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VUES SCRIPTURAIRES
sur la
QUESTION DES ANCIENS
I
On a de la peine à croire que les plus précieuses vérités, des vérités qui, reçues de Dieu, sont une source de joie et de bénédiction pour nos âmes, produisent de la controverse et des combats pénibles.
Il faut en prendre son parti.
Ce sont précisément ces vérités-là dont la dissémination rencontre toute l’inimitié de la chair, et toutes les préventions des âmes habituées aux choses qui ne peuvent subsister en présence de ces vérités.
Je vais occuper mon lecteur d’une nouvelle phase de la controverse à laquelle le témoignage de Dieu, dans ces derniers jours, a donné lieu.
Il est vrai que les points fondamentaux ont été assez discutés ; mais, la vérité ayant fait un progrès immense, ceux qui s’y opposent changent complétement le terrain sur lequel le combat est engagé. Il faut donc à ces nouvelles attaques dirigées contre la vérité, et à de nouveaux raisonnements destinés à la défense de l’erreur.
Dans le cas qui nous occupe maintenant, la défense de l’ancien ordre de choses a été entièrement abandonnée. On a abandonné, comme n’étant pas selon la Parole de Dieu, la plupart des choses qui, depuis longtemps, étaient en butte à diverses attaques ; et non seulement on les abandonne, mais on les signale avec force comme mauvaises. Ceux qui, depuis plusieurs années, ont rendu témoignage contre ces choses, en parlent avec plus de calme.
Selon nos adversaires actuels, le clergé est du Diable.
Selon eux, encore, l’unité visible de l’Église est perdue.
Voilà, du moins, bien du terrain gagné. On aurait pu croire la controverse terminée.
Non. On ne reçoit pas toujours la vérité, même lorsque l’on est réduit à confesser que l’on est dans l’erreur. Il n’y a de changé que le terrain du combat. Et, en se transportant sur un terrain nouveau, on cherche par là à rendre inutile une partie de ce qui a été écrit sur ces matières. Comme on ne justifie plus l’ordre de choses actuel, les attaques dirigées contre lui sont maintenant, disent-ils, un hors-d’œuvre. Mais constatons bien le fait. Si on ne le justifie plus, c’est parce que l’on a les conclusions de ceux qui ont rendu ce témoignage.
Les a-t-on acceptées au fond de la conscience devant Dieu, pour se placer humblement dans la position qui découle de l’admission de ces principes ? Hélas ! nullement. On se borne à dire que, depuis les premiers siècles, il est vrai, tout a été corrompu ; que l’ordre établi de Dieu a été abandonné, et que l’ordre de choses qui en est résulté est du Diable. Il est vrai, dit-on encore, que l’unité visible de l’Église a été détruite ; mais on ajoute : Je peux la rétablir tout aussi bien que les Apôtres ; et ceux qui ne se soumettent pas à ce que j’ai établi, sont les ennemis de l’unité de l’Église.
Les faits sont admis par l’intelligence, pour donner lieu à l’action prétentieuse de la volonté de l’homme. La vérité n’a pas pénétré dans la conscience, pour la placer dans l’humiliation devant Dieu.
II
À Genève, il fallait ou engager certains frères à se rallier à la nouvelle Église libre, fondée sous le nom d’Église évangélique de Genève, ou bien jeter du discrédit sur leurs principes, et ainsi, de manière ou d’autre, détruire le témoignage rendu à la vérité. Il est possible que ce témoignage ait été rendu avec beaucoup de faiblesse, et à travers des fautes et des manquements sous tous les rapports. C’est ce que les frères qui l’ont rendu ne nieraient pas. Ils confesseraient tout cela devant Dieu et devant les hommes. Mais le témoignage était là. Plus ceux qui le rendent se tiendront dans l’humilité, mieux ils s’en trouveront.
Le détail des démarches, de la correspondance et des conférences qui ont eu lieu n’apporterait pas grand profit au lecteur, Il s’agit, pour les chrétiens, de la marche qu’ils ont à suivre pour glorifier Dieu.
La question est très-sérieuse. On admet que, quant à son unité visible, l’Église est en ruine. On professe que le clergé, sur lequel cette unité visible a reposé depuis seize siècles, n’est pas selon Dieu. Mais on prétend que, mettant de côté ce clergé, nous pouvons rétablir ce qui existait au temps des Apôtres, tel qu’ils l’avaient eux mêmes établi.
C’est, on en conviendra, une prétention d’une haute portée, et on se compromet gravement en s’y rendant et en se soumettant à ceux qui l’affichent, si, après tout, c’est une prétention non autorisée de Dieu.
Les chrétiens de Genève sont-ils en état de rétablir l’organisation de l’Église dans l’état primitif dans lequel les Apôtres l’ont laissée, et qui, de l’aveu de tous, n’existe plus ?
Aussi, je ne le nie pas, puisqu’ils ont arboré cette prétention, c’est une chose grave que de la repousser, si vraiment la chose peut se faire. Il faut regarder plus loin qu’aux individus. Lors même que ceux qui l’ont entreprise n’en seraient pas capables, si la chose est possible, si elle est selon la volonté de Dieu, on devrait bien se garder d’y mettre obstacle, et de décourager ceux qui cherchent à la réaliser. Une pensée qui, d’ailleurs, agira avec puissance sur une âme consciencieuse, sur une âme pénétrée d’amour pour l’Église, c’est la crainte de limiter l’énergie de l’amour de Dieu envers son Église. C’est le reproche de l’Esprit de Dieu à Israël : ils ont limité le Saint d’Israël. Il est clair qu’en elle même, et abstraction faite de toute autre considération,
de toute connaissance des voies et des jugements de Dieu, ce serait une chose infiniment précieuse que de voir l’Église briller dans sa beauté primitive, dans l’unité et dans l’ensemble qu’elle a eus au commencement. Pour ma part, j’ai si peu de foi que je crains toujours de mettre en question la marche de celui qui paraît en avoir davantage. Il est certain, au moins en suis-je pleinement convaincu, que nous pourrions et que nous devrions réaliser infiniment plus de cet état primitif que nous ne l’avons fait. De sorte que je suis bien loin d’être disposé à susciter des obstacles à la réalisation de bien des choses qui n’existent pas, pourvu que cette réalisation procède de la foi et de l’Esprit de Dieu.
Mais il s’agit ici d’une prétention bien positive, et c’est à cela que nous avons à répondre.
Néanmoins, je me trouve à cet égard dans une position un peu singulière. L’encre n’est guère sèche de ma réponse à une attaque venant du même côté, par laquelle nous étions accusés de faire un code de l’Évangile, et dans laquelle on s’opposait à nous en insistant sur la fausseté du principe qui considère, comme obligatoires maintenant, les ordonnances primitives des Apôtres. La Parole de Dieu ne fait pas loi en pareilles matières, disait-on en nous blâmant.
Ma réponse à ces reproches, tout en confessant l’incapacité humiliante où l’Église se trouve de rétablir certaines choses qu’elle a perdues, maintenait toute l’autorité de la Parole à tous égards.
N’est-ce donc pas une chose un peu surprenante, que de voir ceux qui décriaient, à qui voulait les entendre, le système d’évangile-code, nous accuser aujourd’hui de désobéissance, et même de blasphème (car ils en sont venus là), parce que l’on ne se soumet pas à eux, lorsqu’ils insistent sur ces mêmes ordonnances, y ajoutant la prétention d’être en état de les remettre en vigueur ?
S’il ne s’agissait que de la controverse, il suffirait de les inviter à se répondre à eux-mêmes. Et pourquoi, lorsque, en apparence au moins, il s’agit tout simplement pour vous de vous maintenir, au milieu du mouvement universel, dans une autorité qui vous échappe, voudriez-vous nous imposer ce chapitre de ce que vous appelez avec mépris Évangile-code, et nous imposer celui-là en biffant tout le reste comme ne faisant pas loi, et en repoussant, en principe, la perpétuité obligatoire de ce qui s’y trouve, en niant même l’existence de ce caractère obligatoire en dehors de l’occasion même qui a donné lieu à la direction apostolique ? Vous auriez dû, au moins, laisser au public chrétien le temps d’oublier ce que vous alléguiez il y a six mois, et que vous répétiez il n’y a pas six semaines.
Mais la chose est trop sérieuse pour la traiter ainsi, car il s’agit des intérêts de l’Église de Dieu. Il s’agit de s’assurer de la vérité, et d’y marcher par la puissance de la précieuse grâce de Dieu. Il ne suffit pas de démontrer les erreurs de ceux qui s’y opposent, triste emploi de son temps, infructueux pour soi-même et trop souvent aussi pour eux.
Après avoir abandonné sa position normale et ses ordonnances primitives, l’Église est-elle capable, ce péché commis, de rentrer, comme de droit, dans cette position-là, et de rétablir tout ce que les ordonnances longtemps abandonnées avaient établi, sans tenir compte ni de sa chute, ni de la ruine qui en résulte?
Un autre point de vue, sous lequel on a envisagé le droit d’établir un système ecclésiastique, c’est celui que nous venons de signaler, savoir, que la Parole n’est d’aucune autorité en ce cas, et qu’il faut se jeter hardiment sur le terrain de l’ordre humain et de la liberté évangélique.
Ayant fortement combattu, dans le Coup-d’œil, pour la pleine et entière autorité de la Parole, je n’ajoute rien ici sur ce point.
C’est du premier point que nous avons à nous occuper.
Mais, avant d’entrer en matière, je me permettrai de mettre devant les yeux du lecteur quelques faits relatifs à Genève, parce que ces faits jettent du jour sur la question de l’établissement des Anciens, et sur la position des frères de lÎle à l’égard de ces choses.
III
Étant venu, il y a onze ans environ, à Genève, parce que l’on m’avait dit que j’y trouverais des frères qui se réunissaient à peu près comme nous, et y étant venu sans aucun dessein de travailler dans ce pays-ci, je trouvai les pasteurs du Bourg-de-Four divisés entre eux, et le troupeau tenant, de son côté, des réunions dans le but de juger de leurs attributions. Après quelque hésitation, je cherchai à les rapprocher et à réparer la brèche, œuvre à laquelle, comme étranger, je pouvais me mettre sans entrer dans des détails pénibles. Par la grâce de Dieu, je réussis, et la paix fut rétablie. Ce sont les principes de la ruine de l’Église qui ont puissamment contribué à cela, en ce que je maintenais l’autorité des épîtres à Timothée et à Tite, tout en reconnaissant que l’état actuel des choses mettait obstacle à ce que nous les suivissions à la rigueur sur la question des Anciens, ce qui eut pour effet de modérer les esprits. Je n’ai qu’à rendre témoignage à la bienveillance et à l’affection que, dans ce temps-là, j’ai rencontrées, soit chez les pasteurs, soit chez les frères. J’ai joui de leur hospitalité. Dieu m’est témoin que je n’ai cherché que leur bien. Il y avait dans leur système plus de formalisme que je ne l’aurais souhaité; mais je le supportai, en évitant certains détails qui gênaient ma conscience, tels que les votations, auxquelles, comme étranger, je n’étais évidemment guère appelé à prendre part, quoique bientôt lié étroitement avec le troupeau. Pendant quatre ans, je travaillai au maintien de la paix et de l’unité, engageant les frères à se souvenir que, quoiqu’il pût se trouver des choses qui les gênassent, les trois pasteurs avaient été le moyen de rassembler le troupeau, et que ce fait, ainsi que leur œuvre, était une source légitime d’influence, et leur donnait droit au respect des frères.
Plus de six mois avant la rupture qui eut lieu à la Pélisserie, à l’occasion d’une conférence entre les pasteurs et le troupeau, un des pasteurs me fit dire de n’y pas venir, vu que je n’étais pas membre du troupeau. Cette communication me fut faite dans un moment où j’étais fort incertain de savoir si je devais, ou non, assister à cette réunion. Toute incertitude cessa et je répondis : « Eh bien ! je ne savais trop que faire ; voilà mon chemin bien clairement tracé… » Je n’ai jamais pris part à la marche de la Pélisserie dès ce jour-là. J’ai quitté Genève, et me suis complètement abstenu de toute intervention.
Pendant un séjour ailleurs, et lorsque mes relations avec le troupeau étaient tout à fait interrompues, des difficultés s’élevèrent au milieu d’eux au sujet d’une réunion pour la lecture de la Parole, réunion contre laquelle les pasteurs élevaient quelques objections. L’un d’entre eux a désigné lui-même comme un coup d’état de leur part, l’acte qui a eu pour résultat la retraite des frères dont la réunion a formé le premier noyau de l’assemblée de L’Île. Je n’ai été en rien ni averti de ce qui se passait, ni consulté à ce sujet. Je n’en ai eu connaissance que plus tard. À l’ouïe de ces choses, je désespérai d’un rapprochement. Après six ans de débats, il s’agissait du principe clérical formulé d’un côté, et de la négation formelle de ce principe de l’autre. Plus tard, l’un des pasteurs s’adressa à moi pour m’engager à travailler à un rapprochement. Les difficultés tenaient à une estrade de laquelle on distribuait la Cène, et où les pasteurs seuls se tenaient. L’estrade est peu de chose, me disait-il. C’est, disait ma réponse, un drapeau qui symbolise un principe. Que les pasteurs se mettent à la table avec les frères, et ils pourront être sûrs de jouir de plus d’influence qu’en insistant sur leurs droits. Je désire cordialement, pour ma part, qu’ils aient toute l’influence que leur œuvre leur a acquise.
Bien qu’il soit vrai que la question se soit dès lors fort développée, je tiendrais encore aujourd’hui le même langage. Et, quoique le troupeau de Genève ne fût pas tout ce que j’aurais désiré, que je ne pusse approuver ni l’élection des pasteurs par le troupeau, ni le principe dissident qui prenait plus ou moins de place dans sa constitution, je puis dire que le souvenir de mes premières relations avec lui m’a toujours rendu cette brèche infiniment pénible. Un des pasteurs, dont j’ai parlé plus haut, a dit à un frère anglais que, si j’eusse été là, assurément la division n’aurait pas eu lieu. Cela est très-possible. Dieu avait d’autres pensées. Et je crois, en effet, eu égard à tout ce qui s’est passé dès lors dans le monde religieux, et au développement des principes qui étaient au fond de la question qui agitait l’assemblée, que la position n’était pas tenable. La division n’en a pas moins été pour moi une chose pénible sous tous les rapports. J’ai dû désespérer d’y porter remède. Si les pasteurs avaient consenti à se placer à la table lorsqu’on prenait la Cène, rien ne m’aurait empêché de l’essayer. La question du clergé était là.
Voilà, quant aux Anciens, jusqu’où j’ai pu aller. J’ai pu, avec joie, reconnaître leur existence pratique, lorsqu’ils s’étaient adonnés à l’œuvre, et y avaient reçu le témoignage de Dieu. Veut-on les nommer ? Je m’arrête. Sans m’être formalisé quant à la porte par laquelle ils sont entrés, je les ai reconnus d’après mes principes, lorsque je les ai trouvés à l’œuvre. Lorsqu’on affiche leur nomination comme un principe, il faut se décider. Toute la question de savoir ce que c’est que l’Église, quel est son état, quelles sont les bases de ses relations avec Christ, quelle est sa responsabilité, la marche qui lui convient dans son état de chute, tout est compromis. Sinon, mon esprit se porte de préférence sur de tout autres sujets que celui de la nomination des Anciens. Christ est trop précieux, les temps trop sérieux, pour s’arrêter à de tels points.
IV
J’en viens à la brochure : Faut-il établir des Anciens ?
Son auteur, et ceux qui, avec lui, s’opposent à la vérité, peuvent être assurés qu’ils ont tout autre chose à faire qu’à se réjouir de l’occasion, que la phrase mal tournée d’un frère leur a offerte, de fausser et de noircir les principes des frères. Ils ont affaire à Dieu, qui garde sa vérité ; à Celui qui humilie les siens lorsqu’ils en ont besoin, mais qui saura juger ceux qui s’opposent à Lui et à sa vérité.
J’aborde donc le fond de la question.
Je dis hautement que je crois le fond de la pensée qui a été mise en question, parfaitement juste, et que
toute la question est là ; question trop sérieuse pour qu’on l’écarte par une discussion personnelle.
en a été, il est vrai, inexacte, et je crois qu’il y a quelque chose à blâmer en ce qu’elle n’a pas été assez pesée devant Dieu. Mais je crois que rejeter la pensée est un manque de conscience et de cœur
envers Dieu. Ce me semble être la prétention de l’orgueil humain, au moment où Dieu appelle à l’humiliation et à l’abaissement. Si, dans un tel état, l’on eût senti qu’on reconnaîtrait, de fait et de cœur, ceux que Dieu avait manifestés comme de véritables Anciens au milieu de tout le troupeau de Dieu à Genève, je n’aurais eu qu’à m’en réjouir. Les âmes, hélas ! n’en sont pas là. Ce qu’on a fait en est bien loin. On a dit qu’on ne pouvait pas obéir à ses conducteurs spirituels, à moins qu’une commission préparatoire et une élection populaire ne les eussent établis. Sur quel commandement repose l’existence de cette commission ? Sur quel commandement repose le choix qu’on a fait de cette commission, ainsi que l’ancienne commission elle-même qui a arrangé les choses ainsi ?
Insister sur la nomination des Anciens, comme si c’était là un acte d’obéissance, c’est trahir un manque de conscience et de cœur envers Dieu, et une simple similitude le fera comprendre.
Un père veut que ses enfants aillent se présenter à leur grand-père, propres et d’une manière convenable, et il leur donne le commandement formel de marcher sur le trottoir, et de ne pas le quitter, de peur de salir leurs habits. L’aîné des garçons, dont l’orgueil est blessé à l’idée d’aller se présenter à son grand-père comme un jeune enfant, va s’embourber dans la fange en se mettant en chemin ; puis, il commence à insister beaucoup sur le devoir de marcher sur le trottoir afin de se tenir propre. Est-ce là de l’obéissance ? Est-ce là de la conscience ? Est-ce là un sentiment convenable envers son père ? Ou, permettez-moi de le demander, est-ce là l’autorité qu’il réclame à l’égard de ses frères ?
Le fond de la pensée qui a provoqué tant d’indignation, c’est que, vu l’état de l’Église, on ne saurait agir au gré de ceux qui veulent nommer des Anciens ; que cette nomination est une prétention orgueilleuse ; que, la corruption s’étant emparée de tout le système que Dieu avait établi par les Apôtres, les hommes ne sont pas à même d’établir de nouveau un pareil système ; qu’on ne peut pas recommencer l’Église. Je parle seulement de son organisation ecclésiastique. L’Église elle-même subsiste évidemment toujours.
Au fond, ce qu’ils prétendent faire, c’est en effet de recommencer l’Église.
Un principe fondamental dans tout le raisonnement de notre frère, , c’est que Dieu ne rétablit jamais l’état primitif des choses déchues entre les mains des hommes.
L’auteur anonyme conteste ce principe. Voyons avec quel succès.
Il prend le temps des Juges comme celui de la plus profonde corruption d’Israël, ce qui, sous un certain point de vue, est assez vrai pour que je l’accepte sans faire plus de difficultés. Quel était donc l’état primitif en question ? C’est que Dieu lui-même était leur roi, selon que Dieu lui-même le signale à Samuel (1 Sam. VIII, 7-8, et XII, 12). Le sacrificateur était le point de contact, le lien entre le peuple et Dieu, et Dieu suscitait des Juges lorsqu’il y en avait besoin.
Cet état de choses a-t-il été rétabli ? Jamais ; et, ce qui plus est, il ne le sera jamais. Il serait difficile de trouver un exemple plus frappant et plus incontestable de la vérité du principe contesté par l’auteur anonyme.
En un certain sens, plusieurs choses seront rétablies sous le Messie ; mais les conseils de Dieu à l’égard du Messie lui-même excluent la possibilité du retour d’Israël à l’état où il se trouvait sous les Juges. Quant à la sacrificature elle-même, non-seulement une autre famille en a été investie ; mais la position même de la sacrificature a été totalement changée. La sacrificature a perdu, à tout jamais, la position dans laquelle elle se trouvait antérieurement. Elle a continué, il est vrai, et, sans elle, l’homme ne pourrait subsister devant Dieu. Mais Dieu a dit : « Je me susciterai un sacrificateur fidèle qui se tiendra devant mon Oint. » L’introduction de l’Oint a tout changé. C’est Lui, le Roi, qui devenait responsable du maintien de l’ordre au milieu du peuple, qui le gouvernait, qui le jugeait, et dont la conduite réglait, pour ainsi dire, le jugement que Dieu portait sur le peuple (2 Rois XXIII, 26).
L’auteur anonyme demande : « À quelle époque tomba la royauté ? » Et il répond aussitôt : « Ce fut sous le règne de Saül. »
Évidemment, Saül, demandé par le péché du peuple, quoique permis de Dieu, n’est pas la royauté voulue de Dieu. C’est David et Salomon que nous voyons dans ce caractère. C’est en Salomon que se montre la chute de la royauté. La patience de Dieu a été longue à cause de son serviteur David. La promesse immuable de Dieu à la postérité de David ne saurait manquer dans la personne du Christ ; mais il est parfaitement clair que la royauté n’a jamais été rétablie dans son état primitif, et qu’au contraire, en tant que confiée aux hommes dans la chair, cette royauté a été jugée de Dieu ; qu’après une longue patience, Dieu y a mis fin, et qu’il a mis fin, en même temps, aux relations de son peuple avec Lui.
L’auteur anonyme penserait-il peut-être que l’état primitif du peuple ait été rétabli du temps de Néhémie ?
Pour présenter au peuple le Messie, son Fils venu en chair, et pour placer Israël sous la responsabilité à cet égard, ainsi qu’il en use toujours avant que d’accomplir ses desseins en grâce, Dieu a gardé les restes chancelants d’un peuple asservi aux Gentils. Était-ce là l’état primitif de ce peuple ? Était-ce son état primitif que d’être asservi aux Gentils ? Est-ce pour cela que Dieu l’avait racheté d’Égypte ? Le nom de Lo-Hammi avait-il été révoqué ? Cet état dans lequel Dieu appelait Israël Pas-mon-Peuple (Lo-Hammi) n’était assurément pas l’état primitif du peuple de Dieu. Au commandement de Cyrus, son roi, un résidu du peuple monte à Jérusalem, tandis que Daniel, figure et signe de la vraie position du peuple, reste à Babylone et expose, en même temps, devant Dieu leur histoire selon les conseils de Dieu. L’autel a été rétabli par la foi. C’était, d’un côté, la grâce de Dieu, et de l’autre, dans l’homme, la fidélité qui le reconnaissait dans ses difficultés comme sa sauve-garde et sa muraille. Voyez le beau passage : Esd. III, 2-3. Le peuple de Dieu est toujours dans ses droits en adorant Dieu, et en le reconnaissant comme sa sûreté et sa force.
C’est tout autre chose que de prétendre rétablir,
selon l’ordre de l’économie, ce qui a été perdu. Néhémie a-t-il pu rétablir des rois ? A-t-il mis Zorobabel sur le trône ? Nullement. C’aurait été méconnaître le jugement de Dieu qui pesait sur son peuple. Néhémie a-t-il osé même mettre en règle les sacrificateurs qui ne pouvaient trouver leur généalogie ? Non, il les a mis de côté.
Lisez Néhémie, IX, 36-37, et vous verrez jusqu’à quel point l’état primitif avait été rétabli.
L’auteur anonyme veut distinguer entre l’économie et l’état politique. Cela est vraiment trop hardi pour un lecteur de la Bible. L’assujettissement du peuple de Dieu aux Gentils n’était-il donc qu’une affaire politique ? Le roi d’Israël n’avait-il aucun lien avec l’économie ? Dieu avait abandonné son temple et son trône, et avait confié aux Gentils l’autorité sur la terre, en disant de Juda : ce n’est plus mon peuple (parole qui ne sera révoquée qu’au retour de Christ). Et l’on va jusqu’à dire qu’il ne pas de l’économie, mais de l’état politique du peuple ! C’est par trop fort. Qu’est-ce que c’est que l’état politique du peuple de Dieu sur la terre en dehors de l’économie ?
Faut-il, hélas ! tout bouleverser pour avoir des Anciens ?
Pour ma part, je crois que nous avons la promesse assurée du Seigneur, qui ne change pas, qu’Il sera en tout temps au milieu de deux ou trois réunis en son nom ; de sorte que nous avons toujours le droit de relever notre autel. C’est notre devoir.
Nous sommes toujours tenus à reconnaître Dieu. Aussi, par sa grâce, dois-je faire tout ce qu’il me donne la force d’accomplir pour sa gloire. Pour agir pour lui, il faut qu’il nous envoie dans ce but.
Quant à la présence du Saint-Esprit au milieu du peuple, le sens que l’auteur anonyme prête au passage d’Aggée, II, 5, lui est évidemment tout à fait étranger. Dieu n’avait pas retiré son Esprit du peuple, quoiqu’il eût jugé et puni le peuple (Voyez Néhémie, IX, 20). Cet Esprit instruisait et dirigeait encore le peuple (Comparez És. LXIII, 14). Mais il est certain que, dans un sens autre que celui que nous venons d’attribuer au passage, l’Esprit de Dieu n’a demeuré au milieu de son peuple qu’après la glorification de Jésus.
Quant à l’esclavage, il est certain que, sous de certains rapports, le peuple de Dieu peut être en esclavage. À l’époque même de laquelle l’auteur anonyme parle, en disant qu’Israël n’était pas sous l’esclavage de Satan, puisque, etc., Néhémie dit qu’il était esclave des rois que nous savons avoir été les instruments de Satan, comme des bêtes féroces. Lors même que je suis enfant de Dieu, si je me plaçais sous la direction de Rome, entraîné par les séductions de l’ennemi, je serais bien sous l’esclavage de Satan. À tort, si vous voulez, mais j’y serais.
La question est de savoir s’il n’en serait pas de même, dans le cas où l’on se placerait sous des Anciens que l’on aurait élus sans la volonté de Dieu.
Je ne dis ni oui ni non. Rien de plus simple que ce qui en est dit. L’idée qu’un enfant de Dieu ne puisse se placer sous l’esclavage de Satan, est une dangereuse erreur.
La remarque de l’auteur anonyme, au § 17, est entièrement erronée. La sacrificature avait été le centre de l’unité ; elle ne l’était plus. La royauté était devenue ce centre.
Quant au § 20, au sujet de la différence dans les directions de Dieu (És. XXXVII, 33, et Jérém. XXV, 8-9), la force du raisonnement n’est pas saisie par l’auteur anonyme. Les textes sont cités bien à propos pour dé montrer le principe en question ; et ce que les textes démontrent, c’est que ce que Dieu autorise à tel moment donné, ne fait pas nécessairement règle pour ceux qui se trouvent dans un état différent. S’appliquer, dans ce cas, un ordre de Dieu, c’est ne pas avoir la conscience de son péché ; c’est comme prétendre marcher sur le trottoir par obéissance pour se tenir propre, lorsqu’on s’est déjà crotté à dessein hors du trottoir. L’adoration de Caïn était un péché, parce qu’il ne tenait pas compte de sa chute.
Nommer des Anciens, ce n’est pas obéir ; c’est prétendre pouvoir faire ce que l’Église primitive a fait, ce que les Apôtres ont fait.
Quant au § 25, si nous prenons le Papisme pour exemple, toute la faiblesse des arguments de l’auteur anonyme sautera aux yeux. Là, Satan gouverne bien dans l’Église, sous l’apparence que cette forme-là est voulue de Dieu. Il est évident que l’auteur anonyme ne comprend pas ce que c’est que la puissance de Satan, ni que Satan puisse exercer une puissance affreuse, même sur les enfants de Dieu, s’ils restent dans un système où cette puissance agit, et agit d’autant plus qu’elle leur est voilée, et qu’eux-mêmes prennent consciencieusement ce système pour l’Église de Dieu, pensant qu’y rester, c’est obéir à l’autorité que Dieu avait établie dans l’Église, et garder l’unité qui devait s’y trouver.
Je comprends que l’auteur anonyme prétende échapper, en ce qu’il fait, à cette puissance de Satan. Mais s’opposer en principe à la pensée exprimée dans le
paragraphe de Foulquier qui nous occupe, c’est nier ce que l’intelligence spirituelle doit comprendre et reconnaître pour vrai.
« Il est clair que, si l’Adversaire s’est emparé d’une chose que Dieu avait placée entre nos mains, vouloir la conserver, c’est rester sous son pouvoir de ce côté. » Cela est clair. Si l’on conserve ce dont Satan se sert dans l’exercice de sa puissance, on reste, quant à cela, sous cette puissance. Cela est si simple que la proposition se démontre d’elle-même.
Ceci, néanmoins, n’est pas une réponse suffisante. L’auteur anonyme peut répondre, et il répond, en effet, dans un endroit : Je ne veux rien conserver. L’Église n’a pas conservé le système scripturaire. Le clergé est du Diable. Je n’en veux nullement. Je veux rétablir des Anciens tels qu’ils étaient au commencement. Je veux, moi, commencer de nouveau l’Église à Genève sur le pied primitif.
On peut répondre : Vos Anciens seront toujours le clergé. On peut répondre aussi : Dieu ne vous a pas donné mission pour cela ; réponse qu’il faut justifier quant au premier point. Quant au second, c’est à l’auteur anonyme à produire ses titres, et à prouver sa mission ou celle de ceux qui ont entrepris cette œuvre. S’ils ne rassemblent pas avec Christ, ils dispersent.
Examinons donc, en détail, les objections de l’auteur anonyme.
Hélas ! tout ici est sophisme.
Il demande où a commencé l’apostasie. Eh bien ! disons avec lui que le germe en existait à l’époque de laquelle il est parlé en ces termes : « Le mystère d’iniquité est déjà en activité » (2 Thes. II, 7). Après cette époque, dit-il, l’Apôtre veut qu’il y ait des Diacres. Puis, l’auteur nous fait voir que l’Église était dans un mauvais état moral à bien des égards, lorsque l’Apôtre a ordonné à Timothée et à Tite d’établir des Anciens. — Soit. — Il demande en conséquence : « Comment ce même désordre nous imposerait-il aujourd’hui l’obligation de renoncer à cette institution ? » — Enfin, il ajoute, quant à l’établissement des Anciens : « Cet état de chute ne nous dispense pas du devoir de le conserver à notre tour. »
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