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Littera enim occidit, spiritus autem vivificat. La lettre tue, c’est l’esprit seul qui vivifie. (S. Paul, II ad Cor., iii, 6.)
Pour connaitre le contenu de l’ensemble des cinq volumes du Rational, consulter le Compendium.
Compendium
Littera enim occidit, spiritus autem vivificat. La lettre tue, c’est l’esprit seul qui vivifie. (S. Paul, II ad Cor., iii, 6.)
L’ouvrage, ou plutôt l’encyclopédie liturgique de l’évêque de Mende, se divise en huit livres, subdivisés eux-mêmes en un certain nombre de chapitres, dont nous croyons utile de reproduire ici les titres, pour faire embrasser d’un seul coup d’œil au lecteur l’horizon de l’œuvre de Durand, et lui en faire bien comprendre toute l’importance.
1. De l’église et de ses parties. — 2. De l’autel. — 3. Des peintures, des voiles et des ornements de l’église. — 4. Des cloches. — 5. Du cimetière et des autres lieux saints, et consacrés par la religion. — 6. De la dédicace de l’Église. — 7. De la consécration de l’autel. — 8. Des consécrations et des onctions. — 9. Des sacrements de l’Église.
1. Des ministres, des dignités ecclésiastiques et de leurs devoirs. — 2. Du chantre. — 3. Du psalmiste. — 4. Du portier, — 5. Du lecteur. — 6. De l’exorciste. — 7. De l’acolyte. — 8. Du sous-diacre. — 9. Du diacre. — 10. Du prêtre. — 11. De l’évêque.
1. Des vêtements ou des ornements de l’église, des prêtres, des pontifes et des autres ministres. — 2. De l’amict. — 3. De l’aube. — 4. De la ceinture ou cordon. — 5. De la stole (étole). — 6. Du manipule. — 7. — De la chasuble ou planète. — 8. Des chausses et des sandales. — 9. Du haut-de-chausses et du voile de tête. — 10. De la tunique. — 11. De la dalmatique. — 12. Du gant. — 13. De la mitre. — 14. De l’anneau. — 15. Du bâton pastoral. — 16. Du suaire ou mouchoir. — 17. Du pallium. — 18. Des quatre couleurs dont l’Église se sert dans les vêtements ecclésiastiques. — 19. Des vêtements de l’ancienne loi, ou de l’Ancien Testament.
1. De la messe et de tout ce qui a lieu pendant la messe, etc., etc. — Cinquante-neuf chapitres sont consacrés par Durand à l’explication de toutes les parties de la messe et des cérémonies qui les accompagnent.
1. Des divins Offices, tant de la nuit que du jour, en général. — 2. Ce que c’est que l’office ; de son institution et de ses parties. — 3. Des nocturnes. — 4. Des matines et des laudes. — 5. De prime. — 6. De tierce. — 7. De sexte. — 8. De none. — 9. Des vêpres. — 10. Des complies.
1. Des Offices des dimanches spécialement, et de certaines féries et festivités du Seigneur, et des jeûnes des Quatre-Temps. — Le tout forme cent quarante-trois chapitres.
1. Des festivités des saints. — 2. De saint Fabien et de saint Sébastien. — 3. De sainte Agnès. — 4. De la conversion de saint Paul. — 5. De saint Julien. — 6. De la bienheureuse Agathe. — 7. De la Purification de sainte Marie. — 8. De la chaire de saint Pierre. — 9. De l’Annonciation de la vierge Marie. — 10. Des saints apôtres Philippe et Jacques. — 11. De l’Invention de la sainte Croix. — 12. De la révélation de saint Michel. — 13. De saints Gervais et Protais. — 14. De saint Jean-Baptiste. — 15. De saints Pierre et Paul. — 16. Des sept frères. — 17. De saint Jacques. — 18. Des sept dormants. — 19. De la fête de saint Pierre-aux-liens. — 20. Des Machabées. — 21. De l’invention de saint Etienne. — 22. De la Transfiguration du Seigneur. — 23. De saint Laurent. — 24. De l’Assomption de la glorieuse vierge Marie. — 25. De saint Barthélémy, apôtre. — 26. De la décollation de saint Jean-Baptiste. — 27. De saints Félix et Audact. — 28. De la Nativité de la bienheureuse Marie. — 29. De l’Exaltation de la sainte Croix. — 30. De la fête de saint Mathieu, apôtre et évangéliste. — 31. De saint Maurice et ses compagnons. — 32. De la fête de saint Luc, évangéliste. — 33. De la fête des apôtres Simon et Jude. — 34. De la fête de tous les Saints (la Toussaint). — 35. De l’office des Morts. — 36. Des quatre Couronnés, martyrs. — 37. Du bienheureux Martin, évêque et confesseur. — 38. Du bienheureux André, apôtre. — 39. Du bienheureux Nicolas. — 40. Du vénérable Bède, prêtre. — 41. De saint Thomas, apôtre. — 42. De saints Etienne et Jean, évangéliste, et des Innocents. — 43. Des apôtres. — 44. Des évangélistes. — 45. Des martyrs. — 46. Des confesseurs. — 47. Des vierges. — 48. De la fête et de l’office de la dédicace de l’Église.
1. Du comput et du calendrier, et de ce qui s’y rapporte. — 2. De l’année solaire. — 3. Ce que c’est que l’année solaire. — 4. Du mois. — 5. De la semaine. — 6. Du jour. — 7. De l’année lunaire. — 8. Des phases de la lune. — 9. De l’épacte. — 10. De l’embolisme. — 11. Du nombre d’or. — 12. Du terme pascal. — 13. Du cycle.
Tome premier
Premier livre.
Deuxième livre.
Troisième livre.
Tome second
Quatrième livre.
Tome troisième
Cinquième livre.
Début du sixième livre. I à LII.
Tome quatrième
Suite et fin du sixième livre. LIII à CXLIII
Tome cinquième
Septième livre.
Huitième livre.
Notes de Charles Barthelémy, dans chaque volume.
Notice historique, tome premier.
Proses d'Adam de Saint-Victor, tome troisième.
Liturgie en Occident, tome quatrième.
Liturgies orientales catholiques, tome cinquième.
Serie
1. 2. 3. 4. 5.
Chapitre 01
I. Dans cette seconde partie, nous avons l’intention de traiter des ministres et des dignités de l’Église, et de leurs devoirs. Nous poserons avant tout, en principe, qu’il y a trois sectes fameuses, à savoir : les Gentils, les Hébreux et les Chrétiens. La première est une secte d’erreur ; la seconde, de vérité ; la troisième, de vérité et de salut. Dans la première, nous faisons naufrage ; dans la seconde, nous sommes arrachés du péril ; dans la troisième, nous sommes sauvés. La première secte (secta) tire son nom de sectare (couper), parce qu’elle nous retranche, c’est-à-dire nous sépare de Dieu ; la seconde et la troisième sectes sont ainsi appelées (secta), de sectare (rechercher et posséder), parce qu’elles éclairent, sauvent et délivrent. Les personnes tant séculières qu’ecclésiastiques, parmi les chrétiens, sont prises et tirées des deux autres sectes, qui sont l’hébraïque et la païenne. Or, de même qu’il y a parmi nous deux sortes de personnes, à savoir : les laïques et les ecclésiastiques, il en était ainsi chez les Gentils et les Hébreux.
II. Chez les Gentils, les personnes séculières étaient le monarque ou l’empereur romain ; les patriciens, que l’on appelait
aussi sénateurs, au gré desquels tout était ordonné ; les rois, les ducs, les comtes, les gouverneurs, les préfets, les suffètes, les tribuns des soldats, les tribuns du peuple, les préteurs, les centurions, les décurions, les quarteniers, les décemvirs, les questeurs, les édiles et les huissiers du palais. Parmi les inventeurs littéraires (poetas), on rangeait les avocats (advocati), les poètes épiques, les historiographes en vers, les comédiens, les tragédiens et les historiographes en prose.
III. Le mot vates, qui vient de vi mentis (le transport de l'ame), signifie tantôt le prêtre, tantôt le prophète, tantôt le poète. Selon [saint] Isidore, on comptait chez les Gentils, dans l’ordre des cérémonies du temple, les archiflamines, les protoflamines, les flamines et les prêtres, comme on le dira bientôt. Il y avait aussi chez eux des communautés (conventus) religieuses d’hommes et de femmes.
IV. Chez les Hébreux existait aussi la même diversité de personnes ; car les unes étaient séculières, et les autres consacrées au culte divin dans le temple. Dans le temple, il y avait le grand-prêtre, comme Melchisédech ; les prêtres d’un ordre inférieur, les lévites ; les nathinéens, ceux qui éteignaient les lumières ; les exorcistes, les portiers et les élus ou chantres. Quant au peuple, voici ce qu’on en peut savoir : Moïse en était le chef, et, au-dessous de lui, il y avait ceux qu’il avait établis, selon le conseil de Jéthro, son beau-père ; il y avait encore les chiliarches et les acontarches, les pentacontarches et les décacontarches, c’est-à-dire les milleniers, les centeniers et les dizainiers ; car khilias signifie mille, arkhôn, prince ; d’où khiliarkhos celui qui commande mille hommes ; d’où aussi arcontarche, celui qui avait l’autorité sur cent hommes. On appelle pentacontarche celui qui commande cinquante hommes ; car pente signifie cinq. Le decanus est celui qui a dix hommes sous lui ; car dika, c’est dix. On trouve aussi une pareille diversité de personnes chez les chrétiens. Et remarque que les chrétiens ont tiré leur nom du Christ, et que le Christ prend le sien de (chrismate) qu’il a reçue. On a parlé de cela dans la première partie, au chapitre des Consécrations et des Onctions.
V. Le nom des chrétiens fut d’abord inventé à Antioche, car, auparavant, tous s’appelaient disciples ou frères, jusqu’à ce que les Apôtres s’assemblèrent en concile à Antioche. Et l’on donne aux chrétiens le nom d’orthodoxes, c’est-à-dire d’hommes qui se glorifient à juste titre, et vivent selon ce qu’ils croient. En effet, orthôs, en grec, se dit recte en latin (d’une manière droite), et doxa signifie gloire (gloire juste et raisonnable). Le Christ s’appelle de ce nom, à cause de l’onction qu’il a reçue (chrisma), c’est-à-dire, en quelque sorte, l’Oint. Il a été oint éternellement par Dieu, par-dessus tous ses frères, comme on le lit dans les Actes des Apôtres ; et ce nom est une huile répandue. C’est pour cette raison que, dans l'Ancien-Testament, on appelait christs les prêtres et les rois, parce qu’on les oignait de l’onction matérielle, selon cette parole : « Ne veuillez pas (nolite) toucher mes christs (mes oints) ».
VI. Et ce nom de christ n’est pas le nom propre et particulier du Sauveur ; ce n’est que l’appellation vulgaire de la . Car c’est un nom commun à toute dignité. Mais celui de Jésus est le propre nom du Sauveur, qu’il reçut de Fange Gabriel lors de sa conception, selon le témoignage de l’évangéliste : « Tu le nommeras du nom de Jésus » (dit-il), et il le reçut encore des hommes dans sa circoncision. Or, remarque que Jésus se dit en hébreu Messie, et en grec Christ, ou sôtèr ou bien sôfèr (sauveur), en latin oint, comme on l’a dit plus haut ; ou encore Sauveur, « parce qu’il sauvera son peuple de ses péchés. » Car il a le pouvoir de remettre les péchés, comme il le dit lui-même : il a aussi celui de sauver, parce qu’il nous a donné le salut. Si donc nous observons ses préceptes, nous posséderons la vie éternelle. Pour ce qui est de ce nom de Jésus, Porphyre, philosophe versé dans les langues grecque et latine, l’écrivait en latin Iesus, et en grec par un h, qu’on emploie en cette langue pour î long. Voilà encore pourquoi il y en a qui prononcent Gysus ; mais les Latins se servent de l’e long. Il paraît plus raisonnable d’écrire ce nom ainsi : Yhs, en se servant de l’abréviation grecque, que par Hiesus, avec l’aspiration latine. Et comme Christ est grec, on l’écrit en abréviation de cette langue : Chrs, car les Grecs emploient X pour chi, p pour r, et c pour s. Mais, si on l’écrit par s, il finit par la terminaison latine. Donc, si on l’écrit avec un mode long, on le représentera ainsi par aspiration : Christus.
VII. A l’égard des noms du Christ, il est à remarquer que certains par eux-mêmes sont dits appartenir à sa personne d’une manière relative ou en quelque façon relative (relative seu quasi relative), comme ceux de pasteur, époux et médiateur. D’autres lui appartiennent d’une manière non relative, comme homme ; d’autres au figuré, comme agneau, brebis, veau, serpent, bélier, lion, ver ; d’autres, enfin, lui sont devenus relatifs par la coutume : ce sont les prérogatives attachées à son privilège, comme Christ. Car Jésus est proprement son nom, comme on l’a dit plus haut. On appelle aussi le Christ l’alpha et l’oméga, c’est-à-dire le commencement et la fin, et en hébreu Emmanuel, ce qu’on interprète : Dieu avec nous. Il est en effet avec nous par la présence de sa majesté, par la participation de la vérité, par le lien de la charité et par l’accomplissement de la vérité. On l’appelle de plus la voie, la vérité et la vie. La voie, par l’exemple ou le précepte.
VIII. La vérité, dans la promesse. La vie, dans la récompense. Et Sabaoth, c’est-à-dire le Dieu des armées. Adonay, qui signifie Seigneur (Domine). Athanatos, Immortel. Kurios, Maître (Sire). Theos, Dieu. Hanagatos, le meilleur des pères, qui a soin de tout, ou qui est parfait. Omousios, d’une seule essence. Voilà les noms de Dieu, et non pas seulement de la personne du Christ. De plus, le Christ, selon Isaïe, est appelé l’Admirable, le Conseiller, le Dieu fort, le Père du siècle futur, le Prince de la paix. Il est Admirable dans son incarnation. Conseiller dans la pensée entière des choses. Dieu dans leur création. Fort dans leur gouvernement. Père du siècle à venir, à cause de la récompense qu’il donnera à chacun selon ses mérites. On l’appelle Prince de la paix, ou parce qu’il a été le médiateur de Dieu et des hommes, ou encore des hommes et des anges, ou bien parce qu’il leur donne cette paix qui surpasse le sens , cette paix qui n’aura jamais de fin. On donne encore au Christ le nom ineffable du tetragrammaton, c’est-à-dire des quatre lettres, qui sont ioth, he, vau, heth, qui sont gravées au dedans de nous-mêmes. Mais c’est parler à la légère que d’appeler ineffable Dieu, que non-seulement on ne peut nommer de ce nom (fari), mais qu’on ne doit encore invoquer, en le prononçant, que dans les circonstances difficiles, ou bien parce que le sens que ce mot renferme ne peut être suffisamment expliqué. Voici comment on l’interprète : ioth principe, he celui-ci, vau de la passion, heth de la vie, comme si l’on disait en quelque sorte : « Celui-ci est le principe de la vie, de la passion. » Le génitif, selon la coutume des Grecs, est employé ici pour l’ablatif, passionis pour passione, c’est-à-dire : par la passion (Celui-ci est le principe de la vie par sa passion). Mais nous ne pouvons pénétrer (intueri) comment notre vie découle de sa mort. On parlera de cela dans la troisième partie, au chapitre des Ornements de l’ancienne loi.
IX. Or, ce nom Dieu est propre au Père, au Fils et à l’Esprit saint, comme on le lit dans le symbole de saint Athanase, quoique aussi il s’étende parfois à d’autres personnes, selon cette parole : « Tu ne parleras point mal des dieux (les juges). » Et ailleurs : « Donne cela aux dieux (les prêtres ou les juges). » Et l’Apôtre dit : « Car encore qu’il y en ait qui soient appelés dieux (gar les païens) soit dans le ciel ou sur la terre, cependant il n’y a pour nous qu’un seul Dieu, Père, de qui tout procède. » Et il ajoute : « Si notre Évangile est voilé dans ceux qui périssent réprouvés, il l’est pour ceux de ce monde dont Dieu a aveuglé les âmes infidèles. »
X. Jésus est encore appelé Nazaréen, d’un bourg de Galilée. On lui donne le nom de Dieu à cause de la substance unique qu’il a avec le Père. On l’appelle Seigneur et Maître, à cause du culte que lui rend la créature, sa servante. Dieu et Homme, parce qu’il est Verbe et chair. Oa l’appelle Verbe, parce que c’est par lui que le Père a formé et a ordonné toutes choses. Image, à cause de sa ressemblance exacte avec le Père. Or, chez les chrétiens_, on donne aux personnes du siècle le nom de laïques, car laos en grec, se dit populus (peuple) en latin.
XI. Les clercs, ce sont ceux qui font le service de l’église ou la gouvernent ; leur nom vient de klèros, qui veut dire partage, comme on l’expliquera bientôt. Et ils se subdivisent lesuns en moines ou personnes demeurant chacune à part (monos en grec se traduit singularis, seul, en latin) ; les autres en religieux.
XII. Et il y a quatre sortes de moines : les uns, ce sont les cénobites, qui, renfermes dans un commun monastère, suivent une règle et passent leur vie à obéir aux plus âgés, élevés en dignités ; les autres, ce sont les anachorètes, qui édifient les déserts, et qui, quoique vivant ensemble, vaquent cependant à une contemplation particulière ; les autres, ce sont les ermites, qui vivent solitairement dans les déserts ; les autres, enfin, ce sont les gyrovagi, c’est-à-dire les vagabonds et les circoncellions. (Selon saint Augustin, moines qui n’avaient pas de demeure fixe.)
XIII. La religion est ainsi appelée, parce qu’elle nous rattache (religat) à un seul Dieu, auquel nous offrons un culte divin, enchaînés que nous sommes à son service. Ce culte lui est offert par les clercs séculiers, que l'on appelle séculiers par abus, à la différence des réguliers, qui ne possèdent rien en propre ; ce qui n’a pas lieu chez les premiers (les séculiers), car, selon saint Augustin, « Un mauvais moine fait difficilement un bon clerc. » Or, il y a deux classes de personnes ecclésiastiques.
XIV. L’une est de dignité, l’autre d’ordre. De dignité, comme le pape, le patriarche, le primat, l'archevêque ou métropolitain, ce qui est la même chose ; l’évêque, l’archidiacre, l'archiprêtre et le prévôt (prœpositus), quoique tous ceux qui (qui prœsunt) soient généralement nommés à juste titre prévôts (prœpositi). Et, dans le chœur, les personnes sont : le doyen, le sous-doyen, le chantre ou préchantre, le sous-chantre, le trésorier ou sacristain, l’archiacolyte ou premier acolyte (archiacola), et les autres de cette classe. Or, les dignités comme les rangs ont tiré leur origine de l'ancienne loi, et ont été instituées à son exemple, selon cette parole : « Tu les établiras princes sur toute la terre ; » malgré qu’il y en ait qui disent que les dignités ont commencé à être connues chez les Gentils. Et les personnes d’ordre sont : le prêtre, le diacre et les autres dont nous parlerons plus bas.
XV. Voyons rapidement comment a eu lieu la translation des personnes de l’ancien culte, tant des Hébreux que des Gentils, à celui de l’Église actuelle, et comment les personnes qui occupent les dignités dans l’Église en ont tiré leur origine. Or, le seigneur Pape, qui est le père ou le gardien des pères, reproduit le type du souverain pontife ou grand-prêtre. L’empereur de Rome ressemble au monarque. La dignité des sénateurs et des patriciens se retrouve dans l’Église, dans les quatre patriarches, et dans l’Église romaine, dans les cardinaux. Les primats, qui ont sous eux trois archevêques, représentent le roi qui commande à trois ducs. Les métropolitains, ou archevêques, sont comparables aux ducs, qui ont sous eux plusieurs comtes, comme ceux-ci (les archevêques) plusieurs évêques. Cependant le pape Pelage dit « qu’une province a un roi et un métropolitain. » Les évêques ressemblent aux comtes. Les corévêques ou coadjuteurs (coepiscopi), dont le pouvoir a été aboli, représentaient les gouverneurs et les intendants. Les prévôts rappellent les tribuns des soldats ; les archiprêtres, les tribuns du peuple ; les chanceliers, les préteurs ; les archidiacres, les centurions ; les doyens, les décurions ; les prêtres curés (presbyteri curati), les avocats. Les personnes ont aussi tiré leur origine des Hébreux et des Gentils, car les prêtres représentent les édiles ; les diacres, les quarteniers ; les sous-diacres, les duumvirs. Les exorcistes ont été créés à l’imitation des questeurs. Les portiers rappellent les huissiers du palais ; les lecteurs, les récitateurs des annales en vers ; les acolytes, les historiographes en vers.
XVI. Or, la dignité épiscopale, selon [saint] Isidore, est divisée en quatre parties, dans la personne des patriarches, des archevêques, des métropolitains et des évêques.
XVII. La foi, qui nous vient des Apôtres, comme dit le pape Anaclet, est la tête et le gond des autres vertus ; car, de même que la porte tourne sur le gond, ainsi toutes les églises se guident sur l’autorité de Rome ; et c’est pourquoi on a donné le nom de cardinaux (cardinales) (23) à ceux qui gouvernent toute l’Église et sont pour elle ce que le gond (cardo) est pour la ; porte, c’est-à-dire des régulateurs. Et le prélat, l'évêque de cette Église, qui est le Pape, c’est-à-dire le père des pères, est encore appelé l’Universel, parce qu’il est le prince de toute l’Église, et on le nomme Père apostolique parce qu’il remplit la charge du prince des Apôtres, et le Souverain-Pontife parce qu’il est le chef (caput) de tous les pontifes, qui de lui descendent comme les membres de la tête (a capite), et de l’abondance de qui tous reçoivent, qu’il appelle tous à partager sa sollicitude et non à posséder comme lui la plénitude de la puissance. Il est, lui, Melchisédech, dont le sacerdoce ne peut être comparé aux autres.
XVIII. Patriarche, dans la langue grecque, signifie le plus grand des Pères, parce qu’il occupe le premier rang, c’est-à-dire celui d’Apôtre ; et, comme il est revêtu de l’honneur suprême, voilà la cause pour laquelle on lui donne un pareil nom. Or, il y cinq patriarches : celui de Rome, celui de
, celui d’Antioche, celui d’Alexandrie et celui de Jérusalem. On l’apelle encore patriarche (patriarcha), comme si l’on disait en quelque sorte (pater arcœ) père de l’Arche, c’est-à-dire de l’Église, ou bien le père des pères, le premier d’entre eux, car arxôn en grec se dit en latin princeps, prince. Le patriarche c’est Moïse, qui consacra Aaron pontife en l’oignant d’huile.
XIX. Le mot archevêque vient du grec ; il signifie qu’il est le souverain ou le prince des évêques. Il tient en effet la place des Apôtres, et gouverne tant les métropolitains que les autres évêques.
XX. Les métropolitains ou métropolites sont ainsi nommés (a metro) de la mesure et de l’étendue des cités, car ils veillent sur chaque province dont les prêtres sont leurs sujets et leurs disciples, et, sans leur permission, les autres évêques ne peuvent rien faire. Le soin de toute la province leur a été commis, et ils doivent veiller sur elle avec sollicitude ; ce qui a fait dire au pape Pélage : « Sachez que toute province bien circonscrite a dix ou onze cités, et un roi, et autant de puissances subalternes sous lui ; et un métropolitain, et dix ou onze autres évêques suffragants, qui sont les juges des fidèles. » On réfère au jugement des métropolitains toutes les causes des évêques, des autres prêtres et des autres cités. Et les membres de toutes les classes d’évêques et de supérieurs désignées plus haut sont appelés évêques, d’un seul et même nom. Mais il y en a qui se servent d’une appellation particulière pour mettre une distinction entre le genre de puissance qu’ils ont reçue chacun en particulier. On dira, au chapitre de l’Evêque, d’où a été tiré le vocable d’épiscopat. Enfin, selon le pape Anaclet, « les primats et les patriarches ont divers noms, mais ils jouissent des mêmes prérogatives et ont les mêmes devoirs à remplir. » C’est pour cette raison que certains primats s’arrogent le nom de patriarches, comme celui d’Aquilée et celui de Granden (Grenade ?). Et la primatie (primatia) a été ainsi appelée des prémices (a prîmitiis) de la conversion des peuples à la foi, que l’on a recueillies sur le lieu où plus tard on a établi les primats.
XXI. Il fut décidé, dans le concile d’Afrique, que l’évêque du premier siège ne serait pas appelé prince des prêtres ou souverain prêtre, ou quelque autre chose de semblable, mais seulement l’évêque du premier siège. Le pape Pélage établit encore qu’aucun patriarche n’emploierait jamais le nom d’universalité ou d’universel, et que personne ne le lui donnerait dans les lettres qu’il lui écrirait, parce que si un seul patriarche s’appelle universel, le nom de cette dignité sera rabaissé chez les autres et leur sera soustrait. Ajoutez à cela que l’établissement des souverains-pontifes, des prélats et des autres prêtres a commencé dans l’Ancien-Testament et a été plus entièrement consommé dans le Nouveau, car les grands prêtres et leurs inférieurs ont été établis de Dieu par Moïse, afin que le culte du Tabernacle fût perpétué par leurs successeurs au milieu des fils d’Israël. Et David institua de plus, pour le service de la maison de Dieu, les portiers et les chantres. Salomon eut l’idée (invenit) des exorcistes, comme on le dira au chapitre du Prêtre. L’Église a imité tout cela dans le Nouveau-Testament, comme on l’a déjà dit, car elle a des portiers qu’elle appelle concierges ; au lieu des chanteurs, elle a établi à la fois des lecteurs et des chantres ; elle a encore reçu des fils d’Aaron les exorcistes, en leur conservant leur nom et leur antique office. Tous ceux qui s’acquittent des fonctions et des devoirs du sacerdoce sous l’autorité du souverain-pontife ont été consacrés.
XXII. Parmi eux s’est élevée une distinction ; de sorte que les uns s’appellent simplement prêtres, les autres archiprêtres, les autres évêques, les autres archevêques ou métropolitains, les autres primats, les autres patriarches, les autres souverains-pontifes, comme il a été dit plus haut. Cette distinction a été établie surtout par les Gentils, qui appelaient leurs flamines les uns simplement flamines, les autres archiflamines, les autres protoflamines, c’est-à-dire primats. Ces prêtres portaient sur leur tête un bonnet surmonté d’une petite baguette, avec laquelle ils chassaient les oiseaux des viandes offertes en sacrifice. Et ce bonnet était encore surmonté d’une houppe de laine ; mais, comme ils ne pouvaient pas le porter pendant l'été, à cause de la chaleur, ils commencèrent à ceindre seulement leur front d’une bandelette de fil (filum).
XXIII. C’est pourquoi on les nomma flamines (flamines), à cause de ce bandeau de lin (a filo), comme si l’on eût dit en quelque sorte filamines (dont flamines est une contraction). Mais les jours de fêtes, déposant leur bandelette, ils se coiffaient, à cause de la majesté du sacerdoce, du bonnet dit flamen. Parmi les prêtres, la différence des plus grands et des plus petits a pris, dans le Nouveau-Testament, son origine du Christ lui-même, qui choisit, parmi les prêtres qu’il créa, les Apôtres pour le premier et plus grand degré, et les disciples pour les rangs plus bas et moindres. Pour Pierre, il l'éleva (elegit) au rang de souverain-prêtre. Les Apôtres, à leur tour, suivirent la même marche dans chaque cité ; ils y ordonnèrent des évêques et des prêtres, comme on le dira au chapitre du Prêtre. Nous lisons que les Apôtres ordonnèrent des lévites ou diacres, ce qui a fait dire à saint Cyprien : « Les diacres doivent se souvenir que le Seigneur a choisi les évêques et les supérieurs » (prœpositos).
XXIV. Les Apôtres s’adjoignirent donc des diacres après l’ascension du Seigneur au ciel, et, dans la suite, l’Église établit dans son sein les sous-diacres et les acolytes. Et le canon du pape Clément témoigne en quels termes le bienheureux Pierre a commandé de placer des évêques, des primats ou des patriarches dans les cités où jadis, chez les païens ou Gentils, résidaient leurs flamines et les docteurs de la première loi. Et dans celles où étaient autrefois, chez eux, leurs archiflamines, qu’ils réputaient d’un ordre inférieur à leurs primats, dont nous avons parlé plus haut, il commanda d’instituer des archevêques, et dans toutes les autres cités des évêques.
XXV. Le pape Anaclet établit qu’on mettrait et qu’on ordonnerait aussi des prêtres dans les hameaux (castella) et les villages (villas). Au reste, on lit dans le Lévitique que la voix d’en-haut dit à Moïse : « Dis à Aaron : Un homme de ta race « qui aura contracté une souillure per familias n’offrira pas les pains à son Dieu, et il ne sera pas admis au saint ministère, s’il est aveugle, boiteux ; s’il a le nez petit ou grand ou de travers, le pied brisé ; s’il lui manque un bras ou une main ; s’il est bossu, chassieux ; s’il a une taie dans l’œil, une gale continuelle, une dartre vive sur le corps ; s’il est pesant, s’il est débile ; parce qu’il ne convient pas de donner à Dieu ce que l’homme dédaigne. » Ce passage nous enseigne quels sont ceux qu’on doit repousser de la cléricature.
XXVI. Or, les clercs tirent leur nom de klèros mot grec dont le sens en latin est sors ou hœreditas (partage ou héritage), comme s’ils étaient en quelque sorte le partage du Seigneur, ou comme si le Seigneur était leur héritage, selon cette parole du prophète : « Le Seigneur est la part de mon héritage. » D’où il est manifeste qu’ils ne doivent rien avoir hors Dieu ; mais qu’ils reçoivent seulement les dîmes, les prémices et les offrandes qui sont les héritages du Seigneur, ou bien parce qu’ils sont en quelque façon élus par le sort. Car, dans l’Ancien-Testament et chez les Gentils, les clercs et les prêtres étaient élus par le sort et par leur inscription sur les tablettes » (libris) ; et, dans le Nouveau-Testament, Mathias fut choisi par le sort ; le premier clerc que l’on fit, ce fut Pettus. Le pape Iginius, le dixième depuis le bienheureux Pierre, composa le clergé et en distribua les rangs. A l’égard de la couronne des clercs, on doit faire attention à trois choses, savoir : la tonsure de la tête, la coupe des cheveux et la forme du cercle. Trois choses se rapportent à la tonsure de la tête ; ce sont : la conservation de la propreté, son altération et sa nudité. La de la propreté, parce que c’est par les cheveux que les ordures s’amassent sur la tête. L’altération, parce que les cheveux sont pour orner la tête ; la tonsure signifie donc la pureté d’une vie sans ornements, c’est-à-dire, au dehors, un habit ou extérieur qui ne soit pas recherché, selon [saint] Denys, dans sa Hiérarchie ecclésiastique. La rasure et la tonsure des cheveux, c’est aussi l’abandon de tous les biens temporels. Car les clercs doivent se contenter de la nourriture et de l’habillement, et posséder tout en commun. C’est pourquoi, selon l’Apôtre, « qu’ils n’entretiennent pas leur chevelure, » mais qu’ils rasent le dessus de leur tête en forme de cercle. Et la mise à nu de la partie élevée du chef (capitis), marque qu’il ne doit pas y avoir de mur entre nous et Dieu, afin que, la face du Seigneur nous étant révélée, nous contemplions librement sa gloire.
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The end
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