphale. — Mustapha. — Son accueil. — La ville. — Séjour. — Tentative pour me retenir. — Position délicate de Mahmadou Abi. — Le schérif de Fez. — Visite aux frères d’El Hadj. — Je pars. — Cadeaux à Mustaf. — Échange de bons procédés avec Mahmadou Abi. — Départ de Nioro. — Médina. — Les trois Gadiaba. — Youri. — Petite pluie. — Je pars sans mes guides. — Birou. — Aspect des terrains. — Ali, notre guide, ambassadeur d’Ahmadou. — Ouagadou. — La vallée du Guidi-Oumé. — Khoré. — Le Kirigou. — Khassa. — Togno. — Fanga. — Niogoméra. — Tanganaya. — Takhaba. — Niakhatéla. — Makhana. — Route en forêt. — Tornade. — Inondation. — Passage d’un torrent. — Mounia. — Route sur Kouniakary. — Séjour dans ce village. — Tierno Moussa. — San Mody. — Situation politique du pays. — Dernière route. — Arrivée à Médine. — De Médine à Saint-Louis et en France 633

CONCLUSION 662

APPENDICE 665

FIN DE LA TABLE.

Note du transcripteur :

Page 62, "par le spectecle très-curieux " a été remplacé par " spectacle "

Page 104, "départ de toutes les les routes " a été remplacé par " toutes les routes "

Page 105, "dit s’appeler le Ba-Qulé " a été remplacé par " Ba-Oulé "

Page 114, "fallait qu’il me recût " a été remplacé par " reçût "

Page 130, "que personnne, à coup sûr " a été remplacé par " personne "

Page 152, "Derrrière ce village je " a été remplacé par " Derrière "

Page 213, "puis un corirdor, et nous " a été remplacé par " corridor "

Page 235, "les Talibés accoureut auprès du pèlerin " a été remplacé par " accourent "

Page 242, "sans défense, et Madmady Kandia " a été remplacé par " Mahmady "

Page 246, note 102, "que Paffenel prête aux griots " a été remplacé par " Raffenel "

Page 268, "remettrait le comman-ment " a été remplacé par " commandement "

Page 276, "de nombreux vil-villages dans " a été remplacé par " nombreux villages "

Page 383, "Sadhio fait en-envoyer " a été remplacé par " fait envoyer "

Page 422, "un type Peulh passablemement pur " a été remplacé par " passablement "

Page 423, "j’ai fait toutes le guerres d’El Hadj " a été remplacé par " toutes les guerres "

Page 427, " Mohammed racould y Allah " a été remplacé par " raçould "

Page 515, "trois jours elle me mangeait " a été remplacé par " ne mangeait "

Page 516, note 212, "Rihce marchand " a été remplacé par " Riche "

Page 548, "Sidy Addallah, du reste " a été remplacé par " Abdallah "

Page 556, "s’avancer à Bayoyna et venir " a été remplacé par " Bagoyna "

Page 573, "d’acccord avec le docteur " a été remplacé par " d’accord "

Page 595, "envoyer da s le Fouta " a été remplacé par " dans "

Page 620, "environ six litres d’au " a été remplacé par " d’eau "

Page 648, "récemmen repares pour la saison " a été remplacé par " récemment reparés "

Page 648, "auque les montagnes, sur " a été remplacé par " auquel "

Page 670, "fort pour ésister à l’armée " a été remplacé par " résister "

Page 674, La raye entre " Tunka-Samba-Maria. " et " Tunka-Sila makha-Niamé. " a été considéré comme une connexion verticale.

Page 685, Quelques points ont été supprimés de ce tableau.

Page 687, "montagne du Niataga " a été remplacé par " Natiaga "

Page 688, " Le Daoulé " a été remplacé par " Baoulé "

Page 690, "Je me promène cheval " a été remplacé par " Je me promène à cheval "

De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe ont été apportés.

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