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VOYAGE DANS LE SOUDAN OCCIDENTAL (SÉNÉGAMBIE-NIGER)
* * * * * 9946. — IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE Rue de Fleurus, 9, à Paris * * * * *
VOYAGE DANS LE SOUDAN OCCIDENTAL (SÉNÉGAMBIE-NIGER)
=PAR M. E. MAGE= LIEUTENANT DE VAISSEAU Officier de la Légion d’honneur
1863-1866
=OUVRAGE ILLUSTRÉ D’APRÈS LES DESSINS DE L’AUTEUR= DE 81 GRAVURES SUR BOIS PAR E. BAYARD, A. DE NEUVILLE ET TOURNOIS =ET ACCOMPAGNÉ DE 6 CARTES ET DE 2 PLANS=
PARIS LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77 * * * * * 1868 Droits de propriété et de traduction réservés
LE GÉNÉRAL FAIDHERBE A M. MAGE.
Bone, le 1er mai 1868.
Mon cher capitaine,
Vous me dédiez votre ouvrage et vous me demandez l’autorisation de publier mon acceptation. Soit ! Ce sera une occasion (et je suis toujours heureux d’en trouver) de parler de notre cher Sénégal. Je dis notre cher Sénégal, car vous faites partie de cette petite phalange d’hommes qui a cru depuis quinze ans et qui croit plus que jamais à l’avenir de notre établissement à la côte d’Afrique et à l’utilité de la race noire sur la surface du globe, sans qu’il soit nécessaire de la priver de ses droits imprescriptibles à la famille et à la liberté individuelle.
A cette double croyance, nous nous sommes dévoués corps et âmes, vous, moi et bien d’autres. De nous tous, les uns survivent avec une santé plus ou moins délabrée ; beaucoup sont demeurés en route ; mon successeur reste encore sur la brèche (il y a vingt ans qu’il y est).
Quant à vous, vous vous êtes jeté à corps perdu, sans regarder en arrière, dans le mystérieux et redoutable Soudan comme dans un gouffre.... et vous êtes, vous-même, peut-être étonné d’en être revenu.
Que vous devez être fier de pouvoir dire : J’ai vu ce qu’aucun de mes contemporains n’a vu ! — Je connais un monde que nul ne connaît ! — J’ai habité un empire que l’on traitait encore volontiers de fabuleux et chimérique, il y a quelques années, malgré sa grande étendue, ses révolutions, ses batailles et ses conquêtes ! Mais ceci n’est qu’une question d’amour-propre. Pensons plus haut : Votre année de Tagant, vos trois années de Niger surtout, mus comme vous l’étiez, vous et votre camarade Quintin, par de nobles et philanthropiques intentions, ne font- elles pas de vous de vrais missionnaires, des Livingstone ? Si ce n’est pas de l’enthousiasme religieux, si ce n’est pas le culte exclusif de la science qui vous guidaient, c’étaient des motifs aussi généreux et d’une utilité plus immédiate et plus pratique, car l’occupation et la domination françaises, c’est-à-dire la rédemption de ces malheureuses contrées, doivent suivre, sans beaucoup tarder, le sillon que vous leur avez tracé, et il faut que notre drapeau flotte à Bafoulabé d’ici à deux ans et à Bamakou dans dix.
Ces pensées, mon cher capitaine, doivent vous procurer de nobles jouissances, plus précieuses encore que les fumées de la gloire.
Maintenant, les hommes vous ont-ils récompensé de leur côté suivant vos mérites ? Ici, je ne suis plus juge. Je puis seulement vous dire, à vous plus jeune que moi, une chose que l’expérience apprend, qui ne doit pas vous étonner, et qu’il faut subir sans murmure, c’est que les services les plus récompensés ne sont pas généralement ceux qui sont les plus méritoires par le mal qu’ils ont donné et par la grandeur du but.
Vous avez travaillé pour l’humanité, pour votre pays, pour l’intérêt général : ce sont là des êtres de raison qui ne vont guère solliciter pour ceux qui se dévouent à leur service. Mais à les servir, on acquiert honneur et contentement de soi.
Tout à vous,
Signé : L. FAIDHERBE.
[Décoration]
PRÉFACE DE L’AUTEUR.
Ce livre est l’histoire de trois années de ma vie, dans lesquelles j’ai beaucoup souffert pour servir à la fois la cause de la civilisation, mon pays et la science.
Il m’eût été facile d’allonger ce récit, d’y mêler des aventures romanesques, de m’y donner plus de relief. J’ai préféré reproduire mes notes journalières en les diminuant de tout ce qui m’a paru pouvoir y être supprimé.
Je suis convaincu que ceux dont j’ambitionne le suffrage, me sauront gré de la sincérité avec laquelle j’ai raconté, souvent à mon détriment, tout ce qui s’est passé pendant ce voyage. Dans tous les cas, si je réussis par ce livre à intéresser mes lecteurs à l’avenir des pays que j’ai parcourus, à leur en faire apprécier les ressources immenses, à faire comprendre quelques-unes des belles qualités du nègre, si différent chez lui de ce qu’on est habitué à le voir dans les types dégénérés de nos colonies, si, en un mot, j’ai avancé d’un jour, d’une heure ou d’un moment l’époque à laquelle l’Afrique sera régénérée, mon but sera rempli.
E. MAGE.
[Décoration]
VOYAGE D’EXPLORATION AU SOUDAN OCCIDENTAL. (1863 A 1866)
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