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Musiciens d’aujourd’hui

Romain Rolland · 1919 · Free in the US

143,931 words · about 10 h 5 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1919 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Musiciens_d’aujourd’hui&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Romain Rolland
Language
French
Published
1919
Length
143,931 words · about 10 h 5 min
Sections
11 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (11)
  1. Front matter about 5 h 2 min
  2. Berlioz about 58 min
  3. Wagner about 30 min
  4. Camille Saint-Saëns about 13 min
  5. Vincent d’Indy about 26 min
  6. Richard Strauss about 28 min
  7. Hugo Wolf about 31 min
  8. Don Lorenzo Perosi about 8 min
  9. Musique française et musique allemande about 26 min
  10. Pelléas et Mélisande de Claude Debussy about 11 min
  11. Le Renouveau about 1 h 11 min

Continue:

Front matter

Il semblera un paradoxe de dire qu’aucun musicien n’est plus mal connu que Berlioz. Chacun croit le connaître. Une bruyante renommée entoure sa personne et son œuvre. L’Europe musicale a fêté son centenaire. L’Allemagne dispute à la France la gloire d’avoir formé et soutenu son génie. La Russie, dont l’accueil triomphal le consola de l’indifférence et de l’hostilité de Paris, a dit, par la voix de Balakirew, qu’il était « le seul musicien français ». Ses principales compositions sont constamment exécutées dans les concerts ; et certaines ont le rare privilège de parler à la fois à l’élite et à la foule : quelques-unes de ses pages connaissent la grande popularité. Une quantité d’études lui ont été consacrées. Lui-même s’est décrit et commenté dans de nombreux ouvrages. Il n’est pas jusqu’à sa figure qui ne soit populaire. Et, quand on l’a vue une fois, on ne saurait l’oublier. Elle est, comme sa musique, si frappante et si singulière qu’il semble qu’il suffise d’un coup d’œil pour en pénétrer le sens : point de sous-entendus, point de dessous mystérieux, point de nuages dans cette âme et dans cette œuvre ; elles ne demandent point, pour être comprises, une initiation, comme Wagner : on est leur ami ou leur ennemi, tout d’abord ; et la première impression reste définitive.

C’est bien là le malheur, qu’on croie le connaître à si peu de frais. L’obscurité nuit moins à un grand artiste qu’une apparente clarté. Mieux vaut pour lui s’envelopper de voiles : car, s’il leur doit de rester longtemps incompris, du moins, quand on veut le comprendre, on se donne la peine de chercher le secret de sa pensée. On ne sait pas assez qu’il peut y avoir autant de profondeur et de complexité dans une œuvre au dessin net, au relief puissant, — oui, même parfois dans le clair génie d’un grand Italien de la Renaissance, que dans le demi-jour crépusculaire du Nord, et dans l’âme immense et trouble d’un Rembrandt.

Voici donc un premier malentendu. Mais il y en a bien d’autres, qui nous empêchent de comprendre Berlioz. Pour arriver à lui, il faut percer une muraille de préjugés, d’idées conventionnelles, de pédantisme, de snobisme intellectuel. En vérité, il faut secouer presque toute l’opinion qui a cours aujourd’hui, si l’on veut dégager l’œuvre de la poussière qui s’est accumulée sur elle depuis un demi-siècle.

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