Front matter
sur les causes des troubles
Rédigé par l’un d’eux J. Raimond
,
II
« Après avoir usé de tous les moyens possibles pour ramener des citoyens long-tems egarés par leurs infractions aux loix nationales, le commissaire civil Sonthonax s’est vu forcé de sévir contre ces hommes coupables, et de les soumettre au jugement de la République ».
« Déjà nous ressentons les heureux effets de leur éloignement ; pour la première fois, nous envisageons un terme à nos maux ».
III
« Nous ne sommes pas encore tranquiles, la perfidie et l’égoïsme des colons blancs sont inimaginables ; ce ne sera que, par la grande épuration qui en sera faite, qu’on parviendra à calmer le pays ; il faut nécessairement qu’on embarque les agitateurs et les factieux et qu’ils aillent ailleurs prêcher le dogme de l’indépendance.
IV
« Les hommes acharnés contre a loi du 4 avril, et connus sous le nom de Léopardins et Blanchelandistes, sont tous ensemble de vrais aristocrates. Les premiers, avec un front d’airain, semblent s’appuyer de la loi, pour en extraire ce qui leur convient : les autres ne respirent que l’ancien régime, leur projet est toujours le même, de faire égorger, s’il est possible, par les nègres, tous les citoyens de couleur, plutôt que de se soumettre à la loi du 4 avril ».
« Le commissaire Sonthonax se propose de forcer le Port-au-Prince, d’obéir à la loi, et à mettre un frein à ses actes d’indépendance ».
« Notre correspondance avec le commissaire Polverel, actuellement aux Cayes, est détournée par ceux qui ont intérêt aux désor- dres, ce qui fait qu’il nous condamne souvent sans nous entendre ; on lui a fait blâmer notre arrêté du 7 novembre, portant l’impôt d’un quart du revenu, comme un attentat au pouvoir législatif, Sonthonax en a jugé autrement. La métropole doit approuver une mesure qui nous met à même de subvenir aux dépenses immenses qu’exigent les circonstances. »
« Dans la partie du Sud, les clubs composés d’aristocrates, d’indépendans Blanchelandistes, s’avisent de contrequarrer les opérations du commissaire Polverel, et de s’opposer à la disposition des troupes qui lui sont confiées par la nation, de manière que ses meilleures intentions sont réduites ou traversées. Les ennemis de la France s’en applaudissent.
« Les paroisses de Jéremie, des Cayemittes ont pris un arrêté léopardin : tous les citoyens de couleur y sont vexés et même chassés ; ceux-ci se sont réunis en armes pour réclamer leurs droits, les blancs, la municipalité ont pris un arrêté fulminant contre eux ; ils ont armé 4000 nègres avec lesquels on les a dispersés et poursuivis, on a mis leurs têtes à prix en promettant 330 liv., et la liberté à tout esclave qui apporteroit la tête d’un mulâtre. »
« Par le compte que la municipalité a rendu à la commission, elle veut faire croire qu’une partie des citoyens de couleur, s’est insurgée contre la loi du 4 avril, et que les hommes de couleur se sont joints aux blancs pour combattre les autres ».
« Je suis fondé à vous assurer du contraire par les lettres particulières que je reçois, s’il est vrai qu’il y ait des mulâtres qui aient donné leur signatures, il faut croire qu’ils y ont été forcés le pistolet sur la gorge ».
« J’oublie de vous dire que la belle plaine du Cul-de-Sacq, a été aussi en insurrection et en cendres, par l’effet de la réunion des Borel, des Coustard et des Jumecourt. Ces deux derniers et six autres sont arrêtés ».
V
« Le commissaire Sonthonax doit partir pour aller nettoyer le Port-au-Prince, ou, pour mieux dire, (le Port-au-Crime) des factieux qui l’infestent en s’opposant au rétablissement du bon ordre ; il doit ensuite revenir ici avec des mulâtres pour la garnison du Cap, contre les entreprises de guerre.
« François a obtenu un congé du commissaire civil pour aller à vos affaires ; une fois à bord, il doit donner la ville au diable, la ville et tout ce qu’elle contient ; en effet, cette ville loge bien des ennemis de la tranquillité publique, qui ont besoin du désordre comme de leur ressource pour vivre ».
« Les préparations des agitateurs ici sont telles, que beaucoup d’individus sont persuadés, que nous ne serons pas huit jours après le départ du citoyen Sonthonax dans la tranquillité ; mais ce brave commissaire, à qui tout bon citoyen est tenu de rendre justice, prend les mesures nécessaires pour la ramener partout ».
« Je me réfère à toutes les précédentes, à tout leur contenu et pièces jointes que je vous confirme »
VI
« Depuis l’arrivée des commissaires civils, nous respirons les douceurs des prémices de la liberté ; il n’est pas de détours que nos ennemis n’emploient pour éluder la loi du 4 avril, pas de manœuvres qu’ils n’emploient pour rendre vaines toutes les dispositions nationales ; si le commissaire Sonthonax s’attachait trop à l’esprit de la loi, les citoyens régénérés seroient bientôt anéantis. Les aristocrates et les léopardins réunis dans les clubs, ne parlent absolument que des droits du peuple. Rien de plus constitutionnel que leurs écrits ; rien de plus criminel que leurs intentions. Il faut être sur les lieux pour juger des choses ».
« Aujourd’hui, les aristocrates et les léopardins ne cherchent qu’à éluder la loi, et, peut-être en ce moment, à se donner aux Anglois ou aux Espagnols, dont nous attendons la déclaration de guerre.
« Soyez persuadé qu’il n’y a point de citoyen régénéré, qui ne soit entièrement attaché au gouvernement que la Convention nationale a adopté ; il falloit toute la sagesse du citoyen Sonthonax, pour faire exécuter la loi du 4 avril, ou les mulâtres sont en minorité ».
VII
« Depuis que les trois agitateurs ont été envoyés en France, le Cap jouit d’une tranquillité désirée depuis long-tems. »
« La partie de l’Ouest est livrée aux agitateurs dont le commissaire Polverel n’a pas voulu purger la colonie. »
« À cette nouvelle, nos Léopardins ont levé le front, trois Léopardins de notre commission ont refusé leur signature aux adresses que nous avons envoyées à la convention et aux départemens, dans lesquelles nous votons des remercimens au commissaire Sonthonax pour les mesures vigoureuses qu’il a prises pour purger le Cap des agitateurs et des Léopardins qui en fomentoient la ruine ».
« L’événement prouvera que le commissaire Polverel, n’a pas mis toute l’énergie nécessaire pour le retour de l’ordre, tout est perdu, si l’on s’obstine à suivre l’esprit de la loi : sous le masque du patriotisme, on a établi des clubs, non moins incendiaires, qu’aristocratiques ; ils sont parvenus à tromper quelquefois la religion du commissaire Polverel ».
« Les Blancs ne veulent point envoyer des députés à la Convention Nationale, ils craignent, disent-ils, pour la liberté générale et ils craindroient par leur présence d’y donner leur assentiment ».
« En récompense ils s’accommoderoient très-fort d’une assemblée coloniale qui put contrebalancer les pouvoirs des délégués de la nation et déclarer au besoin l’indépendance de la colonie ».
« Ne croyez pas que la présence des citoyens de couleur peut rompre cette mesure, la masse de ces hommes est trop peu éclairée, pour lutter dans une assemblée contre les blancs ».
« La réunion de tous les partis est gravée dans nos cœurs, il n’y a que la résistance de nos ennemis à la loi qui entretient la méfiance ».
« Nous sommes ici dans de si grandes inquiétudes que si, par malheur l’archevêque Thibaut, Dangi et Rabottau, revenoient au pays, il seroit infailliblement mis en cendres.
VIII
« Jamais la France ne pouvoit mieux faire qu’en nous envoyant le citoyen Sonthonax : les ennemis de la France se tournent en tous sens pour se faire nommer aux places. Le conseil de la commune et notamment les officiers municipaux, sont tous des léopardins et des ennemis déclarés de la loi du 4 avril. Un homme de couleur seul y a été admis, cette agrégation aristocratique ne reçoit jamais qu’avec mépris et ne fait jamais bon droit aux plaintes portées par nos frères, on ne s’y occupe que des moyens d’éluder la loi ».
« Ils ont l’esprit de corrompre les soldats, sauf les dragons d’Orléans. Du 2 au 6 de ce mois, on a fait une tentative pour embarquer Sonthonax et tous ceux qui veulent la loi du 4 avril. On a eu la fureur de tirer sur le délégué de la Nation. Le régiment du Cap a refusé le serment, Sonthonax sera le sauveur de la colonie. La municipalité veut délibérer sur l’embarquement des mauvais sujets vous voyez bien qu’elle ne veut que le désordre ».
« Malgré l’embarquement des agitateurs, nous sommes encore loin de jouir de la tranquillité ».
« Notre sauveur Sonthonax, vient de faire arrêter les quatre plus dangereux agitateurs ; l’archevêque Thibaut, dont les écrits ne tendent à rien moins qu’à la subversion de l’ordre et au mépris des autorités constituées, dans toute la force du terme ».
« Nous attendons avec impatience l’approbation de la Convention Nationale pour la conduite ferme, vigoureuse et vraiment patriotique du commissaire Sonthonax ».
Il résulte des faits qui viennent d’être présentés dans ce mémoire et dans les pièces qui y sont annexées, que, des trois partis qui s’étoient formés dans la colonie de Saînt-Domingue, parmi la population blanche, le parti contre-révolutionnaires est presque annéanti ; que celui des indépendans s’est considérablement accru, par les moyens que nous avons indiqués ; que ce parti, pour mieux cacher ses intentions, a pris le masque du patriotisme le plus prononcé ; que ce même parti vient encore de se grossir du petit reste des contre-révolutionnaires qui, comme les indépendans ont pris le masque du patriotisme ; que ces deux partis réunis font les plus grands efforts pour faire perdre à France les colonies soit en entretenant le désordre, les révoltes d’esclaves et les dévastations qui en sont les suites, afin de dégoûter la métropole de ses colonies et les lui faire abandonner, soit enfin en les livrant aux puissances ennemies.
Quant au parti des véritables patriotes, celui qui veut sincèrement l’obéissance aux loix, le rétablissement de l’ordre et de paix et conserver la colonie à la France, ce parti là, dis-je, est égaré par les indépendans, qui sèment sans cesse parmi eux les soupçons et les méfiances contre les hommes de couleur, afin d’éloigner entre eux, une réunion sincère, seule capable de renverser leurs projets.
Il faut encore observer, qu’il est très-difficile à Saint-Domingue de distinguer ce parti d’avec les indépendans d’après les soins, que ces derniers se donnent pour paroître agir et penser comme les premiers.
Voilà ce qui concerne les blancs.
Quant aux citoyens de couleur, tous leurs intérêts les plus chers sont, dans le maintien de la constitution et dans la conservation des colonies à la nation qui les a régénérés, car sans cela, ils ne pourront que retomber dans l’état d’avilissement où ils étoient tenus et s’ils ont pu être égarés un moment par les contre-révolutionnaires, ce n’étoit pas pour se prêter à la contre-révolution, mais parce que ceux-ci se montroient à eux comme voulant obéir aux loix nationales et comme leur demandant main forte pour les faire exécuter. L’erreur des citoyens de couleur sur le compte de ces hommes n’a pas été de longue durée, car elle ne s’est prolongée, que jusqu’au moment où ils ont pu recevoir de leurs frères qui étoient à Paris les éclaircissemens nécessaires sur les projets cachés de ceux qui vouloient paroître leurs meilleurs amis .
Les hommes de couleur, sans cesse trompés sur les sentimens de patriotisme qu’ont affiché les différens partis, et sans cesse leurs victimes, ont dû nécessairement devenir méfians de confians qu’ils étoient, on peut être assuré qu’ils reprendront leur confiance naturelle, quand ils seront bien convaincus de la jouissance de leurs droits, que quelques intriguans perturbateurs paroissent encore vouloir leur disputer.
Les esclaves, mis en insurrection, comme nous l’avons dit d’abord, par les spéculations des différens partis, ont été beaucoup plus loin que ne l’avoient pensé ceux qui les ont mis en mouvement et l’état d’insurrection où ils sont, doit fixer l’attention des législateurs, car si l’on ne s’empresse d’y apporter les plus prompts remèdes, la colonie sera détruite par eux et par ceux qui les font agir.
On sait aujourd’hui, que ces hommes, dont les lumières sont retardées par l’avilissement de leur état, ne se battent que pour le roi et pour les prêtres. On doit craindre, comme l’un de nous l’a dit, que les puissances et les émigrés, en se rendant dans la partie espagnole de l’isle, les fassent servir à leurs desseins, ou tout au moins, à en soutirer une grande partie, peut-être même la totalité, en leur promettant un meilleur sort, après leur avoir fait ravager et détruire de fond en comble toutes les propriétés françaises.
Tel est l’état de la colonie de Saint-Domingue et les craintes que cet état de choses doit donner à la métropole
Présentement, pour répondre à l’invitation des comités, nous allons leur présenter dans toute la sincérité de nos âmes et dans le calme des passions et avec l’abnégation de tout espèce de ressentiment, les moyens que nous croyons les plus propres pour ramener l’ordre et la paix dans la colonie, opérer une réunion sincère entre tous les citoyens, et pour con- server les propriétés individuelles et nationales.
S.
Les méfiances respectives qui règnent entre les citoyens de couleur dans la colonie, étant un obstacle au rétablissement de l’ordre en favorisant les projets des ennemis de la nation, il est nécessaire de les faire cesser : pour parvenir à ce but, il nous semble, que le meilleur moyen à employer, seroit celui que nous allons proposer.
Tous les citoyens de la colonie se formeront en compagnies soldées et non soldées pour la défense intérieure des colonies ; préalablement à ces formations, il sera choisi, parmi les individus de chaque couleur, des citoyens ayant des propriétés qui répondront respectivement des hommes de leur couleur qu’ils feront entrer dans ces compagnies ; parmi ces premiers citoyens choisis dans les trois couleurs, il en sera pris un nombre, lesquels seront envoyés en France pour servir d’otage et qui répondront sur leur tête et sur leurs propriétés des malheurs qui pourroient arriver, soit par la mésintelligence des individus dont ils auront répondu, soit de leur inci- visme. Il nous paroît, qu’une pareille mesure opéreroit le plus grand bien, parce que les ôtages devant répondre respectivement des individus qu’ils auroient fait entrer dans les compagnies, prendroient soin de n’y placer, que des hommes dont ils seroient assurés.
2°. La responsabilité des otages, détruirait toute espèce de défiance entre les individus des différentes couleur qui seroient connus ; les compagnies qui ne seroient pas soldées, seroient composées de propriétaires, et elles seroient requises toutes les fois que quelques rixes ou troubles s’éleveroient dans la colonie. Les officiers de ces compagnies seroient nommés par elle même ; l’état-major, de ces compagnies avec un pareil nombre de bons officiers et soldats, formeroient un conseil pour juger sur le fait des troubles.
Quant aux compagnies soldées, elles seroient également composées des individus des trois couleurs ; ces compagnies, nommeroient leurs officiers jusqu’au grade de capitaine ; les autres grades et tout l’état-major seront pris en France parmi les officiers des gardes nationaux qui auront le mieux mérité et donné les plus grandes preuves de civisme.
L’état-major et tous les officiers de ce corps formeroient un conseil pour juger les différends de leurs corps et tous les individus dont la déportation deviendra nécessaire à la tranquillité publique seront jugés par ce conseil.
Nous avons fait envisager le mal que pourroient faire les ennemis de l’état et les émigrés avec les esclaves révoltés ; il nous semble que pour déjouer tous ces projets, il suffiroit d’améliorer le sort des esclaves et leur fournir les moyens d’arriver à une liberté acquise ; leur accorder préalablement une amnistie générale au nom de la Nation et de la colonie ; quand ils seroient assurés de leur grâce et d’un sort meilleur que celui dont ils ont joui jusqu’à ce moment, ils ne se laisseroient plus égarer par les promesses vagues que pourroient leur faire les ennemis de l’état.
La Convention proposeroit le mode d’amélioration qui seroit discuté, approuvé par l’assemblée coloniale, et la loi achevée sur cet objet seroit proclamée, au nom de la nation et de la colonie.
L’assemblée coloniale formée, elle enver- roit en France, 12 de ses membres propriétaires, outre les députés à l’assemblée nationale ; ces individus seroient des ôtages en cas que l’assemblée coloniale voulût rompre les liens qui unissent la colonie à la France.
Comme il seroit injuste envers les hommes de couleur de rappeller le commissaire Sonthonax qu’ils regardent comme leur père et le sauveur des colonies ; que d’un autre côté, les colons paroissent demander son rappel, pour concilier tout ; la Convention nommera et prendra dans son sein deux commissaires, qui joints aux trois qui y sont déjà, feront exécuter les décrets de la Convention.
Nous n’avons présenté les moyens que nous proposons, qu’en masse ; si d’après leur apperçu, les comités les croyent de quelque poids, nous leur donnerons tous les développements dont ils sont susceptibles dans différens points.
À PARIS, de l’Imprimerie du Cercle Social,
rue du Théâtre-François, N° 4.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Mémoire sur les causes des troubles et des désastres de la colonie de Saint-Domingue.
