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LA
PETITE-POSTE
DÉVALISÉE
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LA
PETITE-POSTE
DÉVALISÉE
A AMSTERDAM,
Et ſe trouve a Paris,
M. DCC. LXVII.
Nota. Le Libraire n’a donné que la moitié à-peu-près, des lettres perdues : il apprendra, par le succès de ce petit volume, s’il doit donner ou garder ce qui lui reste.
PETITE-POSTE E.
ous comptez sur moi, dites-vous, pour recevoir dans votre province des nouvelles de ce pays. Non, mon cher Chevalier, ne vous y attendez pas. Ce billet doit vous être rendu avant que vous montiez dans votre chaise ; & je serois fâché que vous emportassiez avec vous cet espoir, que vous feriez peut-être passer à tous nos anciens amis que je trahirois à coup sûr. Des nouvelles littéraires, des bagatelles, tant qu’il en viendra, je le veux bien. Mais que sans être mieux instruit que cent mille gens de ce pays-ci, j’aille vous faire part des opinions ou des rêves publics sur des choses importantes, c’est ce dont je me garderai bien. Tout est passion, vous le sçavez : l’esprit de parti, l’enthousiasme, une chaleur immodérée pré- sident à tout ce qu’on entend. Rien ne reste dans un juste milieu ; & je ne pourrois que risquer follement d’aller troubler l’heureuse ignorance où vous serez de toutes nos folies. Félicitez-vous de n’être plus dans le cas de vous échauffer sur des faits toujours équivoques, ou mal éclaircis : & si vous regrettez quelques-uns de nos amusemens, consolez-vous d’en être privé par la certitude où vous serez de ne vous brouiller avec aucun de vos amis par les suites d’une dispute trop amère & d’un entêtement plus ridicule encore. Vous avez vu ici plus d’un de nos jolis soupers se terminer presque comme le festin des Lapithes, sans qu’aucun de ceux qui excitoient ces orages politiques, sçût bien précisément ce qu’il avoit à dire. Je ne jouerai point ce rôle avec vous, mon cher Chevalier. Je suis citoyen : j’invoque depuis long-tems la paix des esprits, & je vois avec douleur qu’elle s’éloigne encore de nous.
Adieu : vous partez sans m’avoir vu ; la faute en est à nous deux. Une entrevue de plus n’auroit pas, au reste, augmenté notre amitié ; elle est assez ferme, puisqu’elle a résisté à l’absence & au temps. Je vous embrasse, & vous souhaite un bon voyage.
ous venez de m’attirer une scène bien bisarre, mon frere. Cinq-mains m’a menacée d’abord de vous faire révoquer, & de me retirer la petite pension qu’il me donne. Il prétend être sûr, que malgré la défense qu’il nous a faite de nous dire ses parens, ce secret vous est échappé. Dans le instant de sa visite, il s’est agité, promené en furieux, & a lardé les reproches d’ingratitude, d’un bon nombre de ces mots qu’on ne peut se permettre qu’en mauvais lieu. Oh ! mon frere, que votre situation & la mienne m’ont paru cruelles ! j’ai pleuré, & beaucoup. Le croirez-vous ? Mes larmes lui ont fait porter plus d’attention sur votre sœur, qu’il n’en avoit encore eue… Eh bin, Eh bin, (a-t-il dit), là, là, calmez-vous, je n’aime pas qu’on pleure : ils disent tous que je suis dur, & les larmes d’un enfant m’en font répandre. Il disoit vrai, mon frere, j’en ai vu dans ses yeux. Mais qu’est-ce donc que cette sensibilité qui pénétre une ame de bronze ? car doit l’avoir telle. Tout peut donc être équivoque, jusqu’au signe de la vertu !
En essuyant du bout du doigt ses pleurs, qui à la vérité se sont bientôt taris, notre protecteur s’est approché de moi. — C’est singulier… les larmes la rendent intéressante… oui, très-intéressante. Puis me portant sa main velue sous le menton : Eh ! mais levez donc les yeux ; on regarde les gens apparemment ! Moi de me reculer, lui encore, toujours la main tendue pour me faire lever la tête… Ah ! mon frere, cette main… (peut-être sans qu’il le voulût), cette main ce porte sur mon fichu qui la suit ; & cela par le mouvement que je fais moi-même en me reculant. — Oh quelle blancheur !… quelle peau !… Eh ! mais…, eh ! mais… c’est singulier… Écoute, donc, Manon… fi, que c’est sot de faire la petite farouche. Il me pousse sur une chaise, il se place à mon côté ; il me regarde, je pâlis ; il me touche, je frémis… — Je vous ai un peu fâchée, Manon, en arrivant. J’ai tort…, oh ! oui, j’ai tort, & très-grand tort. Allons, je reviendrai une autre fois ; vous me trouverez plus poli : adieu, Manon,… avez-vous besoin d’argent ? Je lui dis que je n’ai besoin de rien, il me ricane grossiérement au nez : il jette cent écus sur la table, je veux les lui faire reprendre ; il rit encore plus fort, en élevant, & en baissant ses larges épaules par sacades. — Besoin de rien, quelle folie ! dit-il en partant & en me disant : au revoir, la petite cousine.
Oui, mon frere, c’est le dernier mot qui m’a frappée & qui me glace d’épouvante. Cet effort qu’il a fait sur son orgueil, m’annonce toutes ses vues. Oh ! mon frere, nous voilà perdus. Je lui résisterai assurément, & il vous haïra ; il n’est pas assez honnête pour s’en défendre. Il ne m’a donc reconnue pour sa parente, que pour me deshonorer. Il ne me croit pas assez malheureuse, il veut me rendre infame… Non, non, cela ne sera jamais… Je vous connois, vous n’acheterez pas la fortune à ce prix. Oh ! s’il est possible de quitter votre poste pendant quelques heures, venez calmer le trouble où je suis ; venez permettre à votre sœur infortunée d’être la source de vos malheurs ; car elle ne voit que la fuite, & même la plus prompte. Je vous attends, je vous attends.
n a bien raison de dire, mon trognon, que le malheur arrive quand on y pense le moins. J’avois fait hier douze francs, j’étois contente ; & quand je suis revenue dans not rue, j’ons appris ta belle chienne de , & comme quoi on t’avoit mis les manchettes, & qu’on t’avoit mené au Châtelet. V’là ce que c’est aussi de courir les donzelles, puis viennent les faraux ; on s’bat, & pis en prison. Va, chien, ta donzelle y ira aussi, si elle n’y est déjà. V’là not commere qui m’apprend cette nouvelle. J’en suis bien ben aise. Tu ne songes pas à moi quand je n’y sis pas ; je faisons pus que toi, car j’ai rêvé pour toi à toutes mes pratiques cette nuit ; & ce matin, bon matin, je suis allée chez le Secrétaire du Commis de Monseigneur, que tu sçais bien. Je ly ai conté ton cas : ça l’a bien fait rire ; & il m’a promis de te faire sortir. Comme je sçais que tu n’avois pas de picayons, j’ai été ensuite chez , qui me doit cinquante quatre francs : aute malheur. Je l’ai trouvé dans la rue, que des Pousse-culs le menoient en prison. Si tu le vois, fais-toi payer. Je vais voir quelque autre.
Ç’a, puisque t’es tranquille à présent, je vais te dire qu’il faut mettre par fin à not affaire. Faut faire une fin ; faut nous marier définitivement. Tu vas courir, je ne peux rien te dire ; mais quand une fois tu feras tout à moi, je pourrai te ficher le bal, quand tu t’aviseras d’aller courir comme ça les gueuses, & alors tu seras plus heureux ; je t’enfermerai, & la geole ne coûtera pas si cher. On dit qu’il te faut douze écus : si je ne les trouvons d’ici à demain, j’irai voir madame Duret, & je lui baillerai ma croix pour qu’elle me prête ça ; mais aussi je veux que le Curé y passe, autrement plus d’affaire. Adieu, mon chou, au plaisir. On dit comme ça qu’il ne faut pas que tu signes rien en prison ; prends-y bien garde.
e n’ai pas besoin de votre catalogue. Que diable voulez-vous que j’y comprenne ? Je vous ai demandé les Édits & Déclarations depuis le déluge jusqu’à nous. Voilà ce qui m’intéresse ; quant au surplus, tout ce qui vous plaira, pourvu que cela soit relié proprement. Vous avez seize pieds en quarré à remplir ; le plus ignorant de mes Commis vous calculera ce que cela contiendra de livres, à tant d’épaisseur : voyez-le ; expédiez : je n’aime ni les longueurs, ni les choses difficiles.
l ne t’épousera pas, ma chere Léonore, il ne t’épousera pas. Il t’aime comme un fou. Je me suis même apperçue que tu l’avois mené jusqu’à de l’estime ; mais il a de l’orgueil & de vieux préjugés : tu ne feras rien de cet homme-là, c’est moi qui te le dis. En passant une heure ou deux avec lui, j’ai promené sa vue sur quelques fortunes du genre de celles que tu desires. Oh ! quelle mine il me faisoit à chaque nôce dont je lui ai fait la peinture ! Des fous, des gens perdus, disoit-il entre ses dents ! Crois-moi, ma pauvre Léonore, si tu as toujours la chimère des mariages dans la tête, vise ailleurs, ou plutôt reviens à ton premier caractère. Te lasses-tu d’être aimable, & même heureuse ? Car entre nous, ces beaux messieurs qui croyent nous faire un grand sacrifice en descendant jusqu’à notre état, nous font perdre bien plus d’agrémens qu’ils ne peuvent nous en procurer. L’agréable chose que d’être forcée de se retirer dans une des terres de Monsieur, pour aller jouer le triste rôle d’une Dame de paroisse, obli- gée de caresser tous les ridicules de ses voisins les campagnards, si elle veut quelquefois rompre l’éternel tête à tête d’elle & de son mari ; encore n’imagine pas que leurs femmes s’oublient jusqu’à te voir ; elles ne te pardonneront jamais ta premiere histoire ; tu feras mille bassesses inutiles ; tu iras jusqu’à l’hypocrisie, & cela n’aboutira qu’à altérer ton humeur & ta gaieté naturelle. Allons, ma chere Léonore, jouis, change, & sois toujours ce que la nature & tes talens ont voulu que tu fusses, une femme charmante, & que tous les hommes sont convenus de se disputer. Mon joli Chevalier dîne avec moi. Viens rire avec nous ; amene qui tu voudras, & dispose de ton amie.
Nota. Ceci étoit écrit sur une carte.
’Abbé se rendra demain matin à la porte de la petite *** qui apportera sa harpe ; il y trouvera mon carrosse ; il ira aux Traits galans, & y prendra le paquet qu’on lui remettra pour moi. Si l’Abbé a le temps de faire avertir son petit , il le voiturera avec sa tragédie & notre Virtuose : mais avant tout, il aura passé chez Lyonnois, d’où il m’apportera le bulletin de ma pauvre chienne.
la manière dont vous me saluates hier aux Tuileries, mon cher monsieur, je crus m’appercevoir que vous n’êtiez point fâché de vous offrir à ma vue avec les gens qui vous entouroient. Vous vous croyiez sûrement en bonne compagnie. Oui, monsieur, les noms sont imposans ; mais les mœurs ? les principes, où les trouverez-vous plus mauvais ? N’est-il pas vrai que tout le temps que vous avez passé avec ces messieurs, il n’a été question que de filles, de jeu, de petits soupers, de maquignons & de salles d’armes ? S’est-il dit une seule chose honnête ou sensée ? Et vous, monsieur, qui débutez dans le monde avec un caractère estimable, vous allez donc le sacrifier à la vanité de voir des gens un peu au-dessus de vous par des titres dont ils sont si peu dignes ? Car vous les imiterez bientôt, si vous avez de les voir. Oh fils aimable de mon ami ! permettez à mon âge la leçon que j’ose vous faire : vous êtes perdu, si vous ne vous êtes pas trouvé déplacé hier. Réfléchissez où peuvent vous conduire de semblables liaisons. Vous verrai-je, comme eux, afficher effrontément le mépris de toutes les bienséances, flétrir en un instant les fleurs de votre jeunesse ; engloutir tous vos biens dans les abysmes d’une débauche sans bornes, vous réduire bientôt à la nécessité d’une basse intrigue, qui fait trouver de nouvelles ressources par de excès. Non, monsieur, non, vous n’êtes point né pour cette honte. Vous avez été effrayé du tableau que je viens de vous présenter ; & j’espère ne vous rencontrer jamais qu’avec des gens qui ne sont pas faits pour effrayer vos amis sur votre compte.
onsieur, le succès de vos feuilles est moins dû à l’élégance avec laquelle elles sont écrites, qu’à la singulière impartialité dont vous faites profession. Avec quelle sagacité n’avez-vous pas déchiré en dernier lieu ce Traité de Morale dans lequel l’auteur n’avait pas rougi de mettre au jour un systême diamétralement oposé à celui que j’ai l’honneur de soumettre à votre examen ? Si vos ocupations vous permettaient de méditer attentivement mon ouvrage, vous verriez combien mes idées sont analogues aux vôtres. Mais, obligé par état de veiller au maintien du goût dont vous prévoyez si sagement la décadence, je n’ose me flatter que vous puissiez employer vous-même vos soins & votre temps à examiner un de la trempe du mien. J’avoue qu’il est peu intéressant : qu’importe en effet la morale, quand on n’a plus de mœurs ? Ce qui me fait cependant espérer un demi-succès, c’est que j’ai remarqué qu’on ne laisse pas encore que de parler morale dans le monde, lorsqu’il n’y a ni nouvelles politiques, ni piéces nouvelles, ni histoires scandaleuses, ni livres défendus. Ces considérations, jointes à quelques autres, m’engagent à vous fournir moi-même un extrait de mon ouvrage : je l’ai fait avec toute la modestie possible ; j’ai même tourné en ridicule le chapitre de l’Honnêteté ; & je me flatte que si vous ajoutez seulement à cet article quelques agrémens de style, le Public y reconnaîtra la main de maître, la vôtre, monsieur.
Votre illustre prédécesseur, honora toujours de son amitié feu mon oncle. Vous pouvez savoir qu’il dînait chez de*** trois fois par semaine. Si je succéde à mon oncle, comme vous lui avez succédé, votre amitié ne peut me manquer. J’ai plusieurs autres ouvrages sur le chantier, & notre correspondance ne finira pas sitôt.
Je m’apperçois que je me suis servi dans ma lettre d’une orthographe que vous n’aimez pas plus que son auteur. Excusez pour cette fois cette mauvaise habitude. Je m’en corrigerai, car je suis jeune ; & vous savez qu’il y a de la ressource avec les jeunes gens.
P. S. Recevez, je vous prie, vingt-cinq bouteilles de vin de Chambertin, avec mon exemplaire, comme un faible témoignage de ma vénération pour vos talens.
es bonnets, mon cher cœur, mes bonnets. Vous me négligez horriblement : mais n’allez pas employer quelqu’une de vos ouvrières à ma coëffure ; c’est votre main, c’est le bon tour qu’elle sçait donner aux papillons, qu’il me faut ; je serois affreuse de la main d’une autre. Je ne sçais ce que mon valet de chambre m’a dit de votre part, d’argent, de mémoire : vous n’êtes pas pressée apparemment ; c’est moi qui le suis, entendez-vous. Je me mets à vos pieds pour vous faire quitter tout autre ouvrage que le mien. Adieu, mon cœur.
e ne sçais, monsieur, où vous prenez que les ouvrages de vers ne se vendent point, tandis que ce sont des emplettes de vers qui m’ont ruiné. Parcourez, je vous prie, les talens qui sont de mode ; les héroïdes, les épîtres, les vers de toute espéce, hormis les odes, ont un succès prodigieux. Je bien, comme vous dites, que l’enthousiasme passe tous les jours, parce que tout passe, & que d’ailleurs ces petits ouvrages n’ont qu’un instant ; mais, avec votre permission, pouvez-vous mettre les misères qui paroissent journellement, en parallèle avec un poëme comme le mien ? Les poëmes auront toujours d’autant plus de succès, qu’ils se multiplient très-peu ; & je ne vois pas que depuis la Henriade, il en ait paru plus de dix-sept ou dix-huit ; ce qui me fait qu’environ un tous les trois ans. Vous m’objecterez que la date de celui de Richardet est très-proche de la mienne ; mais considérez que ce n’est qu’une traduction, qu’une imitation, très-jolie, si vous le voulez ; & que d’ailleurs, la gaieté donc ce poëme est plein, le met un peu hors de la pompe du poëme épique, dont je ne me suis jamais écarté. Enfin il faut mettre des estampes & des cul-de-lampes : réunissons deux arts dans un seul ouvrage, notre succès ne sera plus douteux par cet expédient. Au reste, ne m’en faites pas honneur, c’est un ami qui me l’a proposé, c’est un homme sûr pour ces sortes de choses, & auquel vous vous confieriez sans réserve, si vous le connoissiez. Nos conditions seront toujours les mêmes, excepté que les exemplaires se vendront quarante sols de plus. Si la vente de l’ancien ouvrage a un peu été, je vous serai obligé de me remettre quelques louis. J’aurai l’honneur de vous voir demain : j’ai celui d’être, Monsieur, &c.
’est un diable d’homme que votre niais de cinq pieds neuf pouces que vous m’avez donné à reluquer, mon Sergent. Il ne s’enivre point ; il m’a déjà bu pour six francs de vin. Je le tiens encore à la Grand’Pinte, avec la petite Margot, qui fait bien plus d’effet sur lui que le tableau de notre métier que je lui ai croqué vingt fois. Il aime la population, que c’est un plaisir ; si bien que voyant qu’il ne mordoit pas à la grappe, j’ai dit, perçons-ly en d’un autre. Le drôle trouve la femme de not Corporal jolie ; faut qu’il l’épouse à la façon de Barbari. J’ai fait signe à Margot, elle m’a entendu ; & v’là-t-il pas qu’avec une jambe qu’elle a passée sous la table du côté du niais, il s’est trouvé tout à coup disposé à ly signer un contrat ; & nous de boire d’autant à la santé des futurs.
Ce gaillard que nous pinçames hier, a encore son habit noir : habillez-vous en ; mettez une grosse perruque sur vos quatre cheveux, & trouvez-vous sur not chemin vers les sept heures du soir. Je connoîtrai le Tabellion, je l’arrêterai ; il nous menera quelque part, pour écrire ce qui sera déjà écrit ; on lira au nigaud ce qu’on voudra, & il signera comme nous voudrons : il sera un peu las, Margot fouinera, & elle ne l’empêchera pas de dormir ; & puis le lendemain nous mettrons au côté du pauvre veuf une petite femme d’acier de deux piés & demi : s’il l’use, on lui en donnera une autre.
V’là Margot qui m’appelle : apparemment not gaillard veut se déniaiser ; & ce n’est pas moi qui dois être le dindon de l’aventure.
À sept heures, Tabellion, à cent pas de barrière, la dupe est à nous.
ous avez été reçue froidement, dites-vous, madame ; & cela vous fait redouter le jugement de votre procès. Je vous l’ai déja dit, & tous mes confrères auroient pensé de même : lorsqu’on est assez heureux pour avoir une jeune & jolie fille, & qu’on a des sollicitations à faire, on en agit autrement que vous. Non, madame, ce n’est pas là une piéce à cacher ; il faut en faire la production. Votre partie adverse changeroit bien tous ses neveux contre une niéce aimable ; & il ne la laisseroit pas s’ennuyer seule chez lui. Qui vous dira, madame, qu’on n’a pas appris dans le monde, que vous êtes arrivée ici avec un petit prodige, & qu’on ne vous sçache pas mauvais gré d’en faire un si grand mystère ? Essayez de la mener avec vous, & vous verrez si ses yeux ne feront pas fondre la glace dont vous vous plaignez. Au bout du compte, le bien que vous revendiquez, doit un jour appartenir à mademoiselle votre fille. Quel mal y a-t-il qu’elle contribue à vous en mettre en possession pour le lui conserver ? Je vous l’ai déja dit, votre affaire n’est rien moins qu’indubitable. Votre Avocat & moi nous avons épuisé tous les moyens de notre art : il faut frapper le dernier coup, madame ; il faut que mademoiselle votre fille suive toutes les Audiences, qu’elle voie tous vos Juges : un mot de sa bouche fera des merveilles. Vous avez fait beaucoup de frais, j’ai reçu peu de chose à compte ; il nous faut une bonne taxe de dépens.
J’ai l’honneur d’être, &c.
e butor d’Anglois qui m’a tant lorgnée, m’a écrit, & me propose des boucles. J’en ai, je veux de l’argent : arrangez cela, vous aurez la dixme, & prêchez-le sur la discrétion. Je vous envoye un projet d’épigramme contre la ***. Que cela soit rimé ce soir.
Le Chevalier & le Marquis ont fait hier à souper un scandale affreux. J’avois pris sur moi les couplets en question ; on les trouvoit bons. Vous avez eu la vanité de dire à qu’ils étoient de vous ; ils l’ont sçu, & ils vous préparent une singulière réception. Voilà la vingtième querelle que vous m’occasionnez par votre langue. Si vous n’êtes plus discret, je ne vous verrai plus. Ne quittez pas l’Anglois.
a grace forte & légère dont vous dansez, mérite beaucoup d’estime & beaucoup plus de passion. Je ressens avec violence tout cela pour vous. Il est coutume dans mon pays, qu’on recherche avec vivacité l’avantage de faire plaisir & profit aux dames de votre talent. On réussit toujours d’une façon ou l’autre. Pourquoi je n’ai pas le bonheur d’être aussi agréable que ces beaux messieurs François qui vous disoient hier au théâtre de si belles choses ? Mais aussi je suis plus ; malgré ça vous n’avez point fait réponse à l’épître que je vous ai envoyée l’autre jour. Je suis obligé pour à cette heure par mon amour de vous dire qu’au lieu des boucles que je vous ai offertes, j’ai cinq cens guinées, qui valent autant que cinq cens louis, à votre service avec moi, & que vous pouvez me répondre oui, pour que je vous envoye cet argent tout de suite ; & ensuite j’attendrai le soir pour aller me réjouir avec vous, & je vous porterai un petit présent, sans que vous soyez obligée de me rien rendre. Le monsieur qui vous connoît beaucoup, & qui n’a point de bourse ni de queue à ses cheveux, & à qui j’ai fait part de mon attachement pour vous, vous répondra de ma discrétion. Je lui ai promis de ne faire semblant de rien. Je suis, madame, en attendant, votre très-humble, &c.
’ai vu, Madame, votre ancienne amie, votre célèbre dévote ; n’en espérez rien pour la malheureuse orpheline que vous lui recommandiez. Ce cœur que la grace devroit avoir pénétré, est un cœur d’airain pour des œuvres de la nature de celles que nous lui proposons. Elle convient qu’elle est très-riche ; mais il y a tant d’autres bonnes actions à faire , tant de persécutés à soutenir & à consoler, qu’elle ne peut rien pour votre protégée. J’ai eu beau peindre sa misère, & les dangers de l’abandonner, ce n’étoit point une affaire de parti ; elle a été sans pitié. Pendant notre conversation, dix Marchands sont entrés ; elle a acheté fort cher vingt superfluités que son orgueil lui fait mettre au rang des choses nécessaires.
Pourquoi l’appellez-vous encore votre amie, madame ? Avec des millions qu’elle ne peut dévorer, montrez-moi quelqu’un qu’elle ait obligé ; & vous-même, dans la situation difficile où vous a laissée votre mari ; ne sçais-je pas que vous lui cachez soigneusement tous vos besoins, plus par délicatesse pour vous-même, que par la crainte qu’elle ne veuille les soulager : convenez-en ; vous êtes bien sûre qu’elle n’en devinera jamais aucun. Puisse l’esprit de bienfaisance & d’humilité sur-tout, sans lequel il n’y a point de religion, la rendre digne un jour de votre estime & de cette vieille amitié que vous vous obstinez à garder pour elle.
J’ai l’honneur d’être, &c.
ous sçavez ce que vous m’avez promis, mon cher Glawss. Voici un billet qu’il faut remettre à l’aimable Julie.
La vigilance de ses femmes ne pourra vous empêcher de me rendre ce service important. Il est dans une Allemande, des passes si favorables pour donner ce qu’on veut, que vous ne craindriez pas même un mari. Venez dîner demain avec moi ; je vous parlerai de quelques écolières que je vous ménage encore.
Billet à Julie.
Oh ! ma chere Julie ! défendez-vous toujours d’en croire un pere irrité contre moi. Je lui devois beaucoup, je l’avoue, mon état, mes espérances à la fortune ; mais lui devois-je d’être insensible au charme de vous voir ? Cela étoit-il possible ? Le cruel !… me chasser indignement, me frapper même !… Oh Julie ! que de choses vous avez à reparer !… Souvenez-vous que l’amour se joue de ces petites conventions de société, qui ont établi de vaines différences d’état & de fortune : il nous met tous dans la même balance ; & sa couronne est au plus tendre. Je n’ai pu gagner encore aucune de vos Bonnes ; mais je viens de découvrir que la dévote Suson a bien du foible pour le valet de chambre du Commandeur. Il est un tarif pour toutes les ames de cette espéce là : je n’épargnerai rien, & je trouverai le moyen de me voir encore à vos genoux, & de vous y jurer une inviolable fidélité. Ah ! Julie, Julie, ne devenez jamais pour moi madame de Wolmar.
e ne tiens pas au caractère des habitans de cette ville-ci, mon cher : ils rient de tout ; ils ont toujours une réponse ou une plaisanterie à vous faire. Quelle inconséquence ! Chaque jour, je les entends se plaindre de l’état actuel des choses. Je reparois le lendemain au milieu d’eux avec un projet propre à faire cesser les inconvéniens qui excitoient leurs murmures ; ils m’écoutent à moitié, & se mettent à rire ou à lever les épaules : il semble qu’ils soient fâchés qu’on leur ôte la douceur de fronder les opérations du Gouvernement. Vous sçavez ce que j’avois imaginé sur les Enfans trouvés, que je destinois à faire un fond perpétuel pour les Milices : c’étoit créer des soldats tout faits, comme le Roi crée des Officiers à son École Militaire. Eh bien ! que n’a-t-on pas opposé à cette idée ! Il étoit aussi barbare (disoit-on) de forcer les inclinations naturelles d’un petit peuple malheureux, que de blesser la liberté citoyenne : tous les hommes ne sont pas nés soldats : la valeur n’est le partage que du petit nombre ; & ce seroit risquer, de composer une troupe qui ne pourroit jamais s’élever jusqu’au mépris de la mort. Pauvres raisons, ce me semble, dès qu’on les oppose au bien général qui résulteroit d’une Milice toujours subsistante.
Le nombre d’écrits sur la population me fit enfanter le projet merveilleux d’établir une espéce de haras d’hommes. Chaque Régiment me fournissoit, à tour de rôle, deux de ses plus beaux soldats que j’unissois aux plus robustes de ces femmes renfermées dans nos maisons de force, & dont la santé auroit été parfaitement rétablie. Vous voyez, mon cher, quelle heureuse pépinière de créatures bien constituées j’offrois à l’état ! C’étoit aller plus loin que n’avoient fait les Spartiates. Eh bien ! autres risées, nouvelles plaisanteries ! On ne voit ici que des fous, vous dis-je : j’ai grande envie de les abandonner à leur mauvais sort ; ce sont des malades qui se plaignent de tous les maux, & qui rejettent tous les remédes. Si je puis parvenir à combiner un bon projet qui fasse vivre un homme avec deux cent soixante livres de rente, je m’y tiendrai, je vous assure, & je dormirai tranquille sur le mal du prochain. Alors je vous plaindrai sérieusement d’être encore dans la nécessité de faire des leçons journalières à une Nation, qui n’apprend que pour abuser, & pour trouver de nouveaux sujets d’exercer sa sublime plaisanterie. Bon soir, mon cher maître, ma lampe s’éteint. Je dormirois, s’il étoit possible que ma tête ne fût pas remplie de quelque nouveau projet.
’ai reçu, Monsieur, les changemens que vous m’avez envoyés ; mais je vous avoue qu’ils ne peuvent pas me servir davantage. Vous avez la fureur de faire toujours du gracieux, quoique je vous aye dit cent fois que ce n’est pas ce qu’il nous faut. Du terrible, monsieur, du terrible : essayez un peu si vous pourrez aller jusques-là, ou bien nous serons obligés de rompre notre société.
Vous avez beau me dire que votre piéce est une Pastorale, je ne le sçais que trop. Où fourrerai-je là mes airs de mouvement ? Il faut que ce soit moi qui vous l’apprenne. Eh bien ! le voici. Votre bergère se plaint du loup qui lui a enlevé son agneau chéri ; vous faites une plainte tendre : au lieu de cela, moi, qui n’ai point l’honneur d’être Poëte, j’aurois peint les fureurs du loup, la rage des chiens, la douleur d’Agathe, & le transport de Colin ; & dans mon ariette en tableau, j’aurois exprimé des mugissemens, des aboyemens, des pleurs, & la colère. L’idée seule de cette ariette m’enleve. Quel effet n’auroit-elle pas fait sur le Public, quoiqu’il ne soit pas aussi connoisseur que moi dans ce genre ? Je ne peux me refuser au plaisir de vous communiquer mon idée à ce sujet. La voici, vous la rimerez, vous l’ajusterez peut-être mieux ; mais c’est dans le genre.
Voyez quel magnifique tableau il est possible de faire sur des paroles dans le goût de celles-ci. Au reste, je vous prie que les vers ne soient pas plus longs que ceux que je vous envoye pour modèle.
Profitez des sages conseils que je vous donne, & ne croyez pas avoir tout fait quand vous avez arrondi vos madrigaux. Vos paroles contribueront au succès de mon ouvrage, à la bonne heure ; mais la musique en est l’essentiel. Lisez un peu les opéra nouveaux ; & si vous n’êtes forcé d’avouer que tout leur succès est dû entiérement au Musicien, j’ai tort. Il faut donc que vous vous prêtiez aux changemens que je propose. Quand j’ai trouvé ma phrase musicale, c’est à vous à y ajuster vos mots.
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The end
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