Read here

Œuvres complètes de Laplace

Pierre-Simon Laplace · 1878 · Free in the US

516,509 words · about 36 h 10 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1878 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Œuvres_complètes_de_Laplace&action=history). · Wikisource contributors

Text from Wikisource and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Pierre-Simon Laplace
Language
French
Published
1878
Length
516,509 words · about 36 h 10 min
Sections
138 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (138)
  1. Front matter under 1 min
  2. Addition au Mémoire sur la figure de la Terre (1817) about 9 min
  3. Addition au Mémoire sur la théorie des fluides élastiques under 1 min
  4. Application du calcul des probabilités aux opérations géodésiques under 1 min
  5. Application du calcul des probabilités aux opérations géodésiques de la méridienne under 1 min
  6. Archives parlementaires about 16 min
  7. Avertissement about 2 min
  8. Considération sur la théorie des phénomènes capillaires about 8 min
  9. De l’action de la Lune sur l’atmosphère under 1 min
  10. De l’adhésion des corps à la surface des fluides about 9 min
  11. De l’orbite de la seconde comète de 1805 about 1 min
  12. Du milieu qu’il faut choisir entre les résultats d’un grand nombre d’observations under 1 min
  13. Développement de la théorie des fluides élastiques et application de cette théorie à la vitesse du son about 7 min
  14. Suite under 1 min
  15. Extrait de l’essai de statique chimique about 5 min
  16. Lettres sur l’orbite des comètes about 19 min
  17. Entete under 1 min
  18. Première séance about 17 min
  19. Deuxième séance about 14 min
  20. Troisième séance about 12 min
  21. Quatrième séance about 12 min
  22. Cinquième séance about 11 min
  23. Sixième séance about 14 min
  24. Septième séance about 31 min
  25. Huitième séance about 29 min
  26. Neuvième séance about 20 min
  27. Dixième séance about 47 min
  28. Mémoire sur divers points d’analyse about 14 min
  29. Mémoire sur divers points de Mécanique céleste about 3 min
  30. Mémoire sur l’application du calcul des probabilités aux observations et spécialement aux opérations du nivellement about 5 min
  31. Mémoire sur l’inclinaison moyenne des orbites des comètes, sur la figure de la Terre et sur les fonctions about 15 min
  32. Mémoire sur l’intégration des équations différentielles par approximation about 10 min
  33. Mémoire sur l’usage du Calcul aux différences partielles dans la théorie des suites about 6 min
  34. Mémoire sur l’électricité qu’absorbent les corps qui se réduisent en vapeurs about 3 min
  35. Mémoire sur la chaleur about 1 h 11 min
  36. Mémoire sur la diminution de l’obliquité de l’écliptique qui résulte des observations anciennes about 29 min
  37. Mémoire sur la diminution de la durée du jour par le refroidissement de la Terre under 1 min
  38. Suite under 1 min
  39. Mémoire sur la double réfraction de la lumière dans les cristaux diaphanes about 13 min
  40. Mémoire sur la détermination d’un plan qui reste toujours parallèle à lui-même about 2 min
  41. Mémoire sur la détermination des orbites des comètes about 35 min
  42. Mémoire sur la figure de la Terre (1783) about 22 min
  43. Mémoire sur la figure de la Terre (1817) about 21 min
  44. Mémoire sur la probabilité des causes par les événements about 23 min
  45. Mémoire sur la précession des équinoxes about 16 min
  46. Mémoire sur la théorie de l’anneau de Saturne about 13 min
  47. Mémoire sur la théorie de la Lune about 5 min
  48. Mémoire sur le développement de l’anomalie vraie et du rayon vecteur elliptique about 5 min
  49. Mémoire sur le flux et le reflux de la mer about 45 min
  50. Mémoire sur le flux et reflux de la mer about 1 h 44 min
  51. Mémoire sur le flux et reflux lunaire atmosphérique about 9 min
  52. Mémoire sur le mouvement d’un corps qui tombe d’une grande hauteur about 5 min
  53. Mémoire sur le mouvement des orbites des satellites de Saturne et d’Uranus about 10 min
  54. Mémoire sur les approximations des formules qui sont fonctions de très grands nombres about 22 min
  55. Suite about 29 min
  56. Mémoire sur les approximations des formules qui sont fonctions de très grands nombres et sur leur application aux probabilités about 16 min
  57. Mémoire sur les deux grandes inégalités de Jupiter et de Saturne about 4 min
  58. Mémoire sur les intégrales définies et leur application aux probabilités about 22 min
  59. Mémoire sur les inégalités séculaires des planètes et des satellites about 30 min
  60. Mémoire sur les mouvements de la lumière dans les milieux diaphanes about 36 min
  61. Mémoire sur les mouvements des corps célestes autour de leurs centres de gravité about 28 min
  62. Mémoire sur les probabilités about 47 min
  63. Mémoire sur les solutions particulières des équations différentielles et sur les inégalités séculaires des planètes about 18 min
  64. Mémoire sur les suites about 34 min
  65. Mémoire sur les suites récurro-récurrentes et sur leurs usages dans la théorie des hasards about 7 min
  66. Mémoire sur les variations séculaires des orbites des planètes about 5 min
  67. Mémoire sur les équations séculaires des mouvements de la Lune, de son apogée et de ses nœuds about 30 min
  68. Mémoire sur un moyen de détruire les effets de la capillarité dans les baromètres about 3 min
  69. Notice sur le Général Marquis de Laplace about 5 min
  70. Rapport sur l’Ouvrage de Du Séjour intitulé : Essai sur les phénomènes relatifs aux disparitions périodiques de l’anneau de Saturne about 9 min
  71. Rapport sur un Mémoire de M. Malus about 7 min
  72. Recherches sur l’intégration des équations différentielles aux différences finies et sur leur usage dans la théorie des hasards about 52 min
  73. Recherches sur le Calcul intégral aux différences partielles about 15 min
  74. Recherches sur le Calcul intégral et sur le système du monde about 38 min
  75. Additions about 11 min
  76. Recherches sur plusieurs points du système du monde about 45 min
  77. Suite 1 about 1 h 2 min
  78. Suite 2 about 17 min
  79. Supplément au Mémoire sur les approximations des formules qui sont fonctions de très grands nombres about 3 min
  80. Sur l’action capillaire about 14 min
  81. Sur l’action réciproque des pendules et sur la vitesse du son dans les diverses substances about 8 min
  82. Sur l’anneau de Saturne about 4 min
  83. Sur l’application du calcul des probabilités à la philosophie naturelle about 15 min
  84. Sur l’attraction des sphères et sur la répulsion des fluides élastiques about 14 min
  85. Sur l’attraction et la répulsion apparente des petits corps qui nagent à la surface des fluides about 6 min
  86. Sur l’influence de la grande inégalité de Jupiter et de Saturne dans le mouvement des corps du système solaire about 4 min
  87. Sur l’inégalité lunaire à longue période, dépendante de la différence des deux hémisphères terrestres about 3 min
  88. Sur l’inégalité à longue période du mouvement lunaire (1813) about 6 min
  89. Sur l’inégalité à longue période du mouvement lunaire (1815) about 3 min
  90. Sur l’équation séculaire de la Lune about 20 min
  91. Sur la densité moyenne de la Terre about 7 min
  92. Sur la dépression du mercure dans un tube de baromètre due à sa capillarité about 7 min
  93. Sur la détermination des orbites des comètes about 3 min
  94. Sur la figure de la Terre under 1 min
  95. Sur la figure de la Terre et la loi de la pesanteur à sa surface about 8 min
  96. Sur la loi de la pesanteur en supposant le sphéroïde terrestre homogène et de même densité que la mer about 5 min
  97. Suite about 1 min
  98. Sur la loi de la réfraction extraordinaire de la lumière dans les cristaux diaphanes about 5 min
  99. Sur la longueur du pendule à secondes about 14 min
  100. Suite about 2 min
  101. Sur la mécanique about 3 min
  102. Sur la rotation de la Terre about 16 min
  103. Sur la réduction de la longueur du pendule au niveau de la mer about 7 min
  104. Sur la théorie de Jupiter et de Saturne about 7 min
  105. Sur la théorie des tubes capillaires about 16 min
  106. Sur la transmission du son à travers les corps solides under 1 min
  107. Sur la vitesse du son about 3 min
  108. Sur la vitesse du son dans l’air et dans l’eau about 4 min
  109. Sur le calcul des probabilités appliqué à la philosophie naturelle about 2 min
  110. Sur le développement en série du radical qui exprime la distance mutuelle de deux planètes et sur le développement du rayon vecteur elliptique under 1 min
  111. Sur le perfectionnement de la théorie et des Tables lunaires about 9 min
  112. Sur le principe de la gravitation universelle et sur les inégalités séculaires des planètes qui en dépendent about 56 min
  113. Sur les comètes about 6 min
  114. Sur les inégalités lunaires dues à l’aplatissement de la Terre about 7 min
  115. Sur les naissances, les mariages et les morts à Paris about 9 min
  116. Sur les plus grandes marées de l’an IX about 5 min
  117. Sur les Tables de Jupiter et sur la masse de Saturne about 4 min
  118. Sur les variations de l’obliquité de l’écliptique et de la précession des équinoxes about 3 min
  119. Sur les variations des éléments du mouvement elliptique et sur les inégalités lunaires à longues périodes about 20 min
  120. Sur les équations séculaires des mouvements de l’apogée et des nœuds de l’orbite lunaire about 10 min
  121. Suite about 5 min
  122. Sur quelques points du système du monde about 57 min
  123. Sur quelques équations des Tables lunaires about 4 min
  124. Tables nouvelles des dépressions du mercure dans le baromètre dues à sa capillarité about 5 min
  125. Théorie de Jupiter et de Saturne about 1 h 4 min
  126. Théorie des attractions des sphéroïdes et de la figure des planètes about 39 min
  127. Théorie des satellites de Jupiter about 36 min
  128. Suite about 37 min
  129. Tome 08 under 1 min
  130. Tome 09 about 3 h 21 min
  131. Tome 10 under 1 min
  132. Tome 11 under 1 min
  133. Tome 12 under 1 min
  134. Tome 13 under 1 min
  135. Tome 14 under 1 min
  136. Éclaircissement de la théorie des fluides élastiques about 5 min
  137. Éclaircissements sur les Mémoires précédents, relatifs aux inégalités lunaires about 6 min
  138. Éloge de Laplace about 7 min

Continue:

Front matter

TRAITÉ DE MÉCANIQUE CÉLESTE

EXPOSITION DU SYSTÈME DU MONDE (6e édition 1835)

THÉORIE ANALYTIQUE DES PROBABILITÉS

Addition au Mémoire sur la figure de la Terre (1817)

ADDITION AU MÉMOIRE

sur

LA FIGURE DE LA TERRE.

Mémoires de l’Académie des Sciences, Série, T. III, 1818 ; 1820.

Les expériences multipliées du pendule ont fait voir que l’accroissement de la pesanteur suit une marche fort régulière et, à très peu près, proportionnelle au carré du sinus de la latitude. Cette force étant la résultante des attractions de toutes les molécules terrestres, ses observations comparées à la théorie de l’attraction des sphéroïdes offrent le seul moyen qui puisse nous faire pénétrer dans la constitution intérieure de la Terre ; et, sous ce rapport, elles sont très importantes pour l’avancement de la Géologie. J’ai publié sur cet objet, dans le Volume précédent, un théorème fondé sur une propriété remarquable de l’attraction que les corps placés à la surface d’une sphère exercent sur un point situé près de cette surface.

Si l’on imagine un fluide très rare et qui, en s’élevant à une petite hauteur, enveloppe la Terre entière et ses montagnes, ce fluide prendra un état d’équilibre, et j’ai fait voir, dans le Volume cité, que les points de sa surface extérieure seront tous également élevés au-dessus de la mer. Les points intérieurs des continents, autant abaissés que ceux de la surface de la mer, au-dessous de la surface extérieure du fluide supposé, forment par leur continuité ce que je nomme niveau prolongé de la mer. La hauteur d’un point des continents au-dessus de ce niveau sera déterminée par la différence de pression du fluide à ce point et au niveau de la mer, différence que les observations du baromètre feront connaître, car notre atmosphère, supposée réduite partout à sa densité moyenne, devient le fluide que nous venons d’imaginer.

Cela posé, concevons que la Terre soit un sphéroïde homogène d’une forme quelconque et recouvert en partie par la mer. Si l’on prend pour unité la longueur du pendule à secondes à l’équateur, et si à la longueur de ce pendule, observée à un point quelconque de la surface du sphéroïde terrestre, on ajoute la moitié de la hauteur de ce point au-dessus du niveau de l’océan, hauteur que donne l’observation barométrique, l’accroissement de cette longueur ainsi corrigée sera égal au produit du carré du sinus de la latitude par du rapport de la force centrifuge à la pesanteur à l’équateur ou par

Ce théorème est vrai à très peu près, quelles que soient la densité de la mer et la manière dont elle recouvre en partie la Terre, dans le cas même où la surface des continents serait discontinue et formée de plusieurs surfaces tangentes les unes aux autres : il s’étend aux plateaux élevés, un peu vastes, pourvu qu’ils soient de même densité que le sphéroïde terrestre. Enfin, il n’est point sensiblement altéré par l’attraction des montagnes éloignées. Il me paraît mériter d’autant plus l’attention des analystes, que, dans tous ces cas où il donne une expression si simple de la pesanteur, il est impossible de déterminer la figure de la mer.

Les expériences du pendule faites dans les deux hémisphères s’accordent à donner au carré du sinus de la latitude un coefficient qui surpasse et à peu près égal à il est donc bien prouvé, par ces expériences, que la Terre n’est point homogène dans son intérieur et que les densités de ses couches croissent de la surface au centre.

Mais la Terre, hétérogène dans le sens mathématique, serait homogène dans le sens chimique si l’accroissement de la densité de ses couches n’était dû qu’à l’accroissement de la pression qu’elles éprouvent à mesure qu’elles sont plus près du centre. On conçoit, en effet, que le poids immense des couches supérieures peut augmenter con- sidérablement leur densité, dans le cas même où elles ne seraient pas fluides, car on sait que les corps solides se compriment par leur propre poids. La loi des densités résultantes de ces compressions étant inconnue, nous ne pouvons pas savoir jusqu’à quel point la densité des couches terrestres peut ainsi s’accroître. La densité d’un gaz quelconque est proportionnelle à sa compression lorsque sa température reste la même. Cette loi, trouvée juste dans les limites de densité des gaz où l’on a pu l’éprouver, ne peut évidemment convenir aux liquides et aux solides dont la densité est très grande relativement à celle des gaz, lorsque la pression est très petite ou nulle. Il est naturel de penser que ces corps résistent d’autant plus à la compression qu’ils sont plus comprimés ; en sorte que le rapport de la différentielle de la pression à celle de la densité, au lieu d’être constant, comme dans les gaz, croît avec la densité : la fonction la plus simple qui puisse représenter ce rapport est la première puissance de la densité multipliée par une constante. C’est celle que j’ai adoptée, parce qu’elle réunit à l’avantage de représenter de la manière la plus simple ce que nous savons sur la compression des liquides et des solides, celui de se prêter facilement au calcul dans la recherche de la figure de la Terre. Jusqu’ici les géomètres n’ont point fait entrer dans cette recherche l’effet résultant de la compression des couches. vient d’appeler leur attention sur cet objet, par la remarque ingénieuse que l’on peut expliquer de cette manière l’accroissement de densité des couches du sphéroïde terrestre. J’ai pensé que l’on verrait avec intérêt l’analyse suivante, de laquelle il résulte qu’il est possible de satisfaire ainsi à tous les phénomènes connus dépendant de la loi de densité de ces couches. Ces phénomènes sont : les variations des degrés des méridiens et de la pesanteur ; la précession des équinoxes ; la nutation de l’axe terrestre ; les inégalités que l’aplatissement de la Terre produit dans le mouvement de la Lune ; enfin le rapport de la moyenne densité de la Terre à celle de l’eau, rapport que Cavendish a fixé, par une belle expérience, à En partant de la loi précédente sur la compression des liquides et des solides, je trouve que, si la Terre était entièrement formée d’eau, son aplatissement serait le coefficient du carré du sinus de la latitude, dans l’expression de la longueur du pendule à secondes, serait et la densité moyenne de la Terre serait neuf fois celle de l’eau. Tous ces résultats s’écartent des observations au delà des limites des erreurs dont elles sont susceptibles.

Si l’on suppose la Terre formée d’une substance homogène dans le sens chimique, dont la densité soit de celle de l’eau commune, et qui, comprimée par une colonne verticale de sa propre substance, égale à la millionième partie du demi-axe terrestre, augmente en densité de millionièmes de sa densité primitive, on satisfait à tous les phénomènes que je viens de citer. L’existence d’une telle substance est très admissible et il y en a vraisemblablement de pareilles à la surface de la Terre. Au reste, je suis loin d’affirmer que ce cas soit celui de la nature ; il est même probable, vu la grande variété des substances qui sont à la surface de la Terre, que, dans l’intérieur de cette planète, il en existe semblablement un grand nombre qui n’ont pu être disposées régulièrement autour de son centre de gravité que dans un état primitif de fluidité due à une chaleur excessive. Mais l’hypothèse d’une substance unique, dont les couches ne varient en densité que par la compression qu’elles éprouvent, n’offrant rien d’impossible, elle m’a paru digne de l’attention des géomètres.

Je suppose la température uniforme dans toute l’étendue du sphéroïde terrestre ; mais il est possible que la chaleur soit plus grande vers le centre, et cela serait ainsi dans le cas où la Terre, douée primitivement d’une grande chaleur, se refroidirait continuellement. L’ignorance où nous sommes de la constitution intérieure de cette planète ne nous permet pas de calculer la loi de ce refroidissement et la diminution qui en résulte dans la température moyenne des climats ; mais nous pouvons établir d’une manière certaine que cette diminution est insensible depuis deux mille ans.

Imaginons, dans un espace d’une température constante, une sphère douée d’un mouvement de rotation ; concevons ensuite qu’après un long temps la température de l’espace diminue d’un degré ; la sphère finira par prendre ce nouveau degré de température : sa masse n’en sera point altérée, mais ses dimensions diminueront d’une quantité que je suppose être cent-millième, ce qui a lieu à peu près pour le verre. En vertu du principe des aires, la somme des aires que chaque molécule de la sphère décrit autour de son axe de rotation sera, dans un temps donné, la même qu’auparavant. Il est facile d’en conclure que la vitesse angulaire de rotation sera augmentée de cinquante millième. Ainsi, en supposant que la durée de la rotation soit d’un jour ou de cent mille secondes décimales, elle sera diminuée de deux secondes par la diminution d’un degré dans la température de l’espace. Si l’on étend cette conséquence à la Terre, et si l’on considère que la durée du jour n’a pas varié, depuis Hipparque, d’un centième de seconde, comme je l’ai fait voir par la comparaison des observations avec la théorie de l’équation séculaire de la Lune, on jugera que, depuis cette époque, la variation de la chaleur intérieure de la Terre est insensible. À la vérité, la dilatation, la chaleur spécifique, la perméabilité plus ou moins grande à la chaleur et la densité des diverses couches du sphéroïde terrestre, toutes choses inconnues, peuvent mettre une différence sensible entre les résultats relatifs à la Terre et ceux de la sphère que nous venons de considérer, suivant lesquels une diminution d’un centième de seconde dans la durée du jour répond à une diminution d’un deux-centième de degré dans la température ; mais cette différence ne peut jamais élever d’un deux-centième de degré à un dixième la perte de la chaleur terrestre, correspondante à la diminution d’un centième de seconde dans la durée du jour. On voit même que la diminution d’un centième de degré près de la surface suppose uie diminution plus grande dans la température des couches inférieures, car on sait qu’à la longue la température de toutes les couches diminue suivant la même progression géométrique ; en sorte que la diminution d’un degré près de la surface répond à des diminutions plus grandes dans les couches plus voisines du centre. Les dimensions de la Terre et son moment d’inertie diminuent donc plus que dans le cas de la sphère que nous avons imaginée. Il suit de là que, si dans la suite des temps l’on observe quelques changements dans la hauteur moyenne du thermomètre placé au fond des caves de l’Observatoire, il faudra l’attribuer, non à une variation dans la température moyenne de la Terre, mais à un changement dans le climat de Paris, dont la température peut varier par beaucoup de causes accidentelles. Il est remarquable que la découverte de la vraie cause de l’équation séculaire de la Lune nous fasse connaître en même temps l’invariabilité de la durée du jour et celle de la température de la Terre, depuis l’époque des plus anciennes observations.

Je reprends l’équation (1) du n 29 du de la Mécanique céleste ; en la différenciant et ne comparant que les termes constants de ses deux membres, on aura

En différentiant, on aura

par conséquent

Telle est donc la loi de densité des couches du sphéroïde terrestre relative à la loi supposée entre la pression et la densité. À la surface de la Terre, où nous supposerons on a

Si l’on nomme la moyenne densité de la Terre, on aura

donne à la surface

Mais il existe deux autres éléments que les observations font connaître, et qui, dépendant comme et de la loi de densité des couches du sphéroïde terrestre, sont liés aux quantités précédentes. L’un de ces éléments est l’ellipticité du sphéroïde. Si l’on nomme l’ellipticité de la couche du sphéroïde dont le rayon est et la densité on a, par le n 30 du Livre cité,

Si l’on met cette équation sous la forme

étant une arbitraire, et en observant que Cette expression donne, en substituant pour sa valeur

Je dois observer ici que a déjà déterminé l’aplatissement de la Terre, dans le cas où la densité des couches est exprimée par (Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1789).

En combinant les phénomènes de la précession et de la nutation avec les inégalités lunaires dépendantes de l’aplatissement de la Terre et avec les observations des degrés des méridiens et de la pesanteur. je suis parvenu, dans le Tome II des Nouveaux Mémoires de l’Académie des Sciences, à cette équation

Si l’on suppose étant le rapport de la circonférence au diamètre, on aura

le rapport de la densité du centre à celle de la surface sera ou et la nutation en secondes sexagésimales sera L’ellipticité précédente satisfait à l’ensemble des observations des degrés, de la pesanteur et des inégalités lunaires dépendantes de l’aplatissement de la Terre. La nutation est, à fort peu près, celle qui résulte des observations de la hauteur et de l’ascension droite de l’étoile polaire. En supposant, conformément à l’expérience de Cavendish, le rapport de la moyenne densité de la Terre à celle de l’eau égal à la densité de la couche de la surface sera celle de l’eau étant prise pour unité.

Si la Terre était entièrement formée d’eau, en supposant, conformément aux expériences de Canton, que, à la température de elle augmente, en densité, de millionièmes, sous la pression d’une colonne d’eau de on a

Addition au Mémoire sur la théorie des fluides élastiques

addition au mémoire

sur

la théorie des fluides élastiques.

Connaissance des Temps pour l’an 1825 ; 1822.

Ce Mémoire, pages 386-387 de la Connaissance des Temps 1825, est reproduit à peu près textuellement au Tome V, , pages 104-105.

Application du calcul des probabilités aux opérations géodésiques

application du calcul des probabilités

aux opérations géodésiques .

Connaissance des Temps pour l’an 1820 ; 1818.

Ce Mémoire est reproduit, avec additions, dans le deuxième Supplément : Application du Calcul des Probabilités aux opérations géodésiques, t. VII, p. 531.

Application du calcul des probabilités aux opérations géodésiques de la méridienne

application du calcul des probabilités

aux opérations géodésiques de la méridienne.

Connaissance des Temps pour l’an 1822 ; 1820.

Ce Mémoire est reproduit au § I du troisième Supplément : Application des formules géodésiques de probabilité à la Méridienne de France, Tome VII, p. 581-585 .

Archives parlementaires

sur

l’exécution du cadastre.

Archives parlementaires de 1787 à 1860, série, t. XIX.

Messieurs, les réflexions suivantes, étant relatives à l’exécution du cadastre, regardent spécialement le gouvernement ; mais il m’a paru qu’une opération, dont la dépense doit s’élever à millions, méritait de fixer, pendant quelques moments, l’attention de la Chambre ; et j’ai pensé que les paroles proférées de cette tribune seraient mieux entendues.

Je n’examinerai point s’il était possible d’obtenir avec une précision suffisante, et plus promptement que par le cadastre, une égale répartition de l’impôt territorial. Le cadastre est bon en lui-même ; il est trop avancé maintenant pour l’abandonner. Je ne veux ici qu’indiquer les mesures propres à l’améliorer.

Sa partie topographique est celle qui exige le plus de temps et de dépense. Lorsqu’on veut lever avec exactitude le plan d’un royaume, il n’y a qu’une méthode qui malheureusement n’a pas été suivie dans l’opération du cadastre. Elle consiste à tracer deux grandes lignes perpendiculaires entre elles et dirigées, l’une, du nord au sud, l’autre, de l’est à l’ouest. On couvre tout l’espace à mesurer d’un réseau de grands triangles qu’on rattache à ces lignes. En partageant ensuite chacun de ces triangles en triangles secondaires, on descend jusqu’à l’arpentage des communes. Ainsi les mesures partielles sont restreintes dans leurs écarts par les triangles qui les circonscrivent ; les négligences des arpenteurs sont reconnues et rectifiées. De là résulte un système d’opérations bon dans ses détails et parfait dans son ensemble.

La France a pour l’exécution de ce système tous les moyens qu’on peut désirer : les savants les plus capables de le diriger ; un corps d’ingénieurs-géographes très instruits, qui ont fait ce qu’on a de mieux en ce genre, et auxquels on peut adjoindre des officiers d’artillerie et du génie. Le cadastre leur offre l’occasion la plus favorable de s’exercer aux opérations qu’ils doivent exécuter pendant la guerre. C’est ainsi que la Prusse continue au delà du Rhin les travaux topographiques de nos ingénieurs ; elle ne peut pas suivre de meilleurs modèles.

Déjà l’une des lignes fondamentales dont je viens de parler traverse la France depuis Dunkerque jusqu’à Perpignan. Une perpendiculaire dirigée de Strasbourg à Brest est commencée. La première de ces lignes, tracée avec une précision extrême, a été prolongée au delà des Pyrénées, jusqu’à l’île de Formentera, dans la Méditerranée. Grâce aux soins éclairés du Ministre de l’Intérieur pour le progrès des sciences, cette ligne va s’étendre au nord jusqu’à Yarmouth. Le colonel Mudge qui, suivant la méthode que j’ai citée, lève avec autant d’habileté que de zèle les plans de l’Angleterre et de l’É\cose, doit se réunir aux savants français et concourir avec eux au prolongement de notre méridienne, L’étendue actuelle de ce grand arc comprend un septième environ de la distance du pôle à l’équateur. On a observé les latitudes de ses points extrêmes et de plusieurs points intermédiaires, et l’on a mesuré les longueurs correspondantes du pendule à secondes : ce qui répand une vive lumière sur la figure de la Terre et sur les inégalités de ses degrés et de la pesanteur. Cette opération, la plus belle de ce genre qu’on ait encore entreprise, est la base du système métrique et décimal des poids et mesures, dont l’adoption générale serait un grand bienfait des gouvernements. Complément heureux de notre système admirable de numération et, comme lui, convenant également à tous les peuples, il vient d’être admis dans le royaume des Pays-Bas. En France, peu secondé, quelquefois contrarié par les autorités, il lutte cependant avec succès contre les obstacles que la puissance des habitudes oppose à l’introduction des choses même les plus utiles. Espérons que bientôt il surmontera ces obstacles. Alors il sera maintenu par cette puissance qui, jointe à celle de la raison, assure aux institutions humaines une éternelle durée.

Je désire que les ministres veuillent bien prendre en considération le plan que je propose. Il est possible d’y adapter la partie du cadastre déjà faite et de l’exécuter sans retarder l’opération, sans en augmenter la dépense. Peut-être même, le grand nombre d’ingénieurs géographes que l’état de paix où nous sommes permet d’employer à ce travail, auquel on les voit avec peine étrangers, rendrait-t-il son exécution plus prompte et moins coûteuse. Mais une commission, choisie par le gouvernement pour l’éclairer sur cet objet, prendrait les renseignements nécessaires à sa détermination. Elle examinerait jusqu’à quel point sont fondés les reproches de négligence et d’incapacité faits à plusieurs agents du cadastre ; elle indiquerait les moyens de l’accélérer et de le perfectionner.

Après avoir donné, dans la formation de la grande Carte de France, un exemple que les autres nations s’empressent de suivre, ne leur soyons pas inférieurs, ne rétrogradons point quand elles avancent. Conservons parmi nous la gloire des sciences et beaux-arts. Cette gloire douce et paisible a le précieux avantage de s’accroître sans diminuer la gloire étrangère et d’intéresser tous les peuples, en leur procurant de nouvelles jouissances.

sur la

suppression de la loterie.

Archives parlementaires de 1787 à 1860, série, t. .

Messieurs, l’état des finances permet de diminuer les impôts. Le projet de loi qui nous est présenté applique cette diminution aux contributions directes et à la retenue sur les traitements. Cette disposition est-elle la plus avantageuse ? J’ai l’honneur de soumettre à la Chambre les réflexions suivantes sur cet objet. Je n’examinerai point si la contribution directe, élément de notre système représentatif, étant mieux répartie, serait dans une trop forte proportion avec les autres impôts. J’observerai seulement qu’il est juste et conforme à ce système de diminuer les grandes différences qui existent dans les rapports des contributions directes aux revenus fonciers, et que le mode adopté pour cela dans le projet de loi serait, avec quelques changements nécessaires, le moins sujet aux réclamations. Mais je pense qu’on ferait une chose bien plus utile en supprimant l’impôt de la loterie.

Qu’on se rappelle ce qui a été dit mille fois contre l’immoralité de ce jeu et sur les maux qu’il occasionne. Il est de tous les jeux celui où, le banquier faisant les plus grands bénéfices, les joueurs ont, pour la plupart, le moins de fortune ; en sorte que son désavantage, soit physique, soit moral, est très supérieur au désavantage que présentent les autres jeux publics qu’on ne tolère qu’avec peine et pour éviter un plus grand mal. Dans ceux-ci, le banquier ne prélève qu’un quarantième de la mise ; au jeu de loterie, le gouvernement en prélève le tiers.

placés sur un extrait sont par là réduits à

ils sont réduits aux deux tiers sur un ambe, à la moitié sur un terne, et fort au-dessous sur un quaterne : voilà le désavantage physique de ce jeu. Mais leur perte, insensible pour le riche, est très sensible pour le plus grand nombre de ceux qui mettent à la loterie : c’est là son désavantage moral. Le pauvre, excité par le désir d’un meilleur sort et séduit par des espérances dont il est hors d’état d’apprécier l’invraisemblance, expose à ce jeu son nécessaire. Il s’attache aux combinaisons qui lui promettent un grand bénéfice, et l’on vient de voir combien elles sont défavorables. Ainsi tout concourt à rendre ce jeu désavantageux, tout nous fait une loi de le proscrire. Nous applaudirions l’orateur qui, pour détourner de la loterie ses auditeurs, retracerait avec force les vols, la misère, les banqueroutes et les suicides qu’elle enfante. Hâtons-nous donc d’abolir un jeu aussi contraire à la morale, et tellement désavantageux aux joueurs que la police ne le souffrirait pas au nombre des jeux publics qu’elle se croit forcée de tolérer.

On dit que les billets des loteries étrangères s’introduiraient parmi nous. Mais la surveillance du gouvernement peut les arrêter, ou du moins les rendre si rares qu’ils ne parviendraient point au peuple dans l’intérieur du royaume ; et l’on peut affirmer qu’avec un peu de vigilance les mises à ces loteries ne seraient pas un cinquantième des mises actuelles à la loterie de France. On dit encore que cet impôt est volontaire. Sans doute il est volontaire pour chaque individu ; mais, pour l’ensemble des individus, il est nécessaire ; comme les mariages, les naissances et tous les effets variables sont nécessaires, et les mêmes à peu près, chaque année, lorsqu’ils sont en grand nombre ; en sorte que le revenu de la loterie est au moins aussi constant que les produits de l’agriculture.

Cet impôt est celui qui exige le plus de frais de perception. Il pèse beaucoup plus sur le peuple qu’il ne rapporte au gouvernement ; car ce qu’on rend sur les mises ne retourne pas au centième des joueurs et, par la publicité qu’on s’empresse de donner aux gains qui en résultent, il devient une nouvelle cause d’excitatitm à ce jeu funeste. Ainsi, quoique la loterie ne tasse entrer annuellement que ou millions dans le Trésor public, l’impôt qu’elle fait supporter à une partie considérable du peuple, et à la plus pauvre, s’élève à ou millions.

Que de faux raisonnements, que d’illusions et de préjugés la loterie fait éclore ! Elle corrompt à la fois l’esprit et les mœurs du peuple. C’est cependant vers son éducation morale que le législateur doit porter principalement sa vue. Il doit sacrifier à ce grand objet les petites considérations fiscales. Mais je soutiens qu’il ne résulterait de ce sacrifice aucune diminution dans nos finances, car ici, comme en toutes choses, ce qui est bon en soi est en même temps profitable. Le peuple, devenu plus industrieux et plus à son aise, payerait plus facilement ses impôts, consommerait davantage ; et le fisc recouvrerait, par les contributions indirectes, au delà de ce que la suppression de la loterie lui ferait perdre.

Grâces soient rendues au noble pair fondateur de la Caisse d’épargne ! Cet établissement, si favorable aux mœurs et à l’industrie, diminuera les bénéfices de la loterie et ce sera l’un de ses avantages. Que le gouvernement encourage les établissements semblables dans lesquels, par un léger sacrifice de son revenu, on assure son existence et celle de sa famille pour un temps où l’on ne pourra plus suffire à ses besoins. Autant le jeu de la loterie est immoral, autant ces établissements sont avantageux aux mœurs, en favorisant les plus deux penchants de la nature. Mais ils doivent être respectés dans les vicissitudes de la fortune publique ; car, les espérances qu’ils présentent portant sur un avenir éloigné, ils ne peuvent prospérerqu’à l’abri de toute inquiétude sur leur durée. C’est un avantage que la forme heureuse de notre gouvernement leur assure. Qu’on encourage encore les associations dont les membres se garantissent mutuellement leurs propriétés contre les accidents, en supportant proportionnellement les charges de cette garantie ; à l’imitation de la société, qui peut être en effet envisagée comme une grande association d’assurances mutuelles Mais que les établissements fondés sur les illusions de l’ignorance et de la cupidité soient sévèrement proscrits ; nul bénéfice ne peut compenser les maux qu’ils produisent. On doit donc extrêmement regretter que la suppression de la loterie n’ait pas été placée à la tête du tableau de la diminution des impôts, comme un hommage rendu à la morale.

sur la

manière dont se forme la décision du jury.

Archives parlementaires de 1787 à 1860, série, t. .

Messieurs, la manière dont se forme la décision du jurv est, sans aucun doute, l’élément le plus important de sa constitution. Le mode actuel offre un grand inconvénient qui, depuis son origine, a frappé tous les bons esprits. Quand sur douze jurés cinq déclarent le fait non constant, la loi élève avec raison un doute qu’elle cherche à dissiper par l’intervention des juges de la Cour d’assises ; elle ne voit point de motifs suffisants pour condamner, dans la simple majorité de sept voix sur douze ; elle cherche dans la décision des juges une confirmation de ces motifs. Cela est juste et conforme à la doctrine des probabilités, qui n’est au fond que le bon sens réduit au calcul dont il emprunte la puissance, pour arriver à des conséquences que de lui-même il n’eût pu tirer. Mais quand la décision des juges à la majorité de trois voix sur cinq, loin de confirmer les motifs de la condamnation, les infirme, n’est-t-il pas évident que, puisqu’ils étaient déjà jugés insuffisants, ils le deviennent encore plus par cette décision ? et n’est-t-il pas contraire au bon sens et à l’humanité de condamner alors l’accusé ?

Il y a plus : on voit quelquefois les jurés, incertains sur la culpabilité de l’accusé et voulant en remettre le jugement à la Cour d’assises, former arbitrairement entre eux une majorité de sept voix contre cinq : dans ce cas, la décision du jury est fictive et doit être regardée comme nulle. Les cinq juges de la Cour d’assises délibérant alors, et si trois étant favorables à l’accusé, deux lui sont contraires, il est condamné. Je ne sais si les annales judiciaires de tous les peuples offrent un autre exemple d’une condamnation prononcée à la minorité des voix. Il importe donc de faire promptement disparaître, d’une loi qui intéresse essentiellement la vie des hommes, des inconvénients aussi graves.

Mais, dit-on, le projet de loi qui vous est présenté pour cet objet dénature l’institution du jury en faisant prévaloir sur sa majorité celle de la Cour d’assises. Je réponds que cela n’arrive que dans l’intérêt de l’accusé, lorsqu’on cherche dans la décision des juges de nouveaux motifs à l’appui de la décision des jurés, que la loi juge insuffisante pour la condamnation ; c’est cette insuffisance qui, dans le projet de loi, annule la décision du jury, non confirmée, et même infimiee par la Cour d’assises.

On dit encore que la division arbitraire de sept jurés contre cinq deviendra plus fréquente, lorsque les jurés ne seront point retenus par la crainte de voir l’accusé condamné à la minorité des juges de la Cour d’assises. Nous ignorons le rapport du nombre des cas où la simple majorité des jures est de pure convention au nombre total des cas où la majorité simple existe. Nous manquons, à cet égard, d’observations sans lesquelles on exagère ou l’on diminue les nombres dans l’intérêt de la cause qu’on veut défendre. Nous savons encore moins quelle sera sur ce rapport l’influence du projet de loi. Mais ce que nous savons certainement, c’est qu’il est urgent de faire cesser l’un des plus grands abus possibles, celui d’un accusé condamné à la minorité des voix. Le législateur doit compter sur le sentiment du devoir dans les jurés, quand ils ont à prononcer sur la vie de leurs semblables. Plusieurs jurés m’ont dit que, dans des cas pareils, ils étaient facilement parvenus à ramenei le jury à l’examen approfondi de la culpabilité de l’accusé. Dans le cas même où la loi ne ferait point intervenir la Cour d’assises, ne peut-on pas craindre que les jurés ne discutent point avec tout le soin nécessaire les questions soumises à leur décision ? Pour les y contraindre, on exige chez plusieurs peuples que les jurés délibèrent jusqu’à ce qu’ils soient d’un avis unanime ; mais alors de nouveaux inconvénients se présentent, on donne ainsi à l’obstination des jurés, à leur tempérament, à leurs habitudes et à mille autres causes étrangères au jugement, une influence quelquefois préjudiciable, au point de faire prévaloir l’opinion de la minorité des jurés.

Disons donc que tout, dans ce monde, à ses inconvénients et ses avantages. C’est dans leur juste appréciation que consiste la difficulté de bien choisir et de faire d’utiles innovations. Ne changeons nos lois qu’avec une circonspection extrême ; mais adoptons avec empressement les améliorations évidemment indiquées par le bon sens et par l’humanité.

On objecte enfin que l’adoption du projet de loi consacrerait l’intervention des juges, qui paraît contraire à l’institution du jury. Mais, en améliorant une loi existante, le législateur ne s’est jamais interdit la faculté d’en revoir l’ensemble et d’y taire les changements que l’expérience et un examen approfondi auront fait juger avantageux. C’est surtout dans l’importante loi du jury que cet examen demande de longues et mûres réflexions. Il ne faut donc voir dans le projet de loi qui vous est présenté qu’une correction urgente d’un abus grave qui, chaque jour, peut compromettre l’innocence. C’est sous ce point de vue que j’ai proposé ce même projet il y a plus de 4 ans et que je m’empresse de l’adopter aujourd’hui.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…