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MONOGRAPHIE
DU
CHÂTEAU DE LEUCATE
Avant-propos
AVANT-PROPOS
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En publiant cette nouvelle Monographie, je ne fais pour ainsi dire que remplir un engagement pris à l’avance vis-à-vis des amateurs de nos antiquités historiques et militaires. Dans l’introduction qui précède la Monographie du château de Salses, j’avais indiqué le puissant intérêt qui s’attachait à ces études, et l’utilité qu’en devait retirer histoire générale du pays ; j’ai continué et je continuerai encore, je l’espère, à exploiter cette mine inépuisable. Ces travaux exigent, il est vrai, des recherches souvent longues et pénibles, mais j’ai été soutenu par l’espoir d’être utile d’abord, puis aussi par l’appui que m’ont donné quelques amis de l’archéologie qui ont bien voulu m’aider dans mes recherches, s’y associer même quelquefois : je les prie d’en recevoir ici tous mes remercîments.
Première partie
PREMIÈRE PARTIE.
NOTICE HISTORIQUE.
Première partie-I
NOTICE HISTORIQUE.
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. — Depuis les temps les plus reculés jusqu’à acquisition de Leucate par les rois de France, en 1309.
À l’endroit où la chaîne des Pyrénées, qui forme la limite entre la France et l’Espagne, se rapproche de la Méditerranée, ses cimes vont en s’abaissant : en même temps elles s’épanouissent, et couvrent une plus large surface de terrain : les vallées principales deviennent parallèles à la direction générale de la chaîne, au lieu de lui être perpendiculaires. Elles forment ainsi deux embranchements de la chaîne principale, qui sont les chaînes secondaires des Albères au sud du Roussillon, et des Corbières au nord.
L’embranchement du nord prend naissance vers la forteresse de Mont-Louis, entre les rivières de l’Aude et de la Têt. Il court d’abord vers le nord en laissant à sa gauche les vallées affluentes de la rivière d’Aude, et détachant sur sa droite des contre-forts qui forment les montagnes de Sournya. La hauteur de ses crêtes est assez considérable, et atteint en certains points et .
À partir du col Saint-Louis, il reprend la direction de l’est : la chaîne s’abaisse encore et se subdivise ; c’est en ce point que l’on commence a lui donner le nom de chaîne des Corbières. Elle s’arrête brusquement à la mer, ou plutôt aux étangs de la Palme et de Leucate.
Entre ces deux étangs, le sol se relève subitement, et forme un plateau isolé à en moyenne au-dessus du niveau de la mer : sa largeur de l’est à l’ouest est de environ, et sa longueur du nord au sud est de . C’est la presqu’île de Leucate qui a la même formation calcaire que les Corbières dont elle dépend géologiquement, et dont elle est séparée par une vallée qui est de formation tertiaire.
Deux langues de terre basses et étroites partent des extrémités de la presqu’île, et forment les étangs de la Palme et de Leucate ; elles vont rejoindre au nord la petite ville de La Nouvelle, et au sud les plaines de la Salanque en Roussillon.
Ces hautes falaises blanches n’avaient point échappé aux anciens, ainsi que le prouve le nom même de Leucate, qui leur fut imposé par des navigateurs grecs. Mais aucun fait ne vient à l’appui des auteurs qui prétendent que les Liguriens ou les Phéniciens ont établi une colonie sur ce plateau longtemps avant notre ère.
On ne serait pas plus fondé à avancer que les Romains ont eu une colonie sur le plateau de Leucate, position militaire dont ils étaient cependant bien capables d’apprécier la valeur.
Il ne suffit pas en effet pour affirmer un pareil fait de se baser sur la convenance des lieux ; il faut des preuves positives a l’appui de cette affirmation, et il n’en existe à mes yeux que de deux sortes : la présence de monuments datant de l’époque romaine ; les récits des auteurs du temps.
D’abord je ne sache pas que l’on ait jamais découvert sur le plateau de Leucate aucun monument romain. Il faudrait plutôt y chercher des souvenirs : le bord de la mer, la facilité de s’isoler dans cette région sauvage, I’élévation du plateau, auraient bien pu concourir a faire adopier ce point par nos ancétres pour la célébration de leurs mystéres. Mais on n’y trouve pas plus de monuments gaulois que de monuments romains.
La voie romaine qui allait du Languedoc en Roussillon et en Espagne, et qui portait le nom de Via Domitia, partait de Narbonne, se dirigeant sur Sigean. Elle descendait ensuite à la Palme, longeait l’étang du même nom, et traversait l’espèce de col qui se trouve entre la montagne et le plateau de Leucate, sans dévier vers ce plateau, Les distances en milles fournies par l’itinéraire d’Antonin et la table de Peutinger démontrent clairement que, de Sigean à Salses, elle ne pouvait s’écarter de la route de terre actuelle, dont le tracé est probablement resté le même depuis dix-huit siècles. Or s’il y avait eu une colonie romaine à Leucate, on n’aurait pas manqué d’y faire passer la route.
Aucun monument ne vient donc nous indiquer qu’il y ait eu sur ce point une occupation romaine. Les récits des auteurs de cette époque ne nous renseignent pas davantage ; ils sont même opposés à la croyance à une colonie.
Pline l’ancien, en décrivant la Gaule narbonnaise dans son histoire naturelle, ne parle pas de Leucate.
Pomponius Mélas qui écrivait à la même époque, c’est-à-dire vers le milieu du premier siècle de notre ère, s’exprime ainsi :
« L’Arauris (Hérault), qui descend des Cévennes, coule sous les murs d’Agatha (Agde), et l’Orbis (Orb) sous ceux de Bœterres (Béziers). L’Atax (Aude), qui descend des Pyrénées, est faible et guéable tant qu’il ne que les eaux de sa source, de sorte que, malgré la grandeur de son lit, il ne devient navigable qu’aux environs de Narbonne ; mais, lorsqu’en hiver il est enflé par les pluies, il se grossit d’ordinaire à tel point que son lit ne peut plus le contenir. Il se jette dans un lac appelé Rubresus (probablement l’étang de Bages actuel, puisque l’Aude passait alors à Narbonne), lequel, quoique très spacieux, ne communique à la mer que par un canal étroit. Au delà sont les rivages de Leucate et la fontaine de Salsula (Salses), dont les eaux, loin d’être douces, sont plus salées que les eaux marines, etc. » (Livre 2, chapitre , Pankoucke.)
D’après auteur latin dont j’ai cité les premières lignes, afin de constater son exactitude, Leucate n’est point une colonie romaine, ce n’est même pas le nom d’une bourgade, d’une agglomération quelconque d’in- dividus ; c’est celui d’un rivage, d’une côte remarquable (littoris nomen).
Festus Avienus, qui écrivait dans la seconde moitié du iv de notre ère, a fait en vers la description des côtes de la Narbonnaise. Malheureusement son ouvrage ne nous est parvenu qu’avec quelques lacunes, et la description de Leucate y manque précisément ; on sait seulement qu’il ne l’avait pas oublié. En parlant, en effet, de la côte d’Agde et des rochers qui sont en arrière de l’île de Brescou, il les signale comme regardant le promontoire qu’il a dit s’appeler le Cap Blanc. Et, en effet, de la Franqui on apercoit parfaitement le rocher de Brescou et la côte en arrière. En réalité, on ne peut rien conclure de ce texte.
Je ne connais pas d’autre auteur latin qui ait parlé de la Gaule narbonnaise, et, parmi ceux que je viens de citer, le premier se tait complétement sur Leucate, le second repousse l’idée de l’existence d’une ville en ce point, et le texte du troisième a une lacune juste à l’endroit qui nous intéresse.
Je crois donc pouvoir émettre d’une manière formelle l’opinion que la presqu’île de Leucate ne possédait sous la domination romaine aucune cité, mais tout au plus quelque village ou bourgade parfaitement inconnue.
L’existence de Leucate comme point défensif permanent doit dater du ix au plus tôt. Cette Opinion est basée sur le silence complet des historiens concernant une existence antérieure. Il est certain en effet que, si un poste militaire eût existé à Leucate du v au ix, il aurait eu à jouer un rôle important soit dans les révolutions dont la Gaule narbonnaise fut le théâtre, soit par son emplacement sur la route suivie par les hordes barbares passant des Gaules en Espagne, ou d’Espagne en Gaule. On le verrait surtout apparaître dans les luttes soutenues contre les Sarrasins au moment où ils occupaient Narbonne, et cependant jamais ce nom n’est même mentionné.
N’est-il pas permis de croire que la valeur militaire du site de Leucate, si bien appropriée au mode de fortification alors en usage, en même temps que sa proximité de la mer et des frontières espagnoles, le firent choisir comme centre féodal par quelqu’un des serviteurs de Louis-le-Débonnaire ou de ses successeurs, auxquels on accorda dans ces marches la possession de vastes domaines, sous la seule condition de les défendre contre les barbares voisins, et de reconnaître certains droits de suzeraineté ?
Ce qu’il y a de certain, c’est que l’on n’entend parler ni du fief, ni des seigneurs, jusqu’au commencement du xi.
Le premier possesseur cité par l’histoire apparaît comme témoin dans une charte de l’an 1036, sous le nom de Gausbertus de Leocata. Il est encore cité dans deux autres chartes de 1060 et de 1065 relatives à des serments de vassalité faits par des seigneurs des marches de Languedoc au vicomte de Narbonne, .
Un siècle plus tard, le seigneur de Leucate, nommé Ermengaud, devait occuper un des premiers rangs dans la vicomté de Narbonne, à l’histoire de il se trouve constamment mêlé pendant dix ans.
C’est d’abord la vicomtesse Ermengarde qui est obligée, en 1152, de s’inlerposer entre lui et Raymond de Caunes, et qui juge leur différend dans des assises tenues en présence de plusieurs autres de ses vassaux.
L’année d’après, Ermengaud est témoin dans un arrangement conclu entre la vicomtesse et ses enfants. En 1155, il l’est encore dans une convention passée entre la vicomtesse et l’archevêque de Narbonne ; puis, en 1158, il est encore cité deux fois : la première comme témoin du serment que Raymond Trencavel, vicomte de Béziers, fait à l’archevêque de Narbonne, Bérenger, de n’attaquer ni ses biens, ni sa vie ; la seconde comme otage de la vicomtesse Ermengarde, conjointement avec Guillaume de Piteu (Fitou), pour l’hommage qu’elle fait à Raymond-Bérenger, comte de Barcelonne.
En 1160, le même Ermengaud est caution avec Guillaume de Pictavis (le Guillaume de Piteu que nous venons de citer) et d’autres, pour garantir un emprunt fait par le comte de Barcelonne. Enfin il reparaît une dernière fois en 1162, toujours comme témoin, dans la charte de concorde et de paix conclue entre Ermengarde de Narbonne et Raymond Trencavel.
L’importance de cet Ermengaud de Leucate est incontestable ; mais il est à croire qu’il la devait plutôt à des circonstances particulières qu’à la valeur même de ses domaines, car, après lui, histoire se tait pen- dant une période de temps assez longue sur les seigneurs de Leucate.
En 1214, le vicomte de Narbonne, , fit hommage à Simon de Montfort pour ses terres et fiefs : Leucate devint donc ainsi un arrière-fief du comté de Toulouse, et plus tard, en 1270, un arrière-fief de la couronne de France, lorsque Philippe le Hardi eut recueilli la succession de , comte de Toulouse.
Aussi l’année d’après, le vicomte de Narbonne et son frère Amalric reconnaissent tenir en fiefs du roi de France les terres, biens et droits d’un certain nombre de châteaux, parmi lesquels se trouve Leucate.
Dès cette époque, la seigneurie de Leucate n’était plus entre les mains de ses premiers possesseurs : elle appartenait à la famille de Durban, maison déjà ancienne à cette époque, et qui descendait probablement d’un certain Guillaume Hibrim, qui, en l’an 1060, fit hommage au vicomte de Narbonne, , pour la place et le château, de Durban. La terre de Durban est située sur le versant nord des Corbières ; il est probable que des alliances de famille existaient entre ses possesseurs et ceux de Leucate, et que ceux-ci n’ayant plus d’héritiers directs, le fief passa entre les mains de collatéraux. Mais je n’ai pu retrouver l’époque de cette transmission, ni même acquérir la certitude quelle ait eu lieu ainsi que je l’indique.
Un fait certain, c’est que, dès l’an 1258, la famille Durban possédait le château de Leucate. On voit, en effet, dans une charte, qu’à cette époque la seigneurie de Leucate appartenait indivise & Bernard et à Gausbert de Durban.
On lit encore dans l’Art de vérifier les dates que , vicomte de Narbonne, dévoué à Philippe le Bel, roi de France, ayant découvert, en 1289, que le chevalier Bernard de Durban, son vassal, entretenait des intelligences avec le roi d’Aragon, et qu’il était convenu de favoriser la descente que deux vaisseaux aragonais devaient faire sur les côtes de Languedoc, le fit jeter dans les fers. Durban ne sortit de prison qu’au bout de deux ans, et il fit sa paix avec le vicomte, en le reconnaissant pour seigneur de la portion du château de Leucate qui lui appartenait.
Ces dernières lignes ne peuvent être exactes, car le fief de Leucate relevait depuis fort longtemps de la vicomté de Narbonne. Elles veulent probablement dire seulement que Bernard de Durban, qui n’avait pas encore prêté le serment dû au vicomte, qui s’y refusait peut-être depuis longtemps, et qui cherchait à s’y soustraire définitivement en s’appuyant sur le roi d’Aragon, ne put sortir de prison qu’après s’être soumis à cette formalité.
Quoi qu’il en soit, on voit ici un exemple de la possession indivise d’un fief entre les membres d’une même famille, fait assez commun dans le Languedoc : on m’en a cité qui ont eu quatre et même jusqu’à onze coseigneurs ; ils devaient tous individuellement l’hommage au suzerain pour la partie du fief qu’ils possédaient.
Un pareil état de choses devait nécessairement amener la division et les querelles dans les familles, et affaiblir par conséquent la constitution féodale. Aussi pour remédier en partie à ces inconvénients, saint Louis, dans ses institutions, ordonna que le donjon, ou partie principale du château, appartiendrait toujours, en cas de division du fief, au chef de la famille.
Cependant le moment approchait ou le château dont nous nous occupons allait entrer dans une nouvelle phase. Plusieurs fois déjà les parages maritimes de Leucate avaient attiré l’attention ; l’espèce de rade formée par le cap de ce nom était bien connue des navigateurs et des gens du pays. En 1258, Bernard et Gausbert de Durban, déjà cités comme coseigneurs de Leucate, s’étaient occupés de la création d’un port à la Franqui. En 1288, l’amiral Roger Doria, commandant la flotte du roi Alphonse d’Aragon, avait enlevé une flottille française composée de vingt bâtiments, et mouillée dans cette même rade.
Ce fait appela sur ce point l’attention du roi Philippe le Bel, qui désirait beaucoup rétablir le commerce maritime de la ville de Narbonne. Il fit prendre de nombreuses informations sur l’utilité dont serait un port sur cette partie de la côte, sur les ressources offertes par la rade de la Franqui, et enfin sur les dépenses qu’il faudrait y faire pour la transformer en un bon port.
Mais pour exécuter ce projet, il fallait d’abord entrer en possession de la seigneurie de Leucate, de laquelle dépendait tout le terrain dont on avait besoin. On fut conduit ainsi à examiner avec soin cette position militaire, et le roi de France ne dut pas être longtemps à se convaincre de son importance pour son royaume.
À cette époque, en effet, le roi d’Aragon possédait le comté de Montpellier, qui était séparé du Roussillon par la vicomté de Narbonne, et le roi de France avait un grand intérêt à maintenir cet isolement et à se créer un point de défense important placé entre les deux pays, et lui appartenant en propre, tandis qu’il ne pouvait faire entrer ses troupes dans la ville de Narbonne. Il ne pouvait avoir oublié que le comté de Roussillon, comme dépendance de la Gaule narbonnaise, avait reçu autrefois ses chefs de la main des Carlovingiens, que, devenus héréditaires sous Charles le Simple, les comtes de ce pays n’en restèrent pas moins feudataires de la couronne de France, et qu’ils ne s’étaient affranchis de cette vassalité qu’au milieu du xii, lorsque Alphonse d’Aragon hérita du comté. La possession de Leucate était un premier pas fait pour rentrer dans ces anciens droits ; Philippe le Bel se décida à l’acquérir.
Leucate était alors indivis entre deux cousins germains, Raymond de Durban et Gausbert de Leucate. Philippe le Bel leur envoya Gérard de Cortone, chanoine de Paris, clerc de sa maison, pour traiter de cette acquisition ; le traité fut passé en 1309, Une partie des actes nous a été conservée non pas en original, mais en une transcription (ce que l’on appelle un vidimus) sur parchemin, faite en 1401, convenablement certifiée, et conservée dans les archives de la ville de Narbonne (19 caisson, ). Elle contient les actes relatifs au traité passé avec Gausbert de Leucate.
Le premier est l’ordre donné à Gérard de Cortone de traiter avec Raymond de Durban et Gausbert de Leucate : c’est à proprement parler l’édit d’acquisition. On y déclare que le château de Leucate a été reconnu utile tant pour construire en ce lieu un port maritime, que pour autre but nécessaire à la chose publique, au Roi et au royaume, et que le Roi assignera en échange aux possesseurs dans la sénéchaussée de Carcassonne des lieux convenables, choisis d’après une estimation de la valeur des biens cédés.
Puis le juin 1309, Gérard de Cortone reçoit l’ordre du Roi d’informer sur la valeur de la part de Gausbert de Leucate dans la propriété, et de chercher une terre de valeur égale qui pût lui être donnée en échange.
L’information et les débats furent assez longs, car l’acte définitif de cession, qui est la troisième pièce du parchemin précité, est seulement du 20 avril 1342. Il constate que le fief de Leucate pouvait valoir à son propriélaire un revenu de et tournois, non compris certaines, redevances spéciales ; en outre, le seigneur avait droit de haute et basse justice.
Gausbert reçut en échange le chateau : de Villegly, dans le vicariat de Cabardès, au nord de Carcassonne, lequel était tombé entre les mains du Roi après les décès. successifs de dame Blanche de Minerve et de sa fille Raymonde qui ne laissa pas d’héritier. Cette propriété, dont le seigneur avait aussi droit de haute et basse justice, rapportait et tournois, plus des redevances spéciales, Le roi de France se réservait seulement la connaissance de certains crimes, comme ceux de lèse majesté, de fausse monnaie royale, d’hérésie, etc., ainsi qu’il était d’usage dans la sénéchaussée de Carcassonne.
L’ancien propriétaire de Leucate ne fut pas très satisfait de cet échange ; il accepta toutefois, mais en protestant et en réclamant, pour l’avenir, le règlement de certains points en litige.
Son cousin reçut en échange, d’après dom Vaissètes, le château d’Olonzac en Minervois.
Enfin le vicomte de Narbonne, duquel le château dépendait comme arrière-fief, eut aussi un dédommagement, mais aucun auteur n’en parle explicitement.
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Première partie-II
. — Depuis l’acquisition de Leucate par les rois de France jusqu’à la mort de , en 1610.
L’importance de la position de Leucate est doublement reconnue au point de vue maritime et au point de vue militaire. Il appartient maintenant aux rois de France ; on peut donc croire que des travaux vont être entrepris sur ce point et le feront sortir de l’obscurité.
En effet, Philippe le Bel, puis successivement Louis le Hutin et Charles le Bel, s’occupèrent d’un projet de port. Douze mille livres furent même dépensées à Leucate ; mais, comme il n’y a en ce point aucune trace de travaux maritimes, il est probable que cette somme, considérable pour l’époque, fut employée à améliorer le château ; ce qui vient confirmer ce que nous disions à la fin du paragraphe précédent, que les rois de France en faisant cette acquisition avaient eu en vue un but politique et militaire beaucoup plutôt que l’intérêt des populations du Narbonnais.
Cependant Philippe de Valois sembla s’intéresser d’une manière un peu plus active au projet du port, et il envoya à Narbonne, en 1336, des commissaires pour examiner la question. En même temps, cette ville, qui comprenait que sa prospérité d’autrefois avait été due à son commerce maritime, proposait de s’imposer de grands sacrifices pour le faire revivre : elle offrait de payer 10 sols par feux pendant six années. Mais elle ajoutait, avec une certaine raison, que le projet intéressait en même temps les autres villes du Languedoc, et elle réclamait leur concours effectif.
Celles-ci ne jugèrent pas la question de la même manière, et elles refusèrent de contribuer à la dépense. Peut-être fût-on arrivé néanmoins à une solution, si le roi de France n’eût été détourné de ce projet par la guerre avec l’Angleterre.
Narbonne fit une nouvelle tentative en 1359. À force de sollicitations, ses habitants avaient gagné à leur cause Jean, comte de Poitiers, et oncle du roi . Par son influence, il avait fait décider que l’on commencerait les travaux, lorsque le dauphin Charles, duc de Normandie, et régent du royaume pendant la captivité de son père, lui fit défendre de continuer au nom du Roi, dont on devait, disait-il, attendre les ordres. Le motif de cette défense était réellement la jalousie des autres ports français de la Méditerranée, ainsi que le prouve le texte même de l’arrêt de défense : il y est dit que le port d’Aygues-Mortes, que doit remplacer celui de la Franqui, a été fait et ordonné par le roi saint Louis depuis si grand temps et par si très grand avis et délibération pour le profit du Royaume, qu’on ne doit pas le délaisser.
De nouvelles tentatives eurent encore lieu en 1404 et en 1440 pour la création du port de la Franqui. Les habitants de Narbonne ne voulurent plus alors avoir recours qu’à eux-mêmes pour l’exécution d’un travail dont ils comprenaient toute importance ; mais leurs ressources étaient insuffisantes, et ils durent abandonner leurs projets.
L’attention des rois de France se détournait d’ailleurs de Leucate, dont le rôle militaire et politique était nul. Durant le xiv, les rois d’Aragon, occupés d’abord par la création impolitique du royaume de Mayorque, puis par les querelles entre Henri de Transtamare et Pierre le Cruel, eurent peu de relations avec les monarques français, qui de leur côté étaient trop engagés dans les guerres avec l’Angleterre pour songer à leurs frontières roussillonnaises.
Les relations entre Aragon et la France restèrent excellentes pendant toute la première moitié du xv ; aussi l’histoire se tait, pendant cette période, sur le château de Leucate, qui d’ailleurs ne se trouvait pas mêlé aux querelles particulières des seigneurs, puisqu’il appartenait en propre au roi de France.
Mais après la mort d’ en 1458, commença à mettre au jour les vues secrètes de ses prédécesseurs sur le Roussillon. Profitant habilement de la querelle élevée entre les Catalans et le roi , successeur d’Alphonse, il réunit son armée sous les murs de Leucate, et la fit entrer en 1462, dans le Roussillon, en apparence pour venir au secours du Roi, mais en réalité pour s’emparer du pays, ce qui ne lui fut pas difficile, le roi d’Aragon ayant donné ordre aux gouverneurs des châteaux d’ouvrir leurs portes à son allié. Leucate fut pendant ce temps la base d’opération de l’armée française, et le point où se réunissaient les approvisionnements ; on voit, en effet, une colonne française, après la prise de Salses, envoyer à Leucate, par mer, des blés provenant des plaines de la Salanque.
Gaston, comte de Foix, avait été très utile à dans cette affaire, d’abord pour conclure le traité avec le roi d’Aragon, ensuite dans la conduite même de l’armée française. Aussi le roi de France, pour reconnaître ses services, le nomma en 1463 gouverneur des deux comtés de Roussillon et de Cerdagne. Il aliéna en même temps en sa faveur, et pour deux années à partir du 10 juin, le droit de nommer aux châtellenies de Leucate et autres lieux, ainsi que la sénéchaussée de Carcassonne. De son côté, le comte de Foix s’engageait, par acte du 2 septembre de la même année, à restituer toutes ces aliénations aussitôt que le Roi l’aurait mis en possession des deux comtés susdits, et de la vicomté de Soules.
Comme ne put remplir ses engagements, le terme de deux années primitivement fixé fut prorogé. Ce ne fut qu’en 1483, à l’avènement du roi , que l’aliénation dont nous venons de parler fut abolie de droit. Elle était en fait depuis la mort du comte de Foix arrivée en 1472 ; car, le 23 mars 1475, donnait le commandement des deux capitaineries de Leucate et de Salses à un certain Regnault ou Arnaud du Chesnay, qui les possédait encore en 1491.
En 1493, , dont les vues se dirigeaient surtout vers l’Italie, avait rendu, par un traité, le Roussillon au roi , ce qui n’empêcha pas les seigneurs des frontières de continuer une guerre de courses et de pillage qui leur était très profitable.
Au commencement de l’année 1496, pendant que les Espagnols pénétraient en Languedoc par un autre point, les Francais partaient de Leucate au nombre de d’armes, de armés à la légère et de de pied, longeaient le Grau et parcouraient la Salanque qu’ils ravageaient. Ils se retiraient emmenant avec eux de bétail, lorsqu’ils furent surpris par la compagnie d’hommes d’armes d’Antoine de Cordoue, soutenue par des Ginètes. Ils ne purent qu’à grand’peine regagner Leucate en essuyant d’assez grandes pertes, et abandonnant une partie de leur butin.
Leucate commençait donc à jouer son rôle de sentinelle avancée du Languedoc. Les Espagnols n’osant avoir recours à la force essayèrent cette même année de s’en emparer par trahison. Un Italien, nommé Giginta, connu par ses intrigues, et qui avait à se faire pardonner sa conduite antérieure favorable aux Français, quelques intelligences dans la ville de Leucate : il espérait par ce moyen arriver jusqu’au château. Quand le complot sembla suffisamment ourdi, don Henriquez de Gusman, duc de Medina Sidonia et capitaine général du Roussillon, entra dans le Languedoc. Mais ayant appris que des troupes nombreuses se rassemblaient à Narbonne, il dut se retirer en se contentant d’avoir pris et rasé le château de Montfort, mais sans avoir rien pu entreprendre contre Leucate.
De son côté, le gouverneur de cette place ne restait pas inactif, Le 29 juin 1496, il sortit avec une partie de sa garnison, et parvint en pillant jusqu’à Rivesaltes ; mais don Henriquez avait été averti par ses espions, et la troupe française tomba dans une embuscade qu’il ayait préparée. Le gouverneur de Leucate y fut fait prisonnier avec une partie de sa troupe.
Notre château ne joua aucun rôle dans la campagne courte, mais glorieuse pour la France, faite au mois d’octobre de la même année par le maréchal de Saint-André, campagne dans laquelle il s’empara du château de Salses. Une trêve de deux mois prolongée jusqu’à la fin de l’année 1497, et suivie de la paix signée en 1498, mit fin aux hostilités.
Les Espagnols en profitèrent pour reconstruire la forteresse de Salses. Les Français ne furent pas aussi prévoyants, et ils ne touchèrent pas à Leucate, dont la valeur défensive n’était plus en rapport avec les moyens d’attaque de l’époque.
Cette paix ne fut pas de longue durée : au mois de septembre de l’année 1503, le maréchal de Rieux était devant Salses avec une armée considérable ; mais les efforts des Espagnols l’obligèrent à lever le siège déjà très avancé. Cette opération eut lieu le 20 octobre, et, dès le 28, les Espagnols, commandés par le duc d’Albe, arrivaient devant Leucate. Leur armée était composée de plus de d’armes, de de pied et de ; elle était protégée et ravitaillée par une flotte de plus de venant de Roses et de Collioure. La garnison de la place assiégée ne se composait que de enfermés dans un poste qui n’était pas capable d’une grande résistance, ansi qu’on l’a déjà fait remarquer. Voici comment, en effet, procédait alors l’assiégeant : Arrivé devant la place, son premier soin était de chercher un emplacement convenable pour son artillerie, qu’il disposait derrière de grands gabions, dont l’écartement formait embrasure : il battait de suite ces anciennes murailles qui, toutes découvertes et de peu d’épaisseur, ne pouvaient longtemps résister aux boulets de fer. Une fois la muraille abattue, on donnait immédiatement l’assaut. À moins de posséder une double enceinte, la garnison capitulait avant que la brèche fût tout à fait praticable, pour éviter le sort réservé aux villes prises d’assaut. Deux ou trois jours suffisaient pour de pareilles expéditions.
Les Espagnols agirent ainsi : le 29, qui était un dimanche, ils commencèrent à disposer leurs canons contre les murailles de la place. Le commandant, entouré de forces très sérieuses, n’ayant pas dans le donjon un refuge parfaitement assuré, puisque celui-ci était battu de la campagne, et craignant d’ailleurs le sort éprouvé par la ville de Salses en 1496, tint conseil avec le consul de la ville et les principaux officiers : il fut décidé que l’on ne pouvait faire aucune résistance, et le 29 au soir la capitulation fut signée. Sans doute, les Espagnols ne s’attendaient pas a un résultat aussi prompt qui ne fait pas honneur à la fermeté du commandant du château ; aussi ne furent-ils pas très difficiles sur les conditions, enchantés de réussir à si peu de frais. La garnison put rentrer libre en France, mais sans armes ni bagages : seuls, les capitaines purent emporter leurs épées et leurs cuirasses. Les portes du château furent livrées le 30 octobre au point du jour.
Cette conquête facile fut pour les Espagnols le gage de nouveaux succès, et ils coururent tout le pays jusqu’à Narbonne en faisant d’affreux ravages. Les Ginètes surtout, troupe toujours fort indisciplinée, se signalèrent par leurs déprédations. Cependant la rigueur de la saison les arrêta, et ils n’osèrent pousser jusqu’à Narbonne qui avait été mis d’ailleurs en état de résister, et qui était le centre vers lequel convergeaient les secours.
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