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Le Lys rouge

Anatole France · 1894 · Free in the US

243,021 words · about 17 h 1 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1894 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Le_Lys_rouge&action=history). · Wikisource contributors

Text from Wikisource and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Language
French
Published
1894
Length
243,021 words · about 17 h 1 min
Sections
36 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (36)
  1. Front matter about 5 h 40 min
  2. I about 26 min
  3. Texte entier about 5 h 40 min
  4. II about 11 min
  5. III about 20 min
  6. IV about 17 min
  7. V about 15 min
  8. VI about 6 min
  9. VII about 11 min
  10. VIII about 4 min
  11. IX about 7 min
  12. X about 19 min
  13. XI about 4 min
  14. XII about 12 min
  15. XIII about 6 min
  16. XIV about 4 min
  17. XV about 5 min
  18. XVI about 9 min
  19. XVII about 4 min
  20. XVIII about 3 min
  21. XIX about 10 min
  22. XX about 3 min
  23. XXI about 16 min
  24. XXII about 12 min
  25. XXIII about 9 min
  26. XXIV about 7 min
  27. XXV about 5 min
  28. XXVI about 12 min
  29. XXVII about 6 min
  30. XXVIII about 11 min
  31. XXIX about 8 min
  32. XXX about 7 min
  33. XXXI about 14 min
  34. XXXII about 16 min
  35. XXXIII about 7 min
  36. XXXIV about 14 min

Continue:

Front matter

Elle donna un coup d’œil aux fauteuils assemblés devant la cheminée, à la table à thé, qui brillait dans l’ombre, et aux grandes gerbes pâles des fleurs, montant au-dessus des vases de Chine. Elle enfonça la main dans les branches fleuries des obiers pour faire jouer leurs boules argentées. Puis elle se regarda dans une glace avec une attention sérieuse. Elle se tenait de côté, le cou sur l’épaule, pour suivre le jet de sa forme fine dans le fourreau de satin noir autour duquel flottait une tunique légère, semée de perles où tremblaient des feux sombres. Elle s’approcha, curieuse de connaître son visage de ce jour-là. La glace lui rendit son regard avec tranquillité, comme si cette aimable femme, qu’elle examinait et qui ne lui déplaisait pas, vivait sans joie aiguë et sans tristesse profonde.

Aux murs du grand salon vide et muet, les figures des tapisseries, vagues comme des ombres, pâlissaient parmi leurs jeux antiques, en leurs grâces mourantes. Comme elles, les statuettes de terre cuite élevées sur des colonnettes, les groupes de vieux Saxe et les peintures de Sèvres, étagées dans les vitrines, disaient des choses passées. Sur un socle garni de bronzes précieux, le buste de marbre de quelque princesse royale, déguisée en Diane, le visage chiffonné, la poitrine audacieuse, s’échappait de sa draperie tourmentée, tandis qu’au plafond une Nuit, poudrée comme une marquise et environnée d’Amours, semait des fleurs. Tout sommeillait et l’on n’entendait que le pétillement du feu et le bruissement léger des perles dans la gaze.

S’étant détournée de la glace, elle alla soulever le coin d’un rideau et vit par la fenêtre, à travers les arbres noirs du quai, sous un jour blême, la Seine traîner ses moires jaunes. L’ennui du ciel et de l’eau se réfléchissait dans ses prunelles d’un gris fin. Le bateau passa, l’« Hirondelle », débouchant d’une arche du pont de l’Alma et portant d’humbles voyageurs vers Grenelle et Billancourt. Elle le suivit du regard tandis qu’il dans le courant fangeux, puis elle laissa retomber le rideau et, s’étant assise à son coin accoutumé du canapé, sous les buissons de fleurs, elle prit un livre jeté sur la table, à portée de sa main. Sur la couverture de toile paille brillait ce titre en or : Yseult la Blonde, par Vivian Bell. C’était un recueil de vers français composés par une Anglaise et imprimés à Londres. Elle l’ouvrit et lut au hasard :

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