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<CINKANTE BALADES.>

Part 4 of 7 · John Gower · Public domain text

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Contents (9)

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<CINKANTE BALADES.>

=Si apres sont escrites en françois Cinkante balades, quelles ƚ . . . d fait, dont les . . . . . . . . ment desporter.=

<I> 1. . . . . . . . esperance . . . . . . . attens . . . . . . . ance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . <Mon coer remaint toutditz en vostre grace.>

2. . . . . . . . . . . . . . . . . 10 . . . . . . . . . . . gementz . . . ssetz mon purpens: Car qoi qu’om dist d’amer en autre place, Sanz un soul point muer de toutz mes sens Moun coer remaint toutditz en vostre grace.

3. Si dieus voldroit fin mettre a ma plesance, Et terminer mes acomplissementz, Solonc la foi et la continuance Que j’ai gardé sanz faire eschangementz, 20 Lors en averai toutz mez esbatementz:[745] Mais por le temps, quoique fortune enbrace, Entre lez biens du siecle et les tormentz Mon coer remaint toutdits en vostre grace.

4. Par cest escrit, ma dame, a vous me rens: Si remirer ne puiss vo bele face, Tenetz ma foi, tenetz mes serementz; Mon coer remaint toutditz en vostre grace.

II. 1. L’ivern s’en vait et l’estée vient flori, De froid en chald le temps se muera, L’oisel, qu’ainçois avoit perdu soun ny, Le renovelle, u q’il s’esjoiera:[746] De mes amours ensi le monde va, Par tiel espoir je me conforte ades; Et vous, ma dame, croietz bien cela, Quant dolour vait, les joies vienont pres.

2. Ma doulce dame, ensi come jeo vous di, Saver poetz coment moun coer esta, 10 Le quel vous serve et long temps ad servi, Tant com jeo vive et toutditz servira: Remembretz vous, ma dame, pour cela Q’a moun voloir ne vous lerrai jammes; Ensi com dieus le voet, ensi serra, Quant dolour vait, les joies vienont pres.

3. Le jour qe j’ai de vous novelle oï,[747] Il m’est avis qe rien me grievera: Porceo, ma chiere dame, jeo vous pri, Par vo message, quant il vous plerra, 20 Mandetz a moi que bon vous semblera, Du quoi moun coer se poet tenir en pes: Et pensetz, dame, de ceo q’ai dit pieça, Quant dolour vait, les joies vienont pres.

4. O noble dame, a vous ce lettre irra, Et quant dieu plest, jeo vous verrai apres: Par cest escrit il vous remembrera, Quant dolour vait, les joies vienont pres.

III. 1. D’ardant desir celle amorouse peigne Mellé d’espoir me fait languir en joie; Dont par dolçour sovent jeo me compleigne Pour vous, ma dame, ensi com jeo soloie. Mais quant jeo pense que vous serretz moie, De sa justice amour moun coer enhorte, En attendant que jeo me reconforte.

2. La renomée, dont j’ai l’oreile pleine, De vo valour moun coer pensant envoie Milfoitz le jour, u tielement me meine,[748] 10 Q’il m’est avis que jeo vous sente et voie, Plesante, sage, belle, simple et coie: Si en devient ma joie ades plus forte,[749] En attendant que jeo me reconforte.[750]

3. Por faire honour a dame si halteigne A toutz les jours sanz departir me ploie; Et si dieus voet que jeo le point atteigne De mes amours, que jeo desire et proie, Lors ai d’amour tout ceo q’avoir voldroie: Mais pour le temps espoir moun coer supporte, 20 En attendant que jeo me reconforte.[750]

4. A vous, ma dame, ensi come faire doie, En lieu de moi ceo lettre vous apporte; Q’en vous amer moun coer dist toute voie, En attendant que jeo me reconforte.[750]

IIII. 1. D’entier voloir sanz jammes departir, Ma belle, a vous, en qui j’ai m’esperance, En droit amour moun coer s’ad fait unir As toutz jours mais, pour faire vo plesance: Jeo vous asseur par fine covenance, Sur toutes autres neez en ceste vie Vostre amant sui et vous serrez m’amie.

2. Jeo me doi bien a vous soul consentir Et doner qanque j’ai de bienvuillance; Car pleinement en vous l’en poet sentir 10 Bealté, bounté, valour et sufficaunce: Croietz moi, dame, et tenetz ma fiaunce, Qe par doulçour et bone compaignie Vostre amant sui et vous serretz m’amie.

3. De pluis en pluis pour le tresgrant desir Qe j’ai de vous me vient la remembrance Q’en mon pensant me fait tant rejoïr, Qe si le mond fuist tout en ma puissance, Jeo ne querroie avoir autre alliance: Tenetz certain qe ceo ne faldra mie, 20 Vostre amant sui et vous serretz m’amie.

4. Au flour des flours, u toute ma creance D’amour remaint sanz nulle departie, Ceo lettre envoie, et croi me sanz doubtance, Vostre amant sui et vous serretz m’amie.

IIII*[751] 1. Sanz departir j’ai tout mon coer assis U j’aim toutditz et toutdis amerai; Sanz departir j’ai loialment promis Por toi cherir tancome jeo viverai; Sanz departir ceo qe jeo promis ai Jeo vuill tenir a toi, ma debonaire; Sanz departir tu es ma joie maire.

2. Sanz departir jeo t’ai, m’amie, pris, Q’en tout le mond si bone jeo ne sai; Sanz departir tu m’as auci compris 10 En tes liens, dont ton ami serrai; Sanz departir tu m’as tout et jeo t’ai En droit amour por ta plesance faire; Sanz departir tu es ma joie maire.

3. Sanz departir l’amour qe j’ai empris Jeo vuill garder, qe point ne mesprendray; Sanz departir, come tes loials amis, Mon tresdouls coer, ton honour guarderai; Sanz departir a mon poair jeo frai Des toutes partz ceo qe toi porra plaire; 20 Sanz departir tu es ma joie maire.

4. De coer parfit, certain, loial et vrai Sanz departir en trestout mon affaire Te vuil amer, car ore est a l’essai; Sanz departir tu es ma joie maire.

V. 1. Pour une soule avoir et rejoïr Toutes les autres laisse a noun chaloir: Jeo me doi bien a tiele consentir, Et faire honour a trestout moun pooir, Q’elle est tout humble a faire mon voloir: Jeo sui tout soen et elle est toute moie, Jeo l’ai et elle auci me voet avoir; Pour tout le mond jeo ne la changeroie.

2. Qui si bone ad bien la devera cherir, Q’a sa valour n’est riens qe poet valoir: 10 Jeo di pour moi, quant jeo la puiss sentir, Il m’est avis qe jeo ne puiss doloir. Elle est ma vie, elle est tout mon avoir, Elle est m’amie, elle est toute ma joie, Elle est tout mon confort matin et soir; Pour tout le mond jeo ne la changeroie.

3. La destinée qe nous ad fait unir Benoite soit; car sanz null decevoir Je l’aime a tant com coer porra tenir, Ceo prens tesmoign de dieu qui sciet le voir: 20 Si fuisse en paradis ceo beal manoir, Autre desport de lui ja ne querroie; C’est celle ove qui jeo pense a remanoir, Pour tout le mond jeo ne la changeroie.

4. Ceste balade en gré pour recevoir, Ove coer et corps par tout u qe jeo soie, Envoie a celle u gist tout mon espoir: Pour tout le mond jeo ne la changeroie.

[Sidenote: Les balades d’amont jesqes enci sont fait especialement pour ceaux q’attendont lours amours par droite mariage.]

[Sidenote: Les balades d’ici jesqes au fin du livere sont universeles a tout le monde, selonc les propretés et les condicions des Amantz, qui sont diversement travailez en la fortune d’amour.]

VI. 1. La fame et la treshalte renomée Du sens, beauté, manere et gentilesce, Qe l’en m’ad dit sovent et recontée De vous, ma noble dame, a grant leesce M’ad trespercié l’oreille et est impresse Dedeinz le coer, par quoi mon oill desire, Vostre presence au fin qe jeo remire.

2. Si fortune ait ensi determinée, Qe jeo porrai veoir vo grant noblesce, Vo grant valour, dont tant bien sont parlée, 10 Lors en serra ma joie plus expresse: Car pour service faire a vostre haltesse J’ai grant voloir, par quoi mon oill desire, Vostre presence au fin qe jeo remire.

3. Mais le penser plesant ymaginée, Jesqes a tant qe jeo le lieu adesce, U vous serretz, m’ad ensi adrescée, Qe par souhaid Milfoitz le jour jeo lesse Mon coer aler, q’a vous conter ne cesse Le bon amour, par quoi moun oill desire, 20 Vostre presence au fin que jeo remire.

4. Sur toutes flours la flour, et la Princesse De tout honour, et des toutz mals le Mire, Pour vo bealté jeo languis en destresce, Vostre presence au fin qe jeo remire.

VII. 1. De fin amour c’est le droit et nature, Qe tant come pluis le corps soit eslongée, Tant plus remaint le coer pres a toute hure, Tanqu’il verra ceo qu’il ad desirée. Pourceo sachetz, ma tresbelle honourée,[752] De vo paiis qe jeo desire l’estre, Come cil qui tout vo chivaler voet estre.

2. De la fonteine ensi come l’eaue pure Tressalt et buile et court aval le prée, Ensi le coer de moi, jeo vous assure, 10 Pour vostre amour demeine sa pensée; Et c’est toutdits sanz repos travailée, De vo paiis que jeo desire l’estre, Come cil qui tout vo chivaler voet estre.

3. Sicome l’ivern despuile la verdure Du beal Jardin, tanque autresfoitz Estée L’ait revestu, ensi de sa mesure Moun coer languist, mais il s’est esperée Q’encore a vous vendrai joious et lée; De vo paiis qe jeo desire l’estre, 20 Come cil qui tout vo chivaler voet estre.

4. Sur toutes belles la plus belle née, Plus ne voldrai le Paradis terrestre, Que jeo n’ai plus vostre presence amée, Come cil qui tout vo chivaler voet estre.

VIII. 1. D’estable coer, qui nullement se mue, S’en ist ades et vole le penser Assetz plus tost qe falcon de sa Mue; Ses Eles sont souhaid et desirer, En un moment il passera la mer A vous, ma dame, u tient la droite voie, En lieu de moi, tanque jeo vous revoie.

2. Si mon penser saveroit a sa venue A vous, ma doulce dame, reconter Ma volenté, et a sa revenue 10 Vostre plaisir a moi auci conter, En tout le mond n’eust si bon Messager;[753] Car Centmillfoitz le jour jeo luy envoie A vostre court, tanque jeo vous revoie.

3. Mais combien qu’il ne parle, il vous salue Depar celui q’est tout le vostre entier, Q’a vous servir j’ai fait ma retenue, Come vostre amant et vostre Chivaler: Le pensement qe j’ai de vous plener, C’est soulement qe mon las coer convoie 20 En bon espoir, tanque jeo vous revoie.

4. Ceste balade a vous fait envoier Mon coer, mon corps, ma sovereine joie: Tenetz certein qe jeo vous vuill amer En bon espoir, tanque jeo vous revoie.

IX. 1. Trop tart a ceo qe jeo desire et proie Vient ma fortune au point, il m’est avis; Mais nepourquant mon coer toutdis se ploie, Parfit, verai, loial, entalentis De vous veoir, qui sui tout vos amis Si tresentier qe dire ne porroie: Q’apres dieu et les saintz de Paradis[754] En vous remaint ma sovereine joie.

2. De mes deux oels ainçois qe jeo vous voie, Millfoitz le jour mon coer y est tramis 10 En lieu de moi d’aler la droite voie Pour visiter et vous et vo paiis: Et tanqu’il s’est en vo presence mis, Desir ades l’encoste et le convoie, Com cil q’est tant de vostre amour suspris, Qe nullement se poet partir en voie.

3. Descoverir a vous si jeo me doie, En vous amer sui tielement ravys, Q’au plus sovent mon sentement forsvoie,[755] Ne sai si chald ou froid, ou mors ou vifs, 20 Ou halt ou bass, ou certains ou faillis, Ou tempre ou tard, ou pres ou loings jeo soie: Mais en pensant je sui tant esbaubis, Q’il m’est avis sicom jeo songeroie.

4. Pour vous, ma dame, en peine m’esbanoie, Jeo ris en plour et en santé languis, Jeue en tristour et en seurté m’esfroie, Ars en gelée et en chalour fremis, D’amer puissant, d’amour povere et mendis, Jeo sui tout vostre, et si vous fuissetz moie, 30 En tout le mond n’eust uns si rejoïs De ses amours, sicom jeo lors serroie.

5. O tresgentile dame, simple et coie, Des graces et des vertus replenis, Lessetz venir merci, jeo vous supploie, Et demorir, tanqu’il m’avera guaris; Car sanz vous vivre ne suis poestis.[756] Tout sont en vous li bien qe jeo voldroie, En vostre aguard ma fortune est assis, Ceo qe vous plest de bon grée jeo l’otroie. 40

6. La flour des flours plus belle au droit devis,[757] Ceste compleignte a vous directe envoie: Croietz moi, dame, ensi com jeo vous dis, En vous remaint ma sovereine joie.

X. 1. Mon tresdouls coer, mon coer avetz souleine, Jeo n’en puiss autre, si jeo voir dirrai; Q’en vous, ma dame, est toute grace pleine. A bone houre est qe jeo vous aqueintai, Maisqu’il vous pleust qe jeo vous amerai, Au fin qe vo pité vers moi se plie, Q’avoir porrai vostre ameisté compile.

2. Mais la fortune qui les amantz meine Au plus sovent me met en grant esmai,[758] En si halt lieu qe jeo moun coer asseine, 10 Qe passe toutz les autres a l’essai: Q’a mon avis n’est une qe jeo sai Pareil a vous, par quoi moun coer s’allie, Q’avoir porrai vostre ameisté complie.

3. S’amour me volt hoster de toute peine, Et faire tant qe jeo m’esjoierai, Vous estes mesmes celle sovereine, Sanz qui jammais en ese viverai: Et puis q’ensi moun coer doné vous ai, Ne lerrai, dame, qe ne vous supplie, 20 Q’avoir porrai vostre ameisté complie.

4. A vo bealté semblable au Mois de Maii, Qant le solail s’espant sur la florie, Ceste balade escrite envoierai, Q’avoir porrai vostre ameisté complie.

XI. 1. Mes sens foreins se pourront bien movoir, Mais li coers maint en un soul point toutdis, Et c’est, ma dame, en vous, pour dire voir, A qui jeo vuill servir en faitz et ditz: Car pour sercher le monde, a moun avis Vous estes la plus belle et graciouse,[759] Si vous fuissetz un poi plus amerouse.[760]

2. Soubtz ciel n’est uns, maisqu’il vous poet veoir, Qu’il ne serroit tantost d’amer suspris; Q’en la bealté qe dieus t’ad fait avoir 10 Sont les vertus si pleinement compris, Qe riens y falt; dont l’en doit doner pris A vous, ma doulce dame gloriouse, Si vous fuissetz un poi plus amerouse.[760]

3. Jeo sui del tout, ma dame, en vo pooir,[761] Come cil qui sui par droit amour soubgis De noet et jour pour faire vo voloir, Et dieus le sciet qe ceo n’est pas envis: Par quoi jeo quiers vos graces et mercis; Car par reson vous me serretz pitouse, 20 Si vous fuissetz un poi plus amerouse.[760]

4. A vous, ma dame, envoie cest escris, Qe trop perestes belle et dangerouse: Meilour de vous om sciet en null paiis, Si vous fuissetz un poi plus amerouse.[760]

XII. 1. La dame a la Chalandre comparer Porrai, la quelle en droit de sa nature Desdeigne l’omme a tiel point reguarder, Quant il serra de mort en aventure. Et c’est le pis des griefs mals qe j’endure, Vo tresgent corps, ma dame, quant jeo voie Et le favour de vo reguard procure, Danger ses oels destorne en autre voie.

2. Helas, quant pour le coer trestout entier, Qe j’ai doné sanz point de forsfaiture, 10 Ne me deignetz en tant reguerdoner, Q’avoir porrai la soule reguardure De vous, q’avetz et l’oill et la feture Dont jeo languis; car ce jeo me convoie, Par devant vous quant jeo me plus assure, Danger ses oels destorne en autre voie.

3. Si tresbeals oels sanz merci pour mirer N’acorde pas, ma dame, a vo mesure: De vo reguard hostetz pourceo danger, Prenetz pité de vostre creature, 20 Monstrez moi l’oill de grace en sa figure, Douls, vair, riant et plein de toute joie; Car jesq’en cy, ou si jeo chante ou plure, Danger ses oels destorne en autre voie.

4. En toute humilité sanz mesprisure Jeo me compleigns, ensi come faire doie, Q’a moi, qui sui del tout soubtz vostre cure, Danger ses oels destorne en autre voie.

XIII. 1. Au mois de Marsz, u tant y ad muance, Puiss resembler les douls mals que j’endure: Ore ai trové, ore ai perdu fiance, Siq’en amer truis ma fortune dure; Qu’elle est sanz point, sanz reule et sanz mesure, N’ad pas egual le pois en sa balance, Ore ai le coer en ease, ore en destance.

2. Qant jeo remire al oill sanz variance[762] La gentilesce et la doulce figure, Le sens, l’onour, le port, la contenance 10 De ma tresnoble dame, en qui nature Ad toutz biens mis, lors est ma joie pure, Q’amour par sa tresdigne pourveance M’ad fait amer u tant y ad plesance.

3. Mais quant me vient la droite sovenance, Coment ma doulce dame est a dessure En halt estat, et ma nounsuffisance[763] Compense a si tresnoble creature, Lors en devient ma joie plus obscure[764] Par droit paour et par desesperance, 20 Qe lune quant eglips la desavance.

4. Pour vous, q’avetz ma vie en aventure, Ceste balade ai fait en remembrance: Si porte ades le jolif mal sanz cure, Tanq’il vous plest de m’en faire allegance.

XIIII. 1. Pour penser de ma dame sovereine, En qui tout bien sont plainement assis,[765] Qe riens y falt de ce dont corps humeine Doit par reson avoir loenge et pris, Lors sui d’amour si finement espris, Dont maintenant m’estoet soeffrir la peine Plus qe Paris ne soeffrist pour Heleine.

2. Tant plus de moi ma dame se desdeigne, Come plus la prie; et si jeo mot ne dis, Qe valt ce, lors qe jeo ma dolour meine 10 De ceo dont jeo ma dame n’ai requis? Ensi de deux jeo sui tant entrepris, Qe parler n’ose a dame si halteine, Et si m’en tais, jeo voi la mort procheine.

3. Mais si pités, qui les douls coers enseine,[766] Pour moi ne parle et die son avis, Et la fierté de son corage asseine, Et plie au fin q’elle ait de moi mercis, Jeo serrai mortz ou tant enmaladis, Ne puiss faillir del un avoir estreine; 20 Ensi, ma doulce dame, a vous me pleigne.

4. Ceste balade a vous, ma dame, escris, Q’a vous parler me falt du bouche aleine; Par quoi soubtz vostre grace jeo languis, Sanz vous avoir ne puiss ma joie pleine.

XV. 1. Com l’esperver qe vole par creance Et de son las ne poet partir envoie, De mes amours ensi par resemblance Jeo sui liez, sique par nulle voie Ne puiss aler, s’amour ne me convoie: Vous m’avetz, dame, estrait de tiele Mue, Combien qe vo presence ades ne voie, Mon coer remaint, que point ne se remue.

2. Soubtz vo constreignte et soubtz vo governance Amour m’ad dit qe jeo me supple et ploie, 10 Sicome foial doit faire a sa liegance, Et plus d’assetz, si faire le porroie: Pour ce, ma doulce dame, a vous m’otroie, Car a ce point j’ai fait ma retenue, Qe si le corps de moi fuist ore a Troie, Mon coer remaint, qe point ne se remue.

3. Sicome le Mois de Maii les prées avance,[767] Q’est tout flori quant l’erbe se verdoie, Ensi par vous revient ma contienance, De vo bealté si penser jeo le doie: 20 Et si merci me volt vestir de joie Pour la bounté qe vous avetz vestue, En tiel espoir, ma dame, uque jeo soie, Mon coer remaint, qe point ne se remue.

4. A vostre ymage est tout ceo qe jeo proie, Quant ceste lettre a vous serra venue; Q’a vous servir, come cil q’est vostre proie, Mon coer remaint, qe point ne se remue.

XVI. 1. Camelion est une beste fiere, Qui vit tansoulement de l’air sanz plus; Ensi pour dire en mesme la maniere, De soul espoir qe j’ai d’amour conçuz Sont mes pensers en vie sustenuz: Mais par gouster de chose qe jeo sente, Combien qe jeo le serche sus et jus,[768] Ne puiss de grace trover celle sente.

2. N’est pas ma sustenance assetz pleniere De vein espoir qe m’ad ensi repuz; 10 Ainz en devient ma faim tant plus amiere[769] D’ardant desir qe m’est d’amour accruz: De mon repast jeo sui ensi deçuz, Q’ove voide main espoir ses douns presente, Qe quant jeo quide meux estre au dessus En halt estat, jeo fais plus grief descente[770]

3. Quiqu’est devant, souhaid n’est pas derere Au feste quelle espoir avera tenuz; A volenté sanz fait est chamberere: Tiels officers sont ainçois retenuz, 20 Par ceux jeo vive et vuill ceo qe ne puiss, Ma fortune est contraire a mon entente; Ensi morrai, si jeo merci ne truis, Q’en vein espoir ascun profit n’avente.

4. A vous, en qui sont toutz bien contenuz, Q’es flour des autres la plus excellente,[771] Ceste balade avoec centmil salutz Envoie, dame, maisq’il vous talente.

XVII. 1. Ne sai si de ma dame la durtée Salvant l’estat d’amour jeo blamerai; Bien sai qe par tresfine loialté De tout mon coer la serve et serviray, Mais le guardon, s’ascun deservi ai, Ne sai coment, m’est toutdis eslongé: Dont jeo ma dame point n’escuseray; Tant meinz reprens, com plus l’averay doné.

2. A moun avis ceo n’est pas egalté, Solonc reson si jeo le voir dirrai, 10 A doner tout, coer, corps et volenté, Quant pour tout ceo reprendre ne porray D’amour la meindre chose qe jeo sai. Om dist, poi valt service q’est sanz fée; Mais ja pour tant ma dame ne lerray, Q’a lui servir m’ai tout abandoné.

3. Ma dame, qui sciet langage a plentée, Rien me respont quant jeo la prierai; Et s’ensi soit q’elle ait a moi parlée, D’un mot soulein lors sa response orrai, 20 A basse vois tantost me dirra, ‘nay.’ C’est sur toutz autres ditz qe jeo plus hee; Le mot est brief, mais qant vient a l’essay, La sentence est de grant dolour parée.

4. Ceste balade a celle envoieray, En qui riens falt fors soulement pitée: Ne puis lesser, maisque jeo l’ameray, Q’a sa merci jeo m’ai recomandé.

XVIII. 1. Les goutes d’eaue qe cheont menu L’en voit sovent percer la dure piere; Mais cest essample n’est pas avenu, Semblablement qe jeo de ma priere La tendre oraille de ma dame chiere Percer porrai, ainz il m’est defendu: Com plus la prie, et meinz m’ad entendu.

2. Tiel esperver crieis unqes ne fu, Qe jeo ne crie plus en ma maniere As toutz les foitz qe jeo voi temps et lu; 10 Et toutdis maint ma dame d’une chiere, Assetz plus dure qe n’est la rochiere.[772] Ne sai dont jeo ma dame ai offendu; Com plus la prie, et meinz m’ad entendu.

3. Le ciel amont de la justice dieu Trespercerai, si jeo les seintz requiere; Mais a ce point c’est ma dame abstenu, Qe toutdis clot s’oraille a ma matiere. Om perce ainçois du marbre la quarere, Q’elle ait a ma requeste un mot rendu;[773] 20 Com plus la prie, et meinz m’ad entendu.

4. La dieurté de ma dame est ensi fiere Com Diamant, qe n’est de riens fendu: Ceo lettre en ceo me serra messagiere; Com plus la prie, et meinz m’ad entendu.

XIX. 1. Om solt danter la beste plus salvage[774] Par les paroles dire soulement, Et par parole changer le visage, Et les semblances muer de la gent: Mais jeo ne voie ascun experiment, Qe de ma dame torne le corage; Celle art n’est pas dessoubtz le firmament Por atrapper un tiel oisel en cage.

2. Jeo parle et prie et serve et faitz hommage De tout mon coer entier, mais nequedent 10 Ne puis troever d’amour celle avantage, Dont ma tresdoulce dame ascunement Me deigne un soul regard pitousement Doner; mais plus qe Sibille le sage S’estrange, ensi qe jeo ne sai coment Pour atrapper un tiel oisel en cage.

3. Loigns de mon proeu et pres de mon damage, Jeo trieus toutdis le fin du parlement;[775] Ne sai parler un mot de tiel estage, Par quoi ma dame ne change son talent: 20 Sique jeo puiss veoir tout clierement Qe ma parole est sanz vertu volage, Et sanz exploit, sicom frivole au vent, Pour atrapper un tiel oisel en cage.[776]

4. Ma dame, en qui toute ma grace attent, Vous m’avetz tant soubgit en vo servage, Qe jeo n’ai sens, reson n’entendement, Pour atrapper un tiel oisel en cage.

XX. 1. Fortune, om dist, de sa Roe vire ades; A mon avis mais il n’est pas ensi, Car as toutz jours la troeve d’un reles, Qe jeo sai nulle variance en li, Ainz est en mes deseases establi, En bass me tient, q’a lever ne me lesse: De mes amours est tout ceo qe jeo di, Ma dolour monte et ma joie descresce.

2. Apres la guerre om voit venir la pes, Apres l’ivern est l’estée beal flori, 10 Mais mon estat ne voi changer jammes, Qe jeo d’amour porrai troever merci. He, noble dame, pour quoi est il ensi? Soubtz vostre main gist ma fortune oppresse, Tanq’il vous plest qe jeo serrai guari, Ma dolour monte et ma joie descresce.

3. Celle infortune dont Palamedes Chaoit, fist tant q’Agamenon chosi Fuist a l’empire: auci Diomedes, Par ceo qe Troilus estoit guerpi, 20 De ses amours la fortune ad saisi, Du fille au Calcas mesna sa leesce: Mais endroit moi la fortune est faili, Ma dolour monte et ma joie descresce.

4. Le coer entier avoec ceo lettre ci Envoie a vous, ma dame et ma dieuesce: Prenetz pité de mon trespovere cri, Ma dolour monte et ma joie descresce.

XXI. 1. Au solail, qe les herbes eslumine Et fait florir, jeo fai comparisoun De celle q’ad dessoubtz sa discipline Mon coer, mon corps, mes sens et ma resoun Par fin amour trestout a sa bandoun: Si menerai par tant joiouse vie, Et servirai de bon entencioun, Sanz mal penser d’ascune vilenie.

2. Si femme porroit estre celestine De char humeine a la creacion, 10 Jeo croi bien qe ma dame soit devine; Q’elle ad le port et la condicion De si tressainte conversacioun, Si plein d’onour, si plein de courtoisie, Q’a lui servir j’ai fait ma veneisoun, Sanz mal penser d’ascune vilenie.

3. Une autre tiele belle et femeline, Trestout le mond pour sercher enviroun,[777] Ne truist om, car elle ad de sa covine Honte et paour pour guarder sa mesoun, 20 N’i laist entrer ascun amant feloun: Dont sui joious, car jeo de ma partie La vuill amer d’oneste affeccioun, Sanz mal penser d’ascune vilenie.

4. Mirour d’onour, essample de bon noun, En bealté chaste et as vertus amie, Ma dame, jeo vous aime et autre noun, Sanz mal penser d’ascune vilenie.

XXII. 1. J’ai bien sovent oï parler d’amour, Mais ja devant n’esprovai la nature De son estat, mais ore au present jour Jeo sui cheeuz de soudeine aventure En la sotie, u jeo languis sanz cure, Ne sai coment j’en puiss avoir socour: Car ma fortune est en ce cas si dure, Q’ore est ma vie en ris, ore est en plour.

2. Pour bien penser jeo truiss assetz vigour, Mais quant jeo doi parler en ascune hure, 10 Le coer me falt de si tresgrant paour, Q’il hoste et tolt la vois et la parlure; Q’au peine lors si jeo ma regardure Porrai tenir a veoir la doulçour De celle en qui j’ai mis toute ma cure, Q’ore est ma vie en ris, ore est en plour.

3. Quant puiss mirer la face et la colour De ma tresdoulce dame et sa feture, Pour regarder en si tresbeal mirour[778] Jeo sui ravi de joie oultre mesure: 20 Mais tost apres, quant sui soulein, jeo plure, Ma joie ensi se melle de dolour, Ne sai quant sui dessoubtz ne quant dessure, Q’ore est ma vie en ris, ore est en plour.

4. A vous, tresbelle et bone creature, Salvant toutdis l’estat de vostre honour, Ceo lettre envoie: agardetz l’escripture, Q’ore est ma vie en ris, ore est en plour.

XXIII. 1. Pour un regard au primere acqueintance, Quant jeo la bealté de ma dame vi, Du coer, du corps trestoute m’obeissance Lui ai doné, tant sui d’amour ravi: Du destre main jeo l’ai ma foi plevi, Sur quoi ma dame ad resceu moun hommage, Com son servant et son loial ami; A bon houre est qe jeo vi celle ymage.

2. Par lui veoir sanz autre sustenance, Mais qe danger ne me soit anemi, 10 Il m’est avis de toute ma creance Q’as toutz les jours jeo viveroie ensi: Et c’est tout voir qe jeo lui aime si, Qe mieulx voldroie morir en son servage, Qe vivere ailours mill auns loigntain de li: A bone houre est qe jeo vi celle ymage.

3. De son consail ceo me dist esperance, Qe quant ma dame averai long temps servi Et fait son gré d’onour et de plesance, Lors solonc ceo qe j’averai deservi 20 Le reguerdoun me serra de merci; Q’elle est plus noble et franche de corage[779] Qe Maii, quant ad la terre tout flori: A bon houre est qe jeo vi celle ymage.

4. Ceo dit envoie a vous, ma dame, en qui La gentilesce et le treshalt parage Se monstront, dont espoir m’ad rejoï: A bon houre est qe jeo vi celle ymage.

XXIIII. 1. Jeo quide qe ma dame de sa mein M’ad deinz le coer escript son propre noun; Car quant jeo puiss oïr le chapellein Sa letanie dire et sa leçoun, Jeo ne sai nomer autre, si le noun; Car j’ai le coer de fin amour si plein, Q’en lui gist toute ma devocioun: Dieus doignt qe jeo ne prie pas en vein!

2. Pour penser les amours de temps longtein, Com la priere de Pigmalion 10 Faisoit miracle, et l’image au darrein De piere en char mua de s’oreisoun, J’ai graunt espoir de la comparisoun Qe par sovent prier serrai certein De grace; et pour si noble reguerdoun Dieus doignt qe jeo ne prie pas en vein!

3. Com cil qui songe et est en nouncertein, Ainz semble a lui qu’il vait tout environ Et fait et dit, ensi quant sui soulein, A moi parlant jeo fais maint question, 20 Despute et puis responde a ma resoun, Ne sai si jeo sui faie ou chose humein: Tiel est d’amour ma contemplacion; Dieus doignt qe jeo ne prie pas en vein!

4. A vous, qe m’avetz en subjeccion, Soul apres dieu si m’estes soverein, Envoie cette supplicacion: Dieus doignt qe jeo ne prie pas en vein!

XXV. 1. Ma dame, si ceo fuist a vo plesir, Au plus sovent jeo vous visiteroie;[780] Mais le fals jangle et le tresfals conspir De mesdisantz m’ont destorbé la voie,[781] Et vostre honour sur toute riens voldroie: Par quoi, ma dame, en droit de ma partie En lieu de moi mon coer a vous envoie; Car qui bien aime ses amours tard oblie.

2. Ils sont assetz des tiels qui de mentir Portont le clief pendant a lour curroie; 10 Du quoi, ma dame, jeo ne puiss sentir Coment aler, ainçois me torne envoie: Mais sache dieus, par tout uque jeo soie, D’entier voloir sanz nulle departie A vous me tiens, a vous mon coer se ploie; Car qui bien aime ses amours tard oblie.

3. De vo presence a long temps abstenir Grief m’est, en cas q’a force ensi feroie; Et d’autrepart, si jeo voldrai venir, Sanz vostre esgard ceo faire ne porroie: 20 Comandetz moi ceo qe jeo faire en doie,[782] Car vous avetz de moi la seignorie, Tout est en vous, ma dolour et ma joie; Car qui bien aime ses amours tard oblie.

4. As mesdisantz, dont bon amour s’esfroie, De male langue dieus les motz maldie; Q’en lour despit a vostre amour m’otroie; Car qui bien aime ses amours tard oblie.

XXVI. 1. Salutz honour et toute reverence, Com cil d’amour q’est tout vostre soubgit, Ma dame, a vous et a vostre excellence Envoie, s’il vous plest, d’umble espirit, Pour fare a vous plesance, honour, profit: De tout mon coer entier jeo le desire, Selonc le corps combien qe j’ai petit, Sanz autre doun le coer doit bien suffire.

2. Qui donne soi, c’est une experience Qe l’autre bien ne serront escondit: 10 Si plein com dieus m’ad de sa providence Fait et formé, si plein sanz contredit Soul apres lui, ma dame, en fait et dit Vous donne; et si Rois fuisse d’un Empire, Tout est a vous: mais en amour perfit Sanz autre doun le coer doit bien suffire.

3. Primer quant vi l’estat de vo presence, En vous mirer me vint si grant delit, Q’unqes depuiss d’ascune negligence Mon coer pensant vostre bealté n’oublit: 20 Par quoi toutdis me croist celle appetit De vous amer, plus qe ne porrai dire;[783] Et pour descrire amour en son droit plit, Sanz autre doun le coer doit bien suffire.

4. A vous, ma dame, envoie ceste escript, Ne sai si vo danger le voet despire; Mais si reson soit en ce cas eslit, Sanz autre doun le coer doit bien suffire.

XXVII. 1. Ma dame, quant jeo vi vostre oill [vair et] riant, Cupide m’ad ferru de tiele plaie Parmi le coer d’un dart d’amour ardant, Qe nulle medicine m’est verraie, Si vous n’aidetz; mais certes jeo me paie, Car soubtz la cure de si bone mein Meulx vuil languir qe sanz vous estre sein.

2. Amour de sa constreignte est un tirant, Mais sa banere quant merci desplaie, Lors est il suef, courtois et confortant: 10 Ceo poet savoir qui la fortune essaie; Mais combien qu’il sa grace me deslaie, Ma dame, jeo me tiens a vous certein; Mieulx vuill languir qe sanz vous estre sein.

3. Ensi ne tout guari ne languisant, Ma dame, soubtz l’espoir de vo manaie Je vive, et sui vos graces attendant, Tanque merci ses oignementz attraie, Et le destroit de ma dolour allaie: Mais si guaris ne soie enquore au plein, 20 Mieulx vuill languir qe sanz vous estre sein.

4. Pour vous, q’avetz la bealté plus qe faie, Ceo lettre ai fait sanz null penser vilein: Parentre deus combien qe jeo m’esmaie, Mieulx vuill languir qe sanz vous estre sein.

XXVIII. 1. Dame, u est ore celle naturesce, Qe soloit estre en vous tiel temps jeo vi, Q’il ne vous plest de vostre gentilesce Un soul salutz mander a vostre ami? Ne quier de vous forsque le coer demi, Et vous avetz le mien trestout entier: Om voit sovent de petit poi doner.

2. Les vertus de franchise et de largesce Jeo sai, ma dame, en vous sont establi; Et vous savetz ma peine et ma destresce, 10 Dont par dolour jeo sui sempres faili En le defalte soul de vo merci, Q’il ne vous plest un mot a moi mander: Om voit sovent de petit poi doner.

3. Tout qanque j’ai, ma dame, a vo noblesce De coer et corps jeo l’ai doné parmi; Par quoi ne vous desplese, en ma simplesce De vostre amour si jeo demande ensi; Car cil qui done il ad doun deservi, Loial servant doit avoir son loer: 20 Om voit sovent de petit poi doner.

4. Ma doulce dame, qui m’avetz oubli, Prenetz ceo dit de moi pour remembrer, Et mandetz moi de vos beals ditz auci; Q’om voit sovent de petit poi doner.

XXIX. 1. Par droite cause et par necessité, Q’est sanz feintise honeste et resonable, M’ai par un temps de vous, dame, eslongé, Dont par reson jeo serroie excusable: Mais fame, q’est par les paiis volable, De vo corous me dist novelle ades; Si m’ad apris, et jeo le croi sanz fable, Q’est d’amour loigns est de desease pres.

2. Si vous, ma dame, scieussetz ma pensé, Q’a vous servir remaint toutditz estable, 10 Ne serrai point sanz cause refusé: Car jeo vous tiens si bone et merciable, Qe jeo, q’a vous sui toutditz serviçable, Et de mon grée ne vuill partir jammes, Vo grace averai; et c’est tout veritable, Q’est d’amour loigns est de desease pres.

3. Le fait de l’omme est en la volenté, Car qui bien voet par droit est commendable; Et pourcella, ma tresbelle honourée, Hostetz corous et soietz amiable: 20 Si riens ai fait q’a vous n’est pas greable, De vo merci m’en donetz un reles; Q’ore a l’essai la chose est bien provable, Q’est d’amour loigns est de desease pres.

4. Ma graciouse dame et honourable, Ceste balade a vous pour sercher pes Envoie; car jeo sui assetz creable, Q’est d’amour loigns est de desease pres.

XXX. 1. Si com la Nief, quant le fort vent tempeste, Par halte mier se torne ci et la, Ma dame, ensi moun coer maint en tempeste, Quant le danger de vo parole orra; Le Nief qe vostre bouche soufflera[784] Me fait sigler sur le peril de vie: Q’est en danger, falt qu’il merci supplie.

2. Rois Uluxes, sicom nous dist la geste, Vers son paiis de Troie qui sigla, N’ot tiel paour du peril et moleste, 10 Quant les Sereines en la Mier passa, Et le danger de Circes eschapa,[785] Qe le paour n’est plus de ma partie: Q’est en danger, falt qu’il merci supplie.

3. Danger, qui tolt d’amour toute la feste, Unqes un mot de confort ne sona; Ainz plus cruel qe n’est la fiere beste, Au point quant danger me respondera, La chiere porte, et quant le nai dirra, Plus que la mort m’estone celle oïe:[786] 20 Q’est en danger, falt qu’il merci supplie.

4. Vers vous, ma bone dame, horspris cella Qe danger maint en vostre compainie, Ceste balade en mon message irra: Q’est en danger, falt qu’il merci supplie.

XXXI. 1. Ma belle dame, bone et graciouse, Si pour bealté l’en doit amour doner, La bealté, dame, avetz si plentevouse, Qe vo bealté porra nulls coers passer, Qe ne l’estoet par fine force amer, Et obeïr d’amour la discipline Par soulement vo bealté regarder: Car bon amour a les vertus encline.

2. Et si bounté, q’est assetz vertuouse De sa nature, amour porra causer, 10 Vous estes, dame, assetz plus bountevouse Q’ascun amant le purra deviser: Et ceo me fait vostre amour desirer Secondement apres l’amour divine, Pour chier tenir, servir et honourer; Car bon amour a les vertus encline.[787]

3. Et si la sort de grace est amourouse, Lors porrai bien, ma dame, tesmoigner, Vo grace entre la gent est si famouse, Q’a quelle part qe jeo me vuil torner, 20 Jeo puiss oïr vo grace proclamer: Toutz en parlont et diont lour covine,[788] L’om est benoit qui vous purroit happer; Car bon amour a les vertus encline.

4. Ma dame, en qui sont trestout bien plener, Tresfressche flour, honeste et femeline, Ceste balade a vous fais envoier; Car bon amour a les vertus encline.

XXXII. 1. Cest aun novell Janus, q’ad double face, L’yvern passer et l’estée voit venant: Comparison de moi si j’ensi face, Contraire a luy mes oills sont regardant, Je voi l’ivern venir froid et nuisant,[789] Et l’estée vait, ne sai sa revenue; Q’amour me poignt et point ne me salue.

2. La cliere Estée, qui le solail embrace, Devient obscure a moi, siq’ au devant[790] L’yvern me tolt d’amour toute la grace: 10 Dont par dolour jeo sui mat et pesant, Ne sai jeuer, ne sai chanter par tant, Ainz sui covert dessoubtz la triste Nue; Q’amour me poignt et point ne me salue.

3. Vo bealté croist, q’a null temps se desface; Pourceo, ma dame, a vous est acordant Qe vo bounté se monstre en toute place: Mais jeo, pour quoi qe sui tout vo servant, Ne puis veoir de grace ascun semblant, C’est une dure et forte retenue; 20 Q’amour me poignt et point ne me salue.

XXXIII. 1. Au comencer del aun present novell Mon corps ove tout le coer a bone estreine Jeo done a vous, ma dame, sanz repell, Pour le tenir sicom vostre demeine: Ne sai conter les joies que jeo meine De vous servir, et pour moi guardoner, Si plus n’y soit, donetz le regarder.

2. Ne quier de vous avoir autre Juel Fors soulement vostre ameisté certeine; Guardetz vo Nouche, guardetz le vostre anel, 10 Vo beal semblant m’est joie sovereine, Q’a mon avis toute autre chose est veine: Et s’il vous plest, ma dame, sanz danger, Si plus n’y soit, donetz le regarder.

3. L’en solt toutditz au feste de Noël Reprendre joie et hoster toute peine, Et doner douns; mais jeo ne demande el, De vo noblesce si noun q’il vous deigne Doner a moi d’amour ascune enseigne, Dont jeo porrai ma fortune esperer: 20 Si plus n’y soit, donetz le regarder.

4. A vous, ma doulce dame treshalteine, Ceste balade vait pour desporter; Et pour le bounté dont vous estes pleine, Si plus n’y soit, donetz le regarder.

XXXIIII. 1. Saint Valentin l’amour et la nature De toutz oiseals ad en governement; Dont chascun d’eaux semblable a sa mesure Une compaigne honeste a son talent Eslist tout d’un acord et d’un assent: Pour celle soule laist a covenir Toutes les autres, car nature aprent, U li coers est, le corps falt obeïr.

2. Ma doulce dame, ensi jeo vous assure Qe jeo vous ai eslieu semblablement; 10 Sur toutes autres estes a dessure De mon amour si tresentierement, Qe riens y falt par quoi joiousement De coer et corps jeo vous voldrai servir: Car de reson c’est une experiment, U li coers est, le corps falt obeïr.

3. Pour remembrer jadis celle aventure De Alceone et Ceïx ensement, Com dieus muoit en oisel lour figure, Ma volenté serroit tout tielement, 20 Qe sanz envie et danger de la gent Nous porroions ensemble par loisir Voler tout francs en nostre esbatement: U li coers est, le corps falt obeïr.

4. Ma belle oisel, vers qui mon pensement S’en vole ades sanz null contretenir, Pren cest escript, car jeo sai voirement, U li coers est, le corps falt obeïr.

XXXV. 1. Saint Valentin plus qe null Emperour Ad parlement et convocacion Des toutz oiseals, qui vienont a son jour, U la compaigne prent son compaignon En droit amour; mais par comparison D’ascune part ne puiss avoir la moie: Qui soul remaint ne poet avoir grant joie.

2. Com la fenix souleine est au sojour En Arabie celle regioun, Ensi ma dame en droit de son amour[791] 10 Souleine maint, ou si jeo vuill ou noun, N’ad cure de ma supplicacion, Sique d’amour ne sai troever la voie: Qui soul remaint ne poet avoir grant joie.

3. O com nature est pleine de favour A ceos oiseals q’ont lour eleccion! O si jeo fuisse en droit de mon atour En ceo soul cas de lour condicioun! Plus poet nature qe ne poet resoun, En mon estat tresbien le sente et voie: 20 Qui soul remaint ne poet avoir grant joie.

4. Chascun Tarcel gentil ad sa falcoun, Mais j’ai faili de ceo q’avoir voldroie: Ma dame, c’est le fin de mon chançoun, Qui soul remaint ne poet avoir grant joie.

XXXVI. 1. Pour comparer ce jolif temps de Maii, Jeo le dirrai semblable a Paradis; Car lors chantont et Merle et Papegai, Les champs sont vert, les herbes sont floris, Lors est nature dame du paiis; Dont Venus poignt l’amant au tiel assai, Q’encontre amour n’est qui poet dire Nai.

2. Qant tout ceo voi et qe jeo penserai Coment nature ad tout le mond suspris, Dont pour le temps se fait minote et gai, 10 Et jeo des autres sui soulein horpris, Com cil qui sanz amie est vrais amis, N’est pas mervaile lors si jeo m’esmai, Q’encontre amour n’est qui poet dire Nai.[792]

3. En lieu de Rose urtie cuillerai, Dont mes chapeals ferrai par tiel devis, Qe toute joie et confort jeo lerrai, Si celle soule, en qui j’ai mon coer mis, Selonc le point qe j’ai sovent requis, Ne deigne alegger les griefs mals qe j’ai; 20 Q’encontre amour n’est qui poet dire Nai.

4. Pour pité querre et pourchacer mercis, Va t’en, balade, u jeo t’envoierai; Q’ore en certein jeo l’ai tresbien apris, Q’encontre amour n’est qui poet dire Nai.[793]

XXXVII. 1. El Mois de Maii la plus joiouse chose[794] C’est fin amour, mais vous, ma dame chiere, Prenetz a vous plustost la ruge Rose[795] Pour vo desport, et plus la faites chiere Qe mon amour ove toute la priere Qe vous ai fait maint jour y ad passé: Vous estes franche et jeo sui fort lié.

2. Jeo voi toutplein des flours deinz vo parclose, Privé de vous mais jeo sui mis derere, N’y puiss entrer, qe l’entrée m’est forclose. 10 Jeo prens tesmoign de vostre chamberere, Qe sciet et voit trestoute la matiere, De si long temps qe jeo vous ai amé: Vous estes franche et jeo sui fort lié.

3. Qant l’erbe croist et la flour se desclose, Maii m’ad hosté de sa blanche banere, Dont pense assetz plus qe jeo dire n’ose De vous, ma dame, qui m’estes si fiere; A vo merci car si jeo me refiere,[796] Vostre danger tantost m’ad deslaié: 20 Vous estes franche et jeo sui fort lié.

4. En le douls temps ma fortune est amiere, Le Mois de Maii s’est en yvern mué, L’urtie truis, si jeo la Rose quiere: Vous estes franche et jeo sui fort lié.

XXXVIII 1. Sicom la fine piere Daiamand De sa nature attrait le ferr au soi, Ma dame, ensi vo douls regard plesant Par fine force attrait le coer de moi: N’est pas en mon poair, qant jeo vous voi, Qe ne vous aime oultre mesure ensi, Qe j’ai pour vous toute autre chose oubli.

2. Soubtz ciel n’est oill, maisq’il vous soit voiant, Qu’il n’ait le coer tantost deinz son recoi[797] Suspris de vostre amour et suspirant: 10 De tout le monde si jeo fuisse Roi, Trop fuist petit, me semble en bone foi, Pour vous amer, car jeo sui tant ravi, Qe j’ai pour vous toute autre chose oubli.

3. Toutes vertus en vous sont apparant, Qe nature poet doner de sa loi, Et dieus vous ad doné le remenant Des bones mours; par quoi tresbien le croi Qe jeo ne puiss amer meilour de toi: Vostre bealté m’ad tielement saisi, 20 Qe j’ai pour vous toute autre chose oubli.

4. D’omble esperit, sicom jeo faire doi, U toute grace son hostell ad basti[798] Ceo lettre envoie ove si tresfin otroi, Qe j’ai pour vous toute autre chose oubli.

XXXIX 1. En vous, ma doulce dame sovereine, Pour remembrer et sercher les vertus, Si bounté quier, et vous en estes pleine,[799] Si bealté quier, vous estes au dessus, Si grace quier, vous avetz le surplus; Qe riens y falt de ceo dont char humeine Doit avoir pris, car c’est tresbien conuz, Molt est benoit q’ove vous sa vie meine.

2. Qui vo persone en son corage asseine, Trop ad dur coer s’il ne soit retenuz 10 Pour vous servir come a sa capiteine: Pour moi le di, q’a ceo me sui renduz, Et si vous ai de rien, dame, offenduz, Vous me poetz sicom vostre demeine Bien chastier; q’en vostre amour jeo trieus, Molt est benoit q’ove vous sa vie meine.

3. N’est un soul jour de toute la semeine, El quell deinz soi mon coer milfoitz et pluis De vous ne pense: ascune foitz me pleigne, Et c’est quant jeo sui loign; mais quant venuz Sui en presence, uque vous ai veeuz, 21 Lors est sur tout ma joie plus certeine: Ensi de vous ma reson ai concluz, Molt est benoit q’ove vous sa vie meine.

4. Ma dame, en qui tout bien sont contenuz, Ceo lettre envoie a vo noblesce halteine Ove Mil et Mil et Mil et Mil salutz: Molt est benoit q’ove vous sa vie meine.

XL. 1. Om dist, promesses ne sont pas estables; Ceo piert en vous, ma dame, au tiele enseigne, Qe les paroles avetz amiables, Mais en vos faitz vous n’estes pas certeine. Vous m’avetz fait com jadis fist Heleine, Quant prist Paris et laissa Menelai; Ne puiss hoster, maisque de vous me pleigne: Loials amours se provont a l’essai.

2. Si vos promesses fuissent veritables, Sur vo parole q’estoit primereine 10 Vous ne serretz, ma dame, si changables, Pour lesser qe vous avetz en demeine Et prendre ailours la chose q’est foreine. Vous savetz bien, ma dame, et jeo le sai, Selonc qe le proverbe nous enseine, Loials amours se provont a l’essai.

3. Qant verité d’amour se torne en fables, Et qe vergoigne pas ne le restreigne Parmi les voies qe sont honourables, N’est un vertu qe la fortune meine. 20 Vostre ameisté vers un n’est pas souleine, Ainz est a deux: c’est un chaunçon verrai, Dont chanterai sovent a basse aleine, Loials amours se provont a l’essai.

4. A dieu, ma joie, a dieu, ma triste peine, Ore est yvern, qe soloit estre Maii; Ne sai pour quoi Cupide me desdeigne: Loials amours se provont a l’essai.

XLI. 1. Des fals amantz tantz sont au jour present, Dont les amies porront bien doloir: Cil qui plus jure et fait son serement De bien amer, plus pense a decevoir. Jeo sui de celles une, a dire voir, Qui me compleigns d’amour et sa feintise; Par quoi, de fals amantz pour peas avoir, Bon est qe bone dame bien s’avise.

2. Ascuns y ad qui voet bien amer sent, Et a chascune il fait bien assavoir 10 Qu’il l’aime sanz nulle autre soulement: Par tiel engin destorne le savoir De l’innocent, qe quide recevoir De ses amours la loialté promise: Mais pour guarder s’onour et son devoir, Bon est qe bone dame bien s’avise.

3. Les lievres de la bouche q’ensi ment Cil tricheour tant beal les sciet movoir,[800] Q’a peine est nulle qe parfitement Sache en ceo point le mal aparcevoir: 20 Mais cil q’ensi d’amour son estovoir Pourchace, ad bien deservi la Juise; Si dis pource q’a tiel mal removoir Bon est qe bone dame bien s’avise.

4. Tu q’es au matin un et autre au soir, Ceste balade envoie a ta reprise, Pour toi guerpir et mettre a nonchaloir: Bon est qe bone dame bien s’avise.

XLII. 1. Semblables sont la fortune et les dées Au fals amant, quant il d’amour s’aqueinte; Sa loialté pleine est des falsetés, Plustost deçoit, quant il se fait plus queinte:[801] A toi le di, q’as trahi femme meinte, Ceo q’as mespris restorer ne poetz, Et pourcella, de ta falsine atteinte Si tu voldras briser l’estrein, brisetz.

2. Trop tard conu m’est ceo qe fait avetz, Qe m’as hosté de toi par tiele empeinte, 10 Qe jammais jour ne serrai retournetz Pour obeïr n’a toi n’a ta constreignte.[802] He, fals amis, com ta parole est feinte! Les viels promesses toutes sont quassetz, Trop as en toi la gentilesce exteinte: Si tu voldras briser l’estrein, brisetz.

3. O tu, mirour des mutabilitées, Des fals amantz en toi l’image est peinte, Tes sens se muent en subtilitées, Sil q’ensi fait n’ad pas la vie seinte. 20 Tu as derrour la conscience enceinte, Dont fraude et malengin sont engendrez; Tu as vers moi ta loialté si freinte, Si tu voldras briser l’estrein, brisetz.

4. En les malvois malice n’est restreignte, Tu n’en serras de ta part escusez; As toutz amantz jeo fais ceste compleignte: Si tu voldras briser l’estrein, brisetz.

XLIII. 1. Plus tricherous qe Jason a Medée,[803] A Deianire ou q’Ercules estoit,[804] Plus q’Eneas, q’avoit Dido lessée,[805] Plus qe Theseüs, q’Adriagne amoit, Ou Demephon, quant Phillis oublioit, Je trieus, helas, q’amer jadis soloie: Dont chanterai desore en mon endroit, C’est ma dolour, qe fuist ainçois ma joie.

2. Unqes Ector, q’ama Pantasilée, En tiele haste a Troie ne s’armoit, 10 Qe tu tout nud n’es deinz le lit couché, Amis as toutes, quelqe venir doit, Ne poet chaloir, mais q’une femne y soit; Si es comun plus qe la halte voie. Helas, qe la fortune me deçoit, C’est ma dolour, qe fuist ainçois ma joie,

3. De Lancelot si fuissetz remembré, Et de Tristrans, com il se contenoit, Generides, Florent, Partonopé,[806] Chascun de ceaux sa loialté guardoit. 20 Mais tu, helas, q’est ceo qe te forsvoit De moi, q’a toi jammais null jour falsoie? Tu es a large et jeo sui en destroit, C’est ma dolour, qe fuist ainçois ma joie.

4. Des toutz les mals tu q’es le plus maloit, Ceste compleignte a ton oraille envoie; Santé me laist et langour me reçoit, C’est ma dolour, qe fuist ainçois ma joie.

XLIIII. 1. Vailant, courtois, gentil et renomée, Loial, verrai, certain de vo promesse, Vous m’avetz vostre corps et coer donné, Qe jeo resçoive et prens a grant leesce. Si jeo de Rome fuisse l’emperesse, Vostre ameisté refuserai jeo mie, Q’au tiel ami jeo vuill bien estre amie.

2. La halte fame qe l’en m’ad recontée De vo valour et de vo grant prouesse De joie m’ad l’oreille trespercée, 10 Et conforté le coer, siq’en destresce Ne puiss languir, ainz de vo gentilesce Pour remembrer sui des toutz mals guarie; Q’au tiel ami jeo vuil bien estre amie.

3. Et puisq’il est ensi de verité, Qe l’ameisté de vous vers moi se dresce, Le coer de moi vers vous s’est adrescée De bien amer par droite naturesce. Tresdouls amis, tenetz ma foi expresse, Ceo point d’acord tendrai toute ma vie, 20 Q’au tiel ami jeo vuill bien estre amie.

4. Par loialté, confort, chierté, tendresce, Ceste ma lettre, quoique nulls en die,[807] Ove tout le coer envoie a vo noblesce; Q’au tiel ami jeo vuill bien estre amie.

XLV. 1. Ma dame, jeo vous doi bien comparer Au cristall, qe les autres eslumine; Car celle piere qui la poet toucher De sa vertu reçoit sa medicine, Si en devient plus preciouse et fine:[808] Ensi pour vo bounté considerer Toutz les amantz se porront amender.

2. Vostre figure auci pour deviser, La chiere avetz et belle et femeline, Du quelle, qant jeo me puiss aviser, 10 Jeo sui constreint, ensi com de famine, Pour vous amer de tiele discipline, Dont m’est avis qe pour vous essampler Toutz les amantz se porront amender.

3. El Cristall dame om porra bien noter Deux propretés semblable a vo covine: Le Cristall est de soi et blanc et clier; Dieus et nature ensi par double line Vous ont de l’un et l’autre fait saisine: Par quoi des biens qe vous avetz pleiner 20 Toutz les amantz se porront amender.

4. Ceste balade, dame, a vous encline Envoie pour vos graces commender: De vostre essample et de vostre doctrine Toutz les amantz se porront amender.

XLVI. 1. En resemblance d’aigle, qui surmonte Toute autre oisel pour voler au dessure, Tresdouls amis, vostre amour tant amonte Sur toutz amantz, par quoi jeo vous assure De bien amer, sauf toutdis la mesure De mon honour, le quell jeo guarderai: Si parler n’ose, ades jeo penserai.

2. Par les paiis la fame vole et conte Coment prouesce est toute en vostre cure, Et quant jeo puiss oïr si noble conte 10 De vo valour, jeo met toute ma cure, A mon poair dont vostre honour procure: Mais pour les gentz tresbien m’aviserai; Si parler n’ose, ades jeo penserai.

3. Entre nous dames, quant mettons a la compte Vo noble port et vo fiere estature, Lors en deviens un poi rugge pour honte,[809] Mais jeo le torne ensi par envoisure, Q’aparcevoir null poet la coverture: Par tiel colour en joie jeo m’esmai; 20 Si parler n’ose, ades jeo penserai.

4. A vous, q’avetz d’onour celle aventure, Qe vos valours toutz passont a l’essai, Droitz est q’amour vous rende sa droiture: Si parler n’ose, ades jeo penserai.

XLVII. 1. Li corps se tient par manger et par boire, Et fin amour le coer fait sustenir, Mais plus d’assetz est digne la memoire De vrai amour, qui le sciet maintenir: Pourceo, ma dame, a vous me vuill tenir, De tiel amour qe ja ne falsera: N’est pas oiceus sil qui bien amera.

2. Des tiels y ad qui sont d’amour en gloire, Par quoi li coers se poet bien rejoïr; Des tiels y ad qui sont en purgatoire, 10 Qe mieulx lour fuist assetz de mort morir; Ascuns d’espoir ont pris le vein desir, Dont sanz esploit l’amant souhaidera: N’est pas oiceus sil qui bien amera.

3. De fin amour qui voet savoir l’istoire, Il falt q’il sache et bien et mal suffrir; Plus est divers qe l’en ne porra croire: Et nepourquant ne m’en puiss abstenir, Ainz me covient amer, servir, cherir La belle en qui moun coer sojournera: 20 N’est pas oiceus sil qui bien amera.

4. Demi parti de joie et de suspir Ceste balade a vous, ma dame, irra; Q’en la santé d’amour m’estoet languir: N’est pas oiceus sil qui bien amera.

XLVIII. 1. Amour est une chose merveilouse, Dont nulls porra savoir le droit certein; Amour de soi est la foi tricherouse, Qe plus promette et meinz apporte au mein;[810] Le riche est povere et le courtois vilein, L’espine est molle et la rose est urtie: En toutz errours amour se justefie.

2. L’amier est douls et la doulçour merdouse,[811] Labour est ease et le repos grievein, Le doel plesant, la seurté perilouse, 10 Le halt est bass, si est le bass haltein,[812] Qant l’en mieulx quide avoir, tout est en vein, Le ris en plour, le sens torne en folie En toutz errours amour se justefie.

3. Amour est une voie dangereuse, Le pres est loign, et loign remaint proschein; Amour est chose odible et graciouse, Orguil est humble et service est desdeign, L’aignelle est fiere et le leon humein, L’oue est en cage, la merle est forsbanie:[813] 20 En toutz errours amour se justifie.

4. Ore est amour salvage, ore est soulein, N’est qui d’amour poet dire la sotie; Amour est serf, amour est soverein; En toutz errours amour se justifie.[814]

XLIX. 1. As bons est bon et a les mals malvois[815] Amour, qui des natures est regent; Mais l’omme qui de reson ad le pois, Cil par reson doit amer bonement: Car qui deinz soi sanz mal penser comprent De bon amour la verité pleinere, Lors est amour d’onour la droite miere.

2. Bon amour doit son dieu amer ainçois, Qui son dieu aime il aime verraiment, Si ad de trois amours le primer chois; 10 Et apres dieu il doit secondement Amer son proesme a soi semblablement; Car cil q’ensi voet guarder la maniere, Lors est amour d’onour la droite miere.

3. Le tierce point dont amour ad la vois, Amour en son endroit ceo nous aprent Soubtz matrimoine de les seintes lois, Par vie honeste et nonpas autrement. En ces trois pointz gist tout l’experiment[816] De boun amour, et si j’ensi le quiere, 20 Lors est amour d’onour la droite miere.

4. De bon amour, pour prendre avisement, Jeo vous ai dit la forme et la matiere; Car quique voet amer honestement, Lors est amour d’onour la droite miere.

L. 1. De vrai honour est amour tout le chief, Qui le corage et le memorial Des bones mours fait guarder sanz meschief: De l’averous il fait franc et loial, Et de vilein courtois et liberal, Et de couard plus fiers qe n’est leoun;[817] De l’envious il hoste tout le mal: Amour s’acorde a nature et resoun.

2. Ceo q’ainz fuist aspre, amour le tempre suef, Si fait du guerre pes, et est causal 10 Dont toute vie honeste ad soun relief. Sibien les choses qe sont natural, Com celles qe sont d’omme resonal, Amour par tout sa jurediccioun Claime a tenir, et par especial Amour s’acorde a nature et resoun.

3. Au droit amant riens est pesant ne grief, Dont conscience en soun judicial Forsvoit, mais li malvois plus qe la Nief Est en tempeste, et ad son governal 20 D’onour perdu; sique du pois egual La fortune est et la condicioun De l’omme, et sur tout le plus cordial Amour s’acorde a nature et resoun. 4. N’est qui d’amour poet dire le final; Mais en droit moi c’est la conclusioun, Qui voet d’onour sercher l’original, Amour s’acorde a nature et reson.

<LI.> 1. Amour de soi est bon en toute guise, Si resoun le governe et justifie; Mais autrement, s’il naist de fole emprise, N’est pas amour, ainz serra dit sotie. Avise soi chascuns de sa partie, Car ma resoun de novell acqueintance M’ad fait amer d’amour la plus cherie[818] Virgine et miere, en qui gist ma creance.

2. As toutes dames jeo doi moun servise Abandoner par droite courtasie, 10 Mais a ma dame pleine de franchise Pour comparer n’est une en ceste vie. Qui voet amer ne poet faillir d’amie, Car perdurable amour sanz variance Remaint en luy, com celle q’est florie[819] De bien, d’onour, de joie et de plesance.

3. De tout mon coer jeo l’aime et serve et prise, Et amerai sanz nulle departie; Par quoi j’espoir d’avoir ma rewardise, Pour quelle jeo ma dame ades supplie: 20 C’est, qant mon corps lerra la compaignie De m’alme, lors lui deigne en remembrance D’amour doner a moi le pourpartie, Dont puiss avoir le ciel en heritance.

* * * * *

O gentile Engleterre, a toi j’escrits, Pour remembrer ta joie q’est novelle, Qe te survient du noble Roi Henris, Par qui dieus ad redrescé ta querele: A dieu purceo prient et cil et celle, Q’il de sa grace au fort Roi coroné Doignt peas, honour, joie et prosperité.

=Expliciunt carmina Iohannis Gower, que Gallice composita Balades dicuntur.=

TRAITIÉ[820]

=Puisqu’il[822] ad dit ci devant en Englois par voie d’essample la sotie de cellui[823] qui par amours aime par especial, dirra ore apres en François[824] a tout le monde en general un[825] traitié selonc les auctours pour essampler les amantz marietz, au fin q’ils la foi[826] de lour seintes espousailes pourront[827] par fine loialté guarder, et al honour de dieu salvement tenir.=

[Sidenote: Qualiter creator omnium rerum deus hominem duplicis nature, ex anima racionali et humana carne, in principio nobilem creauit; et qualiter anima ex sue creacionis priuilegio super corpus dominium possidebit.[821]]

I. 1. Le creatour de toute creature, Qui l’alme d’omme ad fait a son ymage, Par quoi le corps de reson et nature Soit attempré per jouste governage, Il done al alme assetz plus d’avantage; Car il l’ad fait discrete et resonable, Dont sur le corps raison ert conestable.[828]

2. En dieu amer celle alme ad sa droiture, Tant soulement pour fermer le corage En tiel amour u nulle mesprisure 10 De foldelit la poet mettre en servage De frele char, q’est toutdis en passage:[829] Mais la bone alme est seinte et permanable; Dont sur le corps raison ert conestable.[830]

3. En l’alme gist et raison et mesure,[831] Dont elle avera le ciel en heritage; Li corps selonc la char pour engendrure Avera la bone espouse en mariage; Qui sont tout une chose et un estage, Qe l’un a l’autre soient entendable: 20 Dont sur le corps raison ert conestable.

[Sidenote: Qualiter spiritus, vt celum impleatur, castitatem affectat, et corpus, vt genus humanum in terra multiplicetur, coniugii copulam carnaliter concupiscit.]

II. 1. De l’espirit l’amour quiert continence, Et vivre chaste en soul dieu contemplant; Li corps par naturele experience Quiert femme avoir, dont soit multipliant; Des bones almes l’un fait le ciel preignant, Et l’autre emplist la terre de labour: Si l’un est bon, l’autre est assetz meilour.

2. A l’espirit qui fait la providence Ne poet failir de reguerdon suiant.[832] Plus est en l’alme celle intelligence, 10 Dont sanz null fin l’omme en serra vivant,[833] Qe n’est le corps en ses fils engendrant; Et nepourqant tout fist le creatour:[834] Si l’un est bon, l’autre est assetz meilour.

3. A l’espirit dieus dona conscience, Par quelle om ert du bien et mal sachant. Le corps doit pas avoir la reverence, Ainz ert a l’alme et humble et obeissant; Mais dieus, qui les natures vait creant, Et l’un et l’autre ad mis en son atour: 20 Si l’un est bon, l’autre est assetz meilour.

[Sidenote: Qualiter virginalis castitas in gradu suo matrimonio prefertur: ambo tamen sub sacre conversacionis disciplina deo creatori placabilia constitunt.]

III. 1. Au plus parfit dieus ne nous obligea,[835] Mais il voet bien qe nous soions parfitz. Cist homme a dieu sa chasteté dona, Et cist en dieu voet estre bons maritz:[836] S’il quiert avoir espouse a son avis,[837] Il plest a dieu de faire honeste issue Selonc la loi de seinte eglise due.[838]

2. Primerement qant mesmes dieus crea[839] Adam et Eve en son saint paradis, L’omme ove la femme ensemble maria, 10 Dont ait la terre en lour semense emplis: Lors fuist au point celle espousaile empris Du viele loi, et puis, qant fuist venue, Selonc la loi de seinte eglise due.[840]

3. Et puisque dieus qui la loi ordina En une char ad deux persones mis, Droitz est qe l’omme et femme pourcela Tout un soul coer eiont par tiel devis, Loiale amie avoec loials amis: C’est en amour trop belle retenue 20 Selonc la loi de seinte eglise due.[841]

[Sidenote: Qualiter honestas coniugii non ex libidinis[842] aut auaricie causa, set tantummodo quod sub lege generacio ad cultum dei fiat, primordia sua suscepit.]

IV. 1. Ovesque amour qant loialté s’aqueinte,[843] Lors sont les noeces bones et joiouses; Mais li guilers, qant il se fait plus queinte,[844] Par falssemblant les fait sovent doubtouses, A l’oill qant plus resemblont amorouses: C’est ensi come de stouppes une corde,[845] Qant le penser a son semblant descorde.

2. Celle espousaile est assetz forte et seinte, D’amour u sont les causes vertuouses: Si l’espousaile est d’avarice enceinte, 10 Et qe les causes soient tricherouses, Ja ne serront les noeces graciouses; Car conscience toutdis se remorde, Qant le penser a son semblant descorde.

3. Honest amour, q’ove loialté s’aqueinte,[846] Fait qe les noeces serront gloriouses; Et qui son coer ad mis par tiele empeinte, N’estoet doubter les changes perilouses. Om dist qe noeces sont aventurouses; Car la fortune en tiel lieu ne s’accorde,[847] 20 Qant le penser a son semblant descorde.

[Sidenote: Qualiter matrimonii sacramentum, quod ex duorum mutuo consensu sub fidei iuramento firmius astringitur, propter diuine vindicte offensam euitandam nullatenus dissolui debet.]

V. 1. Grant mervaile est et trop contre reson,[848] Q’om doit du propre chois sa femme eslire, Et puis confermer celle eleccion[849] Par espousaile, et puis apres desdire Sa foi, qant il de jour en jour desire Novell amour assetz plus qe la beste: Sa foi mentir n’est pas a l’omme honeste.

2. De l’espousailes la profession Valt plus d’assetz qe jeo ne puiss descrire: Soubtz cell habit prist incarnacion 10 De la virgine cil q’est nostre Sire: Par quoi, des toutes partz qui bien remire, En l’ordre de si tresseintisme geste[850] Sa foi mentir n’est pas a l’omme honeste.

3. De l’espousailes celle beneiçoun[851] Le sacrement de seinte eglise enspire:[852] C’est un liens, sanz dissolucioun[853] Q’om doit guarder; car quique voldra lisre Le temps passé, il avera cause a dire, Pour doubte de vengeance et de moleste,[854] 20 Sa foi mentir n’est pas a l’omme honeste.

[Sidenote: Nota hic contra illos qui nuper sponsalia sua violantes in penam grauis vindicte dilapsi sunt. Et primo narrat qualiter Nectanabus rex Egipti ex Olimpiade vxore Philippi regis Macedonie magnum Alexandrum in adulterio genuit, qui postea patrem suum fortuito casu interfecit.]

VI. 1. Nectanabus, qui vint en Macedoine D’Egipte, u qu’il devant ot rois esté, Olimpeas encontre matrimoine, L’espouse au roi Philipp, ad violé, Dont Alisandre estoit lors engendré: Mais quoique soit du primere envoisure, Le fin demoustre toute l’aventure.[855]

2. Cil q’est de pecché pres sa grace esloigne:[856] Ceo parust bien, car tiele destinée[857] Avint depuis, qe sanz nulle autre essoine[858] 10 Le fils occist le pere tout de grée.[859] Ore esgardetz coment fuist revengé D’avolterie celle forsfaiture: Le fin demoustre toute l’aventure.[855]

[Sidenote: Qualiter Vluxes Penolope sponsus in insula Cilli Circen ibidem reginam adulterando Thelogonum genuit, qui postea propriis manibus patrem suum mortaliter iaculo transfodit.]

3. Rois Uluxes pour plaire a sa caroigne Falsoit sa foi devers Penolopé; Avoec Circes fist mesme la busoigne, Du quoi son fils Thelogonus fuist née,[860] Q’ad puis son propre piere auci tué. Q’il n’est plesant a dieu tiele engendrure, 20 Le fin demoustre toute l’aventure.[855]

[Sidenote: Qualiter Hercules, qui Deianiram regis Calidonie filiam desponsauit, ipsam postea propter amorem Eolen Euricie Imperatoris filiam a se penitus amouit.[861] Vnde ipse cautelis Achelontis ex incendio postea periit.]

VII. 1. El grant desert d’Ynde superiour Cil qui d’arein les deux pilers fichoit,[862] Danz Hercules, prist femme a son honour Qe file au roi de Calidoine estoit;[863] Contre Achelons en armes conquestoit La belle Deianire par bataille.[864] C’est grant peril de freindre l’espousaile.

2. Bien tost apres tout changea cell amour[865] Pour Eolen, dont il s’espouse haoit: Celle Eolen fuist file a l’emperour[866] 10 D’Eurice, et Herculem tant assotoit, Q’elle ot de lui tout ceo q’avoir voloit. N’ert pas le fin semblable au comensaile; C’est grant peril de freindre l’espousaile.

3. Unqes ne fuist ne ja serra null jour, Qe tiel pecché de dieu vengé ne soit:[867] Car Hercules, ensi com dist l’auctour, D’une chemise, dont il se vestoit, Fuist tant deceu, qu’il soi mesmes ardoit.[868] De son mesfait porta le contretaille;[869] 20 C’est grant peril de freindre l’espousaile.

[Sidenote: Qualiter Iason vxorem suam Medeam relinquens Creusam Creontis regis filiam sibi carnaliter copulauit; vnde ipse cum duobus filiis suis postea infortunatus decessit.]

VIII. 1. Li prus Jason, q’en l’isle de Colchos Le toison d’or par l’aide de Medée Conquist, dont il d’onour portoit grant los,[870] Par tout le monde en court la renomée,[871] La joefne dame ove soi ad amenée De son paiis en Grece, et l’espousa. Freinte espousaile dieus le vengera.

2. Qant Medea meulx quide estre en repos Ove son mari, et q’elle avoit porté Deux fils de lui, lors changea le purpos,[872] 10 El quel Jason primer fuist obligé:[873] Il ad del tout Medeam refusé, Si prist la file au roi Creon Creusa. Freinte espousaile dieux le vengera.

3. Medea, q’ot le coer de dolour clos,[874] En son corous, et ceo fuist grant pité, Ses joefnes fils, quex ot jadis enclos[875] Deinz ses costées, ensi come forsenée[876] Devant les oels Jason ele ad tué. Ceo q’en fuist fait pecché le fortuna; 20 Freinte espousaile dieus le vengera.

[Sidenote: Qualiter Egistus, Climestram[877] regis Agamenontis vxorem adulterando, ipsum regem in lecto noctanter dormientem proditorie interfecit, cuius mortem Orestes filius eius crudelissime vindicauit.]

IX. 1. Cil avoltiers qui fait continuance En ses pecchés et toutdis se delite, Poi crient de dieu et l’ire et la vengeance: Du quoi jeo trieus une Cronique escrite[878] Pour essampler; et si jeo le recite, L’en poet noter par ceo qu’il signifie,[879] Horribles sont les mals d’avolterie.

2. Agamenon, q’ot soubtz sa governance De les Gregois toute la flour eslite, A Troie qant plus fuist en sa puissance, 10 S’espouse, quelle estoit Climestre dite, Egistus l’ot de fol amour soubgite, Dont puis avint meinte grant felonie: Horribles sont les mals d’avolterie.

3. Agamenon de mort suffrist penance Par treson qe sa femme avoit confite; Dont elle apres morust sanz repentance:[880] Son propre fils Horestes l’ad despite,[881] Dont de sa main receust la mort subite; Egiste as fourches puis rendist sa vie: 20 Horribles sont les mals d’avolterie.

[Sidenote: Qualiter ex adulterio Helene vxoris Menelai regis Troia magna in cineres conuersa pro perpetuo desolata permansit.]

X. 1. La tresplus belle q’unqes fuist humeine, L’espouse a roi de Grece Menelai, C’estoit la fole peccheresse Heleine,[882] Pour qui Paris primer se faisoit gai;[883] Mais puis tornoit toute sa joie en wai,[884] Qant Troie fuist destruite et mis en cendre:[885] Si haut pecché covient en bass descendre.[886]

[Sidenote: Qualiter ob hoc quod Lucrecia Rome Collatini sponsa vi oppressa pre dolore interiit, Tarquinus ibidem rex vna[887] cum Arronte filio suo, qui sceleris auctores extiterant, pro perpetuo exheredati exilium subierunt.]

2. Tarquins auci, q’ot la pensé vileine,[888] Q’avoit pourgeu Lucrece a son essai, Sanz null retour d’exil receust la peine;[889] 10 Et la dolente estoit en tiel esmai, Qe d’un cotell s’occist sanz null deslai:[890] Ceo fuist pité, mais l’en doit bien entendre, Si haut pecché covient en bass descendre.[891]

[Sidenote: Qualiter Mundus Romane milicie princeps nobilem Paulinam[892] in templo Ysis decepit; vnde ipse cum duobus presbiteris sibi confederatis iudicialiter perierunt.]

3. Mundus fuist prince de la Court Romeine, Qui deinz le temple Ysis el mois de Maii Pourgeust Pauline, espouse et citezeine: Deux prestres enbastiront tout le plai.[893] Bani fuist Munde en jugement verai,[894] Ysis destruit, li prestres vont au pendre:[895] 20 Si haut pecché covient en bass descendre.[896]

[Sidenote: Qualiter Helmeges miles Rosemundam regis Gurmondi filiam Albinique[897] primi regis Longobardorum vxorem adulterauit: vnde ipso rege mortaliter intoxicato dictam vxorem cum suo adultero dux Rauenne conuictos pene mortis adiudicauit.]

XI. 1. Albins, q’estoit un prince bataillous, Et fuist le primer roi de Lombardie, Occist, com cil qui fuist victorious, Le roi Gurmond par sa chivalerie; Si espousa sa file et tint cherie,[898] La quelle ot noun la belle Rosemonde. Cil qui mal fait, falt qu’il au mal responde.

2. Tiel espousaile ja n’ert gracious,[899] U dieus les noeces point ne seintifie:[900] La dame, q’estoit pleine de corous 10 A cause de son piere, n’ama mie Son droit mari, ainz est ailours amie;[901] Elmeges la pourgeust et fist inmonde. Cil qui mal fait, falt qu’il au mal responde.

3. Du pecché naist le fin malicious, Par grief poison Albins perdist la vie: Elmeges ove sa dame lecherous Estoient arsz pour lour grant felonie;[902] Le duc q’ot lors Ravenne en sa baillie[903] En son paleis lour jugement exponde:[904] 20 Cil qui mal fait, falt qu’il au mal responde.

[Sidenote: Qualiter Tereus rex Tracie Prognem filiam Pandeon regis Athenarum in vxorem duxit, et postea Philomenam dicte vxoris sue sororem virginem vi oppressit. Vnde dicte sorores in peccati vindictam filium suum infantem ex Progne genitum variis decoccionibus in cibos transformatum[905] comedere fecerunt.]

XII. 1. Le noble roi d’Athenes Pandeon Deux files ot de son corps engendré, Qe Progne et Philomene avoiont noun:[906] A Tereüs fuist Progne mariée, Cil fuist de Trace roi; mais la bealté De l’autre soer lui fist sa foi falser.[907] Malvois amant reprent malvois loer.

2. De foldelit contraire a sa reson[908] Cil Tereüs par treson pourpensée De Philomene en sa proteccion[909] 10 Ravist la flour de sa virginité, Contre sa foi, qu’il avoit espousée Progne sa soer, qui puis se fist venger: Malvois amant reprent malvois loer.

3. Trop fuist cruele celle vengeisoun: Un joefne fils qu’il ot de Progne né[910] La miere occist, et en decoccion[911] Tant fist qe Tereüs l’ad devorée;[912] Dont dieus lui ad en hupe transformée,[913] En signe qu’il fuist fals et avoltier:[914] 20 Malvois amant reprent malvois loer.

[Sidenote: Qualiter pro eo quod Pharao rex Egipti Sarrai vxorem Abrahe ob carnis concupiscenciam impudice tractauit, pestilencia per vniuersum Egiptum peccatum vindicauit.]

XIII. 1. Seint Abraham, chief de la viele loi, De Chanaan pour fuïr la famine Mena Sarrai sa femme ovesque soi Tanq’en Egipte, u doubta la covine De Pharao, qui prist a concubine Sarrai s’espouse, et en fist son voloir.[915] En halt estat falt temprer le pooir.[916]

2. Cist Abraham, qui molt doubta le roi,[917] N’osa desdire, ainz suffrist la ravine, Pour pes avoir et se tenoit tout coi:[918] 10 Dont il fuist bien; du roi mais la falsine[919] De son pecché par tiele discipline Dieus chastioit, dont il poait veoir, En halt estat falt temprer le pooir.

3. Soubdeinement, ainz qe l’en scieust pour quoi, Par toute Egipte espandist la morine; Dont Pharao, q’estoit en grant effroi,[920] Rendist l’espouse, et ceo fuist medicine. A tiel pecché celle alme q’est encline,[921] Pour son delit covient au fin doloir: 20 En halt estat falt temprer le pooir.

[Sidenote: Qualiter ob peccatum regis Dauid, de eo quod ipse Bersabee sponsam Vrie ex adulterio impregnauit, summus Iudex infantem natum patre penitente sepulcro[922] defunctum tradidit.]

XIV. 1. Trop est humaine char frele et vileine;[923] Sanz grace nulls se poet contretenir: Ceo parust bien, sicom le bible enseine,[924] Qant roi David Urie fist moertrir Pour Bersabée, dont il ot son plesir: Espouse estoit, mais il n’en avoit guarde; N’ert pas segeur de soi qui dieus ne guarde.

2. La bealté q’il veoit ensi lui meine,[925] Qu’il n’ot poair de son corps abstenir,[926] Maisqu’il chaoit d’amour en celle peine,[927] 10 Dont chastes ne se poait contenir: L’un mal causoit un autre mal venir,[928] L’avolterie a l’omicide esguarde: N’ert pas segeur de soi qui dieus ne guarde.

3. Mais cil, qui dieus de sa pité remeine, David, se prist si fort a repentir, Q’unqes null homme en ceste vie humeine Ne receust tant de pleindre et de ghemir: Merci prioit, merci fuist son desir, Merci troevoit, merci son point ne tarde. 20 N’ert pas segeur de soi qui dieus ne guarde.

[Sidenote: Qualiter ob hoc quod Lanceolotus Miles probatissimus Gunnoram regis Arthuri vxorem fatue peramauit, eciam et quia Tristram simili modo Isoldam regis Marci auunculi sui vxorem violare non timuit, Amantes ambo predicti magno infortunii dolore dies suos extremos[929] clauserunt.]

XV.[930] 1. Comunes sont la cronique et l’istoire[931] De Lancelot et Tristrans ensement; Enqore maint lour sotie en memoire, Pour essampler les autres du present:[932] Cil q’est guarni et nulle garde prent, Droitz est qu’il porte mesmes sa folie;[933] Car beal oisel par autre se chastie.

2. Tout temps del an om truist d’amour la foire,[934] U que les coers Cupide done et vent: Deux tonealx ad, dont il les gentz fait boire, 10 L’un est assetz plus douls qe n’est pyment,[935] L’autre est amier plus que null arrement:[936] Parentre deux falt q’om se modefie, Car beal oisel par autre se chastie.[937]

3. As uns est blanche, as uns fortune est noire; Amour se torne trop diversement, Ore est en joie, ore est en purgatoire, Sanz point, sanz reule et sanz governement: Mais sur toutz autres il fait sagement, Q’en fol amour ne se delite mie; 20 Car beal oisel par autre se chastie.

[Sidenote: Qualiter Princeps qui sue carnis concupiscenciam exuperat pre ceteris laudabilior existit. Narrat enim quod cum probus Valentinianus Imperator octogenarius in armis floruit, et suorum preliorum gesta coram eo publice decantabantur, asseruit se de victoria sue carnis, cuius ipse motus illecebros extinxerat, magis letari, quam si ipse vniuersas mundi partes in gladio belliger subiugasset.]

XVI. 1. Om truist plusours es vieles escriptures[938] Prus et vailantz, q’ont d’armes le renoun, Mais poi furont q’entre les envoisures Guarderont chaste lour condicion.[939] Cil rois qui Valentinians ot noun As les Romeins ceo dist en son avis,[940] Qui sa char veint, sur toutz doit porter pris.

2. Qui d’armes veint les fieres aventures, Du siecle en doit avoir le reguerdoun;[941] Mais qui du char poet veintre les pointures,[942] 10 Le ciel avera trestout a sa bandoun.[943] Agardetz ore la comparisoun,[944] Le quell valt plus, le monde ou Paradis: Qui sa char veint, sur toutz doit porter pris.

3. Amour les armes tient en ses droitures, Et est plus fort, car la profession[945] De vrai amour surmonte les natures Et fait om vivre au loi de sa reson:[946] En mariage est la perfeccioun;[947] Guardent lour foi cils q’ont celle ordre pris:[948] 20 Qui sa char veint, sur toutz doit porter pris.

[Sidenote: Nota hic quod secundum iura ecclesie, vt sint duo[949] in carne vna tantum ad sacri coniugii perfeccionem et non aliter expediens est.]

XVII. 1. Amour est dit sanz partir d’un et une; Ceo voet la foi plevie au destre main: Mais qant li tierce d’amour se comune,[950] Non est amour, ainz serra dit barguain. Trop se descroist q’ensi quiert avoir guain, Qui sa foi pert poi troeve d’avantage,[951] A un est une assetz en mariage.

2. N’est pas compaigns q’est comun a chascune; Au soule amie ert un ami soulain: Mais cil qui toutdis change sa fortune, 10 Et ne voet estre en un soul lieu certain, Om le poet bien resembler a Gawain, Courtois d’amour, mais il fuist trop volage: A un est une assetz en mariage.

3. Semblables est au descroisçante lune Cil q’au primer se moustre entier et plain,[952] Qant prent espouse, ou soit ceo blanche ou brune,[953] Et quiert eschange avoir a l’endemain: Mais qui q’ensi son temps deguaste en vain Doit bien sentir au fin de son passage, 20 A un est une assetz en mariage.

[Sidenote: Nota hic secundum auctores quod sponsi fideles ex sui regiminis discreta bonitate vxores sibi fidissimas conseruant. Vnde ipsi ad inuicem[954] congaudentes felicius in domino conualescunt.]

XVIII. 1. En propreté cil qui del or habonde Molt fait grant tort s’il emble autri monoie:[955] Cil q’ad s’espouse propre deinz sa bonde Grant pecché fait s’il quiert ailours sa proie.[956] Tiels chante, ‘c’est ma sovereine joie,’ Qui puis en ad dolour sanz departie:[957] N’est pas amant qui son amour mesguie.

2. Des trois estatz benoitz c’est le seconde, Q’au mariage en droit amour se ploie;[958] Et qui cell ordre en foldelit confonde 10 Trop poet doubter, s’il ne se reconvoie. Pource bon est qe chascun se pourvoie[959] D’amer ensi, q’il n’ait sa foi blemie:[960] N’est pas amant qui soun amour mesguie.[961]

3. Deinz son recoi la conscience exponde A fol amant l’amour dont il foloie; Si lui covient au fin qu’il en responde Devant celui qui les consals desploie. O come li bons maritz son bien emploie,[962] Qant l’autre fol lerra sa fole amie! 20 N’est pas amant qui son amour mesguie.

[Sidenote: Hic in fine Gower, qui Anglicus est, sua verba Gallica, si que incongrua fuerint, excusat.]

4. Al université de tout le monde Johan Gower ceste Balade envoie;[963] Et si jeo n’ai de François la faconde, Pardonetz moi qe jeo de ceo forsvoie:[964] Jeo sui Englois, si quier par tiele voie Estre excusé; mais quoique nulls en die,[965] L’amour parfit en dieu se justifie.

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Quis sit vel qualis sacer ordo connubialis Scripsi, mentalis sit amor quod in ordine talis. Exemplo veteri poterunt ventura timeri; Cras caro sicut heri leuiter valet illa moueri. Non ita gaudebit sibi qui de carne placebit, Quin corpus flebit aut spiritus inde dolebit: Carne refrenatus qui se regit inmaculatus, Omnes quosque status precellit in orbe beatus, Ille deo gratus splendet ad omne latus.

=Carmen de variis in amore passionibus breuiter compilatum.=[966]

Est amor in glosa pax bellica, lis pietosa, Accio famosa, vaga sors, vis imperiosa, Pugna quietosa, victoria perniciosa, Regula viscosa, scola deuia, lex capitosa, Cura molestosa, grauis ars, virtus viciosa, Gloria dampnosa, flens risus et ira iocosa, Musa dolorosa, mors leta, febris preciosa, Esca venenosa, fel dulce, fames animosa, Vitis acetosa, sitis ebria, mens furiosa, Flamma pruinosa, nox clara, dies tenebrosa,[967] 10 Res dedignosa, socialis et ambiciosa, Garrula, verbosa, secreta, silens, studiosa, Fabula formosa, sapiencia prestigiosa, Causa ruinosa, rota versa, quies operosa, Vrticata rosa, spes stulta fidesque dolosa.

Magnus in exiguis, variatus vt est tibi clamor, Fixus in ambiguis motibus errat amor: Instruat audita tibi leccio sic repetita; Mors, amor et vita participantur ita.

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Lex docet auctorum quod iter carnale bonorum Tucius est, quorum sunt federa coniugiorum: Fragrat vt ortorum rosa plus quam germen agrorum, Ordo maritorum caput est et finis amorum: Hec est nuptorum carnis quasi regula morum, 5 Que saluandorum sacratur in orbe virorum. Hinc vetus annorum Gower sub spe meritorum[968] Ordine sponsorum tutus adhibo thorum.

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