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Traitté de la canicule et des jours caniculaires

Antoine Porchon · 1688 · Free in the US

41,293 words · about 2 h 54 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Antoine Porchon
Language
French
Published
1688
Length
41,293 words · about 2 h 54 min
Sections
7 reader sections
Text
Digital text
Rights
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Contents (7)
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Front matter

| | DE LA | CANICULE, | Et des Jours Caniculaires. | Tiré des meilleurs Auteurs, & fondé ſur une longue experience. | À PARIS, | Chez MAURICE VILLERY, Quay | des Auguſtins, proche l’Hoſtel | de Luyne, à la décente du Pont | S. Michel, à l’Image S. Jean | Chryſoſtome. | Avec Privilege du Roy.

E ne doute pas qu’il n’y ait de la temerité de ſe preſenter devant vous ſans Introducteur, pour vous demander la de faire paroiſtre ce petit Traité ſous la faveur de voſtre illuſtre Nom, avant que l’Auteur ait l’honneur d’eſtre connu de vous. Ie m’y trouve neantmoins engagé, MONSEIGNEUR, comme eſtant eſtably dans une Ville, qui ne met ſa felicité que dans l’honneur d’être ſous voſtre protection, & de vous appartenir ; C’eſt donc pour vous rendre publiquement mes tres-profonds reſpects, tels que vôtre generoſité les attire de tous nos Citoyens ; Cette generoſité, dis-je, qu’ils épreuvent depuis plus d’un ſiecle de vos illuſtres ayeuls, & que vous ſoutenez avec tant d’éclat. I’aurois lieu de m’eſtendre icy ſur la grandeur & ſur le merite de cette tige glorieuſe ; Si mon ſtile eſtoit aſſez éloquent, & ſi l’eſtenduë d’une Epiſtre me le permettoit, quoy qu’il ſeroit fort ſuperflu, puiſque les grands & ſignalez ſervices qu’elle rend il y a pluſieurs ſiecles à l’Eſtat, ſont ineffacables du cœur de tous les veritables François, & particulierement de tous nos Bourgeois & Habitans. Qui pourroit, MONSEIGNEVR, dignement parler de celuy de noſtre Grand & Sage Gouverneur, dont la mémoire qui nous eſt ſi chere ne mourra jamais. C’eſt aſſez pour faire ſon panegirique, de dire qu’il l’a eſté de noſtre Invincible Monarque ; & que la gloire de ce Heros, & de tant de grandes choſes, qui font l’étonnement & l’admiration de toute la Terre, ſont les fruits de l’éducation de cet Incomparable Marêchal, que le Ciel n’avoit conſervé dans une heureuſe vieilleſſe que pour joüir plus long-temps du ſuccés de ſes ſoins, & goûter avec une plus douce & longue ſatisfaction pendant ſa belle vie, la joye de voir renaiſtre & ſe réunir en voſtre Perſonne toutes les rares qualitez de vos Anceſtres, avec cette brillante ſageſſe, qui eſt l’un des plus nobles appanages de voſtre illuſtre Maiſon, qui vous rend le tres-digne ſucceſſeur des bonnes graces du premier & du plus grand de tous les Roys. Pardonnez, MONSEIGNEVR, ſi je tranche court ; vous eſtes en eſtat d’aller ſi loin, qu’il faut reſerver les ſiécles futurs à décrire une vie auſſi éclatante que la voſtre le ſera. Mais, permettez-moy, que ſous de ſi heureux auſpices, ce petit Livre paroiſſe au jour, & que je prenne avec un Zele tres-reſpectueux, la qualité,

MONSEIGNEUR,

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E ne doute pas qu’il n’y ait de la temerité de ſe preſenter devant vous ſans Introducteur, pour vous demander la de faire paroiſtre ce petit Traité ſous la faveur de voſtre illuſtre Nom, avant que l’Auteur ait l’honneur d’eſtre connu de vous. Ie m’y trouve neantmoins engagé, MONSEIGNEUR, comme eſtant eſtably dans une Ville, qui ne met ſa felicité que dans l’honneur d’être ſous voſtre protection, & de vous appartenir ; C’eſt donc pour vous rendre publiquement mes tres-profonds reſpects, tels que vôtre generoſité les attire de tous nos Citoyens ; Cette generoſité, dis-je, qu’ils épreuvent depuis plus d’un ſiecle de vos illuſtres ayeuls, & que vous ſoutenez avec tant d’éclat. I’aurois lieu de m’eſtendre icy ſur la grandeur & ſur le merite de cette tige glorieuſe ; Si mon ſtile eſtoit aſſez éloquent, & ſi l’eſtenduë d’une Epiſtre me le permettoit, quoy qu’il ſeroit fort ſuperflu, puiſque les grands & ſignalez ſervices qu’elle rend il y a pluſieurs ſiecles à l’Eſtat, ſont ineffacables du cœur de tous les veritables François, & particulierement de tous nos Bourgeois & Habitans. Qui pourroit, MONSEIGNEVR, dignement parler de celuy de noſtre Grand & Sage Gouverneur, dont la mémoire qui nous eſt ſi chere ne mourra jamais. C’eſt aſſez pour faire ſon panegirique, de dire qu’il l’a eſté de noſtre Invincible Monarque ; & que la gloire de ce Heros, & de tant de grandes choſes, qui font l’étonnement & l’admiration de toute la Terre, ſont les fruits de l’éducation de cet Incomparable Marêchal, que le Ciel n’avoit conſervé dans une heureuſe vieilleſſe que pour joüir plus long-temps du ſuccés de ſes ſoins, & goûter avec une plus douce & longue ſatisfaction pendant ſa belle vie, la joye de voir renaiſtre & ſe réunir en voſtre Perſonne toutes les rares qualitez de vos Anceſtres, avec cette brillante ſageſſe, qui eſt l’un des plus nobles appanages de voſtre illuſtre Maiſon, qui vous rend le tres-digne ſucceſſeur des bonnes graces du premier & du plus grand de tous les Roys. Pardonnez, MONSEIGNEVR, ſi je tranche court ; vous eſtes en eſtat d’aller ſi loin, qu’il faut reſerver les ſiécles futurs à décrire une vie auſſi éclatante que la voſtre le ſera. Mais, permettez-moy, que ſous de ſi heureux auſpices, ce petit Livre paroiſſe au jour, & que je prenne avec un Zele tres-reſpectueux, la qualité,

MONSEIGNEUR,

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’ſt un ſentiment receu des Theologiens, des Philoſophes & des Medecins, que les corps ſuperieurs agiſſent ſur les inferieurs par leur lumiere, leur mouvement & influences ; C’eſt pourquoy nous liſons dans la Geneſe, que Dieu créa au commencement du monde deux lumieres dans le firmament, le Soleil, la Lune & les Eſtoilles, pour diviſer les jours & les nuits, les mois et les années, & pour ſignifier ce qui doit arriver aux hommes durant le cours de leur vie ; car il eſt certain que leurs changemens font les differences des ſaiſons, du Printemps, de l’Eſté, de l’Automne & de l’Hyver ; & que par le lever & le coucher de ces meſmes Eſtoilles, on peut predire la ſerenité, la tempeſte, les gelées, les pluyes & les vents, & meſme les maladies qui arrivent non ſeu- lement aux hommes, mais à tous les autres animaux. Le genie de la nature Ariſtote, nous aſſure que cette vertu animale que nous reſpirons, & qui eſt répanduë par toute la terre, prend ſon origine des Cieux ; & S. Auguſtin, le plus ſçavant & le plus éclairé de tous les Peres, rapporte que les corps inferieurs & plus groſſiers ſont gouvernez avec ſubordination par les ſuperieurs & plus ſubtils ; ainſi le Soleil, Pere de la Nature, chaud & ſec, ſelon Ptolomée, ou ſelon d’autres, tres-chaud & tres-humide par la ſubſtance, moderemēt chaud & un peu ſec par ſa qualité, eſt la cauſe de toutes les generations, par ſon arrivée & ſa preſence, comme il eſt cauſe de toutes les corruptions par ſon abſence & ſon éloignement : C’eſt ce bel aſtre qui fait la joye de tout le monde, à ſon arrivée toutes les choſes d’icy bas prennent une nouvelle vigueur, l’humide radical eſt augmenté, & les hommes ſemblent comme renaiſtre ; il domine, ſur le ſang & ſur les eſprits vitaux, ſur les yeux, ſur le cerveau, & ſur le cœur ; & entre les maladies, il cauſe les rhumes qui dependent de chaleur, les rougeurs du viſage, les fiévres ſynoches, ſimples & putrides, c’eſt à dire celles qui proviennent de l’abondance du ſang ou ſimplement enflammé, ou corrompu dans les grands vaiſſeaux ; la palpitation du cœur, & la douleur de teſte provenante, ou de la plenitude du ſang, ou pour avoir eſté trop long-temps expoſé à ſes rayons ; ainſi la Lune froide & humide de ſa nature, comme elle preſide aux mois, elle reveil en certain temps, regle les menſtruës des femmes ; elle domine ſur la pituite, ſur les ſueurs, ſur l’eſtomach, ſur le ventre, ſur le cerveau, le poulmon, les mammelles & les yeux ; elle excite l’epilepſie ou mal caduc, les gouttes ſciatiques, les catarrhes, les tremblemens de membres, les aſſoupiſſemens, les flux de ventre, les vomiſ- ſemens, les fiſtules, les vers & toutes les maladies qui naiſſent de la froideur & de l’humidité ; elle donne l’accroiſſement aux plantes & aux fruits ; elle engraiſſe les animaux ; & ſelon qu’elle eſt proche ou eſloignée du Soleil, elle cauſe divers changemens dans l’air & dans les maladies aiguës ; ainſi Saturne froid & ſec, parce qu’il eſt grandement éloigné de la chaleur du Soleil & de l’humidité de la terre, eſt mal faiſant ; on croit pourtant qu’il preſide aux plantes, en ce que par la froideur il empeſche la generation des vers & la pourriture de la ſemence ; on croit auſſi qu’il domine la teſte, la veſcie, l’eſtomach, les nerfs, les os & la mélancholie ; & par conſequent qu’il engendre la lépre, les chancres, les fiévres quartes, les oppilations, l’hydropiſie, le flux de ventre, la colique, la deſcente, les gouttes noüées, la ſciatique, la mélancholie, la difficulté de reſpirer, les vontoſitez, & toutes les maladies qui dependent des humeurs groſſieres & terreſtres. Jupiter moderemẽt chaud & humide, quoy que neantmoins la chaleur excelle, eſt un aſtre bien faiſant, qui a domination ſur le ſang, ſur les eſprits vitaux, ſur les poulmons, ſur le foye, & ſur les arteres, & c’eſt ſous luy que regnent les fiévres journallieres, que les Grecs appellent ephemeres, les eſquinancies, les pleureſies, les convulſions, les apoplexies, les phlegmons & toutes les maladies qui ſont dans le ſang : Mars toujours en colere & nul faiſant, brûle & deſſeche, il a puiſſance ſur les humeurs bilieuſes, ſur les reins, ſur le foye, les narrines, le fiel, ſur les parties genitales, & il eſt la ſource des fiévres bilieuſes, tierces & continuës des maladies épidemiques & populaires, de la peſte, de la migraine, du charbon, du feu volage, des puſtules, de la manie, de la phreneſie, de la diſſenterie, du vomiſſement de ſang. Venus échauffe moderement, mais elle humecte davantage, parce qu’eſtant doüée d’une grande lumiere, elle attire les exhalaiſons humides de la terre ; C’eſt pourquoy elle eſt agreable, feconde & bienfaiſante ; elle reigne ſur les reins, la ſemence, le ventre, le nombril, le foye, & ſur toutes les parties qui ſervent à la generation ; elle cauſe les foibleſſes de l’eſtomach, des reins & des parties de la generation ; la folie qui provient d’excés d’amour, la maladie Venerienne, & ſes dependances : Mercure variable & changeant deſſeche quelquefois à cauſe de la proximité du Soleil, & quelquefois il humecte à cauſe du voiſinage de la Lune ; il domine ſur les eſprits animaux, ſur les mains, les pieds, les bras, les nerfs, la bouche, la langue, les dents & les maladies dont il eſt cauſe, ſont le vertige ou tournoyement de teſte, la folie le trouble d’imagination, l’empeſchement de la langue, l’ulcere des poulmons, les eſcorcheures des jambes, des pieds & des mains ; Et quant aux autres Eſtoilles, Hypocrate conſeille à ceux qui exerçent la Medecine, d’éviter les deux ſolſtices & les deux équinoxes, quand il s’agit d’ordonner des remedes à cauſe de l’intemperie & du changement de l’air ; & enfin il veut que l’on conſidere la Plevade, Larcturus & la Canicule, puiſqu’en ces temps-là, il arrive de grands changemens en l’air, d’où naiſſent une infinité de maladies : On peut donc tirer cette conſequence de ce que je viens de dire, combien la connoiſſance de l’Aſtronomie eſt neceſſaire & importante aux Medecins, pour connoiſtre par le mouvement des Aſtres, leurs divers aſpects, leurs concours & leurs influences ſecrettes, les changemens des ſaiſons & de l’air ; & cette divine ſcience ne doit pas eſtre employée par vanité pour connoiſtre les bonnes & les mauvaises fortunes des hommes, mais ſeulement, comme dit Saint Auguſtin, pour obſerver par le moyen des Aſtres, ce qui peut eſtre utile à l’homme pour ſa neceſſité & pour ſes uſages, prévoir les changemens de l’air qui doivent arriver pendant l’Eſté, l’Hyver, l’Automne & le Printemps ; enſin pour bien connoiſtre les maladies qui leur peuvent arriver, en predire les évenemens, & ordonner bien à propos les remedes ; il ſuffit pour prouver la neceſſité de cette ſcience, qu’elle eſt authoriſée par Hypocrate : Le prince des Medecins, appuyée de l’authorité d’Ariſtote, ſoûtenue de celle d’Avicenne, & des plus illuſtres Medecins, & ſondée ſur la raiſon naturelle & ſur une infinité d’experiences. Mon deſſein dans ce petit Ouvage eſt de traiter particulierement de la Canicule, d’en expliquer la nature & les qualitez, ſon commencement & ſa duree, les lieux où elle arrive, les effets qu’elle produit, les maladies qu’elle cauſe, le regi- me de vivre que l’on doit obſerver dans la ſanté & dans la maladie, quel doit eſtre l’usage de la ſaignée & de la purgation, & quels remedes on doit employer.

FIN

De l’Imprime de Charles Coignard.

03

E preſent Traité de la Canicule & des jours Caniculaires : Comme auſſi un traité de la Goutte & des Remedes qui contribuent à ſa gueriſon, que j’ay leu, peut eſtre imprimé, s’il plaiſt à Monſeigneur le Chancelier d’en donner la permiſſion. Fait à Paris le vingt-ſeptieme de Septembre mil ſix cens quatre vingt-ſept.

E. BACHOT Docteur Regent & ancien Profeſſeur en Medecine dans l’Echole de Paris.

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AR grace & Privilege du Roy, donnée à Paris le 9. Iuillet 1688. ſigné par le Roy en ſon Conſeil, LE PETIT : Il eſt permis au Sieur MAVRICE VILLERY, Marchand Libraire, de faire imprimer, vendre & debiter un Livre intitulé, Traitté de la Canicule & des jours Caniculaires. Comme auſſi un Traitté de la Goutte & des Remedes qui contribuent à ſa gueriſon ; Et deffenſes ſont faites à toutes perſonnes de l’imprimer ou de le contre-faire pendant le temps de ſix années, à peine de tous dépens, dommages & intereſts ; ainſi qu’il eſt porté par le Privilege.

Regiſtré ſur le Livre de la Communauté des Imprimeurs & Libraires de Paris, le 21. jour de 1688. ſuivant l’Arreſt du Parlement du 8. Avril 1655, celuy du Conſeil Privé du Roy du 17. Septembre 1665. & l’Edit de Sa Majeſté. DONNÉ à Verſailles au mois d’Aouſt 1685.

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N donne differens noms à la Canicule ; car Hypocrate & les autres Grecs l’appellent Kion, Canis, ou Chien, & diſent que c’eſt une certaine eſtoille reluiſante dans la gueule du chien, laquelle à ſon lever donne l’accroiſſement aux chaleurs de l’Eſté. D’autres la nomment Syrios Canicula, ou Canis minor, Canicule, ou petit chien, qui eſt la plus grande de toutes les eſtoilles fixes, & elle eſt ainſi nommée, à raiſon de la chaleur & de la ſechereſſe, exceſſive, quelle cauſe à ſa naiſſance, ou bien elle eſt ainſi nommée, parce qu’elle répand ſa lumiere comme en baaillant, quaſi hiando, & qu’elle contraint les chiens d’avoir toûjours la gueulle ouverte ou beante, (ore hianti eſſe) à cauſe de la ſoif exceſſive & vehemente dont ils ſont preſſez. Les Anciens prennent le mot Syrios pour toute la Canicule, quoy qu’improprement ; car à proprement parler, comme dit Galien, cette eſtoille eſt ſituée dans la gueule du chien. D’autres enfin appellent la Canicule procyon, anticanis, tant parce qu’elle eſt placée dans la gueule du chien, que parce qu’elle ſe leve devant le chien, environ quinze jours. Quant au mot Latin Canicula, il eſt derivé du mot canis, chien ; de ſorte que cette eſtoille eſt ainſi nommée, parce qu’en ce temps-là les chiens ſont ſujets à la rage. De tous ces differens noms on peut conclure que les principales qualitez de la Canicule conſiſtent dans la chaleur & dans la

ce qui eſt tres-facile

de prouver par les effets qu’elle produit, & par les maladies qu’ cauſe, & qui dependent de la chaleur & de la ſechereſſe, comme je le feray voir dans la ſuite de ce Traitté.

s Anciens au rapport d’Hyginius cõmençoient la Canicule aux plus grandes chaleurs de l’Eſté, le Soleil entrant au premier degré du Lyon, qui eſt le dix-ſept de Iuillet ; c’eſt ainſi qu’en parle Pline, Dans la plus ardente chaleur, commence à paroiſtre la Canicule, lors que le Soleil entre au premier degré du Lyon, qui eſt quinze jours devant les Calandes d’Aouſt, c’eſt à dire le dix-ſept de Juillet : Il s’explique plus clairement en un autre endroit, quand il dit, que le ſeize des Calandes d’Aouſt, procyon, anticanis, ou avant chien, ſe leve (ayant pour avant-coureurs quinze jours devant qu’il ſe leve) le Soleil eſtant au premier degré du Lyon ; ce qui arrive le vingt-troiſiéme jour aprés le Solſtice, qui eſt le vingt-quatre de Iuin. D’autres neantmoins cõmencent ſeulement à ſupputer les jours Caniculaires le vingt-ſixiéme de Iuillet, lors que le chien ardent ou Canicule ſe commance à lever ſous le ſigne du Cancer ; ainſi ſelon la ſupputation des premiers, les jours Caniculaires ont quarante jours de durée ; ſçavoir depuis le dix-ſept Juillet, juſqu’au vingt-ſixiéme Aouſt, & ſelon la ſupputation des autres, ils n’en ont que trente : ſçavoir depuis le dix-ſept de Iuillet, juſqu’au quinze Aouſt. La pluſpart des Aſtrologues commancent les jours Caniculaires le vingt-quatre de Iuillet, trente jours aprés le Solſtice d’Eſté : mais comme à preſent nous ne trouvons ſeulement que vingt-quatre jours depuis le Solſtice, juſqu’au lever de la Canicule ; le Solſtice commençant le vingt-quatre, le lever de la Canicule doit neceſſairement commencer le dix-ſept de Iuillet, & les quinze jours qui les precedent ſeront le ſecond de Iuillet ; & il ſemble que ce ſoit le ſentiment d’Hypocrate, quand il dit dans un de ſes , que les medicamens purgatifs ſont faſcheux, avant & durant la Canicule, à cauſe de chaleur & ſechereſſe qui regnent en ces temps-là, & qui empeſchent entierement l’effet des remedes : Il faut remarquer avec Pline, que deux jours aprés le lever de la Canicule, il s’éleve un vent Grec appellé Nordeſt, qui ſe renforce durant quarante jours, auquel temps on l’appelle etiſies & ornithies, que ce vent modere la chaleur du Soleil, qui eſt redoublée en ce temp-là par l’ardeur de la Canicule. Il faut encore remarquer qu’il y a des jours que l’on appelle Anticaniculaires, oppoſez aux Caniculaires, & qui arrivent environ le vingt-un Decembre, lors que le Soleil eſt au ſigne du Capricorne, maiſon de Saturne.

oy que la Canicule arrive en toutes les parties du monde : Il y a neantmoins des lieux où elle regne avec plus de force ; & comme elle eſt tres-chaude & tres-ſeche, il eſt conſtant qu’elle a plus de force & de vigueur dãs les pays chauds, qu’elle n’en a point ou tres-peu dans les froids, & qu’elle eſt temperée dans les lieux temperez ; ainſi ceux qui habitent ſous la Zone torride, qu’Ariſtote aſſeure eſtre inhabitable, contre le ſentiment commun ; (car les Portugais qui ont voyagé dans ces pays là rapportent que toute la region qui eſt ſous Lequateur, eſt habitée) ſe reſſentent beaucoup de la Canicule ; ce que l’on peut dire des habitans de l’Aſie, de l’Egypte, de l’Ethyopie, de l’Italie, de l’Eſpagne, & autres : quant à la France, à la reſerve de la Provence, du Languedoc, & de la Gaſcogne, elle eſt temperée dans la pluſpart des autres Provinces.

tte Eſtoille fait aſſez connoiſtre ſon arrivée par les effets qu’elle produit ſur la terre : C’eſt ainſi que Pline en parle ; au lever de la Canicule, la Mer boüillonne, les vins tournent dans les Celliers ; les chiens dans toute cette eſpace tombent dans la rage ; & le grand Hypocrate aſſeure que les purgations ſont dangereuſes, parce que tous les animaux ſont alors dans l’abbattement & la langueur, la bile augmente & devient plus aigre, les pores s’ouvrent pour donner paſſage aux ſueurs ; les pauvres gens qui travaillent à la campagne, & les voyageurs ſouffrent une ſoif qu’ils ont bien de la peine à éteindre ; le vin, ce doux Nectar, ne plaiſt plus à moins qu’il ne ſoit bien trempé d’eau ; on prefere les herbages, les fruits & le lait, quoy que peu s’alubres aux meilleures viandes, & qui ſeroient bien plus profitables ; le bain a des charmes pour tout le monde, & l’on cherche par tout des lieux de rafraichiſſement. Je ne m’eſtonne donc plus ſi les anciens Romains tenoient ces jours ſi dangereux, qu’ils avoient inſtitué une Feſte à l’entrée de la Canicule, ou ils ſacrifioient un chien pour appaiſer ſa fureur. Voila ce me ſemble ce que l’on peut dire en general de la Canicule ; mais comme cette connoiſſance ſeroit inutile, ſi on ne la reduiſoit pas en pratique ; j’ay crû qu’il eſtoit de mon devoir de rapporter dans la ſuite de cét Ouvrage les maladies qui regnent pour lors ; le regime de vivre que les ſains & les malades doivent obſerver, & les remedes qu’ faut employer pour la guériſon des maladies.

oy que toutes les maladies puiſſent arriver en toutes les ſaisons de l’année, il y en a toutefois qui regnent plûtoſt dans un temps que dans un autre ; C’eſt pourquoy Hypocrate dans ſes Aphoriſmes, rapporte les maladies qui arrivent en chaque ſaiſon de l’année ; ainſi dans l’Eſté que domine la Canicule, les hommes ſouffrent principalement des fiévres continuës & ardentes, des fiévres tierces, vrayes, des quartes, des vomiſſemens, des flux de ventre, des chaſſies aux yeux, des douleurs d’oreilles, des ulceres dans la bouche, des pourritures des parties genitales & des ſueurs ; on peut adjoûter encore les maladies populaires & la peſte, la migraine, le feu volage, la manie, la phreneſie, la diſſenterie, le vomiſſement de ſang & enfin la rage.

Toutes ces maladies dependent en general d’une même cauſe qui eſt la bile ; laquelle, comme j’ay remarqué, devient en ce temps-là plus copieuſe & plus aiguë ; ainſi la fiévre tierce vraye n’a point d’autre cauſe que cét humeur qui eſt pure, & qui ne reçoit point le mélange, ny de la pituite ny de la mélancholie, comme les tierces fauſſes & les doubles tierces ; & quoy que la diete extréme, les alimens chauds & faciles à ſe corrompre ; le vin pur & fort, les exercices violens ſervent beaucoup à augmenter la bile ; il eſt conſtant que la Canicule en augmente la force & la violence ; auſſi les Symptomes qui l’accompagnent en donnent des marques évidentes, car les malades ſouffrent une chaleur exceſſive, leur reſpiration eſt grande, frequente & difficile, ils ſe mettent en toutes ſortes de poſtures pour trouver du rafraichiſſement ; ils ne ſont jamais en repos ; ils ſont tourmentez d’une ſoif qu’on ne peut éteindre ; ils reſſentent une grande amertume de bouche, leur langue eſt rude ; ils n’ont point de gouſt ; ils ſe mettent aiſément en colere ; ils ne dorment point, & ils ſouffrent une douleur de teſte inſupportable ; les fiévres tierces continuës, & qui ont des redoublemens de deux jours, l’un reçoivent la meſme cauſe, & ſont à peu prés accompagnez des meſmes Symptomes ; mais ſur tout les fiévres ardentes ſont beaucoup en regne en cette ſaiſon, parce que la bile eſt rendue plus acre, non ſeulement par le travail exceſſif, par la ſoif que l’on peut ſouffrir, par le vin pur que l’on boit quelquefois, par l’uſage des alimens ſalés & acres, par la trop frequente compagnie des femmes, par l’inſomnie, & par les violentes paſſions de l’ame, mais davantage par le lever de la Canicule qui échauffe & deſſeche, qui augmente & enflamme la bile ; auſſi ceux qui ſont malheureuſement travaillez de ces fiévres, reſſentent une chaleur qui les brûle & qui les conſomme ; ils ſont toûjours alterez, & rien ne peut éteindre leur ſoif ; ils ont un degouſt de toutes choſes ; l’acrimonie de la bile leur ronge le ventre ; les fumées acres & aduſtes qui ſont portées des parties baſſes, rendent leur langue aride, aſpre & noire ; la bile jaune qui imbibe la tunique de l’eſtomach leur cauſe amertume de bouche, leur poulx eſt tres-frequent, & leur reſpiration malaiſée ; enfin ils reſſentent une douleur de teſte violente, preſque toûjours accompagnée de délire. Quant à la fiévre quarte, elle arrive rarement pour lors ; & quand elle arrive, elle provient d’une bile brûlée, qui eſt ſouvent l’effet de la Canicule, elle n’eſt pas meſme de durée, parce que les pores eſtans ouverts, l’humeur qui eſt ſubtile s’écoûle par la . Le vomiſſement de bile ou cholera morbus, le flux de ventre ſont encore cauſés par l’abondance & l’acrimonie de la bile ; l’inflammation ſeche des yeux eſt un effet de la chaleur qui fond les humeurs dont la teſte eſt remplie. Les douleurs d’oreilles, les ulceres de la bouche, les pourritures des parties genitales, les douleurs de teſte, le delire, & la phreneſie dependent des vapeurs chaudes & bilieuſes, excitées principalement durant la Canicule ; mais la maladie qui eſt beaucoup en regne, c’eſt la rage que les Grecs appellent Hydrophobie, parce que ceux qui en ſont malheureuſement attaquez, craignent extrémement l’eau.

Le chien qui de ſon propre temperemment eſt chaud & ſec, eſt de tous les animaux le plus ſujet à cette cruelle maladie, principalement durant la Canicule ; & comme il eſt domeſtique & familier à l’homme, s’il le touche il ne manque jamais de le bleſſer, & ſa ſalive qui vient de la morſure à quelque choſe de ſi venimeux, que Galien aſſeure qu’elle eſt ſeule ſuffiſante à produire la rage ; ce venin penétrant interieurement, infecte par ſa contagion les eſprits, les humeurs, & la ſubſtance des parties ſolides ; ce qu’il fait ſi lentement, que celuy qui eſt mordu ne s’apperçoit pas d’eſtre malade avant le vingt ou quarantiéme jour ; durant tout ce temps il ſemble eſtre ſans fiévre, & croit ſe bien porter, quoy qu’il ſoit beaucoup menacé du danger ; enfin les parties ſolides ſouffrans une avidité & une ſechereſſe extréme, tombe dans l’hydrophobie, c’eſt à dire dans un eſtat ſi deplorable, qu’il eſt à meſme temps tourmenté & de la ſoif & de la crainte de l’eau ; & il y a une ſi grande anthipathie de ce venin avec l’eau, que le ſeul regard eſt capable d’avancer la rage, & d’en augmenter ſa violence, & le malade a tant d’horreur pour l’eau, que ſi on luy en preſente auſſitoſt il tremble, la ſueur le prend, & il tombe dans le delire & dans la deffaillance ; il choiſiroit volontiers la mort plûtoſt que de goûter une ſeule goûte d’eau, ou même de s’en laver. Les Anciens ont penſé que la cauſe de cette averſion doit eſtre rapportée à l’image d’un chien qui a mordu, & que le malade s’imagine voir dans l’eau ; mais j’eſtime que ce n’eſt point la veritable cauſe, & qu’elle nous eſt inconnue, parce que ſi la playe eſt lavée d’eau, elle rend la morſure incurable. Les accés retournent avec fiévre, rougeur du visage, & de tout le corps, & diſtention des nerfs, & ſe terminent avec une ſueur froide & reſolution des forces. Si l’on n’a ſoin de lier le malade durant l’accés, la furie le ſaiſit, il abboye à la façon des chiens ; il ſe jette ſur les paſſans ; l’accés eſtant paſſé, il connoiſt ſa miſere & la deplore. Voila quelle eſt cette cruelle & funeſte maladie, dont j’expliqueray les remedes apres avoir parlé du regime de vivre.

oy que j’aye, ce me ſemble, aſſez bien expliqué dans mes regles de la ſanté le regime de vivre des ſains durant l’Eſté, ſans uſer davantage de redite, je ne laiſſeray pas neantmoins d’examiner & de reſoudre les queſtions ſuivantes ; s’il faut beaucoup ou peu manger durant la Canicule ; de quels alimens on doit particulierement uſer ſur tout pour ce qui regarde les herbages, les fruits & le lait ; s’il faut boire de l’eau pure, au contraire s’il faut boire le vin pur ; s’il eſt permis de boire à la glace ; s’il faut dormir beaucoup ; s’il faut travailler & s’exercer beaucoup ; ſi la trop frequente compagnie des femmes à l’égard de ceux à qui elle eſt permiſe, n’eſt dangereuſe ; ſi le bain eſt utile ; ſi les eaux minerales ſont profitables, & s’il faut beaucoup ou peu manger.

Hypocrate dans un de ſes Aphoriſmes & l’Ecole de Salerne, ſemblent d’abord reſoudre cette queſtion ; c’eſt ainſi que parle Hypocrate æſtate cibos difficillime ſerunt ; on ſupporte mal-aiſément la nourriture durant l’Eſté ; & voicy les termes de l’Ecole de Salerne, calor æſtatis dapibus nocet immoderatis : ce qui ſignifie à peu près la même choſe. Ces authoritez ſont appuyez de la raiſon, & confirmez par l’experience : car la chaleur naturelle étant affoiblie par la continuelle tranſpiration, & par la chaleur de la Canicule, ne peut travailler à la coction des alimens : de ſorte que ſi l’on mange beaucoup en ce tems-là, les viandes demeureront ſans eſtre digerées dans l’eſtomach, & eſtans portées toutes cruës dans les veines, fourniront de matiere à une infinité de maladies ; il faut donc, comme dit Galien, manger ſouvent & peu à la fois ; en un mot regler la maniere de vivre ſelon le temperament, l’aage, la force, ou la foibleſſe de la chaleur. Ce n’eſt pas ſeulement la raiſon qui peut nous convaincre de cette verité, mais l’experience même ; car il eſt conſtant que durant les gran-chaleurs de l’Eſté on n’a pas d’appetit. Quant aux alimens dont il faut particulierement uſer, on doit choisir ceux qui rafraichiſſent & qui humectent ; de ſorte qu’on doit preferer le potage & les viandes boüillies aux roſties ; on peut manger des herbages & des fruits pour ſe rafraichir, mais peu & avec moderation ; entre les herbages, ſoit qu’on en uſe dans le potage & dans les ſalades, on peut choiſir la laictuë, le pourpier, la chicorée, tant ſimple, que ſauvage, & le concombre dans le potage ſeulement, & tres-rarement en ſalade, parce qu’il amaſſe un mauvais ſuc dans les veines, & cauſe ſouvent les fiévres malignes ; l’ozeille ſur tout la ronde qui appaiſe la ſoif, adoucit le boüillonnement de la bile & reſiſte à la pourriture ; entre les fruits, les meilleurs & les plus agréables au gouſt, & qui incommodent le moins quand on en mange avec diſcretion, ſont les ceriſes aigres, les citrons qui par experience reſiſtent aux venins, & eſteignent l’ardeur des fiévres en reprimant la bile, les fraiſes & les framboiſes, les grenades aigres, les groiſelles rouges que les Orientaux appellent le bezoard de la France, les limons, les oranges, les prunes de damas & les prunelles ; entre les chairs des quadrupedes & des oyſeaux, celles d’agneau, de chevreau, de veau & les poulets ſont à mon advis les plus ſalubres ; Je paſſe ſous le ſilence beaucoup d’autres, parce qu’en ayant expliqué les facultez dans la table de ſanté on peut y avoir recours ; quant au lait & au fromage frais, pour leſquels tout le monde a bien du penchant, on en peut quelquefois uſer quand on ſe ſent beaucoup échauffé, ſur tout le lait clair eſt merveilleux pour bien rafraichir.

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