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Le grand ballon captif à vapeur de M. Henri Giffard

Gaston Tissandier · 1878 · Free in the US

14,997 words · about 1 h 3 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Gaston Tissandier
Language
French
Published
1878
Length
14,997 words · about 1 h 3 min
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Contents (18)
  1. Front matter under 1 min
  2. 1878-04-06 about 4 min
  3. 1878-04-13 about 2 min
  4. 1878-04-27 about 4 min
  5. 1878-05-25 about 4 min
  6. 1878-06-15 about 4 min
  7. 1878-06-29 about 3 min
  8. 1878-07-13 about 4 min
  9. 1878-07-20 about 4 min
  10. 1878-07-27 about 7 min
  11. 1878-08-17 about 6 min
  12. 1878-08-24 about 2 min
  13. 1878-08-31 about 2 min
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  15. 1878-10-12 about 4 min
  16. 1878-10-26 about 2 min
  17. 1878-11-16 about 6 min
  18. 1879-09-13 about 3 min

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Le grand ballon de M. Henri Giffard quittant la terre. (D’après une photographie de .)

1878-04-06

DE .

Nous avons sommairement décrit, dans notre livraison du 16 septembre 1876, cette immense construction aérostatique à laquelle on travaille actuellement avec activité. Au moment où nous en avons parlé pour la première fois, il était question de l’installer dans l’enceinte même de l’Exposition universelle ; mais la place faisant défaut, a obtenu de des travaux publics, dont on connaît la sollicitude pour les œuvres de science et de progrès, la concession de la cour des Tuileries.

Le ballon s’élèvera entre l’arc de triomphe de la cour du Carrousel et le palais des Tuileries en ruine. On a commencé déjà les travaux de terrassement et de maçonnerie que nécessite cette installation considérable. Le tunnel de de longueur, à travers lequel doit circuler le câble, est déjà creusé sous terre, ainsi que la cuvette au-dessus de laquelle sera suspendue la nacelle.

Nous rappellerons aujourd’hui les principales dimensions de cet aérostat gigantesque qui sera incontestablement une des œuvres mécaniques les plus hardies et les plus puissantes de notre époque.

Le ballon formera une sphère de de diamètre, d’un volume de . Arrimé à terre, la partie supérieure de la sphère sera située à 55 mètres au-dessus de la surface du sol et dépassera par conséquent de le sommet de l’Arc de triomphe de Paris. Cet aérostat enlèvera dans les airs à l’extrémité d’un câble de , pesant , 50 voyageurs environ. Deux machines à vapeur de actionneront le treuil autour duquel s’enroulera le câble. Ces quelques chiffres suffisent pour faire concevoir l’importance de l’œuvre à laquelle s’est consacré ; mais pour bien comprendre le caractère d’innovation qui la distingue, il faut examiner attentivement chacune des parties de cette construction aéronautique. C’est ce que nous nous proposons du faire en donnant successivement à nos lecteurs des documents précis, qui, nous en sommes assuré à l’avance, ne manqueront pas d’exciter vivement leur intérêt.

Le ballon captif de est aux ballons ordinaires construits depuis les Montgolfier et les Charles, ce que le Great Eastern est à une coquille de noix. Toutes les parties distinctes qui en forment l’ensemble sont absolument nouvelles et représentent le fruit de longues recherches, de savants calculs, et d’ingénieuses combinaisons. Le filet, par exemple, qui, pour supporter une masse si considérable, doit être formé de véritables cordes de de diamètre, ne pouvait pas être confectionné au moyen de nœuds, comme cela se pratique habituellement. Les nœuds eussent été en effet de la grosseur d’un œuf, et eussent formé une série de proéminences dures, qui auraient pu user et trouer même l’étoffe de l’aérostat. a eu l’idée de faire passer les cordes du filet les unes dans les autres en les entre-croisant ; mais comme il s’agissait d’opérer ce travail sur une longueur de cordes de , on concevra qu’il était nécessaire d’imaginer un mode de construction tout spécial.

Fig. 2. — Confection du filet du ballon captif à vapeur de . Corderie centrale de et , à Vincennes.

J’ai visité récemment la fabrication de ce filet immense ; elle s’opère à Vincennes, à la corderie centrale de Fretet et sous l’intelligente direction de Yon et Dardaud. Un vaste cirque a été construit au milieu de l’usine ; trois balcons circulaires y ont été établis, comme le représente notre grande gravure ; 110 ouvriers superposés les uns au-dessus des autres peuvent exécuter successivement les différentes séries de la fabrication ; sur le sol du cirque, on procède à l’entre-croisement des cordes ; le filet ainsi ébauché est hissé à la partie supérieure de l’enceinte, et les ouvriers installés sur les balcons circulaires fixent les cordes aux points de leur entre-croisement, en y faisant de solides ligatures à l’aide de ficelle goudronnée.

figure ligature

Cette ligature empêche les cordes de glisser les unes dans les autres et arrête définitivement la forme des mailles. Les cordes à leur entre-croisement forment encore une saillie qui pourrait par son frottement fatiguer l’étoffe de l’aérostat. a eu l’heureuse idée d’atténuer cet effet en faisant fixer des morceaux de peau à tous les points d’entre-croisement, comme on le voit représenté sur notre figure 1. Cette seule opération représente un travail considérable, puisque le filet du grand ballon captif ne comptera pas moins de mailles. Son poids sera de environ. La corderie seule du ballon captif ne coûtera pas moins de francs, et elle ne représente qu’une fraction du matériel.

Le câble, long de , est fabriqué dans

Fig. 2. — Confection du filet du ballon captif à vapeur de . Corderie centrale de Fretet et , à Vincennes.

une corderie spéciale ; il est légèrement conique, et son diamètre va en s’accroissant depuis sa partie inférieure jusqu’à sa partie supérieure. Il a de diamètre à l’une de ses extrémités et à l’autre. Pour le rompre à sa partie inférieure la moins résistante, il faudrait une traction équivalente au poids de , traction dépassant de plus du double celle à laquelle il sera soumis pendant le service des ascensions. Quant à sa partie supérieure, elle offre une résistance bien plus considérable encore, et supporterait certainement un effort de plus de .

— La suite prochainement. —

1878-04-13

(Suite. — Voy.p. 295.)

Les ballons ordinaires ont été pendant longtemps confectionnés avec une étoffe de soie recouverte d’un vernis formé d’huile de lin réduite par l’ébullition. Depuis que l’on ne se sert plus guère que du gaz de l’éclairage pour gonfler les aérostats, on a remplacé la soie par une simple percaline. — Ces étoffes, très-légères, très-peu résistantes, sont loin d’être absolument imperméables ; elles laissent s’échapper, quelquefois assez rapidement, le gaz hydrogène pur qu’on y enferme.

, pour confectionner un ballon gigantesque, destiné à rester gonflé de gaz hydrogène pendant plusieurs mois, devait employer un tissu très-solide et tout à fait imperméable. Après bien des recherches et bien des essais, il a su résoudre le problème d’une façon complète, et l’étoffe qu’il a imaginée constitue certainement l’un des progrès les plus importants dont il a doté l’Aéronautique. Notre figure 1 représente l’étoffe du grand ballon captif, décomposée en ses éléments constitutifs ; elle est formée de tissus adhérents, superposés dans l’ordre suivant en allant de l’intérieur du ballon à l’extérieur : une mousseline c, une couche de caoutchouc b, un tissu de toile de lin a (très-solide, offrant une égale résistance dans les deux sens du fil et de la trame, de fabrication spéciale), une deuxième couche de caoutchouc naturel b’, une seconde toile de lin a’ semblable à la précédente, une couche de caoutchouc vulcanisé b“, une mousseline extérieure c. — Cette mousseline est recouverte d’un vernis, formé d’huile de lin cuite, et contenant une certaine quantité de caoutchouc dissous dans l’essence de térébenthine. Le tout enfin est revêtu d’une couche de peinture au blanc de zinc. L’aérostat sera tout à fait blanc, afin que sa surface ait un faible pouvoir absorbant des rayons solaires et que le gaz qu’il contient s’échauffe le moins possible sous l’influence de l’insolation.

L’étoffe que nous venons de décrire a été confectionnée par , fabricant de caoutchouc ; les tissus sont enduits de caoutchouc en passant dans des cylindres, et se superposent successivement les uns au-dessus des autres.

|fig. 1. — Constitution de l’étoffe du ballon captif de M. Henri Giffard. | |Fig. 2. — Figure montrant en demi-grandeur d’exécution, les coutures du ballon captif et les bandes qui les recouvrent.

Le tissu du ballon captif a une largeur de 1,10 ; il en sera employé, sur cette largeur près de pour la confection du ballon. Le mètre carré de ce tissu, avec le vernis, pèse , et revient à un prix de 14 fr. L’aérostat aura une surface de .

Le ballon est cousu à la machine ; notre figure 2 représente la double couture qui unit deux côtes. Les coutures sont recouvertes de deux bandes, l’une intérieure, formée d’une mousseline collée avec du caoutchouc liquide ; l’autre extérieure. Celle-ci comprend une couche de caoutchouc vulcanisé comprise entre deux

mousselines. Elle est collée à l’aide de caoutchouc liquide, et recouverte extérieurement de vernis. Les positions respectives des deux bandes sont indiquées exactement dans la figure 2. Les bandes seules du ballon captif pèsent ; leur fabrication exige de tissus.

Nous donnerons prochainement quelques détails plus complets sur la construction de ce Léviathan aérien.

— La suite prochainement. —

1878-04-27

(Suite. — Voy.p. 295 et p. 305.)

La confection du ballon captif s’exécute dans un grand atelier qui mesure de longueur sur 14 de large. Cet atelier est construit dans la cour des Tuileries, du côté du pavillon de Flore, à l’un des angles du terrain qui a été concédé à .

L’étoffe dont nous avons donné la description a été livrée en 46 pièces de de longueur environ, sur 1,10 de large. Chacune de ces pièces est d’abord soumise à un étirage qui a pour but d’éprouver sa résistance et de vérifier sa solidité.

Notre figure 2 représente cette intéressante opération. Chaque extrémité de la pièce déroulée est pincée entre deux tiges de fer, serrées à l’aide de boulons ; l’une des extrémités de l’étoffe est attachée à un poteau et maintenue fixe ; l’autre extrémité que notre gravure montre sur le premier plan, est reliée à un treuil par l’intermédiaire d’un peson qui mesure en kilogrammes l’effort auquel l’étoffe est soumise. Quatre hommes tournent le treuil jusqu’à ce que le peson indique un effort de ; cet effort dépasse de trois fois au moins celui que la pression du gaz devra exercer sur le tissu quand l’aérostat sera gonflé. Il est le tiers de celui qui serait nécessaire pour rompre l’étoffe.

Pendant cet étirage, l’étoffe s’allonge d’une manière très-notable, de 5 pour 100 de sa longueur environ. On la laisse soumise à l’action de la traction de pendant 15 minutes. L’opération n’a pas seulement pour but de vérifier la solidité du tissu ; elle est aussi destinée à prévenir ses déformations postérieures sous l’influence de la dilatation du gaz, et à éviter que le vernis superficiel, beaucoup moins extensible, ne puisse craquer ; cela se produirait infailliblement si l’étoffe qui lui sert de support venait à s’allonger. Nous dirons d’ailleurs, une fois pour toutes, que rien n’est abandonné au hasard dans la confection du ballon captif ; , dans cette construction colossale, a tout soumis au calcul, comme il soumet tout à l’épreuve.

Fig. 2. — Étirage des pièces d’étoffe du grand ballon captif de M. Henri Giffard.

Quand la pièce d’étoffe est étirée, elle est enroulée autour d’un cylindre de bois et placée dans un support, en face de la table où l’on procède à la coupe des fuseaux.

a étudié l’épure du ballon de manière à obtenir le moins de déchet possible et à multiplier les coutures ; celles-ci, pourvues de leurs bandes, forment en effet un réseau de nervures qui consolident considérablement l’aérostat. Il a voulu enfin que les coutures horizontales ne fussent pas irrégulières, mais formassent sur la surface de la sphère une série de parallèles équidistants.

La figure 1 représente, dédoublé en deux parties, depuis le pôle nord jusqu’à l’équateur et depuis l’équateur jusqu’au pôle sud, l’un des 104 fuseaux qui constituent la sphère. Le rayon des soupapes supérieure et inférieure est de 1,02 ; une surface circulaire de 2,04 de diamètre est donc réservée au pôle nord et au pôle sud Chaque fuseau comprend 14 panneaux d’étoffe ; ceux du haut et du bas ont 1,60 de longueur ; tous les autres 4,20. Les 14 panneaux sont figurés ci-contre (fig. 1). Il faut en couper 104 de chaque espèce. La totalité des panneaux numérotés 0-1, 1-2, 2-3,… jusqu’à 13-14, est, par conséquent, de . La coupe de l’étoffe s’exécute à l’aide d’un tranchet spécial, monté sur une solide poignée de bois. L’extrémité du manche de bois est appuyée sur l’épaule du coupeur, qui guide et fait agir l’instrument tranchant avec ses deux mains. Huit épaisseurs d’étoffe sont superposées sur la table de découpage (fig. 2) ; on fixe les tissus sur la table à l’aide de clous enfoncés dans l’épaisseur de leur bord ; on les maintient en outre au moyen d’étaux de bois qui les pincent de distance en distance. La coupe s’opère avec le tranchet, que guide une grande règle plate en acier. Le tracé du panneau à couper est fait au crayon en suivant exactement les contours d’un patron en papier.

Fig. 3. — Coupe des fuseaux.

Le panneau 2-3 est compris deux fois dans la largeur de la pièce ; le panneau 1-2 se coupe dans la largeur avec le panneau 3-4 ; le panneau 0-1 avec le panneau 4-5. La surface presque entière des pièces est ainsi utilisée, et les déchets sont insignifiants.

La figure 1 donne les cotes des panneaux dont la surface totale forme la sphère de , mais dans la coupe on augmente les dimensions des panneaux de 3 centimètres, afin de réserver la largeur de l’étoffe que nécessite la couture.

Le dessin et les cotes d’un des 104 fuseaux nous donnent exactement toutes les mesures du ballon captif. On voit que les panneaux numérotés 6-7 et 7-8 (fig. 1) ont 1,07 de largeur à l’équateur. En multipliant ce chiffre par 104, nous avons la circonférence de la sphère : 111,28. Nous avons encore la circonférence, en additionnant les hauteurs des panneaux qui forment un fuseau. Soit 12 panneaux à 4,20 = 50,4 ; ajoutons à ce chiffre 3,20 pour les deux panneaux polaires de 1,60, 2,04 pour les deux rayons des soupapes ; nous arriverons au total de 55,64 pour la demi — circonférence. Multiplions par 2, nous retrouverons 111,28 pour le méridien comme pour l’équateur. La circonférence de 111,28 nous donne pour la sphère un diamètre de 35,42 correspondant à un volume de . Mais avec la tension du gaz dans le ballon gonflé, le volume sera augmenté. a calculé que cette tension pourra donner une pression de 3 centimètres d’eau à la soupape inférieure. L’aérostat, sous cette pression, et par suite de son élasticité, atteindra de diamètre, correspondant à un cube qui dépasse .

— La suite prochainement. —

1878-05-25

(Suite. — Voy.295, 305 et 343.)

La couture de l’aérostat a été terminée récemment ; deux étagères semblables à celle que nous figurons ci-dessous (fig. 2) avaient été construites à chaque extrémité de l’atelier ; la première contenait les destinés à former l’hémisphère nord, la seconde, l’hémisphère sud. Chaque rayon des étagères contenait les 104 panneaux de même grandeur, destinés à former les 104 côtes de la sphère. La couture de cet aérostat de de surface, a été exécutée à la machine à coudre, par 40 ouvrières travaillant sous l’habile direction de , auquel a déjà confié la couture de ses ballons captifs de Paris en 1867 et de Londres en 1868. Pour joindre les panneaux et unir les 104 fuseaux du ballon, il a fallu faire plus de de couture simple ; ce travail a exigé l’emploi de 100 bobines de de gros fil, soit une longueur totale de de fil.

Fig. 2. — Vue de l’une des étagères, où les sept panneaux d’une demi-côte de l’aérostat sont placés avant la couture.

Toutes les coutures ont été recouvertes intérieurement et extérieurement de bandes d’étoffe collées au caoutchouc. Le poids des bandes employées dépasse 550 kilogrammes ; elles ont exigé plus de 110 kilogrammes de solution de caoutchouc. Le ballon va être verni par cent ouvriers, puis enduit de deux couches de peinture au blanc de zinc. Il ne restera plus qu’à procéder au gonflement qui se fera incessamment à l’aide du grand appareil à gaz hydrogène pur que a construit, et qui peut produire de gaz à l’heure.

Le ballon seul avec ses deux soupapes pèse , le filet et les cordes , la nacelle et son arrimage , les cercles de l’aérostat, le peson et les tendeurs de caoutchouc inférieurs, . Le poids total du matériel fixe est donc de , auquel il faut ajouter le câble de qui pèse . Mais la puissance ascensionnelle de l’aérostat sera de . Le ballon pourra donc facilement enlever tout ce matériel avec un excédant de force considérable, et les cinquante personnes qui monteront dans la nacelle, ne seront qu’une plume pour le géant aérien.

Fig. 1. — Le grand ballon captif à vapeur de M. H. Giffard. — Tunnel souterrain du câble (coupe et plan).

Notre figure 1 donne le plan et la coupe du tunnel souterrain, où s’engage le câble pour passer du treuil T où il s’enroule, jusqu’à l’ouverture de la cuvette CD où il est fixé au cercle de l’aérostat par l’intermédiaire d’un peson placé au milieu de l’espace annulaire de la nacelle. Le câble traverse le tunnel qui a 60 mètres de longueur ; il passe dans la gorge d’une poulie à joint universel adapté au fond de la cuvette conique et s’élève jusqu’à l’aérostat. Ce câble long de 650 mètres a 0,085 de diamètre à l’extrémité supérieure, 0,065 de diamètre à l’extrémité inférieure qui demeure fixée au treuil de fonte.

Le ballon sera amarré à terre par huit cordes de 0,085 qui seront attachées à son cercle d’acier, et qui passeront dans les gorges de huit poulies fixées à des scellements de maçonnerie B, B, B… Huit autres scellements de maçonnerie A, A, A… permettront d’attacher ces câbles à des barres de fer et de les tendre au moyen de treuils. Seize autres scellements sont places circulairement sur une circonférence de de diamètre, et serviront à attacher les cordes d’équateur pendant le gonflement. Deux de ces scellements sont représentés sur notre plan en E, E.

Le ballon captif qui a en nombre rond de surface (exactement ) offre en projection à l’effort du vent une surface de . Il a fallu que songeât à construire l’aérostat de telle façon qu’il puisse résister aux plus grands vents quand il est amarré à terre.

S’il survenait un ouragan d’une violence extrême, de à la seconde, l’effet de cet ouragan se traduirait sur l’aérostat par une action mécanique correspondante à un poids de . En admettant que cet effort exerce son effet sur deux cordes d’amarrage seulement, ces cordes auront à résister chacune à une traction de moitié, soit de . Pour donner une juste idée de la solidité du matériel, il nous suffira de dire qu’il faudrait un effort près de trois fois plus considérable, de , pour rompre chacune des cordes d’amarrage prise isolement, et qu’il en faudrait un de pour arracher l’un des scellements de maçonnerie. Ajoutons en outre que les vents de à la seconde que l’on considère dans ce calcul, ne se sont observés à Paris que tout à fait, exceptionnellement, et dans des localités bien moins abritées que ne l’est la cour des Tuileries.

Pour donner une idée complète du monument aéronautique que a construit, il nous resterait à parler de la partie mécanique du système, des chaudières à vapeur, des machines, du treuil de fonte, pièce gigantesque pesant , il nous faudrait décrire la nacelle, les soupapes de l’aérostat, le peson ; la poulie à joint universel, l’appareil à gaz qui sert à produire d’hydrogène. Nous réservons ces détails complémentaires pour le moment où le grand ballon captif à vapeur aura fait sa première ascension ; nous les publierons quand il aura inauguré la série des voyages aériens qui permettront aux visiteurs de l’Exposition universelle de contempler à 600 mètres d’altitude, l’imposant spectacle du panorama de Paris.

1878-06-15

DE .

Le vernissage et la peinture de l’étoffe du ballon captif ont été commencés dans les premiers jours de ce mois ; mais, contre toute prévision, les pluies, qui n’ont pas cessé de tomber abondamment pendant de si longs jours, ont singulièrement prolongé la durée de ces opérations. Le vernissage doit, en effet, être opéré en plein air, et il faut attendre le temps sec pour l’entreprendre. La première hémisphère du ballon a été vernie et peinte isolément. Au moment où ces lignes passeront sous les yeux de nos lecteurs, il est probable qu’on opérera le vernissage de la seconde hémisphère ; il faudra ensuite faire la dernière couture équatoriale, puis procéder au gonflement.

La surface du ballon nécessite l’emploi de de vernis (huile de lin cuite) et de peinture au blanc de neige (blanc de zinc pur). Ces substances ont été préparées par , fabricant de vernis, qui s’est fait une spécialité dans la confection des enduits aérostatiques.

Nous avons suffisamment décrit le grand ballon captif, pour que nos lecteurs se fassent une idée de l’importance de ce matériel aérostatique, et du caractère d’innovation qui le distingue ; nous nous sommes spécialement arrêté jusqu’ici, sur la confection du filet, sur la structure de l’étoffe de l’aérostat, sur son mode de confection ; nous allons continuer à parler des différents organes qui vont permettre de faire fonctionner ce puissant engin d’une façon tout à fait sûre, et nous publierons successivement, une série de gravures qui compléteront notre monographie.

Une des grandes difficultés de la mise en œuvre du ballon captif, consistait à le fixer à terre au moyen d’un organe qui permît au câble de suivre tous les mouvements de l’aérostat au sein de l’atmosphère. a résolu ce problème avec l’élégance qui caractérise tous ses travaux. La corde après s’être enroulée autour de son treuil de fonte, après avoir traversé le tunnel souterrain, passe dans la gorge d’une poulie à mouvement universel, que représente notre figure 1. —

Fig. 1. — Poulie à mouvement universel, où circule le câble du grand ballon captif à vapeur de .

La poulie est montée sur un axe doublement articulé qui lui permet de tourner dans tous les sens et de suivre tous les mouvements du câble. Ce résultat est obtenu par le mouvement du joint universel, et par la rotation de sa chappe. La poulie de fonte est équilibrée par un contre-poids, de telle façon que les mouvements du système ne nécessitent le développement d’aucune force, et que tout se borne à détruire l’équilibre établi. Le contrepoids ramène le système dans la verticale dès que le câble cesse d’exercer une traction. La poulie mesure 1,60 de diamètre, et l’appareil tout entier a de hauteur. Cette belle pièce mécanique que nous représentons ci-contre, a été construite comme toute la partie mécanique du ballon captif, par G.Flaud et A.Cohendet, les constructeurs bien connus de l’avenue de Suffren. La chappe de la poulie en fer forgé, est à elle seule une pièce remarquable par ses dimensions. Elle a été faite par . La poulie à mouvement universel doit être soumise à de grands efforts de traction ; aussi est-elle fixée au sol avec une solidité à toute épreuve. Elle est rivée à deux poutres de bois placées au fond de la cuvette conique au-dessus de laquelle l’aérostat sera suspendu. Ces poutres ont de longueur, d’épaisseur et de largeur. Elles sont scellées à chacune de leur extrémité dans d’épais massifs de maçonnerie. Les travaux de maçonnerie et de charpente, que l’installation du grand ballon captif a nécessités, sont considérables, et si les poutres que nous venons de mentionner sont hors mesure habituelle, celles qui supportent les machines à vapeur le sont encore davantage : elles ont d’épaisseur, de largeur et de longueur. Ces travaux de maçonnerie et de charpente ont été exécutés sous la direction de , un de nos plus habiles entrepreneurs, qui s’est souvent fait remarquer par la hardiesse de ses constructions.

Fig. 2. — Le câble du grand ballon captif. — Aspect en grandeur d’exécution de son extrémité supérieure.

Notre figure 2 représente le câble du ballon captif. en a confié la fabrication à l’une des premières corderies de France, celle d’Angers, que dirigent E.Besnard-Genest père et fils et Bessonneau. Le chanvre qui le constitue est d’une qualité extra, et lui donne une étonnante solidité. — Comme nous l’avons dit, ce câble est légèrement conique, et tandis qu’il mesure 0,085 de diamètre à sa partie supérieure, il n’a plus que 0,065 de diamètre à sa partie inférieure qui reste fixée à terre.

a construit une presse hydraulique spéciale, au moyen de laquelle on rompra successivement le gros bout et le petit bout du câble, pour l’éprouver. Cette rupture qui aura lieu en présence d’ingénieurs délégués par la préfecture de police, ne doit se faire que sous une traction dépassant pour le petit bout et pour le gros bout.

Le câble a de longueur ; il s’allongera peu à peu pendant le service jusqu’à atteindre environ . Comme le tunnel souterrain a de longueur depuis le treuil jusqu’à la poulie, la hauteur du ballon captif dans les airs sera de . — La suite prochainement. —

1878-06-29

DE

(Suite. — Voy.43.)

La nacelle du ballon captif, qui va fonctionner très-prochainement, est construite en bois de noyer. Elle a une forme annulaire et présente l’aspect d’un balcon circulaire au centre duquel le câble se relie au cercle supérieur. Cette nacelle a de diamètre ; la galerie où circulent les voyageurs est à double fond et comprend 16 compartiments qui contiendront des sacs de lest remplis de fine grenaille de plomb, des cordes d’arrêt, des guide-rope, des ancres d’atterrissage et des grappins de fer. Le balcon circulaire a de large, l’espace annulaire central est de 4 mètres. Le parapet de ce balcon a 1,20 de hauteur.

La nacelle a été fabriquée avec beaucoup de soin par , sur les plans de ; elle sera garnie d’une étoffe qui ornera sa galerie ; des cordelettes verticales laisseront entre elles un espace suffisant pour que les voyageurs puissent passer la tête, mais non le corps tout entier (fig. 1).

La galerie que nous venons de décrire est attachée par 16 cordes à un premier cercle de bois de de diamètre représenté en C’sur notre figure 1. Sur ce grand cercle de bois se trouvent attachés, à égales distances les unes des autres, 16 boucles de cordes qui s’adaptent à un même nombre de gabillauds de bois. Deux de ces gabillauds se réunissent à une corde fixée au cercle B. La nacelle est ainsi pendue, par 8 cordes, à ce dernier cercle. Celui-ci est réuni au grand cercle A, qui relie tout le système à l’aérostat.

Le grand cercle offre une solidité à toute épreuve. Il est formé d’une couronne creuse en tôle d’acier, remplie intérieurement d’une très-grosse corde, et garnie à l’extérieur d’une armature en bois. Le grand cercle a 1,60 de diamètre extérieur, 0,84 de diamètre intérieur. Il forme un anneau gigantesque, où s’attachent les 16 cordes qui le relient à l’aérostat. Ces cordes se terminent par 16 poulies de 0,45 de hauteur, et de 0,28 de large, qui sont unies à 32 poulies plus petites, lesquelles correspondent à 64 moufles.

C’est encore au grand cercle que sont attachées les huit cordes qui servent à amarrer le ballon à terre. — Quatre de ces cordes sont représentées en a, a, a, a, sur la figure 1.

Le petit cercle inférieur B, également en acier, est enveloppé d’un cuir épais ; il comprend : huit cordes qui l’unissent au grand cercle ; seize cordes pour joindre la nacelle ; huit cordes qui l’attachent au peson fixé au câble.

Fig 1. — La nacelle du grand ballon captif à vapeur (coupe).

C’est à dessein que a donné un volume considérable au premier grand cercle ; les cordes qui l’unissent au ballon sont soumises à un frottement considérable à sa surface quand l’aérostat s’incline ; ce frottement doit entraver les mouvements d’oscillation de la sphère sous l’action du vent, quand elle sera retenue à terre.

Le peson qui unit le ballon au câble est suspendu au centre de l’espace annulaire qui entoure la galerie de la nacelle (fig. 1). Ce peson est formé de deux cylindres d’acier reliés entre eux par huit ressorts de fer. Quatre cadrans verticaux donneront, au moyen d’aiguilles, les efforts de traction en kilogrammes auxquels sera soumis ce véritable dynamomètre. Les aéronautes, et les voyageurs dans la nacelle, pourront donc savoir pendant l’ascension quel est l’excédant de force ascensionnelle de l’aérostat, et de quel effort est l’action du vent sur le câble.

Fig. 2. — Le tunnel souterrain du câble du ballon captif. Vue prise du côté du treuil dans sa plus grande largeur. Ce tunnel va en diminuant depuis le treuil jusqu’à la poulie de l’aérostat.

La figure 2 représente le tunnel souterrain qui a été construit sous la cour des Tuileries, et au travers duquel passe le câble pour aller rejoindre, du treuil où il s’enroule, la poulie à mouvement universel, dont nous avons parlé précédemment.

Fig. 3. — Plan de l’installation du ballon captif dans la cour des Tuileries.

La figure 3 donne le plan d’ensemble de l’installation. On se rend compte sur ce plan de la véritable grandeur de l’aérostat ; il est assez volumineux pour pouvoir envelopper entièrement le pavillon de Flore ou le pavillon de Marsan. Le hangar au-dessus duquel sont abrités les machines à vapeur et le treuil est représenté en M. En C se trouvent les deux chaudières à vapeur. Le public pourra circuler entre la cour du Carrousel et le jardin des Tuileries ; par les ouvertures d’accès E, E. Les portes d’entrée dans l’enceinte du ballon captif sont figurées en E’E’.

— La suite prochainement. —

1878-07-13

DE

(Suite. — Voy.p. 71.)

Le treuil du ballon captif est incontestablement une des plus remarquables pièces mécaniques de tout le système ; aussi le décrirons-nous avec quelques détails. — Avec ses deux roues d’engrenage qui mesurent 3,50 de diamètre, il ne pèse pas moins de . Son diamètre est de 1,70. Il est creux intérieurement et n’est pas monté sur un axe. Il est formé de cinq manchons en fonte de de longueur, de 0,03 d’épaisseur et de 0,05 aux brides (fig. 1). C’est par ces brides que les manchons de fonte sont attachés par 32 boulons de O,05 de diamètre.

Fig. 1. — Treuil où s’enroule le câble du grand ballon captif à vapeur (coupe).

Les cinq manchons de fonte ainsi réunis forment un vaste cylindre dont la surface a été parfaitement aplanie. On y a glissé des anneaux à la surface extérieure desquels se trouvent les spires. Ces anneaux, au nombre de dix, sont également en fonte ; ils ont été adaptés sur le cylindre de fonte ; ils sont assujettis entre eux comme des manchons d’embrayage et se maintiennent ainsi les uns les autres (voy.1 à 10, fig. 1). Le treuil monté présente donc extérieurement l’aspect d’une vaste bobine, dont la surface est creusée de spires où le câble vient s’enrouler. Il y a autour du treuil 108 tours de spires. Ces spires sont décroissantes comme le câble lui-même. Le treuil est boulonné à ses extrémités aux grandes roues d’engrenage. Il se trouve monté sur deux tourillons portés sur deux paliers de bronze. Ces paliers sont fixés à deux poutres de bois que soutiennent des murs de maçonnerie.

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