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es Libraires entendent chaque jour demander : Paroît-il quelque choſe de nouveau ? Le nombre prodigieux, de Livres que tant d’Auteurs mettent au jour ne ſçauroit contenter le Public. La nouveauté d’aujourd’hui fait deſirer celle de demain. Mais pourquoi eſt-on ſi avide d’Ouvrages qui viennent d’éclore ? c’eſt que l’on ſçait que quelques-uns d’à-préſent ne durent qu’un matin, & que ſi l’on tardoit d’en faire emplette, on ne les trouveroit plus, ils ſeroient défunts.
Lorſqu’on viendra s’informer aux Libraires, s’il paroît quelque choſe de nouveau, ils ne manqueront pas de préſenter mon Livre, qu’on achetera peut-être : au reſte, je dois m’attendre qu’il ſera bien critiqué, ſoit par ceux qui l’auront lu, ou qui n’en connoîtront que le titre. Il eſt aſſez de gens qui diſent leur ſentiment ſur un Ouvrage, & qui n’en ont vu que le frontiſpice, ou quelques pages.
Je dois avertir que mon Roman n’eſt pas tout-à-fait dans le goût François : ils ne ſont remplis que d’un amour langoureux ; des tendres fadeurs d’une Belle conſtante ou légère : on y voit un amant prêt à ſouffrir le martyre pour les beaux yeux qui le pétrifient. Quelqu’un qui jugeroit de nos mœurs par ces productions frivoles, croiroit ſans peine que nous paſſons notre vie aux genoux des Cloris ; que nous ne ſommes propres qu’à faire l’amour, qu’à ſoupirer.
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The end
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