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Les Poissons et les Animaux à fourrure du Canada

Arthur Buies · 1900 · Free in the US

28,790 words · about 2 h 1 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Arthur Buies
Language
French
Published
1900
Length
28,790 words · about 2 h 1 min
Sections
8 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (8)
  1. Front matter about 1 h 1 min
  2. Chapitre 1 about 4 min
  3. Chapitre 2 about 3 min
  4. Chapitre 3 about 9 min
  5. Chapitre 4 about 3 min
  6. Chapitre 5 about 14 min
  7. Chapitre 6 about 9 min
  8. Chapitre 7 about 18 min

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CHAPITRE I.

CHAPITRE II.

CHAPITRE III.

Chapitre 1

Les pêcheries canadiennes sont les plus vastes, les plus prolifiques et les plus variées du monde entier.

Toutes les espèces de poissons commerciaux s’y trouvent, et en une telle abondance que la pêche est devenue, en peu d’années, une des industries les plus lucratives, produisant une valeur de plus de cent cinquante millions de francs par année, en tenant compte également des quantités exportées et de celles qui alimentent les marchés locaux, ou sont consommées sur place.

Les pêcheries canadiennes comprennent une immense étendue de côtes maritimes, outre d’innombrables lacs et rivières dans l’intérieur des sept provinces qui composent la Confédération ou Dominion du Canada.

La côte bordière de la province de Québec, sur le golfe Saint-Laurent, et celle des provinces maritimes sur ce même golfe et sur l’Atlantique, depuis la baie de Fundy jusqu’au Détroit de Belle-Isle, offrent un parcours de 9, 330 kilomètres, pendant que la Colombie anglaise présente sur le Pacifique un développement de côtes de 12, 000 kilomètres, ce qui donne plus que le double de l’étendue des côtes maritimes de la Grande-Bretagne et de l’Irlande réunies.

Qu’on ajoute à ces étendues celles des grands lacs de l’intérieur, qui couvrent un espace de 121, 000 kilomètres carrés, plus de la moitié de toute la surface d’eau douce qui a été mesurée sur le globe, sans compter l’espace occupé par des cours d’eau plus grands que les plus grands de l’Europe et par des lacs de moyenne et de petite dimension, qui se comptent par milliers et foisonnent des poissons les plus recherchés, et l’on n’aura encore qu’une idée bien imparfaite des trésors que renferment les eaux de l’Amérique britannique, trésors considérés comme inépuisables par tous les juges compétents.

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Inépuisables. Oui, en effet. Depuis plus de trois siècles, des pêches variées se le long des côtes des provinces maritimes et dans le golfe Saint-Laurent ; depuis plus de trois siècles, les pêcheurs canadiens, européens et américains, avec les appareils les plus améliorés, puisent à cette source, et quoiqu’ils aient pris tous les ans des quantités de poisson incalculables, aucun signe d’épuisement ne s’est encore manifesté. Le poisson se déplace, mais il ne diminue pas, et de vieux pêcheurs ont remarqué même qu’il y a plus de morue aujourd’hui sur les bancs qu’il n’y en avait jadis. Lorsque le poisson se porte moins vers certains endroits qu’il n’a l’habitude de le faire, c’est par suite de causes toutes temporaires qui n’agissent le plus souvent que sur une étendue comparativement très limitée des fonds de pêche.

Tous les naturalistes attribuent au courant arctique, refroidissant l’atmosphère sur les côtes de l’Atlantique, la source des richesses ichtyologiques qui constituent, depuis tant d’années, l’un des principaux éléments de la fortune des Canadiens, et qui dureront autant que l’existence géologique même du pays.

Le courant arctique qui arrose les côtes du Labrador, de Terreneuve, du Canada et d’une partie des États-Unis, refroidissant l’atmosphère et traînant avec lui d’immenses champs de glace, est la source des grandes richesses maritimes auxquelles les populations de ce pays pourront puiser pendant des siècles à venir.

Chargé de banquises et de champs de glace, le courant arctique se précipite des mers du Spitzberg le long des côtes du Labrador et de Terreneuve, jusqu’à ce qu’il rencontre les eaux chaudes du « Gulf Stream » se dirigeant vers l’est. Le courant arctique prend alors le nom de « Courant du Labrador, » et la superficie qu’il couvre le long des côtes de l’Amérique du nord est l’endroit par excellence où les poissons de mer viennent frayer et chercher leur nourriture.

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Les mers arctiques et les rivières qui les alimentent fourmillent d’insectes formant en plusieurs endroits une masse grouillante, un océan de limon vivant qui apporte la nourriture nécessaire aux milliards de poissons, grands et petits, qui se pressent sur les côtes du Canada, de Terreneuve et des États-Unis.

C’est de ce limon vivant, qui couvre par endroits plusieurs mille kilomètres carrés, que se nourrissent également des myriades d’oiseaux aquatiques, durant la saison d’été.

On calcule que la superficie des côtes des États-Unis, arrosée par le courant du Labrador, est de 75,000 kilomètres carrés, tandis qu’il occupe 330,000 kilomètres carrés des mers canadiennes. De là l’immense supériorité des pêcheries canadiennes sur les pêcheries américaines, puisqu’il est admis que le courant arctique est la demeure des poissons commerciaux et que la presque totalité de ce courant arrose les côtes du Canada.

Il est impossible, en Europe, de se faire une idée de l’étendue, de la valeur et de l’importance des pêcheries du Canada, en même temps que des territoires de chasse au gibier à fourrure, à plumes et à panache que l’on peut découper en vastes sections sur la gigantesque surface de ce pays.

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À l’étendue de côtes maritimes sur l’Atlantique, que nous avons indiquée ci-dessus, il faut ajouter les pêcheries maritimes intérieures, telles que celles du fleuve Saint-Laurent, qui arrose un territoire de 600,000 kilomètres carrés, de la rivière Mackenzie qui a 3,300 kilomètres de longueur, de la rivière Fraser qui en a mille, et d’autres rivières telles que la Nelson, l’Albany, la Saskatchewan et la Rouge, dans l’ouest, l’Outaouais, la Saint-Jean, le Saguenay, la Ristigouche et la Miramichi, dans l’est, qui toutes abondent en poissons des espèces les plus variées et les plus abondantes.

Les pêcheries maritimes de l’Atlantique se distribuent sur les côtes de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l’Île du Prince-Édouard, autour des Îles-de-la-Madeleine et de l’Île d’Anticosti, dans le golfe Saint-Laurent, dans la Baie-des-Chaleurs et sur la côte du Labrador.

Celles de l’océan Pacifique s’étendent du littoral de la Colombie britannique jusqu’à une cinquantaine de kilomètres au large. Elles sont encore à peine exploitées, si ce n’est la pêche au saumon, qui se fait principalement dans la rivière Fraser.

Dans les mers, les baies et aux embouchures des grandes rivières du nord se fait la pêche à la baleine, au phoque, au morse, à la truite de mer, au brochet, au grand esturgeon, etc., etc. C’est là qu’est le dernier asile du léviathan des mers, poursuivi et chassé en moins d’un demi-siècle des eaux terreneuviennes où il était jadis en abondance.

Chapitre 2

Il a suffi d’un quart de siècle pour donner à la valeur des pêcheries canadiennes un essor prodigieux. En 1850, cette valeur ne dépassait pas le chiffre misérable de 800,000 francs. En 1875, elle atteignait déjà près de soixante millions. En 1890, elle se chiffrait à cent millions, et, depuis lors, elle s’est maintenue à ce dernier chiffre, avec plus ou moins de fluctuations peu importantes.

En 1897, néanmoins, le rendement a atteint près de cent quinze millions de francs, en y comprenant les pêcheries d’eau douce.

Il importe de bien noter en passant que ce chiffre de cent quinze millions ne représente que la valeur du poisson préparé pour l’exportation et pour l’alimentation de quelques marchés intérieurs. En dehors de cette quantité il y a encore la consommation domestique qui, évaluée à cent livres par tête, donne 400,000,000 de livres. Mettons le prix moyen de la livre à vingt centimes, et nous obtiendrons la somme de 80 millions de francs, qui, ajoutée à la valeur du poisson préparé pour le commerce, donne un grand total de près de deux cents millions de francs pour la valeur réelle des pêcheries canadiennes, en 1897.

Il importe de remarquer de plus que les pêcheries côtières du Canada ne sont pas seulement exploitées par les pêcheurs canadiens, mais encore par ceux des États-Unis, en vertu de traités internationaux. Les grands lacs sont aussi, pour la plupart, divisés entre les États-Unis et le Canada, en sorte que les prises canadiennes, accusées par la statistique ne sont qu’une partie du rendement total de ces eaux.

La Confédération canadienne ne compte pas moins de 80,000 hommes adonnés à l’industrie de la pêche.

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Jusqu’à ces années dernières, c’est la morue qui avait tenu la tête sur les marchés au poisson d’Europe et d’Amérique, tant pour la quantité prise que pour la valeur commerciale. Elle a dû, depuis trois ans, céder la première place au saumon de la Colombie anglaise, dont le rendement s’est élevé à vingt-six millions de francs en 1897.

Mais elle a gardé le second rang. La suivant de très près vient le homard, qui a rapporté, dans l’année ci-dessus, près de dix-huit millions de francs. Ensuite, le hareng, qui est surtout pêché sur les côtes du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. La première de ces deux provinces en a pris pour une valeur de 5,350,000 francs, et la deuxième pour 2,700,000 francs. En troisième lieu vient la province de Québec, pour la production de ce poisson. Cette province en a exporté, en 1897, pour plus d’un million de francs.

En tête de toutes les provinces se place la Nouvelle-Écosse, pour la production maritime générale, avec le chiffre de quarante millions, cinq cent mille francs. Seule, la morue a rapporté dans cette province, en 1897, au delà de quatorze millions de francs ; le homard, onze millions ; le haddock, 3,850,000 francs.

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En second lieu vient la Colombie britannique, avec son énorme production de pris sur la côte du Pacifique et dans les eaux de la rivière Fraser.

C’est de cette province que vient la plus grande quantité de flétan, un peu plus que la production même de la Nouvelle-Écosse.

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En troisième lieu se place le Nouveau-Brunswick, d’où vient la presque totalité de l’éperlan et de la sardine, pour une valeur collective de trois millions, six cent mille francs.

En quatrième lieu, la province de Québec, dont la production maritime totale est évaluée, pour 1897, à 8,685,000 francs, comprenant presque exclusivement la morue, le homard et le hareng.

La mise en conserve du saumon et du homard est aujourd’hui l’une des principales industries de la Confédération canadienne.

La valeur du saumon mis en boîtes, en 1897, s’est élevée à 24,360,000 francs, et celle du homard à 11,130,000 francs, ce qui représente une moyenne de trente millions de livres de saumon et de quinze millions de livres de homard ; cela, sans compter les quantités considérables de ces deux poissons qui sont expédiées à l’état naturel sur les marchés de l’intérieur et des États-Unis.

L’histoire de cette industrie est particulièrement intéressante en ce qu’elle fait voir avec quelle rapidité se propage le goût d’une consommation aussi accessible et aussi commode.

En 1870, toute la production du homard ne rapportait pas plus de 100,000 francs ; quatre ans seulement plus tard, elle avait fait un bond prodigieux et atteignait dix millions ; en 1897, enfin, elle était estimée à 17,500,000 francs.

Quant au saumon il lui a fallu encore moins de temps, depuis ses modestes débuts, pour devenir l’industrie la plus importante et la plus profitable du Canada. La rivière Fraser, qui traverse la Colombie anglaise, en fournit la plus grande partie, quelque chose comme 10,000 tonnes.

Chapitre 3

Celui qui jette un coup d’œil sur une carte détaillée de l’Amérique Britannique reste stupéfait du nombre incalculable de grandes rivières, semblables à des fleuves, de cours d’eau, moyens et petits, et de lacs de toute dimension, comprenant ceux même qui dorment dans les anfractuosités des montagnes ou dans des creux étroits de terrain, semblables à des coupes ou à de petits réservoirs de fraîcheur, de reproduction et de vie, taillés par la nature pour de multiples variétés de poissons, en même temps que pour l’agrément et l’utilité de l’homme.

En amont du Saguenay seulement, on compte, parmi les principales rivières qui débouchent dans le Saint-Laurent, la Maskinongé, la Batiscan, la Jacques-Cartier, la Montmorency, la Sainte-Anne, le Gouffre et la Malbaie ; en aval, la Portneuf, la , la rivière des Outardes, la Manicouagan, la Pentecôte, la Moisie, la Saint-Jean, la Natashquan, la Mécatina, et la rivière des Esquimaux. Toutes ces rivières proviennent du versant septentrional du Saint-Laurent, qui s’étend, sur une grande profondeur, jusqu’à la ligne de partage de ses eaux d’avec celles de la mer Hudson.

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Le versant sud, beaucoup moins profond, donne aisance à des cours d’eau moins considérables, mais dont bon nombre, néanmoins, sont très importants et très avantageux, à l’unique point de vue de la pêche et de la chasse.

Telles sont les rivières Richelieu, Yamaska, Nicolet, Becancour, Chaudière, Etchemin, la rivière Ouelle, la rivière du Loup, de Trois-Pistoles, la rivière Verte, celle de Rimouski, la rivière Métis, la Blanche, la Matane, la Madeleine, etc., etc., sans compter le réseau de la Gaspésie, qui comprend la Métapédia, la Bonaventure, la Grande-Cascapédia, la Nouvelle et la Ristigouche.

En un mot, le pays tout entier est comme sillonné d’un immense réseau de cours d’eau de toutes les dimensions, et d’une multitude infinie de lacs reliés entre eux par de gracieuses et pittoresques rivières. Rien qu’avec les principaux cours d’eau de la province de Québec, on ferait un ruban liquide de plus de seize mille kilomètres de longueur.

Ces lacs sont une source incalculable de richesse, tout autant, proportions gardées, que le sont le golfe et le fleuve Saint-Laurent, avec leurs prolifiques tribus de poissons qui pourraient peupler tous les océans du globe, si rien n’entravait leur reproduction presque illimitée.

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Celui des poissons d’eau douce qui donne le plus de profits est probablement le poisson blanc, dont la production atteint jusqu’au chiffre de 25 millions de livres, évaluées à près de 8 millions de francs.

En outre, le saumon, la truite, le brochet, le doré, le bar, l’achigan, l’esturgeon, le maskinongé et la truite mouchetée abondent dans la plupart des rivières et des lacs.

Dans les provinces maritimes et sur la côte du Labrador canadien on peut, à vrai dire, pêcher le saumon à discrétion, ainsi que la truite mouchetée. Vers l’ouest, et particulièrement dans la province d’Ontario, l’achigan et le maskinongé offrent une pêche des plus attrayantes et des plus lucratives.

La grande truite de la rivière et du lac Népigon, au nord du lac Supérieur, a tout aussi brillante réputation que le huananiche, saumon d’eau douce particulier au lac Saint-Jean, l’un des lacs les plus étendus de la province de Québec.

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Les principales rivières à saumon des provinces de Québec et du Nouveau-Brunswick, telles que la célèbre Ristigouche, la Miramichi, la Saint-Jean, la Nipissiquit, la Cascapédia et le Saguenay, sont pour la plupart louées par des clubs ou par des particuliers, en grande partie des Américains, gens précieux qui font de la pêche un divertissement d’après des règles et des lois, pour qui les simples plaisirs du « sport » sont bien inférieurs à l’art de conserver et de multiplier les espèces, qui ont fait des dépenses d’installation considérables, ont ouvert des chemins et accompli une foule de travaux dont profite toute la région environnante.

Il y a longtemps que la province de Québec est reconnue comme le paradis des Nemrods amateurs, comme le pays par excellence pour les chasseurs et les pêcheurs de profession. Il y a longtemps que le superbe orignal, le plus grand des fauves du continent américain, haut de sept à huit pieds, quadrupède géant des forêts, qui porte lui-même une forêt sur sa tête, dont l’encolure est celle du lion, la force et la rapidité égales, les jambes comme des flèches rasant le sol et le sabot aussi dur, aussi meurtrier qu’un boulet de canon, est l’objet des exploits cynégétiques des « sportsmen » les plus audacieux des deux mondes. Il y a longtemps que le noble caribou, ce dandy des montagnes, svelte, élégant, gracieux, qui court dans les clairières des bois, le long des lacs et des précipices, avec le souci de l’art et la correction du gymnaste, qui ne se laisse jamais prendre qu’avec des précautions infinies et une astuce raffinée, qui, lorsqu’il est blessé, se défend avec fureur, et dont l’ouïe est si délicate que les coureurs de bois sont obligés, pour arriver jusqu’à lui, de se traîner à plat ventre sur la neige, partage avec l’orignal la gloire d’être la plus magnifique victime, marquée d’avance aux coups des chasseurs infatigables et convoitée par-dessus toutes les autres. À un degré moindre, le grand cerf ou wapiti, le chevreuil, l’ours, le loup, la loutre, le carcajou, le lynx et enfin le castor, celui-ci modèle vivant de l’industrie et de la sagacité, le plus précieux des quadrupèdes pour les trappeurs dans leurs longues courses d’hiver, à travers les forêts, lorsqu’ils sont menacés d’inanition ; et, toujours en diminuant dans l’échelle des proportions, mais non de l’utilité, la martre, le renard, le putois, le vison, l’hermine, l’écureuil gris font et feront longtemps l’objet des plus estimables convoitises, et livreront, avec leur luxueuse fourrure, un élément indispensable de bien-être, de confort et d’élégance.

Le plus vaste et le plus important de tous les territoires de chasse de l’Amérique britannique est incontestablement le Labrador canadien, communément appelé le Grand-Nord, qui embrasse une immense superficie, s’étendant entre le 57 et le 61 degrés de longitude ouest, sur le littoral du golfe Saint-Laurent, et, dans l’intérieur, jusqu’à la limite même des forêts.

Sur toute la longueur du littoral la côte est perpétuellement découpée, pénétrée, échancrée par des anses et des baies étroites, longues, souvent très profondes, qui ont fait de temps immémorial, de cette partie du Dominion, le lieu d’élection des oiseaux de mer, des crustacés, des poissons mixtes et des pinnipèdes et carnassiers terrestres.

Le littoral du Grand-Nord est, en certaines parties, découpé à l’infini et tout garni d’îles et d’îlots rocheux. Entre ces îles et ces îlots se croisent et s’entrecroisent une multitude de chenaux, quelquefois très profonds, et se forment avec facilité des bassins intérieurs éminemment propres à la reproduction du homard. Aussi, jadis, y voyait-on ce crustacé en quantités énormes ; mais il a depuis beaucoup diminué. On prenait assez facilement, il y a vingt ans, des homards pesant jusqu’à 18 et 20 livres, et la moyenne en poids s’élevait à 4 ou 5 livres ; aujourd’hui le maximum en poids de ce crustacé dépasse de peu sept livres et encore est-il rare ; la moyenne s’est abaissée à deux livres.

Chaque pêcheur de homard se croyait en droit de chasser le gibier qui l’entourait,

d’en consommer la chair, d’en recueillir la plume ou la peau, d’en emporter les œufs, de s’en servir pour amorcer ses cages à homards, et n’hésitait pas à tendre un filet à l’entrée d’un cours d’eau fréquenté par le saumon et la truite. Presque toujours, ces deux poissons venaient déboucher dans le fond de l’anse ou de la baie où le pêcheur avait établi sa homarderie.

Le plus grand nombre des palmipèdes de la famille des outardes, oies, canards, nichent à des distances quelquefois assez considérables du littoral et échappent ainsi relativement aux chasseurs. Mais il est deux ou trois espèces, appartenant à ces familles, qui exécutent leur ponte sur le littoral même, ou sur les îlots qui l’avoisinent.

La plus exposée de ces espèces, en même temps que la plus précieuse, est le canard eider (moniac, dans la langue du bas Saint-Laurent.)

On connaît la valeur commerciale de l’eider. Son duvet se vend sur les marchés de Londres au prix moyen de 32 francs 50 centimes la livre, ou 45 francs le kilo.

Ce canard est en abondance si extraordinaire dans le golfe Saint-Laurent que c’est à peine si l’enlèvement persistant de ses œufs a amené une diminution tant soit peu inquiétante de son espèce. Dans tous les cas, il serait facile d’y remédier.

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La pelleterie, qui est la plus grande richesse du Labrador canadien, n’a pas encore vu décroître sa prospérité. Elle est toujours abondante.

Le renard, la loutre et la martre se vendent bien, le renard surtout, dont la dépouille atteint, pour les espèces noires et argentées, le prix élevé de 600 à 750 francs. Le castor, de même, se rencontre en bonne quantité, quoique la chasse en soit peut-être un peu plus difficile qu’autrefois.

Dans la région très giboyeuse qui forme l’arrière-pays de la capitale provinciale se trouvent de nombreux lacs et rivières, où les amateurs de pêche peuvent s’en donner à cœur-joie ; tels sont le lac Saint-Charles, le lac Beauport, la rivière Montmorency, la rivière Sainte-Anne, les lacs Joachim et Philippe, le Parc National des Laurentides, la rivière Jacques-Cartier et les lacs voisins, lac des Neiges, lac Vert, lac des Roches, lac à Noël, lac Long, lac à la Coupe, lac Fraser, lac Régis, grand lac à l’Épaule, grand lac Jacques-Cartier, et enfin la rivière Sautoriski et le lac Édouard.

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Puis vient le district du Lac Saint-Jean où se trouvent en nombre des clubs élégants et luxueux, dont plusieurs sont déjà installés dans des régions lointaines où n’a pas encore pénétré le commun des mortels, et dont le cachet mystérieux va désormais tendre à s’effacer de plus en plus.

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Dans la région du Saint-Maurice, on voit le club Shawenegan, qui possède par droit de location une large étendue de forêt et tout un groupe de lacs. De même pour le club des Laurentides et d’autres clubs qui possèdent, au même titre, divers groupes de lacs se rattachant entre eux par de courts portages. Toute la région de l’Outaouais et de la Gatineau est semée de lacs dont le nombre est encore inconnu, et dont plusieurs attendent des touristes pour les baptiser.

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Dans le comté de Pontiac, célèbre par ses grands lacs Keepewa et Témiscamingue, il n’y a pas un lac sur cent qui soit loué, et les cours d’eau de premier ordre y sont nombreux. Et quelles belles courses aventureuses ne peut-on faire du côté du lac Abbitibi, ou par le lac des Quinze, l’Expanse et le Grand-Victoria, un voyage circulaire de 1,000 kilomètres seulement ! On signale particulièrement aux chasseurs la route des lacs Kekabonga et des Allumettes, où l’orignal, le caribou, la perdrix, etc., abondent. Il s’est fait des chasses phénoménales dans les vallées des rivières Du Moine et de Maganacipi. Au nord de Mattawa, la forêt vierge est de plus en plus invitante pour les amateurs sérieux.

Au sud du Saint-Laurent, la rivière Richelieu, avec son brochet, son achigan et son maskinongé ; le lac Brome, le lac Memphrémagog, le lac Aux Arraignées sont, avec leur système de cours d’eau, des centres d’attraction déjà bien connus. Au-dessous de Québec on pêche le bar, à l’embouchure de la rivière du Sud ou au large des îles Madame, Marguerite, etc.

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Peu de gens connaissent la région du lac Témiscouata et des Squatteck : Le lac Témiscouata est une superbe nappe d’eau de 45 kilomètres de longueur. Il y a encore la rivière Touladi, très profonde, la rivière des Aigles, et, enfin, les célèbres Squatteck, près desquels abonde l’orignal. Mentionnons encore les sources de la rivière Rimouski, de la rivière Métis, de la Métapédia, ainsi que les lacs Supérieur, de la Croix, Humqui, Taché, Du Milieu et Mistigouèche. C’est un pays de caribous. Enfin la péninsule Gaspésienne, avec son système hydrographique, sa Cascapédia, l’une des meilleures rivières du monde pour le saumon, et ses forêts intérieures peuplées d’orignaux. Et la région du Saguenay, célèbre par ses jardins de caribous de Charlevoix !…

Il y a des centaines de lacs dans la région de Charlevoix, une multitude de lacs et de rivières en arrière des comtés de Champlain, Saint-Maurice, Maskinongé, Berthier et Joliette, ainsi que dans l’Outaouais et le Pontiac.

Inutile de continuer cette liste. Il faudrait un petit volume pour faire connaître tous les lacs et cours d’eau de la province de Québec, là seulement où la pêche peut se faire avec abondance et profit. Répétons simplement que cette province est le paradis des “sportsmen,” et qu’elle le sera tant que dureront ses conditions physiques, ce qui veut dire que l’existence de la poule aux œufs d’or est assurée d’une prolifique perpétuité.

Chapitre 4

Qui croirait que les immenses champs de glace qui se forment, dès le mois de novembre, dans le golfe Saint-Laurent, sont le théâtre de la chasse la plus excitante, la plus meurtrière et la plus lucrative qui se fasse sur notre globe ?

Il en est ainsi cependant.

Aussitôt que l’hiver a envahi solidement les parages et serré dans son étreinte les eaux du golfe, d’innombrables troupeaux de phoques, arrivant de l’Atlantique, pénétrent dans le détroit de Belle-Isle, qu’ils mettent plusieurs jours à franchir, à cause de leur nombre incalculable, et envahissent les , les baies et les anses du grand estuaire où foisonnent les petits poissons dont ils font une opulente nourriture.

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Le mois de février venu, les femelles mettent bas sur les glaces qui emprisonnent l’eau sur d’immenses étendues, atteignant des milliers de kilomètres carrés. Les petits croissent avec une étonnante rapidité et sont déjà, vers la fin de mars, époque à laquelle les glaces se détachent des rivages et se fractionnent en vastes nappes distinctes, une proie digne des plus ardentes convoitises du chasseur.

Des goélettes, armées pour la chasse, montées par une douzaine d’hommes chacune, s’élancent des ports de la Pointe-aux-Esquimaux et de Natashquan, sur la côte du Labrador canadien, en même temps que des Îles-de-la-Madeleine, situées dans le golfe, à peu de distance de l’Atlantique, et se portent vers les champs de glace littéralement recouverts de phoques. Ceux-ci, jeunes et vieux, attendent le moment où les derniers-nés seront devenus capables de prendre la mer, pour commencer une émigration vers les parages du .

Alors les hommes descendent des goélettes, armés chacun d’un bâton et d’un et la tuerie commence. Elle dure trois à quatre semaines, et les goélettes retournent ensuite à ports respectifs avec un butin plus ou moins précieux, plus ou moins considérable, qui atteint, dans les bonnes années, jusqu’à douze à treize cents pièces, par navire et par voyage.

À part la chasse qui se fait par les voiliers, il y a celle que les habitants de l’île de font au moyen de steamers, dont quelques-uns jaugent jusqu’à 500 tonneaux, et portent de 150 à 300 hommes.

Cette chasse est autrement importante que la première, et ses résultats se chiffrent en moyenne par un demi-million de pièces. On a même vu des steamers rapporter d’un seul voyage jusqu’à 60,000 pièces. Le loup-marin valant en moyenne quinze francs, on se fait aisément une idée de la valeur annuelle de ces prises. Aussi, l’île de renferme-t-elle plusieurs maisons commerciales qui ont fait des bénéfices énormes dans l’industrie de la chasse aux phoques de l’Atlantique, la plus nombreuse de toutes les familles de pinnipèdes.

La chasse au phoque est si rémunératrice que, malgré les dépenses très grandes que nécessite l’exploitation de cette industrie, les hommes du métier assurent que les capitaux y engagés ne peuvent rapporter moins de 25 pour cent et donnent souvent de 40 à 50 pour cent.

Cette chasse, qui avait diminué sensiblement depuis 1886, on ne sait pour quelle raison, a repris de plus belle en 1899, et promet de faire revivre les anciens rendements.

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Le port de Bristol, en Angleterre, est le principal marché pour la vente des peaux et de l’huile de loup-marin.

La peau, aussitôt détachée du corps de l’animal, est salée et empaquetée pour l’exportation en Angleterre, où l’on en fabrique les cuirs les plus recherchés pour leur souplesse, leur poli et leur imperméabilité. De la graisse on tire de l’huile employée dans les phares, les mines, la lubrification des machines, le repassage des peaux et la fabrication des savons fins.

Il faut, en moyenne, de onze à quatorze livres de graisse pour faire un gallon d’huile. La tonne vaut un peu plus de sept cents francs.

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