Empire de la Nature
ortant comme d’un profond ſommeil, je leve les yeux, ils s’ouvrent & mes ſens ſont frappés d’étonnement à l’aſpect de l’immenſité du Dieu éternel, infini, tout-puiſſant qui m’environne ; partout, je vois les traces empreintes, dans les choſes qu’il a créées ; partout, juſques dans les objets les plus petits & preſque nuls, quelle ſageſſe ! quelle puiſſance ! quelle inconcevable perfection ! J’obſerve les animaux portés ſur les végétaux, les végétaux ſur le regne mineral, celui-ci ſur le globe, qui roule en ſa marche invariable autour du ſoleil, dont il reçoit la vie. Je vois enfin ce ſoleil lui-même tourner alentour d’un axe avec les autres aſtres ; & l’incompréhenſible amas d’étoiles ſuſpendu dans le vuide, dans l’eſpace ſans bornes, ſoutenu par la volonté ſeule du premier Moteur, de l’ des , la Cauſe des cauſes, le Conſervateur, le Souverain de l’univers, le Seigneur & l’Artiſan de l’Édifice du monde. Voulez-vous le nommer le , vous le pouvez, c’eſt de lui que tout dépend. Voulez-vous le nommer la , vous le pouvez encore, il eſt l’Auteur & le Pere de toutes choſes. Voulez-vous le déſigner par le nom de , c’eſt encore lui dont l’intelligence préſide à l’Univers. Il eſt tout , il eſt tout , il eſt tout , tout , tout , tout ; ſon eſſence eſt un abîme où ſe perd l’entendement humain ; il eſt ſeul , éternel, immenſe, non créé, ni engendré ; ſans lui, rien ne ſeroit, ſa puiſſance a tout formé ; il ſe dérobe à nos yeux éblouis, mais il ſe manifeſte à la penſée, & caché à nos ſens dans ſon impénétrable retraite, ce n’eſt qu’à l’eſprit qu’il ſe découvre.
Le comprend tout ce qui ſous le ciel peut parvenir au moyen des ſens à notre connoiſſance ; ce ſont les Aſtres, les Élémens & la Terre tournant avec une indicible vélocité. Cette imperturbable viteſſe ne peut être que l’effet d’une loi éternelle ; cet ordre, cet enchaînement ne ſauroit venir du hazard & une rencontre fortuite ne feroit point que le peſant globe de la terre, mû avec tant de célérité, paroîtroit cependant le ſpectateur immobile du ciel, qui ſemble ſe précipiter autour de lui.
Les ſont des corps lumineux, très-éloignés de nous ; ce ſont ou des , reſplendiſſantes de la lumière qui leur eſt propre, comme le , & les ; ou des Planètes qui empruntent leur éclat des premières. Les principales Planètes ſolaires ſont : , la . Les Planètes ſecondaires ſont les ſatellites des autres, telle eſt la à l’égard de la Terre. Ce magnifique ouvrage ne ſauroit ſub- ſiſter ſans un ſouverain modérateur, ni le cours de ces corps être produit par une impulſion aveugle, car ce que le hazard dirigeroit, ſe ſeroit bientôt entrechoqué & troublé.
Les ſont des corps très ſimples qui compoſent l’atmoſphère des planètes & qui rempliſſent peut-être l’eſpace entre les Aſtres.
Le | lumineux, | réjailliſſant, | chaud, | volatil, | vivifiant.
L’ | tranſparent, | élaſtique, | ſec, | affluant, | productif.
L’ | diaphane, | fluide, | humide, | filtrante, | conceptive.
La | opaque, | fixe, | froide, | tranquille, | ſtérile.
Ainſi tout l’accord du Monde eſt formé de choſes diſcordantes.
La eſt ce globe planétaire, tournant ſur lui-même en vingt-quatre heures, faiſant pendant l’eſpace d’un an une circonvolution autour du ſoleil, entouré & comme voilé par une atmoſphère d’élémens, portant à ſa ſurface le prodigieux aſſemblage des objets Naturels que nous nous étudions à connoître. Ce Globe eſt diviſé en terre & eau, ſa partie la plus baſſe eſt couverte par cet élément liquide, où il forme les mers, qui ſe retréciſſent inſenſiblement ; tandis qu’il abandonne peu à peu la partie plus élevée & la change en continent ſec & habitable. Les vapeurs des eaux raſſemblées par les vents en nuages, l’arroſent, & de ſuite les hautes montagnes, couvertes d’une neige éternelle, produiſent les ſources qui, ſe raſſemblant en fleuves intariſſables, ajoutent en leur cours le boire à l’aliment terreſtre pour la nour- riture commune de ſes habitans, en même temps que l’Air met en mouvement le Feu qui les vivifie par ſa chaleur. L’influence & le recours des Élémens ſont alternatifs, ce qui périt à l’un, paſſe à l’autre, & tous leurs changemens ſont réciproques.
La eſt la loi immuable de , par laquelle chaque choſe eſt ce qu’elle eſt, & agit comme elle doit agir. Elle eſt l’ouvrière univerſelle, uſant toujours de ſes droits, ſavante, & recevant d’elle-même ſa ſcience ; elle ne va point par ſauts, travaille en cachette, tient en toutes ſes opérations la marche la plus profitable ; ne fait rien en vain, rien d’inutile, donne chaque choſe à chaque choſe & tout à tous, & parcourt opiniâtrement ſa route accoutumée. Tout vient à point à la Nature pour l’accompliſſement de ſes ouvrages.
Les ſont tous les corps ſortis de la main du Créateur, & qui conſtituent la Terre par leur aſſemblage ; ils forment les trois , dont les limites rentrent l’une dans l’autre par les Zoophytes, (ou animaux-plantes-pierres
Les ſont des corps aggrégés, ſans vie ni ſentiment.
Les ſont des corps organiſés, ayant vie, ſans ſentiment.
Les ſont des corps organiſés, ayant vie & ſentiment, & qui ſe meuvent ſpontanément.
La Nature ne compoſe point ſon ouvrage ſur un ſeul modèle, mais elle ſe joue dans ſon inépuiſable variété ; elle fait ſuccéder l’une forme à l’autre, ne ſe contente pas d’un ſeul type, mais ſe plaît à jouir immutablement de toute ſa force.
Les de la Nature, qui font l’enſemble de notre Planète, ſont encore au nombre ternaire dans les rapports ſuivans ;
Le , groſſier, occupe l’intérieur de la ſurface, où il eſt formé dans les terres par des ſels, où il eſt mêlé au hazard, où il ſe modifie par accident.
Le , verdoyant, couvre la ſuperficie, où il pompe les ſucs terreſtres par ſes plus tendres racines, où il reſpire les ſubſtances éthérées au moyen de ſes feuilles agitées ; où il célèbre des noces ſolemnelles par l’union des ſexes dans ſes fleurs épanouies, & produit des ſemences qui aux temps préſcrits ſeront confiées au ſein fécond de la terre.
L’, pourvu de ſens, fait l’ornement des parties extérieures ; où il ſe meut volontairement, où il reſpire, où il engendre ; il y eſt preſſé par la faim impatiente, excité par l’amoureux deſir, troublé par la triſte douleur. En dépouillant les végétaux, en devenant tour à tour la proie l’un de l’autre, il conſerve à tous les genres le nombre proportionnel qui en aſſure la durée.
L’, doué de ſageſſe, le plus parfait ouvrage de la Création, & ſon dernier & principal objet, portant en lui des indices étonnans de la Divinité, habite la ſurface de la terre ; il juge d’après l’impulſion des ſens du méchaniſme de la nature, il eſt capable d’en admirer la beauté, & doit au Créateur ſon juſte tribut d’adoration. En rétrogradant de génération en génération, il faut qu’il s’arrête à un premier Auteur ; en avançant de même dans l’ordre ſucceſſif des productions, il apperçoit la Nature qui en ſuit les loix ; il eſt invité à cette double contemplation par la beauté, l’arrangement, le lien, la cauſe finale, l’utilité des corps naturels. Ici la toute-puiſſance annoblit le minéral par l’exiſtence des végétaux, les végétaux par celle des animaux, & ceux-ci enfin par l’exiſtence de l’homme, pour qu’il réfléchiſſe vers la Majeſté ſuprême les rayons de ſageſſe qu’elle fait briller de toutes parts. Ainſi l’univers entier eſt rempli de la gloire divine, lorſqu’au moyen de l’homme toutes les œuvres créées rendent hommage au Dieu de l’univers. Tiré par ſa main vivifiante, d’un vil limon, l’homme a pour but de ſa création de contempler ſon Auteur ; c’eſt un hôte reconnoiſſant, logé ici-bas pour célébrer à jamais l’Être des Êtres.
Cette contemplation de la Nature eſt un commencement de la volupté céleſte, l’eſprit qui s’y livre ſe promène dans un ſéjour de lumiere & paſſe la vie comme dans un ciel terreſtre. C’eſt ſurtout alors que l’homme aperçoit, quel amour, quelles actions de grâces, il eſt redevable à la Divinité ; c’eſt pour cette fin qu’il exiſte, & l’étude de la Nature eſt un che- min sûr & facile qui mène à l’admiration de Dieu.
La humaine, foible rayon de la lumière divine, eſt le principal attribut de l’homme, — c’eſt par elle, qu’il juge ſainement de l’impulſion des ſens, ceux-ci lui tranſmettent les impreſſions des objets naturels environnans. Donc le premier degré de la Sageſſe eſt de connoître les choſes mêmes. Cette connoiſſance conſiſte dans l’idée vraie des objets, par laquelle on diſtingue les corps ſemblables d’avec les diſſemblables au moyen des caracteres propres, qui leur ſont empreints par le Créateur. Et afin de pouvoir communiquer aux autres cette connoiſſance, il eſt néceſſaire que l’homme donne à chaque objet différent des noms particuliers ; car ſi les noms périſſent, la connoiſſance des choſes périra de même. Ils ſont comme des lettres & des ſyllabes fans leſquelles perſonne ne ſauroit lire dans le livre de la Nature ; & toute deſcription eſt vaine, ſi l’on ignore le genre propre ; l’exactitude même qu’on y employeroit à définir & démontrer un objet certain, n’en ſeroit que plus propre à induire en erreur.
La , l’ame de la ſcience, met à ſa place au premier aſpect chaque corps naturel, de façon que ce corps indique de ſuite ſon nom propre, & ce nom tout ce qui en eſt connu par le progrès des lumières. C’eſt ainſi qu’au milieu de la grande confuſion apparente des choſes, le grand ordre de la nature ſe montrera à découvert.
Un ſyſtême naturel ne doit proprement avoir que cinq ſous-diviſions. Savoir :
La Claſſe, | l’Ordre, | le Genre, | l’Eſpece, | la Variété.
Genre ſuprême, | G. intermédiaire, | G. prochain, | eſpece, | individu.
Provinces, | Diſtricts, | Quartiers, | villages, | domicile.
Légions, | Regimens, | Bataillons, | compagnies, | ſoldat.
Car à moins qu’on n’ordonne ainſi le tout & comme une armée rangée en bataille, le déſordre naîtra & l’on ne rencontrera que trouble & confuſion.
Que les correſpondent à la Méthode ſyſtématique, qu’il y ait donc :
des Noms de claſſes, | d’ordres, | de genres, | d’eſpeces, | de variétés.
des Caracteres de claſſes, | d’ordres, | de genres, | d’eſpeces, | & de variétés.
Auſſi dans l’âge d’or de l’enfance du globe, le premier acte du premier homme, fût-il l’inſpection des choſes créées, ſuivie par la dénomination des eſpeces, ſuivant leurs genres.
La de la Nature a pour guide la connoiſſance de la nomenclature méthodique & ſyſtématique des corps naturels, c’eſt le fil d’Ariane ſans lequel il n’eſt pas donné de ſe tirer ſeul & avec ſureté du dédale de la Nature. En cela les claſſes & les ordres ſont l’ouvrage de la ſcience, les genres & les eſpeces celui de la Nature ; la connoiſſance générique eſt bien une connoiſſance ſolide, mais la connoiſſance ſpécifique eſt la véritable.
Autre eſt l’ordre de l’architecte, autre eſt l’ordre de celui qui habite. Le Créateur commence par les plus simples élémens terreſtres, & remontant des pierres, des végétaux, aux animaux, il finit par l’homme. Que l’homme commence par ſoi-même & finiſſe par la terre. Que l’auteur d’un ſyſtême monte du particulier à l’univerſel, mais que le profeſſeur deſcende au contraire du général au ſpécial. Les ſources ſe forment en ruiſſeaux, ceux-ci ſe raſſemblent en rivieres, que le nocher remonte juſqu’où il pourra, & encore n’atteindra-t-il pas les dernieres origines des fontaines. Après la connoiſſance diſtincte des choſes, il eſt néceſſaire de pénétrer ultérieurement en leurs propriétés les plus particulieres, leurs phénomènes, leurs opérations les plus ſecrettes, leurs qualités, leurs vertus, leurs uſages. Car la ſcience naturelle des trois regnes eſt le fondement de toute ſcience diététique, médicinale, œconomique ſoit de la nature, ſoit rurale.
Les choſes créées ſont les témoins, de la ſageſſe & de la puiſſance divine, elles ſont la richeſſe de l’homme, & la ſource de ſon bonheur ; la bonté du Créateur ſe manifeſte dans l’uſage qu’il en accorde ; ſa ſageſſe ſe développe par leur beauté ; ſa puiſſance éclate par l’économie de leur conſervation, leur proportion, leur renouvellement. Les hommes laiſſés à leur penchant naturel, ont toujours eſtimés les recherches dont elles étoient l’objet ; les vrais ſavans ont toujours aimé de s’y livrer ; elles furent toujours ennemies des gens mal inſtruits & barbares.
Règne Animal
, organiſés & vivans, ſentent au moyen d’un médullaire animé, apperçoivent au moyen des nerfs, & ſe meuvent à leur gré du mouvement qui leur eſt propre.
La de l’animal, de cette machine hydraulique, de ce mobile perpétuel, eſt une flamme, un feu éthéré-électrique, toujours allumé dès le premier moment de ſon exiſtence, toujours entretenu par des ſoufflets agiſſans, & dans lequel réſide l’incompréhenſible & arbitraire volonté locomotrice.
La , prodigue en ſes multiplications, commence par ébaucher en petit chacun des êtres vivans, les engendre dans un fluide, les paracheve dans le liquide d’un œuf, car tout ce qui vit, vient d’un œuf.
l’, ſous ſes tuniques qui renferment ſouvent un Albumen ou blanc d’œuf, contient, ce qu’on nomme le jaune d’œuf, au côté élevé duquel eſt inſéré le point ſaillant, végétant en un embrion, tigé du cordon ombilical, enraciné par le placenta.
La prolifère éclot en elle avant la génération l’abrégé vivant médullaire du nouvel animal, nommé la carène de Malpighi, analogue à la plumule des végétaux ; celui-ci, par la géniture ſpermatique, s’aſſocie un cœur qui ſe ramifiera en un corps ; c’eſt ainſi que le point ſaillant de l’œuf couvé par un oiſeau, ſe forme en premier en un cœur palpitant, & en un cerveau avec ſa moëlle épiniere ; ce cœur naiſſant, dont le froid feſoit ceſſer le mouvement, eſt excité par la vapeur échauffée de l’œuf, & une bulle d’air peu à peu dilatée, force les liquides à ſe porter dans leurs flexibles canaux. Le point vital des êtres vivans n’eſt donc qu’une ramification continuée de la vie médullaire depuis la première création, puiſque l’œuf eſt le bourgeon médullaire de la mere, vivant en elle, mais ne vivant pas en lui-même, avant que le cœur lui ſoit communiqué par le pere ; d’où il ſuit qu’il ne ſauroit y avoir de génération équivoque ou ſpontanée.
La hydraulique animale eſt conforme à la végétale, mais engencée de berceaux ou ſources de diverſes fonctions, & modifiée différemment à l’égard de chacune :
La ſubſtance eſt intime, molluſque, allongée en tige très-ſimple, ayant pour baſe la bulbe du cerveau, & qui, ſe ramifiant à l’infini à ſon extrêmité, jette partout des filets nerveux, auſſi très-ſimples & qui lui ſont homogènes.
La ſubſtance , intérieure, eſt une croûte qui endurcit, & qui couvre la ſubſtance médullaire, allongée du tubercule du crâne en la tige des vertebres, articulée de genoux ou nœuds mobiles, & ramifiée oppoſitement aux jointures, ſur laquelle ſont aſſiſes les feuilles muſculaires, déterminément éparſes, attachées auſſi par leur extrêmité à la plus prochaine articulation, fibreuſes, charnues, contractiles.
La ſubſtance eſt extérieure, enracinée dans l’intérieur par les vaiſſeaux lactés, allongée de la bulbe du cœur en une tige vaſculeuſe double & égale, ſemblablement ramifiée, & infiniment diviſée à ſon ſommet ; ſa dernière dichotomie ou diviſion ſe termine à la fructification des parties génitales.
Les berceaux ou ſources des ſont au nombre de cinq dans la machine animale.
La faculté électrico-motrice, ſupérieure ou premiere, organe intime de l’animal vivant, agiſſant en ſecret, voulant & ſentant, raiſonnant dans la bulbe organiſée (le cerveau) & ſe déployant au dehors, gouverne, régit le tout par ſes filets électriques.
La faculté des poumons, pneumatique, ſeconde en ordre, hume le principe vital de l’air, propre à l’entretien du foyer animal.
La faculté des vaiſſeaux, hydraulique, troiſieme en ordre, reçoit & chaſſe alternativement par le tout, au moyen du mouvement continu du cœur, les liqueurs & les ſucs, auxquels & deſquels doit être tour à tour ajouté & ôté.
La faculté des inteſtins, digeſtive, quatrieme en ordre, prépare dans le tuyau inteſtinal les ſucs propres aux vaiſſeaux lactés & qui doivent être portés à l’écorce vitale & au-delà.
La faculté , ſpermatique, combinatoire, inferieure ou derniere en ordre, réunit, à l’extrêmité du tronc animal & naturel, la ſubſtance médullaire avec la corticale, afin que le petit animal en reſulte dans ſa forme parfaite.
Les des ſens ſont des machines phyſiques, inſérées à l’extrémité d’un nerf, voiſin au ſenſorium du cerveau, par-leſquelles l’animal apperçoit au moyen d’un méchaniſme divin les choſes éloignées.
L’ : chambre obſcure, peignant l’image des objets avec leur proportion, leur figure, leur couleur.
L’ : tambour tendu ſur l’eſcargot par une corde membraneuſe, trémouſſant au mouvement de l’air ſubtil.
Le : membrane très-large, humide, tortillée-pliſſée, fixant les parties volatiles de l’air qui s’y inſinue.
La : des petites éponges abſorbantes, éparſes, attirant ce qui eſt diſſous.
Le : des papilles molles, ſe rendant propres au premier inſtant la figure des corps qui les preſſent.
La plûpart des animaux ſont pourvus de ces organes, mais ils ne ſont pas départis tous enſemble à tous. S’il avoit plû au Créateur de leur en augmenter le nombre, ils auroient encore eu plus de perceptions ; de même que l’aimant reſſent la préſence du fer, & l’ambre les phénomènes électriques. Il a donné des antennes aux inſectes ſeuls, dont l’uſage nous eſt auſſi inconnu qu’à eux celui de nos oreilles. L’œil découvre les objets environnans par l’impulſion de la lumière, l’Oreille les entend par l’impulſion de l’air, le Toucher apperçoit les objets prochains par leur ſolidité, leur réſiſtance ; le Nez ſaiſit les objets volatils par leur impreſſion ſur les nerfs olfactifs ; la Langue goûte les objets ſolubles par la ſenſation qu’ils font ſur ſes fibres ; ils ſont agréables, permis, ou ſalutaires ; rebutans, défendus, ou nuiſibles.
La police de la Nature ſe manifeſte par l’enſemble de ſes trois Regnes ; car de même que les peuples ne naiſſent point pour ceux qui leur commandent, mais que ceux-ci ſont établis pour le maintien de l’ordre parmi leurs ſujets, ainſi à cauſe des végétaux naiſſent les animaux frugivores, à cauſe des frugivores les carnivores, & de ceux-ci les grands pour les petits, & l’homme (comme animal) pour les plus grands & pour tous, quoique principalement pour lui-même, afin que par la domination néceſſairement deſtructive & oligarchique de l’un ſur l’autre, la proportion, l’équilibre des choſes naturelles ſe maintiennent, avec la ſplendeur de la république de la nature. Tous les citoyens de cette république s’uniſſent tour à tour à faire éclater la majeſté de l’Être raiſonnable, de l’homme, qui leur commande, & qui de ſon côté doit avoir pour premier but ſa reconnoiſſance envers le ſuprême législateur.
Comme l’eau s’augmente de ſources en ruiſſeaux, de ceux-ci en rivieres, & de rivieres en fleuves & ſe rend ainſi par eux à la mer, la république naturelle remonte auſſi d’un peuple très-nombreux d’animaux à un plus petit nombre d’une condition plus relevée, de ceux-ci à un très-petit de grands animaux, & ſe termine à l’homme, leur ſouverain ; en même tems que les plus petits animaux, preſque infinis en nombre, en force, en puiſſance ſont deſtinés à l’uſage des animaux plus grands, plus inertes, plus impoſans ; & certes la Nature n’eſt jamais plus tout ce qu’elle eſt, que dans les plus petites choſes.
Il y a autant de Ministres de cette police, attachés à des fonctions particulières, qu’il y a d’eſpeces d’animaux, ils ſont engagés à remplir leurs offices par leur propre avantage, puiſqu’ils doivent à leur travail leur ſuſtentation, afin que rien ne manque, où il n’y a rien de ſuperflu. Toutefois pour que l’un ne s’ingere point de la beſogne de l’autre, & ne dérobe ainſi à quelqu’un ſa part du lucre commun, la peine capitale eſt infligée par la loi du venin, (c’eſt-à-dire, que ſouvent ce qui fait la nourriture de l’un, eſt du poiſon pour l’autre) promulguée aux ſens mêmes, ſur-tout de l’odorat & du goût ; pour que les tranſgreſſeurs n’aient point d’excuſe.
Les principales Opérations des habitans de la Nature ſont :
1. De multiplier l’eſpece, afin qu’ils ſuffiſent à leurs emplois.
2. De conſerver l’équilibre entre les eſpeces d’animaux & de végétaux, afin que la même proportion ſe perpétue.
De dépouiller chaque année les végétaux, afin que le théâtre annuel de la nature ſe renouvelle.
De réprimer ce qui eſt contre ſes loix, de crainte que ce qui eſt légitime n’en ſouffre.
D’enlever ce qui eſt languiſſant, mort, mal-propre, gâté, ſtagnant, aigri & putride, afin que la propreté brille partout.
3. De ſe préſerver eux-mêmes de la deſtruction, pour que l’ordre ſoit maintenu.
L’ de la Nature s’exerce dans la génération, la conſervation, la deſtruction des choſes, afin que l’ouvrage de la création perſiſte en ſon entier, & c’eſt à quoi tout conſpire en elle.
Les Animaux nouveaux-nés dont le ſang eſt chaud, ont beſoin pour leur éducation du ſecours d’autrui ; & comme le Créateur a pris ſoin gratuitement du premier individu, que ce devoir paſſe donc comme un dépôt en ligne deſcendante à chaque génération, même ſans eſpoir de retour.
La Conſervation dépend d’un aliment quotidien, mais qui étant diſperſé au loin, doit être recherché avec vigilance.
La Deſtruction de l’un fait le renouvellement de l’autre, & c’eſt ainſi qu’au défaut d’êtres parvenus naturellement au terme de leur carrière, une chaſſe laborieuſe doit ſoutenir l’exiſtence. Il exiſte donc une lutte continuelle & réciproque des êtres, les plus ſorts y réſiſtent par leurs armes, leurs retranchemens, leurs mouvemens diverſifiés, leurs exhalaiſons ; les foibles y ſuccombent s’ils ne peuvent échapper au danger par une fuite précipitée.
Des ont auſſi été établis par la Nature pour le prompt accompliſſement des devoirs :
La Volupté flatteuſe appelle & excite à la propagation.
La Faim avare ſollicite & preſſe à la conſervation.
La Douleur impitoyable avance & repouſſe la deſtruction.
La naturelle des animaux eſt indiquée par leur conformation interne :
Cœur biloculaire, à deux oreillettes ; Sang chaud, rouge. | dans les vivipares. | |Les animaux à mamelles.
dans les ovipares. | |Les oiſeaux.
Cœur uniloculaire, à une oreillette, Sang froid, rouge. | poumon reſpirant au gré de l’animal. | |Les Amphibies.
branchies extérieures. (des ouïes) | |Les Poiſſons.
Cœur uniloculaire, ſans oreillettes, Sanie froide, blanchâtre. | des antennes. | |Les Inſectes.
des tentacules. | |Les Vers.
Cœur biloculaire, à deux oreillettes ; ſang chaud, rouge.
Poumons reſpirans alternativement.
Mâchoires appliquées l’une contre l’autre, couvertes ; garnies, dans la plûpart, de dents y enchaſſées.
Penis s’introduiſant au corps des femelles pendant le coït ; elles ſont vivipares & donnent du lait.
Leurs Sens ſont : la Langue, les Narines, les Yeux, les Oreilles, les Papilles, organes du toucher.
Leurs Couvertures ſont : des poils, peu nombreux aux animaux des contrées très-chaudes, & en très-petit nombre dans les animaux aquatiques.
Leurs ſoutiens ſont : quatre pieds, à l’exception des animaux à mamelles purement aquatiques, dans leſquels les pieds poſtérieurs manquent tout-à-ſait.
La plupart ont une queue.
Cœur biloculaire, à deux oreillettes ; ſang chaud, rouge.
Poumons reſpirans alternativement.
Mâchoires appliquées l’une contre l’autre, nues, ſaillantes, ſans dents.
Penis ſans ſcrotum s’introduiſant un peu au corps des femelles pendant le coït ; elles ſont ovipares, & leurs œufs ont une enveloppe calcaire.
Leurs Sens ſont : la Langue, les Narines, les Yeux, les Oreilles dépourvues d’oreillons, (c’eſt-à-dire, de parties extérieures
Leurs Couvertures ſont : des plumes, couchées les unes ſur les autres, embriquées.
Leurs ſoutiens ſont : deux pieds, deux ailes.
Un croupion en forme de cœur.
Cœur uniloculaire, à une oreillette ; ſang froid, rouge.
Poumons reſpirans au gré de l’animal.
Mâchoires couchées l’une ſur l’autre.
Deux penis (dans pluſieurs genres) ; de œufs membraneux dans la plûpart.
Leurs ſens ſont : la Langue, les Narines, les Yeux, les Oreilles.
Leurs couvertures ſont cutanées, nues.
Leurs ſoutiens varient ſelon les différens genres, quelques-uns en ſont dépourvus.
Cœur uniloculaire, à une oreillette, ſang froid, rouge.
Des branchies (ou ouïes) comprimées extérieurement
Mâchoires couchées l’une ſur l’autre.
Point de penis (à la plûpart). Des œufs ſans blanc ou albumen.
Leur ſens ſont : la Langue, les Narines ? les Yeux, les Oreilles.
Leurs couvertures : des écailles embriquées.
Leurs ſoutiens : des nageoires.
Cœur uniloculaire, à une oreillette, ſanie froide.
Des ſoupiraux pour le paſſage de l’air, (ſavoir les ſtigmates ou ouvertures ſituées sur les côtés du corps).
Mâchoires latérales.
Des penis s’introduisant aux corps des femelles pendant le coït.
Leurs ſens ſont : la Langue, les Yeux, des Antennes ſur la tête qui eſt dépourvue de cerveau ; point d’oreilles, ni narines.
Leurs couvertures : ils ſont cuiraſſés d’une peau oſſeuſe.
Leurs ſoutiens ſont des pattes, des ailes à pluſieurs.
Cœur uniloculaire (dans la plûpart) ſans oreillettes ; ſanie froide.
Soupiraux pour le paſſage de l’air peu connus.
Mâchoires de pluſieurs formes, & différentes ſelon les divers genres.
Des penis variés dans les hermaphrodites, & les androgynes.
Leurs ſens ſont : des tentacules, des yeux (dans la plûpart), point de cerveau, point d’oreilles, ni narines.
Leurs couvertures ſont calcaires, ou nulles, à moins qu’ils n’ayent des piquans.
Leurs ſoutiens : point de pieds, ni nageoires.
Ainſi le de la Nature contient des Animaux de ſix formes différentes :
Les Animaux à Mamelles, couverts de poils, marchent ſur la Terre, & parlent.
Les Oiſeaux, couverts de plumes, volent dans l’air, & chantent.
Les Amphibies, couverts d’enveloppes, rampent dans la Chaleur, & ſiflent.
Les Poiſſons, couverts d’écailles, nagent dans l’Eau, & ſuçotent
Les Inſectes, couverts d’une cuiraſſe oſſeuſe, ſautillent dans le ſec & ſonnent.
Les Vers, nus, s’étendent dans l’Humide, & ſont muets.
Classe I. Les Animaux à Mamelles
, les ſeuls qui ſoient pourvus de mamelles, voiſins de l’homme par leur ſtructure, leurs viſcères, leurs organes, la plupart quadrupèdes, habitent le continent avec nous, leurs plus cruels ennemis, tandis qu’on petit nombre d’entr’eux de la plus grande taille, & muni de nageoires ſe ſouſtrait à peine dans la mer à notre pourſuite.
Les ſont vêtus de poils flexibles, très-doux, ſéparés, peu délicats, & plus fournis dans les climats froids que dans les contrées chaudes. Ces poils ſemblent réunis en piquans (dans les Hériſſons, les Porc-épics). Ces piquans ſont étendus en écailles (dans les Pholidotes). Ces écailles ſont réunies en bouclier (dans les Tatous). Cette toiſon de poils eſt ſouvent ſéparée par des Sutures (dans le Chien, le Cheval) qui ſont allongées en Criniere (dans le Cheval, le Cochon) ; mais ceux de ces animaux qui ſont aquatiques, ſont nus, afin qu’ils ne ſoient pas trop long-temps mouillés lorſqu’ils sont obligés de ſe rendre ſur terre. La face de ces quadrupèdes eſt souvent diſtinguée par des verrues ſétifères (ou portant des crins), leurs lèvres par des mouſtaches, leur menton par une barbe (dans l’homme, le ſinge, la chevre), les pieds & la poitrine par des calloſités (dans le cheval, le chameau).
Leurs Soutiens, inſtrumens de leur mouvement, ſoit pour fuir avec vîteſſe l’approche d’un ennemi, ſoit pour atteindre leur proie, ſont quatre pieds, ou jambes, dont les antérieurs sont munis de paumes (palmæ) ſemblables quelquefois à des mains, ayant le pouce éloigné des autres doigts (dans les Primats, les Sarigues) ; & dont les poſtérieurs ſont terminés par leurs plantes (plantæ) pour la ſureté de la marche ; ces pieds ſont ou palmés, les doigts étant joint par une membrane pour nager, ou fendus, à doigts ſéparés, pour la facilité de la courſe, ou appuyés ſur les talons, pour la fermeté du maintien (dans l’homme, l’ours) : & afin qu’ils ne s’usâſſent ſur l’aſpérité des chemins, ils ſont ou gantés d’un poil épais (dans le Lievre commun, l’Iſatis, les Pareſſeux) ou , ayant une corne qui entoure le pied ou les doigts en maniere de ſabot (dans les grands quadrupèdes, les beſtiaux), en laquelle le talon ſe trouve auſſi quelquefois renfermé. Mais ils ſont le plus ſouvent dans les bêtes ſauvages, ayant leurs ongles impoſés ſur les doigts, courbés & pointus, afin d’en ſaiſir leur proie, d’en déchirer leur ennemi, d’en creuſer la terre ; ces ongles ſont ordinairement en aléne & arqués ; quelques-uns des animaux à mains les ont ovales & applatis, mais dans les bêtes qui vivent de proie, ils ſont ſubulés & crochus. Les animaux volans ſe ſoutiennent dans les airs ou par leurs mains allongées & garnies de membranes (les chauve-ſouris) ou s’élancent au moyen d’une peau étendue des pieds de devant à ceux de derriere (les écureuils-volans). Mais les animaux aquatiques, qui ſont dépourvus & d’ongles & de ſabots, & de pieds même, ont à leur défaut des nageoires pectorales, compoſées de l’omoplate, de l’épaule, du bras, du carpe, du métacarpe & des doigts (les Cétacées).
Les des Animaux à Mamelles, outre les ongles & les dents, ſont principalement des cornes, de matière cartilagineuſe, implantées ſur la tête ; elles ſont ou ſolides & perſiſtantes (dans le Rhinocéros), ou branchues & annuelles, couvertes en premier de poils, & croiſſant par leur ſommet (les Cerfs), ou creuſes & en maniere d’étui, croiſſant par leur baſe (les Bœufs, les Chevres, les Moutons) ; avec ces cornes ils vont au devant de leur adverſaire, le percent, le frappent.
C’eſt donc de différentes manières que tous ces Animaux ſe défendent contre leur ennemi ou lui échappent, ſoit en combattant, en mordant, en déchirant, en ruant, en heurtant ; ſoit en fuyant, en ſautant, en grimpant, en creuſant, en plongeant, en nageant, en voltigeant ; ou par leur puanteur, leurs clameurs, leurs ſurpriſes.
Les de la nourriture ſont les Dents, qui ſont de trois ſortes : les dents inciſives, souvent comprimées, deſtinées à arracher, ronger, mettre en pieces ; les dents canines, coniques, plus longues, ne ſe rencontrant pas l’une l’autre, ſervant à déchirer ; les dents molaires, plus larges, pour broyer ; celles-ci ſont obtuſes dans les frugivores, plus aiguës dans les carnivores. Les ſeuls fourmiliers & pholidotes n’ont point de dents.
La , formée d’un prolongement des vertèbres du dos, eſt un voile propre à couvrir des parties qu’il convient de cacher ; peu d’animaux en manquent (l’homme, quelques ſinges, quelques rats). Elle eſt courte & pas plus longue que les cuiſſes (dans le lievre, la taupe, le hériſſon) elle eſt allongée ou longue lorſqu’elle atteint ou paſſe la longueur des jambes (dans les Chats, les Rats). Ces différentes queues ſont ou nues, (dans les Rats) ou prenantes, qui ſe roulent ſur elles-mêmes, & dont l’animal peut ſe ſervir comme d’une main (dans quelques ſinges, le coëndou, quelques ſarigues) ou touffues, à longs crins (dans les Chevaux, les Bœufs), ou flocconeuſes, terminées par un floccon ou pinceau de poil (dans le Lion mâle, le Gerbo) ou diſtiques, garnies de poils en deux rangs oppoſés (dans les Écureuils, les Fourmiliers).
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The end
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