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Le Diable au XIXe siècle — XXXII

Docteur Bataille (Auteur:Léo Taxil · 1894 · Free in the US

20,836 words · about 1 h 28 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Docteur Bataille (Auteur:Léo Taxil
Language
French
Published
1894
Length
20,836 words · about 1 h 28 min
Sections
5 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (5)
  1. Front matter about 1 h 11 min
  2. II under 1 min
  3. III under 1 min
  4. IV under 1 min
  5. VI about 16 min

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Front matter

et le rôle des sœurs maçonnes

—

Le lecteur ne s’étonnera pas de ne me voir consacrer qu’un chapitre spécial à la Maçonnerie Féminine dans cet ouvrage.

II

Ne livre pas nos secrets au Profane ; Au faux-Maçon n’ouvre pas un abri.

La Liberté sur notre Temple plane ; L’Égalité nous charme et nous sourit. Chacun de nous, fixant le G mystique, Du genre humain cherche à guérir les maux. Pour la Patrie et pour la République, La Grande Isis éclaire nos travaux ! (bis)

III

Autour de nous en vain l’orage gronde, L’éclair toujours respecta nos lauriers ; Oui, nous portons la fortune du monde Et l’avenir sort de nos Ateliers. Nous sommes nés aux pieds des Pyramides ; Les temps anciens se lient aux temps nouveaux Nous défions le vol des jours rapides, La Grande Isis éclaire nos travaux ! (bis)

IV

Quand le maillet retentit dans la Loge, L’orgueil renonce à ses titres pompeux : Le magistrat y dépouille la toge ; Le roi, la pourpre ; et le mage, ses dieux ! Tout se confond dans une même étreinte : Devant Hiram, les Frères sont égaux. L’Amour bannit la richesse ou la crainte ; La Grande Isis éclaire nos travaux ! (bis)

V

La trahison à l’œil oblique et louche Pénètrera peut-être parmi nous ; Aux Andrieux faut-il fermer la bouche, Comme autrefois, par le poignard jaloux ? Non! le mépris couvrira leurs menées, Et, resserrant nos fraternels anneaux, Nous poursuivrons de nobles destinées ; La Grande Isis éclaire nos travaux ! (bis)

VI

Frères ! Amis ! Ce ne sont point des rêves ! Nous présentons, pour venger tous les droits, Aux oppresseurs la pointe de nos glaives, Aux séducteurs le livre de nos lois. Marchons unis en phalange serrée, Et que le peuple, acclamant les niveaux, Retrouve enfin la parole sacrée. La Grande Isis éclaire nos travaux ! (bis)

Nous avons vu comment les loges androgynes se créent, comment elles recrutent leur personnel féminin et dans quelles conditions le secret de leur existence est révélé à certains frères privilégiés ; on a compris, d’autre part, ce qu’il faut entendre par « se parfaire dans l’art de vaincre ses passions », qui est le terme consacré pour exprimer maçonniquement le but de la création des ateliers de cette espèce.

Mais nous savons que les sœurs maçonnes dont nous venons de parler ne sont pas les seules mises en œuvre dans la secte. En dehors de la catégorie des pseudo-sœurs (femmes ou parentes des frères) qui sont là uniquement pour servir de paravent aux gros bataillons des initiées aux mystères d’Isis, il y a, au-dessus des unes et des autres, un troisième genre de sœurs, non pas recevant une initiation spéciale, mais placées dans une situation supérieure qui s’oppose à toute dégradation de leur part.

Ce sont, en général, les filles de hauts-maçons, quelquefois d’autres parentes de parfaits initiés. Elles savent, voilà ; personnellement, elles sont respectées ; si l’on peut se servir de ce mot, ce sont des « sœurs-chefs ». Palladistes, elles sont le plus souvent à la tête des loges androgynes ordinaires, les dirigeant comme grandes-maîtresses, et se réservant pour les sacrilèges des triangles. Ou bien, ce sont des dames du monde, ayant un salon politique ; elles appartiennent secrètement à la maçonnerie ou donnent un certain lustre à la catégorie des pseudo-sœurs, auxquelles elles se mêlent.

On les trouve ainsi dans tous les rites féminins, et même parmi les femmes de francs-maçons. Il est facile de comprendre que leur rôle dans l’Ordre n’est plus celui des malheureuses dont je me suis occupé précédemment ; elles ne sauraient, en aucune façon, leur être .

Aussi, n’y a-t-il aucun inconvénient à les nommer, elles.

Ce sont des femmes d’élite, d’une haute intelligence, mondaines, si l’on veut ; mais c’est tout, à ce point de vue. Le type le plus célèbre de ces maçonnes supérieures est l’infortunée princesse de Lamballe. On peut citer encore de Genlis, de Staël, qui ont exercé une réelle influence au profit de la propagande des idées maçonniques. De nos jours, et pour ne parler ici que de la France, je rappellerai le nom de Edmond Adam (Juliette Lamber), éminemment respectable. En Espagne, c’est Dona Maria-del-Olvido de Bourbon, fille du duc de Séville, aujourd’hui senora Maquieria y Oyangurcu, qui est grande-maîtresse et propage le libéralisme dans l’aristocratie de son pays. Dans le Palladisme, c’est certainement miss Diana Vaughan, qui était la forte tête, le cerveau féminin qui inspirait bien souvent les chefs de la haute-maçonnerie ; c’est pour cela que sa démission récente a été un gros évènement dans le monde sectaire.

En second ordre, mais toujours parmi les adeptes qui font exception à la règle isiaque, il faut noter telles et telles femmes distinguées, qui ne s’affichent pas comme maçonnes, mais dont les œuvres, lorsqu’elles sont dans la littérature, trahissent l’affiliation à la secte.

Maria Deraismes, par exemple, qui vient de mourir dans les premiers jours de cette année (1894), n’avait pas besoin d’être initiée pour être une maçonne politique. C’est uniquement pour ne pas laisser échapper une occasion de produire un acte de nature à voiler pour les gobe-mouches l’existence de la maçonnerie féminine, que la Grande Loge Symbolique mit en sommeil la loge du Pecq qui avait reçu Deraismes au grade d’Apprenti (grade masculin) ; car elle était bien dans l’esprit de l’institution, en ce qui concerne l’hostilité à l’Église, la déchristianisation des peuples : la sœur Deraismes, avant comme après sa réception annulée, était et resta maçonne de cœur.

Il suffit, pour s’en convaincre, de lire le journal la République Maçonnique ( 22 janvier 182), qui a rendu compte de cette initiation exceptionnelle d’une femme dans une loge d’hommes.

« L’éminente conférencière, rapporte le rédacteur, a reçu la lumière samedi 14 janvier et est devenue notre frère, ou plutôt notre demi-frère, étant donnée la situation particulière que s’est faite la loge qui l’a reçue.

« Le Vénérable et l’Orateur de la loge les Libres-Penseurs du Pecq ont prononcé des allocutions fort bien dites et très applaudies.

« Maria Deraismes, quoique très souffrante, s’est surpassée. Elle a fait un discours ravissant, émaillé de saillies, plein de brio et d’entrain.

« Elle nous a développé que le catholicisme, entré par la femme dans la société, ne s’y maintient plus que par la femme ; que, si nous voulons le combattre à armes égales, il faut introduire la femme parmi nous ; que la Maçonnerie a été jusqu’à ce jour maladroite de se priver bénévolement d’un tel auxiliaire. Elle a ajouté qu’elle félicitait la loge des Libres-Penseurs d’avoir eu le courage de rompre avec une tradition stupide pour donner un exemple fertile ; qu’elle était heureuse et fière d’avoir été choisie, elle, pour être le premier pionnier féminin appelé à défricher chez nous un préjugé injuste et ridicule ; qu’elle espérait, dans un avenir prochain, voir la femme appelée par nous venir s’asseoir à nos côtés dans nos ateliers, et prendre, dans la grande famille maçonnique, la place qui lui appartient. »

Ce discours fut celui d’une anticléricale, — Deraismes vice-présida un congrès anticlérical pour la séparation de l’Église et de l’État ; — mais c’était aussi le discours d’une personne ignorant absolument l’existence de la maçonnerie féminine. Ce qu’elle souhaitait, c’était la création de loges androgynes politiques. Il peut se faire que son vœu soit réalisé quelque jour, que la maçonnerie institue des loges-clubs, où des sœurs tricoteuses péroreront avec des frères jacobins. Cette maçonnerie-là n’empêchera pas l’autre, qui demeurera rigoureusement secrète.

Au surplus, Maria Deraismes était-elle bien la seule maçonne politique, comme elle le croyait ? N’avait-elle jamais entendu dire que Edmond Adam avait été initiée à la loge la Clémente Amitié ?… Et ne lui arriva-t-il pas de se douter encore que Holmès était, elle aussi, une maçonne politique ?

Je ne saurais dire à quelle loge appartient Holmès, la célèbre compositrice de musique ; mais, quand on connaît le symbolisme maçonnique, on ne peut s’empêcher, en lisant les paroles de l’Ode triomphale pour le Centenaire de 1789, de déclarer que l’auteur est vraiment une initiée ; car Augusta Holmès est l’auteur du poème aussi bien que de la musique. Eh bien, l’Ode triomphale est un poème essentiellement maçonnique. C’est évidemment pour cela qu’il a eu les honneurs de l’Exposition, où les francs-maçons du gouvernement français, le F∴ Floquet en tête, enrôlèrent, pour le chanter solennellement, je ne sais plus combien de milliers d’orphéonistes. Rappelez-vous les sommes fantastiques dépensées pour l’exécution de cette ode ; comme toujours, les frères trois-points mettaient leur propagande au compte des contribuables ; les maçons glorifiaient leur doctrine, aux frais des profanes.

L’ode débute par une glorification du Soleil, qui est exactement dans la note de la fameuse messe blanche des Palladistes, ou Messe au Soleil. Dans la doctrine de la parfaite initiation, le soleil est en quelque sorte divinisé, et la parodie de la messe catholique se fait par la glorification du soleil, à qui l’on offre le pain et le vin ; l’épi de blé et la grappe de raisin sont, dit-on, la chair et le sang du Dieu-Nature, de Lucifer Dieu-Bon, nourrissant l’Humanité, sa fille par Ève, depuis l’acte saint du jardin d’Éden. Au moment de l’élévation, à la messe blanche palladiste, l’assistance pousse trois fois le cri des bacchanales païennes : Evohé !

Ecoutons les vers de Augusta Holmès :

Les Vignerons

(entrant chargés de grappes de raisin)

Les Moissonneurs

(entrant chargés de serbes de blé)

Evohé ! Evohé ! Evohé !… Soleil, évohé ! Le baiser vermeil De l’ardent soleil A gonflé les épis superbes ! Et toujours encor En lourds monceaux d’or S’entasse la gloire des gerbes ! Ô Soleil, évohé !

C’est le pain sacré Que nous tirons des blondes plaines ! Que les bœufs dorment dans le pré ; Moissonneurs, les granges sont pleines ! Evohé !… Soleil, évohé !

Les Vignerons

Les Moissonneurs

On le voit, la parodie ne se dissimule guère : « Mangez et buvez ; ceci est ma chair, ceci est mon sang. »

Arrivent les travailleurs, en deux groupes, l’un précédé par le Travail, l’autre, par l’Industrie ; prétextes pour unir les deux maçonneries, la maçonnerie opérative (qui est le compagnonnage), et la maçonnerie spéculative (qui est la franc-maçonnerie) ; puis, viendront les arts et les sciences, l’art païen et la science luciférienne. Il faudrait y mettre de la bonne volonté pour ce pas saisir le maçonnisme de ce poème.

Citons encore :

Les Travailleurs

« — Tope, frère, et dis-moi ton nom ? « — Je suis enfant de Salomon. « — Tope, frère. Dites vos noms, qu’on les redise ? « — Enfants de Jacques et de Soubise. « — À qui dois-je donner mon cœur ? « — À ton frère, le travailleur. « — À qui dois-je donner mon âme ? « — À ton pays qui la réclame. « — À quoi dois-je employer mes bras ? « — Le Temple tu reconstruiras ; Avec la pioche et la truelle, Avec l’équerre et le compas, Cimente, égalise, nivelle ! Compagnon, ne l’arrête pas ! Construis le Temple de Justice, Le cœur tranquille et plein de foi ! Il faut que l’Ordre s’accomplisse ; Frère, l’avenir est à toi !

Avec le levier et l’équerre, Et la truelle et le compas, Construis le Temple de Lumière ; Ô Sauveur, ne t’arrête pas !

Les Sciences

Toute la doctrine maçonnique est résumée, en termes à peine voilés, et glorifiée dans cette ode triomphale. C’est là purement et simplement l’éloquence des Orateurs de loges, mise en vers.

Après cette pseudo-prophétie de la déification de l’homme, réminiscence de la cabale et de tous les occultismes, vient le chant de la morale maçonnique, l’enseignement du grade de Maître, qui est, on le sait, la victoire de Lucifer sur Adonaï par la multiplication humanitaire de l’acte de l’Eden. Adonaï, principe destructeur, est le père de la mort ; c’est à lui que l’humanité doit la tombe ; mais Lucifer, principe conservateur de l’humanité, est le père de la vie, et le sépulcre sera vaincu par l’amour.

Aussi, Augusta Holmès fait-elle entrer en scène l’Amour et la Jeunesse conduisant des groupes de jeunes gens et de jeunes filles.

Les Jeunes Gens

Les Jeunes Filles

Je rêve, je rêve Qu’un soleil très doux à mes yeux se lève ;

Je rêve, je rêve Qu’une voix m’appelle sans trêve ! Je rêve d’un regard vainqueur ; Je rêve que l’Amour m’a blessée au cœur !

L’Amour

Arrêtons-nous ici, et constatons, avec les rituels maçonniques en main, que Holmès, dans sa poésie, est un écho fidèle des doctrines secrètes de la secte ; donc, elle les connaît. Nombre d’expressions employées par elle sont textuellement celles de la liturgie de la parfaite initiation. En maçonnerie androgyne, le verbe « succomber » est fréquemment employé, et exactement dans le sens que lui donne Ovide en ses poèmes licencieux. Quant au vautour qui prend les colombes, Augusta Holmès a beau le qualifier de divin ; avec l’Église nous dirons que c’est, au contraire, le vautour diabolique.

Cette Ode Triomphale se termine par l’apothéose du génie de la Révolution. Or, Adriano Lemmi, dans son toast de Naples (19 décembre 1892), a dit clairement qui est, en réalité, le génie de la Révolution : Satan.

Que si quelqu’un trouve insuffisantes les citations que j’ai faites du style poétique sectaire et prétend qu’elles manquent de clarté, je les renvoie aux livres de MM. Léo Taxil et De la Rive ; ces deux auteurs ont publié des cantiques maçonniques qui ne laissent aucun doute. Pour moi, je suis allé à l’extrême limite de ce qu’on peut imprimer dans une publication comme celle-ci ; cette limite, je ne la franchirai pas.

Donc, on a bien compris maintenant quel est le rôle des diverses classes de sœurs maçonnes. Les pseudo-sœurs servent à masquer les autres ; l’ignorance qu’elles ont des mystères isiaques les pousse à prôner l’innocuité de la franc-maçonnerie ; elles répètent à qui veut les entendre que les loges sont calomniées, et, vu leur bonne foi, elles sont un excellent instrument de propagande. Les vraies sœurs servent à apprendre aux frères à se perfectionner dans l’art de vaincre leurs passions ; cachant avec un soin rigoureux leur affiliation, elles jouent encore un rôle au sein de la société profane : elles sont les espionnes attitrées de la secte. Les sœurs-chefs, en dehors de la direction des ateliers, travaillent à faire pénétrer les principes de la maçonnerie dans la société : quand elles ont du talent, on les met en vedette ; on bat la grosse caisse autour de leurs productions littéraires ; les maçons gouvernants donnent le plus grand éclat possible à leurs élucubrations inspirées par le souffle infernal, comme il est arrivé à Augusta Holmès ; parfois même, la maçonnerie les subventionne. C’est ainsi que la loge la Clémente Amitié, qui n’a jamais eu plus de 1500 à 2.000 fr. en caisse, a versé cent mille francs à la Nouvelle Revue créée par Edmond Adam. D’où venait cet argent ? De la haute-maçonnerie, c’est-à-dire du diable.

Facilement aussi, on se rend compte que les frères trois-points se soient imposé la loi absolue de nier l’existence de la maçonnerie féminine, cette précieuse auxiliaire.

Mais des aveux leur échappent malgré tout, par-ci par-là : il suffit à l’observateur de les réunir pour mettre à néant les négations intéressées.

Par exemple, quand un franc-maçon nie qu’il y ait en Italie des loges androgynes, on devra lui citer ce discours que le grand-maître débite à la maçonne passant du 3 au 4 degré du Rite d’Adoption, c’est-à-dire en la proclamant Maîtresse Parfaite :

« Ma chère, les erreurs, les superstitions et les préjugés que vous conserviez peut-être encore dans quelque recoin de votre cerveau se sont dissipés, maintenant que nous vous avons initiée aux arcanes symboliques de la maçonnerie et que la lumière de la vérité a rayonné sur vos pupilles. Une ardue, mais sublime, vous est dorénavant imposée. La première de vos obligations sera d’aigrir le peuple contre les rois et les prêtres. Au café, au théâtre, dans les soirées, partout, travaillez dans cette intention sacro-sainte. Il ne me reste plus qu’un secret à vous révéler et nous en parlerons à voix basse ; car l’heure n’est pas encore venue de le manifester au monde profane. L’autorité monarchique, dont nous affectons d’être enjoués, doit un jour tomber sous nos coups, et ce jour n’est pas éloigné. En attendant, nous la caressons pour arriver sans entrave au complément final de notre mission sacrée, qui est l’anéantissement de toute monarchie. Levez-vous ! »

Cette allocution du grand-maître à la Maîtresse Parfaite a été publiée par la Vera buona novella, de Florence, et reproduite par la Correspondance de Rome ( ; février 1862).

On pourra citer encore ce fait relatif à la fameuse sœur Julia Caracciolo, comtesse Cigala, une luciférienne militante de la péninsule : c’est sur sa demande que le frère général Garibaldi envoya à la loge les Défenseurs de l’Unité maçonnique une lettre pour la féliciter de sa fondation et de l’élection du frère Dominique Sampieri comme Vénérable. Le fait est consigné le Monde Maçonnique (n° d’octobre 1867, page 339).

Voilà un spécimen des aveux qui échappent aux frères. Cela n’empêchait pas le Grand Orient d’Italie, deux ans plus tard, de glisser dans une circulaire du 25 mars 1869, signée par les FF∴ Frapolli et Mauro Macchi, cette déclaration en termes ambigus : « que, malgré le désir plus grand que jamais de voir la condition de la femme s’élever et son éducation se perfectionner, le Grand-Orient, ne reconnait pour le moment ni sœurs ni filles d’Adoption. » (Chaîne d’Union, 15 juin 1869, page 12).

La tactique maçonnique consiste à se renvoyer d’un pays à l’autre la responsabilité de l’existence des loges androgynes. Ainsi, le docteur Gallatin Mackey déclare dans le Lexicon of Freemasonry, qu’il n’existe des sœurs maçonnes qu’en France ; et les maçons français déclarent à leur tour qu’il n’en existe qu’en Espagne.

Gallatin Mackey niait donc les ateliers-annexes aux États-Unis, particulièrement.

Cependant, au mois d’octobre 1874, dans le compte-rendu officiel de la Grande-Loge du Missouri, rédigé par le grand-secrétaire F∴ Gouley, éditeur du Freemason, de Saint-Louis, on lisait ces lignes :

« Nos maçons modernes sont devenus efféminés et délicats. On fabrique tant de maçons aux États-Unis, qu’il n’est pas surprenant que tous ne soient pas d’un métal aussi pur que le désirerait le F∴ Anderson, et avec lui tous les amis de notre institution… Il n’y aura bientôt plus que les femmes et les enfants qui seront en dehors de la franc-maçonnerie… Et encore les femmes peuvent-elles choisir entre les deux ordres androgynes qui existent aux États-Unis. » (Le Monde Maçonnique, janvier 1875, page 397-398).

En ce qui concerne la France, le F∴ Ragon, qui a publié, — pour les initiés seuls, il est vrai, — plusieurs rituels de grades féminins, ne les donne pas comme étant des documents d’une simple valeur archéologique, mais comme pratiqués couramment. Dans son Manuel complet de la Maçonnerie d’Adoption, il rapporte (page 100) une curieuse anecdote, qui prouve que, même au sein du Conseil de l’Ordre, il se trouve parfois des frères n’ayant pas eu la révélation des loges androgynes.

Il s’agit d’un atelier (les Amis de la Paix, à Paris), qui avait une loge-annexe, et qui voulut en 1852 célébrer une grande fête d’adoption ; cet atelier, qui, sans doute, devait en cette circonstance sortir des usages, — probablement, voulait-il convoquer plusieurs autres loges-sœurs, — sollicita une autorisation auprès du Grand Orient. L’orateur titulaire de la Chambre Symbolique demanda que l’on passât à l’ordre du jour, en déclarant que « la Maçonnerie d’Adoption n’était pas de la maçonnerie, qu’elle n’avait jamais été admise par le Grand Orient. »

Il faut voir comme le F∴ Ragon tance cet ignorant !

« Cette hérésie d’un orateur, dit-il, qui ignore l’histoire du corps au nom duquel il parle fut relevée comme elle devait l’être par des frères plus instruits, jaloux de l’honneur de l’Ordre. Ils prouvèrent que cette fille adoptive du Grand Orient, d’où vient son nom, avait, depuis soixante-seize années, rendu d’éminents services à l’institution maçonnique, en propageant d’une manière efficace ses principes civilisateurs. La Chambre Symbolique, suffisamment éclairée, accorda l’autorisation et nomma, pour représenter le Grand Orient à cette fête, les FF∴ Hubert, Tremblay et Voury, qui avaient victorieusement combattu l’ordre du jour. »

On dira peut-être qu’il s’agit là d’une fête de pseudo-sœurs ?… Quatre pages plus haut, le F∴ Ragon chercha noise au F∴ Thory, qui, dans son ouvrage Acta Latomorum (page 139), avait parlé d’indécences commises en 1779 à la loge les Neufs-Sœurs ; et, dans une note, Ragon, rappelant qu’à cette époque-là la préparation de la candidate à l’initiation était confiée à un frère surveillant appelé Frère Capucin, ajoute : « Cette fonction délicate appartient AUJOURD’HUI à la Sœur Préparatrice. »

C’est par centaines que M. De la Rive a relevé des aveux échappés à des auteurs francs-maçons. Aussi ne saurais-je mieux faire que de renvoyer à son livre quiconque voudra répliquer à un sectaire niant l’existence des sœurs maçonnes.

Enfin, lorsqu’un de ces messieurs est accablé par les preuves qu’on met sous son nez, il s’en tire en répliquant que les ateliers androgynes ne sont pas des loges régulières.

C’est à M. De La Rive que j’emprunterai, pour terminer, l’explication très exacte, qu’il convient de donner sur ce dernier point :

« Les loges masculines qui s’annexent une loge de femmes, pratiquent, à leur gré, dans l’atelier-annexe, tel ou tel rite androgyne, soit d’origine ancienne, soit d’origine moderne, soit même créé spécialement pour l’atelier (ceci lorsque le Vénérable vise à faire du nouveau). Il n’y a aucune OBLIGATION de RÈGLE à cet égard, et c’est pour cela que, dans divers comptes-rendus de congrès maçonniques, on dit, en parlant de loges de femmes ou loges mixtes, qu’elles ne sont pas régulières. Cette expression a été imaginée précisément pour dérouter les profanes dans la question de l’existence des loges de femmes ; la maçonnerie se donne ainsi l’air de décliner toute responsabilité à leur sujet. Elle semble dire, et ce langage vise les profanes : « Si des loges androgynes existent par hasard, le Suprême Conseil (ou le Grand-Orient) les ignore ; elles ont été constituées en dehors de son initiative ; elles fonctionnent à son insu et sous la responsabilité personnelle des Vénérables ; donc, s’il y en a, comme le prétendent nos adversaires, ce ne sont pas des loges régulières. »

« Mais, en disant cela, les chefs maçons jouent sur les mots, selon leur habitude, et, en réalité, le sens vrai est que ces loges ne sont soumises à aucune règle rituelle commune. Seuls, les triangles androgynes du Palladisme luciférien ont une organisation générale et partout le même rituel. »

Les loges androgynes, qu’on le sache bien, existent partout. En Suisse, notamment, elles servent de souche aux triangles. La loge ordinaire a d’abord son annexe-mixte, et, dans cet atelier où les sœurs sont mêlées aux frères privilégiés, on opère une nouvelle sélection pour former la loge palladique, le triangle. Telle est l’importante loge de Zurich, dite Modestia cum Libertate, qui comptait en 1880 plus de 200 frères, et dont les sœurs étaient au nombre de 96. C’est en 1886 seulement qu’un triangle vint se greffer sur cet atelier androgyne, et ce triangle est cité, chez les palladistes, comme étant l’objet de fréquentes manifestations diaboliques. Un démon, du nom de Goloëk, y vient parfois présider aux épreuves des récipiendaires ; on rapporte qu’en 1890, les frères avaient installé une bascule où la postulante se plaçait, tandis que Goloëk se mettait à l’autre bout et prenait plaisir à taquiner la malheureuse jeune femme. N’ayant pas été témoin de ce fait, je ne l’affirme pas ; peut-être était-ce un frère qui se déguisait en diable. Quoiqu’il en soit, la loge de Zurich est réputée pour être des plus sataniques.

Et les autres ateliers androgynes du globe, pour n’être pas tous le théâtre de manifestations des démons, n’en sont pas moins des foyers de propagande infernale. Dans le combat contre l’Église, les sœurs maçonnes jouent le rôle d’éclaireurs ; ce sont les amazones du diable. Leur œuvre de mal au sein de la société est d’autant plus redoutable et efficace qu’elle est plus mystérieuse, plus ignorée.

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