Altra lettera al Conte Rosselly de Lorgues
Mon cher Ami!
Ma tache est achevée: je viens de finir ma révision de la traduction italienne de votre Colomb: elle m’a coûté beaucoup d’attention et de travail; mais la satisfaction qu’elle m’a procurée a été plus grande encore, au point de changer en occupation favorite cette laborieuse et pédestre confrontation de frases et de mots. Quand j’étais fatigué d’écrire pour mon compte, je me rafraichissais et remontais l’esprita vec Colomb: s’il m’arrivait de sentir quelque retour de la tristesse maladive dont Dieu m’a frappé jadis, je recourais à Colomb, súr de me récréer et regaillardir. Où chercherais-je dorévenant un sembiable refuge?
Un livre aimé, qui nous verse à flots des idées que nous faisons nôtres, qui nous filtre dans le sang ses nobles consolantes convictions, qui s’assimile notre intelligence l’échauffaut de ses affections, ce livre ressemble trop à un compagnon de voyage savant, spirituel et bon, par nous fortuitement rencontré, et que nous ne voudrions plus quitter: il s’était fait, sans préliminaires, accepter ami et confident, moyennant une intimité improvisée, avec autant plus d’abandon, qu’elle paraissait ne pas devoir tirer à conséquence; une semaine, un mois passent vite, et après l’on se dit adieu: on peut donc sans craindre de se compromettre, se donner le plaisir si rare de lâcher les écluses de son âme, et en laisser deborder le flot tumultueux de ses souvenirs, de ses espérances, de ses regrets.... Mais il n’y a pas de jouissance sans contrecoup: á l’heure de la séparation le voyageur s’aperçoit qu’il va payer cher le bonheur imprévu dont il a joui; et qu’une oppressive sensation de vide va remplacer cette expansion pleine de charmes, ce rajeunissement du cœur, ce repos moral délectable, au quel il s’était abandonné inattentivement.... Voila ce que j’éprouve en prenant congé de votre Colomb. Si Vous étiez mon compatriote, et demeuriez ici, je me consolerais aisément que l’œuvre m’échappât, puisque j’en tiendrais l’auteur, et, à defaut du courant, je continuerais à puiser à la source: mais notre excursion intellectuelle est à bout, et nous allons nous quitter. Nous ne nous sommes jamais vus: nous verrons nous?.... Singulière puissance des sympathies qui atteignent et relient deux hommes, nonobstant que Dieu ait placé entr’eux la. distance des lieux, la différence des langues, voir même l’aversion des nationalités! Sans avoir bu à la même coupe, sans avoir reposé sous le même toit, sans s’être serré une seule fois la main, sans s’être jamais rencontrés, ces deux hommes sont devenus mieux que frères, car la fraternité du sang est imposée, et la fraternité des âmes est élective. N’y-at-il-pas-là un admirable triomphe de la spiritualité humaine?
Votre Colomb m’abandonne; et, comme ces cavaliers de l’antiquité qui lançaienten fuyant leurs flèches infaillibles, c’est en me quittant que Vouz m’avez visé au cœur: m’attribuant, dans les dernières pages de votre livre, une place si honorable parmi les amis posthumes du Héros; c’est un diplôme de veritable noblesse qu’il Vous a plu de me décerner. Voila donc, grâce à Vous. mon nom rapproché de celui de l’immortel Génois; et cela dans une page qui sera luc de toute l’Europe, dans chacune de ses langues: ceci est bien autre chose que d’annoncer, comme j’ai fait votre chef-d’œuvre à mes compatriotes: ma faible voix n’a pu avoir qu’un petit retentissement dans un cercle restreint; la vótre est destinée à résonner par tout où il y a des esprits avides de vérité, des imaginations impressionables à l’attrait de la grandeur morale, des âmes chez qui la Religion s’allie à la poésie, et qui aiment les Grands Hommes
bien plus à cause de leurs malheurs, que de leurs prospérités.... A quelle hauteur Vous m’avez placé! c’est le brin de paille que l’aigle emporte dans son vol...
Sur le point de prendre congé définitif, non de Vous, mon ami, que je compte continuer à aimer, et commencer, bientôt, à voir, mais de notre Colomb, j’ai envie de dire un dernier mot sur son compte; et Vous me comprendrez si je Vous confesserai que ce mot est difficile à dire. Colomb Vous a pris plus de mille pages, fruit de recherches assidues dans toute l’Europe; et en terminant votre admirable travail, Vous Vous plaignez de n’ètre réussì à développer qu’en partie votre sujet, tant il était grand; de n’avoir su rendre que la moitié de ce que vous éprouviez au fond du cœur d’amour et de vénération pour Colomb: or imaginez contre quelles diffìcultés je me briserais pour peu que j’eusse la présomption de résumer en peu de lignes l’expression des sentimens aux quels votre modestie affirme qu’ont fait défaut les pages nombreuses de votre livre.
Mon dernier mot sur Colomb, et sur le travail que je viens de quitter, ne consistera qu’en une action de grâces, et quelques citations. Mon action de grâce est tout-à-fait simple et courte: c’est à vous que je la rends en ma qualité de catholique et d’italien, pour avoir charmé, nourri, fortifié mon âme, lui présentant, dans toute sa saisissante et émouvante majesté, le type le plus historiquement épique de la plus noble chevalerie, une personnification frappante de tout ce qu’il y a de plus intelligent et doux dans le Catholicisme, l’innocence des Vierges, le dévoument des Martyrs, le zèle des Apôtres. A cet Homme, encore plus bon que grand, rien ne manque désormais
liors l’auréole des Saints; et vous l’invoquez, non pour Lui, au bonheur du quel rien d’ici-bas ne pourrait désormais ajouter, mais pour que nous puissions nous donner la satisfaction de lui rendre dee par l’Église, le culle que nous lui avons dèja devoué de par le cœur.
Mes citations, les voici; j’aime à former un bouquet de quelques fleurs d’un parterre magnifique; le lecteur italien me saura gré de lui en gouter le parium primitif.
Colomb poète.
“Parfois, dans l’intervalle de ses recherches, le Contemplateur du Verbe, électrisé par la poésie d’Israël, et les magnifiques hymnes de l’Église romaine, essayait aussi de rendre en vers les émotions de la piété: poéte par le sentiment, il l’était encore par l’expression, même dans le langage de sa patrie adoptive. Ces stances chrétiennes de Christophe Colomb se sont malheureusement perdues. Les derniers vestiges se trouvent précisément jettés au hasard dans l’esquisse de son travail sur les prophéties. Sa poésie est grave et solemnelle comme le génie chrètien: on y sent le désenchantement du monde, les profondours de la Foi, la logique des choses divines.... Si dans une langue devenue tardivement la sienne, et qu’il ne bégaya que vers sa quaranteneuvième année, Colomb se montrait poète, combien n’aurait-il révélé d’harmonies dans l’idiôme de , du , ce doux parler de son enfance?... La jeunesse débute par le rythme, la vieillesse y revient comme à un soulagement, a une consolation. Mais ce retour à la poésie comme à la musique, reflet de l’éternelle jeunesse de l’âme, semble la récompense exclusive de l’âge qui a blanchi pratiquant la vertu (p. 148).
Colomb contemplateur de la Création.
“Il ne pouvait se lasser d’admirer la création, et d’elever son âme vers le Créateur: aucun homme en ce monde n’avait parcouru une telle étendue de mers et de rivages: plus il avait vu, plus large était sa notion des magnificences du Verbe, plus profonde était aussi la grandeur de ses impressions. A terre, pendant son repos, dès que son génie cessait d’être aux prises avec l’inconnu, et que sa pénétration n’avait plus à s’aiguiser pour surprendre quelque grande loi de notre univers, son esprit méditatif s’épanchait dans une contemplation delicieuse. Lorsque, dans le silence de son isolement, entre les intervalles de la prière, se recueillant en lui même, Colomb s’abandonnait à la saveur du souvenir, il lui semblait ècouter encore, au fond des lointains èchos de l’âme, les sonores harmonies de la poésie equatoriale, ou les frémissemens des souffles alisés, et les sévères accens des mélodies pèlagiques. D’un simple retour vers la mémoire il voyait dans sa fidèle empreinte apparaître à la fois depuis les brumeuses mélancolies de l’Océan germanique et les glaces des mers polaires, jusqu’aux splendeurs des Antilles, aux magnificences de la Flore équatoriale. Les îles Fortunées, les Açores, l’Archipel du Cap-Vert, les grandioses aspects de la terre-ferme, la majesté de l’Orénoque, le Golphe des Perles, le ciel éclatant de la Trinité, les constellations australes, tout ce qu’avaient aperçu ses yeux, tout ce qu’avaient deviné ses intuitions, s’unissait à ce qu’il entrevoyait en espérance. L’immensité de ses investigatives se déroulait entière, simultanément, dans sa vision, comme un seul tableau, et sa conception du Créateur, se deployant sublime, s’élerait en proportion de cet inexprimable infini (pag. 160).
Fin épouvantable des lâches persécuteurs de Colomb.
“Un vaste balancement rompit la plaine unie des eaux: les vagues, après quelques oscillations, se gonflèrent noircissant; leurs cimes blanchissantes s’élevèrent en bouillonnant. Bientôt le fond de la mer sembla se soulever; le souffle strident de la tempête grinça dans les mâtures, ballottant, comme un jouet, parmi les masses d’écume, cette superbe flotte. Les vergues frappaient l’eau; l’avant et l’arrière plongeaient tour à tour sous les lames. Les trésors accumulès sur les navires furent rudement secoués. La fureur des vagues fit entrechoquer les caravelles: quelques unes s’entrouvrirent, et sombrèrent à l’instant; d’autres luttèrent par d’impuissantes manœuvres. Un épais embrun s’ajoutait à l’affreuse obscurité du ciel: on ne se voyait point; on entendait à peine les commandements inutiles du porte-voix, et les cris désespérés de l’horreur. La Capitana, si merveilleusement encombrée d’or, malgré ses solides charpentes fut saisie par l’ouragan, fracassée, ouverte aux flancs, dépecée, puis engloutie dans l’abyme: de tout ce qu’elle portait, hommes et trésors, rien ne reparut: vingtsix caravelles chargées d’or, dépouilles des malheureux Indiens, furent brisées et ensevelies dans les gouffres des vagues; d’autres, emportées dans les sillons écumeux de l’Océan, furent entraînées sous des parallèles inconnus, et sombrèrent plus loin, après avoir ressenti plus long-temps les angoisses du désespoir. De toute cette superbe flotte il ne revint à Hispaniola que deux navires fracassés; tandis qu’un seul, le plus mauvais, le plus usé, le plus petit de tous, nommé l’Aiguille,» continuait sa route vers l’Europe; il portait tout le bien de Colomb, et ce fut le premier qui arriva en Castille, comme par la permission de Dieu» (). Dans cette terrible journée périrent, sans en excepter un seul, les traîtres, les calomniateurs, les ennemis jurés de Colomb. Là, dit un historiographe royal, là prit fin Bobadilla, qui avait envoyé l’Amiral et ses frères en Europa les fers aux pieds, sans l’accuser ni lui donner lieu de se défendre; là prit fin aussi le rebelle Roldan, et quantité de ses complices, qui s’étaient soulevés contre l’Amiral, dont ils avaient mangé le pain, et qui avaient tyrannisé les Indiens: «les deux mille pesos, furent submergés avec ce grain d’or de grandeur prodigieuse — » (). Tout fut perdu: la mer engloutit à la fois avec ces richesses iniques, leurs iniques possesseurs au nombre de plus de cinqcent hommes (): Or, pendant que s’accomplissait ce désastre, l’Amiral, ritiré dans le port caché, puerto escondido, laissait gronder l’ouragan, et se confiait à Dieu (pag. 186).
Portrait de Colomb.
«L’ardente foi de Colomb surmontait seule les contrariétès des influences extérieures: tout occupé de son projet, sans cesse les yeux fixés sur son but, il ne s’arrêtait pas à compter les obstacles. Sa soixanteseptième année commençait à peser sur lui, sans qu’il se fût douté de son approche. La subtilité de ses sens n’avait rien perdu de sa délicalesse. En dépit de ses atteintes rhumatismales, sa taille, encore droite et ferme, soutenait à merveille la majesté de sa physionomie, sur laquelle semblait naturellement empreinte la noblesse de sa pensée. A mesure qu’il avaneait en âge, il avançait aussi en perfection chrétienne. La douceur de son regard, tout. imbibé d’un fluide aimant et tendré, exprimait quelque ehose d’évangelique. Ses travaux de mer, ses tribulations si longues, sa dévorante activité d’esprit, les injustices souffertes n’avaient point durement imprimé leurs sillons sur ses traits. Ses cheveux d’un blanc lustré entouraient son front de cette couronne dont parle l’Écriture. Avec l’ampleur de son vêtement franciscain, sa dignité d’attitude, toute sa personne rappelait une de ces images de patriarche, ou de prophète, dont on se fait un idée d’aprés les Livres Saints: on eût dit un roi-pasteur transporté de l’Idumêe , ou de la Mésopotamie sur les plaines de l’Atlantique (pag. 199).
Un miracle de Colomb.
«Le mardì 15 decembre 1502, pendant que l’Amiral agonisait sur le lit de la douleur, une clameur dechirante partie de l’une des caravelles, fut presqu’aussitôt répétée par les autres: ce cri de desespoir retentit jusqu’à l’âme du moribond: il frissonna et rouvrit les yeux.
«Quelque chose d’horrible se passait à la portée du regard.
«Sur un point de l’espace agité par un mouvement giratoire. la mer se gonfiant de tous les flots qu’elle attirait à ce centre, se soulevait comme une seule montagne, tandis que de noirs nuages, descendant en cône renversé, s’allongeaient vers le tourbillon marin qui se dressait palpitant à son approche, comme cherchant à le joindre. Ces deux monstruosités de la mer et de l’atmosphère s’unirent tout à coup par un effroyable embrasement, et se confondirent en forme d’X tournoyant.» C’était, dit l’Historien de Saint Domingue, une de ces pompes, ou trombes marines, quo les gens de mer appellent fronks, que l’on connaissait alors si peu, et qui out depuis submerge tant de navires» (le ). Un âpre sifflement précédait l’haleine fatale qui poussait vers les caravelles cet épouvantail, alors sans nom dans nos langues. Ce genre de trombe est la plus affreuse manifestation de cette tempête infernale, à qui l’Orient donne le nom même de l’esprit du mal, Tiphon; malheur aux navires qui se rencontrerent sur son passage! «Au cri de détresse qui frappa son cœur le grand Homme s’était ranimé. Devant l’imminence de la destruction, il se reléve, reprend son ancienne vigueur, et sort de sa cabine afin de mesurer d’abord le péril. Lui aussi aperçut la chose formidable qui approchait. La mer était soutirée vers le ciel. A ce phénomène inconnu il ne vit point de remède: l’art était inutile, la navigation impuissante; d’ailleurs on ne pouvait plus gouverner.
«Aussitôt Colomb, l’adorateur du Verbe, soupçonna dans cet effroyable déploiement des forces brutales de la nature, quelque maneuvre satanique. Il ne pouvait conjurer les puissances de l’air d’après les rites de l’Église, craignant d’usurper sur le Sacerdoce; mais il se rappela qu’il était chef d’une expédition chrétienne; que son but était saint, et voulut, à. sa manière, sommer l’Esprit des ténèbres de lui livrer passage. ll fit soudain allumer dans les fanaux des cierges bénits; arbora l’étendard royal de l’expédition; ceignit son épée par dessus le cordon de S. François; prit en ses mains le livre des Évangiles; et debout en face de la trombe qui s’approchait, lui notifia la sublime affirmation qui ouvre le récit du disciple bien aimé de Jésus, saint Jean, le fils adoptif de la Vierge.
«S’efforçant de dominer de sa voix le bruit de la tempête, le Messager du Salut déclara au typhon qu’au commencement ètait le Verbe, que le Verbe était en Dieu, et que le Verbe était Dieu; que toutes choses ont été faites par Lui.... qu’il s’est fait chair, et qu’il a habité parmi nous.
«Alors; de par ce Verbe Divin notre Rédempteur, dont la parole calmait les vents, et apaisait les flots, Christophe Colomb comande impérieusement à la trombe d’épargner ceux qui, faits enfans de Dieu, s’en vont porter la Croix aux extrémités des nations, et naviguent au nom trois fois saint de la Trinité. Puis, tirant son épée, plein d’une ardente foi, il trace dans l’air, avec le tranchant de l’acier, le signe de la Croix, et décrit autour de lui un cercle acéré, comme s’il coupait rèellement la trombe. Et, en eifet, o prodige! la trombe qui marchait vers les caravelles, attirant avec un noir bouillonne ment les flots, parut poussée obliquement, passa entre les na- vires à demi noyés par le bouleversement des vagues, s’éloigna rugissante, disloquée, et s’alla perdre dans la tumultueuse immensité des plaines atlantiques.
«Cette subite retraite du phénomène destructeur parut à l’Amiral une nouvelle faveur de Sa Haute Majesté = il crut en avoir été garanti par la faveur divine = (), p. 226.
Tristesses de Colomb.
«La grande âme du Messager de la Croix était submergée d’amertume.
«Des cinq royaumes, des grands vassaux, des Caciques si nombreux d’Hispaniola, rien ne restait. Elle avait disparu aussi cette Anacoana, la fleur d’or, la souveraine enchanteresse de Haiti, au renom séduisant, cette muse visible des plus poétiques régions, qui était à la fois l’Égèrie, la Clio, et la Thalie des Antilles. La torture, l’ignominie, la mort avaient triplement payé la générosité de sa confiance, et de son hospitalité royale. Avec elle s’effacèrent les ehants, les gracieuses danses, les jeux scéniques, et la douce rêverie. La désolation et la terreur regnaient seules sur les restes épars des tribus décimées. Aux massacres de Xaragua et de l’Higuey avait succedé le tranquille homicide quotidiennement commis par l’excès des travaux des mines (pag. 329.)
«Colomb priait pour Isabelle quand déja ella avait dù toucher le prix céleste de ses oeuvres royales.
«Enfin il connut son malheur.
«Qui dira le brisement de ce cœur résigné? Le pére qui perd sa fille unique n’éprouve pas dans ses entrailles un déchirement plus aigu. Pour peindre cette inénarrable affliction il faudrait pouvoir mesurer dans sa sublimité cette attraction de deux âmes que la Providence avait prédestinèes à élaborer la plus grande œuvre des races humaines. Par son immensité la douleur de Colomb touchait à l’infini; sa souffrance multiple était vaste comme l’esprit qui animait ce corps de reine, empreint d’une indelebile majesté. C’était le brisement d’une sympathie supérieure, enracinée dans la tendresse de l’âme, épanouie au soufle lyrìque de l’enthousiasme pour la nature, fecondée par les splendeurs de la foi, et vivifiée dans le Christ, qui en était le principe, la sauvegarde et la fin immortelle... A qui racconterait-il désormais les ravissements qu’élevaient on lui les merveilles des régions inconnues? pour qui entreprendrait-il de nouvelles découverles? qui le suivrait maintenant par la pensée, et lui sauraìt gré de ses lointaines fatigues? qui lui viendrait en aide pour réaliser enfin le but définitif de ses espérances, la rédemption du tombeau de notre Sauveur? Quand il eut compris que son malheur était accompli, que la Reine était morte, Colomb eut froid au coeur... (pag. 344.)
Mort de Colomb.
«Le jour qui s’annonçait marquait une des grandes fêtes du Catholicisme, l’anniversaire de celui où le Fils de l’Homme, ayant accompli la Rédemption, et institué son Èglise, remonta vers son Père, pour rentrer dans sa gloire. D’heure en heure le grand Amiral de l’Océan se sentait toujours plus attiré vers le port de son éternité. Il demanda la faveur de recevoir encore une fois sur la terre le pain des anges. Quel spectacle dut alors off’rir cette chambre d’hôtellerie! L’envoyé du Très-Haut, l’ardent adorateur du Verbe, par qui tout a été lait, recevant la visite du Verbe Divin sous le symbole eucharistique!... Quelle effusion de cœur, quelle suavité de confortation surabondérent chez cet Homme de foi? Quelle divine illumination dul éclairer sa couche de douleurs! Avec quel bonheur il se prosterna devant son Maître arrivant à lui! Le divin Sauveur, qui lit dans les âmes, savait combien ardemment il avait désiré la delivrance de son tombeau, la glorification de son nom parmi toutes les nations de la terre, et ses perséverants efforts, et ses douloureuses aspirations vers ce but sacré. Aiusi, malgré le tremblement que toute créature mortelle doit éprouver devant la majesté de l’Auteur de la vie, Christophe Colomb était rempli d’espérance. Rassuré par les bontés et la miséricorde que lui avait déjà montrées le Rédempteur, son âme dut s’épandre avec de tendres delices, á cette venue du Sauveur sous son toit d’emprunt.
«Un instant encore, et il allait enfin posséder la vie eternelle.
«L’integrité de son intelligence se maintenait complète malgré l’invasion croissante de sa destruction. Quand il sentit sa fin tout-à-fait proche, Colomb sortit de son recueillement séraphique, et demanda lui-même le sacrement de l’Extrême-Onction. Sa lucidité n’avait rien perdu de sa force. Il put suivre les prières des agonisants que l’on disait-pour lui. Il écoutait avec une humble componction la recommandation de l’âme, que faisait près de son lit l’un des religieux franciscains, et disait lui même les réponses. Puis, après avoir amérement savouré les transes de l’agone, sentant venu le moment suprême, à l’heure du midi, le Disciple du Verbe adressa au Père des mondes les propres paroles que proféra le Sauveur expirant sur la Croix = mon Dieu, je remets mon âme entre vos mains = et il lui rendit l’esprit.
«C’etait le jour de l’Ascension 20 mai 1506 (pag. 595).»
A ces élans d’une éloquence saintement passionnée je n’ose ajouter que ces mots, avec les quels j’ai commencé cette correspondance tombée dans le domaine de la publicité, et avec les quels j’aime à la finir:
Que toutes les âmes catholiques vous bénissent, mon ami, d’avoir écrit, comme vous venez de faire, la vie de Christophe Colomb...!.
Cristoforo Colombo rivendicato alla Chiesa
Cosa veramente singolare! l’uomo che ha compiuto il più grande avvenimento de’ tempi moderni, Cristoforo Colombo, non consegui finora nemmeno in Italia, di cui e la più gran gloria una biografia completa e fedele.
Cosa ancora più singolare! nessuno scrittore cattolico ha mai pensato a tessere la vera storia di questo gran genio, il più benemerito del Cattolicismo.
Ne’ paesi cattolici non sono stati finora pubblicati, su questo grand’uomo, che libri di autori per lo più senza nome, o compilazioni informi e deformi, o compendii per trastullo più che per istruzione dell’infanzia; e la vita dello scopritore del Nuovo-Mondo, dell’uomo della Chiesa, suscitato da Dio per una missione evidentemente superiore alla scienza ed all’ardire umano, non è stata scritta seriamente che da autori protestanti.
Mentre che la vita di Cristoforo Colombo di giunge appena a quarantaquattro pagine (il resto del volume non contenendo che note), quella del protestante Americano forma quattro volumi in ottavo. La storia critica, sullo stesso argomento del celebre , protestante anch’esso, riempie cinque volumi, pure in ottavo. Ora nessun autore cattolico si è peranco provato a lottare contro l’erudizione di questi scrittori: essa è restata vittoriosa senza combattimento; e quindi gli errori capitali di cui queste due opere sono ripiene, assimilati alla verità, han fatto legge per tutti gli scrittori su lo stesso argomento. Da ventotto anni a questa parte, le Academie, le Assemblee de’ dotti, le Enciclopedie e le Biografie universali ripetono questi errori con rispetto, e vi si riposano con piena fiducia.
Il poeta , andando ancor più lungi sulla strada di queste aberrazioni storiche, ha melodiosamente sfigurato la storia di Cristoforo Colombo, ed ha convertita questa sublime esistenza in un personaggio teatrale, grandioso, è vero, ma quasi pagano.
Or, come la scoperta del Nuovo-Mondo non fu già il frutto del caso o di calcoli matematici, ma l’opera bensì del genio cattolico, e per ausiliario non ebbe che il Clero; così molto importa alla gloria del Sacerdozio mostrare la parte importante ed ammirabile che la Chiesa rivendicasi in questo fatto, il più grande nella storia dopo quello dello stabilimento del Cristianesimo, il più influente sull’avvenire de’ due Emisferi, e i cui effetti, lungi dall’indebolirsi col tempo, diventano sempre più grandi di generazione in generazione, ed acquistano maggiore importanza collo scorrer de’ secoli.
Cristoforo Colombo rigettato dalla sua stessa patria, da Venezia e dal Portogallo, solo dal Clero e pel Clero ottenne i mezzi d’intraprendere la sua scoperta: sicchè, a rigore, la gloria del Colombo è un trionfo del Cattolicismo. Narrare dunque, nella sua verità, questa vita prodigiosa, è lo stesso che fare risplendere l’ispirazione possente del Cattolicismo, essendo di fatto, che i diversi ordini del Clero, e i diversi gradi della gerarchia della Chiesa concorsero alla scoperta del Nuovo-Mondo. I primi ad incoraggiare Colombo, a procurargli le raccomandazioni e gli appoggi che gli permisero di arrivare sotto il nuovo cielo di cui aveva il presentimento, furono i Religiosi di S. Francesco e di S. Domenico, furono semplici ecclesiastici, a cui si aggiunsero, in pari tempo, canonici, vescovi, un arcivescovo, un cardinale, il Nunzio del Papa e lo stesso Sommo Pontefice. E dopo che il grand’uomo ebbe compiuta l’opera sua, nell’ora delle sue disgrazie, mentre che re, corte e popolo, egualmente ingrati, lo dimenticavano nel suo infortunio, il Clero solo sosteneva il suo coraggio, difendeva i suoi dritti e ricordava i servizi da esso resi, la cui grandezza non poteva per altro esser intieramente compresa al suo tempo.
Tre papi, , , e , incoraggiarono personalmente Colombo, e benedissero le immortali sue fatiche. Dopo la sua morte, il Sacro Collegio parve prendere sotto la sua protezione diretta il rispetto dovuto alla sua memoria. Quattordici Cardinali successivamente furono, come per istinto, i mecenati di poemi che l’Italia pubblicò in onore di questo gran Servitore di Dio e degli uomini, oggi ancora s^ mal conosciuto!
Nulla, pertanto, è più a desiderarsi, pel trionfo della verità, per l’onore del Cattolicismo, per lo splendore del Sacerdozio, quanto che siano ristabiliti nella loro verità i fatti occorsi nella scoperta del Nuovo-Mondo, e che sia provato che questa scoperta fu opera tutta cristiana, ed ispirazione del genio cattolico.
Come navigatore, come naturalista e contemplatore della creazione, questo inviato di Dio non è conosciuto dalla moltitudine. Gli stessi uomini di qualche coltura non hanno generalmente che nozioni confuse ed erronee sopra questo grand’Uomo ch’ebbe la santità per madre del suo genio. Diffatti, come sarà dimostrato, Cristoforo Colombo è stato un vero santo, poichè fuori degli Eroi del Vangelo che la Chiesa onora del culto e del nome di Santi o di Beati, non è forse stato cristiano più acceso. dell’amore di Gesù Cristo, più penetrato dello spirito del Cristianesimo, e alla Sede Apostolica più sinceramente devoto. Se, dunque, è qualche volta permesso di dare per similitudine, per enfasi di linguaggio, il titolo di «Santo» ad un cristiano che la Chiesa non ha canonizzato, questo titolo tocca sicuramente al Messaggiero de’ cieli. all’Angiolo, all’Apostolo che ha portato la Croce in un Nuovo Mondo. La profonda pietà del Colombo, la santità dello scopo che si era prefisso, il carattere, direbbesi quasi, di predestinazione e sovrannaturalissimo che involge i principali avvenimenti della sua vita, sono un argomento intieramente nuovo, e di un incomparabile incanto.
Frattanto questo Araldo fedele della Croce non ha punto dotato del suo nome il Continente che ha scoperto.
Senza volerlo, la Francia contribuì più di ogni altra nazione a spogliare Colombo della sua gloria, dando al Nuovo Mondo il nome di , che non fu se non l’imitatore e il plagiario dell’Eletto della Provvidenza. Il primo libro che servì a propagar quest’errore e questa ingiustizia in Germania e in tutti i paesi divenuti protestanti, fu stampato a Saint-Diè, nel paese de’ Vosgi, l’anno 1507, dal geografo Waidseemüller (Martinus Ilylacomylus) sotto titolo di Cosmographiæ Introductio, insuper quatuor Americi Vespucii navigationes.
Apparteneva dunque alla Francia di riparare, in qualche modo, questo torto che si è fatto alla memoria di un sì grand’uomo.
Parimente, l’onore di riabilitare finalmente la fama di Cristoforo Colombo, traendola fuori del velo d’impostura sotto il quale il protestantismo credeva averla eternamente sepolta, spettava naturalmente al grande scrittore, al dotto e zelante apologista, che, primo in Francia, dopo la rivoluzione del 1830, innalzò la bandiera in difesa del Cattolicismo, publicando il libro famoso, , il cui successo europeo è attestato dalle traduzioni che ne sono state fatte nelle principali lingue della Cristianità e dalle diciassette edizioni che ha avuto nella sola città di Parigi; intendiam dire dell’illustre Roselly de Lorgues, i cui servigi alla causa del Cattolicismo si sono andati moltiplicando per mezzo delle opere che ha in séguito publicato, e che hanno ottenuto lo stesso buon successo.
Già, nel sno libro la croce ne’ due mondi, lo stesso dotto Autore avea consacrato alla missione di Colombo un capitolo che ha destata l’ammirazione di quanti lo han letto, e particolarmente dell’immortale Monsignor Affre, l’arcivescovo di Parigi, martire delle ultime civili discordie. Da quel tempo ad oggi molti Cardinali e Vescovi ed il fiore del Clero di Francia non han cessato di stimolare Roselly de Lorgues a trattare diffusamente questo argomento, e a formarne un’opera speciale.
Prima però d’intraprendere questo lavoro, tutto a gloria della Chiesa, l’Autore ha voluto sottometterne il piano al Sommo Pontefice , che nella sua alta sapienza, nel suo amore della verità, e nella sua sollecitudine per la vera gloria dell’Italia, ha benedetto il bello e nobile pensiero del Roselly de Lorgues, e si è degnato di scrivergli per incoraggiarlo a continuare un’opera sì grande e sì desiderata.
Ora una tale luminosa storia, al supremo grado istruttiva ed edificante, e ricca dei più autentici e più importanti documenti, è terminata; e l’amicizia che ci lega al suo illustre autore ci ha messo nella felice congiuntura di conoscerla pria che sia pubblicata, e di apprezzarne il merito e l’importanza. Non sapremmo pertanto rac-omandarla abbastanza ai zelatori sinceri della vera scienza storica, dell’onore d’Italia, e della gloria della Chiesa, e particolarmente al Clero che certamente non avrà bisogno che di averne contezza per farsi un vanto ed un dovere di patrocinarla e propagarla, come quella che fa il più grande onore ai sentimenti ed all’azione del Clero.
In una specie di annunzio di questo bel lavoro ai letterati di Lombardia, che noi abbiamo sott’occhio, un gran letterato italiano, il dotto autore di tante insigni opere sulla filosofia della storia, il signor conte ' si esprime in questi termini:
«Cristoforo Colombo era fervente cattolico, e non intendeva far dono del l’America a Ferdinando ed Isabella, sibben a Cristo Salvatore. Questo è il lato magnifico e non abbastanza studiato e noto di questa biografia racchiudente le più pure glorie dello spirito umano. Questa è la rivelazione che, in mezzo ad un tesoro d’altre peregrine notizie, sta per isplendere dominatrice nel libro che son lieto di annunciare.
«Colombo, il sommo Italiano, ha trovato finalmente un degno biografo , erano troppo mal preparati dalla grettezza del lor sentire eterodosso, a giudicare, a descrivere la vita di quel fervoroso Cattolico: , , , agghiacciati dalla erudizione aveano troppo miope lo sguardo per abbracciare con questo il colosso. Un Francese, l’illustre ', si è assunto di collocarci innanzi l’immortal Genovese degnamente rappresentato.....
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