Front matter
Il fut pressé, entouré, enlevé par mille bras et porté en triomphe.
C’était jour de marché à Pampelune ; la foule qui se rendait à la grande place s’était arrêtée devant une pancarte affichée à la porte de la Gefatura, l’hôtel du corrégidor. Les paysans, déposant les bannes de légumes et de fruits ou les barils d’huile et de beurre qu’ils portaient sur leurs épaules, contemplaient cette affiche avec une attention si longue et si soutenue, qu’on aurait pu croire qu’ils la relisaient pour la seconde ou troisième fois, si aucun de ces braves Navarrais eût pu être soupçonné de savoir lire ; or, comme il y a dans la foule un aimant qui attire la foule, le flux devint bientôt si considérable, que le reflux s’étendit de l’autre côté de la rue des Dattiers, devant les carreaux de la boutique de Gongarello, le barbier, qui rasait alors une pratique, et qui, surpris de cette éclipse soudaine, fut obligé de s’arrêter, attendu que le jour lui manquait.
Aben-Abou, connu dans le quartier sous le nom de Gongarello, était un petit homme brun, joyeux, goguenard, comme les barbiers ses confrères, et de plus, intelligent et industrieux, comme tous ceux de sa nation ; il était Maure d’origine, et son activité contrastait singulièrement avec l’antipathie de ses graves voisins, pur sang espagnol, vieux chrétiens et descendants de Pélage ; aucun barbier de Pampelune n’avait plus de pratiques que lui ; aussi tous les mois était-il régulièrement dénoncé à l’inquisition par quelqu’un de ses confrères, pour crime de sédition, d’impiété ou de sorcellerie.
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The end
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